{"id":560,"date":"2016-03-17T20:00:59","date_gmt":"2016-03-17T19:00:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=560"},"modified":"2016-03-17T20:00:59","modified_gmt":"2016-03-17T19:00:59","slug":"tartuffe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=560","title":{"rendered":"Tartuffe"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2015-2016\/spectacles\/tartuffe\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce de Moli\u00e8re, <em>Tartuffe, <\/em>a fait scandale \u00e0 son \u00e9poque, elle est m\u00eame interdite \u00e0 trois reprises avant d&rsquo;\u00eatre autoris\u00e9e en 1669 apr\u00e8s plusieurs remaniements. L&rsquo;auteur critique les faux d\u00e9vots et s&rsquo;attaque plus particuli\u00e8rement aux J\u00e9suites qui excusent une action coupable si l&rsquo;intention est pure. Ce d\u00e9vot, c&rsquo;est Tartuffe ; un hypocrite, un pique-assiette, un parasite&#8230; L&rsquo;ex\u00e9crable Tartuffe vit chez Orgon qui lui donne toute sa confiance. Orgon et sa m\u00e8re, Madame Pernelle, sont tous les deux dupes du faux d\u00e9vot. Orgon, contre l&rsquo;avis de tous, veut marier Tartuffe \u00e0 sa fille, Mariane, bien qu&rsquo;elle aime Val\u00e8re. Tous les personnages, notamment le col\u00e9reux Damis, le fils qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 au profit de Tartuffe, souhaitent faire prendre conscience \u00e0 Orgon de la fourberie du personnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de la fameuse sc\u00e8ne de confrontation entre Elmire et Tartuffe, tandis qu\u2019Orgon est cach\u00e9 sous une table, se d\u00e9cha\u00eene le talent d&rsquo;\u00e9criture comique de Moli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L\u2019\u0153uvre doit \u00eatre sans cesse \u00e0 nouveau soulev\u00e9e et retransmise jusque dans la vie pr\u00e9sente, qui est la n\u00f4tre \u00bb d\u00e9clare Luc Bondy, le metteur en sc\u00e8ne. Et c&rsquo;est un d\u00e9fi qu&rsquo;il a sans aucun doute r\u00e9ussi \u00e0 merveille. Les personnages de Moli\u00e8re sont, en effet, sortis du si\u00e8cle de Louis XIV pour venir s&rsquo;ancrer dans le n\u00f4tre. Ils ont l&rsquo;eau courante, boivent des sodas, communiquent \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un interphone et les cassettes se sont transform\u00e9es en cassettes audio. Toute la pi\u00e8ce s&rsquo;inscrit dans un seul d\u00e9cor, une sorte de cuisine-salle-\u00e0-manger-salon avec, au sol, un grand damier noir et blanc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce met un certain temps avant de commencer. Le silence se fait dans la salle attentive et concentr\u00e9e, sans que les lumi\u00e8res soient \u00e9teintes. Les com\u00e9diens de la premi\u00e8re sc\u00e8ne arrivent alors, un par un, se mettent \u00e0 table et mangent tranquillement leurs \u0153ufs \u00e0 la coque. Cette originalit\u00e9 surprend le spectateur circonspect. Que nous r\u00e9serve la suite de la repr\u00e9sentation ? D\u00e8s la premi\u00e8re r\u00e9plique, la lumi\u00e8re s&rsquo;\u00e9teint brusquement dans la salle pour se centrer uniquement sur la sc\u00e8ne. S&rsquo;en suit alors la sc\u00e8ne de pr\u00e9sentation comique de la famille d\u2019Orgon. Les d\u00e9placements des personnages qui se cherchent et se chamaillent voient leur effet comique renforc\u00e9 par le fait que Madame Pernelle se d\u00e9place en fauteuil roulant. Elle est tant\u00f4t pouss\u00e9e par une servante qui l&rsquo;envoie dans la mauvaise direction, ou alors elle n&rsquo;est pas assez proche du personnage qu&rsquo;elle veut frapper et gesticule dans son fauteuil, tant\u00f4t encore, elle est pouss\u00e9e trop fort par quelqu&rsquo;un et fonce vers d&rsquo;autres com\u00e9diens. Micha Lescot qui incarne Tartuffe rend son personnage parfaitement ignominieux ; pieds nus, bedonnant, courb\u00e9, les cheveux mi-longs plaqu\u00e9s en arri\u00e8re et un petit air de sup\u00e9riorit\u00e9 insupportable. Les autres com\u00e9diens sont tout aussi excellents : Samuel Labarthe en Orgon influenc\u00e9 et manipul\u00e9 qui ne veut rien voir, Victoire