{"id":635,"date":"2011-02-05T20:00:40","date_gmt":"2011-02-05T19:00:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=635"},"modified":"2011-02-05T20:00:40","modified_gmt":"2011-02-05T19:00:40","slug":"caligula-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=635","title":{"rendered":"Caligula"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify\">Informations<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Auteur :<\/b> Albert Camus<br \/>\n<b> Artistes : <\/b> Bruno Putzulu, Gauthier Baillot, Claire H\u00e9l\u00e8ne Cahen, Cl\u00e9ment Carab\u00e9dian, Pascal Castelletta, Patrick d&rsquo;Assum\u00e7ao, Jean de Coninck, Maxime Mikolajczak, C\u00e9cile Paoli<br \/>\n<b> Metteur en sc\u00e8ne : <\/b> St\u00e9phane Olivi\u00e9-Bisson<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.athenee-theatre.com\/saison\/fiche_saison.cfm\/110190_saison_athenee_2011-2012.html#110817?CFID=7365194&amp;CFTOKEN=25599542\">En savoir plus.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Chroniques des \u00e9tudiants<\/h1>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">B\u00e9renger Hainaut<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsque l&rsquo;on \u00e9voque le nom d&rsquo;Albert Camus, on pense imm\u00e9diatement \u00e0 <em>L&rsquo;\u00c9tranger<\/em> ou bien \u00e0 <em>La Peste<\/em>, consacrant le romancier et d\u00e9laissant par l\u00e0 m\u00eame le dramaturge et philosophe qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9galement. Ainsi, son <em>Caligula<\/em> rel\u00e8ve de ces deux derni\u00e8res facettes \u00e0 la fois. Cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 remani\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises par l&rsquo;auteur et on en distingue surtout deux versions\u00a0: celle de 1944, influenc\u00e9e par la guerre et qui se charge d\u00e8s lors d&rsquo;une dimension relativement politique\u00a0; et celle de 1941, la \u00ab\u00a0version primitive\u00a0\u00bb du texte, plus r\u00e9cemment d\u00e9couverte, et plus \u00e2pre aussi. C&rsquo;est ce dernier texte que St\u00e9phane Olivi\u00e9-Bisson a choisi de mettre en sc\u00e8ne pour le spectacle qui nous \u00e9tait offert ce samedi 5 f\u00e9vrier, au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e Louis-Jouvet<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Caligula<\/em> nous pr\u00e9sente la vie de cet empereur de la Rome antique connu pour son go\u00fbt de la cruaut\u00e9 et du meurtre. Cependant, l&rsquo;objectif de Camus semble tout sauf historique et la s\u00e9rie d&rsquo;humiliations et de crimes auxquels nous assistons sert en fait une importante r\u00e9flexion sur l&rsquo;existence et le pouvoir. Pour porter ce texte sur les tr\u00e9teaux, Olivi\u00e9-Bisson utilise une mise en sc\u00e8ne relativement classique, d\u00e9posant ses personnages dans un palais dont les murs sont amovibles et pivotent pour produire les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces de la demeure imp\u00e9riale. Les d\u00e9cors servent le propos et permettent \u00e0 Bruno Putzulu de disposer d&rsquo;un \u00e9crin confortable pour son interpr\u00e9tation du personnage de Caligula. Car c&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 le principal\u00a0: comment incarner l&rsquo;autocrate et quel caract\u00e8re lui attribuer\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Loin de tomber dans le clich\u00e9 de la folie, Putzulu nous pr\u00e9sente un Caligula profond\u00e9ment humain et touchant, un Caligula qui souffre et cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 s&rsquo;extirper de cette absurdit\u00e9 de la vie exprim\u00e9e par Camus dans plusieurs de ses \u00e9crits au cours de cette p\u00e9riode. M\u00eame si la voie choisie par Caligula pour cela constitue \u00ab\u00a0la plus tragique des erreurs\u00a0\u00bb \u2013 comme le dira lui-m\u00eame l&rsquo;auteur\u00a0\u2013, il n&rsquo;en reste pas moins homme \u00e0 chaque instant, ce que comprennent \u00e0 la fois Cherea et Scipion, qui dira \u00e0 l&#8217;empereur au moment de lui faire ses adieux\u00a0: \u00ab\u00a0N&rsquo;oublie pas que je t&rsquo;ai aim\u00e9.