{"id":737,"date":"2016-05-30T20:00:20","date_gmt":"2016-05-30T19:00:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=737"},"modified":"2016-05-30T20:00:20","modified_gmt":"2016-05-30T19:00:20","slug":"china-moses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=737","title":{"rendered":"China Moses"},"content":{"rendered":"<p>Concert | Festival Jazz \u00e0 Saint-Germain-des-pr\u00e8s | Sorbonne | <a href=\"http:\/\/festivaljazzsaintgermainparis.com\/artist\/china-moses\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chanteuse jazz China Moses pr\u00e9sente son nouvel album, <em>Breaking Point<\/em>, pour la p\u00e9nulti\u00e8me soir\u00e9e du festival \u00ab Jazz \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s \u00bb dans l&rsquo;historique amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu de la Sorbonne. Elle est entour\u00e9e de quatre musiciens : Luigi Grasso au saxophone, Daniel Adebugbe au piano, Marcus Mcneish \u00e0 la basse et Emmanuel Antwi \u00e0 la batterie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9e aux Etats-Unis, elle monte sur sc\u00e8ne comme dans un <em>show <\/em>\u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine. Elle se filme elle-m\u00eame entrant sous les applaudissements du public gr\u00e2ce \u00e0 une perche \u00e0 <em>selfie<\/em>. Elle est habill\u00e9e avec des bottes hautes et une robe ray\u00e9e noir et argent et s&rsquo;adresse imm\u00e9diatement au public de mani\u00e8re affect\u00e9e. Son exub\u00e9rance qui nous renvoie (en tant que Fran\u00e7ais ?) \u00e0 un sentiment de superficialit\u00e9 agace d&#8217;embl\u00e9e. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas son spectacle d&rsquo;\u00eatre attachant et de receler des originalit\u00e9s sympathiques. D\u00e8s la fin du premier morceau, China Moses pr\u00e9sente ses musiciens en chantant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle parle \u00e0 son public r\u00e9guli\u00e8rement entre les chansons, comme les grandes <em>jazzwomen <\/em>qu&rsquo;elle admire, et c&rsquo;est forc\u00e9ment appr\u00e9ciable. Son interpr\u00e9tation en revanche, juste mais toujours surjou\u00e9e, \u00e9choue \u00e0 \u00e9mouvoir. Heureusement, les musiciens ont la simplicit\u00e9 qui lui manque pour nous offrir une musique sinc\u00e8re qui r\u00e9gale les oreilles par la douceur et la chaleur de ses m\u00e9lodies. Ils sont jeunes, ne se prennent pas au s\u00e9rieux et forment une vraie \u00e9quipe coh\u00e9rente, semblant les diff\u00e9rents organes d&rsquo;un m\u00eame corps. Aucun ne cherche \u00e0 ramener la couverture \u00e0 lui, au contraire chacun ouvre des questions pour permettre \u00e0 un autre de mieux r\u00e9pondre. Lors d&rsquo;un pr\u00e9cieux interlude, un dialogue amusant a lieu entre le synth\u00e9tiseur imitant le timbre du saxophone et le \u00ab vrai \u00bb saxophone. Pour la chanson <em>Whenever<\/em>, dans laquelle la chanteuse \u00e9voque les in\u00e9vitables mots qui blessent prononc\u00e9s aux gens qu&rsquo;on aime sous la col\u00e8re, Luigi Grasso nous r\u00e9gale au saxophone baryton avec un son d&rsquo;une limpidit\u00e9 remarquable, d\u00e9pourvu de la moindre asp\u00e9rit\u00e9 qui \u00e9corcherait l&rsquo;oreille, et hisse la ballade vers un sommet de douceur m\u00e9lancolique tr\u00e8s \u00e9mouvante. C&rsquo;est l&rsquo;acm\u00e9 m\u00e9lodique du spectacle, qui d\u00e9rive ensuite vers des pi\u00e8ces plus rythmiques, et toujours plus de gesticulations de China Moses, qui finissent pas lasser. En somme donc, un spectacle o\u00f9 on cesse vite d&rsquo;\u00e9couter la chanteuse pour se r\u00e9galer de ses talentueux musiciens !