{"id":641,"date":"2011-03-07T20:00:36","date_gmt":"2011-03-07T19:00:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=641"},"modified":"2011-03-07T20:00:36","modified_gmt":"2011-03-07T19:00:36","slug":"victor-hugo-victor-schoelcher-correspondances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=641","title":{"rendered":"Victor Hugo &#8211; Victor Schoelcher, Correspondances"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify\">Informations<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>de<\/strong> Victor Hugo et Victor Schoelcher, <em>Correspondances<\/em>, et d&rsquo;autres textes po\u00e9tiques de Victor Hugo, <strong>\u00e0 <\/strong>l&rsquo;<strong>espace<\/strong> L\u00e9opold Bellan<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>mis en sc\u00e8ne<\/strong> par Robert Bensimon<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>avec<\/strong> Corine Th\u00e9zier Robert Bensimon et Claude Borneri<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.printempsdespoetes.com\/index.php?url=agenda\/fiche_eve.php&amp;cle=33276\">En savoir plus.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Chroniques des \u00e9tudiants<\/h1>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9tudiante M1, Lettres Fran\u00e7aises<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Con\u00e7u \u00e0 partir de <em>Victor Hugo, Victor Sch\u0153lcher Lettres<\/em>, livre de Jean et Sheila Gaudon, le spectacle de Robert Bensimon se d\u00e9roule dans l&rsquo;\u00e9l\u00e9gante salle style Louis XVI de L&rsquo;Espace L\u00e9opold Bellan. Se dressent devant nous, de chaque c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne, Victor Hugo, \u00e0 la tribune, et Victor Sch\u0153lcher tout de noir v\u00eatu, le col de sa veste serr\u00e9 autour du cou, \u00e0 l&rsquo;image de sa rigidit\u00e9 de convictions tant admir\u00e9e par Hugo. Construite intelligemment -les discours \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e de Hugo alternant avec des extraits de la correspondance entre ce dernier et Sch\u0153lcher, le tout agr\u00e9ment\u00e9 de po\u00e8mes issus des<em> Ch\u00e2timents<\/em> ou des <em>Contemplations-<\/em>, la pi\u00e8ce est harmonieusement agenc\u00e9e par la voix exalt\u00e9e de Corine Th\u00e9zier\u00a0 ponctuant la lecture de rep\u00e8res historiques et donnant tour \u00e0 tour la parole aux deux hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette repr\u00e9sentation retrace ainsi le combat long et acharn\u00e9 des deux Victor, tout entiers tourn\u00e9s vers le Droit, l&rsquo;abolition de la peine de mort, la libert\u00e9 de la presse, l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en France et dans le monde, l&rsquo;extinction du paup\u00e9risme, la d\u00e9mocratie et la R\u00e9publique, cette \u00ab\u00a0somme du labeur des g\u00e9n\u00e9rations, forme absolue supr\u00eame, n\u00e9cessaire du temps o\u00f9 nous vivons\u00a0\u00bb selon Hugo. Depuis le d\u00e9cret abolissant l&rsquo;esclavage en France en 1848-victoire de Sch\u0153lcher!- jusqu&rsquo;aux derni\u00e8res lettres \u00e9chang\u00e9es par les deux grands hommes en 1879, en passant par leur rencontre\u00a0 sur les barricades lors de l&rsquo;opposition au coup d&rsquo;Etat du 2 d\u00e9cembre 1852,\u00a0 et par l&rsquo;Empire, p\u00e9riode pendant laquelle ils deviennent des proscrits sans cesser la lutte, le spectacle \u00e9claire l&rsquo;engagement de Hugo et Sch\u0153lcher, li\u00e9s par une profonde et durable amiti\u00e9 nourrie du partage des m\u00eames id\u00e9aux. Habit\u00e9s par les personnages qu&rsquo;ils interpr\u00e8tent, Robert Bensimon et Claude Bornerie, suscitent chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, une vive \u00e9motion, laquelle \u00e9mane dans toute son intensit\u00e9 lors de la lecture de \u00ab\u00a0LExpiation\u00a0\u00bb, long po\u00e8me modulant la voix des trois com\u00e9diens, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s qu&rsquo;ils sont par la force des vers de Hugo. C&rsquo;est alors que de la retenue de Robert Bensimon jaillit une riche palette d&rsquo;inflexions vocales soutenue par une gestuelle appuy\u00e9e. V\u00e9ritable hymne \u00e0 l&rsquo;indignation, ce spectacle trouve une parfaite r\u00e9sonance \u00e0 notre \u00e9poque o\u00f9 le droit et la d\u00e9mocratie, sans cesse menac\u00e9s par l&rsquo;arbitraire et l&rsquo;iniquit\u00e9, appellent un \u00e9veil constant de notre part.