{"id":564,"date":"2016-03-23T19:00:09","date_gmt":"2016-03-23T18:00:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=564"},"modified":"2016-03-23T19:00:09","modified_gmt":"2016-03-23T18:00:09","slug":"iolenta-casse-noisette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=564","title":{"rendered":"Iolenta \/ Casse-Noisette"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra \/ Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-15-16\/opera\/iolanta-casse-noisette\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Op\u00e9ra Garnier \u2026 son plafond si particulier, ses dorures, ses balcons\u2026 Il a fait et fait r\u00eaver toute petite fille, tout comme les grands et les moins grands. \u00ab On va voir les petits rats ! \u00bb est-il usage de dire, ce qui est d\u2019autant plus vrai lorsque le ballet est Casse-noisette. Enfin, il me semblait\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, c\u2019est une version compl\u00e8tement remani\u00e9e que nous offre le metteur en sc\u00e8ne russe, Dmitri Tcherniakov. D\u2019une part, il choisit de pr\u00e9senter ensemble deux \u0153uvres que Tcha\u00efkovski avait lui-m\u00eame r\u00e9unies \u00e0 l\u2019origine \u2013 l\u2019Op\u00e9ra Iolenta (interpr\u00e9t\u00e9 par une troupe de chanteurs russes) et le ballet Casse-noisette (dans\u00e9 par les danseurs et le corps de ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Paris) \u2013 ce qui est un v\u00e9ritable coup de g\u00e9nie ! D\u2019autre part, pour la seconde, il s\u2019\u00e9loigne de l\u2019originale, passant outre le conte de No\u00ebl et les c\u00e9l\u00e8bres chor\u00e9graphies de Marius Petipa, pour, au contraire, pr\u00e9senter une version largement contemporaine, afin de \u00ab sublimer \u00bb la musique : la \u00ab musique est plus grande que le sujet qu\u2019elle sert \u00bb, affirme-t-il. Ainsi, cette mise en sc\u00e8ne est quelque peu d\u00e9routante, et m\u00eame d\u00e9concertante \u00e0 certains \u00e9gards.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout commence par l\u2019histoire de Iolenta, jeune-femme ignorant sa c\u00e9cit\u00e9, mais qui va finalement la d\u00e9couvrir et recouvrer la vue. Le rideau se l\u00e8ve alors sur une sc\u00e8ne r\u00e9duite, o\u00f9 seul un cadre de lumi\u00e8re sert de d\u00e9cor. A l\u2019int\u00e9rieur, une femme immobile, Iolenta, qui se tient debout au milieu d\u2019un salon du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, donnant l\u2019image d\u2019un tableau, qui, au fil de la musique, se met \u00e0 mouvoir. Les personnages entrent les uns apr\u00e8s les autres, laissant le spectateur en attente. L\u2019op\u00e9ra tarde \u00e0 se lancer, et ce malgr\u00e9 les magnifiques voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent. Puis, Vaud\u00e9mont et Robert apparaissent. Leur entr\u00e9e se veut surprenante et permet de donner du rythme au spectacle, notamment Robert. Ce personnage, interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 la perfection par Andrei Jilihovschi, r\u00e9veille l\u2019intrigue. C\u2019est le seul personnage \u00e0 porter un chapeau et un imperm\u00e9able occidentaux, marquant son origine bourguignonne, tandis que les autres sont habill\u00e9s de chapkas et de manteaux de fourrure, propres au monde russe. Ce baryton se pr\u00e9sente ainsi comme l\u2019influence comique, et son interpr\u00e9tation est tout simplement spectaculaire. Puis, se d\u00e9roule la sc\u00e8ne de la r\u00e9v\u00e9lation de sa c\u00e9cit\u00e9 \u00e0 Iolenta. Ce passage est le c\u0153ur de l\u2019op\u00e9ra et contient toute sa signification. La question \u00ab qu\u2019est-ce que rouge ? \u00bb permet, en effet, de prendre conscience de notre chance : nous voyons le monde ! De plus, les remarques de Iolenta prennent largement \u00e9cho dans notre existence : nos yeux ne nous permettent pas d\u2019entendre le rossignol ou de sentir l\u2019odeur d\u2019une rose. Ainsi, malgr\u00e9 sa c\u00e9cit\u00e9, il semble que Iolenta soit bien moins aveugle que nous : elle prend le temps d\u2019admirer les choses, sans les voir. Pourtant, elle finit bien par se soigner et par recouvrer la vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, Casse-noisette commence. L\u2019op\u00e9ra se termine dans le ballet, incarnant un spectacle jou\u00e9 en l\u2019honneur de Marie, lors de sa f\u00eate d\u2019anniversaire. Cette liaison marque l\u2019opposition qui va se mettre en place entre les deux \u0153uvres. En effet, suite \u00e0 la retenue de Iolenta, cette f\u00eate est d\u00e9sinvolte et part dans tous les sens. Puis, soudain, lorsque Marie s\u2019endort, c\u2019est le Chaos : une explosion retentit, le d\u00e9cor dispara\u00eet, r\u00e9duit en poussi\u00e8re, incarnant l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de Marie, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la recherche de son amant. Elle est alors emprisonn\u00e9e dans une sorte de bo\u00eete, d\u00e9cor\u00e9e par des projections num\u00e9riques (s\u2019y succ\u00e8dent arbres, animaux, et m\u00eame un hippopotame). Les personnages ne forment alors plus de tableau, ils sont enferm\u00e9s dans une cage, d\u2019o\u00f9 ils cherchent \u00e0 s\u2019enfuir. Pour ma part, les choix chor\u00e9graphiques sont alors plus que d\u00e9routants. Tout d\u2019abord, il faut noter que le seul casse-noisette pr\u00e9sent est un jouet inanim\u00e9, aper\u00e7u lors de la sc\u00e8ne