\u00a0\u00bb Lors de cette sc\u00e8ne, qui intervient tandis que Caligula semble avoir atteint la limite de ce que le peuple pouvait supporter de sa part, Putzulu nous montre le doute chez l&#8217;empereur, qui saisit peut-\u00eatre soudain la port\u00e9e de son erreur face \u00e0 ce Scipion qui le comprend. Mais il est trop tard pour reculer et il ne reste plus pour l&rsquo;homme, entra\u00een\u00e9 par la voix h\u00e9sitante et \u00e9th\u00e9r\u00e9e de Putzulu, qu&rsquo;\u00e0 parachever son \u0153uvre funeste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Olivi\u00e9-Bisson insiste encore sur l&rsquo;humanit\u00e9 du personnage lorsqu&rsquo;il se permet de prolonger la pi\u00e8ce avec le projet d&rsquo;\u00e9pilogue que Camus avait formul\u00e9 dans ses <em>Carnets<\/em> : \u00ab\u00a0Non, Caligula n&rsquo;est pas mort. Il est l\u00e0, et l\u00e0. Il est en chacun de vous. Si le pouvoir vous \u00e9tait donn\u00e9, si vous aviez du c\u0153ur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se d\u00e9cha\u00eener, ce monstre ou cet ange que vous portez en vous. Notre \u00e9poque meurt d&rsquo;avoir cru aux valeurs et que les choses pouvaient \u00eatre belles et cesser d&rsquo;\u00eatre absurdes. Adieu, je rentre dans l&rsquo;histoire o\u00f9 me tiennent enferm\u00e9 depuis si longtemps ceux qui craignent de trop aimer.\u00a0\u00bb Si ce propos sert tout \u00e0 fait la compr\u00e9hension de la mise en sc\u00e8ne autant qu&rsquo;il la justifie, on regrette peut-\u00eatre malgr\u00e9 tout qu&rsquo;il s&rsquo;encha\u00eene avec peine \u00e0 la derni\u00e8re r\u00e9plique de l&rsquo;\u0153uvre et se fait r\u00e9ellement sentir comme une pi\u00e8ce rapport\u00e9e. Par ailleurs, si on est parfois g\u00ean\u00e9 par le jeu un peu in\u00e9gal des acteurs tenant les r\u00f4les secondaires, l&rsquo;ensemble t\u00e9moigne d&rsquo;une certaine justesse de ton et ce texte fort est plut\u00f4t bien port\u00e9 par l&rsquo;ensemble de la production. Au vu des r\u00e9actions de la salle et des \u00e9motions exprim\u00e9es \u00e0 la sortie, le public semble d&rsquo;ailleurs ne pas s&rsquo;y \u00eatre tromp\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u00e9onie Talbot<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">St\u00e9phane Olivi\u00e9-Bisson met ici en sc\u00e8ne <em>Caligula<\/em> d\u2019Albert Camus, Bruno Putzulu reprenant le r\u00f4le-titre, cr\u00e9\u00e9 en 1945 par G\u00e9rard Philipe. Durant pr\u00e8s de 2h30, dans la grande salle du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e, ce com\u00e9dien \u2013 accompagn\u00e9 de Gauthier Baillot, Claire H\u00e9l\u00e8ne Cahen, Cl\u00e9ment Carab\u00e9dian, Pascal Castelletta, Patrick d\u2019Assum\u00e7ao, Jean de Coninck, Maxime Mikolajczak et C\u00e9cile Paoli \u2013 fait ainsi revivre un \u00e9pisode de la vie de ce c\u00e9l\u00e8bre despote.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re version de la pi\u00e8ce de Camus \u2013 datant de 1941 \u2013 qu\u2019a choisi le metteur en sc\u00e8ne montre bien l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du personnage de Caligula, \u00e0 la fois tyran sanguinaire et id\u00e9aliste, fragilis\u00e9 par la mort pr\u00e9coce de sa s\u0153ur Drusilla qu\u2019il aime d\u2019un amour incestueux.