{"id":7384,"date":"2015-12-03T20:00:39","date_gmt":"2015-12-03T19:00:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=420"},"modified":"2015-12-03T20:00:39","modified_gmt":"2015-12-03T19:00:39","slug":"naissance-dun-chef-doeuvre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=7384","title":{"rendered":"Naissance d&rsquo;un chef d\u2019\u0153uvre"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | <a href=\"http:\/\/www.theatredebelleville.com\/saison-15-16\/item\/266-naissance-d-un-chef-d-oeuvre\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La compagnie <em>Mack et les gars<\/em>, avec le soutien de l\u2019Adami et l&rsquo;aide du Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Abbaye s&rsquo;est lanc\u00e9 le d\u00e9fis de retracer l&rsquo;aventure de Samuel Beckett et ses acolytes en 1953. Ils s&rsquo;inspirent ainsi du processus de cr\u00e9ation d&rsquo;<em>En attendant Godot<\/em>, depuis les pr\u00e9mices de son \u00e9criture jusqu&rsquo;au scandale de sa premi\u00e8re. Le metteur en sc\u00e8ne St\u00e9phanie Ch\u00e9vara s\u2019est appuy\u00e9e sur quelques textes de r\u00e9f\u00e9rences pour expliquer la gen\u00e8se et les enjeux de la naissance des chefs d\u2019\u0153uvres qui seraient l&rsquo;apanage du seul talent humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle met en sc\u00e8ne l\u2019\u00e9crivain (r\u00f4le finement interpr\u00e9t\u00e9 par Barth\u00e9l\u00e9my Goutet ) et sa femme Suzanne (jou\u00e9 par Morgane Bader), mais surtout Roger Blin (Laurent Collard) qui est le premier \u00e0 sentir l\u2019int\u00e9r\u00eat exceptionnel du texte et gr\u00e2ce \u00e0 qui, au bout de quatre ans d\u2019efforts, parfois d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, la pi\u00e8ce verra enfin le jour au th\u00e9\u00e2tre de Babylone. Elle occasionnera d\u2019abord scandale et fauteuils cass\u00e9s parce que les personnages disaient \u00ab merde \u00bb et s&rsquo;injuriaient ; avant de remporter un succ\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nal jamais d\u00e9menti, d&rsquo;\u00eatre traduite depuis lors en cinquante langues et jou\u00e9e \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne, exemplaire par sa fluidit\u00e9, est de facture intimiste, impressionniste. De ce fait, nous ne quittons jamais la sensation d&rsquo;\u00eatre dans les coulisses d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre. Par un voile, la sc\u00e8ne est divis\u00e9e en trois parties. A l\u2019avant-sc\u00e8ne se d\u00e9roule la chronologie des \u00e9v\u00e9nements ; derri\u00e8re un voile, une sc\u00e8ne, une rang\u00e9e de fauteuil. Ce voile laisse d\u00e9couvrir dans l&rsquo;ombre des sc\u00e8nes ou des tableaux, qui semblent flotter dans le souvenir, la r\u00e9cr\u00e9ation du pass\u00e9, dans un espace temps improbable et un peu inou\u00ef. Surgissent \u00e0 travers ce voile des \u00e9vocations po\u00e9tiques, tapies dans la p\u00e9nombre du souvenir, des \u00e9l\u00e9ments significatifs, les chapeaux melon, l\u2019arbre, deux silhouettes, un fragment de texte, l\u2019analyse d\u2019un personnage etc.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Amal Guermazi<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Naissance d\u2019un chef d\u2019\u0153uvre<\/em>, mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phanie Ch\u00e9vara, est une pi\u00e8ce qui raconte le th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre. Elle incarne l\u2019histoire de l\u2019un des plus grands auteurs du si\u00e8cle dernier, Samuel Beckett et sa pi\u00e8ce qui a fait scandale \u00e0 sa repr\u00e9sentation. Bas\u00e9e sur les souvenirs de Roger Blin, dans le livre <em>Roger Blin, souvenirs et propos : recueillis par Lynda Bellity Peskine<\/em>, cette pi\u00e8ce est avant tout une mise en ab\u00eeme, qui montre la beaut\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre comme ses difficult\u00e9s, en particulier le th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant, les auteurs peu connus et les mises en sc\u00e8ne sans financement. C\u2019est une histoire connue, autour du scandale et la popularit\u00e9 soudaine qui a entour\u00e9 <em>En attendant Godot<\/em> \u00e0 sa sortie, mais aussi ses dessous avant la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. On prend alors conscience des d\u00e9boires de Roger Blin pour mettre en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce et les doutes de \u00ab Sam \u00bb, superbement interpr\u00e9t\u00e9 par Barth\u00e9l\u00e9my Goutet, dont la ressemblance physique avec Beckett ne g\u00e2che rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a la musique aussi, utilis\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re que l\u2019on rencontre plus souvent au cin\u00e9ma qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, avec une chanson, Mad World (Tears for Fears, 1982) qui vient rythmer le spectacle et lui donne une dimension nostalgique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9cit est peu lin\u00e9aire, les \u00ab flash-backs \u00bb et le mouvement du temps repr\u00e9sent\u00e9 avec succ\u00e8s par des voiles, qui cependant \u00e9loignent un peu trop souvent le spectateur du plateau. Au fond de la sc\u00e8ne, des si\u00e8ges de th\u00e9\u00e2tre, en miroir des spectateurs, o\u00f9 s\u2019assoient Beckett ou Blin, d\u00e9sillusionn\u00e9s par les difficult\u00e9s. Les rebondissements sont l\u00e0, ainsi que les sauts dans le temps, trois ans de mise en sc\u00e8ne et, avant cela, tout une vie pour Beckett. Toute la pi\u00e8ce tend vers cette fin, \u00e0 la fois glorieuse et douce-am\u00e8re, lorsque le scandale apporte \u00e0 <em>En attendant Godot<\/em> une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 inattendue. Le reste est l\u00e9ger et intimiste, simple dans sa cr\u00e9ativit\u00e9. On y retrouve les anecdotes de toute mise en sc\u00e8ne, la folie douce de Blin et les paroles c\u00e9l\u00e8bres de Beckett : \u00ab Tout ce succ\u00e8s ! Je me demande si ce n\u2019est pas l\u00e0 la preuve que je ne suis pas compris. \u00bb C\u2019est un bon moment.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Flore Picard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il encore pr\u00e9senter Samuel Beckett et son \u0153uvre ? Particuli\u00e8rement connu pour sa pi\u00e8ce en deux actes, <em>En attendant Godot<\/em>, l&rsquo;auteur irlandais est encore l&rsquo;objet de nombreuses \u00e9tudes critiques universitaires. Au cours des soixante derni\u00e8res ann\u00e9es, Godot est devenu un chef-d\u2019\u0153uvre \u0153cum\u00e9nique au m\u00eame titre que Dom Juan, \u0152dipe ou Le Roi Lear. <em>Naissance d&rsquo;un chef-d\u2019\u0153uvre<\/em> rend ici un excellent hommage au ma\u00eetre du \u00ab th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;absurde \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est bon de rappeler la gen\u00e8se de <em>Godot<\/em>. C&rsquo;est ce \u00e0 quoi s&rsquo;attache la pi\u00e8ce jou\u00e9e ici sur la sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre de Belleville. Bien loin du succ\u00e8s qu&rsquo;elle conna\u00eet aujourd&rsquo;hui, la pi\u00e8ce a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9cri\u00e9e pendant les mois qui suivirent sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation au th\u00e9\u00e2tre de Babylone en 1953.