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Ugo Le Gu\u00e9vel<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Quand on s\u2019appelle Victor, on est pouss\u00e9 \u00e0 ne jamais reculer\u00a0; quand deux Victor s\u2019associent, c\u2019est une marche inexorable qui s\u2019accomplit, sans compromis, jusqu\u2019au succ\u00e8s. En 1848, Hugo se prend d\u2019une admiration inn\u00e9e pour son double homonyme, Sch\u0153lcher, le d\u00e9put\u00e9 qui vient de mettre le dernier clou dans le cercueil de l\u2019esclavage. Commence alors entre les deux hommes une correspondance riche, faite de joies, de peines, de coups de gueule, mais toujours d\u2019admiration mutuelle, dans l\u2019exil comme dans la gloire. Pour Schoelcher, \u00ab\u00a0la r\u00e9signation est une vertu d\u2019invalide.\u00a0\u00bb C\u2019est cette relation que ce spectacle du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Impossible entend remettre au go\u00fbt du jour, autour d\u2019une s\u00e9rie de lectures anim\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On ne s\u2019\u00e9tonnera pas de me voir ici pr\u00eacher pour ma paroisse \u2013 \u00e9tant moi-m\u00eame affili\u00e9 au cercle sorbonnard de lecture \u00e0 haute voix, j\u2019ai pu juger de la qualit\u00e9 des interpr\u00e9tations faites durant toute la rencontre. Trois acteurs se relayent pour donner vie aux textes et aux lettres\u00a0: Corine Th\u00e9zier fait office de ch\u0153ur \u00ab\u00a0\u00e0 la grecque,\u00a0\u00bb pr\u00eatant sa voix aux journaux de l\u2019\u00e9poque, aux textes all\u00e9goriques, en quelque sorte \u00e0 l\u2019air du temps, tandis que Robert Bensimon (Sch\u0153lcher) donne la parole \u00e0 Claude Bornerie (Hugo). La ressemblance des interpr\u00e8tes \u00e0 leurs mod\u00e8les historiques est d\u2019ailleurs frappante\u00a0; elle ne fait qu\u2019accentuer le remarquable effort de mise en sc\u00e8ne effectu\u00e9 autour d\u2019un medium pourtant difficile. La lettre \u00e9tant par d\u00e9finition une \u00ab\u00a0conversation avec un absent,\u00a0\u00bb il n\u2019\u00e9tait pas ais\u00e9 d\u2019\u00e9viter une distance suppl\u00e9mentaire, creus\u00e9e par le jeu d\u2019acteur. Victor et Victor bougent, s\u2019\u00e9meuvent, se r\u00e9pondent du tac au tac gr\u00e2ce \u00e0 un corpus de textes choisi avec soin\u00a0; le spectacle n\u2019a pas un simple int\u00e9r\u00eat didactique, car c\u2019est avant tout l\u2019\u00e9motion et la particularit\u00e9 de cette relation qu\u2019on cherche \u00e0 restituer ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le mod\u00e8le \u00e9pistolaire prend plus tard tout son sens lorsque les deux hommes doivent, apr\u00e8s le coup d\u2019\u00e9tat de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, se forcer \u00e0 fuir. En Angleterre, leur correspondance refl\u00e8te le malaise\u00a0 de l\u2019exil\u00e9\u00a0: tout leur arrive \u00ab\u00a0en diff\u00e9r\u00e9,\u00a0\u00bb par ou\u00ef-dire, nouvelles et ragots, et pourtant, ils s\u2019imaginent que c\u2019est toute la France qui a \u00e9migr\u00e9 avec eux. Toujours plus las de voir la patrie sombrer dans la d\u00e9cadence du Second Empire, ils continuent \u00e0 s\u2019\u00e9crire malgr\u00e9 leur grande proximit\u00e9\u00a0: s\u00fbrement pour retrouver un semblant de communaut\u00e9 dans des vies vou\u00e9es \u00e0 des \u00ab\u00a0rapports\u00a0\u00bb sur un pays qui ne semble d\u00e9j\u00e0 plus \u00eatre le leur. Ce soutien mutuel leur devient vite une \u00e9vidence, un rituel indispensable. Victor serait-il rest\u00e9 Victor sans l\u2019aide de son alter-ego\u00a0? L\u2019Histoire ne le dit pas, mais on ne peut que s\u2019incliner devant la logique que la pi\u00e8ce brode autour de ces deux vies, qui se r\u00e9pondent tour \u00e0 tour comme dans un insaisissable jeu d\u2019\u00e9checs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en sc\u00e8ne minimaliste ne devra donc pas nous induire en erreur\u00a0: derri\u00e8re la relative nudit\u00e9 du d\u00e9cor se cachent des d\u00e9cisions discr\u00e8tes mais d\u00e9cisives. Avec quelques accessoires, une gestuelle soign\u00e9e et une utilisation originale de l\u2019espace sc\u00e9nique, les trois acteurs parviennent ainsi \u00e0 restituer le vacarme chaotique des d\u00e9bats de l\u2019Assembl\u00e9e, ou encore l\u2019angoisse des barricades lors du coup d\u2019\u00e9tat de 1851. Et un \u0153il attentif remarquera le rapprochement tr\u00e8s progressif des deux interpr\u00e8tes sur toute la dur\u00e9e de la pi\u00e8ce\u2026 Lors d\u2019envol\u00e9es plus lyriques, la lecture de po\u00e8mes et pamphlets autorise une plus surprenante