{"id":5662,"date":"2013-11-07T20:00:00","date_gmt":"2013-11-07T19:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=5662"},"modified":"2013-11-07T20:00:00","modified_gmt":"2013-11-07T19:00:00","slug":"le-bal-des-intouchables-parc-de-la-villette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=5662","title":{"rendered":"Le Bal des Intouchables"},"content":{"rendered":"<p>Cirque | La Villette &#8211; Espace Chapiteaux | <a href=\"http:\/\/www.tourisme93.com\/document.php?pagendx=815&amp;engine_zoom=FMAIDFC930028304\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re du spectacle Le Bal des intouchables mis en sc\u00e8ne par Antoine Rigot avait lieu le 7 novembre 2013. La pi\u00e8ce \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e par le cirque Les Colporteurs au Parc de la Villette \u00e0 Paris. Cette repr\u00e9sentation acrobatique a trait\u00e9 des histoires humaines et du r\u00f4le de chacun entre nous dans le monde en focalisant le mouvement corporel. Les douze artistes ont dans\u00e9 soit en groupe soit en couple ou seuls. En plus ils ont pr\u00e9sent\u00e9 des tours d&rsquo;adresse sur le trap\u00e8ze, \u00e0 la corde, \u00e0 la perche ou en se tenant en \u00e9quilibre sur la corde.<br \/>\nLe chapiteau rond avec la sc\u00e8ne au milieu et les spectateurs tout autour \u00e9tait utilis\u00e9 traditionnellement : les artistes ont utilis\u00e9 toute l&rsquo;amplitude et toute la hauteur de la structure. Le d\u00e9cor \u00e9tait simple et il a servi toujours aux tours d&rsquo;adresse des acteurs. Ces derniers \u00e9taient accompagn\u00e9s d&rsquo;une musique instrumentale. Elle \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 la marge de la sc\u00e8ne par des musiciens qui font partie int\u00e9grante du spectacle en se mettant en hauteur ou en \u00e9quilibre sur une corde. Parall\u00e8lement aux instruments, ils ont aussi utilis\u00e9 un pupitre de mixage pour enregistrer et modifier le son. Le genre de la musique variait du classique \u00e0 \u00e9lectronique en passant par des percussions.<br \/>\nLa lumi\u00e8re accompagnait la tension pendant les acrobaties sur la corde. Elle \u00e9tait faible et en m\u00eame temps chaleureuse. En revanche, pour les sc\u00e8nes au sol, les projecteurs se concentraient sur les acrobates, ce qui permettait de focaliser sur le mouvement corporel en soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage le plus singulier du spectacle \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par le clown maladroit. Il tombe en arri\u00e8re avec un fauteuil roulant puis il essaie de se suicider avec une corde. Mais une funambule arrive pour le sauver. L&rsquo;image du manque d&rsquo;assurance du clown est recurrente durant la pi\u00e8ce et les autres personnages l&rsquo;aident ou l&rsquo;excluent, \u00e0 tour de r\u00f4le. Mais \u00e0 la fin, il parvient \u00e9galement \u00e0 r\u00e9ussir ses acrobaties. Le clown est le seul personnage dot\u00e9 de parole et avec lequel les autres communiquent. Il repr\u00e9sente la trajectoire de n&rsquo;importe qui. Les autres artistes en costumes, soit \u00e9l\u00e9gants soit l\u00e9gers, repr\u00e9sentent la soci\u00e9t\u00e9 et sa versalit\u00e9 : elle peut nous appr\u00e9cier et nous rejetter le lendemain.<br \/>\nEn conclusion le spectacle sensibilise aux possibilit\u00e9s d&rsquo;expression des probl\u00e8mes de notre soci\u00e9t\u00e9 au travers des corps. Bien que le spectateur n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 inclus aux actions artistiques, la tension de la mise en \u0153uvre des tours d&rsquo;adresse lui est transmise. Apr\u00e8s ces moments de tension, il est calm\u00e9 par des s\u00e9quences moins \u00e9puisantes, comme une intervention du clown ou d&rsquo;un personnage joyeux qui grimpe vaillament \u00e0 la corde. Ce syst\u00e8me \u00e9tait utilis\u00e9 aussi pendant les sc\u00e8nes. Il y avait souvent une opposition