{"id":647,"date":"2011-03-15T20:00:15","date_gmt":"2011-03-15T19:00:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=647"},"modified":"2011-03-15T20:00:15","modified_gmt":"2011-03-15T19:00:15","slug":"les-grandes-personnes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=647","title":{"rendered":"Les grandes personnes"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify\">Informations<\/h1>\n<p class=\"auteur\" style=\"text-align: justify\"><strong><span class=\"light\">de<\/span> <\/strong>Marie NDiaye<\/p>\n<p class=\"scene\" style=\"text-align: justify\"><strong><span class=\"light\">mise en sc\u00e8ne<\/span><\/strong> Christophe Perton<\/p>\n<div class=\"generique-archives-complet\" style=\"text-align: justify\">\n<div class=\"view view-generique-liste view-id-generique_liste view-display-id-default view-dom-id-6d83203a7221a8d0e5483318cba5f6b2\">\n<div class=\"view-content\"><br class=\"field-content\" \/><\/p>\n<div class=\"views-row views-row-3 views-row-odd\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">sc\u00e9nographie<\/span> <\/span> <\/strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">Christian<\/span> <\/span> <span class=\"views-field views-field-field-generique-nom\"> <span class=\"field-content\">Fenouillat et Christophe Perton<\/span> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-4 views-row-even\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">cr\u00e9ation sonore<\/span> <\/span><\/strong> <span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">Fred<\/span> <\/span> <span class=\"views-field views-field-field-generique-nom\"> <span class=\"field-content\">B\u00fchl<\/span> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-5 views-row-odd\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">lumi\u00e8re<\/span> <\/span><\/strong> <span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">Kevin <\/span> <\/span> <span class=\"views-field views-field-field-generique-nom\"> <span class=\"field-content\">Briard<\/span> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-6 views-row-even\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">costumes<\/span> <\/span><\/strong> <span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">Sylvie<\/span> <\/span> <span class=\"views-field views-field-field-generique-nom\"> <span class=\"field-content\">Skinazi <\/span> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-7 views-row-odd\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">assistante \u00e0 la mise en sc\u00e8ne<\/span> <\/span><\/strong> <span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">Mirabelle <\/span> <\/span> <span class=\"views-field views-field-field-generique-nom\"> <span class=\"field-content\">Ordinaire<\/span> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-8 views-row-even\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">assistante sc\u00e9nographie<\/span> <\/span><\/strong> <span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">Catherine<\/span> <\/span> <span class=\"views-field views-field-field-generique-nom\"> <span class=\"field-content\"> Floriet<\/span> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-9 views-row-odd\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">r\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale<\/span> <\/span><\/strong> <span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">Stefan <\/span> <\/span> <span class=\"views-field views-field-field-generique-nom\"> <span class=\"field-content\">McKenzie<\/span> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-11 views-row-odd views-row-last\"><strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"> <span class=\"field-content\">avec<\/span> <\/span> <\/strong><span class=\"views-field views-field-field-generique-prenom\"> <span class=\"field-content\">St\u00e9phanie B\u00e9ghain, Christiane Cohendy, Roland Depauw, \u00c9velyne Didi, Adama Diop, Vincent Dissez, A\u00efssa Ma\u00efga, Jean-Pierre Malo <\/span><\/span><span class=\"views-field views-field-field-generique-fonction\"><strong><span class=\"field-content\">cr\u00e9ation<\/span><\/strong> <\/span><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-11 views-row-odd views-row-last\"><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-11 views-row-odd views-row-last\"><a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/les-grandes-personnes\">En savoir plus.