{"id":738,"date":"2016-05-26T20:00:21","date_gmt":"2016-05-26T19:00:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=738"},"modified":"2016-05-26T20:00:21","modified_gmt":"2016-05-26T19:00:21","slug":"brulez-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=738","title":{"rendered":"Br\u00fblez-la !"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"http:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/brulez-la\/#\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Zelda Fitzgerald ou l\u2019incarnation d\u2019un mythe. Celui de la femme libre, scandaleuse et d\u00e9mesur\u00e9e. Loin d\u2019\u00eatre un simple biopic, Christian Sim\u00e9on s\u2019empare de ce fulgurant personnage tragique des ann\u00e9es folles pour en faire un monstre sacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est Claude Perron qui incarne l\u2019\u00e9pouse du c\u00e9l\u00e8bre auteur de <em>Gatsby le magni<\/em><em>\ufb01<\/em><em>que<\/em>, morte dans un incendie qui s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 dans l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 intern\u00e9e. Hiss\u00e9e sur la pointe de ses chaussons de ballerine, par\u00e9e de son costume de danseuse et de ses ailes de f\u00e9es, nous suivons les aventures \u00e9piques du personnage mythique des ann\u00e9es 1920 dans un monologue br\u00fblant empreint d\u2019humour noir et de fantaisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectateur est plong\u00e9 dans son environnement hospitalier semblable \u00e0 un \u00e9crin \u00e0 bijoux rose poudr\u00e9 synonyme de douceur. Elle brise cet univers presque onirique par ses r\u00e9cits scandaleux et ses m\u00e9gots consomm\u00e9s jonchant le sol de sa chambre, accompagn\u00e9 de sa bouteille de scotch. La voici telle qu\u2019Alice aux pays des merveilles dans cette maison de poup\u00e9e pos\u00e9e en plein centre de la sc\u00e8ne dont seuls ses bras et ses jambes d\u00e9passent. Car Zelda c\u2019est aussi cela: la d\u00e9mesure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Souf\ufb02ant sur les braises de son existence, elle en ravivera la \ufb02amme par le biais de \ufb02ashbacks qui \ufb01niront par la ramener \u00e0 son \u00e9poux d\u00e9funt qui fera apparition tel un spectre. A la fois terri\ufb01ant et grandiose, le jeu des expressions faciales de la com\u00e9dienne nous fait rire aux \u00e9clats tout autant que ses r\u00e9cits fantasques. De la horde de jeunes marins et de jeunes soldats, au grand blond qui deviendra son \u00e9poux jusqu\u2019\u00e0 l\u2019illustre Hemingway: c\u2019est l\u2019univers machiste des ann\u00e9es 20 qui est d\u00e9peint \u00e0 travers son r\u00e9cit de femme douloureusement ramen\u00e9e \u00e0 sa condition, qu\u2019elle rejette de toute ses forces avec humour, provocation et surtout beaucoup d\u2019autod\u00e9rision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette M\u00e9d\u00e9e ou encore cette \u00ab monstresse \u00bb comme la d\u00e9crit son metteur en sc\u00e8ne Michel Fau, nous fait presque oublier sa folie. Car il est dans cette pi\u00e8ce aussi question de la folie humaine, des limites et de la trag\u00e9die. Ainsi rattrap\u00e9e par ses d\u00e9mons, elle \ufb01nira par p\u00e9rir dans les \ufb02ammes de cette maison sous nos yeux \u00e9bahis de spectateurs, qui lui vaudra une ovation \u00e0 la hauteur de ce personnage mais aussi de Claude Perron qui a su par son jeu ornementer cette pi\u00e8ce d\u2019une fantaisie piquante et provocante.