{"id":558,"date":"2016-03-13T20:30:05","date_gmt":"2016-03-13T19:30:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=558"},"modified":"2016-03-13T20:30:05","modified_gmt":"2016-03-13T19:30:05","slug":"mass-b","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=558","title":{"rendered":"Mass b"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | <a href=\"http:\/\/theatre-chaillot.fr\/danse\/mass-b\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <em>Messe en si mineur<\/em> de Jean-S\u00e9bastien Bach offre un contraste saisissant avec la chor\u00e9graphie d\u00e9velopp\u00e9e par B\u00e9atrice Massin. La musique de Bach avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par la chor\u00e9graphe pour son spectacle <em>Que ma joie demeure<\/em>. Cette musique baroque permet \u00e0 la chor\u00e9graphe de nous r\u00e9v\u00e9ler sa r\u00e9flexion profonde sur l\u2019actualit\u00e9, sur le fonctionnement de nos soci\u00e9t\u00e9s mais aussi sur la danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie du spectacle, o\u00f9 la chor\u00e9graphie s\u2019effectue sous formes de travers\u00e9es, se fait l\u2019\u00e9cho po\u00e9tique des images tragiques des migrants syriens, omnipr\u00e9sents dans les m\u00e9dias. La suite du spectacle se concentre davantage sur les rapports entre l\u2019individu et le groupe, sur la possibilit\u00e9 de l\u2019expression de l\u2019individualit\u00e9 au sein de la pluralit\u00e9. Les danseurs, par exemple, sont tous v\u00eatus de costumes diff\u00e9rents, affirmant l\u2019individualit\u00e9 de chacun, mais dans une harmonie ocre et beige, soulignant leur appartenance au m\u00eame groupe. Les savants jeux de lumi\u00e8re permettent tant\u00f4t de dissoudre les formes et les couleurs, renfor\u00e7ant ainsi la coh\u00e9sion du groupe, tant\u00f4t de renforcer les contrastes pour faire \u00e9merger l\u2019individualit\u00e9 des danseurs. La diff\u00e9rence de niveau technique des danseurs participe aussi de cette dialectique, puisque chacun propose une interpr\u00e9tation personnelle du mouvement selon sa formation initiale. La danse se fait le support parfait de cette r\u00e9flexion car elle joue fondamentalement sur le rapport d\u2019un individu \u00e0 un groupe, soit par la mise en valeur d\u2019un danseur, soit par la d\u00e9monstration de la coh\u00e9rence par l\u2019ex\u00e9cution simultan\u00e9e de m\u00eames mouvements. Face \u00e0 ces interrogations et aux mouvements des danseurs, la sc\u00e8ne reste lisse, solide et imperturbable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 du sens, la chor\u00e9graphie offre de magnifiques effets visuels aux \u00e9chos picturaux saisissants. En plus de l\u2019harmonie d\u2019ocre et de beige cr\u00e9\u00e9e par les costumes, la premi\u00e8re partie de la repr\u00e9sentation rappelle les \u0153uvres d\u2019Honor\u00e9 Daumier sur les <em>Fugitifs <\/em>(vers 1862, Mus\u00e9e d\u2019Orsay) tandis que d\u2019autres passages \u00e9voquent des Portements de croix du Christ et que le regroupement des danseurs sur des blocs rectangulaires esquisse un <em>Radeau de la M\u00e9duse<\/em> moderne. Quant \u00e0 la musique de Bach, elle n\u2019est pas qu\u2019une bande sonore\u00a0: parfois stridente, parfois absente, faisant ainsi place aux bruits de la respiration et des pas des danseurs, elle est pleinement r\u00e9actualis\u00e9 et trouve un tout nouveau souffle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Betty Parois<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">B\u00e9atrice Massin, \u00e0 la t\u00eate depuis 20 ans de la compagnie <em>F\u00eates galantes<\/em>,\u00a0 est une r\u00e9f\u00e9rence dans le r\u00e9pertoire de la danse