{"id":611,"date":"2016-04-14T20:30:54","date_gmt":"2016-04-14T19:30:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=611"},"modified":"2016-04-14T20:30:54","modified_gmt":"2016-04-14T19:30:54","slug":"menagerie-de-verre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=611","title":{"rendered":"La m\u00e9nagerie de verre"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/la-menagerie-de-verre\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00ab <em>Moi, je vous pr\u00e9sente la v\u00e9rit\u00e9 sous l\u2019apparence plaisante de l\u2019illusion.<\/em> \u00bb nous dit le narrateur-personnage au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. C\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 bien sombre que met en sc\u00e8ne <em>La M\u00e9nagerie de verre <\/em>de Tennessee Williams. Tom, le protagoniste principal, nous d\u00e9voile ses souvenirs. Les souvenirs d\u2019une m\u00e8re tyrannique, qui fait peser de trop lourds espoirs sur ses enfants, faisant de sa maison une v\u00e9ritable prison. Le parti-pris de mise en sc\u00e8ne de Daniel Jeanneteau joue sur cette id\u00e9e d\u2019enfermement. Des voiles et rideaux mat\u00e9rialisent une s\u00e9paration entre le pass\u00e9, les souvenirs du narrateur et la situation d\u2019\u00e9nonciation, mais \u00e9galement entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur. Les voiles forment une pi\u00e8ce carr\u00e9e qui symbolise la m\u00e9moire, ainsi que la prison cr\u00e9\u00e9e par la m\u00e8re, Amanda. Un seul personnage fera irruption dans le trio constitu\u00e9 des deux enfants et de la m\u00e8re, personnage qui menacera et m\u00eame brisera un \u00e9quilibre familial bien fragile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le titre de la pi\u00e8ce est r\u00e9v\u00e9lateur de cette sc\u00e9nographie du mal-\u00eatre et des d\u00e9sillusions. La m\u00e9nagerie de verre est d\u2019abord la collection d\u2019animaux en verre de Laura, la fille infirme et maladivement timide. Afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019oppression qui r\u00e8gne dans la maison, elle \u00e9coute de la musique et prend soin de ses objets en verre. Ces animaux sont fragiles : des objets sont bris\u00e9s deux fois au cours de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9nagerie de verre est \u00e9galement le syst\u00e8me instaur\u00e9 par Amanda. Elle veut cr\u00e9er un univers brillant, ce qui la conduit \u00e0 adopter \u00e0 outrance le comportement d\u2019une m\u00e9nag\u00e8re de maison accueillante lorsque Jim, le \u00ab galant \u00bb, arrive. Cependant cet univers est avant tout fragile. Tom explose et finit par partir. Laura ne conna\u00eet qu\u2019\u00e0 un seul moment l\u2019espoir, lorsque le \u00ab galant \u00bb l\u2019embrasse. Mais le galant est fianc\u00e9 \u00e0 une autre et brise par inadvertance la licorne en verre qui perd sa corne et devient un cheval \u00ab comme les autres \u00bb. Embrass\u00e9e, Laura oublie un instant son infirmit\u00e9 et croit pouvoir s\u2019en sortir, mais c\u2019est au prix d\u2019une brisure et d\u2019un abandon. Devenir comme les autres, se fondre dans le moule de la masse ordinaire, est-ce perdre sa sp\u00e9cificit\u00e9 ? Finalement, m\u00eame lorsque Tom aura fui le carcan familial, il ne pourra oublier Laura. Son souvenir assurera en quelque sorte la permanence de la prison b\u00e2tie par une m\u00e8re qui ne sait plus distinguer fantasmes et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9nagerie de verre peut qualifier enfin la mise en sc\u00e8ne elle-m\u00eame, une mise en sc\u00e8ne \u00e0 la fois brillante et douce, o\u00f9 la douceur et la subtilit\u00e9 semblent caresser le spectateur. Quelques chocs viennent heurter la tranquillit\u00e9 d\u2019une pi\u00e8ce qui pose, \u00e0 travers un registre assez sobre, la question du souvenir, de la perte, de la fronti\u00e8re entre r\u00eave et r\u00e9el, de la solitude, de l\u2019errance. La prestance des com\u00e9diens donne tout son lustre \u00e0 une pi\u00e8ce et une mise en sc\u00e8ne qui m\u00ealent si habilement divers niveaux de signification.