{"id":736,"date":"2016-05-14T20:00:08","date_gmt":"2016-05-14T19:00:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=736"},"modified":"2016-05-14T20:00:08","modified_gmt":"2016-05-14T19:00:08","slug":"736","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=736","title":{"rendered":"Rigoletto"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-15-16\/opera\/rigoletto\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le samedi 14 mai \u00e0 19h30, l\u2019Op\u00e9ra Bastille a propos\u00e9, sous la direction de Pier Giorgi Morandi, une repr\u00e9sentation d\u2019un des op\u00e9ras les plus c\u00e9l\u00e8bres de Verdi\u00a0: <em>Rigoletto<\/em>. Cette \u0153uvre phare du bel canto, est un m\u00e9lodrame en trois actes sur un livret \u00e9crit par Francesco Maria Piave, adaptation du drame romantique de Victor Hugo, <em>Le roi s\u2019amuse<\/em>. L\u2019intrique se passe \u00e0 Mantoue, dans un cadre qui n\u2019est pas sans faire \u00e9cho au <em>Lorenzaccio<\/em> de Musset\u00a0: le Duc (Francesco Demuro) est un libertin, coureur de jupons qui ruine nombre de r\u00e9putations des jeunes filles de la ville avec l\u2019aide de ses courtisans et de son bouffon, Rigoletto (Franco Vassallo). Ce dernier, appr\u00e9ci\u00e9 du Duc mais craint ou ha\u00efe par le reste de la cour, a une fille jeune, candide et magnifique\u00a0: Gilda (Irina Lungu). Malgr\u00e9 ses efforts pour la garder \u00e9loign\u00e9e de l\u2019app\u00e9tit amoureux insatiable du Duc, ces derniers se rencontrent et tombent amoureux. Mais, c\u2019est aussi l\u2019attention de toute la cour qu\u2019elle attire\u00a0: les courtisans ont fini par apprendre l\u2019existence de la belle Gilda, qu\u2019ils croient \u00eatre la ma\u00eetresse du bouffon. Pour se moquer de ce dernier, ils d\u00e9cident d\u2019enlever la jeune fille pour l\u2019amener au Duc. Rigoletto, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 le m\u00e9fait, se rend alors au palais pour menacer les courtisans, implorant qu\u2019on lui rende sa fille. Apr\u00e8s moult supplications et menaces, les portes des appartements du Duc s\u2019ouvrent, Gilda en sort, pleurant mais toujours \u00e9prise du beau jeune homme qu\u2019est le Duc. Rigoletto promet alors de venger sa fille malgr\u00e9 les r\u00e9ticences de celle-ci. L\u2019acte trois se d\u00e9roule dans une auberge o\u00f9 le Duc doit \u00eatre assassin\u00e9 par un spadassin, Sparafucile, engag\u00e9 par le bouffon. Alors que la tenanci\u00e8re, s\u0153ur de Sparafucile, est l\u2019objet des avances du Duc, Rigoletto et Gilda se tiennent \u00e0 l\u2019\u00e9cart, le p\u00e8re esp\u00e9rant que cette sc\u00e8ne ouvrira les yeux de sa fille. Malgr\u00e9 le constat de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de son bien-aim\u00e9 et la demande de son p\u00e8re de quitter la ville sur le champ, Gilda, qui a compris le plan ourdit par Rigoletto, reste et d\u00e9cide de se sacrifier pour celui qu\u2019elle aime. Au c\u0153ur de l\u2019orage, elle frappe \u00e0 la porte de l\u2019auberge et re\u00e7oit les coups de Sparafucile \u00e0 la place du Duc. A minuit, Rigoletto revient r\u00e9clamer le sac devant contenir le corps du Duc, mais avant de jeter le cadavre dans la rivi\u00e8re, il d\u00e9cide d\u2019en v\u00e9rifier le contenu pour d\u00e9couvrir alors avec horreur sa fille agonisante. Elle s\u2019\u00e9teint quelques instants plus tard dans ses bras en lui demandant pardon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne, Claus Guth, a donc eu deux grandes possibilit\u00e9s s\u2019offrant \u00e0 lui\u00a0: une pr\u00e9sentation classique en costume d\u2019\u00e9poque, ou alors s\u2019en \u00e9carter pour approfondir un axe singulier du drame, option qu\u2019il a choisie. Alors que les premi\u00e8res notes de l\u2019ouverture retentissent, on voit un homme seul sur une sc\u00e8ne nue\u00a0: ses v\u00eatements sont \u00e9lim\u00e9s, sur son visage on distingue les reliefs d\u2019un maquillage de clown, devant lui, une simple boite en carton. Alors qu\u2019il ouvre celle-ci et d\u00e9voile son contenu,\u00a0dont la robe sanguinolente de sa fille, le panneau du fond de sc\u00e8ne s\u2019ouvre et laisse appara\u00eetre un second personnage, un second Rigoletto en costume pimpant de bouffon. Le parti pris de cette mise en sc\u00e8ne est donc de faire de tout l\u2019op\u00e9ra un souvenir au fond d\u2019un carton, au fond de l\u2019esprit t\u00e9n\u00e9breux d\u2019un clown triste. La sc\u00e8ne, le th\u00e9\u00e2tre