{"id":7379,"date":"2015-10-04T17:30:34","date_gmt":"2015-10-04T16:30:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=180"},"modified":"2015-10-04T17:30:34","modified_gmt":"2015-10-04T16:30:34","slug":"les-geants-de-la-montagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=7379","title":{"rendered":"Les g\u00e9ants de la montagne"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/les-geants-de-la-montagne\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un bout d\u2019\u00eele d\u00e9sert\u00e9. Une villa d\u00e9labr\u00e9e au bord d\u2019une falaise. Des com\u00e9diens errants et des \u00ab poissards \u00bb asociaux. Voil\u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019atmosph\u00e8re de ces G\u00e9ants de la montagne, pi\u00e8ce inachev\u00e9e de Luigi Pirandello et mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig au th\u00e9\u00e2tre national de La Colline. Une ambiance de fin de monde. Et c\u2019est franchement peu enthousiasmant : on s\u2019attend \u00e0 une pi\u00e8ce de trois heures bien sombre, bien triste doubl\u00e9e d\u2019une r\u00e9flexion m\u00e9taphysique sur le th\u00e9\u00e2tre, mise en abyme de la vie et consorts. Les G\u00e9ants de la montagne c\u2019est le chef-d\u2019oeuvre de Pirandello, qu\u2019il a \u00e9crite pendant huit ans (1928 \u2013 1936) sans r\u00e9ussir \u00e0 la terminer, c\u2019est le \u00ab mythe \u00bb (c\u2019est ainsi que la pi\u00e8ce est sous-titr\u00e9e), l\u2019\u0153uvre somme qui veut tout dire et tout montrer dans une Italie fasciste et une Europe au bord de la guerre. C\u2019est donc assez colossal et si l\u2019on tente de r\u00e9sumer la pi\u00e8ce cela pourrait donner quelque chose comme cela : la troupe de th\u00e9\u00e2tre de la Comtesse, en vagabondage apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de La Fable de l\u2019enfant \u00e9chang\u00e9, pi\u00e8ce maudite, \u00e9choue dans la villa de Cotrone et de ses coll\u00e8gues souffreteux, des originaux qui vivent retir\u00e9s du monde. Cotrone va accueillir ces acteurs arriv\u00e9s au bout d\u2019eux-m\u00eames et les faire p\u00e9n\u00e9trer dans le monde des r\u00eaves, bien plus enchanteur et vrai que la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame. Tout un programme. Mais Braunschweig ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Non seulement il a traduit lui-m\u00eame la pi\u00e8ce de l\u2019italien mais en plus il y a ajout\u00e9 le texte et la mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce cit\u00e9e dans Les G\u00e9ants de la montagne : La Fable de l\u2019enfant \u00e9chang\u00e9, v\u00e9ritable pi\u00e8ce \u00e9crite par Pirandello lui-m\u00eame en 1932, simultan\u00e9ment aux G\u00e9ants de la montagne donc. Vertigineux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant, de fa\u00e7on assez surprenante et magistrale, la magie op\u00e8re et le miracle advient. Tout d\u2019abord, la sc\u00e9nographie est telle que le lieu semble avoir \u00e9t\u00e9 construit pour ces G\u00e9ants : le th\u00e9\u00e2tre de la Colline, \u00e0 la limite de la salle de cin\u00e9ma, d\u2019un bloc, est immense et contribue ainsi \u00e0 la d\u00e9mesure du texte, d\u2019autant plus que le public est souvent int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce, toute lumi\u00e8re sur lui. La sc\u00e8ne accueille avec largesse l\u2019imposante villa qui tourne et vire et les quatorze acteurs dansant, gesticulant, courant, virevoltant. Les jeux de lumi\u00e8res et de sons, notamment les images de pantins g\u00e9ants projet\u00e9es sur sc\u00e8ne et l\u2019\u00e9cho des voix dans la maison, ne sont pas \u2013 et ce n\u2019est pas n\u00e9gligeable \u2013 gratuits : la mise en sc\u00e8ne est au service de la pi\u00e8ce, qui la rend plus monstrueuse, plus grin\u00e7ante et en m\u00eame temps plus grandiose et plus sublime. Les