Des Bois et Pierre Yvon qui \u00e9l\u00e8vent la voix comme il faut de mani\u00e8re extr\u00eamement th\u00e9\u00e2trale et Audrey Fleurot qui joue \u00e0 merveille face \u00e0 un Tartuffe pervers tr\u00e8s entreprenant. Les m\u0153urs de l&rsquo;\u00e9poque de Moli\u00e8re ayant chang\u00e9es, il fallait accentuer la perversit\u00e9 du faux d\u00e9vot qui se d\u00e9clare principalement lors des derni\u00e8res sc\u00e8nes avec Elmire, pour mettre la v\u00e9rit\u00e9 sous les yeux de notre Orgon contemporain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons trop souvent du mal \u00e0 rire face \u00e0 un comique r\u00e9volu et d\u00e9pass\u00e9 mais Luc Bondy a r\u00e9ussi \u00e0 faire rire tous les spectateurs gr\u00e2ce \u00e0 une mise en sc\u00e8ne innovante qui ancre la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re dans notre r\u00e9alit\u00e9, et nous permet de red\u00e9couvrir un classique du th\u00e9\u00e2tre comique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Aline Pin\u00e7on<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au milieu de la sc\u00e8ne, une grande table, \u00e0 droite, un grand rideau ouvert sur ce qui se r\u00e9v\u00e8lera la porte d\u2019entr\u00e9e de la maison, au fond, l\u2019escalier qui permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9tage de la maison, encadr\u00e9 d\u2019un rideau rouge. Alors que les spectateurs s\u2019installaient, une vieille femme, en fauteuil roulant, y est entr\u00e9e. Assise \u00e0 la table, elle attend. Une femme entre dans la pi\u00e8ce, fatigu\u00e9e et langoureuse \u00e0 la fois, et lui sert une tasse qu\u2019elle laisse volontairement hors de port\u00e9e. La vieille femme la prend, d\u2019autres arrivent, elle \u00a0attend \u00a0encore. Elle attend que l\u2019on pr\u00eate attention \u00e0 elle. Elle attend qu\u2019on l\u2019\u00e9coute. Soudain, elle n\u2019y tient plus, elle frappe la table de ses mains\u00a0; la sc\u00e8ne s\u2019\u00e9claire, la salle s\u2019\u00e9teint\u00a0: la pi\u00e8ce commence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail de Luc Bondy dans cette mise en sc\u00e8ne de <em>Tartuffe<\/em>, rejou\u00e9 \u00e0 l\u2019Od\u00e9on-Berthier du 28 janvier au 25 mars, ainsi que de ses collaborateurs artistiques, Marie-Louise Bischofberger et Vincent Huguet, qui ont repris la mise en sc\u00e8ne, se fait dans les tensions sous-jacentes du texte, dans les espaces entre les mots, entre les gestes, dans ce qui n\u2019est jamais prononc\u00e9 par les personnages de Moli\u00e8re, et qui pourtant s\u2019inscrit dans leurs relations. Cette vieille femme, exasp\u00e9r\u00e9e par l\u2019id\u00e9e qu\u2019on ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 elle, c\u2019est Madame Pernelle. Et d\u00e9j\u00e0, dans son geste (ce coup de feu qui lance le d\u00e9part de la pi\u00e8ce), c\u2019est tout un r\u00e9seau relationnel \u2013doubl\u00e9 par un jeu de d\u00e9placement des tables et des chaises sur la sc\u00e8ne toute la pi\u00e8ce durant\u2013, tiss\u00e9 de tensions et de rancunes, qui se r\u00e9v\u00e8le\u00a0et qui va se d\u00e9ployer toute la pi\u00e8ce durant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0 Madame Pernelle, incarnation de\u00a0 la vieillesse na\u00efve et aveugle, est ignor\u00e9e par Elmire, mais Mariane, dans un geste d\u2019hypocrisie inconscient, qui fait \u00e9cho \u00e0 sa passivit\u00e9 face \u00e0 son p\u00e8re, lui pr\u00eate une attention toute particuli\u00e8re. Ainsi, dans la mise en sc\u00e8ne, les gestes et le jeu des acteurs, se r\u00e9v\u00e8le de fa\u00e7on brillante toutes les relations qu\u2019entretiennent les personnages. Il est particuli\u00e8rement frappant, et signifiant, de voir Elmire, \u00e9l\u00e9ment positif de la com\u00e9die, constamment \u00e0 l\u2019\u00e9cart sur la sc\u00e8ne, soit sur un fauteuil, soit sur une chaise, loin des autres personnages, constamment la main au front, comme si elle subissait des maux de t\u00eate \u00e0 n\u2019en plus finir, comme si elle portait tout le poids du monde\u00a0: c\u2019est le cas, elle