du \u00ab Divertissement \u00bb. Ensuite, l\u2019\u00e2me m\u00eame du ballet a disparu : les tutus, la rigueur de l\u2019Op\u00e9ra ne sont plus ; \u00e0 la place, ce sont des bras qui bougent, des pieds qui se balancent al\u00e9atoirement, des semblants d\u2019arabesques, des genoux qui ne savent que se plier\u2026 Je ne remets pas en question les danseurs, dont on voit le potentiel. Mais, celui-ci est an\u00e9anti par des choix artistiques on ne peut plus douteux : Alice Renavaud, danseuse \u00e9toile, se voit contrainte de r\u00e9aliser des tours suivis en talons-hauts, qui sont in\u00e9vitablement une catastrophe. De plus, Marine Ganio, interpr\u00e8te du r\u00f4le-titre, ne cesse de se frapper la poitrine ou de tirer sur sa robe : quel g\u00e2chis ! Depuis quand le haka est-il devenu d\u2019usage \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris ? On peut encore ajouter \u00e0 ce carnage la \u00ab Valse des flocons \u00bb, transform\u00e9e en valses des ordures m\u00e9nag\u00e8res, qui p\u00e8sent sur le monde au lieu de s\u2019envoler d\u00e9licatement. D\u2019ailleurs la sc\u00e8ne est si d\u00e9concertante que nombreux sont les spectateurs \u00e0 laisser leur si\u00e8ge vide suite au second entracte. En outre, c\u2019est la premi\u00e8re fois que je vois une danseuse \u00e9toile n\u2019\u00e9tant pas applaudie \u00e0 la fin d\u2019un solo. Le public est surpris, d\u00e9contenanc\u00e9, outr\u00e9\u2026 Je ne sais\u2026 Mais ce n\u2019est pas ce qu\u2019il est venu voir. Les pointes, les sauts, les tours des petits rats ont d\u00e9laiss\u00e9 la sc\u00e8ne, tout comme le roi des souris a laiss\u00e9 place au roi du n\u2019importe quoi ! Mais l\u00e0 n\u2019est pas le summum. Soudain, r\u00e9sonne la \u00ab Valse des fleurs \u00bb, mais ce sont des danseurs quelconques, pouvant \u00eatre nos grands-parents, qui s\u2019avancent. Si on voulait voir n\u2019importe qui danser, nul besoin de se rendre \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, on irait au bal musette ! Enfin, apr\u00e8s l\u2019apocalypse, un semblant de classique semble rena\u00eetre gr\u00e2ce au \u00ab Pas de deux \u00bb final. Le solo de Marie est merveilleux, et pr\u00e9c\u00e8de le retour du cadre apais\u00e9 du d\u00e9but. Iolenta a commenc\u00e9 debout, Marie finit couch\u00e9e. Cette opposition t\u00e9moigne alors du sentiment que l\u2019on \u00e9prouve : Iolenta est magnifique, lumineux, voire m\u00eame c\u00e9leste ; Casse-noisette est d\u00e9sorganis\u00e9, sombre, voire m\u00eame satanique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, il est ind\u00e9niable que le lien entre les deux \u0153uvres est d\u2019une pure beaut\u00e9, puisque s\u2019oppose lumi\u00e8re et obscurit\u00e9, joie et tristesse, confiance et peur. Mais, par ce souci de faire parler la musique, Dmitri Tcherniachov a oubli\u00e9 l\u2019essentiel. Se voulant moderne et contemporain, il est pass\u00e9 outre l\u2019\u00e2me de Casse-Noisette, outre la magie de ce conte, outre le symbole que ce ballet incarne aux yeux des spectateurs : un chef-d\u2019\u0153uvre musical indissociable de sa chor\u00e9graphie ! Je ne vous tire pas mon chapeau l\u2019artiste !!!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Audrey Siraud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour leur 6\u00e8me repr\u00e9sentation au Palais Garnier, l\u2019op\u00e9ra Iolanta et le ballet Casse-Noisette de Tcha\u00efkovski ont \u00e9t\u00e9 mis en sc\u00e8ne par Dmitri Tcherniakov. Le spectacle a commenc\u00e9 par Iolanta, l\u2019histoire d\u2019une princesse aveugle dont le p\u00e8re trop protecteur lui cache sa c\u00e9cit\u00e9. Plus tard, elle va d\u00e9couvrir son handicap par l\u2019\u00eatre dont elle tombe amoureuse et va pouvoir s\u2019en d\u00e9barrasser gr\u00e2ce \u00e0 un gu\u00e9risseur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9but de la pi\u00e8ce \u00e9tait tr\u00e8s l\u00e9ger et paisible avec des sopranos \u00e9voquant des chants d\u2019oiseaux. Puis il y a eu un passage ne faisant intervenir que les personnages masculins que j\u2019ai trouv\u00e9 long et pendant lequel j\u2019aurais appr\u00e9ci\u00e9 voir Iolanta. Le moment de tension le plus important a \u00e9t\u00e9 pour moi la d\u00e9couverte de la c\u00e9cit\u00e9 de Iolanta. Le jeu du personnage en \u00e9tait presque effrayant et faisait ressentir l\u2019angoisse et le trouble qu\u2019elle vivait \u00e0 cet instant. La robe blanche de Iolanta faisait m\u00eame penser \u00e0 une robe d\u2019h\u00f4pital, la rendant aussi souffrante que pure. Au d\u00e9nouement heureux de l\u2019histoire a suivi sans interruption le ballet Casse-Noisette. La transition entre les deux pi\u00e8ces a \u00e9t\u00e9 naturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Casse-Noisette est une fable mettant en sc\u00e8ne le passage de l\u2019enfance \u00e0 l\u2019adolescence d\u2019une jeune fille, Marie. La pi\u00e8ce d\u00e9bute par l\u2019anniversaire de cette derni\u00e8re et nous transporte ensuite dans des lieux merveilleux pour finir par r\u00e9veiller Marie et revenir \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. La premi\u00e8re sc\u00e8ne se d\u00e9roule dans un salon au d\u00e9cor ancien et chaleureux. On assiste l\u00e0 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019anniversaire de Marie avec toute sa famille. Le sc\u00e9nario est bien clair. Plus tard, la sc\u00e8ne de la valse des