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anouchka Crocqfer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Br\u00fblez-l\u00e0 ! est un monologue admirablement men\u00e9 par Claude Perron. Le personnage de Zelda Fitzgerald parle de sa fiert\u00e9 et de son effronterie qui la caract\u00e9risent durant son enfance, puis son adolescence jusqu\u2019\u00e0 sa vie conjugale avec l\u2019auteur du Great Gastby. La fin cristallise ses doutes et sa folie, par\u00e9e d\u2019une tenue de sylphide (faisant r\u00e9f\u00e9rence au grand Ballet La Sylphide). Et le d\u00e9cor prend feu, faisant \u00e9cho aux circonstances r\u00e9elles de la mort de Zelda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant, on ne s\u2019apitoie pas sur son sort. Loin d\u2019\u00eatre innocente, on a l\u00e0 devant nous un personnage qui semble parfois bien plus averti que nous. Les mots ne font pas peur, employ\u00e9s pour dire ce que le politiquement correct ne permet pas. La parole libre occupe la sc\u00e8ne dans toute sa splendeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au centre de la sc\u00e8ne se trouve un h\u00f4pital psychiatrique miniature. Petit et oppressant, Zelda s\u2019en \u00e9chappe au sens propre comme au sens figur\u00e9. Elle d\u00e9passe le cadre du r\u00e9el par ses r\u00e9actions parfois d\u00e9mesur\u00e9es. Ceci \u00e9tant, en d\u00e9pit de ses r\u00e9actions enfantines, les paroles de Zelda sont int\u00e9ressantes parce qu\u2019elle semble parvenir \u00e0 une analyse perspicace des activit\u00e9s litt\u00e9raires de son mari, des intentions des proches qui l\u2019ont entour\u00e9es. Nous, spectateurs, sommes confront\u00e9s \u00e0 son franc parl\u00e9 en m\u00eame temps que l\u2019on devient complice. Ses longs r\u00e9cits nous tiennent en haleine, et Claude Perron emploie avec succ\u00e8s les tons des personnages qu\u2019elle \u00e9voque et son visage s\u2019anime de leurs expressions. Claude Perron joue merveilleusement bien. Elle occupe l\u2019espace de ses grands gestes, anim\u00e9e d\u2019une lucidit\u00e9 spontan\u00e9e quant aux dessins des hommes en soci\u00e9t\u00e9. Pourtant, elle se tient bel et bien seule sur sc\u00e8ne. Au rythme des r\u00e9cits on d\u00e9couvre la vie d\u2019une femme qui d\u00e9sormais est seule. Cette solitude se peuple de ses histoires et de ses interpr\u00e9tations diverses qui donnent une \u00e9nergie tout \u00e0 fait particuli\u00e8re. L\u2019on se passerait m\u00eame de l\u2019intervention de Scott jou\u00e9 par Bertrand Schol. Les rares interventions de celui-ci ne prennent sens qu\u2019\u00e0 la fin o\u00f9 F. Scott Fitzgerald semble \u00eatre le personnage qui pousse Zelda au paroxysme de son angoisse, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mari de Zelda, fait preuve dans la pi\u00e8ce d\u2019un effacement qui laisse bel et bien \u00e0 croire que Zelda \u00e9tait un personnage qui donnait mati\u00e8re \u00e0 ses romans. C\u2019est ainsi que Br\u00fblez-l\u00e0 est un roman de la vie de Zelda Fitzgerald, narr\u00e9 par cette m\u00eame Zelda dans lequel F. Scott Fitzgerald n\u2019est qu\u2019ext\u00e9rieur, seulement p\u00e9riph\u00e9rique. Du moins, est-ce l\u2019interpr\u00e9tation que nous livrent Christian Sim\u00e9on, et le metteur en sc\u00e8ne, Michel Fau.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">\u00c9lise Lafages<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Br\u00fblez-la <\/em>est une pi\u00e8ce \u00e9crite par Pierre Sim\u00e9on et mise en sc\u00e8ne par Michel Fau au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, avec Claude Perron (r\u00f4le principal) et Bertrand Schol. Dans la brochure, Michel Fau pr\u00e9cise que sa mise en sc\u00e8ne \u00ab n\u2019est pas une commande \u00bb, et que la pi\u00e8ce est le fruit d\u2019un r\u00e9el travail commun avec l\u2019auteur et la com\u00e9dienne