{"id":656,"date":"2011-04-01T20:00:51","date_gmt":"2011-04-01T18:00:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=656"},"modified":"2011-04-01T20:00:51","modified_gmt":"2011-04-01T18:00:51","slug":"don-juan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=656","title":{"rendered":"Don Juan"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify\">Informations<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><span class=\"size13\">Texte : <\/span><\/strong><span class=\"size13\">Tirso De Molina<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mise en sc\u00e8ne :<\/strong> Christian Schiaretti<\/p>\n<div class=\"generique-archives-complet\" style=\"text-align: justify\">\n<div class=\"view view-generique-liste view-id-generique_liste view-display-id-default view-dom-id-6d83203a7221a8d0e5483318cba5f6b2\">\n<div class=\"view-content\">\n<div class=\"views-row views-row-11 views-row-odd views-row-last\"><strong>Sc\u00e9nographie &amp; lumi\u00e8re : <\/strong>\u00c9ric Soyer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Conseiller litt\u00e9raire :<\/strong> G\u00e9rald Garutti<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Sc\u00e9nographie :<\/strong> Renaud de Fontainieu<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Lumi\u00e8re :<\/strong> Julia Grand<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Son :<\/strong> Laurent Dureux<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Coiffures, maquillage :<\/strong> Claire Cohen<\/p>\n<p><strong>Avec : <\/strong>Laurence Besson*, Olivier Borle*, Jeanne Brouaye*, Julien Gauthier*, Damien Gouy*, Cl\u00e9ment Morini\u00e8re*, J\u00e9r\u00f4me Quintard*, Julien Tiphaine*, Cl\u00e9mentine Verdier*<\/p>\n<p>* Com\u00e9diens de la Troupe du TNP<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<\/div>\n<div class=\"views-row views-row-11 views-row-odd views-row-last\"><a href=\"http:\/\/www.nanterre-amandiers.com\/2010-2011\/don-juan\/\">En savoir plus.<\/a><\/div>\n<div class=\"views-row views-row-11 views-row-odd views-row-last\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Chroniques des \u00e9tudiants<\/h1>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Hugues Le Noan<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation de ce vendredi premier avril n&rsquo;est autre que celle de la c\u00e9l\u00e8bre trag\u00e9die de Tirso de Molina, <em>Don Juan<\/em>, alias El Burlador de Sevilla y Convivado de Piedra (Le Trompeur de S\u00e9ville et le Convive de Pierre), donn\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre des Amandiers de Nanterre par la troupe du TNP (Th\u00e9\u00e2tre National Populaire) de Villeurbanne. Cette pi\u00e8ce, s&rsquo;il n&rsquo;est pas besoin de la pr\u00e9senter en d\u00e9tail, est\u00a0 &#8211; rappelons-le \u2013 l&rsquo;un des chefs d\u2019\u0153uvre du Grand Si\u00e8cle espagnol : publi\u00e9e et jou\u00e9e en 1630, elle est l&rsquo;acte fondateur du mythe de Don Juan, le s\u00e9ducteur libertin, type-m\u00eame du \u00ab grand seigneur m\u00e9chant homme \u00bb dont la vie,\u00a0 marqu\u00e9e par la d\u00e9bauche, la tromperie et d&rsquo;impi\u00e9t\u00e9, s&rsquo;ab\u00eeme finalement dans les flammes de l&rsquo;enfer gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intervention de la statue du Commandeur venu de l&rsquo;au-del\u00e0 pour r\u00e9tablir la justice divine. La mise en sc\u00e8ne est sign\u00e9e Christian Schiaretti, et parmi les acteurs principaux de la pi\u00e8ce, on peut noter la pr\u00e9sence de Laurence Besson, Jeanne Brouaye et bien-s\u00fbr de Julien Tiphaine, impeccable dans le r\u00f4le de l&rsquo;h\u00e9doniste blasph\u00e9mateur et imp\u00e9nitent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est difficile, pour rentrer dans le vif du sujet, de citer une quelque trait inattendu dans cette mise en sc\u00e8ne qui prend le parti de la fid\u00e9lit\u00e9 au texte originel et \u00e0 son esprit, dans un style refusant le double \u00e9cueil du d\u00e9pouillement minimaliste et de l&rsquo;extravagance conceptuelle de certaines adaptations contemporaines, au profit de ce qu&rsquo;on pourrait appeler une esth\u00e9tique r\u00e9solument baroque, au sens originel et non d\u00e9voy\u00e9 du mot.