est l\u2019\u00e9l\u00e9ment clef qui va r\u00e9soudre le probl\u00e8me que traverse la famille, et cela presque au prix de sa personne. Il y a, pour chaque personnage, une compr\u00e9hension de ce qu\u2019il est et de la mani\u00e8re dont il rentre en relation avec les autres personnages, qui fait de cette pi\u00e8ce une mise en sc\u00e8ne brillante, et qui, pour notre plus grande joie, d\u00e9ploie pleinement le caract\u00e8re comique de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la mise en sc\u00e8ne n\u2019est rien sans les acteurs, et c\u2019est avec plaisir que l\u2019on red\u00e9couvre Micha Lescot, ici dans le r\u00f4le de Tartuffe\u00a0; un Tartuffe qui suinte la perfidie par les pores de la peau, accompagn\u00e9 de son mod\u00e8le r\u00e9duit \u2013son disciple. Tartuffe amuse et attriste \u00e0 la fois, c\u2019est toute la complexit\u00e9 du personnage qu\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 incarner Micha Lescot\u00a0: \u00e0 la fois cette d\u00e9votion hypocrite, dans laquelle il se plonge avec plaisir, le r\u00e8gne des pulsions de d\u00e9sir qui l\u2019animent, et qui le rendent \u00e9c\u0153urant aux yeux des spectateurs, et la blessure du rejet, qui le pousse \u00e0 agir plus monstrueusement encore. Mais aussi Chantal Neuwirth, qui incarne avec \u00e9nergie le personnage de Dorine, la suivante de Mariane. C\u2019est donc avec un tr\u00e8s grand plaisir que l\u2019on (re)d\u00e9couvre <em>Tartuffe<\/em>, qui, d\u00e9cid\u00e9ment, ne peut nous lasser.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Claire Nalin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Tartuffe de Moli\u00e8re est un classique de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, il est plong\u00e9 dans la modernit\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne de Luc Bondy dans un huis clos \u00e0 l\u2019humour piquant et satyrique. Des acteurs talentueux comme Micha Lescot (Tartuffe), Audrey Fleurot (Elvire) ou encore Samuel Labarthe (Orgon), nous font revivre ses personnages dr\u00f4les et caricaturaux des travers humains. En effet Tartuffe retrace une histoire de famille dans laquelle s\u2019est immisc\u00e9 un d\u00e9vot manipulateur et avide. Une histoire d\u2019ascendance de l\u2019homme sur l\u2019homme qui peut facilement \u00eatre transpos\u00e9 sur notre soci\u00e9t\u00e9 actuelle, soumise aux manipulations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec le parti pris d\u2019une mise en sc\u00e8ne et de costumes contemporains, Luc Bondy tente de raviver l\u2019\u0153uvre de Moli\u00e8re en lui donnant une dimension plus proche de notre quotidien. Cette mise en sc\u00e8ne qui inscrit cette \u0153uvre dans notre soci\u00e9t\u00e9 du XXI\u00e8me si\u00e8cle se fait \u00e9galement par la gestuelle des acteurs, parfois sensuelle (voire m\u00eame provocante) ou alors banale, qui nous montre la vie quotidienne d\u2019une famille ais\u00e9e de la bourgeoisie. Cependant, malgr\u00e9 un d\u00e9but quelque peu lent, le spectateur est plong\u00e9 directement dans une querelle familiale profonde et lancinante. L\u2019interpr\u00e9tation du personnage de Tartuffe est \u00e0 la fois d\u00e9rangeante par son attitude nonchalante et un poil perverse, suscite l\u2019hilarit\u00e9 du spectateur. L\u2019espace occup\u00e9 par les acteurs sur la sc\u00e8ne et l\u2019utilisation du d\u00e9cor permet une compr\u00e9hension fluide du texte r\u00e9dig\u00e9 avec la prose du XVII\u00e8me si\u00e8cle. Ce d\u00e9calage pourtant notoire entre le d\u00e9cor, les costumes et le texte en lui-m\u00eame permet d\u2019accentuer l\u2019accent satyrique et critique de cette pi\u00e8ce. Respectant la r\u00e8gle des trois unit\u00e9s, caract\u00e9rielle du th\u00e9\u00e2tre classique, l\u2019intrigue se d\u00e9roule dans un int\u00e9rieur bourgeois (propre \u00e0 la com\u00e9die), s\u2019\u00e9tale sur une journ\u00e9e compl\u00e8te et tourne autour d\u2019un seul fait (la manipulation de Tartuffe sur Orgon, le chef de famille). De plus, l\u2019intrigue se situe dans le r\u00e9el, avec une