est cette boite, d\u00e9cor sobre que le spectateur doit d\u00e9coder et qui sert de temps \u00e0 autre de surface de projection d\u2019images qui apparaissent comme des lambeaux de souvenirs. Pendant tout l\u2019op\u00e9ra, \u00e8re ce premier Rigoletto, celui du pr\u00e9sent, celui qui s\u2019est tu, accabl\u00e9 par la douleur, vivant comme un fant\u00f4me dans ses souvenirs. L\u2019axe probl\u00e9matique choisit pour cette mise en sc\u00e8ne de l\u2019op\u00e9ra de Verdi est donc le temps\u00a0: comment le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent peuvent-ils cohabiter dans un esprit tortur\u00e9, projet\u00e9 sur une sc\u00e8ne\u00a0? \u00ab\u00a0Toute cette histoire [est] le songe d\u2019un songe, le r\u00eave d\u2019un r\u00eave\u00a0\u00bb, le souvenir d\u2019un souvenir pourrait-on ajouter (<em>Zazie dans le m\u00e9tro<\/em>, Raymond Queneau) voil\u00e0 comment nous est pr\u00e9senter ce m\u00e9lodrame. Cet onirisme cauchemardesque, qui fait voir les pens\u00e9es les plus sombres de Rigoletto, \u00a0permet \u00e9galement au spectateur d\u2019appr\u00e9cier l\u2019\u00e9volution de Gilda, son apprentissage de la vie qui se conclue de fa\u00e7on funeste. Alors que son p\u00e8re vient lui rendre visite dans l\u2019acte un, sur cette sc\u00e8ne-souvenir quatre Gildas sont pr\u00e9sentes, de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019adulte qu\u2019elle est en train de devenir. L\u2019ain\u00e9e, celle qui appartient au pr\u00e9sent, se place non dans une continuit\u00e9 mais dans une rupture avec les autres\u00a0: elle porte toujours la robe blanche virginale s\u2019\u00e9loigne de son p\u00e8re ador\u00e9 pour \u00eatre dans les bras du Duc jeune et beau, stricte oppos\u00e9 de son bouffon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0De par la simplicit\u00e9 des d\u00e9cors, les chanteurs sont le centre de l\u2019attention, ce qui est renforc\u00e9 par un \u00e9clairage pr\u00e9cis, mettant en relief chaque personnage dans leur individualit\u00e9, les faisant un temps sortir des t\u00e9n\u00e8bres.\u00a0 Les costumes restent eux aussi sobres\u00a0: ensembles noirs pour les courtisans, rehauss\u00e9s de pourpre pour les Duc, pourpoint \u00e0 losanges caract\u00e9ristique pour Rigoletto\u2026 Il y a cependant deux exceptions\u00a0: \u00e0 l\u2019ouverture du premier acte lors du bal organis\u00e9 par le Duc, les personnages sont en habits Renaissance, clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle renvoie originellement le livret mais dont la pertinence reste peut-\u00eatre discutable. L\u2019autre exception est dans l\u2019acte trois\u00a0: costumes \u00e0 plume et paillettes des danseuses de revues dans l\u2019auberge. Cette extravagance tape \u00e0 l\u2019\u0153il est comme l\u00e0 pour rappeler \u00e0 la fois le libertinage d\u00e9brid\u00e9 d\u2019un Duc qui sniffe un rail de coca\u00efne avant d\u2019entamer son air, mais aussi qui marque le gouffre qui le s\u00e9pare de Gilda, simple et pure telle une colombe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette repr\u00e9sentation rend justice \u00e0 la puissance dramatique de l\u2019\u0153uvre de Verdi. Le XIXe si\u00e8cle est pour l\u2019op\u00e9ra l\u2019\u00e9poque de la complexification psychologique des personnages\u00a0: ils sont dynamiques et \u00e9voluent tout le long de l\u2019\u0153uvre, poursuivis par des dilemmes moraux et sentimentaux inextricables que la mise en sc\u00e8ne ici choisie illustre de fa\u00e7on convaincante, tout particuli\u00e8rement pour Rigoletto que l\u2019on voit sombrer peu \u00e0 peu. Avec Verdi, et peut-\u00eatre tout particuli\u00e8rement <em>Rigoletto<\/em>, l\u2019important n\u2019est pas l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale mais l\u2019\u00e9motion. Cette \u00e9motion est transmise par la mise en sc\u00e8ne, mais d\u2019abord par des chanteurs qui se r\u00e9v\u00e8lent puissants mais aussi d\u00e9licats portant l\u2019op\u00e9ra dans toute sa subtilit\u00e9. Peut-\u00eatre aurait-on pu esp\u00e9rer plus de verve de la part de Franco Vassallo dans des aires tels que \u00ab\u00a0Si vendetta\u00a0!\u00a0\u00bb o\u00f9 Rigoletto exprime toute sa rage et r\u00e9v\u00e8le la dimension brutale de son personnage. Mais cela n\u2019entame en rien la maitrise musicale et sc\u00e9nique qui est d\u00e9ploy\u00e9e pour cet op\u00e9ra \u00e0 Bastille\u00a0: le spectateur s\u2019enfonce peu \u00e0 peu dans cette boite de carton, voyant la trag\u00e9die qui se d\u00e9roule devant lui presque \u00e0 travers les yeux de Rigoletto.