principale, qui lui a fait conna\u00eetre l\u2019histoire de Zelda Fitzgerald. Toutes les personnes s\u2019\u00e9tant d\u00e9j\u00e0 int\u00e9ress\u00e9es, m\u00eame bri\u00e8vement, \u00e0 l\u2019\u0153uvre et \u00e0 la biographie de l\u2019\u00e9crivain Francis Scott Fitzgerald, connaissent la vie tumultueuse qu\u2019il a men\u00e9e avec sa femme Zelda. L\u2019histoire de ce couple mari\u00e9 trois mois apr\u00e8s leur rencontre est pourtant assez m\u00e9connue et prend des allures de mythe. Embl\u00e8mes de leur \u00e9poque, celle des \u00ab Roaring Twenties \u00bb, Scott et Zelda forment un couple l\u00e9gendaire dont on connait surtout les d\u00e9placements incessants (le syndrome \u00ab restlessness \u00bb), les histoires d\u2019adult\u00e8re, les p\u00e9riodes de d\u00e9pression, les coups de folie. Dans sa pi\u00e8ce, Pierre Sim\u00e9on invente donc une Zelda \ufb01ctive, reconstitu\u00e9e pour retracer son parcours de fa\u00e7on non r\u00e9aliste (car \u00ab ce n\u2019est pas un biopic \u00bb comme le rappelle Michel Fau) au lecteur\/spectateur au cours d\u2019un long monologue d\u2019environ une heure vingt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le rideau s\u2019ouvre, nous sommes donc avec Zelda, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique d\u2019Asheville en Caroline du Nord, o\u00f9 elle est intern\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1948. La couleur de ce personnage d\u00e9cal\u00e9 s\u2019annonce tout de suite, sa premi\u00e8re r\u00e9plique \u00e9tant \u00ab Je re-sucre ! \u00bb, exclamation constituant un comique de r\u00e9p\u00e9tition qui revient au cours de la pi\u00e8ce, \u00e0 chaque fois que Zelda se sert de l\u2019alcool fort dans son verre \u00e0 dent. On voit tout de suite que le d\u00e9cor ne se veut pas r\u00e9aliste, tout comme la biographie du personnage. Comme Alice au Pays des Merveilles dans sa maison, Zelda d\u00e9passe d\u2019une maquette en papier repr\u00e9sentant le sanatorium. Elle est en tutu de ballerine, avec de petites ailes blanches accroch\u00e9es \u00e0 ses \u00e9paules, et son maquillage tr\u00e8s appuy\u00e9e fait un peu penser au personnage de la mari\u00e9e dans <em>Corpse Bride <\/em>de Tim Burton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le public \u00e9tait de bonne humeur et particuli\u00e8rement r\u00e9ceptif \u00e0 l\u2019humour noir de Claude Perron. Sa pr\u00e9sence comique \u00e9tait en effet ind\u00e9niable le soir o\u00f9 j\u2019ai vu la pi\u00e8ce, car le public riait de bon c\u0153ur, m\u00eame si ce qu\u2019elle racontait dans les faits \u00e9tait tragique. C\u2019est pour cette raison que je n\u2019ai moi-m\u00eame pas r\u00e9ellement ri malgr\u00e9 l\u2019excellent jeu de l\u2019actrice, \u00e9tant plus touch\u00e9e par la violence du propos en soi. Au cours de son monologue, Zelda ne cesse d\u2019aborder des th\u00e8mes assez durs comme sa fausse couche, l\u2019alcoolisme, les traitements psychiatriques, ou le mal \u00eatre profond (elle r\u00e9p\u00e8te souvent \u00ab je ne suis rien \u00bb). J\u2019ai \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par la description &#8211; qui est \u00e0 mon avis tout \u00e0 fait r\u00e9aliste -de la \u00ab cure \u00bb \u00e0 l\u2019insuline que subissent les malades dans l\u2019\u00e9tablissement o\u00f9 Zelda est intern\u00e9e. M\u00eame si le public rit lorsqu\u2019elle d\u00e9clare \u00ab Ils vous l\u00e8vent \u00e0 cinq heures du matin pour vous plonger dans le coma \u00e0 sept heures \u00bb, le silence se fait lorsqu\u2019elle raconte les cons\u00e9quences physiques des \u00e9lectrochocs. Le \ufb02ou g\u00e9n\u00e9rique entre comique burlesque (\u00e0 cause de