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Florine Le Bris<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">China Moses est une chanteuse fran\u00e7aise originaire des \u00c9tats-Unis, fille du r\u00e9alisateur am\u00e9ricain Gilbert Moses et de la chanteuse de jazz am\u00e9ricaine Dee Dee Bridgewater. China \u00e9volue dans un univers de jazz, soul et de swing, avec au fil de sa carri\u00e8res des aventures artistiques dans le rap et le r\u2019n\u2019b. En 1997, elle sort son premier album \u00e0 l\u2019\u00e2ge de seulement 19 ans, suivit depuis par quatre autres opus, et plusieurs participations avec notamment Diam\u2019s, Rapha\u00ebl Lemonnier et Andr\u00e9 Manoukian. China Moses est en parall\u00e8le animatrice et chroniqueuse (MTV France, Jazz Radio, le Grand Journal\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 \u00e0 la Sorbonne dans le cadre de l\u2019\u00e9dition 2016 du Festival Jazz \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s Paris, qui comme son nom l\u2019indique c\u2019est \u00e0 nouveau d\u00e9roul\u00e9 cette ann\u00e9e dans des lieux historiques du quartier Saint-Germain (Od\u00e9on, Mus\u00e9e de Cluny, Lucernaire, \u00e9glise Saint-Germain-des-Pr\u00e9s\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prestation de China Moses prend place dans le prestigieux amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu de la Nouvelle Sorbonne, plus habitu\u00e9 aux le\u00e7ons universitaires qu\u2019aux concerts de jazz. Les musiciens de China se serrent sur la petite sc\u00e8ne de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre autour de leurs instruments : un saxophone, une basse, une batterie et un beau piano. L\u2019entr\u00e9e de la chanteuse suffit \u00e0 rapidement dissiper la solennit\u00e9 des lieux. Visage rayonnant, grand sourire, beaut\u00e9, \u00e9l\u00e9gance et prestance naturelle, allure et tenue ultra-sensuelles : ce n\u2019est certes pas un professeur d\u2019universit\u00e9 qui vient de p\u00e9n\u00e9trer l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu, mais de toute \u00e9vidence une tr\u00e8s belle femme habitu\u00e9e \u00e0 la magie des concerts de jazz, dont le charisme r\u00e9chauffe l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre et emporte l\u2019ardeur du public, de toute fa\u00e7on d\u00e9j\u00e0 largement convaincu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La voix est suave, sensuelle et chaude, typiquement soul. La diva offre en exclusivit\u00e9 \u00e0 son public parisien la primeur de plusieurs chansons de son futur album (sortie le 15 octobre), qui alterne les titres rythm\u00e9s laissant la part belle \u00e0 son \u00e9nergie d\u00e9bordante, aux fameux solos de chaque musicien, et les morceaux plus intimes de confidences. Et la chanteuse fran\u00e7aise aime parler et \u00e9changer longuement entre les chansons \u2013 de son propre aveux- n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 s\u2019asseoir parmi son public, son beau sourire toujours irradiant. China Moses chante l\u2019amour, comme la plupart des chanteurs, mais l\u2019amour de \u00ab torch song \u00bb. Des histoires passionnelles, m\u00e9lancoliques, p\u00e9nibles, impossibles, rat\u00e9es, imagin\u00e9es, bref des histoires d\u2019amour, un style particulier o\u00f9 excelle par exemple un certain Sinatra. Trop court, le concert s\u2019ach\u00e8ve dans un dernier rappel et une ultime chanson soule, avant que les lumi\u00e8res ne rappellent au public qu\u2019il vient de passer 1h30 sur les bancs de cours de la Sorbonne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Jean-Charles Foucrier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cadre du festival Jazz \u00e0 Saint-Germain et \u00e0 l&rsquo;occasion de la sortie de son nouvel album, China Moses, a donn\u00e9 le lundi 30 mai un concert dans l&rsquo;Amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu de la Sorbonne. Le choix du lieu m&rsquo;a paru a priori singulier pour ce type de musique, car juste quelques mois plus t\u00f4t, le Petit Ch\u0153ur de la Sorbonne interpr\u00e9tait sur la m\u00eame sc\u00e8ne des musiques nordiques dans une ambiance tr\u00e8s intime et feutr\u00e9e. L&rsquo;\u00e9nergie et le swing de China Moses me semblait peu adapt\u00e9 au cadre et pourtant ce fut avec un immense plaisir que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre pouvait aussi bien se m\u00e9tamorphoser en v\u00e9ritable bo\u00eete de jazz. La disposition sc\u00e9nique, sans