{"id":566,"date":"2016-03-29T20:00:02","date_gmt":"2016-03-29T19:00:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=566"},"modified":"2016-03-29T20:00:02","modified_gmt":"2016-03-29T19:00:02","slug":"phedres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=566","title":{"rendered":"Ph\u00e8dre(s)"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2015-2016\/spectacles\/phedres\">En savoir plus.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ph\u00e8dre(s), pour le r\u00e9sumer grossi\u00e8rement, met en sc\u00e8ne un personnage pluriel dont les diff\u00e9rentes facettes proviennent d&rsquo;auteurs aux influences et aux \u00e9poques diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. En 3h10, trois Ph\u00e8dre se succ\u00e8dent les unes apr\u00e8s les autres au point que le mot \u00ab Ph\u00e8dre \u00bb prend une direction, un autre sens pour le spectateur. La pi\u00e8ce n&rsquo;a pas r\u00e9ellement de rythme, elle est saccad\u00e9e par l&rsquo;apparition de chaque Ph\u00e8dre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;ailleurs, chaque rupture remet \u00e0 z\u00e9ro la tension. Ainsi, la repr\u00e9sentation donne \u00e0 voir 3 pi\u00e8ces au lieu d&rsquo;une seule. L&rsquo;action est pr\u00e9sente dans chacun des tableaux mais cette polys\u00e9mie du personnage centrale trouble la progression de la pi\u00e8ce. Le spectateur se perd \u00e0 chercher et \u00e0 comprendre le choix du metteur en sc\u00e8ne qui pr\u00e9f\u00e8re proposer mille visages plut\u00f4t que de s&rsquo;arr\u00eater sur celui d&rsquo;une seule Ph\u00e8dre. Cette prise de risque est finalement un \u00e9chec dans la mesure o\u00f9 le spectateur s\u2019ennuie car il n&rsquo;y aucun lien qui est concr\u00e8tement cr\u00e9e entre les diff\u00e9rentes images du personnage tragique. D\u00e8s lors, tout le monde se demande pourquoi faire un triptyque ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 chaque Ph\u00e8dre, il se d\u00e9veloppe un univers compl\u00e8tement diff\u00e9rent : un monde divin ou un HLM enferm\u00e9s dans un cube \u00e9nigmatique. Chez Euripide par exemple, Aphrodite devient Ph\u00e8dre. Elle perd son immortalit\u00e9 et meurt au lieu d&rsquo;affronter sa peur de croiser celui qu&rsquo;elle aime, Hippolyte. Cette Ph\u00e8dre est d\u00e9j\u00e0 plurielle au sens o\u00f9 elle oscille entre d\u00e9esse et putain, entre amour et sexe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les rat\u00e9s de la mise en sc\u00e8ne ne s\u2019arr\u00eatent pas l\u00e0. Les acteurs sont excellents mais ils ne se r\u00e9pondent pas. Ils laissent un espace, un vide entre leurs r\u00e9pliques comme pour laisser le temps au spectateur de r\u00e9fl\u00e9chir mais cela ne fonctionne pas. Il aurait fallu travailler sur l\u2019intuition du spectateur et sur ce qui fait directement sens pour lui au lieu de noyer la cr\u00e9ation dans une profusion de mouvements qui rendent la pi\u00e8ce pr\u00e9tentieuse. Les gestes sont courts, rapides et habiles mais sans le texte, ils perdent de leur sens. On voit milles mouvements, milles actions mais aucune direction n&rsquo;est donn\u00e9 au spectateur pour comprendre ce qui se passe. Le texte finit par \u00eatre illisible dans la bouche des personnages sauf lorsque Isabelle Huppert joue ses monologues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, le but de la repr\u00e9sentation est sans nul doute de choquer le spectateur ou en tous cas de le provoquer mais cela ne marche pas. La sexualit\u00e9 marginale des personnages, l&rsquo;inceste ou encore le sang ne semble pas avoir de but th\u00e9\u00e2trale et \u00e9nerve le