baroque. Et quelle r\u00e9f\u00e9rence\u00a0! La ma\u00eetrise du genre est \u00e9vidente, \u00e0 tel point qu\u2019elle se permet de s\u2019en \u00e9carter et m\u00eame de la suspendre dans le doute. Presque comme une chor\u00e9graphie cart\u00e9sienne en apparence parfois imparfaite (quelques d\u00e9fauts de synchronisation entre les danseurs venus d\u2019ailleurs d\u2019horizons \u00e9clectiques, incoordinations volontaires), mais le fond ne nous laisse pas l\u2019office du doute. Il faut dire qu\u2019accompagner cette chor\u00e9graphie de la Messe en si mineur de Bach ne peut que la sublimer, tellement la puissance du chant porte les gestes\u00a0: il les amplifie, les lies et les sublime. C\u2019est le pouvoir de Bach, ou m\u00eame de la musique sur la danse\u00a0: elle donne du sens, du ch\u0153ur et du c\u0153ur. De l\u00e0 na\u00eet ce travail entre danse contemporaine et baroque, qui a des allures parfois d\u2019exercices, d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition. Les danseurs dans un premier temps effectuent des tours, tant\u00f4t en avant ou en arri\u00e8re sc\u00e8ne. Il n\u2019y a pas de volont\u00e9 de dissimuler le son du souffle coup\u00e9 par une \u00e9nergie tr\u00e8s belle donn\u00e9e en fin de partie pour le \u00ab\u00a0gloria\u00a0\u00bb, ou la consommation d\u2019un peu d\u2019eau en fond de sc\u00e8ne, parce que oui\u00a0: la danse est un effort. Et quand on entend dans un silence apr\u00e8s une performance \u00e9poustouflante de vigueur et de vie, l\u2019essoufflement des acteurs, la sinc\u00e9rit\u00e9 de leur investissement et de leur passion est transcendante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mass B<\/em> est agr\u00e9able \u00e0 regarder, il n\u2019y a pas \u00e0 en redire l\u00e0-dessus, pour le spectateur, c\u2019est un v\u00e9ritable \u00e9veil sensoriel. Les allers-retours entre danse contemporaine et baroque propose une image d\u00e9cal\u00e9e et\u00a0 performante, m\u00eame si parfois elle coupe court \u00e0 une proposition chor\u00e9graphique que l\u2019on aurait souhait\u00e9 plus longue, ou du moins sujette \u00e0 une transition plus harmonieuse. Tout comme nous sommes parfois d\u00e9\u00e7us quand les ch\u0153urs de Bach s\u2019estompent pour laisser place \u00e0 une sonorit\u00e9 plus moderne. Du fond de sa tombe, lui aussi participe \u00e0 cette confrontation du baroque \u00e0 l\u2019<em>aujourd\u2019hui<\/em>\u00a0: un baroque qui int\u00e9resse le contemporain. Mais ces d\u00e9tails n\u2019assombrissent en rien la beaut\u00e9 de l\u2019entit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par ces corps qui s\u2019attirent et s\u2019\u00e9clatent. Il y a une mani\u00e8re tr\u00e8s po\u00e9tique de traiter l\u2019oscillation\u00a0 de l\u2019individu vers le collectif. Il y a une volont\u00e9 de rassemblement, d\u2019une harmonie commune, fragilis\u00e9 par l\u2019incompr\u00e9hension (un danseur \u00ab\u00a0chute\u00a0\u00bb, deux autres ne sont pas dans le m\u00eame rythme). <em>Mass b<\/em> est une lutte, parfois violente, m\u00e9taphore de notre soci\u00e9t\u00e9 en crise, qui extrait de son cri la souffrance de ne pas \u00eatre ensemble dans le m\u00eame temps de vie. Mais alors voil\u00e0. La danse peut-elle vraiment r\u00e9soudre cette probl\u00e9matique\u00a0? Les corps peuvent-il se substituer aux mots pour satisfaire notre raison\u00a0? La danse baroque est une danse assez herm\u00e9tique r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e \u00e0 une \u00e9poque particuli\u00e8re. C\u2019est l\u00e0 certes la force de B\u00e9atrice Massin, de retravailler ainsi cet art au point de le rendre actuel dans une soci\u00e9t\u00e9 moderniste