v\u00e9ritable d\u00e9marcation entre la sc\u00e8ne et le public, convenait parfaitement \u00e0 China Moses qui joue beaucoup avec son public, lui raconte des anecdotes et des histoires \u00e0 dormir debout. La chanteuse pouvait se mouvoir \u00e0 travers la salle, s&rsquo;asseoir facilement avec le public et ainsi instaurer un lien fort avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est cet \u00e9change constant avec le public qui m&rsquo;a particuli\u00e8rement touch\u00e9, car aucune chanson n&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9e au hasard : toutes avaient un sens et une histoire. Contrairement \u00e0 ses pr\u00e9c\u00e9dents albums, China a d\u00e9cid\u00e9 de ne plus faire de reprises mais de laisser parler sa cr\u00e9ativit\u00e9. Nous avons donc pu entendre des compositions originales, vari\u00e9es, cr\u00e9\u00e9es en collaboration avec le chanteur londonien Craig David. L&rsquo;effectif est simple mais efficace\u00a0: une batterie, une basse, un piano et un saxophone, tous les instruments r\u00e9unis pour mettre en place un groove \u00e9patant. Mon seul regret fut finalement que nous n&rsquo;ayons pas pu nous lever et danser pour en profiter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le style de ce nouvel album se trouve \u00e0 la fronti\u00e8re entre Jazz, Blues et RnB et China Moses jongle avec brio entre ces diff\u00e9rentes influences. Au cours de son concert elle a m\u00eame interpr\u00e9t\u00e9 du Janis Joplin ce qui rend encore une fois son style inclassable. Malgr\u00e9 son timbre et sa puissance vocale, la chanteuse ne tombe jamais dans de la pure d\u00e9monstration, elle sait se mettre en retrait pour donner du sens au texte mais aussi pour laisser ses musiciens improviser et s&rsquo;exprimer eux-aussi. On a pu regretter l&rsquo;absence d&rsquo;improvisation de sa part, et surtout le caract\u00e8re un peu trop encadr\u00e9 de sa prestation qui tranche avec son apparente excentricit\u00e9. Toujours est-il que l&rsquo;\u00e9nergie de China Moses a fait trembler les murs de l&rsquo;Universit\u00e9 Paris- Sorbonne pour notre plus grand plaisir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9o Guillou-K\u00e9r\u00e9dan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voil\u00e0 dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu de la Sorbonne pour assister \u00e0 un nouveau concert\u00a0: celui de la chanteuse China Moses, dans le cadre du festival de jazz de Saint Germain des Pr\u00e9s. Un homme pr\u00e9sente le festival et la chanteuse avant qu\u2019elle n\u2019entre sur sc\u00e8ne. Apr\u00e8s qu\u2019il ait fini de parler, China Moses appara\u00eet, p\u00e9tillante et charmeuse dans sa robe paillet\u00e9e \u00e0 grosses rayures noires et argent\u00e9es et ses bottes montantes. Elle se filme avec son smartphone mont\u00e9 sur une perche \u00e0 selfie, ce qui nous donne une dr\u00f4le d\u2019impression, mais qui reste sympathique. Elle est accompagn\u00e9e d\u2019un guitariste, d\u2019un saxophoniste, d\u2019un batteur et d\u2019un clavi\u00e9riste. Elle salue le public en souriant et entame sa premi\u00e8re chanson\u00a0: <em>Whatever<\/em>. Sa voix chaleureuse et enveloppante nous accueille pour un voyage dans les nouvelles contr\u00e9es f\u00e9minines du jazz. Entre les chansons, elle parle de sa vie. Elle nous raconte l\u2019histoire d\u2019une femme crois\u00e9e au bar de son h\u00f4tel un soir, et \u00e0 qui elle avait d\u00e9clar\u00e9 l\u2019admiration qu\u2019elle avait pour sa beaut\u00e9 et, \u00e9trangement, pour sa taille, qui, pour China Moses, semble pouvoir \u00eatre un facteur d\u2019invincibilit\u00e9. Elle-m\u00eame n\u2019est pas tr\u00e8s grande, m\u00eame perch\u00e9e sur des talons de huit centim\u00e8tres, mais elle demeure tr\u00e8s respectable, et la beaut\u00e9 de sa voix ne s\u2019en trouve pas diminu\u00e9e. C\u2019est ce qu\u2019elle comprendra plus tard, que le physique ne fait pas tout et qu\u2019elle peut\u00a0\u00ab\u00a0break my bonds\u00a0\u00bb comme elle dit dans la chanson suivante. Oui, n\u2019importe