{"id":7387,"date":"2016-01-13T20:30:49","date_gmt":"2016-01-13T19:30:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=220"},"modified":"2016-01-13T20:30:49","modified_gmt":"2016-01-13T19:30:49","slug":"le-canard-sauvage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=7387","title":{"rendered":"Le canard sauvage"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/le-canard-sauvage\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gregers, id\u00e9aliste et obs\u00e9d\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9, reproche \u00e0 son p\u00e8re, Werle, d&rsquo;avoir tromp\u00e9 sa m\u00e8re ador\u00e9e, d\u2019avoir d\u00e9forest\u00e9 le pays, d\u2019avoir condamn\u00e9 le lieutenant Ekdal \u00e0 la pauvret\u00e9 et \u00e0 la folie et finalement d\u2019avoir construit la vie de son ami d\u2019enfance, Hjalmar, dans les mensonges. Au nom de la v\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;un id\u00e9al de puret\u00e9 et de transparence entre les \u00eatres humains, Gregers s&rsquo;introduit dans l\u2019appartement de Hjalmar. Gregers lui r\u00e9v\u00e8le peu \u00e0 peu combien Werle a caus\u00e9 la ruine du lieutenant Ekdal, et s&rsquo;est mal comport\u00e9 avec son \u00e9pouse. D\u2019ailleurs, Werle apr\u00e8s la ruine d\u2019Ekdal (p\u00e8re de Hjalmar) a financ\u00e9 non seulement toutes les \u00e9tudes du jeune qui est devenu photographe mais son mariage aussi. Pourtant, Gregers savait que l\u2019\u00e9pouse de Hjalmar \u00e9tait une maitresse de Werle. Gregers r\u00e9v\u00e9la la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 son ami ; esp\u00e9rant que de cette mani\u00e8re il am\u00e9liorait leur mariage. Gregers croyait que seulement avec la v\u00e9rit\u00e9 pure les gens peuvent acc\u00e9der au bonheur et \u00e0 la vraie connaissance. N\u00e9anmoins, les relations humaines se sont fond\u00e9es au mensonge et les \u00eatres humains ont besoin du mensonge pour pouvoir trouver un certain \u00e9quilibre et la joie dans leurs vies. \u00c0 la sc\u00e8ne finale, arrive le plus grand malheur : la mort de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne et la sc\u00e9nographie de Braunsweig nette et symbolique \u00e0 la fois. Le metteur en sc\u00e8ne utilise l\u2019espace de la sc\u00e8ne au maximum pour passer ses messages. \u00c0 la premi\u00e8re sc\u00e8ne il ne laisse qu\u2019une petite partie de la sc\u00e8ne aux acteurs en provoquant un stress au public. Le m\u00eame stress que Gregers ressenti quand il apprit les nouvelles de son ami d\u2019enfance Hjalmar et quand il confronta son p\u00e8re un peu plus tard. Tout le mur derri\u00e8re Gregers \u00e9tait un \u00e9norme fond blanc, rempli apr\u00e8s par l\u2019image de son p\u00e8re qui domina la sc\u00e8ne. La voix de Werle \u00e9tait tr\u00e8s forte ; au contraire la voix de Gregers \u00e9tait faible. On ne pouvait presque plus \u00e9couter ce qu\u2019il essayait de dire. Il est int\u00e9ressant comment Werle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9. Son image et ses paroles \u00e9taient enregistr\u00e9es dans une vid\u00e9o projet\u00e9e sur le mur ; le r\u00e9alisateur a beaucoup zoom\u00e9 sur son visage soulignant la pr\u00e9sence dominante de ce personnage qui aimait tout contr\u00f4ler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on voit la maison de la famille de Hjalmar la situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente. On a l\u2019impression que dans cette famille r\u00e8gnent le bonheur, la confiance, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et l\u2019amour. Mais tout va changer, quand Gregers r\u00e9v\u00e8lera la v\u00e9rit\u00e9. Derri\u00e8re la maison, il y avait la for\u00eat. Les spectateurs peuvent vraiment voir le grenier de cette famille o\u00f9 le grand-p\u00e8re allait s\u2019amuser en chassant, o\u00f9 la petite fille gardait dans un panier son canard sauvage et o\u00f9 elle se suicide \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. La for\u00eat a \u00e9t\u00e9 un symbole aussi. Le dialogue entre Hedvig et Gregers ainsi que les derniers mots d\u2019Ekdal juste avant la fin de la pi\u00e8ce le souligne : \u201cla fore\u0302t se venge\u201d.