{"id":659,"date":"2011-05-04T20:00:34","date_gmt":"2011-05-04T18:00:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=659"},"modified":"2011-05-04T20:00:34","modified_gmt":"2011-05-04T18:00:34","slug":"solitude-nombres-premiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=659","title":{"rendered":"La solitude des nombres premiers"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify\">Informations<\/h1>\n<div class=\"meta-body-item\" style=\"text-align: justify\"><span class=\"light\"><strong>De :<\/strong>\u00a0<\/span>Saverio Costanzo<\/div>\n<div class=\"meta-body-item\" style=\"text-align: justify\"><strong>D&rsquo;apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre de :<\/strong> Paolo Giordano<\/div>\n<div class=\"meta-body-item\" style=\"text-align: justify\">\n<div class=\"meta-body-item\"><span class=\"light\"><strong>Sc\u00e9nariste :<\/strong> Paolo Giordano<br \/>\n<\/span><\/div>\n<div class=\"meta-body-item\"><strong>Compositeur :<\/strong> Mike Patton<\/div>\n<div class=\"meta-body-item with\"><strong><span class=\"light\">Avec :<\/span><\/strong> Alba Rohrwacher, Luca Marinelli, Martina Albano, Isabella Rossellini &#8230;<\/div>\n<div class=\"meta-body-item\"><strong><span class=\"light\">Genre :<\/span> <\/strong>Drame<\/div>\n<div class=\"meta-body-item\"><strong><span class=\"light\">Nationalit\u00e9s :<\/span> <\/strong> Fran\u00e7ais, Italien, Allemand<\/div>\n<p><strong>Sortie :<\/strong> le 4 mai 2011<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.allocine.fr\/film\/fichefilm_gen_cfilm=180924.html\">En savoir plus.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Chroniques des \u00e9tudiants<\/h1>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Eric Debacq<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur ses choix pour adapter au cin\u00e9ma le best-seller \u00e9ponyme de Paolo Giordano, le r\u00e9alisateur de La Solitude des nombres premiers, Saverio Costanzo, avait d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab\u00a0cette histoire tellement connue devait donner lieu \u00e0 une exp\u00e9rience diff\u00e9rente\u00a0\u00bb. Une mani\u00e8re de dire qu&rsquo;il ne voulait pas faire une \u00a0adaptation cin\u00e9matographique fid\u00e8le au roman, mais plut\u00f4t une cr\u00e9ation filmique originale affranchie du livre dont elle est tir\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, ce parti pris du r\u00e9alisateur ne fonctionne \u00e0 aucun moment. Le cin\u00e9aste choisit une narration explos\u00e9e qui jongle avec les quatre \u00e9poques de la vie de Mattia et Alice, en 1984, 1991, 1998 et 2007. Cette narration permet d\u2019expliquer les traumatismes des deux personnages principaux au fur et \u00e0 mesure de leur difficile rapprochement. On d\u00e9couvre ainsi la vie d\u2018Alice en m\u00eame temps que Mattia et on d\u00e9couvre la vie de Mattia en m\u00eame temps qu\u2018Alice. Voil\u00e0 pour le bon point. Pour le mauvais, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 dire que, d\u00e8s le d\u00e9but, on ne se prend pas au jeu d\u2019un cin\u00e9aste qui ballote continuellement le spectateur dans le temps, le faisant passer de 1984 \u00e0 1998, puis, quelques minutes plus tard, de 1998 \u00e0 1984, puis, quelques secondes plus tard de 1984 \u00e0 1991, etc. Cette narration en zapping acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 \u00a0ne laisse pas de place aux acteurs, \u00e0 peine s\u2019est-on habitu\u00e9 \u00e0 eux que l\u2019on passe \u00e0 d\u2019autres. Sans compter que ces acteurs peinent \u00e0 se faire entendre sous l\u2019\u00e9paisse couche de musique. Car c\u2019est une subtile affaire : la musique aide le spectateur \u00e0 bien comprendre \u00e0 quelle \u00e9poque se d\u00e9roule la sc\u00e8ne. Alors, si vous entendez un synth\u00e9tiseur analogique et des morceaux recycl\u00e9s des films de Carpenter et De Palma, vous \u00eates en 1984 ; si vous entendez de la techno, vous \u00eates en 1991, etc. Comme le film sautille d\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre, on a vite l\u2019impression d\u2019entendre b\u00e9b\u00e9 qui joue avec la cha\u00eene hi-fi du salon. De m\u00eame, on se demande souvent si le monteur avait quelque grief contre le r\u00e9alisateur pour avoir si magistralement sabot\u00e9 la pellicule. Ou alors, le monteur a fait ce qu\u2019on lui a demand\u00e9, et ce n\u2018est pas glorieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Car enfin, il y avait un bon fond. D\u00e9j\u00e0, un bon roman, quoiqu\u2018un brin tire-larmes. L\u2019auteur, Paolo Giordano, avait \u00e9crit une histoire d&rsquo;amour classique et simple: deux personnes s\u2019aiment mais il y a un obstacle \u00e0 leur amour, l\u2019obstacle \u00e9tant les traumatismes v\u00e9cus par les deux amants lorsqu\u2019ils \u00e9taient enfants. Ses personnages \u00e9taient beaux et \u00e9mouvants : des d\u00e9cal\u00e9s, ces \u00ab\u00a0nombres premiers\u00a0\u00bb, personnes complexes et sensibles qui n&rsquo;arrivent pas \u00e0 vivre normalement leur amiti\u00e9 et leur amour. Le r\u00e9alisateur, l\u2019\u00e9hont\u00e9 Saverio Costanzo, en a fait le manifeste d\u2019une nouvelle esth\u00e9tique, rasant m\u00e9thodiquement le jardin aux fleurs subtiles et un peu sauvages de l\u2018auteur. Et puis, et surtout, il y avait les acteurs. Le tableau, l\u00e0 aussi, est bon, voire tr\u00e8s bon quand on regarde l\u2019interpr\u00e8te d\u2019Alice adulte, Alba Rohrwacher, qui, malgr\u00e9 tous les efforts du r\u00e9alisateur pour \u00e9radiquer la moindre \u00e9motion, r\u00e9ussit \u00e0 transmettre des sentiments au spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019ailleurs, Alba Rohrwacher s\u2018est donn\u00e9e beaucoup de mal. Elle a maigri de quinze kilos pour les besoins du film. Il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9marche active que l\u2019on pense douloureuse. Mais alors, quelle a \u00e9t\u00e9 sa r\u00e9action lorsqu\u2019elle a vu le film? Sans doute n\u2019a t-elle pu cacher un mouvement de col\u00e8re \u00e0 voir tout son travail saccag\u00e9. Mais peut-\u00eatre a t-elle trouv\u00e9 une petite consolation au fond d\u2019elle-m\u00eame, car apr\u00e8s tout, quoi de mieux qu\u2019un mauvais film pour mettre en avant une bonne actrice? C\u2019est comme un homme laid au bras d\u2019une belle femme, la laideur de l\u2019un fait resplendir la beaut\u00e9 de l\u2019autre.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Anne Delzongle<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Alice est une adolescente anorexique et Mattia un g\u00e9nie des math\u00e9matiques qui s&rsquo;automutile. Tous les deux sont des \u00eatres bless\u00e9s par la vie dont les destins vont se croiser pendant les deux heures de film.<br \/>\nTir\u00e9 du livre \u00e9ponyme de Paolo Giordano, La Solitude des nombres premiers, donne le ton d\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9quence : dans une ambiance mi-<em> commedia dell\u2019arte<\/em> mi fantastique, des enfants d\u00e9guis\u00e9s au visage glabres restent statiques sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. La photographie et la musique tr\u00e8s rock&rsquo;n roll presque discordants entre eux nous font penser aux <em>Giallo<\/em>, immortalis\u00e9s par Dario Argento \u00e0 partir des ann\u00e9es 70. Sommes- nous dans un remake de <em>Suspiria<\/em> avec le groupe Goblin en fond sonore ? Tout le laisse \u00e0 penser. Seulement du <em>Giallo<\/em> d&rsquo;Argento le film ne gardera pas grand-chose sinon son aspect psychologisant et une ambiance de g\u00eane permanente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Peu de films sont consacr\u00e9s au monde de l&rsquo;adolescence. La Solitude des nombres premiers explore les troubles de cette p\u00e9riode d\u00e9licate. Chacun pourra se retrouver dans les brimades que subit Alice qu&rsquo;un accident de ski a rendue boiteuse \u00e0 vie. P\u00e9riode charni\u00e8re entre l&rsquo;enfance et l&rsquo;\u00e2ge adulte, c&rsquo;est entre amour et d\u00e9samour qu&rsquo;elle \u00e9voluera. D\u00e9test\u00e9e par ses camarades, Viola une fille populaire de son lyc\u00e9e, la prendra sous son aile avant de la d\u00e9tester car elle se sent trahie par la relation pr\u00e9sum\u00e9e naissante entre Alice et Mattia. Par ailleurs la relation de ces deux-l\u00e0 fonctionne de la m\u00eame mani\u00e8re : Alice veut vivre, veut aimer, et Mattia se refuse, s&rsquo;isole. Elle le poursuit, il la fuit.