qui le peut. Elle encha\u00eene avec un autre sujet sensible\u00a0: l\u2019alcool. Faisant semblant d\u2019avoir un peu abus\u00e9 de la boisson, elle titube d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la sc\u00e8ne avec les lunettes du guitariste sur le nez, hilare, tout en chantant, toujours en anglais, les m\u00e9rites, ou non, de l\u2019alcool. Survolt\u00e9e, elle nous explique ensuite comment elle en est venue \u00e0 finalement composer elle-m\u00eame un album qui au d\u00e9part ne devait \u00eatre qu\u2019un album de reprises\u00a0; et encha\u00eene avec la reprise d\u2019une chanson de Janis Joplin, une femme, qu\u2019elle nous dit admirer beaucoup.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, toujours dans son \u00e9lan, la chanteuse entame une tirade sur les surnoms des instruments. En effet, elle dit avoir l\u2019habitude de donner des surnoms plus ou moins \u00e9vocateurs aux instruments jou\u00e9s par les musiciens qui l\u2019accompagnent. Le public rit. Elle nous d\u00e9die ensuite une chanson, \u00e0 nous, son public. Elle est reconnaissante et semble rayonner de partager ce soir ses chansons avec nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s \u00e7a, c\u2019est reparti, et elle prend pour sujet un autre mal\u00a0: l\u2019addiction. Dans son cas \u00e0 elle, l\u2019addiction \u00e0 la nicotine. Et oui, chacun ses d\u00e9fauts, assume-t-elle avant d\u2019entamer son chant d\u2019un air m\u00e9lancolique et r\u00e9sign\u00e9.<\/p>\n<p>Finalement, elle nous pr\u00e9sente son avant-derni\u00e8re chanson, dont le refrain, \u00ab\u00a0Runnin\u2019, runnin\u2019\u2026\u00a0\u00bb semble exprimer son envie d\u2019\u00e9vasion, ainsi que son temp\u00e9rament qui semble \u00eatre insaisissable et insoumis. D\u00e9\u00e7us d\u2019\u00eatre si vite abandonn\u00e9s par l\u2019\u00e9nergie et la bonne humeur de la jazzwoman, nous la rappelons \u00e0 coups d\u2019applaudissements et de bravo, et elle revient en trombe pour nous interpr\u00e9ter un dernier morceau, la chanson \u00ab\u00a0des meufs en col\u00e8re\u00a0\u00bb, une main sur la hanche. On avait oubli\u00e9 de le pr\u00e9ciser, mais China Moses a non seulement le groove dans la voix, mais aussi dans le corps. Elle n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019accompagner chacune de ses chansons de chor\u00e9graphies enjou\u00e9es de chanteuse survolt\u00e9e.<\/p>\n<p>Avant de partir, elle filme une derni\u00e8re fois la salle avec son t\u00e9l\u00e9phone, nous lance un \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0Thank you, I love ou guys\u00a0\u00bb, puis quitte la sc\u00e8ne, laissant dans l\u2019atmosph\u00e8re un air d\u2019entrain et de bonne humeur ambiante dont nous esp\u00e9rons qu\u2019il ne va pas nous quitter tout de suite.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lola Niedermayer<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Autant le dire toute suite, on a l&rsquo;impression que la ville enti\u00e8re s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e jusque dans l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu pour le \u00ab\u00a0show\u00a0\u00bb de China Moses, dans cette auguste salle o\u00f9 tous les \u00e2ges sont venus pour avoir la primeur du prochain album de la chanteuse jazz-soul am\u00e9ricaine francophone.<\/p>\n<p>Comment d\u00e9crire pour commencer son arriv\u00e9e flamboyante sur sc\u00e8ne, dans une robe scintillante avec l&rsquo;ensemble des musiciens, et les premiers accents d&rsquo;une voix puissante et chaude qui toute la soir\u00e9e, accompagnera le spectateur dans la d\u00e9couverte de ses nouvelles cr\u00e9ations, en lui contant avec \u00e0 propos et charme la gen\u00e8se, d\u00e9chirante ou comique, de chansons dont les th\u00e8mes font appara\u00eetre une grande sensibilit\u00e9 et une humilit\u00e9 qui a partie li\u00e9e avec l&rsquo;auto-d\u00e9rision la plus enthousiasmante. O\u00f9 l&rsquo;on sent et ressent, surtout, un optimisme et une passion de vivre rares, d\u00e9bordants sans jamais verser dans le ridicule.