<br \/>\n\u00ab La fore\u0302t des symboles n\u2019est jamais neutre, jamais innocente. Elle re\u0301clame des victimes en sacrifice\u2026 Hedvig n\u2019est pas seulement une victime symbolique ; elle est aussi une victime du symbolisme. La partie invisible du grenier et les symboles ambigus ve\u0301hicule\u0301s par le second niveau de langage de la pie\u0300ce introduisent une me\u0301taphysique tragique dans cette sordide come\u0301die re\u0301aliste. Ils transforment une farce triviale en drame a\u0300 l\u2019issue sinistre. \u00bb<br \/>\nLes vid\u00e9os ainsi que les d\u00e9cors ont \u00e9t\u00e9 strat\u00e9giquement utilis\u00e9s alors dans cette mise en sc\u00e8ne qui a pu refl\u00e9ter par sa sc\u00e9nographie des symbolismes abord\u00e9s par le texte m\u00eame et trait\u00e9s par les sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anna Zouganeli<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Canard sauvage, Henrik Ibsen et St\u00e9phane Braunschweig, ou le combat \u00e0 mort de la v\u00e9rit\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que l&rsquo;on mette cela sur le compte de l&rsquo;appellation \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre national\u00a0\u00bb ou sur la p\u00e9riode de programmation tr\u00e8s courte du spectacle (une semaine), <em>Le Canard sauvage<\/em> de Ibsen, mis en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig au th\u00e9\u00e2tre national de La Colline, a fait salle comble mercredi soir dernier. Et qu&rsquo;allait-on recevoir\u00a0? Une m\u00e9chante gifle de v\u00e9rit\u00e9, patiemment distribu\u00e9e aux quelques sept cents personnes pr\u00e9sentes\u00a0; un r\u00e9veil brutal dans un monde de brutes, o\u00f9 plus rien ne devrait nous \u00e9tonner&#8230;si ce n&rsquo;est peut-\u00eatre ce qu&rsquo;on oublie trop vite, ce qu&rsquo;on refoule bien trop facilement, vous savez, ce boomerang qui nous revient en pleine figure au moment o\u00f9 on a os\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chir un peu plus loin que d&rsquo;habitude pour se confronter \u00e0 nous-m\u00eames, enfin, ce souci de transparence et de v\u00e9rit\u00e9. Et pourtant, on le savait qu&rsquo;avec Ibsen on ne viendrait pas au th\u00e9\u00e2tre pour rire ni m\u00eame pour pleurer. On se doutait bien que cette mise en sc\u00e8ne novatrice ne nous sauverait pas du texte mais viendrait enfoncer le clou\u00a0; que cette structure au bois chaleureux finirait litt\u00e9ralement par se pencher, faisant flancher avec elle la vie de ses occupants, que cette for\u00eat de sapins qu&rsquo;elle cachait au lointain ne serait pas un joyeux \u00e9chappatoire, mais une ar\u00e8ne meurtri\u00e8re. Et on est quand m\u00eame venus, peut-\u00eatre pour voir enfin quelque chose de proche et de grand, des vies allant au bout de leur destin, o\u00f9 le d\u00e9tour par la fiction d\u00e9cid\u00e9ment nous aide \u00e0 y voir plus clair sur ces grandes questions. Par la subtile m\u00e9taphore du canard sauvage qui traverse l&rsquo;ensemble de la pi\u00e8ce, ou le dialogue socratique entre Gregers et le m\u00e9decin Relling, autant dire entre l&rsquo;id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et celui du mensonge, pour une vie honn\u00eate mais \u00e9prouvante, ou bien un destin voil\u00e9 mais content, la fiction et la suggestion restent criantes dans leur r\u00e9alit\u00e9. Cela est d&rsquo;autant plus gr\u00e2ce au formidable travail des com\u00e9diens qui donnent \u00e0 cette trag\u00e9die toute sa puissance, dans leur pleine incarnation de ces destins tourment\u00e9s. Qu&rsquo;ils hantent nos pens\u00e9es ou qu&rsquo;ils les fortifient, pourvu qu&rsquo;ils les habitent encore longtemps, dans toute leur sinc\u00e9rit\u00e9, qui restera n\u00e9cessairement belle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Clim\u00e8ne Perrin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">St\u00e9phane