flocons a \u00e9t\u00e9 surprenante, elle a \u00e9t\u00e9 introduite par des effets sp\u00e9ciaux encore in\u00e9dits pour moi : un petit feu d\u2019artifice suivi de la chute de papiers blancs et de la projection en trois dimensions d\u2019un d\u00e9cor hivernal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cette m\u00eame projection en trois dimensions, les d\u00e9cors qui ont suivi montraient bien que Marie avait r\u00e9tr\u00e9ci. En effet, une for\u00eat projet\u00e9e \u00e9tait surdimensionn\u00e9e ou alors des jouets vivants sur sc\u00e8ne \u00e9taient de taille humaine. Un autre effet \u00e9patant \u00e9tait l\u2019ombre g\u00e9ante, que l\u2019on pouvait voir au sol, d\u2019un oiseau traversant les airs. Cette vision inhabituelle d\u2019un humain en miniature \u00e9tait tellement bien r\u00e9alis\u00e9e qu\u2019elle en \u00e9tait troublante. La danseuse Marine Ganio a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 l\u2019incarnation d\u2019un personnage enfantin, Marie, Malgr\u00e9 quelques mouvements de danse que je n\u2019ai pas compris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, Les solos et les duos de danse ont \u00e9t\u00e9 pour moi les plus touchants car j\u2019ai trouv\u00e9 que les danseurs y d\u00e9gageaient beaucoup plus d\u2019\u00e9motions.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Clara Janvier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">18h45, j\u2019arrive dans cet op\u00e9ra que je ne connais que de l\u2019ext\u00e9rieur pour assister \u00e0 mon tout premier ballet. Dans ma famille, la danse est un sport r\u00e9current\u00a0: ma s\u0153ur participait \u00e0 des concours de danse classique\u00a0; de mon c\u00f4t\u00e9 j\u2019ai dans\u00e9 toute mon enfance mais j\u2019ai fini par arr\u00eater, faute de temps et de talent. J\u2019ai toutefois toujours appr\u00e9ci\u00e9 regarder la mouvance des danseuses classiques, leur fluidit\u00e9, leur gr\u00e2ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019installe dans le cadre merveilleux que propose la salle de spectacle, la lumi\u00e8re tombe, Iolanta commence. C\u2019est un op\u00e9ra compos\u00e9 par Tcha\u00efkovski, qui se d\u00e9roule en France, en Provence. L\u2019histoire est celle de la jeune Iolanta, la fille du Roi, qui est n\u00e9e aveugle. Le Roi a mis tout en \u0153uvre depuis sa naissance pour ne pas qu\u2019elle sache ce qu\u2019est la vue, et que par la suite elle ne soit pas triste de sa c\u00e9cit\u00e9. Vaud\u00e9mont, un jeune homme, s\u2019introduit chez elle en cachette, avec l\u2019homme qui lui est fianc\u00e9 depuis son enfance. Il tombe fou amoureux de Iolanta d\u00e8s qu\u2019il la voit, et lui r\u00e9v\u00e8le ce qu\u2019est la vision, sens qui a compl\u00e8tement disparu des discussions dans le manoir apr\u00e8s l\u2019ordre du roi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie est tr\u00e8s simple, et s\u2019inscrit dans un cube aux dimensions tr\u00e8s carr\u00e9es, qui m\u2019ont \u00e9voqu\u00e9 un petit \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision. Les entr\u00e9es, les sorties, les costumes, tout est tr\u00e8s sobre, et terne. Seul le personnage d\u2019une jeune fille en robe jaune, qui pour moi incarnait l\u2019esprit divin, ressortait, \u00e9clatante, dans l\u2019action. C\u2019est notamment elle qui rendra la vue \u00e0 Iolanta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019histoire, que j\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s touchante de cet op\u00e9ra. Je l\u2019ai par contre trouv\u00e9 un peu long, dans la mesure o\u00f9 la mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s simple, il \u00e9tait un peu difficile de rester alerte jusqu\u2019\u00e0 la fin, cela manquait pour moi de tonus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019un coup, le d\u00e9cor recule, s\u2019agrandit, sur un tr\u00e8s grand salon des ann\u00e9es 60, et c\u2019est sur un vinyle que Casse-Noisette commence. La fille en jaune de Iolanta f\u00eate son anniversaire, mais dans la mesure o\u00f9 elle repr\u00e9sente le divin, on peut y voir la f\u00eate de No\u00ebl. Le premier acte montre la famille s\u2019amusant durant les f\u00eates de No\u00ebl. Il ne s\u2019agit pas vraiment d\u2019une chor\u00e9graphie au sens propre du terme, mais plut\u00f4t d\u2019une mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale, incluant des passages dans\u00e9s. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s rafra\u00eechissant \u00e0 regarder apr\u00e8s l\u2019une heure trente de Iolanta. Les com\u00e9diens semblaient vraiment prendre du plaisir \u00e0 jouer, quel plaisir de les regarder. De plus, il \u00e9tait agr\u00e9able de voir que la mise en sc\u00e8ne a favoris\u00e9 la coh\u00e9rence entre Iolanta et Casse-Noisette, en r\u00e9utilisant certains personnages d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre. A la suite de ce moment de joie, surprise\u00a0: la sc\u00e8ne explose sous nos yeux, dans d\u2019incroyables projections de suies. La jeune fille en jaune rena\u00eet, dans les cendres, alors qu\u2019il ne reste rien. Les cendres s\u2019animent autour d\u2019elle, c\u2019\u00e9tait une incroyable image, \u00e9poustouflant. La pi\u00e8ce propose en fait, \u00e0 mon sens, une belle r\u00e9\u00e9criture de ce conte de No\u00ebl, en interrogeant la divinit\u00e9, et aussi la recherche de l\u2019inspiration comme raison de vivre. En