{"id":562,"date":"2016-03-20T15:30:42","date_gmt":"2016-03-20T14:30:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=562"},"modified":"2016-03-20T15:30:42","modified_gmt":"2016-03-20T14:30:42","slug":"splendids","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=562","title":{"rendered":"Splendid&rsquo;s"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/splendids\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est au th\u00e9\u00e2tre de la Colline, qu\u2019Arthur Nauzyciel installe une ambiance de polar hollywoodien avec sa vision noire et sensuelle de la pi\u00e8ce <em>Splendid\u2019s <\/em>de Jean Genet, longtemps mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart par l\u2019auteur lui-m\u00eame. En introduisant le jeu des com\u00e9diens par la projection d\u2019un court m\u00e9trage du m\u00eame auteur, intitul\u00e9 <em>Un chant d\u2019amour, <\/em>sur la solitude des prisonniers fantasmant dans leurs cellules \u00e0 toutes formes de plaisir, Nauzyciel souligne le ton noir, humain et charnel de ses choix de mise en sc\u00e8ne et justifie sa d\u00e9cision de travailler avec des acteurs am\u00e9ricains revenant aux films noirs am\u00e9ricains des ann\u00e9es19 40 qui inspiraient Genet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec un cadre simple et efficace, situ\u00e9 dans un environnement tout droit sorti d\u2019un fantasme cin\u00e9matographique qui joue sur les ombres et la profondeur de champ, et avec un propos complexe sur le destin, la pi\u00e8ce prend la forme d\u2019un savant m\u00e9lange entre thriller haletant et trag\u00e9die classique, r\u00e9ussissant \u00e0 combiner \u00e9motion, esth\u00e9tisme et r\u00e9flexion. L\u2019intrigue unique du drame peut se r\u00e9sumer \u00e0 un pitch : coinc\u00e9s au 7\u00e8me \u00e9tage du grand Splendid\u2019s H\u00f4tel, 8 gangsters apr\u00e8s avoir tu\u00e9 leur dernier otage par maladresse, se trouvent face \u00e0 un choix corn\u00e9lien &#8211; se rendre \u00e0 la police ou mourir dignement. 8 hommes pris en pleine temp\u00eate alors que le navire sombre fatalement, qui font front ensemble face \u00e0 leurs derni\u00e8res heures contre un destin fun\u00e8bre. Un destin qui se rapproche d\u2019eux inexorablement et les oppresse, annonc\u00e9 \u00e0 la radio par la voix grave de Jeanne Moreau. 8 hommes qui fantasment leur dernier souffle. 7 gangsters tatou\u00e9s et \u00e0 demi nus, et un flic qui s\u2019est retourn\u00e9 contre la loi pour se ranger du c\u00f4t\u00e9 des plus forts, dans une lutte de pouvoirs qui s\u2019installe entre les personnages exhibant sur sc\u00e8ne leur puissance et leur faiblesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit bien d\u2019une derni\u00e8re parade dans ce huis-clos de l\u2019urgence o\u00f9 la mort fatale se rapproche \u00e0 grands pas derri\u00e8re 8 portes qui se d\u00e9coupent dans un couloir scind\u00e9 en deux de mani\u00e8re tr\u00e8s g\u00e9om\u00e9trique, rappelant les deux fins possibles, formant un angle aigu qui se referme sur Riton, Scott, Bob, et les autres, pris au pi\u00e8ge. 8 portes, tels 8 tombeaux verticaux, b\u00e9ants, voraces pr\u00e9dateurs, charognards attendent dans l\u2019ombre le moment venu pour engloutir les protagonistes dans une danse macabre et se fermer derri\u00e8re eux \u00e0 jamais. La lumi\u00e8re verd\u00e2tre rend les corps cadav\u00e9riques, et les plonge vers une mort tragique in\u00e9luctable. Cependant ils peuvent encore esquiver la mort en choisissant de se rendre. Dans ce cas, il faut avoir \u00ab le courage de sa