situation qui devait \u00eatre courante au temps de Moli\u00e8re, l\u2019utilisation d\u2019un int\u00e9rieur domestique et du huis clos permet \u00e9galement au spectateur d\u2019avoir une approche plus palpable de la situation. Une r\u00e9alit\u00e9 d\u2019autant plus dr\u00f4le que l\u2019on se dit \u00ab cela n\u2019arrive qu\u2019aux autres \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce fait souffler sur le public un vent de bonne humeur et de rire. Le public ressort le sourire aux l\u00e8vres avec la satisfaction d\u2019avoir pass\u00e9 un bon moment. En r\u00e9sum\u00e9, Tartuffe est un excellent divertissement que l\u2019on a envie de revoir et dont on ne se lasse pas.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9oph\u00e9e Vasseur<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation de Tartuffe de Moli\u00e8re au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on et mis en sc\u00e8ne par Luc Bondy nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le r\u00e9cit d\u2019une famille d\u00e9chir\u00e9e au sujet d\u2019un personnage, Tartuffe. Trois g\u00e9n\u00e9rations sont repr\u00e9sent\u00e9es. La jeunesse s\u2019oppose fermement \u00e0 l\u2019immixtion dans la famille de cet \u00e9trange et myst\u00e9rieux personnage tandis que la figure du p\u00e8re et de la grand-m\u00e8re lui vouent une admiration sans faille. Par ailleurs, Orgon, le p\u00e8re, souhaite marier sa fille avec. Avec de l\u2019aide elle va s\u2019opposer \u00e0 ce mariage et ensemble ils vont tenter de r\u00e9v\u00e9ler quel personnage est r\u00e9ellement Tartuffe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne le ton de la discorde est donn\u00e9 autour d\u2019un petit &#8211; d\u00e9jeun\u00e9 familial. La pi\u00e8ce se divise en 3 temps forts et le d\u00e9nouement, le tout, trait\u00e9 classiquement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne se d\u00e9roule pour toute la pi\u00e8ce dans la salle \u00e0 manger. La langue de Moli\u00e8re est conserv\u00e9e et la sc\u00e9nographie est moderne. Tr\u00e8s soign\u00e9e et sobre, les d\u00e9cors sont simples et fins et les costumes tels que l\u2019on peut s\u2019y identifier. Pour exemple, le costume de travail s\u00e9v\u00e8re pour Orgon, costume de petite fille sage pour Marianne. Le tout est baign\u00e9 dans une lumi\u00e8re naturelle \u00e0 l\u2019exception de moment de tensions o\u00f9 la lumi\u00e8re joue pour accentuer le dramatisme. C\u2019est donc un\u00a0\u00a0 int\u00e9rieur bourgeois moderne. Le dallage qui rappelle un jeu d\u2019\u00e9chiquier peut \u00eatre pour renvoyer \u00e0 la manipulation de Tartuffe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sobri\u00e9t\u00e9 du d\u00e9cor permet de laisser aux acteurs la place pour s\u2019exprimer largement. Une gestuelle pas trop exag\u00e9r\u00e9e. On fait parfois face \u00e0 une pluie d\u2019action mais pas de superpositions, le spectateur sait o\u00f9 regarder, \u00e0 quel moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re du personnage de Tartuffe est le plus complexe et le plus recherch\u00e9, c\u2019est un d\u00e9vot mais cette d\u00e9votion religieuse de Tartuffe n\u2019est pas mise au premier plan, ce n\u2019est pas un param\u00e8tre qui doit \u00eatre pris en compte comme pr\u00e9pond\u00e9rant dans son caract\u00e8re, il ne faut pas que \u00e7a brouille les pistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re impression que donne le personnage de Tartuffe est forte, il adopte une d\u00e9marche tr\u00e8s particuli\u00e8re, ses jambes ressemblent \u00e0 des longs fils de fers, attitude \u00e9trange qui incite la m\u00e9fiance envers le personnage, pervers et manipulateur. Tartuffe c\u2019est l\u2019\u00e9tranger et c\u2019est en s\u2019associant pour l\u2019\u00e9vincer, que la famille va se ressouder. Mais on se demande pourquoi Orgon lui voue un tel culte ? Que trouve-t-il en se personnage qui nous apparait imm\u00e9diatement odieux?