\u00a0 C&rsquo;est ainsi que, conform\u00e9ment au cadre de l&rsquo;action, qui se d\u00e9roule au XVII\u00e8 si\u00e8cle dans le palais du roi de Naples ainsi qu&rsquo;\u00e0 la cour de S\u00e9ville (sans oublier les interludes \u00ab champ\u00eatres \u00bb au cours desquels le protagoniste s\u00e9duit la p\u00eacheuse Thisb\u00e9 et la paysanne Aminte), la mise en sc\u00e8ne mise sur l&rsquo;authenticit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9cor<br \/>\n\u00ab r\u00e9aliste \u00bb, compos\u00e9 d&rsquo;accessoires assortis \u00e0 la tenue des personnages que l&rsquo;on croirait tout droits sortis d&rsquo;une reconstitution historique, voire, comme le dit le critique du Journal du Dimanche Jean-Luc Bertet, d&rsquo;un \u00ab film de cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e \u00bb (on pense aux gardes du roi d&rsquo;Espagne, dont le r\u00f4le dans la pi\u00e8ce est bien entendu mineur, mais qui contribuent admirablement \u00e0 sugg\u00e9rer l&rsquo;atmosph\u00e8re sombre et inqui\u00e9tante de la trag\u00e9die). On peut en outre noter la dimension \u00ab synesth\u00e9sique \u00bb de la mise en sc\u00e8ne (tous les sens sont mis \u00e0 l&rsquo;honneur, y compris l&rsquo;odorat, par l&rsquo;odeur de la fum\u00e9e au dernier acte, ainsi que le touch\u00e9, par la chaleur du braiser infernal engloutissant Don Juan&#8230;) et en particulier le soin apport\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re : par la lumi\u00e8re des vitraux de l&rsquo;\u00e9glise o\u00f9 repose la statue du Commandeur \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, projet\u00e9e sur la sc\u00e8ne et lui conf\u00e9rant toute son intensit\u00e9 m\u00e9taphysique, par la lueur vacillante des chandelles \u00e9clairant le lugubre d\u00eener du Burlador et de don Gonzalo (le Commandeur), et m\u00eame le feu qui d\u00e9vore la cahutte de Thisb\u00e9, la p\u00eacheuse tromp\u00e9e. Le feu fait ainsi partie des \u00e9l\u00e9ments rythmant la progression de l&rsquo;action, comme s&rsquo;il \u00e9tait la manifestation d&rsquo;une ironie tragique annon\u00e7ant l&rsquo;in\u00e9vitable damnation de don Juan, outre la fonction qu&rsquo;il remplit de plonger l&rsquo;action et les personnages dans une atmosph\u00e8re inqui\u00e9tante, voire m\u00eame d&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9pit de cette fid\u00e9lit\u00e9, libre mais m\u00e9ticuleuse, au contexte historique et id\u00e9ologique de la cr\u00e9ation de la pi\u00e8ce, on peut toutefois relever quelques prises de libert\u00e9 vis-\u00e0-vis du texte de Tirso de Molina. Tout d&rsquo;abord, les cris de luxure des femmes s\u00e9duites par Don Juan, dont ceux de Do\u00f1a Ana au d\u00e9but de la repr\u00e9sentation produisent un effet de d\u00e9calage lui-m\u00eame repr\u00e9sentatif du parti pris d&rsquo;instiller une (certes discr\u00e8te) dose de comique \u00e0 la trag\u00e9die (on pense \u00e9galement au moment o\u00f9 le Trompeur de S\u00e9ville s&rsquo;improvise chef de chorale lors du chant nuptial des paysans Aminte et Batricio, jeu plein d&rsquo;ironie qui annonce (ou s&rsquo;inspire ?) du Don Juan de Christian Dietrich Grabbe (Don Juan et Faust, 1829)). Mais ce faisant, le r\u00e9alisateur ne fait que d\u00e9velopper des potentialit\u00e9s d\u00e9j\u00e0 contenues en germe dans la version originale, qui pr\u00e9sente notamment