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ad\u00e8le Fontaine<\/h6>\n<hr \/>\n<h3>La m\u00e9moire nous hante<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Daniel Janneteau nous a pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline <em>La m\u00e9nagerie de verre, <\/em>pi\u00e8ce de Tennessee Williams. Le narrateur, Tom Wingfield, se rem\u00e9more ses souvenirs, en intervenant plusieurs fois dans la pi\u00e8ce. Sa m\u00e8re, Amanda Wingfield a \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9e par son mari, qui a quitt\u00e9 sa famille. Amanda est nostalgique de sa jeunesse r\u00e9volue et pr\u00e9occup\u00e9e par la r\u00e9alisation des projets qu\u2019elle destine \u00e0 ses enfants. Tom a aussi une s\u0153ur, infirme et d\u2019une timidit\u00e9 telle, qu\u2019elle est coup\u00e9e du monde r\u00e9el. Elle se r\u00e9fugie dans sa petite m\u00e9nagerie de verre. Le trio vit chichement gr\u00e2ce au travail de Tom \u00e0 l\u2019entrep\u00f4t, qui pourtant r\u00eave de s\u2019\u00e9vader de ce monde clos. Un invit\u00e9 \u00e0 la table des Wingfield, Jim va pr\u00e9cipiter la fatalit\u00e9 \u00e0 laquelle Amanda et Laura sont condamn\u00e9es et la fuite de Tom qui choisit de suivre sa propre route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Daniel Janneteau a d\u00e9limit\u00e9 l\u2019espace du logis familial par des parois en voile transparent qui troublent la vue des personnages. La repr\u00e9sentation de la m\u00e9moire est particuli\u00e8rement r\u00e9ussie, et l\u2019on croirait que les personnages foulent un sol nuageux. Cet espace semble coup\u00e9 du monde. On distingue la m\u00e9nagerie de Laura &#8211; Sol\u00e8ne Arbel &#8211; qui se trouve hors de ce cadre aux airs oniriques. Pourtant, \u00e7a n\u2019est pas le r\u00e9el : la petite m\u00e9nagerie de verre est une \u00e9chappatoire au logis familial et \u00e0 sa timidit\u00e9 \u00e9crasante. En plus de ce travail remarquable sur les lieux, Tom apparait sous les traits du narrateur, puis du fr\u00e8re attendri ou l\u2019homme qui travaille, lie le temps pass\u00e9 au pr\u00e9sent. Le plateau est parfois \u00e9clair\u00e9 par une lumi\u00e8re tamis\u00e9e, et \u00e0 d\u2019autres moments la lumi\u00e8re est si blanche que l\u2019on pense \u00e0 une concordance entre ses souvenirs lumineux et d\u2019autres plus flous. Il revient quelques ann\u00e9es apr\u00e8s sur les \u00e9v\u00e8nements qui le hantent. Olivier Werner (Tom) brille dans ces diff\u00e9rents r\u00f4les. Peut-on se d\u00e9faire de notre m\u00e9moire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu des acteurs est saisissant, et rappelle qu\u2019un homme se comprend par la multiplicit\u00e9 de ses visages quel que soit le r\u00f4le qu\u2019il joue au sein du cercle familial. Le jeu de la m\u00e8re semble parfois exag\u00e9r\u00e9: dans les bras de Tom elle nous appara\u00eet comme un pantin, puis se fait autoritaire et les corps se raidissent. C\u2019est une r\u00e9ussite de la mise en sc\u00e8ne des transformations de la m\u00e9moire aux souvenirs. Au lustre suspendu, on attribue une d\u00e9gradation de la m\u00e9moire par les lambeaux de tissu qui tombent lamentablement. Les acteurs laissent peser les silences, avec lesquels le violon strident se confond presque. La lenteur, qui caract\u00e9rise certaines sc\u00e8nes, rendent certains souvenirs de Tom irr\u00e9els, comme celui des corps de Laura et Jim qui lentement se rapprochent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e8re \u00e0 son tour endosse un r\u00f4le de narratrice, et se rem\u00e9more sa jeunesse perdue. Dominique Raymond excelle dans son jeu. D\u2019une voix grave et fumeuse ses paroles raisonnent dans ce lieu sans espoir, tandis que d\u2019une voix r\u00eaveuse elle \u00e9voque les pr\u00e9tendants qui accouraient \u00e0 ses pieds. Jim et Tom incarnent