{"id":638,"date":"2011-03-03T20:00:33","date_gmt":"2011-03-03T19:00:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=638"},"modified":"2011-03-03T20:00:33","modified_gmt":"2011-03-03T19:00:33","slug":"hamlet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=638","title":{"rendered":"Hamlet"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify\">Informations<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>de\u00a0<\/strong>William\u00a0Shakespeare<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Adaptation\u00a0:<\/strong> Igor\u00a0Mendjisky et Romain\u00a0Cottard<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mise en sc\u00e8ne\u00a0:<\/strong> Igor\u00a0Mendjisky<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Assistant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne\u00a0:<\/strong> Cl\u00e9ment\u00a0Aubert<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Avec\u00a0:<\/strong> Cl\u00e9ment\u00a0Aubert, Romain\u00a0Cottard, Fanny\u00a0Deblock, James\u00a0Champel, Yves\u00a0Jego, Imer\u00a0Kutlolovci, Dominique\u00a0Massat, Arnaud\u00a0Pfeiffer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Costumes\u00a0:<\/strong> May\u00a0Katrem<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Lumi\u00e8res\u00a0:<\/strong> Thibault\u00a0Jouli\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Musique\u00a0:<\/strong> Hadrien\u00a0Bongue<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/lestroiscoups.fr\/hamlet-de-william-shakespeare-theatre-mouffetard-a-paris\/\">En savoir plus.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Chroniques des \u00e9tudiants<\/h1>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Anne Marti-Cavall\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est aujourd\u2019hui courant d\u2019assister \u00e0 une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s moderne et anti-conventionnelle des pi\u00e8ces du r\u00e9pertoire classique. Il semblerait que certains metteurs en sc\u00e8ne soient hant\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e\u00a0 de manquer d\u2019originalit\u00e9 et de ne proposer aucune perspective nouvelle \u00e0 une pi\u00e8ce jou\u00e9e et rejou\u00e9e depuis des si\u00e8cles. De cette fa\u00e7on, nous avons pu assister jeudi soir, au th\u00e9\u00e2tre Mouffetard, \u00e0 un exemple de pi\u00e8ce au parti pris r\u00e9solument moderne et provocateur, mais qui d\u00e9laisse un peu trop souvent le texte et le sens d\u2019origine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019embl\u00e9e, la mise en sc\u00e8ne de ce spectacle frappe par son dynamisme et sa modernit\u00e9 de facture\u00a0: de la musique techno lors de la f\u00eate c\u00e9l\u00e9brant le mariage de la m\u00e8re d\u2019Hamlet et de son oncle au bout de cinq minutes de repr\u00e9sentation. Les libert\u00e9s prises avec le texte sont l\u00e9gion\u00a0: des coupures dans les dialogues, une mise en sc\u00e8ne qui ne respecte pas la chronologie de la pi\u00e8ce, de nombreux ajouts\u2026 Que ceux qui souhaitent voir un <em>Hamlet<\/em> conforme \u00e0 la pi\u00e8ce d\u2019origine passent leur chemin. Cet Hamlet-l\u00e0 se veut r\u00e9solument accessible et grand public quitte \u00e0 souvent en faire trop\u00a0: un humour tapageur, une surench\u00e8re dans le grotesque pendant toute la premi\u00e8re moiti\u00e9 de la pi\u00e8ce, ce qui r\u00e9duit malheureusement la port\u00e9e du texte de Shakespeare et fait fatalement dispara\u00eetre les effets po\u00e9tiques de la pi\u00e8ce d\u2019origine. L\u2019humour,\u00a0 la modernit\u00e9, le go\u00fbt de la provocation, tout cela est int\u00e9ressant. Mais sans doute e\u00fbt-il mieux valu en faire un peu moins. Le principal d\u00e9faut du d\u00e9but de la pi\u00e8ce, c\u2019est de p\u00e9cher par son manque d\u2019ambition\u00a0: prendre un ton accrocheur et faire rire le public pour \u00eatre certain qu\u2019il ne s\u2019ennuie pas, c\u2019est un peu facile et plut\u00f4t frustrant pour les spectateurs amoureux du texte de Shakespeare. Surtout que celui-ci est suffisamment g\u00e9nial pour captiver \u00e0 lui seul le public d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la pi\u00e8ce. Il n\u2019\u00e9tait donc pas n\u00e9cessaire de prendre autant de partis pris grotesque et vulgaires qui tombent souvent \u00e0 plat.