spectateur. Toutefois, Isabelle Huppert enchante la pi\u00e8ce qui sans elle, ne serait rien. Le spectateur est subjugu\u00e9 par ses m\u00e9tamorphoses, son habilit\u00e9 \u00e0 changer de ton mais cela ne suffit pas. \u00c0 l&rsquo;Entracte, la moiti\u00e9 du public d\u00e9cide de prendre sa veste et de quitter le th\u00e9\u00e2tre \u00e9c\u0153ur\u00e9 par une frustration provoqu\u00e9e par une pi\u00e8ce qui le toise. Pour r\u00e9sumer, la pi\u00e8ce est pr\u00e9tentieuse et semble vouloir \u00eatre \u00ab \u00e9litiste \u00bb sauf lorsque Isabelle Huppert dresse le texte. Elle domine et arrache le sens \u00e0 la cr\u00e9ation du metteur en sc\u00e8ne qui semble \u00e9touffer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ameziane Bouzid<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre que j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion d&rsquo;aller voir le mardi 29 Mars 2016 au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on est une adaptation moderne de <em>Ph\u00e8dre <\/em>de Racine appel\u00e9e pour cette occasion <em>Ph\u00e8dre(s). <\/em>Cette adaptation est mise en sc\u00e8ne par Krzysztof Warlikowski et cr\u00e9\u00e9e par Wajdi Mouawad, Sarah Kane et J. M. Coetzee. Cette pi\u00e8ce a comme principaux acteurs Isabelle Huppert dans le r\u00f4le de Ph\u00e8dre, Agata Buzek, Andrzej Chyran, Alex Descas, Gael Kamilindi, Norah Krief et Rosalba Torres Guerrero.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce se r\u00e9approprie l&rsquo;histoire de Jean Racine et nous la conte d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s moderne, assez d\u00e9routante bien que plaisante. Cela explique l&rsquo;intriguant usage du pluriel dans le titre de la pi\u00e8ce: cette histoire nous m\u00e8ne dans un v\u00e9ritable d\u00e9dale, un labyrinthe o\u00f9 nous pouvons voir toute la complexit\u00e9, la profondeur de l\u2019h\u00e9ro\u00efne tragique de la pi\u00e8ce qu&rsquo;est Ph\u00e8dre. Plusieurs phases sont travers\u00e9es par la protagoniste parmi lesquelles la beaut\u00e9, la cruaut\u00e9, l&rsquo;innocence, la puret\u00e9 et enfin la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut une pi\u00e8ce que j&rsquo;ai dans l&rsquo;ensemble beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 pour un certain nombre de raisons. Elle m&rsquo;a laiss\u00e9e, \u00e0 la sortie de la salle de bonnes impressions et assez peu de mauvaises surprises: j&rsquo;ai aim\u00e9 cette pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;abord, je me dois de revenir sur l\u2019\u00e9l\u00e9ment que j&rsquo;ai certainement le plus aim\u00e9, ce sont les dialogues, bien qu&rsquo;assez voire m\u00eame tr\u00e8s explicites \u00e0 certains moments (dans la ligne de la pi\u00e8ce), ils sont d&rsquo;une tr\u00e8s grande beaut\u00e9 et font particuli\u00e8rement bien ressentir la d\u00e9tresse de Ph\u00e8dre au travers de la pi\u00e8ce et allaient de pair avec l&rsquo;excellent jeu d&rsquo;acteur dont j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin lors de cette soir\u00e9e. Le fait que tous les codes sans exceptions soient bris\u00e9s lors de cette soir\u00e9e ne m&rsquo;a pas non plus laiss\u00e9 de marbre: c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs la principale raison pour laquelle j&rsquo;appr\u00e9cie cette pi\u00e8ce, avec par exemple le fait que l&rsquo;histoire nous soit cont\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re totalement diff\u00e9rente qui nous fait que plus ressentir les sentiments de Ph\u00e8dre et l&rsquo;absence pathologique d&rsquo;amour de la part d&rsquo;Hippolyte. Le fait que le quatri\u00e8me