repr\u00e9sent\u00e9e par les artistes mais au final chacun fini par trouver sa place et par triompher avec sa sp\u00e9cialit\u00e9 acrobatique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Marie Baron<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les intouchables, ou un optimisme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans une espace du parc de la Villette la compagnie Les Colporteurs vient nous pr\u00e9senter leur nouvelle cr\u00e9ation intitul\u00e9e Le Bal des intouchables. Ce collectif artistique existe depuis 1996 et travaille dans le genre du cirque contemporain en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. En effet, ce qu\u2019on a vu le 7 novembre \u00e0 la Villette est un show multicolore et interdisciplinaire situ\u00e9 entre plusieurs genres. Ce n\u2019est pas un simple cirque mais une proposition mixte qui renferme de nombreuses formes &#8211; le spectacle, le pantomime, le concert musical, la danse.<br \/>\nAu d\u00e9but, la sc\u00e8ne est vide. Tout \u00e0 coup, elle commence \u00e0 se remplir de grands sacs, lourds et massifs, qui bougent et commencent, en un instant, \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9clore\u00a0\u00bb en se transformant petit \u00e0 petit en sept hommes. Cette apparition inattendue fait rire. Ce rire pr\u00e9sent tout au long du spectacle prend souvent une forme d\u2019angoisse en se m\u00e9langeant avec la peur. La peur pour le corps des acteurs, nous la ressentons d\u00e8s le d\u00e9but et tout au long des tours acrobatiques, le proc\u00e9d\u00e9 le plus connu du genre de cirque. Cependant, l\u2019acrobatie de douze acteurs sur la sc\u00e8ne met l\u2019accent sur la fragilit\u00e9 du corps, sur le caract\u00e8re flou et instable de toute la condition humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De quoi parle d\u2019ailleurs ce spectacle\u00a0? Pourquoi m\u00e9lange-t-il l\u2019humour avec la tristesse, sinon la grossi\u00e8ret\u00e9 abrupte avec la po\u00e9sie du mouvement dont le corps humain est capable ? Quel est le point extr\u00eame du corps physique\u00a0? Telles sont, semble-t-il, les interrogations pos\u00e9es par les Colporteurs. Il n\u2019est pas facile de trouver la r\u00e9ponse.<br \/>\nComment parler du cirque qui parle des relations humaines pouss\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9\u00a0? De plus, comment les mettre en sc\u00e8ne en faisant rire\u00a0? Le rire, surtout quand il fait partie de la peur, est une marque de ce spectacle. Il est tant\u00f4t dr\u00f4le, tant\u00f4t touchant, tant\u00f4t cynique, tant\u00f4t po\u00e9tique, avare et \u00e9loquent. Les fragments se m\u00e9langent et fournissent tout le panorama de la vie\u00a0: voici un clown dans un fauteuil roulant qui n\u2019est pas Bobby mais qui devient Bobby par la volont\u00e9 inexorable d\u2019une jeune femme insouciante. Il essaie de surmonter un obstacle en amusant une femme et en provoquant le rire ou la peur chez le public. Mais attention\u00a0! Le public a toujours le choix : l\u2019amusement peut \u00eatre dangereux et peut co\u00fbter trop cher. Deux fois, trois fois, ledit Bobby \u00e9choue \u00e0 son entreprise, mais finalement il en triomphe.\u00a0 Dans un instant, tout dispara\u00eet, et cette fois-ci, il y a sur la sc\u00e8ne un homme et une femme qui essaient d\u2019avancer dans leur vie. Cela ne leur est pas ais\u00e9. Elle est en rouge, lui \u2013 en noir. C\u2019est un discours priv\u00e9 de mots, une danse priv\u00e9e de pas, c\u2019est un bal sous une forme d\u2019acrobatie violente et brutale, une expiration pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9. Un carnaval burlesque mis en p\u00e9ril.