acteurs nous proposent une interpr\u00e9tation \u00e0 jeu \u00e9gal et la com\u00e9dienne de La Sgricia, la mystique, joue m\u00eame en italien : merci ! C\u2019est \u00e0 la fois harmonieux et dissonant, beau et laid. Oui, les dialogues sont souvent abscons mais cela est annul\u00e9 par le grotesque et le f\u00e9\u00e9rique du jeu des acteurs et de la mise en sc\u00e8ne \u00e9poustouflante. Oui, la pi\u00e8ce est lente mais il n\u2019y a jamais de longueurs (et non elle ne dure pas trois longues heures mais seulement une heure quarante-cinq). La sc\u00e9nographie est \u00e0 ce point totale que le public m\u00eame est incorpor\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce par des jeux de lumi\u00e8res : les g\u00e9ants de la montagne c\u2019est un peu nous,<br \/>\nmasse de spectateurs silencieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est tellement riche que l\u2019on se demande parfois ce \u00ab que l\u2019auteur veut dire \u00bb. Or, il semble bien que la pi\u00e8ce veuille faire exploser cette attente d\u2019un message direct, presque simpliste : par leur \u00ab th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre \u00bb, les G\u00e9ants d\u00e9noncent le superflu de nos existences et promeuvent une puret\u00e9 de la vie et de la cr\u00e9ation \u00e0 tout prix (venez vous r\u00e9fugier dans ce \u00ab no man\u2019s land \u00bb pour vivre de litt\u00e9rature et de brise marine). Message d\u00e9jou\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 criante pour une \u0153uvre d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e pour exister, pour des \u00eatres de jouer pour subsister. O\u00f9 \u0153uvre de cr\u00e9ation et vie sociale sont inextricablement li\u00e9es. Les questions<br \/>\nrestent en suspens et la pi\u00e8ce inachev\u00e9e d\u2019o\u00f9 l\u2019am\u00e8re m\u00e9lancolie qui s\u2019empare du spectateur en sortant de la salle : on reste sans r\u00e9ponse mais avec la douce certitude d\u2019avoir vu du th\u00e9\u00e2tre, du vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais apparemment cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 du go\u00fbt de tout le monde. En effet, si personne n\u2019a quitt\u00e9 la salle pendant la pi\u00e8ce, mes voisins se sont endormis et de nombreux spectateurs sont partis pendant le salut des acteurs ou se sont abstenus d\u2019applaudir. Cette dissension, ce d\u00e9saccord flagrants entre les spectateurs soulignent \u00e0 quel point la pi\u00e8ce et sa mise en sc\u00e8ne sont engag\u00e9es dans une d\u00e9marche de th\u00e9\u00e2tre total : quelque chose se passe, c\u2019est ind\u00e9niable.<\/p>\n<h6 class=\"scene\" style=\"text-align: right;\">Claire Saumande<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre sur une sc\u00e8ne de panique\u00a0: \u00ab\u00a0Ils arrivent\u00a0\u00bb. Les costumes sont loufoques, les personnages courent partout. On a d\u00e8s le d\u00e9but l&rsquo;impression d&rsquo;un lieu \u00e9trange, coup\u00e9 du reste du monde, o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est plus la m\u00eame. Ce sentiment est vite confirm\u00e9\u00a0: on y voit un magicien, une miracul\u00e9e qui pourrait \u00eatre folle, ou l&rsquo;inverse, une troupe de com\u00e9diens ruin\u00e9s, obs\u00e9d\u00e9s par la derni\u00e8re pi\u00e8ce d&rsquo;un dramaturge suicid\u00e9. Et les g\u00e9ants de la montagne, ceux du titre, on n&rsquo;en entend que le bruit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est presque vide d&rsquo;accessoires, sinon cette structure de verre et de tissu qui repr\u00e9sente la villa. Les personnages \u00e9voluent alternativement juste devant les spectateurs ou enferm\u00e9s dans des pi\u00e8ces de verre, comme dans leurs r\u00eaves. La pi\u00e8ce parle de r\u00e9alit\u00e9 et de r\u00eaves, mais aussi, de mani\u00e8re \u00e9mouvante, du