la folie et le parti pris de non r\u00e9alisme), humour noir et tragique est au \ufb01nal particuli\u00e8rement bien ma\u00eetris\u00e9 par l\u2019auteur et la com\u00e9dienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 sa folie, son taux d\u2019alcool\u00e9mie et son manque de nicotine, le propos de Zelda respecte tout de m\u00eame une certaine coh\u00e9rence, puisqu\u2019il retrace son parcours dans l\u2019ordre chronologique, de son enfance en Alabama \u00e0 ses derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 Paris avec Scott, alors qu\u2019\u00e0 vingt-sept elle se prend d\u2019une obsession pour la danse classique. Au-del\u00e0 de ce pass\u00e9 personnel, la pi\u00e8ce retrace aussi l\u2019\u00e9poque des ann\u00e9es 20, o\u00f9 \u00ab il ne suffisait pas de s\u2019amuser, mais aussi de le faire savoir \u00bb.Zelda revient donc avec d\u00e9rision sur plusieurs \u00e9pisodes marquants de sa vie, \u00e0 une p\u00e9riode coinc\u00e9e entre deux crises historiques (la Premi\u00e8re Guerre Mondiale et la crise de 29) faite non pas de \u00ab drogue, sexe et rock\u2019n\u2019roll \u00bb, mais de \u00ab jazz, sexe et alcool \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai aussi particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 certaines r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Fitzgerald, notamment quand le personnage de Zelda cite mot pour mot Daisy de <em>The Great Gatsby <\/em>quand elle raconte la naissance de sa \ufb01lle Frances. Il n\u2019est toutefois absolument pas n\u00e9cessaire de conna\u00eetre au pr\u00e9alable l\u2019\u0153uvre de Fitzgerald pour appr\u00e9cier la pi\u00e8ce, puisque ce n\u2019en est absolument pas le propos. Le monologue, qui n\u2019est donc pas un biopic, retrace surtout l\u2019histoire d\u2019une femme, belle, talentueuse, jeune et riche, qui a pourtant sombr\u00e9 dans la folie (presque) totale. Plus qu\u2019une muse ou une source d\u2019inspiration pour son mari, on apprend qu\u2019il freine aussi sa cr\u00e9ativit\u00e9, l\u2019emp\u00eachant de publier ses \u00e9crits et allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la plagier. M\u2019int\u00e9ressant beaucoup aux repr\u00e9sentations de la femme et au traitement du genre dans les \u0153uvres artistiques, j\u2019ai trouv\u00e9 que l\u2019ali\u00e9nation de la femme \u00e9tait trait\u00e9e d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s juste. Zelda est repr\u00e9sent\u00e9e de fa\u00e7on \u00e9clatante malgr\u00e9 sa folie, rappelant avec humour comment une femme, m\u00eame opprim\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9, peut tourner en d\u00e9rision cet \u00e9trange sp\u00e9cimen qu\u2019est le \u00ab m\u00e2le blanc occidental \u00e0 dos argent\u00e9 \u00bb (m\u00eame si, dans son cas, le sp\u00e9cimen en question s\u2019appelle Ernest Hemingway).J\u2019ai vu la pi\u00e8ce comme une sorte de qu\u00eate du feu, th\u00e8me qui est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans le titre. Legrand probl\u00e8me de Zelda lors de cette nuit au sanatorium est qu\u2019il lui reste deux allumettes pour cinq cigarettes. L\u2019incendie de la \ufb01n lui apportera le feu qu\u2019elle voulait, mais pour la consumer enti\u00e8rement, tout comme les sorci\u00e8res au Moyen-\u00c2ge. Cette recherche d\u2019une source de feu \u00ab mat\u00e9rielle \u00bb peut \u00eatre vue comme un \u00e9chos symbolique \u00e0 sa qu\u00eate de feu \u00ab existentielle \u00bb, \u00e0 travers les exc\u00e8s, le d\u00e9sir effr\u00e9n\u00e9 de vivre et de s\u2019imposer en tant que \u00ab \ufb02apper \u00bb des ann\u00e9es 20,mais aussi en tant que femme libre, capable d\u2019\u00e9crire, de danser, de cr\u00e9er, de battre un homme au tennis. On peut aussi parler du feu du d\u00e9sir sexuel qu\u2019elle d\u00e9clenche (volontairement ?) chez les hommes, et qui la condamne injustement comme source ultime de p\u00e9ch\u00e9, parce qu\u2019inspirant le p\u00e9ch\u00e9 chez autrui.