{"id":7388,"date":"2016-01-14T19:30:34","date_gmt":"2016-01-14T18:30:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=222"},"modified":"2016-01-14T19:30:34","modified_gmt":"2016-01-14T18:30:34","slug":"richard-iii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=7388","title":{"rendered":"Richard III"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2015-2016\/spectacles\/richard-iii\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Richard III<\/em>, pour le r\u00e9sumer grossi\u00e8rement, met en sc\u00e8ne la tentative d\u2019usurpation du tr\u00f4ne par le personnage \u00e9ponyme. Jolly illustre toute la noirceur de ce personnage : lorsque ce dernier appara\u00eet, la musique se fait sombre, voire inqui\u00e9tante, et la lumi\u00e8re est vaincue par l\u2019obscurit\u00e9. La vis\u00e9e didactique du metteur en sc\u00e8ne appara\u00eet aussi par le jeu avec les inscriptions : aussi bien le drap mortuaire d\u2019Henry VI o\u00f9 est \u00e9crit le nom du roi, que les pancartes tombant du haut de la sc\u00e8ne et ponctuant la repr\u00e9sentation \u00e0 la mani\u00e8re de titres de chapitres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas Jolly propose une interpr\u00e9tation tr\u00e8s moderne de la pi\u00e8ce de Shakespeare, montrant ainsi \u00e0 la fois que la r\u00e9flexion de l\u2019auteur reste d\u2019actualit\u00e9 aujourd\u2019hui et que le th\u00e9\u00e2tre est aussi une source de plaisir. Les cam\u00e9ras de surveillance t\u00e9moignent de la tyrannie de Richard III, qui veut tout contr\u00f4ler, quitte pour cela \u00e0 faire assassiner ses neveux, \u00e0 projeter de tuer ses anciens amis et \u00e0 \u00e9pouser de force celle dont il a tu\u00e9 le mari. Un plateau symbolisant le tr\u00f4ne est \u00e9lev\u00e9 ou abaiss\u00e9 pour symboliser le pouvoir de celui qui l\u2019occupe. Au moment de son couronnement, Richard III, assis sur le tr\u00f4ne, surplombe la sc\u00e8ne qui devient alors la sc\u00e8ne d\u2019un concert de rock. Le spectateur avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment : il repr\u00e9sentait l\u2019opinion publique, plus ou moins manipul\u00e9e, et il \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 crier les r\u00e9ponses qu\u2019on lui dictait. Lors du concert, le spectateur est convi\u00e9 \u00e0 chanter. Si ce concert semble s\u2019\u00e9loigner quelque peu de la r\u00e9flexion sur la tyrannie et le pouvoir, il rappelle que le th\u00e9\u00e2tre est aussi ce lieu o\u00f9 spectateurs et com\u00e9diens peuvent partager un m\u00eame plaisir. C\u2019est sur ce spectacle au rythme endiabl\u00e9 que tombe le rideau de l\u2019entracte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie du spectacle commence de mani\u00e8re beaucoup plus calme, et la tonalit\u00e9 moins spectaculaire peut d\u00e9cevoir des attentes \u00e9ventuellement suscit\u00e9es par le bouquet final de la premi\u00e8re partie. Le metteur en sc\u00e8ne continuera n\u00e9anmoins \u00e0 exploiter jeux sonores et jeux de lumi\u00e8res, notamment lors de la bataille finale, mais ils semblent alors moins motiv\u00e9s par la r\u00e9flexion propos\u00e9e par Shakespeare et ils divertissent moins le spectateur que le concert de rock. La dur\u00e9e de la pi\u00e8ce (4h30) commence alors \u00e0 se faire sentir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ad\u00e8le Fontaine<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Richard III<\/em>, de William Shakespeare, creuse l&rsquo;esprit humain pour nous montrer jusqu&rsquo;o\u00f9 un homme peut aller dans son soif de pouvoir. La pi\u00e8ce raconte les \u00e9pisodes les plus m\u00e9morables de la vie de Richard III, personnage historique, fr\u00e8re du roi \u00c9douard IV et suite aux conspirations au c\u0153ur de l\u2019\u00c9tat, couronn\u00e9 roi d&rsquo;Angleterre. Guid\u00e9 par son ambition d&rsquo;acc\u00e9der au tr\u00f4ne, il est pr\u00eat \u00e0 tout faire, \u00e0 tous trahir, \u00e0 tout d\u00e9tourner si cela le conduit \u00e0 son but ultime. La pi\u00e8ce nous permet \u00e0 la fois d&rsquo;assister au d\u00e9roulement d&rsquo;une crise de gouvernance au sein du royaume, et aux intrigues secr\u00e8tes tricot\u00e9es dans les coulisses de la cour, orchestr\u00e9es par Richard III. Celui-ci fait preuve d&rsquo;un caract\u00e8re m\u00e9chant, quasi inhumain, seulement cr\u00e9dible gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;extraordinaire interpr\u00e9tation de Thomas Jolly dans le r\u00f4le principal. Il profite de la maladie de son fr\u00e8re, le roi, pour faire condamner \u00e0 mort son deuxi\u00e8me fr\u00e8re, ensuite trahit sa belle-s\u0153ur, ses neveux, et fini m\u00eame par faire assassiner ceux qui lui avaient jusqu&rsquo;alors servi des complices. Une fois qu&rsquo;il atteint son but et que la couronne lui