<br \/>\nCaligula est un homme habit\u00e9 par ses contradictions : aussi bien fr\u00eale petit gar\u00e7on que dieu tout puissant, s\u2019accordant le pouvoir de vie ou de mort sur autrui. C\u2019est aussi un \u00e9ternel id\u00e9aliste qui cherche par le meurtre \u00e0 atteindre l\u2019absolu et qui d\u00e9sire l\u2019impossible, comme par exemple la lune&#8230; Mais, d\u00e9truisant les hommes, l\u2019empereur se d\u00e9truit \u00e9galement lui-m\u00eame, sombrant progressivement dans la folie, tout en gardant une certaine lucidit\u00e9 dans ses propos \u2013 d\u2019o\u00f9, encore une fois, toute l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du personnage \u2013 et acceptant finalement sa propre mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne propos\u00e9e par St\u00e9phane Olivi\u00e9-Bisson met particuli\u00e8rement en valeur les contradictions pr\u00e9sent\u00e9es par le personnage de Caligula \u2013 remarquablement interpr\u00e9t\u00e9 par Bruno Putzulu. Tout d\u2019abord enfant fuguant, pleurant, avan\u00e7ant avec lenteur et sans \u00e9nergie, suite au d\u00e9sespoir caus\u00e9 par la mort de sa s\u0153ur, Caligula, s\u2019il reste toujours un grand enfant, devient progressivement plus vif et, paradoxalement, plus vivant. Il en est de m\u00eame pour les autres personnages, en particulier Caesonia, ma\u00eetresse de Caligula \u2013 interpr\u00e9t\u00e9e par C\u00e9cile Paoli \u2013 qui brillent par l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de leurs sentiments et de leur comportement vis-\u00e0-vis de leur empereur. On regrettera n\u00e9anmoins dans cette mise en sc\u00e8ne les exc\u00e8s de caricatures du personnage de Caligula, parfois au bord de la bouffonnerie, provocant les rires des spectateur dans des moments pourtant particuli\u00e8rement tragiques. De plus, on pourra \u00e9mettre quelques r\u00e9serves quant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des premi\u00e8res sc\u00e8nes, quelque peu pesantes, donnant l\u2019impression que les com\u00e9diens \u2013 en particulier ceux interpr\u00e9tant les patriciens \u2013 ont du mal \u00e0<br \/>\ns\u2019installer dans leur r\u00f4le. Cette sensation est heureusement rapidement remplac\u00e9e \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du personnage de Caligula qui redonne \u00e0 la pi\u00e8ce toute son \u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00ealant aussi bien les \u00e9poques que les caract\u00e8res, le d\u00e9cor et les costumes soulignent \u00e9galement les oppositions et contradictions pr\u00e9sentent dans la pi\u00e8ce. \u00c9voluant dans un univers o\u00f9 il est tant\u00f4t enfant go\u00fbtant des friandises assis sur une chaise de petite taille et tant\u00f4t empereur d\u00e9ifi\u00e9 (se prenant un instant pour V\u00e9nus) tr\u00f4nant sur de vieux matelas superpos\u00e9s,<br \/>\nCaligula est ainsi ramen\u00e9 \u00e0 ses diff\u00e9rentes natures. Le plateau, vaste espace modulable \u00e0 volont\u00e9, a \u00e9galement les traits d\u2019une chambre d\u2019enfant d\u00e9mesur\u00e9e dans laquelle celui-ci pourrait aussi bien jouer aux marionnettes que r\u00eaver sur son lit. Les costumes, quant \u00e0 eux, nous prom\u00e8nent entre plusieurs \u00e9poques \u2013 les patriciens portant des vestes de costumes sur de longues robes \u2013 et plusieurs caract\u00e8res \u2013 entre la chemise de nuit blanche et sale du Caligula en deuil soulignant sa faiblesse et l\u2019habit flamboyant en rouge et or de l\u2019empereur tout puissant, anticipant peut-\u00eatre par sa teinte la fin tragique et mortelle de ce personnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019ensemble, la sc\u00e9nographie et les d\u00e9cors servent donc parfaitement une certaine interpr\u00e9tation du texte de Camus, particuli\u00e8rement mise en valeur par les com\u00e9diens, au premier rang desquels Bruno Putzulu, spectaculaire dans ce r\u00f4le. On d\u00e9plorera cependant certains choix de mise en sc\u00e8ne. Il n\u2019en demeure pas moins que ce spectacle est particuli\u00e8rement r\u00e9ussi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Informations Auteur : Albert Camus Artistes : Bruno Putzulu, Gauthier Baillot, Claire H\u00e9l\u00e8ne Cahen, Cl\u00e9ment Carab\u00e9dian, Pascal Castelletta, Patrick d&rsquo;Assum\u00e7ao, Jean de Coninck, Maxime Mikolajczak, C\u00e9cile Paoli Metteur en sc\u00e8ne : St\u00e9phane Olivi\u00e9-Bisson En savoir plus. 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