exigeante. Une force pourtant qui semble limit\u00e9e en termes d\u2019efficacit\u00e9 et de lisibilit\u00e9 dans la lecture qu\u2019elle veut faire du monde pr\u00e9sent. Mais il faut rester averti des suites de ce travail qui saura sans doute par tant de talent et de sensibilit\u00e9 surmonter les barri\u00e8res du genre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Clotilde Parlos<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">B\u00e9atrice Massin nous a pr\u00e9sent\u00e9 jusqu\u2019au 18 mars <em>Mass b <\/em>au th\u00e9\u00e2tre Chaillot, une production de la Compagnie des F\u00eates Galantes<em>. <\/em>Elle questionne le groupe, l\u2019individu et sa place au sein du groupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier tableau de <em>Mass b <\/em>s\u2019ouvre avec des danseurs qui se croisent, se d\u00e9passent et s\u2019attendent. Certains marchent seuls, d\u2019autres sont accompagn\u00e9s. Le mouvement est parfois solidaire, puis d\u00e9construit, \u00e9pars. Les dix danseurs courent, se retournent, se confrontent, suspendent leurs pas et reprennent dans un mouvement circulaire. Il faut attendre le second tableau pour que les corps prennent vie et habitent leurs d\u00e9placements, apr\u00e8s des d\u00e9ambulations qui sont \u00e0 la longue futiles. On y voit un naufrage o\u00f9 les danseurs s\u2019\u00e9treignent tendrement et se soutiennent. <em>Mass b <\/em>interroge, sur la composition de Gyorgy Ligetti, la mani\u00e8re de participer en tant qu\u2019individu au groupe. Chacun trouve ici une place essentielle. L\u2019attention port\u00e9e \u00e0 autrui constitue la solidit\u00e9 des liens qui rapprochent les danseurs. Viens ensuite le temps de l\u2019all\u00e9gresse qui gagne en intensit\u00e9, de concert avec les ch\u0153urs de la <em>Messe en si mineur <\/em>de Jean S\u00e9bastien Bach. On per\u00e7oit le plaisir enfantin de s\u2019\u00e9lancer dans les airs et de croire en la possibilit\u00e9 de s\u2019extraire de la pesanteur terrestre. La joie transpara\u00eet dans les gestes baroques \u00e9pur\u00e9s. La fin consacre la joie ent\u00eatante des danseurs qui ex\u00e9cutent inlassablement les m\u00eame pas. Le groupe trouve une expression toute naturelle dans les mouvements en r\u00e9sonance du baroque : on y voit l\u2019expression identitaire d\u2019un ensemble constitu\u00e9 de danseurs \u00e0 l\u2019\u00e9coute les uns des autres. Un \u00e9lan les entraine jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement des corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mass b <\/em>se veut l\u2019expression de l\u2019identit\u00e9 et de la recherche du groupe. Beatrice Massin y parvient. On est toutefois surpris par une transition parfois hasardeuse entre les tableaux d\u2019unit\u00e9s et d\u2019individualit\u00e9s. Mais peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 la r\u00e9ussite de <em>Mass b <\/em>: la constitution d\u2019un groupe ne peut \u00eatre lin\u00e9aire et se forme de discontinuit\u00e9s. En t\u00e9moigne la coexistence de Bach et de Ligetti.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">\u00c9lise Lafages<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mass b <\/em>est un spectacle chor\u00e9graphique et musical hant\u00e9 par la crise. Sur une grande sc\u00e8ne sobre et dure qui pourrait \u00eatre une usine d\u00e9saffect\u00e9e ou un \u00e9changeur ferroviaire, un groupe de 10 jeunes danseurs se lient et se d\u00e9lient comme un vol d\u2019\u00e9tourneaux continuel. B\u00e9atrice Massin, la chor\u00e9graphe, se dit musicienne de l\u2019espace. C\u2019est donc dans l\u2019harmonie de Bach et de sa magnifique <em>Messe en si mineur <\/em>que le