appartient, il d\u00e9cide d&rsquo;aller plus loin, cette fois pour consolider sa place \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;Angleterre. Il n&rsquo;h\u00e9site donc point \u00e0 se mettre contre ses principaux collaborateurs. Soup\u00e7onnant tout le monde et en cons\u00e9quence de plus en plus isol\u00e9, sachant qu&rsquo;une r\u00e9bellion s&rsquo;organise pour le renverser et conscient qu&rsquo;il a besoin de l\u00e9gitimit\u00e9 pour rester au pouvoir, il prend deux r\u00e9solutions : faire d\u00e9capiter son neveu, fils du d\u00e9funt \u00c9douard IV et premier h\u00e9ritier au tr\u00f4ne, et ensuite marier sa ni\u00e8ce, deuxi\u00e8me h\u00e9ritier. Celle-ci, Elizabeth, n&rsquo;a que cinq ans. La r\u00e9bellion voit le jour et Richard III se trouve soutenu par une arm\u00e9e affaiblie par les d\u00e9sertions et les incertitudes. Il meurt tout seul sur le champ de bataille \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9pouille de son cheval. Mais m\u00eame dans sa derni\u00e8re seconde, il ne rel\u00e2che pas son envie de pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce, au-del\u00e0 des faits historiques tout \u00e0 fait v\u00e9rifiables, montre la profonde insatisfaction humaine vis-\u00e0-vis les ambitions personnelles. Dans le cas de Richard III, celles-ci visaient la couronne. Dans la vie quotidienne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, elles ont s\u00fbrement mille visages diff\u00e9rents. Shakespeare rend compte \u00e9galement de la fa\u00e7on dont ont faisait de la politique \u00e0 cette \u00e9poque l\u00e0. Les p\u00e9rils qui menacent les \u00c9tats contemporains ne sont plus les m\u00eames qu&rsquo;autrefois, hormis celui d&rsquo;\u00eatre gouvern\u00e9s par des hommes dont l&rsquo;esprit a depuis presque toujours eu des pr\u00e9occupations similaires. Faire partie de l&rsquo;histoire, et devenir eux-m\u00eames l&rsquo;histoire, a \u00e9t\u00e9 sans doute l&rsquo;une des ambitions les plus dangereuses qui a pouss\u00e9 l&rsquo;action des plus grands tyrans que le monde ait connus. Faut-il se demander donc, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e9flexions issues de cette repr\u00e9sentation, si chacun d&rsquo;entre nous, ma\u00eetre de son propre destin, poursuivant le r\u00eave commun de l&rsquo;\u00e9panouissement personnelle, n&rsquo;est pas capable, tel que l&rsquo;\u00e9tait Richard III, de tout faire dans le but de r\u00e9ussir sa vie. Bien que cela soit condamnable, au fond de nos instincts, ne faut-il pas parfois avouer que nous pourrions tous \u00eatre un peu Richard III ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est qui est remarquable dans cette pi\u00e8ce c&rsquo;est impeccable mise en sc\u00e8ne. Le travail des acteurs est excellent. La sc\u00e9nographie n&rsquo;a pas besoin de recours recherch\u00e9s pour marquer le public. Entre lumi\u00e8res et noirs les espaces apparaissent et disparaissent tout au long de le spectacle. Les quatre heures et vingt minutes que dure celui-ci passent vite gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9ussite de raconter une histoire assez ancienne avec un langage actuel, recr\u00e9ant un ch\u00e2teau et une famille royale loin des d\u00e9corations charg\u00e9es des fauteuils brod\u00e9s et des costumes classiques. La r\u00e9invention de ces \u00e9l\u00e9ments ne fait que renforcer l&rsquo;originalit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne, donnant naissance \u00e0 un contexte moderne o\u00f9, malgr\u00e9 sa nouveaut\u00e9 Shakespeare, les Lancaster, les York trouvent leur place ainsi que toute l&rsquo;ambiance londonienne de la fin du XV si\u00e8cle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Johan Ramirez<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il l\u2019on devait r\u00e9sumer en un mot la mise en sc\u00e8ne de<em> Richard III<\/em> par Thomas Jolly et sa troupe, la<em> Piccola Familia<\/em>, au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, ce serait monstrueuse. Le jeune metteur en sc\u00e8ne entendait traiter ici de la monstruosit\u00e9 ; l\u2019entreprise est r\u00e9ussie : difficile de savoir si cette mise en sc\u00e8ne, oscillant sans cesse entre g\u00e9nie et mauvais go\u00fbt, est brillante ou au contraire navrante, tout comme un monstre est repoussant et fascinant \u00e0 la fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce de Shakespeare nous donne \u00e0 voir les rouages sanglants du pouvoir et l\u2019entreprise machiav\u00e9lique d\u2019un homme sans scrupules, pr\u00eat \u00e0 tout pour voir son front serti de la couronne d\u2019Angleterre. Richard III est bien un personnage monstrueux, dont le corps difforme n\u2019est que le p\u00e2le reflet de l\u2019\u00e2me. Avec sa voix de fausset grin\u00e7ante, son corps