<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Chroniques des \u00e9tudiants<\/h1>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Gustaf Marcus<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au th\u00e9\u00e2tre de la Colline passera jusqu\u2019au trois avril la pi\u00e8ce <em>Les Grandes personnes <\/em>de Marie NDiaye, auteur fran\u00e7ais d\u2019origine africaine qui vient d\u2019obtenir le prix Goncourt pour son roman <em>Trois femmes puissantes<\/em>. Dans <em>Les<\/em> <em>Grandes personnes<\/em>, comme dans le premier r\u00e9cit de <em>Trois femmes<\/em>, c\u2019est le r\u00f4le des parents et le lien qui unit les parents et les enfants qui sont en jeu. Eva et Rudi (jou\u00e9s par Christiane Cohendy et Roland Depauw) parlent dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne avec leurs amis Georges et Isabelle (Jean-Pierre Malo et Evelyne Didi) de leurs enfants. Au contraste tr\u00e8s marqu\u00e9 entre le couple riche et le couple pauvre s\u2019ajoute le contraste qui s\u00e9pare les parents fiers et les parents d\u00e9\u00e7us\u00a0: les enfants d\u2019Eva et Rudi se sont enfuis et ont ainsi d\u00e9jou\u00e9 les attentes des parents, tandis que Georges et Isabelle se vantent de leurs fils, le \u00ab\u00a0ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb. Mais les apparences sont trompeuses, une femme \u00e9trang\u00e8re (A\u00efssa Ma\u00efga) pr\u00e9tend que le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole a viol\u00e9 son fils. Cette accusation est mal re\u00e7ue par les habitants de la petite ville qui refusent d\u2019\u00e9couter l\u2019\u00e9trang\u00e8re. Quand la femme cherche l\u2019instituteur pour prendre la justice entre ses propres mains, celui-ci se transforme en un oiseau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Christophe Perton met bien en avant ce caract\u00e8re surr\u00e9aliste. Des sons et des bruits, comme le chant des oiseaux, se m\u00ealent au jeu des acteurs et cr\u00e9ent une ambiance de r\u00e9alisme magique. Ces effets soulignent en m\u00eame temps l\u2019importance de la nature qui entoure les personnages et qui d\u00e9termine obscur\u00e9ment leur comportement. C\u2019est comme si un p\u00e9ch\u00e9 originel, une fatalit\u00e9 se traduit dans la relation entre les parents et les enfants \u2013 le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole parle ainsi d\u2019un p\u00e9ch\u00e9 sans religion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme la sous-conversation chez Nathalie Sarraute, ces probl\u00e8mes souterrains peuvent seulement \u00eatre exprim\u00e9s entre les mots ou entre les clich\u00e9s exprim\u00e9s surtout par les parents. La pi\u00e8ce proc\u00e8de d\u2019une d\u00e9construction de ces images. C\u2019est l\u00e0 aussi une des qualit\u00e9s importantes de la pi\u00e8ce\u00a0: la com\u00e9die burlesque des conversations et des automatismes petit-bourgeois des parents. Le texte et la mise en sc\u00e8ne d\u00e9gourdit en quelque sorte ces clich\u00e9s et images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es pour en extraire une nouvelle vision artistique.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Aur\u00e9lien Monnet<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La nouvelle pi\u00e8ce de Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009 pour <em>Trois femmes puissantes<\/em>, qui s\u2019intitule<em> Les Grandes personnes<\/em>, est un tr\u00e8s beau texte. Marie Ndiaye nous prouve \u00e0 nouveau, \u00e0 supposer que certains aient encore des doutes, \u00e0 quel point son \u00e9criture peut \u00eatre \u00e9l\u00e9gante. L\u2019intrigue de la pi\u00e8ce tourne autour de deux familles\u00a0: deux couples qui se connaissent depuis plusieurs ann\u00e9es mais qui ont \u00e9volu\u00e9s dans des directions diff\u00e9rentes se trouvent au point de tirer un certain bilan de leur existence, bilan qui tourne essentiellement autour de leurs enfants. Rudi et Eva, qui sont parvenus, plus que Georges et Isabelle, \u00e0 se hisser dans l\u2019\u00e9chelle sociale, ont vu leurs enfants s\u2019enfuir\u00a0: leur fille d\u2019abord, suivie de leur fils adoptif. Ils n\u2019ont plus de nouvelles d\u2019eux depuis des ann\u00e9es, tandis que Georges et Isabelle re\u00e7oivent tous les soirs la visite de leur fils unique, le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, qui fait leur joie et leur fiert\u00e9. La pi\u00e8ce commence alors que la fille a\u00een\u00e9e de Rudi et Eva, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, r\u00e9appara\u00eet sous la forme d\u2019un fant\u00f4me chez ses parents et qu\u2019au m\u00eame