groupe, qui constitue un \u00e9chantillon morphologique de la g\u00e9n\u00e9ration Y, fait corps harmonieusement, avec les gracieux mouvements que la chor\u00e9graphe emprunte \u00e0 son exp\u00e9rience baroque aupr\u00e8s de Francine Lancelot. Un danseur, puis deux, puis trois, puis tous, r\u00e9p\u00e8tent ainsi le m\u00eame pas, r\u00e9miniscence d\u2019un pass\u00e9 de la danse, une touche baroque qui exalte dans ce cadre sobre, min\u00e9ral, une modernit\u00e9 \u00e9poustouflante. Puis la musique de Gy\u00f6rgy Ligeti hache l\u2019espace, meurtrit le groupe qui court en cercle comme pour fuir un danger imaginaire, comme des enfants apeur\u00e9s. En courant, dans la fuite, sous le chaos des sons de Ligeti, le groupe reste groupe tout de m\u00eame, car il fuit dans la m\u00eame direction, selon les lois incompr\u00e9hensibles de la masse. Et puis, il y a les silences. Sans musique, alors qu\u2019on entend presque la soufflerie de la salle de spectacle, les mouvements se font plus lents, le temps se dilate. Au gr\u00e9 des encha\u00eenements, pourtant simples comme une main qui se tend et un dos qui s\u2019arrondit, on voit des corps sur d\u2019autres corps, ou des corps pass\u00e9s de bras \u00e0 bras, et les constructions humaines deviennent infiniment complexes et belles. Une \u00e9trange pl\u00e9nitude frappe le spectateur dans ces moments-l\u00e0, comme la fl\u00e8che aig\u00fce du sacr\u00e9 qu\u2019auraient d\u00e9coch\u00e9, en creux, les tonalit\u00e9s majestueuses de la <em>Messe <\/em>de Bach, alli\u00e9 au geste primaire et fondamental recr\u00e9\u00e9 par Massin. Car il y a bien une volont\u00e9 de recr\u00e9er une transcendance perdue. L\u2019intention de B\u00e9atrice Massin \u00e9tait de faire r\u00e9sonner toutes les migrations de l\u2019histoire, \u00ab celle des protestants du XVIIe si\u00e8cle comme celle les Syriens de maintenant \u00bb. De recr\u00e9er un corps social qui n\u2019existe plus, aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lier dans une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique diff\u00e9rentes morphologies qui repr\u00e9sentent la jeunesse de France si divis\u00e9e au quotidien (g\u00e9n\u00e9ration Bataclan\u2026), et sur sc\u00e8ne unie dans ce qu\u2019elle a de plus essentiel. \u00c0 ce titre, l\u2019\u0153uvre de B\u00e9atrice Massin fait de la crise une \u0153uvre d\u2019art. C\u2019est dans les brisures du monde contemporain qu\u2019elle recr\u00e9e un rapport in\u00e9dit avec une danse du pass\u00e9 \u2014 la danse baroque \u2014 et la musique sacr\u00e9e, qui r\u00e9investit les lieux d\u00e9senchant\u00e9s de l\u2019\u00e2ge post-industriel. Pour cette jeunesse errante, semble dire la chor\u00e9graphe, il n\u2019y a de salut que dans la danse.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Eric Debacq<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mass B<\/em>, mass in B, le nom de ce spectacle rend hommage \u00e0 la messe en Si mineur de Bach, dont B\u00e9atrice Massin reprend certains extraits pour faire danser sa compagnie <em>Les f\u00eates galantes, <\/em>au th\u00e9\u00e2tre national Chaillot. <em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Dans ce magnifique spectacle, sont m\u00eal\u00e9es danse baroque et danse contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0D\u2019un c\u00f4t\u00e9 la danse baroque, la belle danse, \u00ab\u00a0l\u2019art de vivre\u00a0\u00bb selon Pierre Rameau sublime les gestes du quotidien\u00a0: les danseurs ne marchent pas ils glissent sur la sc\u00e8ne, les mouvements de poignets (qui rappellent la rotation du poignet n\u00e9cessaire au maniement de l\u2019\u00e9p\u00e9e), les sauts gracieux s\u2019accordant