fam\u00e9lique et boiteux et son corset orn\u00e9 de plumes de vilain petit canard, Thomas Jolly fait ressentir cette monstruosit\u00e9 \u00e0 la perfection en ce qu\u2019il en montre \u00e0 la fois toute la barbarie et toute l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce qu\u2019il y a de vraiment monstrueux dans cette mise en sc\u00e8ne, c\u2019est sa d\u00e9mesure. En effet, nous passons du rire aux larmes en une seule sc\u00e8ne gr\u00e2ce au jeu des acteurs et aux effets sonores puissants, et le d\u00e9cor minimaliste ainsi que les jeux de lumi\u00e8res concentrent au maximum l\u2019action sur les personnages et leur psychologie, tout comme le fond de teint blanc dont ils sont enduits et qui leur donne une apparence de pantin. L\u2019ensemble reste tr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit de Shakespeare tout en proposant des trouvailles innovantes, comme par exemple les faisceaux de lumi\u00e8res qui se font tour \u00e0 tour barreaux de cellule pour Clarence, armature de tente, et m\u00eame cage psychologique se resserrant autour de Lady Grey. Et soudain, la mise en sc\u00e8ne bascule dans quelque chose d\u2019inqualifiable, dans des exc\u00e8s de mauvais go\u00fbt, dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie la plus totale. Que penser du malheur de Lady Anne lors de sa premi\u00e8re rencontre avec le duc de Gloucester, tellement surjou\u00e9 qu\u2019il en devient ridicule ? Ou encore de la longue intronisation de Richard fa\u00e7on concert de rock cl\u00f4turant la premi\u00e8re partie ? En sortant de la salle, on a envie de crier au scandale. Puis, en r\u00e9fl\u00e9chissant, on se demande si cette exub\u00e9rance d\u2019un go\u00fbt douteux ne serait pas au contraire exactement ce qu\u2019aurait fait Shakespeare \u00e0 notre \u00e9poque. N\u2019est-il pas connu, en effet, pour m\u00ealer le meilleur et le pire dans ses pi\u00e8ces, les th\u00e9matiques les plus nobles et les discussions les plus profondes aux plaisanteries les plus triviales ? Ces exag\u00e9rations ont le m\u00e9rite de d\u00e9ranger le spectateur, de le surprendre et de le faire r\u00e9fl\u00e9chir, comme les pi\u00e8ces de Shakespeare \u00e0 son \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long de la pi\u00e8ce, le public est sollicit\u00e9 : il doit scander le nom de Richard pour qu\u2019il accepte de devenir roi puis doit chanter en c\u0153ur l\u2019odieux refrain que ce dernier hurle lors de son couronnement. Il fallait oser, mais le public est r\u00e9ceptif. Il en est de m\u00eame de toute la mise en sc\u00e8ne, constitu\u00e9e de proc\u00e9d\u00e9s inattendus, souvent \u00ab too much \u00bb, mais le tout prend \u00e9tonnamment bien. Ainsi, la ligne entre g\u00e9nie et m\u00e9diocrit\u00e9 est parfois bien mince : les acteurs ont par exemple tendance \u00e0 trop d\u00e9clamer leurs r\u00e9pliques, mais on peut y voir une mani\u00e8re de d\u00e9noncer les poids des convenances en ces hautes sph\u00e8res du pouvoir, o\u00f9 chacun est tenu de jouer son r\u00f4le et de r\u00e9citer son texte sous peine de disgr\u00e2ce, voire de mort. De m\u00eame, la violence auditive et esth\u00e9tique du concert c\u00e9l\u00e9brant le couronnement de Richard III fait \u00e9cho \u00e0 la violence psychologique et physique dont il a fait usage pour acc\u00e9der au tr\u00f4ne et \u00e0 laquelle il aura dor\u00e9navant recours en toute impunit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette mise en sc\u00e8ne est bien monstrueuse en ce qu\u2019elle transcende le bon et le mauvais go\u00fbt et qu\u2019on ne saurait dire si chaque nouvelle hardiesse rel\u00e8ve d\u2019une lubie ou si tout est savamment calcul\u00e9. Mais sachant que la pi\u00e8ce elle-m\u00eame traite de la monstruosit\u00e9, il s\u2019agirait d\u2019une lubie \u00e9tonnamment coh\u00e9rente, \u00e0 moins que ce soit cela que l\u2019on nomme trait de g\u00e9nie ?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lucile Gagniere<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est une adaptation en fran\u00e7ais de la trag\u00e9die de Shakespeare, mise en sc\u00e8ne par Thomas Jolly (qui d\u00e9tient d&rsquo;ailleurs le r\u00f4le titre), jou\u00e9e par la <em>Piccola Familia<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re pi\u00e8ce de la premi\u00e8re t\u00e9tralogie de Shakespeare pr\u00e9sente l&rsquo;ascension, le r\u00e8gne et la chute du protagoniste \u00e9ponyme, c&rsquo;est-\u00e0-dire la fin de la guerre des Deux-Roses. Gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9loquence et intelligence, il \u00e9carte tous ses adversaires, de son fr\u00e8re Clarence \u00e0 ses petits neveux, et tous les hommes qui ont trop de pouvoir \u00e0 son go\u00fbt. Pris d&rsquo;une folie graduelle, son d\u00e9sir de pouvoir l&rsquo;isole et il finit ha\u00ef et seul. Sa d\u00e9termination \u00e0 ne servir que ses propres int\u00e9r\u00eats fait de lui un personnage fascinant de noirceur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un spectacle sensoriel<\/em><br \/>\nLe multim\u00e9dia est utilis\u00e9 amplement et \u00e0 bon escient. Les sons permettent de r\u00e9v\u00e9ler les r\u00e9elles intentions des personnages. L&rsquo;utilisation d&rsquo;un \u00e9cran pr\u00e9sentant des \u00ab\u00a0cam\u00e9ras de surveillance\u00a0\u00bb telle une prison illustre bien la volont\u00e9 de contr\u00f4le du roi.