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alix St\u00e9phan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samedi 14 mai, l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille proposait une repr\u00e9sentation de <em>Rigoletto<\/em>, op\u00e9ra de Giuseppe Verdi en trois actes, mis en sc\u00e8ne par Claus Guth. A partir d&rsquo;un livret de Francesco Maria Piave et inspir\u00e9 par <em>Le Roi s&rsquo;amuse <\/em>de Victor Hugo, <em>Rigoletto<\/em>, \u00e0 travers l&rsquo;histoire tragique d&rsquo;un bouffon, propose une vision sans concession de la Cour et de ses vices. Car le d\u00e9nomm\u00e9 Rigoletto (magistralement interpr\u00e9t\u00e9 par le t\u00e9nor Franco Vassallo), au service du duc de Mantoue, v\u00e9ritable don Juan, en a assez des courtisans et de leur condescendance &#8211; les tensions sociales s&rsquo;exacerbent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La condition d&rsquo;un bouffon est difficile, surtout lorsque l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 maudit par un duc que l&rsquo;on a offens\u00e9 et que l&rsquo;on ne peut exprimer ses v\u00e9ritables sentiments. Mais heureusement pour lui, il trouve du r\u00e9confort en sa fille unique, Gilda (la soprano Irina Lungu, qui, bien que souffrante, a parfaitement jou\u00e9 son r\u00f4le de jeune fille devenant femme gr\u00e2ce \u2013 ou \u00e0 cause \u2013 de l&rsquo;amour), qui n&rsquo;a le droit de sortir que pour se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. Son p\u00e8re prot\u00e8ge farouchement sa vertu. Pas assez, apparemment, puisque Gilda fait la connaissance du ma\u00eetre de son p\u00e8re, qui lui jure un amour \u00e9ternel. Il n&rsquo;en faut pas plus pour que cette jeune fille, \u00e9lev\u00e9e dans l&rsquo;ignorance, con\u00e7oive une affection qui lui sera fatale. Car la mal\u00e9diction plane toujours, surtout dans un monde o\u00f9 la tromperie et les masques sont de mise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s un d\u00e9marrage assez lent qui ne laissait rien pr\u00e9sager de bon, l&rsquo;op\u00e9ra s&rsquo;intensifie au fil des actes. Le d\u00e9but me convainquait d&rsquo;autant moins que le d\u00e9cor minimaliste (la sc\u00e8ne figure une esp\u00e8ce de bo\u00eete en carton, qui rappelle la bo\u00eete rempli de vieux souvenirs sur la sc\u00e8ne) et l&rsquo;utilisation d&rsquo;extraits film\u00e9s me laissaient perplexe. Le spectateur a bien saisi que Gilda devient femme lorsqu&rsquo;elle rencontre le duc de Mantoue, nul besoin de lui montrer une petite fille portant une perruque blonde et se maquillant les l\u00e8vres pour lui faire comprendre. Le public semblait lui aussi assez dubitatif au vue des applaudissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;histoire s&#8217;emballe \u00e0 partir du deuxi\u00e8me acte. Les airs connus de tous gr\u00e2ce aux publicit\u00e9s, tels que \u00a0\u00bbLa donna \u00e8 mobile\u00a0\u00bb du duc de Mantoue (on sent que le t\u00e9nor Francesco Demuro prend plaisir \u00e0 interpr\u00e9ter ce r\u00f4le) ou \u00a0\u00bbDuca! Duca!\u00a0\u00bb, donnent du rythme \u00e0 la repr\u00e9sentation. Les com\u00e9diens eux-m\u00eames paraissent plus enthousiasm\u00e9s par ce qu&rsquo;ils font. Il faut par ailleurs saluer la prestation de l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra national de Paris, impeccable, et les efforts au niveau de l&rsquo;\u00e9clairage, qui mettent en valeur les corps et augmentent la tension par des effets d&rsquo;ombre. Les p\u00e9rip\u00e9ties s&rsquo;encha\u00eenent jusqu&rsquo;au d\u00e9nouement final, tragique pour le pauvre Rigoletto. Les spectateurs ont suivi, tous les artistes sont acclam\u00e9s. On pourra cependant regretter que les personnages secondaires, qui auraient pu \u00eatre int\u00e9ressants, comme la gouvernante Giovanna, ne soient pas plus d\u00e9velopp\u00e9s. En somme, un op\u00e9ra de qualit\u00e9. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 entendre, \u00e0 la sortie, les gens siffloter les airs que j&rsquo;ai cit\u00e9s plus haut pour le comprendre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Aurore Campagne<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\">\u00ab\u00a0Un p\u00e8re malheureux qui pleure sur l&rsquo;honneur qu&rsquo;on vient de ravir \u00e0 sa fille, qui se fait moquer par le bouffon du roi, qui maudit le bouffon, et la mal\u00e9diction qui frappe ce bouffon de la mani\u00e8re la plus terrifiante, tout cela me semble \u00e0 la fois moral et grand, tr\u00e8s grand.