<br \/>\nD&rsquo;abord, ce film est une r\u00e9flexion sur le corps qui se transforme ( nous suivons les protagonistes de l&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte), qui se cherche, soit en se mutilant comme Mattia, soit en refusant toute forme de nourriture comme Alice. Cette recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de soi continuera bien apr\u00e8s l&rsquo;adolescence lorsqu&rsquo;apr\u00e8s des ann\u00e9es de s\u00e9paration les deux personnages se retrouveront bien mal en point, Alice est d&rsquo;une maigreur frappante et Mattia est devenu tr\u00e8s gros, ce qui donne au film une<br \/>\nde ses sc\u00e8nes la plus dr\u00f4le (si ce n&rsquo;est la seul ) : un dialogue entre les deux \u00ab \u2013 Tu es maigre. &#8211; Non normale, par contre toi&#8230; \u00bb. La composition de l&rsquo;actrice Alba Rohrwacher se d\u00e9tache largement et donne au film cet aspect si fragile et si changeant. D&rsquo;une maigreur incroyable dans la deuxi\u00e8me partie du film elle repr\u00e9sente \u00e0 elle seule cette r\u00e9flexion du corps qui mute, qui \u00e9volue, qui fait mal.<br \/>\nLe film aurait sans doute gagn\u00e9 en profondeur s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 moins brouillon. En effet on se perd (comme Alice \u00e0 travers le feuillage de son propre appartement) dans ces retours en arri\u00e8re incessants et ces mises en perspectives qui font que ce film ne poss\u00e8de pas de sc\u00e9nario propre, et ne consiste qu&rsquo;\u00e0 accumuler des sc\u00e8nes. Voulant trop donner un aspect onirique \u00e0 son film, Saverio<br \/>\nCostanzo le perd dans un fouillis psychologique qui d\u00e9route le spectateur. Si l&rsquo;on n\u2019a pas lu le livre, beaucoup de questions demeurent : qu&rsquo;est devenue Michela, la s\u0153ur jumelle de Mattia ? De quoi est-elle morte ? Qui est l&rsquo;homme qui vient dans l&rsquo;appartement d&rsquo;Alice alors qu&rsquo;elle se cache sous la table ?<br \/>\nEn tout cas, si le film rev\u00eat les allures du <em>Giallo<\/em>, il s&rsquo;en s\u00e9pare largement par sa fin ouverte, o\u00f9 aucune solution n&rsquo;est donn\u00e9e et o\u00f9 le spectateur peut ainsi imaginer la suite qu&rsquo;il souhaite.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Benjamin Goron<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>La Solitude des nombres premiers<\/em> retrace l\u2019\u00e9volution de Mattia (Luca Marinelli) et d\u2019Alice (Alba Rohrwacher) ainsi que d\u2019autres personnages un peu plus en retrait, de l\u2019enfance \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. La complexit\u00e9 des rapports au sein d\u2019une famille ou d\u2019un groupe d\u2019amis, le poids de l\u2019\u00e9ducation et des rapports sociaux dans le devenir de l\u2019\u00eatre sont autant de th\u00e8mes que Saverio Costanzo met en image d\u2019apr\u00e8s le roman de Paolo Giordano.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le corps et ses transformations sont au centre de cette \u0153uvre. Cicatrices, tatouages, scarifications, anorexie : le corps montre ce que cache une \u00e2me traumatis\u00e9e, et le lien entre les deux est r\u00e9alis\u00e9 avec succ\u00e8s par le jeu stup\u00e9fiant, angoissant, des acteurs.