<br \/>\nLes lumi\u00e8res jouent aussi des r\u00f4les multiples\u00a0: intensifier l&rsquo;atmosph\u00e8re dramatique (rouge pour le sang) ou de paix (les b\u00e9n\u00e9dictions des spectres des victimes de Richard III \u00e0 Henry, comte de Richmond).<br \/>\nJe tiens \u00e0 mentionner un moment tr\u00e8s po\u00e9tique o\u00f9 Richard \u00ab\u00a0apprivoise\u00a0\u00bb une \u00ab\u00a0cam\u00e9ra\u00a0\u00bb (un faisceau de lumi\u00e8re). Ce moment d\u00e9voile l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du personnage qui se cache et s&rsquo;admire, se cherche et cherche l&rsquo;autre. D&rsquo;ailleurs la lumi\u00e8re lui ob\u00e9it puis d\u00e9cide de l&rsquo;abandonner, \u00e0 l&rsquo;instar de tous les autres personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un spectacle \u00ab\u00a0trash\u00a0\u00bb\u00a0?<\/em><br \/>\nLa sc\u00e8ne avant l&rsquo;entracte montre l&rsquo;apog\u00e9e du r\u00e8gne tyrannique de Richard III. Le plateau en sur\u00e9l\u00e9vation montre le nouveau roi sur son tr\u00f4ne (faisant \u00e9cho \u00e0 la sc\u00e8ne liminaire). Une chanson rock aux accents m\u00e9tal est chant\u00e9e dans un anglais approximatif. Le rythme ternaire du refrain \u00ab\u00a0I&rsquo;m a dog\/I&rsquo;m a toad\/I&rsquo;m a hedgehog\u00a0\u00bb est repris par des pas de danses, tr\u00e8s suggestifs. La musique est assourdissante. Avec les lumi\u00e8res, parfois \u00e0 la limite de l&rsquo;\u00e9pileptique, elles sont une incarnation de la tyrannie, le paroxysme de l&rsquo;exultation du tyran. Les servants (des hommes d\u00e9guis\u00e9s en femmes en robe et perruque noires) montrent une androgynie perturbante\u00a0; l&rsquo;homme presque nu \u00e0 t\u00eate de sanglier montre et caresse ses parties intimes personnifie la d\u00e9bauche, la bestialit\u00e9.<br \/>\nCette mise en sc\u00e8ne est sans doute une transposition du fait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque l&rsquo;auteur pouvait \u00eatre tr\u00e8s grivois et ne respectait pas les conventions. Un moment trop long et inutilement violent \u00e0 mon go\u00fbt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Une sc\u00e9nographie symbolique<\/em><br \/>\nLa progression lin\u00e9aire de l&rsquo;action est bien accompagn\u00e9e de d\u00e9cors simples mais \u00e9quivoques\u00a0: par exemple, le tr\u00f4ne en hauteur s&rsquo;\u00e9croule \u00e0 la fin pour montrer la fin du r\u00e8gne. Les costumes sont majoritairement noirs, except\u00e9 celui du mariage de Richard III\u00a0: se rev\u00eatant de blanc, il cr\u00e9e une subversion des codes.<br \/>\nEnfin, le noir, l&rsquo;obscurit\u00e9, la nuit baignent toute la pi\u00e8ce, faisant \u00e9cho aux meurtres, trahisons et abandons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Une parole d\u00e9pouill\u00e9e<\/em><br \/>\nLa traduction est libre et les jeux entre les acteurs et le public sont des notes agr\u00e9ables qui amusent les deux camps. Cependant, la diction des personnages est peu convaincante\u00a0: ils hurlent leur texte plus qu&rsquo;ils ne le vivent, brisant l&rsquo;illusion th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un d\u00e9nouement presque tragique<\/em><br \/>\nFinalement, le seul moment o\u00f9 Richard d\u00e9\u00e7oit, c&rsquo;est lorsqu&rsquo;il abandonne. Le fameux \u00ab\u00a0Mon royaume pour un cheval\u00a0!\u00a0\u00bb devient une lamentation sans une once de respect pour lui-m\u00eame. Richard III, bossu et laid, se lamentait d&rsquo;\u00eatre mal-aim\u00e9\u00a0: une phrase qui passe inaper\u00e7ue, alors qu&rsquo;elle d\u00e9tient peut \u00eatre l&rsquo;explication de cette violence acharn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En conclusion, Richard III est un personnage noir, fascinant, qui se compla\u00eet \u00e0 d\u00e9truire les autres. Cette mise en sc\u00e8ne accro\u00eet le tragique et la destin\u00e9e solitaire de ce anti-h\u00e9ros enj\u00f4leur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Maeva Lopez<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab I\u2019m a dog, I\u2019m a toad, I\u2019m a hedgehog ! \u00bb scande Richard dans une explosion de sa fureur, sa joie et son malheur dans la mise en sc\u00e8ne de Thomas Jolly. L\u2019air