avec des mouvements de bras amples nous replongent dans un univers codifi\u00e9, o\u00f9 la danse servait les apparences d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de Cour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l\u2019autre la danse contemporaine repose sur l\u2019\u00e9motion des danseurs, qui suivent les mouvements de leur respiration, une danse qui frappe \u00a0par son authenticit\u00e9 (les danseurs tombent, courent, s\u2019enlacent, se portent, se bousculent\u2026) et dont les pas nous sont plus familiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 leurs divergences ces deux danses sont mises au service d\u2019une m\u00eame cause par B. Massin\u00a0: la repr\u00e9sentation de la vie. De mani\u00e8re gaie, \u00a0entra\u00eenante et all\u00e8gre pour la premi\u00e8re, et par des tableaux prenants, r\u00e9alistes o\u00f9 les individus se raccrochent les uns aux autres, se soutiennent ou se disputent pour la seconde. \u00a0Et l\u2019harmonie qui ressort de ces deux interpr\u00e9tations de la messe en si mineur transmet au spectateur une foi en l\u2019Homme et en sa beaut\u00e9 tant int\u00e9rieure qu\u2019ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re chor\u00e9graphie du spectacle est un v\u00e9ritable bouquet final, une explosion de bonheur, des danseurs qui se succ\u00e8dent, s\u2019entrem\u00ealent avec beaucoup de gr\u00e2ce et d\u2019entrain. Je suis sortie du th\u00e9\u00e2tre en pas de bourr\u00e9s, des sanctus plein la t\u00eate et le c\u0153ur en f\u00eate.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Fabiola Le Tournoulx<\/h6>\n<hr \/>\n<h3>MASS B : UN MONUMENT \u00c0 L\u2019ESPOIR<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dix danseurs, dix \u00e2mes, dix r\u00e9alit\u00e9s en mouvements, pour la r\u00e9alisation d\u2019un monument. Cette pi\u00e8ce, clairement engag\u00e9e, prend ouvertement position quant \u00e0 l\u2019\u00e9migration. Grand miroir du monde actuel, <em>MASS B<\/em> nous interpelle directement, mais subtilement, sur les grands fl\u00e9aux du monde dans lequel nous vivons, elle nous impose un regard critique. Cette pi\u00e8ce est un monument en hommage \u00e0 l\u2019espoir et la volont\u00e9 des peuples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il est clair que nous ne sommes pas ici dans une vision artistique parnassienne, nous ne pouvons pas rester insensibles au traitement savant, monumental de la danse, de la musique, et de la sc\u00e9nographie qui nous ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour traiter une th\u00e9matique aussi importante, quoi de mieux qu\u2019une messe, et pas n\u2019importe laquelle, la messe en si mineur de Bach. De par sa nature, une messe a pour vocation la transcendance. Et plus particuli\u00e8rement celle de Bach, d\u2019autant plus qu\u2019elle symbolise \u00e0 elle seule la rencontre musicale de deux mondes spirituels. Ainsi cette messe confronte et r\u00e9unit caract\u00e9ristiques catholiques et protestantes. Tout cela couronn\u00e9 d\u2019une partition colossale, qui renforce encore cette id\u00e9e de \u201cr\u00e9cits-monuments\u201d, des faits que B\u00e9atrice Massin nous propose: La musique r\u00e9sonne de mani\u00e8re grandiose. Cette grandeur est corrobor\u00e9e par des insertions de Messe d\u2019un second monument qui n\u2019est autre que Gy\u00f6rgy Ligeti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des fugues, des voix qui se dilatent, on assiste \u00e0 une \u0153uvre qui chevauche \u00e0 la fois la rigidit\u00e9 de la composition du chant Gr\u00e9gorien et les \u201carie\u201d et \u201cornamenti\u201d de l\u2019op\u00e9ra italien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est