mur soit finalement bris\u00e9 \u00e0 la toute fin de la pi\u00e8ce fut quelque chose d&rsquo;inattendu et qui justement m&rsquo;a plu pour son caract\u00e8re inattendu. Par ailleurs, les costumes, bien qu&rsquo;assez bons pour certains, ne m&rsquo;ont pas impressionn\u00e9s outre mesure, pas autant que les musiques ou les danses, presque hypnotiques, qui m&rsquo;ont marqu\u00e9es de leur originalit\u00e9 et aussi et surtout de leur beaut\u00e9 par leur couleur et leur allure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc pour toutes ces raisons que je conseille chaudement aux \u00e9tudiants de La Sorbonne d&rsquo;aller voir cette pi\u00e8ce assez hors du commun, sortant de l&rsquo;ordinaire pour notre plus grand plaisir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Amrane Aziz<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce <em>Ph\u00e8dre(s)<\/em>, jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on, et dont le metteur en sc\u00e8ne est Krzysztof Warlikowski, se compose de trois textes de trois dramaturges diff\u00e9rents: Wajdi Mouawad, Sarah Kane, et J.M. Coetzee qui sont tous des contemporains. On y retrouve trois diff\u00e9rentes versions de Ph\u00e8dre qui est un personnage de la mythologie grecque. D&rsquo;apr\u00e8s le mythe, elle \u00e9pouse Th\u00e9s\u00e9e et tombe amoureuse de son beau-fils Hippolyte: cette situation est provoqu\u00e9e par Aphrodite, car Hippolyte la m\u00e9prise et cet amour interdit est sa punition. Ph\u00e8dre s&rsquo;offre \u00e0 Hippolyte qui la rejette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, elle l&rsquo;accuse de viol et donne lieu \u00e0 sa mort et se tue par la suite. Pourtant, la pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne d&rsquo;autres interpr\u00e9tations possibles: diff\u00e9rentes de celles de Racine, S\u00e9n\u00e8que, etc. Ph\u00e8dre est jou\u00e9e par la merveilleuse Isabelle Huppert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor \u00e9tait assez impressionnant. Au milieu de la sc\u00e8ne se trouvait un lit couvert de draps blancs. Il y avait une cam\u00e9ra invisible aux spectateurs juste au-dessus, puisque sur le mur d&rsquo;en face on voyait la projection du lit avec un plan rapproch\u00e9. Sur le mur de gauche, un miroir immense \u00e9tait accroch\u00e9: cela cr\u00e9ait une double-image invers\u00e9e pour les spectateurs qui \u00e9taient assis du c\u00f4t\u00e9 droit de la salle. Ils voyaient le reflet de l&rsquo;image sur le miroir ainsi que l&rsquo;image elle-m\u00eame. Il y avait un grand cube de verre \u00e0 droite de la sc\u00e8ne, mais on n&rsquo;en voyait qu&rsquo;une petite partie. Le cube s&rsquo;est gliss\u00e9 au centre de la sc\u00e8ne plusieurs fois. Le cube \u00e9tait la chambre d&rsquo;Hippolyte, il cr\u00e9ait une sensation de voyeurisme pour ma part, ce qui \u00e9tait parfois d\u00e9rangeant puisqu&rsquo;on y voyait des sc\u00e8nes assez charg\u00e9es d&rsquo;instants lourds comme les tentatives path\u00e9tiques de Ph\u00e8dre de faire l&rsquo;amour \u00e0 Hippolyte, qui aboutissent\u00a0 finalement \u00e0 une fellation violente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne \u00e9tait int\u00e9ressante par moments. La pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre par un morceau de musique s\u2019apparentant \u00e0 un hymne qui dure une vingtaine de minutes. Ce morceau est interpr\u00e9t\u00e9 par des musiciens sur sc\u00e8ne accompagn\u00e9s par une danseuse tr\u00e8s grande, ayant un corps mince mais athl\u00e9tique. Elle portait des sous-v\u00eatements couverts de paillettes d&rsquo;or. Elle a r\u00e9apparu au milieu de la pi\u00e8ce : cette fois-l\u00e0 elle \u00e9tait seule sur sc\u00e8ne et ex\u00e9cutait une danse assez \u00e9rotique, violente, et d\u00e9cid\u00e9ment puissante et presque hypnotisante, sur une musique minimaliste et r\u00e9p\u00e9titive. Voir une Aphrodite ressemblant \u00e0 une prostitu\u00e9e, fumant sa cigarette et disant \u00able monde est sorti de&#8230; ma chatte!