\u00a0\u00bb \u00e9crivait Verdi \u00e0 Piave, son librettiste, au sujet de ce qui deviendra l&rsquo;op\u00e9ra de <i>Rigoletto<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\">Verdi emprunte son sujet \u00e0 la pi\u00e8ce de Victor Hugo <i>Le Roi s&rsquo;amuse<\/i>. <i>Rigoletto<\/i> est une \u0153uvre qui consacre le style r\u00e9aliste de Verdi\u00a0; sur sc\u00e8ne ne sont repr\u00e9sent\u00e9s que des hommes, duc, courtisans, assassin, bouffon, amant, prostitu\u00e9e. La censure en 1850 r\u00e9agira violemment contre l&rsquo;op\u00e9ra qui devra \u00eatre modifi\u00e9\u00a0: le contexte ne sera plus la cour de France de Fran\u00e7ois Ier mais un duch\u00e9 ind\u00e9pendant\u00a0; la sc\u00e8ne o\u00f9 Gilda est avec le duc dans la chambre du palais ne sera pas \u00e9crite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\">\u00c0 la repr\u00e9sentation de <i>Rigoletto <\/i>\u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille le public n&rsquo;est choqu\u00e9 que de la mise en sc\u00e8ne\u00a0: une bo\u00eete en carton, qui occupe toute la sc\u00e8ne, sert de d\u00e9cor pour les trois actes. Mais ce choix n&rsquo;est pas provoquant, pas de profusion de luxe, seulement quelques danseuses pendant l&rsquo;air \u00ab\u00a0La donna \u00e8 mobile\u00a0\u00bb, de la s\u00e9cheresse en somme mais qui s&rsquo;accorde parfaitement avec le sujet de la mal\u00e9diction frappant Rigoletto, le bouffon du roi. En revanche\u00a0: pourquoi ces films\u00a0? Rien ne justifie ces projections ponctuelles sur le rabat sup\u00e9rieur de la grande bo\u00eete en carton. C&rsquo;est kitsch, \u00e7a se veut moderne, \u00e7a en devient snob. On y voit une petite fille qui court dans un champs de bl\u00e9\u00a0: en plus d&rsquo;\u00eatre ridicule cela n&rsquo;a aucun rapport avec l&rsquo;op\u00e9ra. Ces films au-del\u00e0 de la niaiserie sont d&rsquo;un mauvais-go\u00fbt surprenant. Le metteur en sc\u00e8ne a-t-il voulu d\u00e9lasser son public\u00a0? Il n&rsquo;aurait pas le sentiment d&rsquo;\u00eatre de son temps s&rsquo;il n&rsquo;utilisait pas le film. Le probl\u00e8me est inh\u00e9rent \u00e0 cette illusion partag\u00e9e que la modernit\u00e9 se gagne en voulant \u00eatre moderne. Au th\u00e9\u00e2tre les corps sont mis \u00e0 nu, \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra le d\u00e9cor sert d&rsquo;\u00e9cran de projection. Autant dire que les spectateurs ne sont pas au bout de leur peine. Mis \u00e0 part ces vid\u00e9os lamentables la musique est exceptionnelle. Quel plaisir d&rsquo;entendre la puissance d&rsquo;une voix, \u00f4 si\u00e8cle de l&rsquo;\u00e9coute num\u00e9rique\u00a0! Pour des oreilles novices de la musique \u00e8s op\u00e9ra, <i>Rigoletto <\/i>n&rsquo;est pas d&rsquo;un abord difficile. Au contraire, la pi\u00e8ce structur\u00e9e principalement en duos est intime ensemble que vivante. La diversit\u00e9 est \u00e9tonnante, reflet des nombreuses \u00e9motions de la pi\u00e8ce\u00a0: s\u00e9duction d&rsquo;une fille, malheur d&rsquo;un p\u00e8re, assassinat, d\u00e9bauche, etc. On comprend ce qu&rsquo;aimer veut dire. Et cela ne nuit en rien au divertissement. \u00ab\u00a0Racont\u00e9es par Verdi, les plus sordides histoires de meurtre et de vengeance reprennent de la noblesse\u00a0\u00bb \u00e9crit Jean-Fran\u00e7ois Labie dans <i>Le Cas Verdi <\/i>\u00ab\u00a0Inacceptables dans \u00ab\u00a0Cin\u00e9-Police\u00a0\u00bb, elles ont rev\u00eatu le grand manteau du tragique. Tout le monde est capable de chanter dans son bain <i>Rigoletto<\/i>. Et d&rsquo;y trouver du bonheur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Carmenta Cumes<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9sentation : <em>Rigoletto<\/em> est un op\u00e9ra italien inspir\u00e9 de la pi\u00e8ce de Victor Hugo, <em>Le roi s&rsquo;amuse<\/em>, drame romantique pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1832. Pour ceux qui comme moi l&rsquo;ont lu, difficile de s\u00e9parer l&rsquo;intrigue de son personnage principal, ou du moins central, celui du bouffon Triboulet, personnage historique n&rsquo;\u00e9tant donc pas seulement une fantaisie de l&rsquo;auteur. Quelle est la clef de son adaptation ? Alors bien s\u00fbr, on pense \u00e0 Moli\u00e8re et ses com\u00e9dies ballets mais si toute pi\u00e8ce \u00e9crite est d\u00e9j\u00e0 un spectacle vivant, ce n&rsquo;est pas une mince affaire que de mettre en musique l&rsquo;auteur des Mis\u00e9rables. C&rsquo;est \u00e0 Giuseppe Verdi que revient cette t\u00e2che et l&rsquo;op\u00e9ra en trois actes et quatre tableaux, \u00a0est donn\u00e9 le 11 mars 1851 sur un livret de Francesco Maria Piave. Le m\u00e9lomane novice reconna\u00eetra Verdi pour \u00eatre le compositeur italien, auteur de <em>La traviata<\/em>, mais si : vous avez tous son air en t\u00eate !