t\u00e9moigne la recherche incessante pour la femme de cet homme, comme le moteur de sa qu\u00eate. Parmi les sc\u00e8nes les plus marquantes, je retiendrais la valse du Printemps, qui s\u2019est inscrit dans un carr\u00e9 blanc \u00e9clair\u00e9 au centre de la sc\u00e8ne, avec des couples de personnes toutes habill\u00e9es de la m\u00eame fa\u00e7on valsant autour de la fille en jaune esseul\u00e9e. Cette derni\u00e8re a \u00e9galement propos\u00e9 un magnifique solo, dans le noir complet, juste suivi par un spotlight blanc mouvant, sur la musique de la F\u00e9e Drag\u00e9e. Ce passage \u00e9tait vraiment \u00e9mouvant, sur la fin du ballet, Marion Barbeau dansait avec une souplesse prodigieuse, ses mouvements amples guid\u00e9s par les sursauts de ses sentiments. Elle dansait \u00e9galement tr\u00e8s bien en couple avec St\u00e9phane Bullion, sur de tr\u00e8s beaux pas de deux. La sc\u00e9nographie \u00e9tait tr\u00e8s travaill\u00e9e, notamment pour les passages dans cette esp\u00e8ce de coffre \u00e0 jouet gigantesque et quelque peu effrayant, o\u00f9 des com\u00e9diens se retrouvaient costum\u00e9s en jouets de plastique hors normes. Il y avait aussi de beaux travaux sur les d\u00e9cors, avec des lumi\u00e8res projet\u00e9es qui rendaient l\u2019action plus dynamique. J\u2019ai en t\u00eate une course dans la for\u00eat lors du deuxi\u00e8me acte, o\u00f9 les ombres de tr\u00e8s gros animaux sur les murs et le d\u00e9filement de l\u2019herbe rendent l\u2019impression de petitesse des danseurs, et de la rapidit\u00e9 des d\u00e9placements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, j\u2019ai pass\u00e9 une tr\u00e8s belle soir\u00e9e. Iolanta \u00e9tait un peu long, mais ce Casse-Noisette revisit\u00e9, tr\u00e8s contemporain, m\u2019a beaucoup touch\u00e9. Je ne pensais pas qu\u2019un ballet pourrait autant m\u2019\u00e9mouvoir. La tr\u00e8s belle mise en sc\u00e8ne, m\u00eame si elle n\u2019\u00e9tait pas toujours dans\u00e9e et relevait parfois davantage du th\u00e9\u00e2tre, a donn\u00e9 beaucoup de dynamisme \u00e0 l\u2019action, et a soulev\u00e9 de nombreuses questions, sur le divin, sur l\u2019inspiration, sur le sens m\u00eame d\u2019un spectacle. La sc\u00e9nographie \u00e9tait tr\u00e8s esth\u00e9tique, et m\u2019a beaucoup plu. Ce spectacle ne r\u00e9pondait pas vraiment aux attentes d\u2019un ballet traditionnel de danse classique sur l\u2019incontournable Casse-Noisette. Cependant, il a suscit\u00e9 une vraie curiosit\u00e9 en moi par sa modernit\u00e9, ses questionnements, qui font du spectacle plus qu\u2019une simple mise en sc\u00e8ne pour accompagner une musique, mais un v\u00e9ritable plaidoyer en faveur de l\u2019art.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Eve Benhaim<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle r\u00e9unissait l\u2019op\u00e9ra Iolanta et le ballet Casse-Noisette de Piotr Ilyitch<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tcha\u00efkovski, con\u00e7us en 1892 et initialement pr\u00e9vus pour \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s ensemble, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019interpr\u00e9tation de Dmitri Tcherniakov. Iolanta s\u2019inspire de La Fille du roi Ren\u00e9 d\u2019Henrik Hertz et nous raconte l\u2019histoire d\u2019une jeune femme aveugle depuis la naissance et tenue dans l\u2019ignorance de sa c\u00e9cit\u00e9 par son p\u00e8re, le roi Ren\u00e9, qui a b\u00e2ti un monde d\u2019illusions autour de sa fille pour la prot\u00e9ger. Mais Iolanta rencontre le chevalier, Vaud\u00e9mont, qui lui apprend sa c\u00e9cit\u00e9 et en tombe \u00e9perdument amoureux. Les deux jeunes amants vont devoir affronter le roi Ren\u00e9, forts de leur amour naissant et de leur d\u00e9sir ardent de vivre, pour que celui-ci consente \u00e0, non seulement laisser la vie sauve au chevalier, mais \u00e0 lui donner la main de sa fille. A la fin de l\u2019op\u00e9ra, Iolanta est miraculeusement gu\u00e9rie de sa c\u00e9cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne o\u00f9 les personnages progressent nous appara\u00eet comme un petit carr\u00e9 blanc de lumi\u00e8re suspendu dans le noir complet de la salle. Le lustre qui illumine le salon du palais brille d\u2019un blanc \u00e9blouissant, les murs sont blancs, les meubles sont blancs, et Iolanta est v\u00eatue d\u2019une robe d\u2019un blanc immacul\u00e9. Le blanc nous saisit les yeux, mais on voit Iolanta avancer \u00e0 t\u00e2tons dans la pi\u00e8ce, les mains devant elle, le regard vide. On se sent oppress\u00e9 par toute cette lumi\u00e8re quand Iolanta, elle, est plong\u00e9e dans le noir. Le roi Ren\u00e9 enferme sa fille dans une prison dor\u00e9e en mena\u00e7ant de mort celui qui oserait lui r\u00e9v\u00e9ler sa c\u00e9cit\u00e9. Mais, heureusement, par m\u00e9garde, le chevalier Vaud\u00e9mont r\u00e9v\u00e8le sa c\u00e9cit\u00e9 \u00e0 Iolanta et lui permet paradoxalement de prendre conscience du monde qui l\u2019entoure. On peut voir cet op\u00e9ra comme un passage de l\u2019obscurit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re, de l\u2019enfance berc\u00e9e d\u2019illusions et de protection parentale \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte et la confrontation au monde r\u00e9el. Et puis tout \u00e0 coup le d\u00e9cor du salon s\u2019\u00e9loigne, et un nouveau salon prend place, dans lequel l\u2019histoire de Iolanta \u00e9tait