th\u00e9\u00e2tre. Peut-on jouer une pi\u00e8ce pour le pur plaisir des com\u00e9diens eux-m\u00eames, ou le th\u00e9\u00e2tre doit-il \u00eatre amen\u00e9 au public, m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit de ces \u00eatre myst\u00e9rieux que sont les g\u00e9ants de la montagne\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la derni\u00e8re \u0153uvre de Pirandello, \u00e9crite vers 1936, que nous voyons ici, une \u0153uvre qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais finie. On y retrouve, comme dans <em>Six personnages en qu\u00eate d&rsquo;auteur<\/em>, la mise en abyme, les questionnements sur le th\u00e9\u00e2tre, mais aussi la folie, la cruaut\u00e9 du monde ext\u00e9rieur, l&rsquo;essentiel et le superflu. St\u00e9phane Braunschweig en rend toute la singularit\u00e9, par une mise en sc\u00e8ne m\u00e9langeant sobri\u00e9t\u00e9 et extravagance, pour raconter une histoire qui tient autant du conte, de la fable que du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est pas une pi\u00e8ce facile. Les r\u00e9f\u00e9rences sont nombreuses, les mots et les phrases semblent voyager jusqu&rsquo;\u00e0 se perdre, les couleurs sont de petites touches dans un univers noir et blanc. Les personnages sont quatorze, et souvent tous en m\u00eame temps sur la sc\u00e8ne. Dominique Reymond et Claude Duparfait, qui ont les plus grands r\u00f4les, sont superbes dans des registres tr\u00e8s diff\u00e9rents\u00a0: elle, celui d&rsquo;une actrice devenue comtesse, exalt\u00e9e et f\u00e9brile, lui dans celui d&rsquo;un vieil homme retir\u00e9 du monde, serein, lointain et pourtant bien au premier plan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On en sort avec un sentiment d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9. C&rsquo;est sans doute un effet secondaire n\u00e9cessaire de la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;une pi\u00e8ce rest\u00e9e inachev\u00e9e, mais c&rsquo;est aussi ce jeu entre les r\u00eaves, la r\u00e9alit\u00e9 et le th\u00e9\u00e2tre qui nous perd et nous rattrape tout au long de la pi\u00e8ce. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs sur la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, fil conducteur tout au long, que cette mise en sc\u00e8ne s&rsquo;ach\u00e8ve. La pi\u00e8ce de Pirandello s&rsquo;arr\u00eatait, elle, sur ce \u00ab\u00a0J&rsquo;ai peur\u00a0\u00bb alors que les g\u00e9ants se font entendre. Mais Braunschweig a choisi d&rsquo;y ajouter cette <em>Fable de l&rsquo;enfant \u00e9chang\u00e9<\/em>, cette pi\u00e8ce qui obs\u00e8de les personnages et qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite \u00e0 part. Cela donne \u00e0 l&rsquo;ensemble une sorte d&rsquo;unit\u00e9 dans le discontinu, qui nous fait nous demander sans cesse\u00a0: dans tout cela, qu\u2019est-ce qui est vrai\u00a0? Les personnages sont-ils, comme ils se soup\u00e7onnent entre eux, toujours en train de jouer\u00a0? Ou peut-\u00eatre r\u00eavent-ils tout ce temps, dans un lieu imaginaire, tant\u00f4t rempli de marionnettes, tant\u00f4t baign\u00e9 de flammes\u00a0? Et nous, qui regardons, que sommes-nous dans cette pi\u00e8ce qui nous entra\u00eene\u00a0? \u00ab On ne dit jamais mieux la v\u00e9rit\u00e9 que quand on l&rsquo;invente \u00bb, dit Cotrone le magicien. Et l\u00e0 est toute la magie.