l\u00e2chet\u00e9 \u00bb jette l\u2019un d\u2019entre eux au milieu de cette cage dor\u00e9e o\u00f9 les personnages tournent en rond. La fronti\u00e8re entre courage et l\u00e2chet\u00e9 semble ici bien fine. Mourir de fa\u00e7on h\u00e9ro\u00efque, en l\u00e9gende ou subir l\u2019humiliation de s\u2019\u00eatre fait prendre et aller en prison ? Qu\u2019est-ce qu\u2019on retiendra d\u2019eux ? Quelles \u00e9pith\u00e8tes embrasseront leurs noms s\u2019ils survivent et quelles \u00e9pitaphes porteront leurs tombes s\u2019ils n\u2019en r\u00e9chappent pas ?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Chateauraynaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Splendid&rsquo;s <\/em>est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Jean Genet jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre national de la Colline. La mise en sc\u00e8ne est d&rsquo;Arthur Nauzyciel, avec Ismail Ibn Conner, Jared Craig, Xavier Gallais, Michael Laurence, Rudy Mungaray, Daniel Pettrow, Timothy Sekk, Neil Patrick Stewart, James Waterston et la voix de Jeanne Moreau. La pi\u00e8ce est produite par le CDN Orl\u00e9ans-Loiret-Centre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce d\u00e9bute par une projection d&rsquo;un <em>Chant d&rsquo;amour <\/em>de Jean Genet (produit en 1950, sorti en 1975). Ce film a longtemps \u00e9t\u00e9 censur\u00e9, car il se rapprochait de la pornographie. <em>Un chant d&rsquo;amour <\/em>met en sc\u00e8ne une relation amoureuse de deux prisonniers. Il montre le d\u00e9sir de deux personnages qui sont proches mais ne peuvent \u00eatre ensembles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la projection, l&rsquo;\u00e9cran se l\u00e8ve pour laisser place aux acteurs. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe de gangsters, la Rafale, qui se retrouve pi\u00e9g\u00e9 dans un h\u00f4tel suite \u00e0 une op\u00e9ration qui a mal tourn\u00e9. Une otage est morte de fa\u00e7on myst\u00e9rieuse. Un policier vient de rejoindre le gang. Les gangsters sont pris au pi\u00e8ge dans l&rsquo;h\u00f4tel et la police va bient\u00f4t rentrer. La pi\u00e8ce est une mise sous tension qui s&rsquo;accentue tout au long de la pi\u00e8ce. Les gangsters, au pied du mur, avouent leurs ambitions cach\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est excellente : le d\u00e9cor ne change pas ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un couloir de l&rsquo;h\u00f4tel o\u00f9 tout est vert. Une lumi\u00e8re tamis\u00e9e \u00e9claire la sc\u00e8ne. Une image d&rsquo;<em>Un chant d&rsquo;amour <\/em>est repr\u00e9sent\u00e9e sur le mur : les deux protagonistes s&#8217;embrassant. Le mur du couloir donne acc\u00e8s \u00e0 une s\u00e9rie de portes. Il y a une porte par gangster.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, les gangsters sont plus ou moins habill\u00e9s : certains ne portent que des sous-v\u00eatements, d&rsquo;autres ne sont v\u00eatus que sur le haut du corps. Leur nudit\u00e9 leur permet d&rsquo;exhiber leurs tatouages. Dans une seconde partie, ils sont tous habill\u00e9s en costume. Tous sont lourdement arm\u00e9s. La gestuelle est au ralenti. Les acteurs sont relativement statiques, mais chacun de leur mouvement est une danse. Les acteurs s&rsquo;expriment en anglais, sauf la derni\u00e8re r\u00e9plique qui est en fran\u00e7ais. Avec cet effet visuel assur\u00e9, le spectateur est automatiquement plong\u00e9 dans l&rsquo;ambiance particuli\u00e8re et ressent la mont\u00e9e des tensions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sentant