le monde ext\u00e9rieur, et leur avenir semble prometteur. Pierric Plathier joue un Jim r\u00e9aliste, naturel et spontan\u00e9. Son jeu contraste avec les attitudes presque fantasm\u00e9es des deux femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tennessee Williams s\u2019oppose aux conventions, parce que pour lui le th\u00e9\u00e2tre est par essence l\u2019expression de la r\u00e9alit\u00e9, mais cette expression passe par une transformation de la r\u00e9alit\u00e9. Daniel Janneteau parvient \u00e0 rendre cette vision du th\u00e9\u00e2tre dans sa mise en sc\u00e8ne. Il ne trahit pas T. Williams, mais fait la pi\u00e8ce sienne. Il mat\u00e9rialise la m\u00e9moire de ce carr\u00e9 de voile, symbole du confinement des souvenirs et o\u00f9 la d\u00e9pravation des \u00eatres nous appara\u00eet plus forte que jamais.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">\u00c9lise Lafages<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce <em>La M\u00e9nagerie de verre <\/em>de Tennessee Williams, jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre national de la Colline, est mise en sc\u00e8ne par Daniel Jeanneteau. Elle est \u00e9crite en 1944. La pi\u00e8ce se d\u00e9roule dans un petit appartement \u00e0 Saint Louis, aux \u00c9tats-Unis, dont on voit le salon. La mise en sc\u00e8ne est assez minimaliste mais frappante \u00e0 cause du tulle entourant la sc\u00e8ne, il reste alors entre les acteurs et le spectateur. La plupart du temps les acteurs restent dans le salon et donc derri\u00e8re le tulle, ce qui cr\u00e9e une distance entre les acteurs et nous. Il nous \u00e9loigne de ce qui se passe en sc\u00e8ne mais il symbolise aussi le fait de cacher des choses du spectateur. Cependant, quand ils sortent du tulle et se rapprochent de nous \u00e0 des moments pr\u00e9cis, ceci nous impressionne d&rsquo;autant plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quatre personnages : la m\u00e8re Amanda, le fils Tom, la fille Laura et Jim, le jeune coll\u00e8gue de Tom. Tom est aussi le narrateur et il est par moments devant la sc\u00e8ne pour nous parler. Il est charmant et probablement le personnage le plus sain et normal de la pi\u00e8ce, ce qui fait de lui un bon narrateur assez objectif. La m\u00e8re est tr\u00e8s hyst\u00e9rique et bavarde \u00e0 premi\u00e8re vue. Elle est tr\u00e8s dominante au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. Elle est donc irritante. Mais avec son changement de costume, une robe de couleur vive et ses mani\u00e9rismes exag\u00e9r\u00e9s mais sympathiques, elle devient charmante. Sa forte pr\u00e9sence pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 de la pi\u00e8ce, diminue et laisse place au sujet principal qui est Laura, 23 ans, et sa relation avec ses animaux en verre qu&rsquo;elle collectionne. Elle est douce et fragile. Sa voix est apaisante. Elle a une beaut\u00e9 fragile. On sympathise facilement avec elle. Quand elle raconte sa passion pour sa collection d&rsquo;animaux en verre -ce qui semble ridicule-, elle r\u00e9ussit \u00e0 nous \u00e9mouvoir. La collection de verre symbolise sa fragilit\u00e9 et son impuissance contre la vie. Elle est tr\u00e8s \u00e9motionnelle mais n&rsquo;est pas assez courageuse pour \u00eatre vuln\u00e9rable. Ainsi, elle ne reste que dans son monde \u00e0 elle, avec ses petits animaux. Avec le tournant du destin, elle se retrouve son amour du lyc\u00e9e. Elle s&rsquo;ouvre \u00e0 lui, petit \u00e0 petit. Ils dansent et s&#8217;embrassent pour la premi\u00e8re fois : Cette sc\u00e8ne est tr\u00e8s romantique et touchante. C&rsquo;est le moment le plus fort de la pi\u00e8ce. Mais l&rsquo;histoire est tr\u00e8s r\u00e9aliste car le romantisme ne dure que tr\u00e8s peu&#8230; Les performances de tous les acteurs \u00e9taient impressionnantes. Il n&rsquo;y a quasiment rien de n\u00e9gative \u00e0 dire sur la pi\u00e8ce ou sa mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Imre Ozkoray<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La