un Cathelinon l\u00e2che et gouailleur. Plus os\u00e9e, et peut-\u00eatre aussi plus contestable, appara\u00eet la sc\u00e8ne de la mort de Don Juan, seul moment de la<br \/>\npi\u00e8ce o\u00f9 le r\u00e9alisateur prend d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ses distances avec le texte de la trag\u00e9die : alors que dans celle-ci, le protagoniste est pr\u00e9cipit\u00e9 en Enfer par la seule force de la noirceur et du ch\u00e2timent de Dieu et de son envoy\u00e9, le Commandeur (\u00ab Le s\u00e9pulcre s&rsquo;enfonce avec fracas, engloutissant Don Juan et Don Gonzalo \u00bb), Christian Schiaretti pr\u00e9f\u00e8re le livrer inanim\u00e9 \u00e0 d&rsquo;\u00e9tranges personnages muets, sortes d&rsquo;inquisiteurs cagoul\u00e9s qui le pr\u00e9cipitent eux-m\u00eame dans le s\u00e9pulcre avant d&rsquo;y mettre le feu \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un bidon d&rsquo;essence (!). Le c\u00f4t\u00e9 \u00ab grand spectacle \u00bb y gagne peut-\u00eatre, mais l&rsquo;irr\u00e9ductible dimension m\u00e9taphysique de la trag\u00e9die se trouve par la-m\u00eame remise en question ou du moins att\u00e9nu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En conclusion, ce <em>Don Juan<\/em> est bel et bien une adaptation brillante et r\u00e9ussie, qui ne sacrifie \u00e0 la lettre du texte original que ce qui permet d&rsquo;en faire ressortir l&rsquo;esprit, exception faite de l&rsquo;exception que nous venons de mentionner. Il se caract\u00e9rise \u00e9galement par son dynamisme et son caract\u00e8re vivant et enjou\u00e9, mettant en valeurs les attributs de s\u00e9ducteur et de jouisseur du personnage \u00e9ponyme, sans tomber dans le clich\u00e9 ni la connivence : la mise en sc\u00e8ne, et particuli\u00e8rement les effets d&rsquo;ombre et de lumi\u00e8re r\u00e9v\u00e8lent de fa\u00e7on tr\u00e8s convaincante la noirceur de l&rsquo;\u00e2me de Don Juan, qui est\u00a0 &#8211; rappelons-le \u2013 rien moins qu&rsquo;un sympathique \u00e9picurien. La po\u00e9sie de l&rsquo;ensemble n&rsquo;en est que mieux respect\u00e9e, et m\u00eame les \u00e9v\u00e9nements \u00ab secondaires \u00bb du point de vue de l&rsquo;intrigue principale ne sont pas distingu\u00e9s : on pense par exemple \u00e0 la description de la ville de Lisbonne au roi d&rsquo;Espagne par Don Gonzalo). Ceci explique la relative longueur de la repr\u00e9sentation (environ 2h40), mais le r\u00e9sultat vaut le d\u00e9tour, tant le r\u00e9alisateur et la troupe de com\u00e9diens \u2013 tous excellents dans leur r\u00f4le \u2013 ont su exploiter la richesse et la beaut\u00e9 de cette pi\u00e8ce canonique mais toujours aussi myst\u00e9rieuse pr\u00e8s de quatre si\u00e8cles apr\u00e8s sa parution.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Informations Texte : Tirso De Molina Mise en sc\u00e8ne : Christian Schiaretti Sc\u00e9nographie &amp; lumi\u00e8re : \u00c9ric Soyer Conseiller litt\u00e9raire : G\u00e9rald Garutti Sc\u00e9nographie : Renaud de Fontainieu Lumi\u00e8re : Julia Grand Son : Laurent Dureux Coiffures, maquillage : Claire Cohen Avec : Laurence Besson*, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":657,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,17],"tags":[],"class_list":["post-656","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-nanterre-amandiers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/656","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=656"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/656\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/657"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=656"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=656"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=656"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}