<br \/>\nMais la seconde moiti\u00e9 du spectacle rattrape largement la premi\u00e8re et se montre bien plus \u00e0 la hauteur de la pi\u00e8ce de Shakespeare\u00a0: une atmosph\u00e8re morbide, propre \u00e0 susciter les interrogations m\u00e9taphysiques, des personnages envahis par la souffrance et le doute\u2026 Tout est parfaitement mis en sc\u00e8ne sans que la pi\u00e8ce ne perde rien de son parti pris modernisant. Simplement, ces effets modernes sont bien mieux employ\u00e9s ici. Les d\u00e9cors sont \u00e9pur\u00e9s et la mise en sc\u00e8ne est imm\u00e9diatement lisible. L\u2019un des principaux points forts de ce spectacle est le com\u00e9dien qui interpr\u00e8te Hamlet (Romain Cottard) qui se montre parfaitement \u00e0 la hauteur du r\u00f4le\u00a0: magistral, il \u00e9crase plus ou moins compl\u00e8tement les autres com\u00e9diens.<br \/>\nFinalement on trouve le pire comme le meilleur dans ce spectacle dont les r\u00f4les sont tenus par une troupe de com\u00e9diens jeunes et qui n\u2019ont pas froid aux yeux. La pi\u00e8ce est in\u00e9gale, le sens profond du texte souvent r\u00e9duit ou oubli\u00e9, mais la deuxi\u00e8me heure de la pi\u00e8ce laisse la part belle \u00e0 la trag\u00e9die et aux questions existentielles, et les com\u00e9diens d\u2019abord franchement burlesques, se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre tout \u00e0 fait cr\u00e9dibles lorsqu\u2019ils sont enfin envahis par l\u2019angoisse et le doute. On peut juste d\u00e9plorer que cette tonalit\u00e9 tragique intervienne si tard dans l\u2019\u00e9conomie de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Claire Labouygues<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9\u00e9crire Shakespeare\u00a0? Voil\u00e0 un pari pour le moins audacieux, voire pr\u00e9somptueux\u00a0! Cela dit, la r\u00e9\u00e9criture est plut\u00f4t r\u00e9ussie et nous fait savourer les passages les plus marquants, en les conservant, tout en en all\u00e9geant d\u2019autres. N\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 faire des jeux de mots grivois, finalement assez respectueux de l\u2019esprit du texte original.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9cor\u00a0est r\u00e9duit, quelques chaises, un fauteuil. Au fond de la sc\u00e8ne, un simple mur sombre sur lequel le h\u00e9ros \u00e9crira \u00ab\u00a0To be or not to be\u00a0\u00bb pendant le c\u00e9l\u00e8bre monologue, comme pour marquer en arri\u00e8re fond, le dilemme existentiel auquel le jeune homme est confront\u00e9. Mise en \u00e9vidence que l\u2019enjeu majeur de la pi\u00e8ce est l\u00e0. \u00c9criture gigantesque et injonction invisible pour l\u2019entourage d\u2019Hamlet, qui ne pourra n\u00e9anmoins pas, ne pas tomber sous son joug. La tentative de donner un ton moderne \u00e0 la pi\u00e8ce de Shakespeare part d\u2019une bonne intention et est servi par quelques id\u00e9es originales, comme ce tag r\u00e9volt\u00e9 du jeune Hamlet. Cela dit, cette volont\u00e9 de modernisme tombe parfois dans l\u2019anachronisme. Le choix des musiques est parfois maladroit et passe mal. Certains mouvements d\u2019acteurs en groupe sur ces musiques contemporaines (notamment Marilyn Manson) paraissent d\u00e9nu\u00e9s de sens ou d\u2019esth\u00e9tique assum\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sence des acteurs sur sc\u00e8ne tout au long de la pi\u00e8ce, comme autant de spectres, est un parti pris int\u00e9ressant mais qui devrait \u00eatre d\u2019avantage pouss\u00e9, pour cr\u00e9er un effet efficace. Le rythme soutenu de la pi\u00e8ce \u00e9vite le spectacle de tomber dans l\u2019\u00e9cueil du dramatisme incongru. N\u00e9anmoins, on aimerait parfois souffler pour avoir le temps d\u2019\u00eatre touch\u00e9. La mise en sc\u00e8ne semble avoir voulu \u00e9viter de donner au texte sa place po\u00e9tique, pour gagner en efficacit\u00e9. Parti pris qui laissera peut-\u00eatre les amateurs d\u2019images sur leur faim. Si certains moments sont plus convaincants, le jeu des acteurs laisse parfois \u00e0 d\u00e9sirer. On regrette que le d\u00e9calage entre l\u2019\u00e2ge r\u00e9el des com\u00e9diens et celui des personnages soit aussi grand. Cela emp\u00eache leurs jeux d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement convaincant et donne un c\u00f4t\u00e9 amateur au spectacle. Romain Cottard a, par ailleurs, tout \u00e0 fait le physique du r\u00f4le. Claudius en rockeur sur le retour, sera un peu trop parodique au go\u00fbt de certains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9pit de la palette d\u2019\u00e9motion que le texte de Shakespeare offre aux interpr\u00e8tes, on regrette que le jeu d\u2019Hamlet \u00e9volue aussi peu pendant la pi\u00e8ce. Sa col\u00e8re contenue ne le d\u00e9vore pas assez. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de sa folie jou\u00e9e et qui le prend peu \u00e0 peu, pourrait \u00eatre d\u2019avantage exploit\u00e9e. Ici, on est face \u00e0 un Hamlet dont les \u00e9motions semblent manquer de ressenti, de tiraillement et de profondeur. Malgr\u00e9 tout, le plaisir des acteurs sur sc\u00e8ne est perceptible, l\u2019enthousiasme de leur jeu ne semble avoir besoin que de temps pour devenir excellent. Cela dit, certaines prestations et certains passages, notamment la sc\u00e8ne du fossoyeur, par le choix assum\u00e9 de l\u2019humour noir, sont d\u00e9j\u00e0 tout \u00e0 fait r\u00e9ussis.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Claire Robert<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s l&rsquo;ouverture, la pi\u00e8ce plonge le spectateur dans une ambiance d\u00e9cal\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;attente que celui-ci se forge \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une oeuvre de Shakespeare. En effet, le mariage de Claudius et de la m\u00e8re d&rsquo;Hamlet se c\u00e9l\u00e8bre au son d&rsquo;une musique moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne et le jeu des acteurs proposent des clins d&rsquo;oeil \u00e0 l&rsquo;aspect baroque de cette pi\u00e8ce. Le th\u00e8me du double,cher \u00e0 cette esth\u00e9tique se trouve tr\u00e8s justement d\u00e9velopp\u00e9 dans le jeu de l&rsquo;acteur interpr\u00e9tant Hamlet. Le tiraillement de ce personnage se donne \u00e0 voir dans toute sa splendeur. En elle-m\u00eame,cette pi\u00e8ce joue sur la mise en ab\u00eeme, le th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre (Hamlet faisant jouer par une troupe de com\u00e9diens l&#8217;empoisonnement de son p\u00e8re). La mise en sc\u00e8ne renforce cet aspect : les personnages \u00e0 plusieurs reprises franchissent l&rsquo;espace restreint de la sc\u00e8ne et se meuvent dans l&rsquo;espace r\u00e9serv\u00e9 au public. De plus, la mise en sc\u00e8ne contribue \u00e0 mimer l&rsquo;ambiance angoissante qui environne cette pi\u00e8ce. Ainsi, certains passages sont jou\u00e9s dans une obscurit\u00e9 presque totale. Les jeux de lumi\u00e8re, l&rsquo;agitation \u00a0des personnages qui courent au-del\u00e0 parfois de l&rsquo;espace sc\u00e9nique m\u00e8nent \u00e0 une sorte d&rsquo;\u00e9tourdissement, de paroxysme propre au baroque. La repr\u00e9sentation est \u00e9galement parvenue \u00e0 illustrer les moments les plus c\u00e9l\u00e8bres de la pi\u00e8ce en trouvant des astuces pour la rendre unique. Comment r\u00e9ussir en effet \u00e0 d\u00e9clamer la phrase la plus cit\u00e9e de cette oeuvre \u00ab\u00a0to be or not to be?\u00a0\u00bb . Il s&rsquo;agit en effet d&rsquo;un moment mythique que tout spectateur attend. Cette phrase cependant ne sera jamais prononc\u00e9e mais \u00e9crite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mort est omnipr\u00e9sente dans <em>Hamlet <\/em>. La pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre certes, sur des noces mais celles-ci ont lieu juste apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s du p\u00e8re d&rsquo;Hamlet, la pi\u00e8ce se cl\u00f4t sur la mort de La\u00ebrte , de la reine et d&rsquo;Hamlet mais elle est \u00e9galement parcourue par ce th\u00e8me (mort d&rsquo;Oph\u00e9lie et de son p\u00e8re, sc\u00e8ne des fossoyeurs dans un cimeti\u00e8re). Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une trag\u00e9die. Cependant \u00e0 l&rsquo;inverse des trag\u00e9dies fran\u00e7aises de l&rsquo;\u00e9poque classique, Shakespeare n&rsquo;exclut pas le comique. Ainsi cette pi\u00e8ce en int\u00e9grant des sc\u00e8nes comiques ne se s\u00e9pare pas de l&rsquo;humanit\u00e9 m\u00eame, le d\u00e9calage produit entre des sujets graves comme la mort et des sc\u00e8nes plus l\u00e9g\u00e8res r\u00e9v\u00e8le la profondeur de la pi\u00e8ce dans laquelle le baroque, la futilit\u00e9 de la vie sont exprim\u00e9s tout en conservant les traits humains des personnages caract\u00e9ris\u00e9s par le comique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Informations de\u00a0William\u00a0Shakespeare Adaptation\u00a0: Igor\u00a0Mendjisky et Romain\u00a0Cottard Mise en sc\u00e8ne\u00a0: Igor\u00a0Mendjisky Assistant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne\u00a0: Cl\u00e9ment\u00a0Aubert Avec\u00a0: Cl\u00e9ment\u00a0Aubert, Romain\u00a0Cottard, Fanny\u00a0Deblock, James\u00a0Champel, Yves\u00a0Jego, Imer\u00a0Kutlolovci, Dominique\u00a0Massat, Arnaud\u00a0Pfeiffer Costumes\u00a0: May\u00a0Katrem Lumi\u00e8res\u00a0: Thibault\u00a0Jouli\u00e9 Musique\u00a0: Hadrien\u00a0Bongue En savoir plus. 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