<\/p>\n<h6 class=\"scene\" style=\"text-align: right;\">Flore Picard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rejet\u00e9e des hommes, la \u00ab\u00a0comtesse\u00a0\u00bb Isle (Dominique Reymond) part dans les montagnes, accompagn\u00e9e de sa troupe d&rsquo;acteurs, maigres et harass\u00e9s, pour jouer partout o\u00f9 elle le peut encore la <em>Fable de l&rsquo;enfant \u00e9chang\u00e9<\/em>. Cette \u0153uvre est celle d&rsquo;un po\u00e8te qui s&rsquo;est tu\u00e9 par amour pour elle\u00a0; Isle porte, depuis, ce fardeau sur ses faibles \u00e9paules. La troupe arrive \u00e0 la villa du \u00ab\u00a0magicien\u00a0\u00bb Cotrone (Claude Dupafait), o\u00f9 il vit avec sa bande de \u00ab\u00a0poissards\u00a0\u00bb en costumes bariol\u00e9s et, aussi, des esprits&#8230; Cette villa est comme un autre monde, comme le note le metteur en sc\u00e8ne\u00a0: les fant\u00f4mes, les chim\u00e8res, les apparitions et les cr\u00e9ations de l&rsquo;esprit r\u00e9gissent le lieu, offrant tout ce dont on a besoin pour vivre\u00a0: du superflu, rien que du superflu. C&rsquo;est dans ce th\u00e9\u00e2tre <em>hant\u00e9<\/em> que Cotrone propose \u00e0 Isle de faire escale, pour y jouer sa pi\u00e8ce pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, avec un public assur\u00e9, celui des songes&#8230; Mais implacablement r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 faire conna\u00eetre la <em>Fable<\/em> parmi les hommes, la comtesse se tourne du c\u00f4t\u00e9 des G\u00e9ants de la Montagne, peuple se livrant \u00e0 de gigantesques travaux, dans une relation cultuelle au collectif et au sacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pirandello est la r\u00e9f\u00e9rence majeure du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, faisant valser les mondes r\u00e9el, sc\u00e9nique, imaginaire\u00a0; la mise en sc\u00e8ne de S. Braunschweig ne semble pas vouloir signifier autre chose quand, sur la sc\u00e8ne, un seul \u00e9l\u00e9ment est pr\u00e9sent, occupant toute la place\u00a0: la villa, en forme de maison certes, mais aussi de petit th\u00e9\u00e2tre. Une fois les deux troupes en pr\u00e9sence, polaris\u00e9es respectivement autour de Cotrone et d&rsquo;Ilse, le voyage commence dans un monde tremblotant, fait d&rsquo;apparitions, de magie (la maison prend feu en un seul cri lanc\u00e9 vers le ciel..), o\u00f9 la comtesse confronte son attachement au monde des hommes, sa propre identit\u00e9 (est-elle Isle ou cette femme dont parle la <em>Fable<\/em>?) en m\u00eame temps que ses compagnons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi l&rsquo;utilisation des hologrammes, dont ces terrifiants pantins de bois, fantomatiques, projet\u00e9s sur le verre, les jeux monochromatiques encore (l&rsquo;angoissante lumi\u00e8re rouge durant la nuit \u00e0 la villa) proc\u00e8dent-ils d&rsquo;une mise en sc\u00e8ne moderne d&rsquo;une fable atemporelle. Ce sont des acteurs qui jouent aux acteurs qui nous sont donn\u00e9s \u00e0 voir et \u00e0 entendre\u00a0; aussi le jeu des masques est-il lui aussi r\u00e9current, jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9figurer les acteurs, les perdre, aussi, dans ces m\u00e9andres de songe et de r\u00e9alit\u00e9. L&rsquo;un devient travesti dans son sommeil\u00a0; un autre revient en soubrette, un dernier en sultan. Un autre meurt \u2013 mais en songe\u00a0!&#8230; sur un \u00e9cran.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est dans cet univers en perp\u00e9tuelle tension (Isle et Cotrone jouant \u00e0 deux atomes qui se rapprochent puis s&rsquo;\u00e9loignent) que les couleurs, les acteurs pas toujours eux-m\u00eames, disparaissant et r\u00e9apparaissant dans l&rsquo;arri\u00e8re de cette villa qui tourne sur elle-m\u00eame pour nous offrir son int\u00e9rieur, que le texte de Pirandello \u2013 qui a \u00e9crit <em>la Fable de l&rsquo;enfant \u00e9chang\u00e9<\/em>!- r\u00e9sonne dans toutes ses dimensions\u00a0: po\u00e9tique, m\u00e9ta-po\u00e9tique, mythologique, politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l\u00e0 le talent de S. Braunschweig que d&rsquo;avoir r\u00e9ussi \u00e0 m\u00ealer ces fils divers qui forment l\u2019\u0153uvre incroyablement dense de Pirandello. La repr\u00e9sentation fait entendre le talent du po\u00e8te\u00a0; et donne \u00e0 vivre, en riant, ou en tremblant, un spectacle qui salue tous les spectacles, c\u00e9l\u00e8bre la beaut\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture, la n\u00e9cessit\u00e9 de la po\u00e9sie, la libert\u00e9 de l&rsquo;artiste.