un spectacle pour l\u2019anniversaire d\u2019une autre jeune fille. Place au ballet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les personnages sur sc\u00e8ne applaudissent les chanteurs de Iolanta et puis se mettent \u00e0 danser \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019anniversaire. On est tout \u00e0 coup projet\u00e9 dans un nouvel univers o\u00f9 une jeune fille va encore passer un rite initiatique. On est bien loin de la f\u00e9\u00e9rie qui accompagne d\u2019ordinaire le ballet Casse-Noisette comme on se l\u2019imagine \u2026 Ici, la petite fille du conte d\u2019origine est une jeune fille et le r\u00eave va se transformer en cauchemar. Une explosion secoue la sc\u00e8ne, tout devient noir, et puis des \u00e9l\u00e9ments de la soir\u00e9e d\u2019anniversaire, joyeuse et l\u00e9g\u00e8re, reviennent sur sc\u00e8ne mais d\u2019une mani\u00e8re beaucoup plus inqui\u00e9tante. La jeune fille tente de relever un jeune homme des d\u00e9bris sur la sc\u00e8ne, ils entament ensuite ensemble une danse qui semble d\u00e9crire des mouvements d\u2019approche et de recul. Les danseurs dansent de mani\u00e8re \u00ab d\u00e9sarticul\u00e9e \u00bb \u00e0 plusieurs reprises, les personnages se d\u00e9doublent, les diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations s\u2019entrecroisent, la sc\u00e8ne rappelle le temps qui passe, de l\u2019enfance \u00e0 la jeunesse et puis la vieillesse\u2026 On se sent mal \u00e0 l\u2019aise devant cette repr\u00e9sentation pessimiste, on est plong\u00e9 dans un monde inconnu. On se retrouve dans une for\u00eat en pleine nuit o\u00f9 les loups ou les renards sont \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, puis tout d\u2019un coup on est en compagnie de gigantesques jouets d\u2019enfants et on se sent tout petit. Le temps est un peu long pendant ce ballet o\u00f9 on se sent parfois perdu, mais tout au long de ces deux spectacles la musique de l\u2019orchestre dirig\u00e9 par Alain Altinoglu, la voix des chanteurs ou les pas des danseurs nous envo\u00fbtent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la sortie du spectacle on entend des gens dire que la danse classique n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait, qu\u2019il n\u2019y a plus que du moderne d\u00e9sormais, et qu\u2019on ne respecte plus les techniques. Mais, moi, c\u2019\u00e9tait mon premier ballet alors j\u2019ai surtout \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par les histoires racont\u00e9es. J\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019encha\u00eenement de l\u2019op\u00e9ra avec le ballet, de mani\u00e8re tout \u00e0 fait naturelle. Comme si une histoire en appelait une autre, et nous rappelait finalement notre propre histoire. L\u2019op\u00e9ra, le ballet, le th\u00e9\u00e2tre, la litt\u00e9rature\u2026finalement tout cela est fait pour nous parler de nous-m\u00eame de mani\u00e8re po\u00e9tique. Iolanta\/Casse-Noisette m\u2019a touch\u00e9, m\u00eame si c\u2019est surtout Iolanta qui m\u2019a le plus plu gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence sc\u00e9nique et la voix p\u00e9n\u00e9trante de Sonya Yoncheva.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Kimberly Zie<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 7 mars au 1er avril 2016, deux \u0153uvres de Tcha\u00efkovski sont repr\u00e9sent\u00e9es au Palais Garnier. Ces repr\u00e9sentations ont \u00e9t\u00e9 rendues possibles gr\u00e2ce \u00e0 la coop\u00e9ration entre Les \u00c9toiles (les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet), l\u2019Orchestre et Ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra national de Paris, la Ma\u00eetrise des Hauts-de-Seine et le Ch\u0153ur d&rsquo;enfants de l&rsquo;Op\u00e9ra national de Paris. En 1892, la premi\u00e8re repr\u00e9sentation conjointe d\u2019Iolanta sous forme d\u2019op\u00e9ra et de Casse-noisette sous forme de ballet a eu lieu le m\u00eame soir. Ces deux \u0153uvres sont ainsi embl\u00e9matiques d\u2019une d\u00e9marche alors nouvelle qui consiste \u00e0 pr\u00e9senter un spectacle d\u2019op\u00e9ra et une repr\u00e9sentation de ballet \u00e0 la suite. C\u2019est Alain Altinoglu qui a dirig\u00e9 cette nouvelle production. Iolanta est le nom d&rsquo;une princesse n\u00e9e sous le r\u00e8gne du roi Ren\u00e9. Le personnage est v\u00eatu d\u2019une robe enti\u00e8rement blanche, comme un symbole de puret\u00e9. Personne ne lui a dit qu&rsquo;elle \u00e9tait aveugle et le roi a interdit les visiteurs dans son ch\u00e2teau. Iolanta ne sait m\u00eame pas ce que signifient \u00ab voir \u00bb ou \u00ab lumi\u00e8re \u00bb. La d\u00e9coration sc\u00e9nique est bas\u00e9e sur un salon et les acteurs y chantent avec \u00e9motion les uns apr\u00e8s les autres. Au d\u00e9but de la sc\u00e8ne, Iolanta se plaint de manquer de quelque chose tandis qu\u2019elle m\u00e8ne une vie ais\u00e9e sous haute protection. Le ton de sa voix exprime une sorte de douleur, de souffrance. Par contraste, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, elle souhaite \u00e0 tout prix voir la lumi\u00e8re qui serait alors la premi\u00e8re gr\u00e2ce de Dieu. Iolanta, mais aussi les autres personnages, entonnent des chants joyeux afin qu&rsquo;elle puisse voir de ses yeux. Les acteurs et l&rsquo;orchestre entrent alors en harmonie et l\u2019ensemble devient de plus en plus dynamique. La sc\u00e8ne s\u2019ach\u00e8ve tandis