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Jade Penancier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans chacun de ses romans, Scott Fitzgerald a mis un peu de sa femme. Extravagante, insoumise, Zelda aime l\u2019art, les hommes et l\u2019alcool. C\u2019est d\u2019elle dont il s\u2019agit dans <em>Br\u00fblez-la\u00a0!<\/em>, une pi\u00e8ce de Christian Sim\u00e9on, mise en sc\u00e8ne par Michel Fau au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. Claude Perron, seule en sc\u00e8ne, incarne Zelda Fitzgerald \u00e0 la fin de sa vie, enferm\u00e9e dans un h\u00f4pital psychiatrique. Dans son costume de danseuse, avec son maquillage d\u00e9goulinant, elle fait une r\u00e9trospective sur sa vie. Son enfance, sa rencontre puis son mariage avec Scott, la haine d\u2019Hemingway\u00a0: Zelda raconte tout cela avec une certaine folie, mais on per\u00e7oit surtout le franc-parler et le regard ironique qu\u2019elle pose sur le monde. Zelda, folle\u00a0? Plut\u00f4t bipolaire. Alternant les grimaces moqueuses, les mont\u00e9es d\u2019angoisse et les d\u00e9clarations sereines, elle se montre aussi tr\u00e8s lucide\u00a0: son mari s\u2019est servi d\u2019elle et de ses \u00e9crits, et elle ne pourra jamais \u00eatre danseuse malgr\u00e9 son acharnement. D\u00e8s le d\u00e9but, on suit ses brusques changements de sujet, du m\u00e9pris de la voisine aux bals de sa jeunesse, du manque de cigarettes \u00e0 son match contre Hemingway. Scott est l\u00e0 aussi, interpr\u00e9t\u00e9 par Bertrand Schol. P\u00e2le, le regard inqui\u00e9tant, il s\u2019installe sur sc\u00e8ne et intervient parfois, mais les deux ne jouent pas ensemble v\u00e9ritablement\u00a0: Scott est mort, ce n\u2019est qu\u2019un souvenir de Zelda, qu\u2019elle n\u2019\u00e9coute qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9. Claude Perron nous montre que jouer la folie passe par un parfait contr\u00f4le de soi, et parvient \u00e0 nous plonger dans le quotidien d\u2019une ali\u00e9n\u00e9e, avec peu de d\u00e9cor, quelques accessoires, et de belles lumi\u00e8res color\u00e9es. Une v\u00e9ritable performance, visible jusqu\u2019au 19 mai.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lara Melchiori<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brulez-la! est un choc, mis en sc\u00e8ne par Michel Fau, sur un texte de Christian Sim\u00e9on.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un choc visuel d\u2019abord, puisque la mise en sc\u00e8ne est faite pour\u00a0 provoquer l\u2019\u00e9tonnement. Les \u00e9clairages mettent en valeur un personnage central, unique, et toute l\u2019attention est port\u00e9e sur elle. Tant du c\u00f4t\u00e9 du spectateur que de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est minimaliste, mais disproportionn\u00e9 et nous invite \u00e0 r\u00e9inventer l\u2019espace. Il insiste sur la diff\u00e9rence de taille entre le personnage de Zelda et le montre \u00e9triqu\u00e9 qu\u2019on lui impose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette femme d\u00e9rangeante, d\u00e9vergond\u00e9e, consciente de sa puissance f\u00e9minine, nous conte son histoire avec un jeu d\u2019acteur aussi hilarant que profond, notamment par la fa\u00e7on dont elle peint la figure de la femme mais aussi de la folie. Car oui Zelda est folle, au sens positif (anticonformisme) mais \u00e9galement au sens pathologique. Elle est d\u00e9cal\u00e9e, et d\u00e9calante, car en l\u2019\u00e9coutant on finit bien par la suivre et dire peu \u00e0 peu au revoir \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 environnante.