moment, leur fils, qui partage son enveloppe corporelle avec l\u2019\u00e2me de ses deux g\u00e9niteurs, revient lui aussi. Le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, lui, s\u2019av\u00e8re n\u2019\u00eatre pas un aussi bon fils que le pensent ses parents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pi\u00e8ce tourne ainsi, c\u2019est chez Marie Ndiaye un th\u00e8me r\u00e9current, autour des rapports qui structurent une famille et de l\u2019opposition entre les enfants et les parents. Le titre \u00ab\u00a0les grandes personnes\u00a0\u00bb provient d\u2019une r\u00e9plique du ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole et laisse entrevoir l\u2019un des sens de la pi\u00e8ce dans le rapport binaire entre les enfants et les parents et la question de la responsabilit\u00e9 et des fonctions de ces deux \u00e9tats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On regrettera cependant une pr\u00e9sence du surnaturel pas toujours tr\u00e8s bien amen\u00e9e, ni tr\u00e8s int\u00e9ressante, surtout en ce qui concerne les enfants de Rudi et Eva. Le fant\u00f4me de la fille a\u00een\u00e9 et le fils adoptif poss\u00e9d\u00e9 par les \u00e2mes de ses parents biologiques sont au final des personnages qui apparaissent plus faiblement construits que les autres et l\u2019on a du mal \u00e0 voir dans ces manifestations du surnaturel autre chose qu\u2019un proc\u00e9d\u00e9 somme toute assez artificiel. D\u2019autant plus que la tr\u00e8s r\u00e9ussie impression de malaise et d\u2019\u00e9tranget\u00e9 de la pi\u00e8ce ne semble vraiment pas avoir besoin de cela pour fonctionner et se nourrirait plut\u00f4t de sc\u00e8nes diff\u00e9rentes et mieux rendues dans la mise en sc\u00e8ne (celle qui pr\u00e9sente le r\u00eave, pour le moins d\u00e9rangeant du ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole et qui pourrait l\u00e0 encore sembler artificielle est par exemple une vraie r\u00e9ussite).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, le texte est complexe aussi dans le ton employ\u00e9. Ceux qui prennent Marie Ndiaye pour un auteur excessivement s\u00e9rieux seront surpris de voir une pi\u00e8ce qui semble fonctionner aussi sur un comique noir et sur une opposition entre des personnages tragiques et d\u2019autres plus grotesque. L\u00e0 encore, Marie Ndiaye est un tr\u00e8s grand \u00e9crivain et <em>Les Grandes personnes<\/em>, plut\u00f4t que de souffrir de cette approche pour le moins risqu\u00e9e, sort renforc\u00e9 par la dose de subtilit\u00e9 et d\u2019ind\u00e9cision que l\u2019auteur lui insuffle. La mise en sc\u00e8ne de Christophe Perton est globalement une r\u00e9ussite et fait honneur au texte. Le jeu des acteurs, dans l\u2019ensemble plut\u00f4t bon, est affaibli par cette importance du surnaturel et les personnages les moins convaincants sont ainsi les deux enfants de Rudi et Eva. \u00c0 la d\u00e9charge des acteurs, il faut bien reconna\u00eetre que leurs r\u00f4les se trouvent en d\u00e9calage permanent avec le ton des autres personnages, sans que l\u2019on sache bien si c\u2019est un choix du metteur en sc\u00e8ne ou si c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment contenu dans le texte. En outre, les proc\u00e9d\u00e9s par lesquels est rendue la touche surnaturelle de la pi\u00e8ce (la d\u00e9marche discr\u00e8te et fantomatique de l\u2019a\u00een\u00e9e ou les moments pendant lesquels le fils est poss\u00e9d\u00e9) s\u2019av\u00e8rent peu convaincants et minent le jeu d\u2019acteur. Mention sp\u00e9ciale au ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, tr\u00e8s bon dans un r\u00f4le que l\u2019on imagine plut\u00f4t difficile \u00e0 jouer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019ensemble de la mise en sc\u00e8ne peut parfois \u00eatre un peu lourde, mais est en mesure de produire de tr\u00e8s belles sc\u00e8nes (en particulier celles entre le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole et la m\u00e8re d\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves), qui donnent l\u2019impression d\u2019\u00e9pouser parfaitement les intentions et le ton du texte. L\u2019\u00e9clairage, le travail sur l\u2019espace et les d\u00e9cors sont autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s r\u00e9ussis et gr\u00e2ce auxquels la pi\u00e8ce peut offrir cette esth\u00e9tique efficace. Un effet sp\u00e9cial peu courant au th\u00e9\u00e2tre, que l\u2019on ne d\u00e9voilera pas, est une vraie surprise qui vient renforcer l\u2019un des meilleurs mouvements de la pi\u00e8ce et donne une id\u00e9e des efforts d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019\u00e9quipe ayant travaill\u00e9 sur le spectacle.