ent\u00eatant s\u2019immisce dans l\u2019esprit du spectateur pour ne plus en ressortir donnant alors un fond sonore ind\u00e9niablement li\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce qui se joue au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on \u00e0 Paris du 6 janvier au 13 f\u00e9vrier 2016. La c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce<em> Richard III<\/em> de l\u2019auteur britannique Shakespeare (1564-1616), ici dans un style tout \u00e0 fait contemporain empreint de jeux de sons et de lumi\u00e8res impressionnants, est parfaitement soutenue par la compagnie<em> La Piccola Familia<\/em>. La pi\u00e8ce, d\u2019une dur\u00e9e de 4h30 avec entracte, nous fait p\u00e9n\u00e9trer au c\u0153ur de l\u2019Histoire britannique autour du personnage cruel et sanglant qu\u2019est Richard, duc de Gloucester, futur Richard III, roi d\u2019Angleterre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce drame \u00e9crit par William Shakespeare entre 1591 et 1592, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1597, est une fresque historique retra\u00e7ant les conflits fratricides opposant les familles r\u00e9gnantes de York et de Lancastre. Richard ouvre la pi\u00e8ce (Acte I, sc\u00e8ne 1) en \u00e9voquant l\u2019acc\u00e8s au tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Edouard IV, vainqueur du roi d\u00e9chu Henri VI. Mais c\u2019est un homme affaibli que nous pr\u00e9sente le duc de Gloucester, malade et mourant, ses successeurs possibles s\u2019entre-d\u00e9chirent dans une r\u00e9elle lutte de pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Shakespeare n\u2019\u00e9tant pas un historien mais un dramaturge, il s\u2019empare des faits historiques et nous les livre sous un jour nouveau. Richard appara\u00eet alors non plus comme un des multiples rois britanniques mais comme un homme tortur\u00e9 marqu\u00e9 de sentiments contradictoires et anim\u00e9 par un supr\u00eame et unique but : devenir roi. Cette ambition fait sa force. D\u00e9laiss\u00e9 par son p\u00e8re qui meurt rapidement apr\u00e8s sa naissance et non aim\u00e9 par sa m\u00e8re, le manque d\u2019amour qui l\u2019entoure s\u2019exprime dans son aspect physique. Il est laid, difforme et r\u00e9pugnant. Le jeu de Thomas Jolly, incarnant Richard, est de ce point de vue, parfaitement notable et remarquable. Richard, nous appara\u00eet d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, boiteux, sa jambe est soutenue par une armature et le corps emprisonn\u00e9 par un corset sans lequel il n\u2019a aucune stature. Son apparence monstrueuse est le sombre reflet de son \u00e2me. Persuad\u00e9 qu\u2019il ne peut pas \u00eatre aim\u00e9, il ne craint alors plus le courroux divin. Jolly nous offre ici un travail important sur la dualit\u00e9 d\u2019un personnage qui souffre et fait souffrir. Mal aim\u00e9, d\u00e9test\u00e9 par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui sont cens\u00e9s l\u2019aimer inconditionnellement, il est rejet\u00e9 et se venge sur le monde qu\u2019il veut gouverner en tyran malfaisant et sans bornes. Richard III appara\u00eet comme un monstre odieux qui se joue de nous jusqu\u2019\u00e0 nous faire l\u2019aimer et l\u2019aduler. Le point culminant de la mise en sc\u00e8ne propos\u00e9e ici est atteint juste avant l\u2019entracte, au bout de 2h30 d\u2019un spectacle dense. Le public d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 est alors pris \u00e0 parti et doit, \u00e0 l\u2019instar du peuple britannique, faire le choix de Richard comme successeur \u00e0 son fr\u00e8re, feu le roi Edouard IV. Et c\u2019est en connaissance de cause, au vu et au su de tous les crimes dont Richard s\u2019est rendu coupable que Shakespeare nous l\u2019offre comme un homme derri\u00e8re lequel tous se f\u00e9d\u00e8rent. La force de la mise en sc\u00e8ne de Jolly r\u00e9side dans la dualit\u00e9 et le conflit interne qu\u2019il arrive \u00e0 cr\u00e9er au c\u0153ur du public. Les jeux de lumi\u00e8res et de sons, la musique ent\u00eatante que compose Richard et ses alli\u00e9s envahie alors le th\u00e9\u00e2tre et nous rallie aveugl\u00e9ment \u00e0 la cause de cet \u00eatre \u00e9trange et d\u00e9rangeant. Tout le public se met alors \u00e0 scander le nom de \u00ab Richard \u00bb que l\u2019on souhaite devenir roi. Le malaise qui s\u2019instaure est croissant, marqu\u00e9 par la haine que nous portons \u00e0 ce meurtrier et la joie que nous procure son av\u00e8nement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors soutiennent l\u2019action avec simplicit\u00e9 lui laissant le loisir de s\u2019ins\u00e9rer dans tout type d\u2019\u00e9poque. L\u2019intemporalit\u00e9 promise par les d\u00e9cors en fers sombres et rigides permettent de se focaliser sur l\u2019action et les