la fin proche, les gangsters r\u00e9v\u00e8lent leurs v\u00e9ritables d\u00e9sirs. La mise sous tension laisse place aux non-dits. La place de chef convoit\u00e9e. Un des gangsters avoue avoir volontairement tu\u00e9 l&rsquo;otage. Les rivalit\u00e9s se montrent \u00e0 face d\u00e9couverte. Les armes \u00e0 feu participent \u00e0 la mise sous tension. Les gangsters se menacent constamment les uns les autres. Une question survient, lorsque la prise de l&rsquo;h\u00f4tel par la police devient in\u00e9vitable : se rendre ou r\u00e9sister jusqu&rsquo;au bout ? La plupart veulent se rendre, mais le chef du gang refuse de \u00ab devenir l\u00e2che \u00bb. Il ne veut pas se rendre. Il fusille tous les membres restant de son gang. La sc\u00e8ne est magnifique. Tous les acteurs bougent au ralenti, sauf le chef de gang qui d\u00e9ambule au milieu des autres personnages. Les acteurs miment recevoir des balles. Leurs corps bougent lentement dans tous les sens. Le chef se d\u00e9place parmi eux, tant\u00f4t les visant, tant\u00f4t les regardant. Un v\u00e9ritable d\u00e9calage du temps se cr\u00e9e. Les acteurs ne sont plus dans la m\u00eame dimension de temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce retrace des relations entre des hommes tr\u00e8s proches. L&rsquo;imminence de la fin permet de r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9ritable nature de leurs sentiments les uns pour les autres.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lena Piveteau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sept gangsters ont pris en otage la fille d\u2019un milliardaire au septi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un h\u00f4tel de de luxe, le Splendid et l\u2019un d\u2019entre eux l\u2019a tu\u00e9e. Mais \u00e7a, la police qui les encercle, ne le sait pas encore mais les criminels, eux, savent qu\u2019ils doivent se rendre ou mourir. Un policier, fascin\u00e9 par ces hommes qui ont os\u00e9, a chang\u00e9 de camp pour les rejoindre mais il doit encore prouver sa loyaut\u00e9. Mais l\u2019issue est proche et les masques tombent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne, Arthur Nauzyciel, a fait plusieurs choix int\u00e9ressants pour rendre le texte \u00e9crit par Jean Genet en prison et nomm\u00e9 <em>Splendid\u2019s<\/em>. Tout d\u2019abord, la repr\u00e9sentation a d\u00e9but\u00e9 par la projection d\u2019un film r\u00e9alis\u00e9 par Jean Genet lui-m\u00eame et tr\u00e8s peu montr\u00e9 au grand-public \u00e0 cause de son caract\u00e8re subversif. En effet, \u00abChant d\u2018amour\u00bb, court m\u00e9trage muet, montre les jeux sexuels de prisonniers sous l\u2019\u0153il d\u2019un policier qui, tout comme celui pr\u00e9sent dans la pi\u00e8ce, est fascin\u00e9 par ces marginaux. Le d\u00e9cor \u00e9tait constitu\u00e9 de deux murs dispos\u00e9s en biais avec plusieurs portes qui s\u2019ouvraient et se fermaient sur les acteurs. Sur ces murs, l\u2019image de deux prisonniers de \u00abChant d\u2019amour\u00bb \u00e9tait projet\u00e9e, revendiquant le lien entre le film et la pi\u00e8ce. L\u2019\u00e9clairage, assez faible, renfor\u00e7ait aussi l\u2019impression d\u2019enfermement dans un lieu qui restait le m\u00eame et d\u2019o\u00f9 les personnages ne peuvent sortir, o\u00f9 ils se confrontent et se battent. Un autre choix marquant \u00e9tait celui d\u2019avoir traduit en anglais la pi\u00e8ce et d\u2019avoir travaill\u00e9 avec un groupe d\u2019acteurs franco-am\u00e9ricain. Le metteur en sc\u00e8ne a choisi cette langue pour mieux rendre \u00abl\u2019imagerie hollywoodienne\u00bb de Jean Genet, comme Arthur Nauzyciel la qualifie dans sa pr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce. Le spectateur se plonge alors dans un tout autre monde am\u00e9ricanis\u00e9 notamment par les noms des personnages transform\u00e9s &#8211; Jean devient Johnny- ou par l\u2019omnipr\u00e9sence d\u2019armes. Les costumes sobres, voir m\u00eame tr\u00e8s simples car certains acteurs restent torse nu la plupart du spectacle, formaient un contraste avec les tatouages des gangsters qui les s\u00e9parent du policier, qui gardait un signe distinctif &#8211; son k\u00e9pi. Une radio, pos\u00e9e au centre, leur permettaient de garder un lien avec le monde ext\u00e9rieur, mais la voix, celle de Jeanne Moreau, qui commente les \u00e9v\u00e8nements ne le fait pas de mani\u00e8re journalistique mais para\u00eet d\u00e9livrer un point de vue subjectif et ext\u00e9rieur faisant le contrepoint avec ce qu\u2019expriment et ressentent les protagonistes sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long du spectacle, les personnages se confrontent, \u00e9voquent leur pass\u00e9, se divisent entre ceux qui veulent se rendre et ceux qui veulent tenter une derni\u00e8re action. Pourtant, ils savent tous qu\u2019ils vont mourir et c\u2019est pourquoi les sous-entendus et les jeux entre les protagonistes jouent un r\u00f4le central dans cette mise en sc\u00e8ne et dans le jeu des acteurs mettant en avant la fragilit\u00e9 et le dualisme dans chaque personnalit\u00e9. Cette mise en sc\u00e8ne surprenante et vivante met en valeur le texte de <em>Splendid\u2019s <\/em>et la mise \u00e0 nu de ces criminels qui finissent par fasciner les spectateurs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie Martine<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">V\u00e9ritable fantasme de Jean Genet, <i>Splendid&rsquo;s<\/i> fut longtemps dissimul\u00e9e. \u00c9crite en 1948, elle restera manuscrite jusqu&rsquo;en 1993, cach\u00e9e par son auteur qui n&rsquo;aura pourtant de cesse de la remodeler \u00e0 sa guise, lui apportant sans rel\u00e2che d&rsquo;infimes finitions, avec le soin m\u00e9ticuleux et l&rsquo;avarisme \u00e9go\u00efste de l&rsquo;obsessionnel. Genet refusait de la faire lire et se gardait encore plus de la faire monter, l&rsquo;occultant au regard d&rsquo;autrui comme un joyau pr\u00e9cieux que lui seul pouvait contempler et revivre \u00e0 l&rsquo;infini. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\"> C&rsquo;est que la pi\u00e8ce est napp\u00e9e d&rsquo;un voile de douceur d\u00e9lectable. <i>Splendid&rsquo;s<\/i> jouit d&rsquo;une gr\u00e2ce n\u00e9buleuse et d&rsquo;un raffinement flirtant avec le glamour dans une situation chaotique o\u00f9 l&rsquo;on sentirait pourtant d&#8217;embl\u00e9e poindre violence et tension. La mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Arthur Nauzyciel met en exergue cette pr\u00e9ciosit\u00e9 toute hollywoodienne dans la couleur verd\u00e2tre de ses d\u00e9cors qui flatte l\u2019\u0153il, la lumi\u00e8re tamis\u00e9e des lampes murales de cet unique couloir d&rsquo;h\u00f4tel o\u00f9 se d\u00e9roule l&rsquo;action qui pr\u00eate sensualit\u00e9 et charme aux mouvements tant\u00f4t saccad\u00e9s, agressifs, et tant\u00f4t suaves des personnages. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs leur gestuelle qui donne ce c\u00f4t\u00e9 d\u00e9cadent \u00e0 l&rsquo;ensemble de la pi\u00e8ce, cr\u00e9ant un onirisme instable, toujours \u00e0 deux doigts de s&rsquo;effondrer, de partir en fum\u00e9e sous le coup tonitruant d&rsquo;une balle tir\u00e9e dans un \u00e9lan d&rsquo;angoisse, leurs d\u00e9placements rel\u00e8vent de la danse et d&rsquo;ailleurs ne terminent-ils pas leur chute libre dans une valse souple qui finit par embrasser le sol\u00a0? <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\"> Ce pan de l\u2019\u0153uvre de Jean Genet, Nauzyciel se l&rsquo;est tr\u00e8s bien appropri\u00e9, entrant de plein fouet dans l&rsquo;univers fantasmagorique de l&rsquo;auteur-dramaturge homosexuel et ex-tollard qui r\u00eavait de nuits solitaires en cellule o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9coute, dans une verve onanique, battre le corps d&rsquo;un autre homme derri\u00e8re les murs. Le parall\u00e8le \u00e9tabli entre <i>Splendid&rsquo;s<\/i> et <i>Chant d&rsquo;Amour<\/i> via la projection liminaire qui en est faite est int\u00e9ressant car il nous propulse imm\u00e9diatement dans les r\u00eaves intimes de Genet. Le maton du court-m\u00e9trage ne renverrait-il pas au flic tra\u00eetre de <i>Splendid&rsquo;s <\/i>qui rejoint les gangsters pour les observer avec envie et plaisir dans la rel\u00e2che de leur inconscient alors que la peur les gagne, que l&rsquo;issue fatale se fait plus proche, et que le seul outil de survie \u00e0 disposition est le corps et sa jouissance potentielle\u00a0? <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\"> Pour renforcer ce c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la fois glamour et physique, Arthur Nauzyciel opte pour une traduction de la pi\u00e8ce originale en anglais, ce qui lui offre un ton suave et distille le fantasme chez le spectateur francophone qui ne retrouve pas sa langue mais celle du cin\u00e9ma d&rsquo;Hollywood. De plus, le choix d&rsquo;un casting am\u00e9ricain renforce cet aspect cin\u00e9matographique et conf\u00e8re une certaine bestialit\u00e9 aux protagonistes avec leur corps tatou\u00e9s et leurs gestes \u00e0 la fois crus et tendres. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\"> Le cache-cache avec le crime qui est \u00e9tabli tout au long de la pi\u00e8ce cr\u00e9e un effet de suspens qui ne sera jamais r\u00e9solu. Le crime est pass\u00e9, le meurtre de Mademoiselle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9, on tentera de la ressusciter via un gracile tour de travestissement, mais nous avons manqu\u00e9 la violence pr\u00e9alable \u00e0 l&rsquo;action, et nous n&rsquo;aurons qu&rsquo;une mort fantasm\u00e9e des protagonistes pour le final. Genet s&rsquo;amusait avec ce travail de dissimulation, concentrant ainsi l&rsquo;attention du lecteur et du spectateur sur l&rsquo;arch\u00e9type du criminel (qui ne peut \u00eatre actualis\u00e9 concr\u00e8tement puisque l&rsquo;on ignore toute la dimension de son crime), rien de tangible, juste une aur\u00e9ole qui surplombe les personnages et leur fait don d&rsquo;une couleur presque mythique, tremplin vers la r\u00eaverie. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\"> Ainsi passe-ton un agr\u00e9able moment, confortablement nich\u00e9 dans l&rsquo;imaginaire sensuel de Jean Genet, en assistant \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Arthur Nauzyciel qui reste tr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u0153uvre originale et parvient \u00e0 en accentuer justement les grandes caract\u00e9ristiques. <\/span><\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Roxane Lechevalier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dimanche 20 mars 2016, Arthur Nauzyciel a pr\u00e9sent\u00e9 sa