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette \u0153uvre est tout \u00e0 fait musicale. Et cette musicalit\u00e9 est incorpor\u00e9e dans son caract\u00e8re ludique : une jeune virtuose joue au violon en se pla\u00e7ant sur la construction au-dessus de la sc\u00e8ne\u00a0; on per\u00e7oit \u00e0 peine sa figure mais elle envahit la salle par des sons qui font un \u00e9cho aux mouvements. Il y a, dans Le Bal des intouchables, quelque chose de l\u2019art urbain, une frivolit\u00e9 et une libert\u00e9 de la po\u00e9sie de rue avec sa foule insomniaque et toujours chaotique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Sofya Efimova<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle Le Bal des intouchables est un spectacle de cirque contemporain avec pour sujet la vie d\u2019homme d&rsquo;aujourd\u2019hui et sa vuln\u00e9rabilit\u00e9. La compagnie se compose d&rsquo;acrobates, de fildef\u00e9ristes, d&rsquo;un trap\u00e9ziste et d&rsquo;un clown. L\u2019atmosph\u00e8re dans le chapiteau \u00e9tait super \u2013 attachante et tendue. La musique est jou\u00e9e en direct \u2013 il y a une violoniste, un pianiste, un joueur d&rsquo;instrument \u00e0 vent et un batteur qui jouent tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au d\u00e9but du spectacle un homme apporte six sacs poubelles l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre avec un diable sur la sc\u00e8ne. Peu \u00e0 peu les sacs poubelles bougent et les artistes en sortent. Ils marchent ensemble et une fille chute. Les autres ne r\u00e9agissent pas et la d\u00e9passent. Dans la sc\u00e8ne suivante, la fille qui a chut\u00e9 poursuit ses acrobaties jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement, jusqu\u2019\u00e0 ce qu&rsquo;elle se retrouve allong\u00e9e par terre sans bouger. Apr\u00e8s cela,\u00a0 il y a des sc\u00e8nes avec des artistes impressionnants. L\u2019artiste Gilles Charles-Messance fait preuve d&rsquo;un \u00e9quilibre parfait sur le trap\u00e8ze volant. Puis, la violoniste joue sur le fil. Les fildef\u00e9ristes montrent un num\u00e9ro artistique bluffant. L\u2019acrobate Agathe Olivier ex\u00e9cute une vraie danse sur le fil et plus tard m\u00eame le clown s&rsquo;amuse sur ce m\u00eame fil. Une autre funambule effectue des figures \u00e0 plus de dix m\u00e8tres de hauteur. Elle fait l\u00e0 un grand \u00e9cart et beaucoup d\u2019autres exercices acrobatiques, tous plus impressionnants les uns que les autres, seule et accompagn\u00e9e. Certains acrobates s&rsquo;attaque \u00e0 une corde tendue verticalement. D&rsquo;autres proposent des acrobaties au sol, bient\u00f4t rejoints par la plupart des artistes pour un final entre danse et exercices de gymnastiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quelquefois pendant le spectacle il y a seulement un ou deux acrobates sur sc\u00e8ne et, \u00e0 d&rsquo;autres moments, il y en a plein en m\u00eame temps et on ne sait plus qui regarder. Le suspens varie mais dans chaque sc\u00e8ne les spectateurs sont curieux. Les sc\u00e8nes du clown permettent de souffler un peu et de rigoler. Comme d\u2019habitude le public dans le chapiteau est assis en rond autour de la sc\u00e8ne mais les acrobates utilisent tout l&rsquo;espace de la sc\u00e8ne. Toutes les places sont bonnes pour regarder le spectacle. Dans un deuxi\u00e8me chapiteau on peut bien manger et boire avant ou apr\u00e8s la repr\u00e9sentation.<br \/>\nEn r\u00e9sum\u00e9 Le Bal des intouchables est un spectacle tr\u00e8s touchant, \u00e9mouvant et beau. L\u2019atmosph\u00e8re dans le chapiteau est chouette, pour les adolescents comme pour les plus petits. Les artistes sont impressionnants et le concept du cirque contemporain, avec seulement des artistes et sans animaux, me pla\u00eet beaucoup. Je trouve l\u2019int\u00e9gration du sujet de l\u2019humain aujourd\u2019hui et de discours sur la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui tr\u00e8s agr\u00e9able et je conseille \u00e0 tous qui sont int\u00e9ress\u00e9s par l\u2019acrobatie et le cirque moderne d&rsquo;aller voir ce spectacle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Laura Engelhardt<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour cette premi\u00e8re du Bal des intouchables, l\u2019esprit circassien \u00e9tait bien au rendez-vous sous le chapiteau de la Villette. La compagnie des Colporteurs &#8211; dirig\u00e9e par Antoine Rigot, Agathe Olivier et C\u00e9cile Kohen &#8211; pr\u00e9sente par le biais du cirque contemporain notre soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 se m\u00ealent \u00e0 la fois coh\u00e9sion et individualit\u00e9.