que la joie bat son plein. Apr\u00e8s les salutations des com\u00e9diens, le rideau ne tombe pas et ceux-ci r\u00e9apparaissent. Bien que le ballet Casse-Noisette ait commenc\u00e9, certains com\u00e9diens d\u2019Iolanta sont encore sur sc\u00e8ne. L\u2019h\u00e9ro\u00efne de l\u2019\u0153uvre originale s\u2019appelait Clara mais en lisant la brochure, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019elle a ici \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9e Marie. La premi\u00e8re sc\u00e8ne s\u2019intitule d\u2019ailleurs \u00ab l\u2019anniversaire de Marie \u00bb. On reconna\u00eet ici la griffe du bouillonnant Dmitri Tchernialov qui s\u2019est charg\u00e9 d\u2019adapter les deux \u0153uvres de Tcha\u00efkovski, mais c\u2019est surtout pendant la seconde que l\u2019on a pu se rendre compte de la libert\u00e9 qu\u2019il a prise par rapport \u00e0 son mod\u00e8le. Pendant la repr\u00e9sentation, deux explosions marquent une certaine rupture dans la sc\u00e8ne. La premi\u00e8re explosion se produit pendant l&rsquo;anniversaire de Marie. Un peu avant celle-ci, les effets de lumi\u00e8re et la danse des interpr\u00e8tes ont chang\u00e9. Apr\u00e8s la premi\u00e8re explosion, la d\u00e9coration, a elle aussi compl\u00e8tement chang\u00e9 et le spectateur a l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 dans un autre monde. A cet instant, la chor\u00e9graphie faisait plut\u00f4t penser \u00e0 un automate, renvoyant ainsi plut\u00f4t \u00e0 une danse contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux \u0153uvres (Iolanta et Casse-Noisette) \u00e9taient ainsi r\u00e9unies et l\u2019on avait l\u2019impression de n\u2019\u00eatre en face que d\u2019un seul et m\u00eame spectacle. Par exemple l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne du ballet appara\u00eet au d\u00e9but de l&rsquo;op\u00e9ra et fait une surprise \u00e0 Iolanta en guise de pr\u00e9lude. Il ne s\u2019agit bien entendu pas d\u2019un retour \u00e0 la repr\u00e9sentation de Tcha\u00efkovski en 1892 o\u00f9 les deux spectacles ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s la m\u00eame nuit. Cependant, l\u2019approche de cette nouvelle adaptation rel\u00e8ve sans aucun doute plus d\u2019une orientation vers un art contemporain.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Miki Hirayama<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mercredi 23 Mars 2016 j\u2019ai eu l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019assister \u00e0 un op\u00e9ra doubl\u00e9 d\u2019un ballet \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier, il s\u2019agissait de l\u2019\u0153uvre Iolanta \/ Casse-Noisette pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par Piotr Ilitch Tcha\u00efkovski en 1892. Cette adaptation a \u00e9t\u00e9 mise en sc\u00e8ne par Dmitri Tcherniakov metteur en sc\u00e8ne d&rsquo;op\u00e9ra et directeur de th\u00e9\u00e2tre russe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait une \u0153uvre assez originale car il est peu habituel d\u2019assister \u00e0 l\u2019association de l\u2019op\u00e9ra et du ballet alors qu\u2019ils sont deux univers tr\u00e8s li\u00e9s. Les danseurs de ce ballet sont en alternance, mais \u00e0 la repr\u00e9sentation \u00e0 laquelle j\u2019ai assist\u00e9, les r\u00f4les principaux de Casse-Noisette \u00e9taient tenus par Marine Ganio et Julien Meyzindi. Chor\u00e9graphi\u00e9 par Arthur Pita, Sidi Larbi Cherkaoui et Edouard Lock, tout est tr\u00e8s diff\u00e9rent du ballet traditionnel de Casse-Noisette que nous connaissons, en partie car il y avait trois chor\u00e9graphes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour revenir aux histoires initiales des deux \u0153uvres, pour Iolanta tout se situe en Provence au XVe si\u00e8cle. La princesse Iolanta est n\u00e9e aveugle, elle vit prot\u00e9g\u00e9e du monde dans le ch\u00e2teau de son p\u00e8re, le Roi Ren\u00e9. Elle n\u2019est pas au courant qu\u2019elle est aveugle, ce secret \u00e9tant imp\u00e9rativement gard\u00e9. Elle se d\u00e9lecte jour apr\u00e8s jour des joies de la nature, du parfum des fleurs, du chant des oiseaux et de la compagnie de sa gouvernante et ses amies. Mais le roi est pr\u00e9occup\u00e9 par le mal de sa fille et demande au docteur s\u2019il existe un rem\u00e8de. Celui-ci l\u2019informe qu\u2019afin de voir, Iolanta devra se rendre compte qu\u2019elle est aveugle et ait le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre gu\u00e9rie. Le Duc Robert est promis \u00e0 la princesse depuis leur enfance, et avec le chevalier Vaud\u00e9mont ils se perdent un jour et arrivent dans le jardin de Iolanta. Vaud\u00e9mont tombe imm\u00e9diatement amoureux d\u2019elle et ne tarde pas \u00e0 se rendre compte qu\u2019elle est aveugle. Il lui explique tout ce qu\u2019elle manque, mais m\u00eame si elle est \u00e9merveill\u00e9e par les descriptions de la lumi\u00e8re, elle ne d\u00e9sire pas voir et n\u2019en voit pas la n\u00e9cessit\u00e9. Le roi arrive et se rend compte, furieux, que le chevalier a trahi le secret. Mais maintenant que Iolanta a conscience de sa c\u00e9cit\u00e9, elle peut gu\u00e9rir. Pour tromper sa fille, le roi menace de mort le chevalier, \u00e0 moins que Iolanta ne veuille gu\u00e9rir, elle est op\u00e9r\u00e9e et retrouve la vue. Enfin, elle \u00e9pouse Vaud\u00e9mont, apr\u00e8s que le duc Robert ait annonc\u00e9 au roi Ren\u00e9 qu\u2019il aime une autre