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;op\u00e9ra ce soir : \u00e0 quelques minutes du d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, j&rsquo;entre dans un lieu devant lequel je me suis si souvent attard\u00e9e, l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille. Salle moderne inaugur\u00e9e en 1989, elle est dor\u00e9navant accept\u00e9e comme un haut lieu de la culture parisienne au rayonnement international. Je suis pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 voir 2h35 de spectacle, adepte de th\u00e9\u00e2tre, cela ne m&rsquo;est pas extraordinairement long et semble id\u00e9al pour une immersion dans un univers spectaculairement \u00e9tranger. Les noms de la direction musicale et de la mise-en-sc\u00e8ne me sont, je l&rsquo;avoue, inconnus : Nicola Luisotti, Pier Giorgio Morandi et pour finir Claus Guth. Mais cela a aiguis\u00e9 ma curiosit\u00e9, c&rsquo;est le principal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un spectacle sur le fil du rasoir : ce soir, <em>Rigoletto <\/em>est jou\u00e9 par Franco Vassalo mais sur sc\u00e8ne le personnage prend vite le pas sur l&rsquo;interpr\u00e8te. Je me perds au d\u00e9but dans la lecture des surtitres que je d\u00e9daigne en fran\u00e7ais pr\u00e9f\u00e9rant ceux dans la langue de Shakespeare mais mon attention est bient\u00f4t happ\u00e9e par ce qu&rsquo;il se passe sur sc\u00e8ne et mon regard devient, en quelque sorte, itin\u00e9rant. Du fond de la sc\u00e8ne marqu\u00e9e d&rsquo;un sceau sombre et sobre se d\u00e9tachent des figures qui n&rsquo;ont rien d&rsquo;aust\u00e8re : c&rsquo;est bien l\u00e0 un clown qui s&rsquo;agite, ici, des danseuses de cabaret et tant de personnages disparates. Pourtant, lorsqu&rsquo;ils chantent, ils sont r\u00e9unis par l&rsquo;unit\u00e9 op\u00e9ratique, pour le bien du spectacle. Je ne vais pas mentir, si je suis s\u00e9duite par la musique qui offre une r\u00e9sonance sans pareil, je le suis moins par les chants, les visages aux mimiques d&rsquo;un autre si\u00e8cle sur des corps en blouson de cuir offrent un ensemble trop \u00e9clectique \u00e0 mon go\u00fbt. Mais comment ne pas \u00eatre impressionn\u00e9. Malgr\u00e9 un avis mitig\u00e9, en sortant dans la fra\u00eecheur d&rsquo;un mois de mai peu cl\u00e9ment, je sais qu&rsquo;un jour je reviendrai \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Clo\u00e9 Belaparte<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le premier op\u00e9ra auquel j\u2019assistai, <em>Rigoletto <\/em>n\u2019allait pas me d\u00e9cevoir. J\u2019en avais une connaissance substantielle, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 entendu les airs fameux comme \u00ab Questa o quella per me pari sono \u00bb et je connaissais l\u2019histoire du bouffon dont on enl\u00e8ve la fille et qui se sacrifie pour son amour malgr\u00e9 l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de son amant. L\u2019intrigue se situe en Italie bien que rien n\u2019y fasse penser dans la mise en sc\u00e8ne de Claus Guth si ce n\u2019est la langue des airs. Lors d\u2019un bal, Rigoletto se moque de Monterone dont la fille a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite par le duc. Monterone maudit le duc et Rigoletto. Le d\u00e9sespoir de Rigoletto est latent et Franco Vassalo, l\u2019interpr\u00e8te de Rigoletto, rend le fameux \u00ab Ah ! La maledizione \u00bb tr\u00e8s intense et grave. Par un subterfuge, c\u2019est au tour de Gilda, la propre fille de Rigoletto que ce dernier surprot\u00e8ge, d\u2019\u00eatre livr\u00e9e au duc pour subir pareil sort. Elle est enlev\u00e9e par les courtisans du duc. Pour venger son honneur, Rigoletto fait appel \u00e0 un tueur \u00e0 gages mais il en vient, par mal\u00e9diction, \u00e0 provoquer la mort de son enfant ador\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Claus Goth se concentre sur les personnages ce qui permet de les rendre fort attachants. L\u2019air final durant lequel Gilda meurt est plein de tensions, d\u2019\u00e9motions et a provoqu\u00e9 en moi des sensations uniques et fortes. Il n\u2019y