<br \/>\nLes roulottes et les chapiteaux nous plongent dans l\u2019atmosph\u00e8re traditionnelle du cirque, sans oublier le chapiteau-bar dans lequel il faut \u00e9videmment prendre la peine de rentrer ! Avant m\u00eame de p\u00e9n\u00e9trer dans le chapiteau, notre imaginaire s\u2019ouvre petit \u00e0 petit au spectacle avec l\u2019apparition d\u2019une funambule \u00e0 3 m\u00e8tres de hauteur. Puis une fois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, notre marche est rythm\u00e9e par plusieurs tableaux vivants.<\/p>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation d\u00e9bute de fa\u00e7on surprenante, dr\u00f4le et sensible \u00e0 la fois. Un homme d\u00e9pose brusquement plusieurs sacs poubelle au centre de la sc\u00e8ne circulaire. Le spectateur patiente en fixant ces sacs immobiles. Ils finissent par se d\u00e9chirer et s\u2019ouvrir comme des \u0153ufs qui \u00e9closent, donnant vie \u00e0 six des huit personnages.<br \/>\nL\u2019histoire suit une chronologie sociale : on d\u00e9marre par l\u2019individualit\u00e9 et la cruaut\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la coh\u00e9sion et la solidarit\u00e9 entre les personnages. Les artistes incarnent chacun un r\u00f4le singulier, dont le costume refl\u00e8te leur position sociale, tout en coordonnant avec brio leur num\u00e9ro et le message \u00e0 transmettre. Notre regard se prom\u00e8ne \u00e0 l\u2019allure des personnages, de haut en bas et de droite \u00e0 gauche. On trouve des artistes polyvalents et des musiciens faisant partie int\u00e9grante du spectacle (comme une violoniste funambule !)<br \/>\nLa fin est conviviale et joyeuse, on aurait m\u00eame envie de se lever et de descendre danser avec les artistes ! Le Bal des Intouchables : spectacle interg\u00e9n\u00e9rationel, humoristique, beau et engag\u00e9 qui d\u00e9peint avec gr\u00e2ce et \u00e9l\u00e9gance notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Camille Leroy<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Les Colporteurs, compagnie men\u00e9e par le metteur en sc\u00e8ne Antoine Rigot, marque depuis 1996 l\u2019univers du cirque contemporain en France mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Et le Bal jou\u00e9 actuellement \u00e0 Paris n\u2019est que l\u2019illustration d\u2019un cirque r\u00e9ussi et accompli.<br \/>\nD\u00e8s d\u00e9buts chaotiques avec un vieil homme envelopp\u00e9 transportant des sacs poubelles gorg\u00e9s de d\u00e9chets, et le tout imageant le labeur exerc\u00e9 par un \u00e9boueur quotidiennement, on aurait pu penser que nous \u00e9tions spectateur d\u2019un simple bal d\u00e9nu\u00e9 de sens et de symbolique. Mais ce fut bien juger trop pr\u00e9matur\u00e9ment. En effet, apr\u00e8s quelques minutes \u00e0 observer une action r\u00e9p\u00e9titive et inint\u00e9ressante, le personnage principal dispara\u00eet et laisse place \u00e0 des sacs poubelles vides. Vides\u00a0? En apparence seulement, car passent les minutes et passent les secondes, et c\u2019est alors qu\u2019on remarque que les sacs sont bien vivants\u00a0; ils sont habit\u00e9s par des \u00eatres humains, hommes et femmes confondus.