personnages. Le recours \u00e0 la lumi\u00e8re pour traduire les \u00e9motions habitant chacun d\u2019eux permet \u00e0 la fois de dramatiser, insister ou au contraire all\u00e9ger l\u2019atmosph\u00e8re. Les costumes viennent enfin parfaire leur caract\u00e8re. Ainsi, Lady Anne appara\u00eet comme la veuve blanche, pure mais marqu\u00e9e par la cruaut\u00e9 et la m\u00e9chancet\u00e9 de Richard dont elle devient l\u2019\u00e9pouse. Abus\u00e9e par son jeu et ses tromperies elle consent \u00e0 s\u2019unir \u00e0 l\u2019assassin de son premier \u00e9poux, Edouard. Seul Richard effectue des changements de costumes, tout d\u2019abord lorsqu\u2019il est couronn\u00e9 roi. Il quitte alors son habit sombre et ses plumes de corbeau pour rev\u00eatir un habit blanc orn\u00e9 de pierres pr\u00e9cieuses aux couleurs chaudes et chatoyantes. Ses plumes se muent et deviennent celles d\u2019une colombe, oiseau de paix et d\u2019espoir qui reste toutefois ici marqu\u00e9 par son pass\u00e9 cruel de charognard. Le dernier changement de costume pour le monstrueux roi intervient lorsqu\u2019il se pr\u00e9pare pour l\u2019ultime combat. La transformation a lieu sur sc\u00e8ne, choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 qui permet au public d\u2019\u00eatre t\u00e9moin des faiblesses du corps de Richard. Il doit en effet \u00f4ter son corset et il s\u2019effondre alors, aucune force physique n\u2019habitant le corps d\u00e9charn\u00e9 qui se cache sous les apparats de la royaut\u00e9. Les choix de Jolly, inscrivant cette m\u00e9tamorphose au centre de la sc\u00e8ne et son jeu montre un roi fatigu\u00e9 et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, pressentant, comme le public, sa chute prochaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chute annonc\u00e9e d\u00e8s son accession au tr\u00f4ne et la mort de l\u2019enfant n\u00e9 de l\u2019union de Richard et Lady Anne. Maudit avant sa naissance par sa propre m\u00e8re, l\u2019enfant seul garant de la p\u00e9rennit\u00e9 du pouvoir de son p\u00e8re se meurt et avec lui c\u2019est tout le royaume qui, par l\u2019absence d\u2019un successeur, se trouve fragilis\u00e9 et contraint de ne reposer que sur les fr\u00eales \u00e9paules de Richard. Le crime supr\u00eame de Richard, qu\u2019est l\u2019assassinat de ses neveux enfants, les fils de son fr\u00e8re Edouard IV, sonne comme un \u00e9cho \u00e0 sa fureur, preuve ultime de sa transformation en ma\u00eetre du jugement ne craignant pas de courroux divin. Shakespeare nous livre ici une sorte d\u2019incarnation du Diable sur Terre, tr\u00e8s bien interpr\u00e9t\u00e9e par Jolly et magnifi\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne bruyante et \u00e9clatante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jeux de lumi\u00e8res qui animent la derni\u00e8re sc\u00e8ne, chute et mort de Richard, insistent sur la dimension surnaturelle de l\u2019apparition des esprits qui hantent le roi. \u00ab D\u00e9sesp\u00e8re et meurs ! \u00bb hurlent-ils avec ferveur. Richard s\u2019effondre alors autant sous les coups de ses fant\u00f4mes que sous ceux de l\u2019arm\u00e9e de Richmond, son ennemi r\u00e9el et physique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce de Shakespeare met en sc\u00e8ne un personnage central habit\u00e9 de d\u00e9mons et hant\u00e9 par sa propre personne ne trouvant comme \u00e9chappatoire \u00e0 lui-m\u00eame que se jeter dans un affrontement irraisonn\u00e9 contre tous. La mise en sc\u00e8ne propos\u00e9e par Thomas Jolly est fond\u00e9e sur un important travail sur la dualit\u00e9 entre crimes de sang fratricides et pouvoir. Le monstrueux et la cruaut\u00e9 se c\u00f4toient dans une parfaite harmonie incarn\u00e9e par la figure de Richard. Il s\u2019agit ici du portrait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui a souffert de la guerre des Deux-Roses et de ses travers jusqu\u2019\u00e0 mettre au monde un \u00eatre malsain et d\u00e9testable mais parfaitement manipulateur qu\u2019est le duc de Gloucester, futur Richard III. De plus, la contemporan\u00e9it\u00e9 au sein de laquelle Jolly d\u00e9cide d\u2019inscrire ses personnages permet une interpr\u00e9tation plus large. La compr\u00e9hension d\u2019une Angleterre, affaiblie par les guerres, sensible aux charmes malsains d\u2019un tyran, peut-\u00eatre semblable \u00e0 toutes les soci\u00e9t\u00e9s qui, dans un m\u00eame contexte, ont \u00e9t\u00e9 politiquement d\u00e9sorient\u00e9es. De la haine \u00e0 l\u2019adulation, la rupture est mince et le spectateur, face \u00e0 la force de la mise en sc\u00e8ne de Jolly, en fait les frais avant l\u2019entracte lorsqu\u2019il se retrouve malgr\u00e9 lui \u00e0 chanter les louanges de Richard et scander son nom, \u00eatre qu\u2019il a pourtant honni et dont il souhaite, apr\u00e8s un furtif retour de conscience, la d\u00e9ch\u00e9ance.