\u00a0 Bien que <em>Les grandes Personnes<\/em> ne soit pas exempt de d\u00e9fauts, le tr\u00e8s beau texte de Marie Ndiaye, port\u00e9 par une mise en sc\u00e8ne globalement tr\u00e8s r\u00e9ussie de Christophe Portier, est une vraie r\u00e9jouissance. Subtil, inqui\u00e9tant, abordant des th\u00e8mes aussi vari\u00e9s que l\u2019extran\u00e9it\u00e9, l\u2019\u00e9loignement et les rapports qui structurent une famille, c\u2019est un tr\u00e8s beau spectacle auquel il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019assister et que l\u2019on ne peut que recommander.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Laurie Moor<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis all\u00e9e avec plaisir, voir cette pi\u00e8ce de Marie Ndiaye, <em>Les Grandes Personnes<\/em> le mardi\u00a0 15 mars. Tout d&rsquo;abord bravo et merci au service culturel de la Sorbonne de permettre \u00e0 tous les \u00e9tudiants d&rsquo;assister \u00e0 diverses manifestations culturelles, et ce, gratuitement. Ce service reste cependant pour l&rsquo;instant peut \u00eatre trop m\u00e9connu en Sorbonne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous sommes donc arriv\u00e9es au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline en temps et en heure. Nous avons eu l&#8217;embarras du choix, le rideau lev\u00e9, de changer de place pour en gagner une plus centrale. C&rsquo;est alors que s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la mise en sc\u00e8ne proprette de Christophe Perton. Harmonie parfaite de couleurs et de mati\u00e8res. Moderne et lisse; une ambiance de publicit\u00e9 <em>Ikea<\/em>. Pour les costumes, m\u00eame sensation: rien ne g\u00eane et c&rsquo;est tant mieux pour nos fragiles prunelles de consommateurs d&rsquo;images. Les com\u00e9diens align\u00e9s pour le salut sont parfaitement assortis. Un \u00e9l\u00e9ment fascinant tient en revanche le regard toute la pi\u00e8ce durant et lui conf\u00e8re cet esprit africain (pr\u00e9sent dans les \u0153uvres de Marie Ndiaye, par exemple dans le tr\u00e8s r\u00e9ussi <em>White Material<\/em>) : des oiseaux ou chauves-souris pendent du plafond et cr\u00e9ent une atmosph\u00e8re fantomatique et myst\u00e9rieuse, renforc\u00e9e par des \u00e9clairages jaunes-orang\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les personnages entrent en sc\u00e8ne. Nous sommes dans une ambiance bien occidentale. Consommation \u00e0 outrance, primat du para\u00eetre. Une soci\u00e9t\u00e9 rong\u00e9e par ses propres mensonges. L&rsquo;histoire est simple: deux couples amis de longue date et leurs complexes relations de famille. Le couple le plus riche fut d\u00e9laiss\u00e9 par ses enfants; ils sont de retour et tentent de faire taire leurs d\u00e9mons. La fille a tent\u00e9 d&rsquo;\u00eatre libre pendant toutes ces ann\u00e9es de s\u00e9paration pour faire payer ses parents d&rsquo;un crime d&rsquo;elle-m\u00eame ignor\u00e9. Cette libert\u00e9 lui prodigua tristesse, culpabilit\u00e9, outrance: drogues, rue, mis\u00e8re. Le gar\u00e7on, adopt\u00e9, est hant\u00e9 par ses parents africains. Ils vivent et parlent par sa bouche. Il se trouve perplexe face \u00e0 l&rsquo;agressivit\u00e9 de ses propres propos tourn\u00e9s vers ses parents adoptifs. Ces derniers n&rsquo;y entendent rien: tant que leurs enfants les aiment, c&rsquo;est le principal. Ici le narcissisme et les valeurs vid\u00e9es de leur contenu r\u00e8gnent en ma\u00eetres. L&rsquo;autre couple d&rsquo;amis est prol\u00e9taire. Il semble \u00e0 premi\u00e8re vue que tout est dit et hurl\u00e9 dans un grand franc parler, que tout est pour le mieux. Or, eux aussi ont un fils: \u00ab\u00a0le ma\u00eetre\u00a0\u00bb. D&rsquo;\u00e9cole, bien s\u00fbr. On apprend en fait bien plus tard qu&rsquo;il viole les enfants auxquels il fait classe. A\u00efssa Ma\u00efga joue alors le r\u00f4le d&rsquo;une m\u00e8re en r\u00e9volte contre un village o\u00f9 \u00ab\u00a0le ma\u00eetre\u00a0\u00bb a tous les droits&#8230;tant que des mots ne sont pas pos\u00e9s sur la situation.<em> Les Grandes Personnes<\/em> est une r\u00e9flexion men\u00e9e sur les mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tant que la fille de retour sous l&rsquo;escalier (clich\u00e9 absolu de la repr\u00e9sentation du fant\u00f4me) n&rsquo;est pas d\u00e9sign\u00e9e \u00ab\u00a0morte\u00a0\u00bb, elle ne l&rsquo;est ni pour elle ni pour les autres, bien que la chose soit \u00e9vidente pour tout le monde, spectateurs inclus.