<br \/>\nCommence alors une aur\u00e9ole humaine surprenante\u00a0; les personnages tournent en rond, font parfois preuve de violence, d\u2019\u00e9gocentrisme, de solitude, de diff\u00e9rence, le tout menant \u00e0 deux p\u00f4les bien distincts\u00a0: l\u2019amour\u2026 ou la mort\u00a0! Et c\u2019est ainsi que se construit l\u2019\u0153uvre. Ce bal, bien qu\u2019au premier aspect simpliste, connote mille et une symboliques qui en font un \u00ab\u00a0bal humaniste\u00a0\u00bb, manifeste de la condition humaine contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, le Bal, \u00e9pris d\u2019un esprit philosophique, est anim\u00e9 par ses corps qui un \u00e0 un livre sa partition, bougeant et dansant selon le rythme d\u2019un violon, d\u2019une batterie, d\u2019une guitare et d\u2019un saxophone. En outre, fil, trap\u00e8ze, m\u00e2t chinois, corde lisse&#8230;\u00a0sont autant de composants qui esquissent des traits reliant les hommes et les femmes,\u00a0les jeunes et les anciens,\u00a0les agiles et les fragiles, sc\u00e8ne mondaine et sc\u00e8ne de sous-genre aussi bien \u00e0 m\u00eame le sol que dans les airs&#8230;<br \/>\nLe Bal des intouchables semble donc \u00eatre en v\u00e9ritable un spectacle empreint de po\u00e9sie sur la fragilit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain, sur ses variations et ses d\u00e9bordements. Sous les traits comiques qu\u2019il adopte parfois (cf. la sc\u00e8ne avec le clown \u00e0 l\u2019accent anglais qui se fond en Bobby, l\u2019homme qui marche mais qui a pour interdiction de marcher) et lyriques lorsque les personnages r\u00e9alisent une valse uniforme, l\u2019\u0153uvre tend \u00e0 nous faire entrer dans l\u2019inconscient de l\u2019\u00eatre, \u00eatre en opposition, vacillant perp\u00e9tuellement entre optimisme et pessimisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, Le Bal des intouchables, \u00a0pr\u00e9sente une \u0153uvre r\u00e9aliste aux multiples facettes\u00a0: r\u00e9aliste et, \u00e0 l\u2019inverse, irr\u00e9aliste, humaine et inhumaine, entre humour et insolence, th\u00e9\u00e2tre et cirque\u2026 Ce bal, se d\u00e9guisant en com\u00e9die mais \u00e9voquant des sujets plus que r\u00e9alistes et humains, semble se r\u00e9aliser sur la m\u00eame vision de Nathalie B\u00e9asse avec sa pi\u00e8ce <a href=\"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/blog\/tout-semblait-immobile-theatre-de-la-bastille-10-octobre-2013\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tout semblait immobile<\/a>\u00a0: jouer le comique, mais surtout repr\u00e9senter le r\u00e9alisme, le vrai\u00a0!<br \/>\nV\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation de 1h30, Le Bal des Intouchables peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9 ainsi\u00a0: le corps est un cirque mais l\u2019esprit qui l\u2019anime est une philosophie. R\u00e9servez et courez-y\u2026 C\u2019est d\u00e9j\u00e0 bient\u00f4t fini\u00a0!!!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Obich Lyamani<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle commence par l\u2019\u00e9closion de sept \u00eatres humains au centre de la sc\u00e8ne, sur une musique lente et envo\u00fbtante (les quatre musiciens de la troupe, eux-m\u00eames \u00e9quilibristes \u00e0 leurs heures perdues, ne cesseront d\u2019accompagner les acrobaties et les clowneries circassiennes). Pour cette naissance, pas d\u2019\u0153ufs ni de cocons, seulement des sacs poubelles tout \u00e0 fait ordinaires\u00a0dont les artistes peinent \u00e0 sortir\u00a0; d\u00e9j\u00e0 l\u2019homme apparait comme cette cr\u00e9ature \u00e0 mi-chemin entre le miracle et l\u2019abjection. Puis le plastique enfin est d\u00e9chir\u00e9 et jet\u00e9 au loin, peut alors commencer le \u00ab\u00a0bal\u00a0\u00bb \u00e0 proprement parler, le tourbillon de ces \u00eatres qui doivent apprendre \u00e0 vivre. Les num\u00e9ros s\u2019encha\u00eenent, chacun explorant \u00e0 travers le jeu des corps et des accessoires (corde, barre, trap\u00e8ze) la condition humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis l\u2019accident de son fondateur, Antoine Rigot, la compagnie Les Colporteurs a d\u00fb repenser son travail, pla\u00e7ant