femme, Mathilde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra, chant\u00e9 en russe, est suivi par l\u2019histoire de Casse-Noisette, compl\u00e8tement modifi\u00e9e par les metteurs en sc\u00e8ne. L\u2019histoire initiale de Casse-Noisette est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle propos\u00e9e par Dmitri Tcherniakov dans cette adaptation. Normalement, Marie, ses parents et son fr\u00e8re terminent de d\u00e9corer l\u2019arbre de No\u00ebl, c\u2019est le r\u00e9veillon. Ils re\u00e7oivent des invit\u00e9s et il se trouve que Marie est la seule \u00e0 ne pas avoir de cadeaux. Son oncle invoque pour elle un casse-noisette en forme de soldat, elle est tr\u00e8s heureuse, et son fr\u00e8re, jaloux, casse le casse-noisette. On le r\u00e9pare, la nuit Marie vient v\u00e9rifier si son casse-noisette se porte bien dans le salon. Elle entend des souris gratter. Par enchantement, elle devient aussi petite qu\u2019une souris (sur sc\u00e8ne, l&rsquo;arbre de No\u00ebl grandit). Le casse-noisette prend vie, et avec son arm\u00e9e, ils viennent d\u00e9fendre Marie, et le Roi des souris entra\u00eene ses soldats dans la bataille contre Casse-noisette. Au milieu de la bataille, Marie jette sa chaussure sur le Roi des souris et Casse-noisette en profite pour le tuer avec son \u00e9p\u00e9e. Les souris se retirent, emmenant avec eux leur roi mort. C\u2019est alors que le casse-noisette se transforme en prince. Marie et le Prince voyagent \u00e0 travers une for\u00eat de sapins en hiver et assistent au tourbillonnement des flocons de neige. Ils arrivent \u00e0 un palais enchant\u00e9, le Royaume des D\u00e9lices. Ils sont accueillis par la F\u00e9e Drag\u00e9e. S\u2019enchaine toute une s\u00e9rie de danses. A la fin de ce r\u00eave merveilleux, Marie se r\u00e9veille sous le sapin, avec entre ses mains un casse-noisette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire propos\u00e9e par les metteurs en sc\u00e8ne est tr\u00e8s particuli\u00e8re et originale dans ce sens o\u00f9, pour Casse-Noisette, il y a eu trois chor\u00e9graphes, ce qui laisse place \u00e0 un plus vaste champ d\u2019expression, et par cons\u00e9quent on parvient facilement \u00e0 distinguer les diff\u00e9rents styles de danse, la mani\u00e8re d\u2019occuper l\u2019espace et les gestes des personnages. Ces diff\u00e9rences se traduisaient par une alternance entre des styles plut\u00f4t classiques puis imm\u00e9diatement plus contemporain. Ce n\u2019est pas ce \u00e0 quoi on s\u2019attendrait en allant voir un ballet \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier. Le spectateur est surpris, et cela le garde en haleine jusqu\u2019\u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation. Les danseurs ne sont jamais en tutus ni en justaucorps comme on pourrait s\u2019y attendre en assistant \u00e0 de la danse classique. Ils sont habill\u00e9s en robe simple pour la fille, et un pantalon et une chemise pour l\u2019homme. Cette repr\u00e9sentation de Casse-Noisette diff\u00e8re peu dans l\u2019histoire mais beaucoup dans la signification qu\u2019on peut y porter. L\u2019adaptation de Tcherniakov est plus violente, dans le sens plus crue. Ce qui la rend plus r\u00e9elle, terre \u00e0 terre et donc proche de nous, et des choses concr\u00e8tes de la vie que nous sommes port\u00e9s \u00e0 exp\u00e9rimenter. Ce ne sont pas forc\u00e9ment des choses agr\u00e9ables d\u2019ailleurs, car comme dans la pi\u00e8ce initiale, Marie affronte ses peurs. Seulement celles-ci sont plus r\u00e9alistes, ce sont des peurs que nous, spectateurs, pouvons comprendre. Elle traverse l\u2019angoisse du vide, de l\u2019inconnu, de l\u2019immensit\u00e9, de grandir, de d\u00e9couvrir le monde ext\u00e9rieur. C\u2019est en cela que l\u2019op\u00e9ra et le ballet sont li\u00e9s car Iolanta aussi finit par affronter ses peurs de l\u2019inconnu, et surtout, elle les surmonte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personnellement, j\u2019\u00e9tais \u00e9tonn\u00e9e de voir un op\u00e9ra. Quand on nous parle de Casse-Noisette, on omet souvent le fait que le ballet est li\u00e9 l\u2019op\u00e9ra Iolanta. Une fois que l\u2019op\u00e9ra prend fin, une mise en sc\u00e8ne assez originale se met en place, le d\u00e9cor est comme magique, en constante \u00e9volution, tout en changements. Il s\u2019agrandit, se recule, comme si tout \u00e9tait derri\u00e8re un \u00e9cran. Et l\u2019espace s\u2019\u00e9claire. Nous nous retrouvons dans un nouveau salon, o\u00f9 la famille de Marie s\u2019est r\u00e9unie pour f\u00eater son anniversaire. S\u2019en suit une chor\u00e9graphie tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e, un peu sur une ambiance des ann\u00e9es 1960 si l\u2019on prend en compte les tenues, la musique, le tourne-disque, l\u2019agencement des meubles. Les nombreux danseurs et danseuses s\u2019amusent, rient aux \u00e9clats, dansent. Une ambiance joyeuse et d\u00e9lur\u00e9e (contrastante avec ce que nous pourrions esp\u00e9rer en allant voir Casse-Noisette) na\u00eet, gr\u00e2ce \u00e0 la chor\u00e9graphie cr\u00e9\u00e9e par Arthur Pita.