<\/p>\n<h6 class=\"scene\" style=\"text-align: right;\">Louis Tisserand<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les G\u00e9ants de la Montagne <\/em>s&rsquo;est donn\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre national de la Colline le dimanche 4 octobre \u00e0 15h30. La pi\u00e8ce a dur\u00e9 1h50.<br \/>\nLa pi\u00e8ce raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une troupe de th\u00e9\u00e2tre qui essaye de jouer une pi\u00e8ce \u00e9crite par un de leur membres, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ; mais partout o\u00f9 ils la jouent ils se font siffler. Ils se rendent alors dans les montagnes et rencontrent des personnes assez \u00e9tranges, notamment un magicien, qui habitent un endroit o\u00f9 la fronti\u00e8re entre l&rsquo;imaginaire des r\u00eaves et le r\u00e9el n&rsquo;existe pas, comme dit le magicien : \u00ab\u00a0On invente la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est innovante par les techniques utilis\u00e9es. En effet, certains personnages (les matelots par exemple) sont des animations et les d\u00e9cors ne sont pas chang\u00e9s \u00e0 chaque fin d&rsquo;acte. D&rsquo;ailleurs il n&rsquo;y que la villa qui fait office de d\u00e9cors et c&rsquo;est l&rsquo;unique lieu o\u00f9 se d\u00e9roule l&rsquo;action. Le rythme est assez lent, il ne se passe presque rien pendant la pi\u00e8ce, tout est dans les dialogues. Il n&rsquo;y a pas de bouleversement et le seul \u00e9l\u00e9ment qui rythme la pi\u00e8ce est le passage du r\u00e9el aux r\u00eaves. L&rsquo;histoire se passe en temps r\u00e9el et la pi\u00e8ce utilise le proc\u00e9d\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre. L&rsquo;action est lin\u00e9aire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est assez simple car il ne se compose que d&rsquo;une maison au milieu de la sc\u00e8ne. Alors qu&rsquo;au d\u00e9but de la pi\u00e8ce on ne voit que la surface de cette derni\u00e8re, au milieu la maison tourne sur elle-m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de roulette et on peut apercevoir l&rsquo;int\u00e9rieur. A l&rsquo;int\u00e9rieur on ne voit qu&rsquo;une pi\u00e8ce qui n&rsquo;a aucun \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor sauf pendant les r\u00eaves des personnages, un \u00e9cran affiche une for\u00eat envahie par la brume. Toujours par le biais d&rsquo;une animation des fant\u00f4mes apparaissent. De plus, on a droit \u00e0 un jeu de lumi\u00e8re\u00a0: lorsque les personnages de l&rsquo;histoire r\u00eavent une lumi\u00e8re rouge et angoissante appara\u00eet. La peau des protagonistes prend donc une teinte rouge. Une lumi\u00e8re bleue fonc\u00e9e fait son apparition pour repr\u00e9senter la nuit. Mais pourquoi ne pas ajouter des d\u00e9cors r\u00e9els mais affich\u00e9s sur un \u00e9cran? Peut-\u00eatre pour rappeler aux spectateurs justement que ces paysages viennent tout droit des r\u00eaves des personnages et pour rester dans le th\u00e8me de la pi\u00e8ce qui est l&rsquo;affrontement du r\u00e9el et de l&rsquo;imaginaire. Il en est de m\u00eame avec les fant\u00f4mes : des com\u00e9diens auraient facilement pu se glisser dans ces r\u00f4les mais toujours pour maintenir l&rsquo;illusion le metteur en sc\u00e8ne a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les repr\u00e9senter \u00e0 travers des animations. Ainsi les spectateurs ne se perdent pas et suivent facilement le fil de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux costumes, ils sont compl\u00e8tement d\u00e9cal\u00e9s ce qui ajoute un c\u00f4t\u00e9 absurde \u00e0 la pi\u00e8ce. Un homme est v\u00eatu d&rsquo;une robe