au c\u0153ur de sa r\u00e9flexion la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain. Avec Le Bal des Intouchables, Antoine Rigot et Agathe Olivier, sa femme, les concepteurs du spectacle, disent vouloir \u00ab\u00a0parler des relations humaines. Nous y sommes d\u00e9j\u00e0 plong\u00e9s. Parler de celles qui poussent au suicide, inhumaines alors\u00a0; invoquer comment trouver sa place, et la prendre\u00a0; se confronter, r\u00e9sister\u00a0; sugg\u00e9rer le droit d\u2019exister, tel qu\u2019on est\u00a0; accepter d\u2019autres visions du monde, d\u2019autres chemins, se laisser guider\u00a0\u00bb. C\u2019est bien main dans la main que les artistes circassiens travaillent dans ce spectacle, o\u00f9 les solos ne peuvent \u00eatre pens\u00e9s que par rapport aux duos et aux trios, au(x) jeu(x) du groupe et aux sc\u00e8nes collectives. Confiance, malignit\u00e9, tendresse, espi\u00e8glerie, coup de main, coup de pied, sauvetage, meurtre \u2013 voici comment l\u2019on pourrait r\u00e9sumer leurs \u00e9changes, dans un \u00ab\u00a0bal\u00a0\u00bb pris entre le burlesque et le po\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Antoine Rigot, \u00e0 qui les m\u00e9decins avaient pr\u00e9dit qu\u2019il ne remarcherait plus, huiti\u00e8me ou premier de la troupe circassienne, interpr\u00e8te quant \u00e0 lui le r\u00f4le d\u2019un clown soi-disant handicap\u00e9 (le fauteuil roulant, de fait, s\u2019av\u00e8re \u00eatre un autre accessoire, un autre support de la po\u00e9sie et du jeu, plut\u00f4t qu\u2019un \u00e9quipement m\u00e9dical)\u00a0: avec l\u2019aide des autres artistes, repr\u00e9sentant plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, il r\u00e9apprend la marche d\u2019accrocs en acrobaties. C\u2019est tout le risque qu\u2019il y a \u00e0 vivre qui se dit \u00e0 travers cet univers de cirque, o\u00f9 le corps qui se tord menace toujours de rompre, o\u00f9 le corps qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve menace toujours de chuter. D\u00e8s lors, la corde devient la m\u00e9taphore de l\u2019existence humaine dans tout ce qu\u2019elle poss\u00e8de de divers et de contradictoire, se m\u00e9tamorphosant au fil du spectacle et devenant tant\u00f4t corde pour se pendre\u00a0\u00a0 \u2013 mourir \u2013 \u00a0corde pour se suspendre \u2013 se sauver, \u00e9chapper \u00e0 la chute \u2013 corde pour marcher sur, en \u00e9quilibre, dans un num\u00e9ro de funambule qui montre bien que \u00ab\u00a0la vie ne tient qu\u2019\u00e0 un fil\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Annabelle Marion<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019entr\u00e9e dans un monde singulier. Une fois le seuil de l\u2019espace chapiteaux du parc de la Villette franchi, nous sommes immerg\u00e9s dans l\u2019atmosph\u00e8re circassienne. Plusieurs tentes color\u00e9es se dressent devant nous, nous entrainant d\u00e9j\u00e0 dans un ailleurs, loin de notre quotidien. C\u2019est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur que le spectacle commence&#8230; Invit\u00e9s \u00e0 lever nos regards \u00e0 quelques m\u00e8tres au dessus de nos t\u00eates, nous apercevons un fil tendu sur lequel une funambule brave les intemp\u00e9ries pour nous diriger vers le lieu de la repr\u00e9sentation. Le chapiteau, espace singulier o\u00f9 trap\u00e8zes, cordes, fils, et m\u00e2ts chinois sont ins\u00e9r\u00e9s dans la structure architecturale, est l\u2019outil m\u00eame de travail des artistes. D\u00e8s lors, les rep\u00e8res r\u00e9f\u00e9rentiels spatiaux sont troubl\u00e9s, pour mieux nous plonger dans le monde po\u00e9tique de la troupe des colporteurs. En outre, la musique envo\u00fbtante jou\u00e9e en direct cr\u00e9e un imaginaire merveilleux accentu\u00e9 par le jeu d\u2019ombre des lumi\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une m\u00e9taphore po\u00e9tique de la vie. Si au premier abord l\u2019univers