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et soudain le cauchemar commence. C\u2019est la chor\u00e9graphie d\u2019Edouard Lock qui commence, avec le d\u00e9cor qui se veut inqui\u00e9tant et nous laisse dans une toute autre atmosph\u00e8re. Les lumi\u00e8res s\u2019assombrissent et Marie est dans l\u2019incompr\u00e9hension. L\u2019atmosph\u00e8re d\u00e9rangeante que l\u2019on trouve dans l\u2019initial Casse-Noisette est bien d\u00e9montr\u00e9e, et rend la musique encore plus angoissante. Le monde prend de toutes autres allures, car d\u2019un coup : la maison s\u2019\u00e9croule ! Dans l\u2019immense salle de l\u2019Op\u00e9ra Garnier, tout le monde a sursaut\u00e9. On aurait dit une r\u00e9elle explosion, avec un bruit assourdissant et une grande lumi\u00e8re. Le rideau se ferme et se rouvre, le sol est recouvert de d\u00e9bris, on comprend que la maison a explos\u00e9. S\u2019en suit une s\u00e9rie de chor\u00e9graphies o\u00f9 les danseurs sont habill\u00e9s de loques noires comme s\u2019ils n\u2019\u00e9taient plus des cr\u00e9atures humaines. Les diff\u00e9rents d\u00e9cors sont projet\u00e9s sur les murs et sur le sol dans une sorte de gigantesque cube dont les parois sont des \u00e9crans, donnant un sentiment de vertige, caus\u00e9 par le mouvement constant des paysages. On entend les bruits de la nature, de l\u2019eau, des oiseaux, des animaux tous plus effrayants les uns que les autres, et Marie danse, s\u2019exprime, comme d\u00e9sarticul\u00e9e, effray\u00e9e de tout ce qui l\u2019entoure, mais curieuse. Les effets sont saisissants, th\u00e9\u00e2traux, les danses et les mouvements des corps sont \u00e9poustouflants, tr\u00e8s \u00e9mouvants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous assistons \u00e0 l\u2019\u00e9volution des personnages\/danseurs, en d\u00e9sirant en savoir plus, ne jamais quitter la salle, sans savoir que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Apr\u00e8s un nouveau lev\u00e9 de rideau, nous assistons aux peurs de Marie qui se sont mat\u00e9rialis\u00e9es, avec des jouets g\u00e9ants, inqui\u00e9tants, immobiles ou non, pr\u00e9sents sur la sc\u00e8ne. Les danses qui s\u2019en suivent sont plut\u00f4t sp\u00e9ciales, et rel\u00e8vent plus de la danse contemporaine, de la d\u00e9monstration du corps, que de la danse classique et du ballet en lui-m\u00eame. Il y a plusieurs danseuses qui portent la m\u00eame robe que Marie qu\u2019on ne peut donc plus distinguer. Mais le dernier pas de deux des danseurs est fabuleux et vraiment magnifique. C\u2019est comme s\u2019ils mourraient et naissaient de nouveau, s\u2019aimaient puis se s\u00e9paraient, mais une telle \u00e9motion \u00e9manent des deux corps que c\u2019en est magique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin du spectacle, un soleil grandissant envahit l\u2019\u00e9cran principal, il grandit et grandit encore, s\u2019\u00e9tale sur toute la surface des murs devant Marie qui reste \u00e9bahie. Elle se retrouve alors allong\u00e9e de nouveau dans son salon qui est redevenu intact. Le cauchemar est termin\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dmitri Tcherniakov, le metteur en sc\u00e8ne, semble avoir voulu surprendre. Mais Casse- Noisette prend alors l\u2019allure d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre plus que d\u2019un ballet, avec les d\u00e9cors qui changent du tout au tout, les explosions, lumi\u00e8res, etc. ce n\u2019est pas ce \u00e0 quoi on peut s\u2019attendre et cela peut facilement d\u00e9cevoir si l\u2019on s\u2019attend \u00e0 assister \u00e0 quelque chose de plus\u2026 formel. Dans la danse, il manquait une certaine coh\u00e9rence et continuit\u00e9, peut-\u00eatre est-ce le fait d\u2019avoir choisi trois chor\u00e9graphes aux id\u00e9es diff\u00e9rentes pour un seul et m\u00eame ballet, la danse classique \u00e9tant l\u2019art de la pr\u00e9cision, de la perfection. Peut-\u00eatre qu\u2019une seule et m\u00eame chor\u00e9graphie aurait donn\u00e9 une autre consistance \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de Tcherniakov qui \u00e9tait tr\u00e8s percutante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis sortie tr\u00e8s \u00e9mue de ce long spectacle de 4h05 car, malgr\u00e9 le fait que je m\u2019attendais \u00e0 quelque chose d\u2019assez diff\u00e9rent et de plus classique, avec des tutus, des pointes, et surtout pas d\u2019\u00e9crans et de m\u00e9t\u00e9orites, la danse (en particulier le pas de deux) ajoutait \u00e0 cette version futuriste du Casse-Noisette de Tcha\u00efkovski, une \u00e9motion qui aurait pu facilement \u00eatre perdue.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Rebecca Aubenas<\/h6>\n<pre>Photo : Elena Bauer<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra \/ Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus L\u2019Op\u00e9ra Garnier \u2026 son plafond si particulier, ses dorures, ses balcons\u2026 Il a fait et fait r\u00eaver toute petite fille, tout comme les grands et les moins grands. \u00ab On va voir les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":173,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,2,8,3],"tags":[],"class_list":["post-564","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-ballet","category-opera","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/564","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=564"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/564\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/173"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=564"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=564"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=564"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}