simple et efficace; la sc\u00e9nographie minimaliste transforme le tout en une sorte de happening. Bien qu\u2019au d\u00e9part le spectacle et l\u2019intrigue soient un peu lent, on assiste, lors de la deuxi\u00e8me partie, \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du rythme dramatique. Nous sommes tout d\u2019abord plong\u00e9s dans l\u2019obscurit\u00e9 lorsqu\u2019on aper\u00e7oit les \u201cBallerini\u201d avancer, puis peu \u00e0 peu la sc\u00e8ne s\u2019\u00e9claircit et on peut observer des corps en mouvement, qui tombent, bref des individus qui captent notre attention \u00e0 chaque instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les interpr\u00e8tes s\u2019emparent litt\u00e9ralement de la sc\u00e8ne. Pendant une heure ils ne s\u2019arr\u00eatent presque jamais, un r\u00e9el plaisir pour les yeux. Si d\u2019une part la puissance de la symphonie souligne un malaise grandissant et qu\u2019un \u201ctessuto orchestrale\u201d renvoie \u00e0 une sorte d\u2019espoir, d\u2019autre part la force des corps en mouvement nous am\u00e8ne aussi \u201ccrescendo\u201d vers une r\u00e9elle lib\u00e9ration finale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ancr\u00e9 dans notre \u00e9poque,<em> MASS B<\/em> est un spectacle colossal qui traite avec succ\u00e8s une th\u00e9matique d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Gaspard Njock<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec sa nouvelle cr\u00e9ation <em>Mass B<\/em>, B\u00e9atrice Massin nous livre une \u0153uvre contemporaine, m\u00e9ditation intemporelle autour de l\u2019\u00e9ternelle dialectique groupe\/individu. Au travers d\u2019un mouvement de va et vient constant entre l\u2019unit\u00e9 et le tout, B\u00e9atrice Massin parviens \u00e0 sugg\u00e9rer subtilement des th\u00e9matiques universelles, au centre de tous les rapports humains : le rapport \u00e0 la mort, l\u2019affrontement et la r\u00e9conciliation, la violence, l\u2019amour, la domination et l\u2019ind\u00e9pendance, la solidarit\u00e9 collective et l\u2019expression individuelle\u2026 Autant de notions fondatrices de toute soci\u00e9t\u00e9, transcendant styles, \u00e9poques et tonalit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette universalit\u00e9 est sugg\u00e9r\u00e9e d\u2019une part par les choix musicaux, alternant sans complexe Bach et musique contemporaine, et d\u2019autre part par la chor\u00e9graphie elle-m\u00eame : B\u00e9atrice Massin, sp\u00e9cialiste de la danse baroque, fait ici transpara\u00eetre ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme \u00ab un art de la multiplicit\u00e9 contrainte par un cadre rigoureux d\u2019\u00e9criture abstraite \u00bb, tout en conservant une esth\u00e9tique r\u00e9solument contemporaine. Expression individuelle et mouvement collectif s\u2019opposent et se r\u00e9pondent au cours du spectacle. Solos tr\u00e8s graphiques et mouvements collectifs sugg\u00e9rant la puissance du groupe interrogent ainsi la place de chacun au sein de nos communaut\u00e9s, aussi diff\u00e9rentes soient elles. Loin d\u2019\u00eatre simplifi\u00e9es, ces relations complexes entre les \u00eatres semblent finalement r\u00e9v\u00e9ler une v\u00e9rit\u00e9 universelle : l\u2019interd\u00e9pendance de l\u2019individu et de ses semblables.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Gaultier Boivineau<\/h6>\n<pre>Photo : Patrick Cockpit<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | En savoir plus La Messe en si mineur de Jean-S\u00e9bastien Bach offre un contraste saisissant avec la chor\u00e9graphie d\u00e9velopp\u00e9e par B\u00e9atrice Massin. 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