<br \/>\nTout au long du film s\u2019installe un \u00e9quilibre entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la d\u00e9route des \u00e2mes et la mutilation des corps, une ambiance malsaine et d\u00e9go\u00fbtante, et de l\u2019autre, un espoir qui perdure : l\u2019espoir de retrouver Michela, la s\u0153ur de Mattia, l\u2019espoir de voir ces personnages fantomatiques rena\u00eetre de leurs cendres, l\u2019espoir \u00e9galement \u00e0 travers la musique, dont la diversit\u00e9 des genres et des styles accompagne fid\u00e8lement les personnages dans leur incessante qu\u00eate d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On regrettera n\u00e9anmoins l\u2019\u00e9pilogue, o\u00f9 le pessimisme a d\u00e9finitivement pris le dessus. Les corps sont le clair reflet de l\u2019\u00e2me, \u00e0 savoir des fant\u00f4mes, et l\u2019\u00e9quilibre, certes instable, mais qui \u00e9tait le fil conducteur de ce film et contribuait \u00e0 lui donner une dimension artistique certaine, est rompu sans autre forme de proc\u00e8s.<br \/>\nIl s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un film d\u2019un int\u00e9r\u00eat certain, servi par des acteurs irr\u00e9prochables, une musique passable mais dont la diversit\u00e9 permet aux images d\u2019exprimer leur richesse, mais qui d\u00e9voile son issue de fa\u00e7on trop p\u00e9remptoire et pessimiste.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">F\u00e9licie Richard<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Un film bouleversant, dans la veine du cin\u00e9ma europ\u00e9en de qualit\u00e9. Pas de clich\u00e9, de d\u00e9mesure ou fausse morale. Les personnages sont vrais, attachants, en demi-teinte. On accepte leurs d\u00e9fauts comme leurs qualit\u00e9s. On assiste \u00e0 leur souffrance sans les juger. On les observe se d\u00e9battre avec leur milieu pour vivre, malgr\u00e9 tout, pour rester eux-m\u00eames et gu\u00e9rir leurs blessures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La construction narrative, en allers et retours entre le(s) pass\u00e9(s) et le pr\u00e9sent, est tr\u00e8s bien men\u00e9e. On d\u00e9bute par l\u2019enfance des personnages, puis on les suit \u00e0 l\u2019adolescence et \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, tout en revenant r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 leur enfance. On d\u00e9couvre ainsi peu \u00e0 peu les \u00e9l\u00e9ments clef qui permettent de comprendre leur caract\u00e8re, leurs attitudes, leurs rapports avec les autres et leur attirance l\u2019un pour l\u2019autre.<br \/>\nDeux personnalit\u00e9s fortes et fragiles \u00e0 la fois, qui se perdent avant de finalement se retrouver, lorsqu\u2019ils y sont pr\u00eats. Deux nombres premiers tr\u00e8s seuls tout au long de leur vie, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils se compl\u00e8tent et s\u2019additionnent.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Manon Risoul<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux histoires bouleversantes. Deux enfances difficiles s\u00e9parant la vie d\u2019Alice et de Mattia. Deux destins qui se croisent et s\u2019entrecroisent. Rencontre autour de la souffrance. Scarifications, mal-\u00eatre, handicap\u2026entre curiosit\u00e9 malsaine et moqueries, ces deux personnages souffrent chacun de leur c\u00f4t\u00e9, \u00e0 leur mani\u00e8re\u2026C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une rencontre, rencontre de deux univers, \u00e9loign\u00e9s et pourtant si proches dans et par la souffrance. Alice, pouss\u00e9e par l\u2019exigence outranci\u00e8re de son p\u00e8re\u2026Matt\u00e9o, seul sans sa jumelle\u2026 Perte de l\u2019\u00eatre cher, dont Matt\u00e9o sera intrins\u00e8quement affect\u00e9 et dont il se sent enti\u00e8rement responsable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce film m\u00e9lange les temps -enfance, adolescence, \u00e2ge adulte,\u00a0 retour en arri\u00e8re, avanc\u00e9es- dans des s\u00e9quences fortes et \u00e9mouvantes. La musique se lie \u00e0 l\u2019histoire, au film, et l\u2019accompagne avec beaucoup de justesse et de brio.