libert\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: mention sp\u00e9ciale \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation \u00ab\u00a0animali\u00e8re,\u00a0\u00bb forte en onomatop\u00e9es, de certains passages des Ch\u00e2timents (dont la Gen\u00e8se occupe une partie importante du spectacle). Et, au fil des \u00e9crits, c\u2019est un quatri\u00e8me personnage qui se d\u00e9crit\u00a0: Napol\u00e9on Ier, la l\u00e9gende \u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb que Hugo et Sch\u0153lcher s\u2019accorderont \u00e0 tuer d\u00e9finitivement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une belle occasion, donc, de d\u00e9couvrir des facettes m\u00e9connues des grands hommes\u00a0; la correspondance rec\u00e8le quelques morceaux de bravoure. Pour faire sourire le spectateur, les acteurs ne se laissent pas de joie\u00a0: Hugo, avec ses emportements caract\u00e9ristiques, projette en 1851 de se faire naturaliser anglais si l\u2019Empire ne tombe pas avant dix ans. Quant \u00e0 Sch\u0153lcher, c\u2019est avec une suffisance s\u00e8che et vitriol\u00e9e qu\u2019il voue aux g\u00e9monies le reste des d\u00e9mocraties\u00a0: \u00ab\u00a0je me m\u00e9fie des Am\u00e9ricains, ce sont des Anglais avec des esclaves.\u00a0\u00bb Beaucoup de masques tombent durant cet \u00e9change, en particulier la figure de l\u2019Exil\u00e9, qu\u2019Hugo d\u00e9veloppe avec un soin d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 m\u00e9ticuleux pour construire sa l\u00e9gende \u2013 dans la r\u00e9alit\u00e9, Sch\u0153lcher n\u2019\u00e9tait que l\u2019un des nombreux amis et contacts sur lesquels il pouvait compter. Son \u00ab\u00a0plan m\u00e9diatique\u00a0\u00bb appara\u00eet avec une clart\u00e9 concert\u00e9e et r\u00e9fl\u00e9chie (\u00ab\u00a0j\u2019aime mieux 100 lecteurs \u00e0 Paris que 10\u00a0000 \u00e0 Londres\u00a0!\u00a0\u00bb), et Sch\u0153lcher l\u2019aide \u00e0 peser durablement dans les faits comme dans les esprits sur la sph\u00e8re politique fran\u00e7aise. A l\u2019engagement intellectuel et litt\u00e9raire se m\u00ealent les drames personnels, mais aussi des consid\u00e9rations plus terre-\u00e0-terre (d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par la politique, Sch\u0153lcher se plonge un temps dans la r\u00e9daction d\u2019une <em>Vie<\/em> d\u2019Haendel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est un spectacle diff\u00e9rent chaque soir\u00a0; la d\u00e9cision de ne pas m\u00e9moriser les textes, toujours en main, force les acteurs \u00e0 trouver une nouvelle intonation authentique \u00e0 leurs lectures, sur l\u2019instant. L\u2019effet en est rafra\u00eechissant\u00a0; qui plus est, il donne \u00e0 la pi\u00e8ce une \u00e9nergie tr\u00e8s vive, qui ne s\u2019\u00e9puise \u00e0 aucun moment. L\u2019impr\u00e9vu du \u00ab\u00a0direct\u00a0\u00bb \u00e9tait peut-\u00eatre, en effet, la meilleure mani\u00e8re de rem\u00e9dier au statut \u00ab\u00a0fig\u00e9\u00a0\u00bb li\u00e9 \u00e0 tout document \u00e9pistolaire. Aussi, c\u2019est avec une \u00e9motion vraie que l\u2019on applaudira les derniers mots de cette amiti\u00e9, que le spectacle attribue en 1870 \u00e0 Schoelcher\u00a0: \u00ab\u00a0je suis votre esclave.\u00a0\u00bb Victor et Victor voient leur engagement \u00e0 l\u2019aune de leurs propres vies\u00a0: ensemble, ils apprendront \u00e0 sourire de contentement lorsqu\u2019on qualifiera leurs opinions de \u00ab\u00a0querelles personnelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Informations de Victor Hugo et Victor Schoelcher, Correspondances, et d&rsquo;autres textes po\u00e9tiques de Victor Hugo, \u00e0 l&rsquo;espace L\u00e9opold Bellan mis en sc\u00e8ne par Robert Bensimon avec Corine Th\u00e9zier Robert Bensimon et Claude Borneri En savoir plus. Chroniques des \u00e9tudiants \u00c9tudiante M1, Lettres Fran\u00e7aises Con\u00e7u \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":642,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11,4],"tags":[],"class_list":["post-641","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-espace-leopold-bellan","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/641","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=641"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/641\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/642"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=641"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=641"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=641"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}