M\u00e9nagerie de verre<\/em> (1945) a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re pi\u00e8ce \u00e9crite par le dramaturge am\u00e9ricain Tennessee Williams (1911-1983). Malgr\u00e9 sa structure classique, Daniel Jeanneateau offre aux spectateurs du Th\u00e9\u00e2tre National La Colline une mise en sc\u00e8ne originale. Elle se caract\u00e9rise surtout par le choix de cr\u00e9er une atmosph\u00e8re qui am\u00e8ne \u00e9motionnellement aux spectateurs \u00e0 la m\u00e9moire de Tom, celui qui raconte l\u2019histoire. Il est un jeune homme qui se sent oppress\u00e9 par sa vie familiale partag\u00e9e avec sa m\u00e8re, qui ne fait que se souvenir de son pass\u00e9 heureux, et sa s\u0153ur Laura, dont sa maladie et timidit\u00e9 extr\u00eame lui font se refermer dans son propre monde, o\u00f9 seule sa collection d\u2019animaux en verre occupent son temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019abord, l\u2019atmosph\u00e8re des souvenirs de Tom a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 partir de la sc\u00e9nographie. Sur sc\u00e8ne, on per\u00e7oit une bo\u00eete ferm\u00e9e, \u00e0 mode d\u2019une deuxi\u00e8me sc\u00e8ne, qui n\u2019est possible de regarder qu\u2019\u00e0 travers un rideau semi-transparent. Celui-ci repr\u00e9sente l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019avoir acc\u00e8s aux souvenirs de mani\u00e8re directe. Bien que le rideau emp\u00eache les spectateurs de bien regarder les visages des personnages et donc, leurs expressions, on finit par s\u2019habituer \u00e0 la pr\u00e9sence de cet \u00e9l\u00e9ment qui s\u2019interpose \u00e0 la vue. Cela renforce d\u00e9j\u00e0\u00a0les paroles de Tom au d\u00e9but\u00a0: \u00ab\u00a0Mais je suis le contraire d\u2019un magicien professionnel. Lui sait donner \u00e0 l\u2019illusion une apparence de v\u00e9rit\u00e9.\u00a0Moi, je vous pr\u00e9sente la v\u00e9rit\u00e9 sous l\u2019apparence plaisante de l\u2019illusion\u00a0\u00bb. La pi\u00e8ce joue ainsi avec la m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, car elle met en \u00e9vidence le fait qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une repr\u00e9sentation. La narration de Tom et la pr\u00e9sence du quatri\u00e8me mur, normalement invisible mais toujours pr\u00e9sente au th\u00e9\u00e2tre, construisent donc cet effet qui produit chez le spectateur une tension entre le besoin de r\u00e9fl\u00e9chir sur les actions repr\u00e9sent\u00e9es et le fait de se laisser guider \u00e9motionnellement par elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi, la musique choisie ainsi que le contr\u00f4le des lumi\u00e8res aident \u00e0 produire l\u2019atmosph\u00e8re souhait\u00e9e. La musique est souvent lente et provoque des sensations de nostalgie. Les lumi\u00e8res sont allum\u00e9es et \u00e9teintes lentement pendant les transitions, ce qui contribue au but d\u2019amener aux spectateurs \u00e0 un temps pass\u00e9e perdu et rev\u00e9cu avec douleur et nostalgie. En effet, les derniers mots de Tom au public, o\u00f9 il exprime le sentiment de perte et ses souhaits de trouver \u00e0 sa s\u0153ur confirment sa nostalgie par rapport \u00e0 son pass\u00e9 troublante avec sa m\u00e8re dominante et sa s\u0153ur malade.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Katia Yoza<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Cette pi\u00e8ce est un voyage dans une conscience malade, entre l\u2019angoisse et le rire \u00bb. <\/em>Ainsi parle le metteur en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce \u00bb La M\u00e9nagerie de verre \u00ab sur un texte de Tennessee Williams, actuellement jou\u00e9e \u00e0 la Colline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fils Tom (Olivier Werner) ouvre le bal de ce drame familial, et pr\u00e9sente les personnages : Amanda, la m\u00e8re, hant\u00e9e par sa jeunesse perdue, Laura, sa s\u0153ur, affect\u00e9e d\u2019une myst\u00e9rieuse infirmit\u00e9, un