Braunschweig (normalien en philosophie et rempla\u00e7ant de Luc Bondy \u00e0 la direction du th\u00e9\u00e2tre national de l&rsquo;Od\u00e9on) propose une intelligente mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce d&rsquo;Ibsen, <em>Le Canard sauvage<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son utilisation des nouvelles technologies est savamment dos\u00e9e. Elle n&rsquo;intervient que dans des moments bien pr\u00e9cis dont la symbolique la justifie pleinement : les discussions de Gregers, l&rsquo;un des deux protagonistes, avec son p\u00e8re. Ce dernier est projet\u00e9, imposant, en toile de fond, avec ses lunettes de soleil, carr\u00e9 dans un auguste fauteuil, tel Dieu le P\u00e8re, telle une rock-star qu&rsquo;on interviewe, telle, surtout, l&rsquo;imago paternelle qui reste imprim\u00e9e dans la conscience pour constituer le Sur-Moi. Ceci est agacement sugg\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;effet de r\u00e9manence produit \u00e0 la fin de ces sc\u00e8nes quand l&rsquo;image du p\u00e8re \u00e0 la base projet\u00e9e sur fond noir continue \u00e0 hanter de son spectre pendant quelques instants le d\u00e9cor de la maison de Hjalmar, le second protagoniste. De fa\u00e7on tout aussi subtile, par un proc\u00e9d\u00e9 qui met en sc\u00e8ne tous les m\u00e9andres de la psych\u00e9 humaine sans \u00eatre pr\u00e9tentieusement tapageur, le monde imaginaire dans lequel se r\u00e9fugie le p\u00e8re psychotique de Hjalmar est sobrement figur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-sc\u00e8ne par un espace rempli de sapins qui appara\u00eet lorsqu&rsquo;on entrouvre les portes coulissantes formant le mur du fond. Cette gestion intelligente du hors champ permet \u00e0 l&rsquo;intrigue de se recentrer sur le huis clos familial, sur la temp\u00eate \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cr\u00e2ne de Hjalmar, dont le monde est tout d&rsquo;un coup d\u00e9sorganis\u00e9 par le dangereux r\u00e9veil chez l&rsquo;\u00ab exalt\u00e9 \u00bb Gregers de sa \u00ab mission vitale \u00bb, bonne intention qui va vite r\u00e9v\u00e9ler son caract\u00e8re infernal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est qu&rsquo;Ibsen, dans cette pi\u00e8ce, r\u00e8gle brillamment son compte \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme cr\u00e9tin mais surtout nocif des ap\u00f4tres de la puret\u00e9 morale auquel il oppose la sagesse mat\u00e9rialiste du personnage le plus avis\u00e9 de la pi\u00e8ce, le m\u00e9decin, que sa pratique met en contact avec la trivialit\u00e9 des corps et emp\u00eache donc de sombrer dans le degr\u00e9 z\u00e9ro de la pens\u00e9e. Le kitsch qui se paie de mots pour se cacher la merde qu&rsquo;il ne saurait voir. Pour veiller sur la sant\u00e9 psychologique de son entourage, contrairement \u00e0 notre Crois\u00e9 de la V\u00e9rit\u00e9, ce fut\u00e9 m\u00e9decin a concoct\u00e9 sur mesure \u00e0 chacun un anti-toxique qui lui rend la r\u00e9alit\u00e9 plus supportable. Un \u00ab\u00a0mensonge-vital\u00a0\u00bb instill\u00e9 patiemment sur des ann\u00e9es mais que quelques secondes vont suffire \u00e0 Gregers pour ruiner. Ibsen, fin anthropologue, a bien compris que seule l&rsquo;illusion permettait aux hommes, comme aurait dit Nietzsche \u00ab de ne pas mourir de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et toute sa pi\u00e8ce est un crescendo vers une chute qui r\u00e9v\u00e8le le caract\u00e8re mortif\u00e8re des missionnaires de la transparence. Tout le monde ment pour pr\u00e9server les autres, et c&rsquo;est la meilleure des choses qu&rsquo;il puisse faire car paradoxalement, le mensonge est plus humain que la qu\u00eate aussi vaine que blessante de la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Trop de lumi\u00e8re, loin de dessiller les yeux de celui qui s&rsquo;est accoutum\u00e9 \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, aveugle. Le chemin hors de la caverne vers un monde plus vrai ne peut se faire que progressivement. Les psychanalystes le savent : rien