a plus rien autour d\u2019eux que de la lumi\u00e8re blanche et le drap dans lequel Gilda g\u00eet. Pourtant, si le d\u00e9cor minimaliste a permis de remettre les personnages au centre de l\u2019op\u00e9ra, il ne permet plus d\u2019identifier l\u2019action. Les diff\u00e9rents tableaux se passent tous dans une bo\u00eete en carton g\u00e9ante alors que le livret pr\u00e9voit d\u2019importants changements de d\u00e9cors. Quelques parties sont amovibles et signalent des changements de tableau mais sans que l\u2019on puisse identifier o\u00f9 l\u2019on est et ce que l\u2019on y fait. Rien n\u2019est sugg\u00e9r\u00e9 et les images diffus\u00e9es de temps \u00e0 autre sur les faces du carton distraient l\u2019attention sans rien apporter \u00e0 l\u2019action. On voit un pigeon qui picore du pain, deux mains qui se tiennent alors si on comprend ais\u00e9ment le rapport avec ce qui se passe, elles n\u2019apportent qu\u2019un peu de vie au d\u00e9cor fade choisi par Claus Goth.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lena\u00efc Couderc<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rigoletto est \u00e0 terre. Il se tra\u00eene silencieusement, terrass\u00e9 par la douleur. Il observe son double qui, port\u00e9 par les mart\u00e8lements des timbales, vitup\u00e8re contre les courtisans \u00ab\u00a0<em>vil razza dannata<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0race vile et damn\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rigoletto, c\u2019est le c\u00e9l\u00e8bre h\u00e9ros \u00e9ponyme de l\u2019op\u00e9ra verdien: un bouffon, qui divertit la cour du duc de Mantoue par ses r\u00e9parties acerbes, mais surtout un p\u00e8re qui veille sur sa fille, Gilda. L\u2019enl\u00e8vement de cette derni\u00e8re par les courtisans laisse entrevoir le d\u00e9nouement tragique de l\u2019\u0153uvre : la mort accidentelle de Gilda et le d\u00e9sespoir de son p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra en trois actes \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 cette saison \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille. Nicola Luisotti et Pier Giorgio Morandi en assuraient la direction musicale, Claus Guth la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Munie de mon ticket je trouve ma place dans la rang\u00e9e 7, \u00e9teins mon t\u00e9l\u00e9phone et observe l\u2019orchestre s\u2019\u00e9chauffer avant que la salle ne soit plong\u00e9e dans le noir et le silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier acte s\u2019ouvre sur un homme \u00e9plor\u00e9, serrant une robe ensanglant\u00e9e sur le pr\u00e9lude gla\u00e7ant en <em>do<\/em> mineur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Claus Guth a construit sa mise en sc\u00e8ne sur le principe de la bo\u00eete du souvenir. A la mani\u00e8re de Pandore, Rigoletto -d\u00e9sormais pauvre h\u00e8re- fait ressurgir ses plus douloureux souvenirs d\u2019une bo\u00eete en carton d\u2019o\u00f9 il tire le tissu entach\u00e9 du sang de sa fille, mais aussi d&rsquo;une bo\u00eete immense qui constitue l&rsquo;espace sc\u00e9nique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un parti pris minimaliste, celui de Guth? Pas vraiment. Ce dispositif va tr\u00e8s vite \u00eatre attif\u00e9 d\u2019accessoires et d\u2019atours superflus. Malgr\u00e9 quelques trouvailles astucieuses, tel le cercueil de lumi\u00e8re qui mat\u00e9rialise une pr\u00e9sence impalpable de la m\u00e8re disparue, c\u2019est une impression de pesanteur qui subsiste. C&rsquo;est une impression de pesanteur qui subsiste, renforc\u00e9e par les projections qui ponctuent les trois actes. Elles ont pour but \u00e9vident de souligner certaines th\u00e9matiques (la fin de l\u2019enfance, le double, le poignard\u2026) mais ne parviennent qu\u2019\u00e0 cr\u00e9er une lourde redondance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La multiplication des espaces sc\u00e9niques m\u2019a \u00e9galement laiss\u00e9e dubitative. Comme une sorte de th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, on assiste \u00e0 une r\u00e9trospective en mime de \u00ab\u00a0<em>la nuit d<\/em><em>\u2019horreur<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb qui souligne bien l\u2019infamie des courtisans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais alors que chacun se redresse aux premi\u00e8res notes du fameux air \u00ab\u00a0<em>la donna <\/em><em>\u00e8 mobile<\/em>\u00a0\u00bb, nous voyons entrer en sc\u00e8ne une revue de