galant. Apparait alors, projet\u00e9e en grand, la photo d\u2019un p\u00e8re absent qui a envoy\u00e9 un jour un carte postale avec le simple mot \u00ab Goodbye \u00bb, pr\u00e9sence transparente, comme pour mieux installer le manque affectif qui parcourt la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il pr\u00e9vient aussi : \u00ab la pi\u00e8ce se passe dans la m\u00e9moire et n\u2019est donc pas r\u00e9aliste \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes tr\u00e8s vite int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la vie familiale de cette famille pauvre, \u00e0 Saint Louis, Missouri, autour de quelques sc\u00e8nes-cl\u00e9s : le d\u00eener o\u00f9 la m\u00e8re impose sa loi par des remarques sur la mani\u00e8re de se tenir \u00e0 table et gave ses enfants d\u2019aliments. Celle o\u00f9 l\u2019on apprend, toujours par la bouche de la m\u00e8re, que Laura, inscrite dans une \u00e9cole de dactylo, ne s\u2019est jamais pr\u00e9sent\u00e9. Elle a pass\u00e9 son ann\u00e9e \u00e0 errer dans la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019intercalent quelques sc\u00e8nes o\u00f9 la m\u00e8re revit sa jeunesse radieuse quand elle avait de multiples galants. Elle est alors volubile, triomphante, dans la toute-puissance f\u00e9minine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a souffle le froid et le chaud, les nuages noirs alternent avec les soleils joyeux, au gr\u00e9 des souvenirs ou des projets de la m\u00e8re dont l\u2019imaginaire domine la pi\u00e8ce comme il domine la vie des enfants. Tom, toujours en opposition rageuse, aimerait bien \u00ab se tirer \u00bb et \u00e9chapper \u00e0 cette \u00ab vieille pie bavarde \u00bb mais il reste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laura, fig\u00e9e dans une timidit\u00e9 extr\u00eame, passe son temps, face \u00e0 nous, \u00e0 contempler sa \u00ab m\u00e9nagerie de verre \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette douce prison commune est repr\u00e9sent\u00e9e par un d\u00e9cor simplissime .La sc\u00e8ne est s\u00e9par\u00e9e des spectateurs par un tr\u00e8s l\u00e9ger rideau blanc, qui indique qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un drame intime et qui d\u2019une certaine mani\u00e8re, tient \u00e0 distance le spectateur, entretient le flou. Si le sol de la maison ressemble \u00e0 un cocon de coton, la cage en voile qui enserre la sc\u00e8ne, confirme l\u2019impression que la famille est un pi\u00e8ge o\u00f9 alternent merveilleusement la joie et la d\u00e9pression, l\u2019amour perdu ou encore possible. Parfois le clair-obscur s\u2019\u00e9claire d\u2019un simple chandelier comme un flambeau d\u2019espoir lorsqu\u2019arrive le suppos\u00e9 fianc\u00e9 convoqu\u00e9 par la m\u00e8re pour sa fille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut que constater l\u2019\u00e9conomie des moyens de la sc\u00e9nographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix des com\u00e9diens est \u00e9galement remarquable et joue sur les contrastes. Dominique Reymond tient le r\u00f4le majeur, celui de la m\u00e8re, avec un nombre incroyable de registres et de capacit\u00e9s d\u2019expression. Elle s\u2019investit \u00e0 fond dans une parole envahissante mais elle danse\u00a0 aussi, corps repli\u00e9 ou d\u00e9chain\u00e9 selon les moments. Laura (Sol\u00e8ne Arbel) joue tout en retenue, en silence, en h\u00e9sitations, presqu&rsquo;immobile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sort de l\u00e0 en quelque sorte rinc\u00e9 d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 tant de drames secrets, de d\u00e9calages et de troubles de la pr\u00e9sence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui d\u00e9cid\u00e9ment, dans \u00bb la M\u00e9nagerie de verre \u00bb, comme le disait Tennessee Williams, <em>\u00ab la m\u00e9moire se permet beaucoup de licences po\u00e9tiques \u00bb <\/em>et c\u2019est le charme de la pi\u00e8ce<em>. <\/em><\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie-Luce