\u00bb, \u00e9tait assez surprenant. Vulgariser une d\u00e9esse si \u00e9l\u00e9gante est un acte d&rsquo;an\u00e9antissement de toute existence. C&rsquo;\u00e9tait amusant tout de m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois diff\u00e9rents personnages, que Huppert incarnait, \u00e9taient tous li\u00e9s par le fait qu&rsquo;ils fumaient tous des cigarettes. Je sentais la fum\u00e9e m\u00eame si j&rsquo;\u00e9tais assez loin de la sc\u00e8ne. J&rsquo;aime me sentir proche des personnages et cet acte de tabagisme constant cr\u00e9ait cet effet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce \u00e9tait trop freudienne. Tout \u00e9tait autour de relation sexuelle. Les sujets d&rsquo;inceste et d&rsquo;amour interdit \u00e9taient abord\u00e9s. Aimer quelqu&rsquo;un se traduisait toujours par le d\u00e9sirer \u00e0 la folie. Elle mettait en avant la dimension sexuelle de l&rsquo;amour, et ne le r\u00e9duisait finalement qu&rsquo;\u00e0 cela. Elle \u00e9tait int\u00e9ressante \u00e0 cet \u00e9gard, mais presque quatre heures de ce lien entre l&rsquo;amour et les rapports sexuels \u00e9taient un peu trop. Isabelle Huppert \u00e9tait impressionnante. Sa performance dans la pi\u00e8ce d\u00e9passait celles des autres et retenait notre attention m\u00eame pendant les moments o\u00f9 la pi\u00e8ce devenait un peu trop r\u00e9p\u00e9titive.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Imre Ozkoray<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Krzysztof Warlikowski offre au spectateur des Ph\u00e8dres \u00ab\u00a0contemporaines\u00a0\u00bb diff\u00e9rentes de celles plus traditionnelles d\u2019Euripide ou de Racine. Les versions de Wajdi Mouawad, Sarah Kane et J.M. Coetzee, quant \u00e0 elles, sont repr\u00e9sent\u00e9es toutes les trois par l\u2019impressionnante Isabelle Huppert. On peut cependant remarquer un fort contraste entre la <em>Ph\u00e8dre<\/em> de Mouawad et celle de Kane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une diff\u00e9rence notable entre la version de Mouawad et celle de Kane est la personnification de la protagoniste. Dans la premi\u00e8re, Ph\u00e8dre est beaucoup plus d\u00e9brid\u00e9e corporellement que dans la deuxi\u00e8me. Sa passion s\u2019ext\u00e9riorise constamment dans les mouvements extr\u00eames du corps d\u2019Huppert, ainsi que par sa parole excessive, o\u00f9 il est parfois facile de se perdre dans les multiples r\u00e9f\u00e9rences et explications. Ainsi l\u2019amour, ne pouvant pas \u00eatre plus impossible et interdit, \u00e9mane physiquement de cette femme \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant les spectateurs, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s dans l\u2019angoisse corporelle jusqu\u2019aux d\u00e9lires de Ph\u00e8dre, sont tout de suite captiv\u00e9s par la version de Kane. Comme si la passion d\u2019une femme envers son beau-fils pouvait prendre plusieurs formes et expressions, la Ph\u00e8dre de Kane \u00ab\u00a0ressuscite\u00a0\u00bb en une femme tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de Mouawad. Chez la premi\u00e8re, Ph\u00e8dre surprend par son apparence de femme \u00e9quilibr\u00e9e\u00a0: sa mani\u00e8re de s\u2019habiller est bien formelle, ses mouvements sont