danseuses toutes en plumes et paillettes qui se p\u00e2ment sous l\u2019\u0153il d\u2019un duc extatique, soudain tr\u00e8s en forme apr\u00e8s quelques rails de coke. Ma voisine rit, je ris, le public tout entier s\u2019esclaffe devant cette apparition inattendue. Tout le monde sauf Gilda qui se meurt d\u2019amour devant la r\u00e9v\u00e9lation du ma\u00eetre volage, seule dans un coin de la sc\u00e8ne, oubli\u00e9e du duc et de son public. Si le duc appara\u00eet comme superficiel et ridicule, le tragique qui na\u00eet du contraste entre l\u2019air joyeux du duc libertin et Gilda n\u2019en reste pas moins annihil\u00e9 par cet effet, certes comique mais peut-\u00eatre pas tr\u00e8s pertinent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accumulation affaiblit consid\u00e9rablement la port\u00e9e de l\u2019\u0153uvre. Cette mise en sc\u00e8ne constituait une sorte de petit th\u00e9\u00e2tre de poche dans lequel un pauvre bouffon voit le drame de sa vie se nouer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Claus Guth s\u2019est laiss\u00e9 aller \u00e0 trop d\u2019ornementation. <em>Less is more<\/em> aurait dit son compatriote Mies van der Rohe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le carton se referme, les spectateurs applaudissent puis se dirigent vers les vestiaires. Dans les escaliers qui nous m\u00e8nent \u00e0 la sortie, une dame -qui a visiblement profit\u00e9 du bar pendant l\u2019entracte- s\u2019extasie sur la beaut\u00e9 de la musique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fait, la musique \u00e9tait magnifique. Verdi est le ma\u00eetre italien des grands op\u00e9ras populaires. Ses \u0153uvres oscillent entre le bel canto romantique et le v\u00e9risme, port\u00e9 en litt\u00e9rature par Verga. Il est indissociable du Risorgimento. Son nom lui-m\u00eame fut un sigle r\u00e9volutionnaire pour l&rsquo;unification de l&rsquo;Italie, \u00e0 travers l&rsquo;anagramme :<strong>\u00ab\u00a0V<\/strong>iva\u00a0Vittorio\u00a0<strong>E<\/strong>manuele\u00a0<strong>R<\/strong>e\u00a0<strong>D<\/strong>\u2018<strong>I<\/strong>talia (Vive Victor-Emmanuel Roi D\u2019Italie). C\u2019est donc un grand homme et musicien qui composa le m\u00e9lodrame <em>Rigoletto<\/em> en 1851 pour le th\u00e9\u00e2tre La Fenice de Venise, en s\u2019inspirant de la pi\u00e8ce controvers\u00e9e de Victor Hugo <em>Le Roi s<\/em><em>\u2019amuse. <\/em>Les duos, trios et quatuors se succ\u00e8dent dans un ensemble d\u2019une puissante expressivit\u00e9. Les chanteurs et les ch\u0153urs \u00e9nergiques font retentir les \u00e9lans de la partition avec brio, la partition avec brio, avec un \u00ab\u00a0b\u00e9mol\u00a0\u00bb pour le t\u00e9nor Michael Fabiano qui jouait un duc un peu fade. Certes, \u00e9couter Pavarotti tout un apr\u00e8s-midi avant d&rsquo;aller au spectacle n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pas le meilleur des pr\u00e9ludes. La ponctuelle d\u2019Irina Lungu excus\u00e9e en d\u00e9but de spectacle fut inaudible et elle incarna parfaitement Gilda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l\u2019orchestre, ce soir-l\u00e0 dirig\u00e9 par Pier Giorgio Morandi, il fut tout entier au service de la musique verdienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au final, un spectacle qui n&#8217;emporte pas la conviction totale. Malgr\u00e9 la tr\u00e8s grande qualit\u00e9 de la musique et du chant, la mise en sc\u00e8ne m\u2019a laiss\u00e9e quelque peu indiff\u00e9rente. \u00ab\u00a0<em>Fais-moi rire bouffon<\/em>\u00a0\u00bb ordonne le duc \u00e0 Rigoletto : on rit en effet, mais on ne pleure pas.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Melina Mattia<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Rigoletto<\/em> est un m\u00e9lodrame en trois actes, dont le livret est de Francesco Maria Piave et la musique de Giuseppe Verdi (1813 &#8211; 1901). Inspir\u00e9 de la pi\u00e8ce de Victor Hugo<em> Le Roi s\u2019amuse<\/em>, l\u2019op\u00e9ra fut cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Venise au Th\u00e9\u00e2tre de La Fenice, le 11 mars 1851.