<\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Pauline Sauve<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les nombres premiers sont les seuls qui ne soient divisibles que par un ou par soi-m\u00eame, d&rsquo;o\u00f9 leur solitude sur la plage infinie des nombres existants. Alice et Mattia sont comme des nombres premiers, ils sont seuls avec eux-m\u00eames, incapables d&rsquo;exister ailleurs que dans la sph\u00e8re finie de leur monde int\u00e9rieur. Or, comme il arrive que deux nombres premiers ne soient s\u00e9par\u00e9s que par un seul nombre pair, comme le 5 et le 7, Alice et Mattia semblent de la m\u00eame mani\u00e8re li\u00e9s, tout en ne pouvant s&rsquo;atteindre.<br \/>\nCe sont deux existences solitaires, exclues du monde par un \u00e9v\u00e9nement traumatisant survenu dans l&rsquo;enfance ; ce sont deux souffrances qui se croisent et se d\u00e9croisent tout au long du film, qui se serrent et se nouent, pour mieux se d\u00e9lier ensuite. Sans s&rsquo;attarder dans des errements psychologiques d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s rebattus, Saverio Costanzo nous livre sa vision d&rsquo;un pass\u00e9 difficile dans une esth\u00e9tique brutale. Le film aborde de mani\u00e8re non lin\u00e9aire les deux enfances, marqu\u00e9es par l&rsquo;abandon et la n\u00e9gligence. L&rsquo;histoire avance en ouvrant des fen\u00eatres sur le monde tel qu&rsquo;il fut, tout en montrant ce qu&rsquo;il est devenu.<br \/>\nAlice et Mattia, deux \u00e2mes au destin \u00e9tranges, ne cesseront de s&rsquo;effacer au fur et \u00e0 mesure dans ce pass\u00e9 grandissant. Ils ne feront que retourner toute leur vie au point fixe qui les a li\u00e9s. \u00ab\u00a0Oiseau tranquille au vol inverse oiseau Qui nidifie en l&rsquo;air A la limite o\u00f9 brille d\u00e9j\u00e0 ma m\u00e9moire Baisse ta deuxi\u00e8me paupi\u00e8re Ni \u00e0 cause du soleil ni \u00e0 cause de la terre Mais pour ce feu oblong dont l&rsquo;intensit\u00e9 ira s&rsquo;augmentant Au point de devenir un jour l&rsquo;unique lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb \u00e9crit Guillaume Apollinaire dans Alcool, la vie d&rsquo;Alice et de Mattia, c&rsquo;est cette fuite en avant qui ne fait que les renvoyer au pass\u00e9. Dans quelques moments du film ils arrivent pourtant \u00e0 se retrouver, mais ce n&rsquo;est que pour se cogner \u00e0 encore plus de silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>La Solitude des nombres premiers<\/em> est un film qui creuse au plus profond des sensibilit\u00e9s pour y d\u00e9celer ce qui fait vraiment mal en soi. Il met en lumi\u00e8re une partie de l&rsquo;esprit si fine et si imp\u00e9n\u00e9trable que nous ne pouvons qu&rsquo;applaudir le travail de Saverio Costanzo. Chaque personnage est v\u00e9cu dans son ensemble, sans \u00eatre d\u00e9coup\u00e9 par des interpr\u00e9tations psychologiques. C&rsquo;est cette imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9 des personnages qui fait d&rsquo;eux des \u00e9nigmes, mat\u00e9rialisant dans leur compl\u00e9tude, une bribe de pass\u00e9 v\u00e9cu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Informations De :\u00a0Saverio Costanzo D&rsquo;apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre de : Paolo Giordano Sc\u00e9nariste : Paolo Giordano Compositeur : Mike Patton Avec : Alba Rohrwacher, Luca Marinelli, Martina Albano, Isabella Rossellini &#8230; Genre : Drame Nationalit\u00e9s : Fran\u00e7ais, Italien, Allemand Sortie : le 4 mai 2011 En savoir [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":660,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-659","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/659","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=659"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/659\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/660"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}