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long de la repr\u00e9sentation, le spectateur suit chronologiquement les aventures qui ont men\u00e9es au succ\u00e8s de <em>Godot<\/em>. La mise en sc\u00e8ne de St\u00e9phanie Ch\u00e9vara, intimiste bien que minimaliste, est remarquable. Le dispositif sc\u00e9nique est une mise en abyme th\u00e9\u00e2trale. Sur les planches, l&rsquo;espace sc\u00e9nique est tripartite : au premier plan, les coulisses d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre signifi\u00e9 par un bureau, celui de Roger Blin (Laurent Collard), sur lequel tr\u00f4nera le manuscrit beckettien. Au milieu de la sc\u00e8ne, c&rsquo;est l&rsquo;espace du \u00ab th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre \u00bb parfois m\u00eame, la surface devient le t\u00e9moin de sc\u00e8nes m\u00e9ta th\u00e9\u00e2trales o\u00f9 l&rsquo;on r\u00e9p\u00e8te. On y fait passer des castings, on discute, d\u00e9bat des costumes \u00e0 adopter et de la repr\u00e9sentation d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Fait rare au th\u00e9\u00e2tre, la cuisine m\u00eame de celle-ci se d\u00e9voile aux yeux du spectateur. Il devient un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 : il est ce n\u00e9ophyte qui assimile l&rsquo;histoire de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de <em>En attendant Godot<\/em> jusqu&rsquo;\u00e0 son succ\u00e8s, qui suit religieusement cette chronologie. Mais il est \u00e9galement celui qui apprend tout de la construction sc\u00e9naristique et sc\u00e9nographique d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, ici il s&rsquo;agit en l\u2019occurrence de celle de Beckett mais cela vaut pour toute autre pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre. Un travail colossal mis en sc\u00e8ne dans la pi\u00e8ce et qui procure ses lettres de noblesse \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre beckettienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce repose \u00e9galement sur le duo que forme Laurent Collard et Barth\u00e9l\u00e9my Goutet (dans le r\u00f4le de Samuel Beckett). L&rsquo;un est vivace et retranscrit parfaitement toute la passion qui peut habiter un metteur en sc\u00e8ne, l&rsquo;autre, dont la ressemblance avec Beckett est frappante, tient un sublime jeu d&rsquo;acteur. Le reste de la distribution est tout aussi bonne. La sc\u00e9nographie est moderne, le tableau qui a inspir\u00e9 \u00e0 Beckett cette histoire (<em>Deux hommes contemplant la Lune<\/em> de Caspar David Friedrich) est longuement projet\u00e9 sur la sc\u00e8ne, la musique ponctue agr\u00e9ablement les actions. Mention sp\u00e9ciale au saisissant \u00ab Mad World \u00bb interpr\u00e9t\u00e9 par Sara Hickman. En bref, une pi\u00e8ce \u00e0 voir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lydia Qu\u00e9rin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 3 d\u00e9cembre, le Th\u00e9\u00e2tre de Belleville proposait une pi\u00e8ce inspir\u00e9e par l&rsquo;histoire vraie de la cr\u00e9ation d&rsquo;<em>En attendant Godot<\/em> de Samuel Beckett : <em>Naissance d&rsquo;un chef d&rsquo;\u0153uvre.<\/em> Cette pi\u00e8ce s&rsquo;apparente \u00e0 un projet quasi documentaire, visant \u00e0 retracer l&rsquo;aventure que f\u00fbt celle de Samuel Beckett et ses acolytes. On y retrouve la conception de l&rsquo;\u0153uvre, depuis les pr\u00e9mices de son \u00e9criture jusqu&rsquo;au scandale de sa premi\u00e8re. C&rsquo;est Roger Blin, qui en 1952, montait pour la premi\u00e8re fois au monde, la pi\u00e8ce de Beckett au Th\u00e9\u00e2tre de Babylone. St\u00e9phanie Ch\u00e9vara a donc d\u00e9cid\u00e9 de le convoquer sur sc\u00e8ne accompagn\u00e9 de Samuel Beckett ainsi que tous les protagonistes, com\u00e9diens, qui ont contribu\u00e9 \u00e0 sa renomm\u00e9e. Le choix des com\u00e9diens fonctionne : Laurent Collard dans le r\u00f4le Roger Blin et Barth\u00e9l\u00e9my Goutet interpr\u00e9tant Beckett, nous ont pr\u00e9sent\u00e9 un jeu d&rsquo;acteur brillant. La personnalit\u00e9 de Beckett avec son humour ac\u00e9r\u00e9 et sa pointe d\u2019accent, ainsi que celle de Blin esth\u00e8te inquiet et en m\u00eame temps convaincu du bien-fond\u00e9 de sa d\u00e9marche, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 en profondeur pour