plus lents et son expression orale est beaucoup plus calme, trop m\u00eame. Tout cela cr\u00e9e un contraste particulier chez Ph\u00e8dre et renforce la probl\u00e9matique autour de ses d\u00e9sirs. Son manque d\u2019expressivit\u00e9 soul\u00e8ve plusieurs questions en montrant un d\u00e9sespoir path\u00e9tique d\u2019une femme tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 son fils et \u00e0 sa maison, et dont le mari est absent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, l\u2019inclusion de la fille de Ph\u00e8dre \u00e0 la version de Kane, ainsi que le d\u00e9veloppement plus complexe du personnage d\u2019Hippolyte, au lieu de d\u00e9vier l\u2019attention centr\u00e9e sur la protagoniste, enrichissent l\u2019intrigue. Le rejet d\u2019Hippolyte envers la passion de Ph\u00e8dre s\u2019explique dans un contexte moderne d\u2019individualisme extr\u00eame, car il n\u2019arrive \u00e0 int\u00e9resser \u00e0 rien, m\u00eame pas aux femmes avec lesquelles il couche. Cela am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur un m\u00e9canisme analogue chez Ph\u00e8dre\u00a0: son amour ne serait-il qu\u2019une autre forme d\u2019\u00e9go\u00efsme o\u00f9 elle ne cherche qu\u2019un plaisir individuel qui se d\u00e9finit par ce qu\u2019elle sait d\u00e9j\u00e0 impossible \u00e0 \u00eatre satisfait\u00a0? Ou peut-\u00eatre cet amour serait une lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui r\u00e9agit \u00e0 ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat moderne vers l\u2019autre qui d\u00e9shumanise les relations humaines\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce de Warlikowski nous pr\u00e9sente donc, au lieu d\u2019une seule Ph\u00e8dre fixe, des r\u00e9-\u00e9laborations contemporaines qui sont bien diff\u00e9rentes entre elles. Ce choix propose au spectateur la possibilit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019essence de la femme qui s\u2019\u00e9prend de son beau-fils \u00e0 partir de contextes et d\u2019actions diff\u00e9rents. Qui est Ph\u00e8dre et comment comprendre sa passion d\u00e9brid\u00e9e vers l\u2019homme le plus interdit pour elle est la question qui reste finalement dans la t\u00eate du public.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Katia Yoza<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre s\u2019ouvre sur une chanteuse qui scande des paroles dans une langue \u00e9trang\u00e8re avec une passion incontr\u00f4lable. Un guitariste l\u2019accompagne ainsi qu\u2019une danseuse. Elle est nue, car la nudit\u00e9 est un des th\u00e8mes majeurs de cette pi\u00e8ce. La nudit\u00e9 c\u2019est le d\u00e9sir, la sexualit\u00e9, la parcelle la plus intime ou la plus commune de chaque individu. La danseuse est ensorcelante, ses mouvements sont sensuels et elle vole presque la vedette \u00e0 Isabelle Huppert quand cette derni\u00e8re entre, d\u00e9guis\u00e9e en une Aphrodite blonde et vulgaire. Mais la pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour qu\u2019Huppert soit mise en valeur alors on oublie bien vite cette danseuse et tous les regards se tournent vers l\u2019actrice principale. Tout au long de la repr\u00e9sentation, elle changera mainte et mainte fois de r\u00f4le, car c\u2019est une Ph\u00e8dre plurielle que nous donne \u00e0 voir Warlikowski, mais ces diverses m\u00e9tamorphoses n\u2019alt\u00e8rent en rien son talent. Au contraire, Huppert semble se nourrir de ces diff\u00e9rents r\u00f4les, ils se r\u00e9pondent tous au fur et \u00e0 mesure que l\u2019intrigue se d\u00e9roule. Elle joue une d\u00e9mente, une poss\u00e9d\u00e9e et ses longs cris de