\u00a0 Tant que le ma\u00eetre n&rsquo;est pas d\u00e9nonc\u00e9, ses actes sont un miasme informe en douce apesanteur au-dessus du village. Lorsqu&rsquo;A\u00efssa Ma\u00efga met en mots la souffrance de son fils, elle est d\u00e9sign\u00e9e coupable de l&rsquo;\u00e9clatement du scandale. Tout le monde savait, nous dit-on, mais personne ne le disait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;impact des mots appara\u00eet faible pourtant. Les parents du ma\u00eetre lui posent des questions sur la contenance de son sperme, sa couleur et son odeur, alors que lui r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;ignominie. \u00ab\u00a0Le ma\u00eetre\u00a0\u00bb est un enfant attard\u00e9, ce qui remet en question cette d\u00e9signation. Et, plus que tout, deux phrases criantes de vulgarit\u00e9 et de violence sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 outrance dans la pi\u00e8ce. A dessein l&rsquo;on esp\u00e8re, car les mots crus, triviaux, brutaux, perdent toute signification et r\u00e9sonance sentimentale dans l&rsquo;esprit du spectateur. Ils ne servent \u00e0 rien, sont vides de signification, ne sont porteurs d&rsquo;aucune \u00e9motion si violents soient-ils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Les Grandes Personnes <\/em>de Marie Ndiaye est une belle tentative th\u00e9\u00e2trale. On ressent, en toile de fond, une r\u00e9flexion sur les clivages sociaux et sur le profond malaise qu&rsquo;ils engendrent, mais aussi sur le foss\u00e9 entre Afrique et Occident, comparable \u00e0 une schizophr\u00e9nie g\u00e9n\u00e9rale. Ces r\u00e9flexions ne s&rsquo;\u00e9loignent malheureusement pas des clich\u00e9s. Tout est dit ou presque: certaines surprises vous attendent mais l&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale reste tout de m\u00eame celle d&rsquo;une pi\u00e8ce trop simple o\u00f9 aucune place n&rsquo;est laiss\u00e9e au myst\u00e8re.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Claire Savina<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Christophe Perton conna\u00eet Marie NDiaye, la conna\u00eet bien, et le beau texte est donn\u00e9 \u00e0 voir, respect\u00e9, incarn\u00e9 sur la sc\u00e8ne par des acteurs inspir\u00e9s et investis. La mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s juste, fid\u00e8le au texte qu&rsquo;elle admire, dans un d\u00e9cor sobre et sombre. Parents aveugles, sourds, \u00e9go\u00efstes et menteurs qui font des erreurs, enfants bris\u00e9es et g\u00e9n\u00e9rations qui se croisent et se retrouvent dans ce qui semble \u00eatre un petit village, o\u00f9 les histoires de familles tournent autour de la petite \u00e9cole, o\u00f9 le fils des uns, camarade des autres, est devenu le professeur. Un professeur double, et trouble, irr\u00e9sistiblement d\u00e9rangeant. Une m\u00e8re meurtrie dans sa chair, celle qui est \u00e9trang\u00e8re, \u00e9trang\u00e8re au village, \u00e9trang\u00e8re aux codes qui r\u00e9gissent le village : A\u00efssa Ma\u00efga qu&rsquo;on red\u00e9couvre. Pas de fausse note, donc, pour cette belle pi\u00e8ce, qui reste pourtant trop classique et ne r\u00e9serve malheureusement aucune surprise \u00e0 qui avait lu <em>les Grandes Personnes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Informations de Marie NDiaye mise en sc\u00e8ne Christophe Perton sc\u00e9nographie Christian Fenouillat et Christophe Perton cr\u00e9ation sonore Fred B\u00fchl lumi\u00e8re Kevin Briard costumes Sylvie Skinazi assistante \u00e0 la mise en sc\u00e8ne Mirabelle Ordinaire assistante sc\u00e9nographie Catherine Floriet r\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale Stefan McKenzie avec St\u00e9phanie B\u00e9ghain, Christiane [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":648,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,7],"tags":[],"class_list":["post-647","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-national-de-chaillot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/647","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=647"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/647\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/648"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=647"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=647"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=647"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}