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but, on est entra\u00een\u00e9 par un swing divin, par une ma\u00eetrise vocale incroyable et surtout une \u00e9nergie qui conf\u00e8re \u00e0 son show un magn\u00e9tisme rare, qui emporte toute la salle en un claquement de doigts. Du d\u00e9but \u00e0 la fin, l&rsquo;am\u00e9ricaine jouera de sa sensualit\u00e9, sans jamais franchir la ligne rouge de la vulgarit\u00e9, avec au contraire une gr\u00e2ce d&rsquo;autant plus ph\u00e9nom\u00e9nale qu&rsquo;elle nous parle, sur le ton de la confidence, d&rsquo;une chanson dont l&rsquo;id\u00e9e est venue de la rencontre avec une femme magnifique, dans un bar, que China Moses nous avoue avoir jalous\u00e9. Mariant avec bonheur le jazz et la soul, bien s\u00fbr, mais \u00e9galement le RnB et le gospel, China Moses qui r\u00e8gne, litt\u00e9ralement, telle une lionne sur des musiciens dont elle laisse n\u00e9anmoins \u00e9clater tout le talent (dans des solos de piano et de saxophone magistraux), a compos\u00e9 pour eux avec le r\u00e9alisateur anglais Anthon Marshall des pi\u00e8ces o\u00f9 chaque instrument donne le meilleur de lui-m\u00eame, dans une ambiance qui confine tant\u00f4t au cabaret, tant\u00f4t au club des ann\u00e9es folles ou cinquante, tant\u00f4t au stade qu&rsquo;inonde sa tessiture majestueuse. Et, par une ruse dont on se frotte les yeux, l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre se pr\u00eate remarquablement au jeu avec une acoustique tr\u00e8s satisfaisante. Apr\u00e8s un rappel enflamm\u00e9, on en ressort avec une p\u00eache formidable, et il est vrai, un peu fatigu\u00e9 d&rsquo;avoir tant frapp\u00e9 des mains pour accompagner une artiste qu&rsquo;on peut d\u00e9cemment qualifier de l\u00e9gende vivante ; qui non content, et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel, de ressusciter les tr\u00e8s riches heures du jazz, rel\u00e8ve le pari, pour reprendre les termes d&rsquo;Andr\u00e9 Manoukian \u00e0 son \u00e9gard, de \u00ab\u00a0ramasser les fl\u00e8ches lanc\u00e9es par les anciens, pour les lancer plus loin\u00a0\u00bb, ce qui assur\u00e9ment le plus fascinant des hommages.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Martin Chevallier<\/h6>\n<hr \/>\n<h3>La rencontre de la diva et du cardinal.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour interpr\u00e9ter en avant-premi\u00e8re la sortie (le 15 octobre) de son sixi\u00e8me album, compos\u00e9 avec Anthony Marshall, \u00ab\u00a0Breaking Point\u00a0\u00bb, Mrs. Moses ne choisit pas n&rsquo;importe quel endroit ! Le spectateur entre rue de la Sorbonne. Passe devant la chapelle dans la cour d&rsquo;honneur. Patiente quelques minutes dans la galerie qui a pris des allures de vestibule et p\u00e9n\u00e8tre dans la grande salle ronde \u00e0 gradin de l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu. Sur la sc\u00e8ne, un saxophone, une batterie, un piano et un micro ont pris la place des habituels professeurs de lettres. L&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9clairage tamis\u00e9 et de l&rsquo;imagination nous transporte alors dans un de ces vieux cabarets jazz tout droit sortis de L.A. confidential.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;ensuit l&rsquo;entr\u00e9e des artistes. Luigi Grasso (saxophoniste et directeur musical de China) suivi de three young british who just crossed the English Channel: Daniel Adekugbe (piano), Marcus McNeish (basse) and Emmanuel Antwi (batterie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis la diva du jazz arrive, souriante, pour exposer toute la palette de son talent. Elle le rappelle en guise d&rsquo;entracte, ce qu&rsquo;elle admirait chez ses idoles du jazz c&rsquo;\u00e9tait leur sens du spectacle. Au-del\u00e0 du spectacle c&rsquo;est une histoire que China a racont\u00e9e ce soir au fil des morceaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le swing est d&rsquo;abord l\u00e9ger pour mettre tout le monde dans le tempo avec une chanson qui raconte le probl\u00e8me quotidien de la surconnexion aux r\u00e9seaux sociaux et l&rsquo;envie de China d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0disconnected\u00a0\u00bb. Puis le rythme de la soir\u00e9e s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re sous les coups appuy\u00e9s de la batterie. Le public clap their hands et r\u00e9pond aux \u00ab\u00a0Hey ! Ho!