mise en sc\u00e8ne de <em>Splendid\u2019s <\/em>de Jean Genet, au th\u00e9\u00e2tre de la Colline. Cette pi\u00e8ce nous plonge dans le septi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un h\u00f4tel de luxe, en compagnie d\u2019un groupe de sept gangsters et d\u2019un policier corrompu interpr\u00e9t\u00e9 par le seul com\u00e9dien fran\u00e7ais de cette pi\u00e8ce, Xavier Gallais, qui attendent l\u2019assaut final des forces de police suite \u00e0 leur prise d\u2019otage qui a mal tourn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle est introduit par la projection d\u2019U<em>n Chant d\u2019Amour <\/em>de Jean Genet, court-m\u00e9trage de 24 minutes qui pr\u00e9sente le d\u00e9sir entre deux d\u00e9tenus d\u2019une prison, sous le regard vicieux d\u2019un surveillant. La diffusion de ce tr\u00e8s beau court m\u00e9trage introduit avec justesse la dimension charnelle de cette mise en sc\u00e8ne. En effet dans <em>Splendid\u2019s <\/em>de Nauzyciel, les corps des com\u00e9diens, v\u00eatus uniquement de slips ou de pantalons au d\u00e9but de la repr\u00e9sentation et orn\u00e9s de tatouages \u00e0 l\u2019image des gangsters du cin\u00e9ma am\u00e9ricain, ont offert une performance captivante gr\u00e2ce \u00e0 leurs mouvements oscillant entre la danse, la transe mais aussi des exc\u00e8s de violence. Le travail fait sur les corps des com\u00e9diens, que l\u2019on peut qualifier de chor\u00e9graphique, rend ainsi parfaitement compte de la dimension charnelle dans cette pi\u00e8ce de Jean Genet, mais aussi dans l\u2019ensemble de son \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il y a aussi cet \u00e9trange face-\u00e0-face introduit par un d\u00e9cor, sombre et magnifique, o\u00f9 les personnages se retrouvent dans deux couloirs parsem\u00e9s de portes, qui se rejoignent au centre du plateau. Ce d\u00e9cor cr\u00e9e un espace sc\u00e9nique tr\u00e8s particulier et renforce les r\u00e9flexions sur les relations humaines d\u00e9peintes par Jean Genet dans sa pi\u00e8ce, car les entr\u00e9es et sorties des com\u00e9diens par les diff\u00e9rentes portes du plateau, et les diff\u00e9rents face-\u00e0-face offerts par ces couloirs donnent une dimension spatiale \u00e0 ces questions de loyaut\u00e9 et de trahison, de fraternit\u00e9 et de violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, le temps de l\u2019action qui est comme un compte \u00e0 rebours, o\u00f9 les minutes sont compt\u00e9es pour les personnages, donne pourtant \u00e0 l\u2019action une avanc\u00e9e lente et constante, parfois m\u00eame trop lente vers l\u2019assaut final, seul point n\u00e9gatif dans cette mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la pi\u00e8ce est jou\u00e9e en anglais, avec sept acteurs am\u00e9ricains, et Xavier Gallais, m\u00eame si cette traduction de Neil Bartlett ne dessert pas fonci\u00e8rement cette mise en sc\u00e8ne, l\u2019int\u00e9r\u00eat de faire entendre <em>Splendid\u2019s <\/em>en anglais reste incertain.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Tatiana Bray<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Fr\u00e9d\u00e9ric Nauczyciel<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | En savoir plus C\u2019est au th\u00e9\u00e2tre de la Colline, qu\u2019Arthur Nauzyciel installe une ambiance de polar hollywoodien avec sa vision noire et sensuelle de la pi\u00e8ce Splendid\u2019s de Jean Genet, longtemps mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart par l\u2019auteur lui-m\u00eame. 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