ne sert de mettre trop t\u00f4t le patient en face de ses contradictions. La lucidit\u00e9 n&rsquo;est b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l&rsquo;individu que s&rsquo;il la conquiert lui-m\u00eame. Quant \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation, elle est juste et pertinemment sobre. Le spectateur n&rsquo;est aucunement parasit\u00e9 par d&rsquo;\u00e9ventuelles vell\u00e9it\u00e9s de performance et peut donc se plonger enti\u00e8rement dans l&rsquo;univers d&rsquo;Ibsen et savourer ainsi toute l&rsquo;acuit\u00e9 de sa vision existentielle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Florine Le Bris<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Canard sauvage<\/em> est l&rsquo;histoire d&rsquo;un drame familial, politique, philosophique, qui se noue autour d&rsquo;un vaste domaine forestier, celui de H\u00f8ydal. Le vieil Ekdal a fait de la prison pour avoir exploit\u00e9 et vendu des bois qui appartenaient \u00e0 l\u2019\u00c9tat\u00a0; son associ\u00e9, le riche n\u00e9gociant Werle, fut acquitt\u00e9. Gregers, lucide sur le compte de son p\u00e8re, d\u00e9couvre en outre qu&rsquo;il s\u2019est occup\u00e9 de Hjamar, le fils d\u2019Ekdal, qu\u2019il a \u00e9tabli comme photographe et mari\u00e9 \u00e0 Gina, une de ses anciennes employ\u00e9es et ma\u00eetresse. Hjamar et Gina ont eu, peu de temps apr\u00e8s, une fille, Hedvig. Lib\u00e9r\u00e9 de prison, le vieil Ekdal est revenu vivre dans la famille de son fils et a recr\u00e9\u00e9 dans le grenier de la maison une \u00abfor\u00eat\u00bb, o\u00f9 il \u00e9l\u00e8ve des poules, des lapins, et abrite le myst\u00e9rieux canard sauvage. Un \u00e9quilibre que Gregers, au nom de la\u00a0\u00ab<em>v\u00e9rit\u00e9<\/em>\u00bb\u00a0et de la\u00ab<em>transparence<\/em>\u00bb, id\u00e9aux, dogmes \u00e9thiques, aspirations m\u00e9taphysiques r\u00e9cemment r\u00e9v\u00e9l\u00e9s au personnage, va abattre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce d&rsquo;Ibsen est triste. Ind\u00e9niablement, chacun des personnages est triste, et se d\u00e9bat avec des illusions et se voile la face\u00a0: Hjalmar (Rodolphe Cong\u00e9), Hedvig (Suzanne Aubert), Gina (Chlo\u00e9 R\u00e9jon). L&rsquo;arriv\u00e9e de Gregers (Claude Duparfait), et de sa bien-pensance fait \u00e9clater les faux-semblants qui faisaient le terreau de la famille de Hjalmar, soud\u00e9e par le <em>mensonge vital<\/em>. Le d\u00e9litement progressif des liens qui unissent les personnages est admirablement montr\u00e9, sur sc\u00e8ne, par cette distorsion des perspectives de cette maison de bois qui bascule en avant \u2013 seule v\u00e9ritable trouvaille sc\u00e9nique qui ne soit pas autant \u00e0 double tranchant que les autres choix de S. Braunschweig.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car si le texte de Ibsen se fait tr\u00e8s bien entendre, la mise en sc\u00e8ne ne lui rend pas toujours honneur. On peut appr\u00e9cier, ou pas, la pr\u00e9sence massive, d\u00e9sagr\u00e9able, de Werle (Jean-Marie Winling) sur un \u00e9cran g\u00e9ant dont l&rsquo;installation \u00e9tait tout sauf fluide et rompait le temps de l&rsquo;histoire, et qui, pour \u00eatre une performance, n&rsquo;est pas tr\u00e8s heureuse et emp\u00eache une parfaite \u00e9coute du texte. Plus une performance qu&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9. Le brouillage des genres comique et tragique que S. Braunschweig a insuffl\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce, en soi tout \u00e0 fait pertinent, appara\u00eet parfois brouillon, et on ne sait plus trop si l&rsquo;on doit rire ou pleurer, non pas parce que ce qui est montr\u00e9 est ambigu, profond, mais bien plut\u00f4t incoh\u00e9rent\u00a0: le jeu d&rsquo;acteur comique de R. Cong\u00e9 se pr\u00eate parfois mal au drame et \u00e0 l&rsquo;abattement, et celui trop mani\u00e9r\u00e9 de C. Duparfait occulte le propre cheminement, h\u00e9sitant, de son personnage sans que sa qu\u00eate mystique ne semble alors autre chose qu&rsquo;une emb\u00fbche pour