Fily-Kerever<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jeudi 14 avril 2016 Daniel Jeannetau a choisi de transformer les planches du th\u00e9\u00e2tre de la colline en un matelas g\u00e9ant. On n&rsquo;eut sans doute pas pu monter la M\u00e9nagerie de Verre de Tennessee William sans un tel d\u00e9cor. Les acteurs se seraient bris\u00e9s au moindre choc. En peu de mot, la m\u00e9nagerie de verre raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une m\u00e8re qui s&rsquo;occupe de ses enfants comme on s&rsquo;occuperait des derni\u00e8res pi\u00e8ces d&rsquo;une collection. Amanda Winsfield vit \u00e0 Saint-Louis, Missouri\u00a0 avec son fils : Tom, po\u00e8te travaillant dans une fabrique de chaussures, cin\u00e9phile pour fuir l&rsquo;ennui, et sa fille Laura, jeune fille touch\u00e9e par une myst\u00e9rieuse infirmit\u00e9 qui l&#8217;emp\u00eache de mener une vie normale. Hant\u00e9e, par le cort\u00e8ge fantasmagorique de ses \u00ab 17 galants de blue mountain \u00bb, pi\u00e8ces d&rsquo;une collections \u00e0 jamais disparue, cette m\u00e8re m\u00e8ne ses enfants au bonheur par la tyrannie, pour voir briller en eux les derniers reste d&rsquo;une jeunesse perdue ou r\u00eav\u00e9e. \u00ab Reste fra\u00eeche et jolie c&rsquo;est l&rsquo;heure o\u00f9 nos galants vont arriver \u00bb dit-elle \u00e0 sa fille, d&rsquo;un air hagard comme pour se reconna\u00eetre en elle.\u00a0 D\u00e9chir\u00e9e entre l&rsquo;attente fr\u00e9n\u00e9tique d&rsquo;un bonheur \u00e0 esp\u00e9rer pour ses enfants, et le besoin de voir en eux un avatar possible du sien propre, Amanda maintient Tom et Laura dans l&rsquo;Apathie de l&rsquo;\u00e9tat domestique, les choie comme ces animaux rares et pr\u00e9cieux que compte la collection de verre de sa fille. L&rsquo;espace sc\u00e9nique, qui figure le souvenir que garde Tom de ses derniers instants dans le logis maternel, appara\u00eet d&rsquo;ailleurs aux yeux du spectateur comme une cellule capitonn\u00e9e, une prison herm\u00e9tique o\u00f9 les pas des personnages se multiplient dans un bruit mat et assourdissant, o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9 interdit l&rsquo;acc\u00e8s au bonheur et \u00e0 son doux bris. Contre toute attente, lors de la visite inesp\u00e9r\u00e9e de son galant, Jim O&rsquo;connor, alors que son fr\u00e8re et sa m\u00e8re la jugent inapte \u00e0 envisager toute notion de changement, Laura s&rsquo;engage dans une danse virevoltante, et haletante avec son amour de jeunesse. Incarnation mouvante de l&rsquo;exp\u00e9rience, de l&rsquo;impr\u00e9vu cette folle chor\u00e9graphie entra\u00eene \u00e9videment la cassure d&rsquo;une des plus belles pi\u00e8ces de la collection de verre de cette jeune fille. Au comble du drame au sens strict du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;action, Laura accueille avec fatalisme la perte de ce joyau, et affirme avec un calme d&rsquo;une sagesse effrayante\u00a0 que la conservation de sa m\u00e9nagerie de verre ne fut jamais la protection d&rsquo;un spectacle immobile, mais bien la contemplation obstin\u00e9e d&rsquo;une vibration infime, d&rsquo;une blessure imminente. Ainsi, sublim\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne de Daniel Jeannetau, l&rsquo;\u00e9criture de Tennessie Willam laisse entendre dans un son cristallin que l&rsquo;acc\u00e8s au bonheur est promis \u00e0 ceux qui acceptent de vivre leur r\u00eave plut\u00f4t que de r\u00eaver leur vie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sylvio Cast<\/h6>\n<pre class=\"scene\" style=\"text-align: justify;\">Photo : Elisabeth Carecchio<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | En savoir plus \u00a0\u00ab Moi, je vous pr\u00e9sente la v\u00e9rit\u00e9 sous l\u2019apparence plaisante de l\u2019illusion. \u00bb nous dit le narrateur-personnage au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. 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