de mari\u00e9e, un autre est habill\u00e9 en fille de joie, un autre porte un fez, etc. Ici, on retrouve une mise en abyme du th\u00e9\u00e2tre. Effectivement, les personnages sont habill\u00e9s avec des costumes, ils se d\u00e9guisent et rentrent dans des r\u00f4les qui n&rsquo;ont aucun rapport avec le th\u00e8me de la pi\u00e8ce. Mais ils ne sont v\u00eatus de ces costumes \u00ab\u00a0absurdes\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 ils entrent dans la maison du magicien, avant cela les costumes sont simples et en lien avec la mise en sc\u00e8ne (la troupe de th\u00e9\u00e2tre est habill\u00e9e en haillons car elle vient de faire un long voyage dans la montagne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les com\u00e9diens ne sont pas beaucoup maquill\u00e9s. Les \u00e9clairages, comme dit plus haut, servent \u00e0 diff\u00e9rencier le r\u00e9el de l&rsquo;imaginaire mais aussi \u00e0 mettre en valeur les personnages qui parlent\u00a0: \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce <em>Les G\u00e9ants de la Montagne<\/em>, la troupe de th\u00e9\u00e2tre d\u00e9cide de jouer leur pi\u00e8ce de <em>L&rsquo;enfant \u00e9chang\u00e9 <\/em>et la mise en sc\u00e8ne est totalement diff\u00e9rente : certains com\u00e9diens assis jouent le r\u00f4le des spectateurs et parfois se l\u00e8vent pour jouer un personnage (suppression du quatri\u00e8me mur) et lorsqu&rsquo;ils commencent \u00e0 parler ils sont \u00e9clair\u00e9s d&rsquo;un \u00e9clairage normal, sans couleur, laissant les autres com\u00e9diens dans le noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout l&rsquo;espace de la sc\u00e8ne est utilis\u00e9 notamment celui derri\u00e8re la maison, que nous spectateurs ne voyons pas mais devinons. En effet, c&rsquo;est par l\u00e0 que la troupe de th\u00e9\u00e2tre arrive jusqu\u2019\u00e0 la maison. L&rsquo;espace du public est utilis\u00e9 aussi car il repr\u00e9sente la montagne o\u00f9 se trouvent les g\u00e9ants. Les com\u00e9diens sont assez nombreux et utilisent la sc\u00e8ne de long en large bien qu&rsquo;ils soient plus concentr\u00e9s autour de la maison. Quant \u00e0 la gestuelle des acteurs, elle est assez exag\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les acteurs ont tendance \u00e0 crier tout le long de la pi\u00e8ce. En effet plusieurs situations les apeurent. Leur diction est bonne, ils sont en tout cas tous compr\u00e9hensibles ; la gestuelle du com\u00e9dien jouant le magicien est plut\u00f4t exag\u00e9r\u00e9e et parfois aga\u00e7ante car il bouge ses bras dans tous les sens. Quant \u00e0 celle des autres acteurs, elle est plut\u00f4t naturelle bien qu&rsquo;ils s&rsquo;agitent sans cesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense que le but de la repr\u00e9sentation est de faire r\u00e9fl\u00e9chir les spectateurs \u00e0 l&rsquo;importance du r\u00eave et de l&rsquo;imaginaire dans la vie. De plus, l&rsquo;imaginaire est beaucoup utilis\u00e9 dans le monde du th\u00e9\u00e2tre, notamment dans les pi\u00e8ces absurdes comme celles de Beckett (notamment <em>Fin de Partie<\/em>). Tout dans <em>Les G\u00e9ants de la Montagne <\/em>fait r\u00e9f\u00e9rence au th\u00e9\u00e2tre, d&rsquo;ailleurs on retrouve le th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre : les protagonistes sont pour la plupart des com\u00e9diens et la fin de la pi\u00e8ce est une repr\u00e9sentation d&rsquo;une autre pi\u00e8ce, celle de <em>L&rsquo;enfant \u00e9chang\u00e9<\/em>. On remarquera aussi qu&rsquo;au d\u00e9but de la pi\u00e8ce lorsque la troupe de th\u00e9\u00e2tre dirig\u00e9e par Isle pense faire une repr\u00e9sentation au village, le magicien les arr\u00eate imm\u00e9diatement en disant que le th\u00e9\u00e2tre est ferm\u00e9 et que seul les rats y habitent et que, de plus, il sera s\u00fbrement remplac\u00e9 par un