la famille d&rsquo;Ekdal. Le couple Hjalmar \/ Gregers manque r\u00e9guli\u00e8rement de consistance et le propos passe pour superficiel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de ce <em>Canard sauvage<\/em> est assum\u00e9e, mais peut-\u00eatre prend-elle trop \u00e0 c\u0153ur de forcer le comique, ce qui a moins pour effet de souligner la cruaut\u00e9 gla\u00e7ante de l&rsquo;action, que de laisser perdre le spectateur et de le d\u00e9sengager de l&rsquo;ampleur philosophique et sociale du texte, qui porte d\u00e9j\u00e0 cette charge ambigu\u00eb contre l&rsquo;Id\u00e9al, l&rsquo;omission, l&rsquo;amour fissur\u00e9 et les mal\u00e9dictions transg\u00e9n\u00e9rationnelles. La mise en sc\u00e8ne semble fi\u00e8re de sa lecture mais prend trop le spectateur par la main, quitte \u00e0 l&rsquo;\u00e9garer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louis Tisserand<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois de plus, St\u00e9phane Braunschweig se frotte \u00e0 Henrik Ibsen en adaptant <em>Le Canard Sauvage<\/em>. On se souviendra effectivement de sa mise en sc\u00e8ne de <em>Une Maison Poup\u00e9e<\/em>, quelques ann\u00e9es auparavant qui proposait un m\u00eame esth\u00e9tisme froid, une r\u00e9alit\u00e9 crue contrebalan\u00e7ait par de certaines occurrences d&rsquo;onirisme qui passait \u00e9galement par cette pr\u00e9sence vivifiante de pins sur sc\u00e8ne, en effet Nora cot\u00f4yait l&rsquo;arbre de No\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Le Canard Sauvage<\/em>, c&rsquo;est une for\u00eat enti\u00e8re qui s&rsquo;impose sur sc\u00e8ne. \u00ab\u00a0La for\u00eat se venge\u00a0\u00bb entendons-nous myst\u00e9rieusement dire, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Shakespeare, ce qui donne un ton tr\u00e8s proph\u00e9tique et une atmosph\u00e8re particuli\u00e8rement tendue et r\u00eaveuse \u00e0 l&rsquo;univers. Cela conf\u00e8re \u00e9galement une teinte fantastique \u00e0 la pi\u00e8ce, comme c&rsquo;\u00e9tait le cas dans le quotidien pourtant trivial de Nora. S&rsquo;affrontent donc sur ce socle de tensions les v\u00e9rit\u00e9s et les mensonges du quotidien qui mettent en exergue l&rsquo;orgueil et la vanit\u00e9 de chacun, mais sans jamais tomber dans l&rsquo;artifice gr\u00e2ce \u00e0 ce d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9 et pourtant parfois d\u00e9structur\u00e9 par la for\u00eat boulimique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc un moment de tensions impr\u00e9gn\u00e9es de quotidien et pourtant toujours reli\u00e9es \u00e0 un certain onirisme qui leur vaut une dimension profonde sur-ajout\u00e9e que nous d\u00e9couvrons au cours de ces 2h30 qui jouent \u00e9galement sur les registres, oscillant entre th\u00e9\u00e2tre simplement r\u00e9aliste et grande trag\u00e9die.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Roxane Lechevalier<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Elisabeth Carrecchio<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | En savoir plus Gregers, id\u00e9aliste et obs\u00e9d\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9, reproche \u00e0 son p\u00e8re, Werle, d&rsquo;avoir tromp\u00e9 sa m\u00e8re ador\u00e9e, d\u2019avoir d\u00e9forest\u00e9 le pays, d\u2019avoir condamn\u00e9 le lieutenant Ekdal \u00e0 la pauvret\u00e9 et \u00e0 la folie et finalement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":165,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,19,4],"tags":[],"class_list":["post-7387","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-la-colline","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7387","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7387"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7387\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/165"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7387"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7387"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7387"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}