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9nouement est heureux mais frappe par l\u2019arbitraire. Il faut remettre en contexte : Moli\u00e8re est reconnaissant au roi de laisser se repr\u00e9senter une telle pi\u00e8ce malgr\u00e9 les agressions. Il insinue par cette fin que le roi peut tout et le roi est bon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne laisse la pi\u00e8ce exprimer d\u2019elle-m\u00eame sa modernit\u00e9 en la mettant en valeur dans un espace identifiable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, un spectacle simple, une interpr\u00e9tation classique du classique de Moli\u00e8re avec une troupe talentueuse qui fait passer un moment agr\u00e9able au spectateur dans une ambiance tr\u00e8s dynamique et joviale.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Hannah Demerseman<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeudi 17 mars nous assistions \u00e0 la repr\u00e9sentation Tartuffe mis en sc\u00e8ne par Luc Bondy aux Ateliers Berthier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce montre une famille bourgeoise travers\u00e9e par de nombreux conflits. Tartuffe, faux d\u00e9vot, vient jouer l&rsquo;h\u00f4te parasite en parvenant \u00e0 gagner une affection sans limite du ma\u00eetre de maison Orgon (Samuel Labarthe) et de sa m\u00e8re, Mme Pernelle. Lorsque nous entrons dans la salle nous d\u00e9couvrons le magnifique d\u00e9cor de Richard Peduzzi. Alors que la lumi\u00e8re ne s&rsquo;est pas encore \u00e9teinte, les personnages entrent sur sc\u00e8ne un \u00e0 un et s&rsquo;installent autour de la table. Le spectateur est plong\u00e9 au milieu des conversations intimes et l&rsquo;identification est totale. Les disputes cr\u00e9ent une attente autour du personnage de Tartuffe qui n&rsquo;appara\u00eetra qu&rsquo;au 3e acte. Celui-ci, camp\u00e9 Micha Lescot est une sorte d&rsquo;acteur parfait qui sait rebondir dans chacune des situations notamment au cours d\u2019une confrontation d\u00e9licieuse avec Damis. Avec un petit ventre et les cheveux plaqu\u00e9s en arri\u00e8re, celui-ci d\u00e9tourne tous les usages pieux avec une d\u00e9licieuse d\u00e9sinvolture : il \u00e9crase ses m\u00e9gots dans l&rsquo;eau b\u00e9nite, frappe Damis en feignant de se mortifier etc. La duperie est \u00e9vidente et l&rsquo;aveuglement d&rsquo;Orgon a un caract\u00e8re presque tragique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les costumes sont simples et contemporains, permettant une identification des spectateurs aux personnages et concentrant leur attention sur le jeu des acteurs plut\u00f4t que sur leur parure. Dans cet int\u00e9rieur bourgeois du XX\u00e8me si\u00e8cle chaque d\u00e9tail semble soign\u00e9 et le sol en damier nous montre bien que la sc\u00e8ne sera l\u2019\u00e9chiquier des passions et les personnages des pions manipul\u00e9s par Tartuffe. Le d\u00e9cor nous permet de voir les chambres \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage et les diff\u00e9rents rideaux permettent de nombreuses sc\u00e8nes o\u00f9 les personnages se cachent pour observer une conversation \u00e0 laquelle ils n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 convi\u00e9s. La table ayant servi au premier repas est divis\u00e9e en 4 tables plus petites et leur mouvement suit l&rsquo;\u00e9volution de la famille. S\u00e9par\u00e9es au moment des conflits, les tables sont r\u00e9unies pour accueillir la grande tabl\u00e9e du d\u00e9nouement. Cette m\u00eame table servira de cachette \u00e0 Orgon lorsqu&rsquo; Elmire, brillamment interpr\u00e9t\u00e9e par Audrey Fleurot tend un pi\u00e8ge \u00e0 Tartuffe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les alexandrins sont respect\u00e9s et malgr\u00e9 quelques r\u00e9tributions de r\u00e9pliques la fid\u00e9lit\u00e9 au texte de Moli\u00e8re est presque totale. La mise en sc\u00e8ne cr\u00e9\u00e9 quelques d\u00e9calages comiques avec le texte quand les cassettes qui \u00e9taient des petits coffres chez Moli\u00e8re deviennent les cassettes audio que Dorine place dans un magn\u00e9tophone pour enregistrer les conversations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce n&rsquo;est plus seulement une critique de l&rsquo;\u00e9glise catholique du XVII\u00e8me si\u00e8cle mais une r\u00e9flexion plus globale sur tous les types d&rsquo;endoctrinements. On y voit un Orgon isol\u00e9 et aveugl\u00e9 sous l&#8217;emprise totale d&rsquo;une sorte de gourou. Une pi\u00e8ce de Moli\u00e8re qui a encore beaucoup \u00e0 dire \u00e0 notre \u00e9poque !