d\u00e9sespoir ne peuvent pas laisser insensible le spectateur. Ils sont si d\u00e9chirants qu\u2019ils pourraient bien \u00eatre la repr\u00e9sentation la plus fid\u00e8le du d\u00e9sespoir humain. Mais la performance transcendante d\u2019Isabelle Huppert n\u2019est pas le seul int\u00e9r\u00eat de cette pi\u00e8ce, bien au contraire. Warlikowski a pleinement compris les enjeux de la reprise d\u2019une pi\u00e8ce aussi classique que Ph\u00e8dre sous le prisme de la modernit\u00e9. Les textes pr\u00e9c\u00e9dents ne disparaissent pas, ils sont int\u00e9gr\u00e9s dans cette nouvelle pi\u00e8ce qui pose un certain nombre d\u2019interrogations et de critiques. Par exemple, l\u2019hyper sexualisation est un des th\u00e8mes majeures\u00a0: les actrices sont nues ou d\u00e9nud\u00e9es, en robe courtes ou jean serr\u00e9s. Elles portent des talons hauts et beaucoup de maquillage. Elles semblent emprisonner dans des coquilles de f\u00e9minit\u00e9, comme si le monde les d\u00e9finit plus qu\u2019elles ne se d\u00e9finissent elles-m\u00eames. Chez Warlikowski, chaque choix de mise en sc\u00e8ne prend sens et r\u00e9pond aux passions, aux craintes, aux d\u00e9lires des personnages. Ainsi Hippolyte, qui est un grand d\u00e9sillusionn\u00e9, ferm\u00e9 au monde qui l\u2019entoure, est la plupart du temps enferm\u00e9 dans une grande bo\u00eete en verre. Sur sa t\u00e9l\u00e9vision, la fameuse sc\u00e8ne de <em>Psycho<\/em> d\u2019Hitchcock o\u00f9 une jeune femme se fait assassiner sous la douche, passe en boucle. Alors que Ph\u00e8dre discute avec Hippolyte, on la comprend aussi bloqu\u00e9e dans son d\u00e9sir que cette victime. C\u2019est une trag\u00e9die moderne que cette pi\u00e8ce entreprend de raconter. La trag\u00e9die de l\u2019homme qui connait une frustration constante face \u00e0 des d\u00e9sirs vains. Mais c\u2019est \u00e9galement le rapport aux r\u00e8gles et \u00e0 la morale qui est interrog\u00e9. Ph\u00e8dre n\u2019a pas le droit de d\u00e9sirer son beau-fils, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas du m\u00eame sang qu\u2019elle. On le lui rappelle tout au long de la pi\u00e8ce mais son d\u00e9sir ne fait qu\u2019accro\u00eetre et finit par la tuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, m\u00eame si la d\u00e9marche artistique est louable, certains passages de nudit\u00e9 peuvent sembler gratuits, voire outranciers. Les acteurs livrent leurs corps aux spectateurs, pousse la barri\u00e8re de l\u2019intimit\u00e9 \u00e0 son maximum et cela est d\u00e9stabilisant. De plus, la repr\u00e9sentation dure trois heures et dix minutes, et peut-\u00eatre le message perd-il de sa puissance dans certaines longueurs. Malgr\u00e9 tout, <em>Ph\u00e8dres<\/em> reste une pi\u00e8ce qui ne laisse pas de marbre, elle suscite des \u00e9motions vives, que l\u2019on adh\u00e8re ou que l\u2019on d\u00e9teste. En sortant de la salle, les r\u00e9actions des spectateurs \u00e9taient mitig\u00e9es, les uns regrettaient l\u2019absence de texte plus classique comme celui de Racine et les autres louaient au contraire une cr\u00e9ativit\u00e9 in\u00e9puisable de la part du metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Robinson Br\u00e9gnat<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Peter Lindberg<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus. Ph\u00e8dre(s), pour le r\u00e9sumer grossi\u00e8rement, met en sc\u00e8ne un personnage pluriel dont les diff\u00e9rentes facettes proviennent d&rsquo;auteurs aux influences et aux \u00e9poques diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. 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