du spectacle nous para\u00eet \u00e9tranger, il nous permet en fait d\u2019appr\u00e9hender diff\u00e9remment le monde r\u00e9el. Ainsi, le Bal des intouchables, met en sc\u00e8ne, de mani\u00e8re suggestive, un groupe, l\u2019humanit\u00e9, et au sein de se groupe, des individus, repr\u00e9sentant l\u2019\u00eatre humain dans sa singularit\u00e9 et dans sa fragilit\u00e9. De multiples histoires se juxtaposent et se m\u00ealent pour composer, par le prisme de l\u2019\u00e9motion, une histoire de la vie. Cette mise en mouvement des relations humaines, balancent entre aspiration \u00e0 la libert\u00e9 et d\u00e9sespoir de la chute, dans une chor\u00e9graphie profond\u00e9ment touchante. Le Bal des intouchables a une dimension initiatique, il montre des personnages, confront\u00e9s \u00e0 un monde normatif, qui s\u2019en \u00e9mancipent en apprenant \u00e0 accepter leur diff\u00e9rence. Cette histoire n\u2019est pas sans rappeler celle d\u2019Antoine Rigot, le metteur en sc\u00e8ne devenu parapl\u00e9gique. Au sein de sa cr\u00e9ation, on retrouve quelques traces autobiographiques \u00e0 travers le personnage du clown en fauteuil roulant qu\u2019il interpr\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La cruaut\u00e9 de l\u2019apprentissage du monde. La premi\u00e8re sc\u00e8ne \u00e9voque la cruaut\u00e9 de la naissance. Le bal s\u2019ouvre par une danse \u00e9trangement angoissante, o\u00f9 s\u2019accouplent des sacs poubelles jet\u00e9s violemment au milieu de la piste. \u00a0Puis, telle une \u00e9closion, les personnages sortent des sacs et marchent en rythme, formant un bloc. Un seul individu est rejet\u00e9. Devenant soliste, il grimpe au mat chinois, effectuant des figures de plus en plus difficiles, entrecoup\u00e9es de moments de d\u00e9couragement. Il continue jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement. Ce d\u00e9sespoir, fait \u00e9cho \u00e0 d\u2019autres sc\u00e8nes de la pi\u00e8ce, comme celle de l\u2019\u00e9vocation du suicide par pendaison\u2026 Cette performance donne le ton, par la suite, chaque personnage tente de r\u00e9aliser des acrobaties afin d\u2019apprendre \u00e0 se conna\u00eetre soi-m\u00eame dans une qu\u00eate de la hauteur, symbolisant l\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019\u00e2me. Equilibristes, funambules et acrobates rivalisent de virtuosit\u00e9, tout en soulignant le p\u00e9ril des exercices effectu\u00e9s pour nous faire comprendre que la vie ne tient qu\u2019\u00e0 un fil. Dans leur rapport au corps, les artistes sont \u00e0 la recherche du fragile \u00e9quilibre entre soi et le monde, entre soi et autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les relations humaines, un rem\u00e8de \u00e0 la solitude\u00a0? Les relations humaines sont symbolis\u00e9es par de nombreux duos et trios, qui apportent une coloration optimiste et, parfois, humoristique \u00e0 la pi\u00e8ce. On remarque ainsi, le couple comique form\u00e9 par le clown et la danseuse de corde. Par ces deux personnages, les contraires se rencontrent, l\u2019agilit\u00e9 et la souplesse d\u2019un cot\u00e9, la raideur et la maladresse de l\u2019autre. Pendant le sketch, la danseuse infantilise le clown, mais la femme reste celle qui (r\u00e9)\u00e9duque, qui encourage et qui soutient. Le clown apprend alors \u00e0 marcher, \u00e0 exister dans le monde. Mais la femme n\u2019est pas qu\u2019une figure maternelle, elle est aussi un objet de d\u00e9sir et de s\u00e9duction que l\u2019on retrouve dans le caract\u00e8re grivois de sa gestuelle expressive. C\u2019est alors dans sa relation \u00e0 l\u2019autre que l\u2019individu s\u2019\u00e9panouit pleinement, trouvant enfin sa place dans le monde. Le spectacle se conclut donc, par une chor\u00e9graphie collective, o\u00f9 les artistes dansent en couple.