\u00a0\u00a0 Son costume de danseuse classique et son maquillage prononc\u00e9 montrent d\u2019ailleurs les deux versants d\u2019une m\u00eame femme anim\u00e9e par des id\u00e9aux contradictoires : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, celui de la jeune fille sage, qui se soumet aux conventions, de l\u2019autre une rebelle qui \u00ab n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate \u00bb et qui n\u2019a peur de rien, ni des hommes, ni de la loi, alors que l\u2019histoire d\u00e9marre au fin fond de l\u2019Alabama dans les ann\u00e9es 20.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 une pi\u00e8ce qui fait clairement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u00e9poque particuli\u00e8re et qu\u2019on pourrait penser dat\u00e9e, Zelda nous emm\u00e8ne dans sa folle existence, rythm\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements mondains, la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, l\u2019amour, la s\u00e9duction. Elle nous donne \u00e0 voir une vie aussi n\u00e9vrotique que glamour, fa\u00e7on Fitzgerald. Cette introspection se fait par un constant m\u00e9lange des contraires : jeunesse\/vieillesse, amour\/haine, extase\/malheur, libert\u00e9\/emprisonnement, mais soutenus par une insouciance perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce reste \u00e9galement r\u00e9solument moderne puisque les th\u00e8mes qu\u2019elle aborde ont un large retentissement contemporain, notamment celui de l\u2019image de la femme, de son corps et de la sexualisation qui en d\u00e9coule. La pi\u00e8ce va en progressant, jusqu\u2019\u00e0 atteindre une acm\u00e9 final, o\u00f9 Zelda explose, anim\u00e9e par le feu qui la consume depuis le d\u00e9but de son existence. Inadapt\u00e9e au monde qui la rejette, elle a trouv\u00e9 refuge dans son pass\u00e9 qui ravive pourtant la douleur de cette femme \u00e9corch\u00e9e vive, en perp\u00e9tuelle confrontation avec les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On croit assister \u00e0 une sorte de \u00ab one woman show \u00bb tant Zelda occupe l\u2019espace et la parole. La personnalit\u00e9 de l\u2019actrice est si grande qu\u2019elle d\u00e9borde, elle d\u00e9borde et se tient entre un monde onirique et une r\u00e9alit\u00e9 cruelle, mat\u00e9rialis\u00e9e par l\u2019h\u00f4pital psychiatrique dans lequel elle suffoque, litt\u00e9ralement. Les derniers mots scand\u00e9s \u00ab N\u2019entre pas, n\u2019entre pas \u00bb, semblent repousser le spectateur hors de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du personnage gangr\u00e9n\u00e9 par la folie. Il semble que la pi\u00e8ce soit une fen\u00eatre ouverte sur le d\u00e9sordre mental de la jeune femme, mais la fin nous rappelle qu\u2019un foss\u00e9 infranchissable est construit entre nous et le malade. Mais peut-\u00eatre est-ce la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame qui en est responsable ?