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019action se situe \u00e0 Mantoue, au XVIe si\u00e8cle. Lors d\u2019un bal au palais ducal, Rigoletto (bouffon bossu du Duc de Mantoue) se moque du Comte Ceprano dont la femme est courtis\u00e9e par le duc,\u00a0 libertin cynique et grand coureur de jupons. Il se moque aussi de Monterone qui fait irruption pendant le bal, dont la fille a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite \u00e9galement par le duc. Monterone va alors maudire le duc et Rigoletto. Par un subterfuge, c\u2019est au tour de Gilda, la propre fille de Rigoletto que ce dernier surprot\u00e8ge, d\u2019\u00eatre livr\u00e9e au duc pour subir pareil sort. Pour venger son honneur, Rigoletto fait appel \u00e0 un tueur \u00e0 gages mais il en vient, par mal\u00e9diction, \u00e0 provoquer la mort de sa fille ador\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation de Rigoletto \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille du 14 mai 2016 a eu pour metteur en sc\u00e8ne Claus Guth et pour directeur musical Pier Giorgio Morandi. Konrad Kuhn a \u00e9galement collabor\u00e9 \u00e0 la mise en sc\u00e8ne et \u00e0 la dramaturgie. Christian Schmidt a r\u00e9alis\u00e9 les costumes et les d\u00e9cors. Olaf Winter s\u2019est occup\u00e9 de la lumi\u00e8re, Teresa Rotemberg de la chor\u00e9graphie. L\u2019orchestre et les ch\u0153urs sont ceux de l\u2019Op\u00e9ra national de Paris, le chef de coeur pour cette repr\u00e9sentation \u00e9tant Jor\u00e9 Luis Basso.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Duc de Mantoue fut interpr\u00e9t\u00e9 par Francesco Demuro, Rigoletto par Franco Vassallo, Gilda, la fille de Rigoletto, par Irina Lungo, Sparafucile, le tueur \u00e0 gage, par Andrea Mastroni, sa s\u0153ur, Maddalena, par Vesselina Kasarova. Giovanna, la gouvernante de Gilda, \u00e9tait incarn\u00e9e par Isabelle Druet, le comte Monterone par Mikhail Kolelishvili, Marullo, un noble, par Michal Partyka, Matteo Borsa, un courtisan, par Christophe Berry, le comte de Ceprano par Tiago Matos, la comtesse de Ceprano par Andrea Soare, un Huissier de la cour par Florent Mbia, le page de la duchesse par Adriana Gonzalez. Le double de Rigoletto fut interpr\u00e9t\u00e9 par Pascal Lifschutz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pr\u00e9lude met le spectateur dans une ambiance pesante et dramatique, posant le jalon de la mal\u00e9diction, ce qui contraste avec l\u2019ambiance festive dans laquelle commence l\u2019acte I. La musique transporte imm\u00e9diatement dans les diff\u00e9rents th\u00e8mes abord\u00e9s par l\u2019\u0153uvre de Verdi. Elle est assez changeante et tant\u00f4t joyeuse, tant\u00f4t dramatique, ne perdant pas de vue la mal\u00e9diction qui frappe Rigoletto. Ce dernier a continuellement un double sur la sc\u00e8ne. Gilda est repr\u00e9sent\u00e9e elle aussi par des doubles d\u2019\u00e2ges diff\u00e9rents \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors sont tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9s, les murs d\u00e9nud\u00e9s. Un escalier vient parfois s\u2019ajouter \u00e0 l\u2019ensemble. Les costumes sont d\u2019\u00e9poque moderne pour la premi\u00e8re sc\u00e8ne et reprennent donc l\u2019histoire de l\u2019op\u00e9ra qui se d\u00e9roule au XVI\u00e8me si\u00e8cle. Des v\u00eatements contemporains ont \u00e9t\u00e9 choisis pour la suite et permettent au spectateur de focaliser sur l\u2019oeuvre et le jeu des acteurs. Bien que tr\u00e8s sceptique par les mises en sc\u00e8ne modernes, je trouve celle-ci particuli\u00e8rement r\u00e9ussie. La mise en sc\u00e8ne est fid\u00e8le au texte initial. Les attitudes des personnages poussent le spectateur \u00e0 un meilleur ressenti au niveau des \u00e9motions d\u00e9gag\u00e9es par la musique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectateur est captiv\u00e9 par la musique et le jeu des personnages. Il est transport\u00e9 dans les diff\u00e9rentes actions et attend avec une certaine impatience le d\u00e9nouement, qu\u2019il n\u2019est pas en mesure de pr\u00e9voir. Il sent les \u00e9motions des acteurs.Drame de passion, de trahison, d&rsquo;amour filial et de vengeance, Rigoletto offre non seulement une parfaite combinaison m\u00e9lodique et dramatique, mais met en \u00e9vidence les tensions sociales et la condition f\u00e9minine subalterne dans laquelle le public du XIX\u00e8me si\u00e8cle pouvait facilement se reconna\u00eetre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pauline L\u00e9v\u00eaque<\/h6>\n<pre>Photo : Anni Lepp\u00e4l\u00e4<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus Le samedi 14 mai \u00e0 19h30, l\u2019Op\u00e9ra Bastille a propos\u00e9, sous la direction de Pier Giorgi Morandi, une repr\u00e9sentation d\u2019un des op\u00e9ras les plus c\u00e9l\u00e8bres de Verdi\u00a0: Rigoletto. 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