nous offrir une pi\u00e8ce d&rsquo;histoire litt\u00e9raire grandeur nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">St\u00e9phanie Ch\u00e9vara a, \u00e0 la fois \u00e9crit, adapt\u00e9e et mis en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce. Force est de constater qu&rsquo;elle a parfaitement r\u00e9ussi \u00e0 retranscrire les peurs, les \u00e9preuves, les incertitudes, les doutes et les d\u00e9couragements ressentis par la troupe \u00e0 l&rsquo;occasion des r\u00e9p\u00e9titions jusqu\u2019\u00e0 sa pr\u00e9sentation. L&rsquo;univers de <em>Godot<\/em> est une \u00ab d\u00e9sesp\u00e9rance comique \u00bb selon elle et, en effet, Beckett r\u00e9sumait ainsi son projet : \u00ab Je n&rsquo;ai rien \u00e0 dire mais je suis le seul \u00e0 savoir \u00e0 quel point je n&rsquo;ai rien \u00e0 dire et \u00e7a je suis oblig\u00e9 de le dire \u00bb. Il y a donc par-del\u00e0 les difficult\u00e9s apparentes, une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er cette pi\u00e8ce, de dire cette attente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quelques projections de vid\u00e9os d&rsquo;archives ainsi que le retour m\u00e9lancolique du \u00ab Mad World \u00bb dans la reprise de Gary Jules, compl\u00e8te ce tableau po\u00e9tique. Cette chanson est bien choisie et insuffle un vent de nostalgie sur la sc\u00e8ne. On retrouve sans surprise les \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor que l&rsquo;on associe tous \u00e0 <em>Godot<\/em> : les silhouettes, l&rsquo;arbre, les chapeaux melons. Dans l&rsquo;intimit\u00e9 de ce th\u00e9\u00e2tre, le spectateur se sentait comme convoqu\u00e9 dans ce processus d&rsquo;\u00e9laboration artistique. Souvent pris \u00e0 parti indirectement, par exemple lors de conflits entre Beckett et Blin, il m&rsquo;a sembl\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 la sortie de la salle le public avait presque \u00e9t\u00e9 acteur dans cette repr\u00e9sentation. Plus qu&rsquo;un simple t\u00e9moin, il a assist\u00e9 les metteurs en sc\u00e8ne, il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s tout au long de la pi\u00e8ce en surveillant son avanc\u00e9e, en comparant sa propre lecture de la pi\u00e8ce \u00e0 celle des deux protagonistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut donc une exp\u00e9rience hors du commun et tr\u00e8s \u00e9clairante qui nous invite \u00e0 relire la pi\u00e8ce sous diff\u00e9rents regards. De cette pi\u00e8ce ressort l&rsquo;id\u00e9e que rien n&rsquo;est fix\u00e9 d&rsquo;avance dans l&rsquo;interpr\u00e9tation, c&rsquo;est l&rsquo;imagination du spectateur qui donne toute sa force \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. Dans<em> En attendant Godot<\/em>, l&rsquo;auteur lui-m\u00eame admet en savoir aussi peu que le spectateur mais au regard de la <em>Naissance d&rsquo;un chef d&rsquo;\u0153uvre<\/em>, on nous am\u00e8ne \u00e0 penser que la rencontre de Vladimir et Estragon, ces deux hommes, tr\u00e8s diff\u00e9rents, aurait quelques analogies avec celle que l&rsquo;on nous pr\u00e9sente sous les yeux entre Roger Blin et Samuel Beckett.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9o Guillou-Keredan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Tous ce succ\u00e8s\u2026 ! Je me demande si ce n\u2019est pas l\u00e0, la preuve que je ne suis pas compris. \u00bb Samuel Beckett apr\u00e8s le succ\u00e8s d<em>\u2019En attendant Godot<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comprendre la naissance de ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 compris, voil\u00e0 l\u2019id\u00e9e all\u00e9chante de <em>Naissance d\u2019un chef d\u2019\u0153uvre<\/em>, la nouvelle pi\u00e8ce \u00e9crite, adapt\u00e9e et mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phanie Ch\u00e9vara, inspir\u00e9e de l\u2019histoire vraie de la cr\u00e9ation d\u2019<em>En attendant Godot<\/em> (1952), de Samuel Beckett.