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Myriam<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut tout de m\u00eame que l&rsquo;homme ait une certaine inclinaison pour le spectacle du b\u00fbcher pour choisir instinctivement d&rsquo;aller voir une pi\u00e8ce intitul\u00e9e \u00ab Br\u00fblez-l\u00e0 \u00bb et dont l&rsquo;affiche montre une ballerine incandescente. Je suis ravi que ma curiosit\u00e9 morbide m&rsquo;ait men\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre du Rond-point le 26 Mai 2016 pour y d\u00e9couvrir, \u00e0 travers le texte de Christian Sim\u00e9on, et sa mise en sc\u00e8ne par Michel Fau, l&rsquo;adaptation fantastique de la vie de la Zelda Fitzgerald, \u00e9pouse de Francis Scott Fitzgerald. \u00ab Premi\u00e8re gar\u00e7onne am\u00e9ricaine \u00bb, sorci\u00e8re subversive de la boh\u00e8me des ann\u00e9es folles, morte dans l&rsquo;incendie de sa clinique psychiatrique. Incarn\u00e9e par Claude perron, le personnage exub\u00e9rant de Zelda Fitzgerald, appara\u00eet sur sc\u00e8ne dans un h\u00f4pital psychiatrique pour poup\u00e9e qui semble incapable de contenir sa personne, ou plut\u00f4t sa personnalit\u00e9. \u00ab Facile \u00e0 prendre, impossible \u00e0 retenir \u00bb, \u00c9quip\u00e9e d&rsquo;alcool, et de cigarette, en somme de combustibles qu&rsquo;elle cache \u00e0 ses surveillants, Zelda Fitzgerald se raconte dans un monologue introspectif. \u00ab Le drame se dessine \u00bb. Volubile, coquette et d\u00e9licieusement cynique, subversive par principe, Claude perron \u00e9voque avec une d\u00e9lectation nostalgique sa jeunesse sulfureuse, les bals donn\u00e9s \u00e0 Montgomery, les militaires aux bras desquels elle s\u2019embrasait, sa rencontre avec Francis Scott Fitzgerald, mari qui l&rsquo;exalte et la vampirise. Au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce, Claude Perron qui d\u00e9bute son monologue avec un ton de connivence sensible avec le public, se retrouve seule face \u00e0 sa propre parole, devient la spectatrice d&rsquo;une \u00e9nergie pass\u00e9e, d&rsquo;un d\u00e9sir de libert\u00e9 absolu qui l&rsquo;as emprisonn\u00e9e, transform\u00e9e en objet litt\u00e9raire aux yeux de son mari. Son r\u00e9cit comique et invraisemblable du strip-tennis r\u00e9alis\u00e9 devant Ernest Emingway, ne laisse alors plus voir sa seule exub\u00e9rance, mais une mise \u00e0 nue d&rsquo;un autre genre, monstration d&rsquo;une fragilit\u00e9 profonde, intime, d&rsquo;un d\u00e9sir irr\u00e9pressible de d&rsquo;exister aux yeux de l&rsquo;autre. Des mimiques faciales inqui\u00e8tes et fugitives apparaissent sur le visage de la conteuse, impuissante face \u00e0 la consomption de son corps, et qui rit jaune pour oublier qu&rsquo;elle br\u00fble, qu&rsquo;elle ne deviendra pas ballerine. L&rsquo;attente am\u00e8re du prochain traitement administr\u00e9 au patients de sa clinique, pousse Zelda Fitzgerald \u00e0 se \u00ab sucrer \u00bb au rhum, \u00e0 s&rsquo;immoler. Quitte \u00e0 mourir br\u00fbl\u00e9e, autant ne pas mourir \u00e0 petit feu, par les flamm\u00e8ches de la solitude, de la vieillesse. Autant emporter la clinique avec soi, voir les choses en grands, partir par le brasier, comme pyromane, et non comme sorci\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Discours m\u00e9taphorique sur le d\u00e9sir d&rsquo;exister, d&rsquo;\u00eatre vu, de transgresser qui caract\u00e9risent les grandes personnalit\u00e9s tragique, r\u00e9flexion le caract\u00e8re in\u00e9luctable de la mort, le texte de Christian Sim\u00e9on, sa mise en sc\u00e8ne par Michel Fau, ainsi que son interpr\u00e9tation par Claude Perron sublime avec force les circonstances symboliques d&rsquo;une mort r\u00e9elle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sylvio Cast<\/h6>\n<pre>Photo : Philippe Savoir<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus Zelda Fitzgerald ou l\u2019incarnation d\u2019un mythe. Celui de la femme libre, scandaleuse et d\u00e9mesur\u00e9e. Loin d\u2019\u00eatre un simple biopic, Christian Sim\u00e9on s\u2019empare de ce fulgurant personnage tragique des ann\u00e9es folles pour en faire un monstre sacr\u00e9. 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