\u00a0\u00bb lanc\u00e9s. China pr\u00e9vient alors de \u00ab\u00a0Watch out\u00a0\u00bb \u00e0 ce qu&rsquo;on fait lors des sorties comme celles-ci qui peuvent \u00eatre un peu trop arros\u00e9es. L&rsquo;attention du public capt\u00e9e, elle profite alors d&rsquo;une balade romantique fa\u00e7on cool jazz pour faire passer un message : l&rsquo;essentielle r\u00e9side dans l&rsquo;amour. Mais elle avertit ensuite que les histoires d&rsquo;amour peuvent finir mal et conclue lors d&rsquo;une engueulade arriv\u00e9e au cours d&rsquo;une rupture \u00ab\u00a0Whatever\u00a0\u00bb. Mrs Moses chante aussi ses moments d&rsquo;\u00e9nervements passagers. Par exemple la col\u00e8re qu&rsquo;elle \u00e9prouve contre elle-m\u00eame lorsqu&rsquo;elle jalouse cette jolie fille qui entre dans le bar et l&rsquo;efface un peu en s&rsquo;asseyant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle. A ce moment, la voie se renforce et d\u00e9voile sa puissance dans\u00a0\u00bbBreaking point\u00a0\u00bb. Mais le coeur reprend toujours le dessus. Et, apr\u00e8s quelques verres, de \u00ab\u00a0t\u00e9quila\u00a0\u00bb partag\u00e9s avec cette rivale d&rsquo;un soir devenue copine, China se sent \u00ab\u00a0Hung over\u00a0\u00bb. Ce qui n&rsquo;est pas sans faire marrer les quatre comp\u00e8res en arri\u00e8re-plan qui suivent les titubations de la chanteuse sur sc\u00e8ne avec leurs instruments. Retour \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9, avec un hommage \u00e0 Janis Joplin dont elle est une fan. Puis un autre \u00e0 \u00ab\u00a0Mister Big\u00a0\u00bb (surnom donn\u00e9 \u00e0 la grosse caisse) et \u00ab\u00a0Berry\u00a0\u00bb (le saxophone), les deux instruments chanceux qui ont droit \u00e0 un morceau sensuel. Pour indiquer qu&rsquo;il va, malheureusement, bient\u00f4t falloir se quitter, \u00ab\u00a0Lobby Call\u00a0\u00bb t\u00e9moigne de la vie d&rsquo;artiste dans laquelle, passant d&rsquo;une sc\u00e8ne \u00e0 une autre, on a \u00e0 peine le temps de se saluer que l&rsquo;on repart d\u00e9j\u00e0. La relation de confiance install\u00e9e, China finit par nous confesser son \u00ab\u00a0Addiction\u00a0\u00bb \u00e0 la nicotine&#8230;. Ce n&rsquo;est rien China, la voix reste intacte. Les applaudissements du public forcent le quintet \u00e0 revenir pour une derni\u00e8re musique dans laquelle, heureusement pour nous, China indique ne pas vouloir s&rsquo;arr\u00eater de \u00ab\u00a0Running\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle est \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;artiste : passionn\u00e9. China prend le temps de rencontrer son public, raconter ses anecdotes pour expliquer ses inspirations et mettre ses partenaires en valeur. Chaque chanson poss\u00e8de son identit\u00e9 et son timbre de voix. Les styles se m\u00e9langent renvoyant \u00e0 toutes les \u00e9coles du jazz et incorporant des tendances soul, funk, hip hop, reggae&#8230; Les quatre complices ont \u00e9galement eu l&rsquo;occasion de faire \u00e9tat de leur talent lors des solos de saxophone, piano, batterie et basses qui ont entrecoup\u00e9 les morceaux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Robin Bouvier<\/h6>\n<pre class=\"scene\" style=\"text-align: justify;\">Photo : Sylvain Norget<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Concert | Festival Jazz \u00e0 Saint-Germain-des-pr\u00e8s | Sorbonne | En savoir plus La chanteuse jazz China Moses pr\u00e9sente son nouvel album, Breaking Point, pour la p\u00e9nulti\u00e8me soir\u00e9e du festival \u00ab Jazz \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s \u00bb dans l&rsquo;historique amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu de la Sorbonne. 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