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Margaux Spruyt<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Richard III<\/em> est une adaptation de la trag\u00e9die historique, r\u00e9dig\u00e9e par William Shakespeare vers 1592, mise en sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on par Thomas Jolly. Ce dernier, jouant lui-m\u00eame le r\u00f4le du personnage \u00e9ponyme, a d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 la pi\u00e8ce Henri VI avec la m\u00eame troupe d\u2019acteurs,<em> la Piccola Familia<\/em>, qui ont, pour la plupart, repris leurs r\u00f4les puisque les deux pi\u00e8ces se suivent chronologiquement. En effet, Edouard IV est au pouvoir apr\u00e8s la mort d\u2019Henri VI mais son fr\u00e8re Richard cherche lui-m\u00eame \u00e0 devenir roi d\u2019Angleterre et encha\u00eene toutes sortes d\u2019intrigues pour parvenir \u00e0 ses fins. Une fois couronn\u00e9, il doit faire face \u00e0 Richmond qui cherche \u00e0 le renverser. Tout au long de la repr\u00e9sentation, le metteur sc\u00e8ne a choisi de suspendre des pancartes r\u00e9sumant chaque \u00e9pisode important du \u00ab r\u00e9cit complet de sa vie d\u00e9test\u00e9e \u00bb \u00e0 \u00ab sa mort tr\u00e8s m\u00e9rit\u00e9e \u00bb en passant par \u00ab le meurtre pitoyable de ses neveux innocents \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 les quatre heures de spectacle, n\u00e9cessaires pour restituer le texte de Shakespeare, le spectateur ne s\u2019ennuie pas car il est transport\u00e9 de sc\u00e8ne en sc\u00e8ne alternant un ton comique et un ton tragique. Il est t\u00e9moin des plaintes de Lady Ann puis rit des assassins pay\u00e9 par Richard pour tuer son propre fr\u00e8re. Les r\u00eaves ont aussi une grande place dans la pi\u00e8ce et sont mis en sc\u00e8ne par des lumi\u00e8res, une musique oppressante et de la fum\u00e9e permettant aux spectateurs de diff\u00e9rencier le r\u00e9el des r\u00eaves tragiques m\u00eame si ces derniers finissent par s\u2019accomplir. Les costumes contemporains aident le public \u00e0 reconna\u00eetre les caract\u00e9ristiques de chaque personnage \u2013 son rang, sa fonction \u2013 et de les diff\u00e9rencier. Celui de Richard, par exemple, met en valeur son infirmit\u00e9. Chaque acteur est maquill\u00e9 de blanc donnant un aspect carnavalesque \u00e0 leur apparence et permettant de faire ressortir leur visage et leur expression sur une sc\u00e8ne majoritairement peu \u00e9clair\u00e9e. Les \u00e9clairages jouent un grand r\u00f4le dans la mise en sc\u00e8ne de Thomas Jolly aveuglant parfois les spectateurs ou mettant en avant certains espaces de la sc\u00e8ne. En effet, certains projecteurs permettent de signifier certains espaces \u00e0 part qui s\u2019ouvrent et se referment sur les personnages comme la cellule de prison de Clarence ou mettent en avant les acteurs, plus particuli\u00e8rement quand Richard est seul et expose ses plans pour s\u2019emparer de la couronne. La sc\u00e8ne est donc assez sombre et peu charg\u00e9e permettant aux acteurs de se d\u00e9placer librement et de jouer avec la lumi\u00e8re, se pla\u00e7ant parfois m\u00eame dans le parterre au plus pr\u00e8s du public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le public lui-m\u00eame doit jouer un r\u00f4le et est pris \u00e0 parti : \u00e0 la fin de la premi\u00e8re partie alors que Richard semble triompher, le maire de Londres essaye de le convaincre de devenir roi d\u2019Angleterre et face \u00e0 son refus hypocrite, il se tourne vers le public devenant une foule et se mettant \u00e0 applaudir. Le public se retrouve m\u00eame \u00e0 chanter avec lui lors d\u2019une sc\u00e8ne m\u00ealant musique rock et danses pour c\u00e9l\u00e9brer sa victoire. Pourtant, le spectateur conna\u00eet bien la nature mauvaise de Richard qui s\u2019adresse directement \u00e0 lui lors de ses monologues et face \u00e0 sa r\u00e9action enthousiaste lors de la victoire de Richard, il est amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les retournements de situation et le mensonge menant au pouvoir. Cette mise en sc\u00e8ne d\u00e9montre que bien des si\u00e8cles apr\u00e8s leur cr\u00e9ation, les pi\u00e8ces de Shakespeare sont toujours transposables m\u00eame dans des mises en sc\u00e8ne contemporaines et ont toujours un grand effet sur le public.