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Pascale Mercier<\/h6>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans <i>Le Bal des intouchables<\/i>, les genres artistiques se m\u00e9langent : on y trouve la danse contemporaine, le concert populaire, voire, si on croit la parole du programmateur des spectacle, des empreints de po\u00e9sie et des peintures de Francis Bacon.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le geste doit \u00eatre simple mais ne peut \u00eatre d\u00e9nu\u00e9 de sens\u00a0\u00bb, dit Antoine Rigot, le metteur en sc\u00e8ne. Dans ce propos, le spectacle se tient fort bien.\u00a0 Premier passage: un clown rentre en sc\u00e8ne, en d\u00e9posant neuf sacs poubelles &#8211; une attente &#8211; progressivement, un bras sort d&rsquo;ici et une jambe de l\u00e0, jusqu&rsquo;\u00e0 la \u00ab\u00a0naissance\u00a0\u00bb simultan\u00e9e de neuf individuels. Ils se mettent imm\u00e9diatement \u00e0 marcher et \u00e0 courir \u00e0 la militaire. Une fillette, n\u00e9anmoins, n&rsquo;est pas capable de se synchroniser avec les autres, alors l&rsquo;histoire de l&rsquo;homme marginal commence&#8230;<\/p>\n<p>Baign\u00e9e dans une musique m\u00e9lancolique, cette fillette danse toute seule sur un tube d&rsquo;acier. Ses gestes sont libres et gracieux, mais ses expressions sont tristes et fatigu\u00e9es. Chaque fois qu&rsquo;elle descend du tube, quelqu&rsquo;un la pousse d&rsquo;y remonter: on dirait que c&rsquo;est une m\u00e9taphore d&rsquo;une vie de travail oblig\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui est fort int\u00e9ressant dans le cirque c&rsquo;est l&rsquo;utilisation de l&rsquo;espace dans tous les sens. \u00c0 la diff\u00e9rence du th\u00e9\u00e2tre ou de la danse, les mouvements verticaux sont aussi important que les mouvements horizontaux au cirque.<\/p>\n<p>Les autres artistes ont chacun leur propre type de jeu. L&rsquo;un vole sur une barre en bois suspendue, l&rsquo;autre se traverse une file en jouent la violon. L&rsquo;espace devient une espace de merveille et de r\u00eave. C&rsquo;est sans doute la raison pour laquelle ce spectacle sans lion ni fous comiques s\u2019appelle-t-il encore \u00ab\u00a0cirque\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or, il y a un fou qui est m\u00eame la figure centrale de la pi\u00e8ce. Le spectacle est construit comme une succession des fantasmes de ce caract\u00e8re de Buster Keaton. Il n&rsquo;est ni beau ni sportif, en fait, il ne peut m\u00eame pas marcher droit, encore moins danser sur une file suspendue; cependant, il joue avec les gens surhumains alentour : l&rsquo;homme imparfait se tient et entre dans le bal des intouchables&#8230;<\/p>\n<p>Toute cela est fort joliment r\u00e9alis\u00e9. Il nous reste, n\u00e9anmoins, \u00e0 revenir sur la citation de Ragot: \u00ab\u00a0le geste doit \u00eatre simple mais ne peut \u00eatre d\u00e9nu\u00e9 de sens\u00a0\u00bb. N&rsquo;y a-t-il pas ici une d\u00e9cadence du cirque ? Le cirque est l&rsquo;art du spectacle vivant le plus libre pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il a moins d\u2019attachements au sens. Le non-sens y est tol\u00e9r\u00e9 au nom de l&rsquo;art populaire. Les vrais intouchables sont justement ceux de la d\u00e9raison, de l&rsquo;invisible et peut-\u00eatre de l&rsquo;innommable.<\/p>\n<p>Le cirque \u00ab\u00a0contemporain\u00a0\u00bb risque une contamination de l\u2019intellectualisme : pour cette raison &#8211; sans doute pas tr\u00e8s raisonnable \u00e0 vrai dire -, je regrette que les lions et le vrai fou soient absents de notre sc\u00e8ne de merveille. Prochaine destination: le cirque d&rsquo;Arlette Gruss !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\"><b>Han Zhong<\/b><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Cirque | La Villette &#8211; Espace Chapiteaux | En savoir plus La premi\u00e8re du spectacle Le Bal des intouchables mis en sc\u00e8ne par Antoine Rigot avait lieu le 7 novembre 2013. 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