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Produite au charmant et intimiste Th\u00e9\u00e2tre de Belleville (Paris 11\u00e8me) par la Compagnie Mack et les gars, la pi\u00e8ce de St\u00e9phanie Ch\u00e9vara nous plonge dans l\u2019histoire mouvement\u00e9e de la naissance du chef d\u2019\u0153uvre de Samuel Beckett, de son \u00e9criture jusqu\u2019au scandale de la premi\u00e8re en 1953. Si la pi\u00e8ce est aujourd\u2019hui jou\u00e9e \u00e0 travers le monde et a \u00ab chang\u00e9 l\u2019\u00e9tat du th\u00e9\u00e2tre \u00bb, peu ont cru en sa nouveaut\u00e9 et en sa n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il faut rappeler les tumultes que connurent les premi\u00e8res repr\u00e9sentations, qui prenaient souvent l\u2019allure de pugilat entre les d\u00e9fenseurs et les opposants \u00e0 la pi\u00e8ce. Ch\u00e9vara choisit de retracer cette histoire \u00e0 travers la relation privil\u00e9gi\u00e9e entre Beckett (jou\u00e9 par Barth\u00e9l\u00e9my Coutet), sa femme Suzanne D\u00e9chevaux-Dumesnil (Morgane Bader) et Roger Blin son metteur en sc\u00e8ne (Laurent Collard). On d\u00e9couvre ainsi le r\u00f4le primordial jou\u00e9 par Roger Blin dans l\u2019\u00e9closion difficile d\u2019une des plus grandes pi\u00e8ces du XX\u00e8me si\u00e8cle et que Beckett r\u00e9sume ainsi de mani\u00e8re \u00e9nigmatique : \u00ab Je n\u2019ai rien \u00e0 dire mais je suis le seul \u00e0 savoir \u00e0 quel point je n\u2019ai rien \u00e0 dire et \u00e7a je suis oblig\u00e9 de le dire \u00bb. Ch\u00e9vara cherche aussi \u00e0 expliquer de mani\u00e8re subtile et souvent personnelle l\u2019incroyable divergence des r\u00e9actions sur l\u2019\u0153uvre, qui ne correspondaient que tr\u00e8s peu \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019auteur se faisait de son texte. Beckett ne compris d\u2019ailleurs jamais le succ\u00e8s final de <em>Godot<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9criture est instructive, l\u00e9g\u00e8re et souvent dr\u00f4le, la distribution est excellente. Il faut souligner la justesse avec laquelle Barth\u00e9l\u00e9my Coutet interpr\u00e8te un Beckett d\u00e9sabus\u00e9 par la tournure que prennent les \u00e9v\u00e8nements qui nous fait rire. Ch\u00e9vara opte pour une mise en sc\u00e8ne l\u00e9ch\u00e9e et efficace aux notes parfois po\u00e9tiques. On appr\u00e9ciera le m\u00e9lange des genres musicaux et une vraie ing\u00e9niosit\u00e9 et originalit\u00e9 dans l\u2019utilisation de l\u2019espace sc\u00e9nique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Paul Facomprez<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retra\u00e7ant la gen\u00e8se de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation d&rsquo;<em>En Attendant Godot<\/em>, <em>Naissance d&rsquo;un Chef-d\u2019\u0153uvre<\/em> (une pi\u00e8ce mont\u00e9e par la compagnie <em>Mack et les Gars<\/em>, bas\u00e9e sur des documents d&rsquo;archives et une biographie de Deidre Bair) r\u00e9alise un tour de force technique qui sert particuli\u00e8rement bien le propos de la pi\u00e8ce\u00a0: la difficult\u00e9 \u00e0 percer, dans le contexte d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, d&rsquo;une \u0153uvre pourtant aujourd&rsquo;hui fondamentale du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;absurde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne dirig\u00e9e par St\u00e9phanie Chevara se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre d&rsquo;une tr\u00e8s grande finesse. Elle s&rsquo;amuse en profondeur avec les grands codes de la dramaturgie brisant irr\u00e9vocablement le 4\u00e8me mur puis le reconstruisant froidement dans un travail original d&rsquo;entrem\u00ealements de diverses temporalit\u00e9s. On pensera notamment \u00e0 cette sc\u00e8ne fabuleuse de fluidit\u00e9 dans laquelle 3 dimensions sont conjointes\u00a0: le plateau se d\u00e9coupe alors en trois champs de profondeur. D&rsquo;une part, dans le fond du plateau, on d\u00e9couvre Samuel Beckett et sa femme Suzanne assistant \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui semble prendre place entre eux et les spectateurs auxquels ils font face. D&rsquo;autre part, au centre de la sc\u00e8ne se joue la repr\u00e9sentation \u00e0 laquelle Suzanne et Beckett assistent. Et enfin, tout au bord du plateau, proche et face au public, Roger Blin s&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;audience en lui exposant son d\u00e9sir de repr\u00e9senter la pi\u00e8ce que Beckett lui a soumise. On a ainsi affaire \u00e0 \u00ab\u00a0a play within a play\u00a0\u00bb puisque la femme de Roger Blin (qui est \u00e9galement com\u00e9dienne dans la pi\u00e8ce que regardent Suzanne et Samuel en arri\u00e8re-plan) n&rsquo;a de cesse de l&rsquo;appeler parce \u00ab\u00a0qu&rsquo;il est l&rsquo;heure\u00a0\u00bb, et on le d\u00e9couvre alors, suite \u00e0 un d\u00e9placement vers l&rsquo;arri\u00e8re de la sc\u00e8ne et un d\u00e9tour rapide par les coulisses, dans le r\u00f4le d&rsquo;un personnage de la pi\u00e8ce qui se joue devant Beckett et sa femme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la pi\u00e8ce \u00e0 laquelle nous, spectateurs, assistons. Cette tridimensionnalit\u00e9 exc\u00e9dant les exp\u00e9rimentations shakespeariennes de jeu dans le jeu conf\u00e8re un caract\u00e8re m\u00e9ta \u00e0 l&rsquo;oeuvre de Chevara qui va se dessiner en filigrane tout au long du spectacle et donner un aspect profond\u00e9ment ludique \u00e0 ce retour historique sur la premi\u00e8re repr\u00e9sentation d&rsquo;<em>En Attendant Godot<\/em>. La s\u00e9paration entre les deux pi\u00e8ces (celle \u00e0 laquelle nous assistons et celle dont nous retra\u00e7ons l&rsquo;historique) devient peu \u00e0 peu floue. Roger Blin est r\u00e9ellement impr\u00e9gn\u00e9 par l\u2019\u0153uvre de Beckett au point qu&rsquo;il prend plaisir \u00e0 rappeler le petit Serge trois fois sur sc\u00e8ne pour s&rsquo;amuser \u00e0 l&rsquo;entendre r\u00e9p\u00e9ter \u00ab\u00a0\u00e0 demain\u00a0\u00bb comme le fait le gar\u00e7on dans <em>En Attendant Godot<\/em> qui promet l&rsquo;arriv\u00e9e imminente mais \u00e9ternellement retard\u00e9e de la fameuse entit\u00e9 \u00e9ponyme. On songera \u00e9galement au moment &#8211; d&rsquo;une puissance esth\u00e9tique remarquable gr\u00e2ce au travail m\u00e9ticuleux exerc\u00e9 sur la lumi\u00e8re &#8211; o\u00f9 Blin se m\u00e9tamorphose lui-m\u00eame en Estragon grotesque quand il envisage une adaptation clownesque de l\u2019\u0153uvre de Beckett.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On nous propose par ce biais une approche non seulement didactique mais avant tout ludique de l&rsquo;histoire de la mise en place de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation d&rsquo;<em>En Attendant Godot<\/em>. De nombreuses informations nous sont offertes sur cet \u00e9v\u00e9nement difficile mais majeur dans la vie de Samuel Beckett, et que l&rsquo;on soit n\u00e9ophyte ou non \u00e0 l\u2019\u0153uvre de tel personnage, le spectacle est savoureux de fluidit\u00e9, d&rsquo;humour et de justesse. On retiendra de cette pi\u00e8ce un panel d&rsquo;anecdotes pertinentes et un moment d&rsquo;onirisme ma\u00eetris\u00e9 de bout en bout.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Roxane Lechevalier<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Dominique Martigne<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | En savoir plus La compagnie Mack et les gars, avec le soutien de l\u2019Adami et l&rsquo;aide du Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Abbaye s&rsquo;est lanc\u00e9 le d\u00e9fis de retracer l&rsquo;aventure de Samuel Beckett et ses acolytes en 1953. 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