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Romane Morichon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L\u2019homme est, je vous l\u2019avoue, un m\u00e9chant animal ! \u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Et Luc Bondy ne craint pas de le montrer lorsqu\u2019il incarne, dans le personnage de Tartuffe, non pas la cause des malheurs des autres personnages, mais le simple moyen de les r\u00e9v\u00e9ler. La famille d\u2019Orgon, \u00ab d\u00e9j\u00e0 d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e avant m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e de Tartuffe \u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, est un microcosme dont les d\u00e9viances et probl\u00e9matiques sont d\u00e9voil\u00e9es aux spectateurs d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, et \u00e0 laquelle il est tr\u00e8s facile de s\u2019identifier. Malgr\u00e9 l\u2019ind\u00e9niable comique de certaines sc\u00e8nes o\u00f9 la <em>commedia dell\u2019arte<\/em> semble pr\u00e9valoir sur la tradition de la com\u00e9die classique \u00e0 laquelle Moli\u00e8re donne vie, l\u2019ambiance est dramatique, tragique, pesante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La famille est sur le bout de se dissoudre du premier acte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019avant-derni\u00e8re sc\u00e8ne, et l\u2019espoir d\u2019une \u00e9chappatoire se fait au fur et \u00e0 mesure plus lointain. Ce n\u2019est en effet qu\u2019un <em>deus ex machina <\/em>\u00e0 permettre le final heureux o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois l\u2019ironie du dramaturge et le rire jaune du metteur en sc\u00e8ne. L\u2019int\u00e9r\u00eat de celui-ci semble en effet plut\u00f4t concentr\u00e9 sur le drame humain et social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne d\u2019un chef-d\u2019\u0153uvre du th\u00e9\u00e2tre classique ne doit pas \u00eatre un travail facile, surtout si elle se veut \u00eatre sinc\u00e8re et honn\u00eate. Mais Bondy y est magistralement parvenu : toujours fid\u00e8le \u00e0 Moli\u00e8re, il privil\u00e9gie les \u00e9l\u00e9ments correspondant le mieux \u00e0 sa propre sensibilit\u00e9. Tartuffe reste Tartuffe, mais devient \u00e9galement une histoire de famille, une peinture de la profondeur de la psychologie humaine dans sa lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e contre la r\u00e9alit\u00e9. Et cette communion entre com\u00e9die provocatrice au XVIIe si\u00e8cle et pi\u00e8ce creusant l\u2019esprit du public au XXIe est \u00e9videmment rendue possible par la ma\u00eetrise des acteurs, permettant en effet un parfait agencement entre les alexandrins et une gestuelle toute contemporaine. Les deux \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes deviennent sur la sc\u00e8ne de Bondy un tout, complet et riche, qui s\u2019approche du spectateur et l\u2019int\u00e8gre naturellement dans la trag\u00e9die familiale, sociale et psychologique en cours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Moli\u00e8re, Tartuffe, acte V, sc\u00e8ne 6<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Entretien avec Luc Bondy, r\u00e9\u00e9crit par Daniel Loayza le 14 mars 2014.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Silvia Giudice<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Thierry Depagne<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus La c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce de Moli\u00e8re, Tartuffe, a fait scandale \u00e0 son \u00e9poque, elle est m\u00eame interdite \u00e0 trois reprises avant d&rsquo;\u00eatre autoris\u00e9e en 1669 apr\u00e8s plusieurs remaniements. 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