cin\u00e9ma. A ce moment on en d\u00e9duit qu&rsquo;il y a une critique envers le cin\u00e9ma qui est plus important que le th\u00e9\u00e2tre (beaucoup plus de gens vont au cin\u00e9ma qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre). Il y a aussi une r\u00e9flexion sur le quatri\u00e8me mur qui est un mur fictif s\u00e9parant la sc\u00e8ne des spectateurs. Plusieurs fois ce quatri\u00e8me mur est \u00ab\u00a0supprim\u00e9\u00a0\u00bb. D&rsquo;ailleurs il s&rsquo;efface simplement lorsque les personnages se tournent vers nous et nous voit, nous regarde droit dans les yeux. On fait partie de la pi\u00e8ce, les spectateurs sont les montagnes voire les g\u00e9ants. Dans ce cas peut-\u00eatre que les g\u00e9ants de la montagne d\u00e9signeraient les spectateurs. Dans le sens de la critique du cin\u00e9ma, &lsquo;histoire nous montre que malgr\u00e9 son th\u00e8me fictif la pi\u00e8ce est beaucoup plus r\u00e9el qu&rsquo;un film ; en effet, les acteurs se trouvent devant nous et on pourrait les toucher, ce qui ne peut pas se faire dans un film. C&rsquo;est ce que semble vouloir montrer cette pi\u00e8ce, et l\u00e0 encore on retrouve une mise en abyme : au d\u00e9but les gens habitant dans la maison dans la montagne se retrouve face \u00e0 face avec les com\u00e9diens. Isle, une des com\u00e9diennes commence \u00e0 d\u00e9lirer et les habitants de la montagne pensent qu&rsquo;elle joue un r\u00f4le\u00a0: nous, spectateurs, ne pouvons discerner si la com\u00e9dienne joue ou si elle est r\u00e9ellement folle. De plus lorsqu&rsquo;ils sont face \u00e0 face les deux groupes sont apeur\u00e9s par les personnes en face d&rsquo;eux et repr\u00e9sentent d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;imaginaire et de l&rsquo;autre le r\u00e9el. Donc nous avons d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le r\u00e9el et de l\u2019autre l\u2019imaginaire. A la fin ils finissent par se m\u00e9langer de la m\u00eame fa\u00e7on que le public se m\u00e9lange \u00e0 la pi\u00e8ce. Le spectateur est donc directement concern\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, je dirais que c&rsquo;est une bonne pi\u00e8ce, bien jou\u00e9e, avec des axes de r\u00e9flexion int\u00e9ressants et une mise en sc\u00e8ne et des dialogues intelligents (j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 l\u2019utilisation du proc\u00e9d\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre et les costumes d\u00e9cal\u00e9s) mais qui n&rsquo;a pas su capter totalement mon attention \u00e0 cause de sa lenteur et du trop-plein de dialogues. En effet, je me suis ennuy\u00e9e \u00e0 certains moments. De plus, certains passages m&rsquo;ont mis mal \u00e0 l&rsquo;aise ce qui, pour moi, a g\u00e2ch\u00e9 la pi\u00e8ce. Et puis, certaines sc\u00e8nes partent dans tous les sens, j&rsquo;\u00e9tais un peu perdue.<\/p>\n<h6 class=\"scene\" style=\"text-align: right;\">Mathilde Rog\u00e9<\/h6>\n<pre class=\"scene\" style=\"text-align: justify;\">Photo : Elisabtech Carrecchio<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | En savoir plus Un bout d\u2019\u00eele d\u00e9sert\u00e9. Une villa d\u00e9labr\u00e9e au bord d\u2019une falaise. Des com\u00e9diens errants et des \u00ab poissards \u00bb asociaux. Voil\u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019atmosph\u00e8re de ces G\u00e9ants de la montagne, pi\u00e8ce inachev\u00e9e de Luigi [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":236,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19,4],"tags":[],"class_list":["post-7379","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-la-colline","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7379"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7379\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/236"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}