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie Martine<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette repr\u00e9sentation, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e le 14 janvier au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, mettait en sc\u00e8ne <em>Richard III<\/em> \u2013 pi\u00e8ce \u00e9crite par Shakespeare en 1591. La compagnie de la \u00ab\u00a0Piccola Familia\u00a0\u00bb, conduite par la mise en sc\u00e8ne de Thomas Jolly, revient en force avec le dernier opus de la t\u00e9tralogie skakespearienne \u2013 elle \u00ab revient \u00bb, car elle boucle avec Richard III sa quatri\u00e8me et derni\u00e8re mise en sc\u00e8ne des pi\u00e8ces de Shakespeare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pouvons y voir, entre autres, Thomas Jolly dans le r\u00f4le de Richard, Damien Avine dans celui du duc de Clarence fr\u00e8re de Richard, Emeline Fr\u00e9mont pour la reine Elisabeth, Flora Diguet pour Lady Anne. C\u2019est un m\u00e9lange de trag\u00e9die et de burlesque qui nous est ici propos\u00e9, burlesque apport\u00e9 au texte de Shakespeare par son adaptation par Thomas Jolly et Julie Lerat-Gersant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes donc plong\u00e9s au c\u0153ur du XV\u00e8me si\u00e8cle, en 1471 \u00e0 Londres, pour assister \u00e0 la vie de la cour proche du roi d\u2019Angleterre Edouard IV. Il y r\u00e8gne une certaine discorde, notamment due aux m\u00e9sententes entre la famille de la reine et les deux fr\u00e8res du roi, Richard et Georges. Le roi est malade. C\u2019est dans un climat tel, que Richard fomentera la d\u00e9ch\u00e9ance d\u2019Edouard et sa propre mont\u00e9e sur le tr\u00f4ne d\u2019Angleterre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce propose un int\u00e9ressant m\u00e9lange de styles. Car si la pi\u00e8ce semble \u00eatre initialement tout \u00e0 fait fid\u00e8le \u00e0 celle de Shakespeare, elle s\u2019en affranchit rapidement. En effet, peu apr\u00e8s le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, Richard \u00ab aper\u00e7oit \u00bb un projecteur de lumi\u00e8re \u2013 \u00e9l\u00e9ment cens\u00e9 \u00eatre ext\u00e9rieur \u00e0 la pi\u00e8ce et participer \u00e0 la sc\u00e9nographie \u2013 la pi\u00e8ce de Thomas Jolly rompant par cette mise en abyme avec une reprise \u00e0 l\u2019identique. Progressivement s\u2019insinuent de plus en plus ces apports, pour finir sur une apoth\u00e9ose avant l\u2019entracte : Richard scande \u00ab I\u2019m a dog, I\u2019m a toad, I\u2019m a hedgehog \u00bb, un homme au masque de sanglier appara\u00eet et se d\u00e9hanche au rythme endiabl\u00e9 d\u2019une musique rock.<br \/>\nPar ailleurs, la sc\u00e9nographie, et plus particuli\u00e8rement la lumi\u00e8re, donne beaucoup de profondeur au jeu des acteurs. La premi\u00e8re sc\u00e8ne pr\u00e9sente Richard, sous les feux des projecteurs, sa soif de pouvoir mise en exergue par cette m\u00eame lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Saluons enfin le jeu d\u2019acteur de Thomas Jolly, celui-ci incarnant un Richard tr\u00e8s convaincant, aux jambes de longueurs v\u00e9ritablement in\u00e9gales.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la formidable \u00e9nergie des acteurs, l\u2019entracte est la bienvenue apr\u00e8s 2h30 de spectacle pour repartir et appr\u00e9cier d\u2019autant plus le r\u00e8gne de Richard \u2013 r\u00e8gne qui nous est donc pr\u00e9sent\u00e9 dans une seconde partie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Rapha\u00ebl Prunier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s <em>Henry VI<\/em>, repr\u00e9sent\u00e9e en dix-huit heures de spectacle, le com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne Thomas Jolly cl\u00f4t avec <em>Richard III<\/em> la t\u00e9tralogie shakespearienne sur la lutte centenaire entre les familles de York et de Lancastre pour la couronne d\u2019Angleterre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accession au tr\u00f4ne du tyran Richard III, duc de Gloucester, par les meurtres de ses plus proches parents, suivie de sa une chute brutale, est d\u00e9peinte par Shakespeare comme le produit de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence d\u2019un royaume et de son gouvernement. Cette d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence se traduit par une mise en sc\u00e8ne sombre et distingu\u00e9e, parfois proche du Richard III de Thomas Ostermeier, dans son recours au gore, au gothique ou au musiques actuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Thomas Jolly produit un th\u00e9\u00e2tre plus populaire, rassemblant des inspirations diverses, empruntant, par exemple, autant aux jeux vid\u00e9os ou qu\u2019au cin\u00e9ma. En r\u00e9sulte une sc\u00e9nographie qui porte la pi\u00e8ce presque tout autant que la performance de Thomas Jolly: l\u2019encha\u00eenement fluide et rythm\u00e9e des d\u00e9cors tant horizontaux que verticaux, le recours aux technologies actuelles de son et de lumi\u00e8re dans une esth\u00e9tique m\u00ealant punk, rave et gothique (rappelant des \u0153uvres cin\u00e9matographiques comme Matrix). Elle s\u2019attache aussi \u00e0 la vertu divertissante et cathartique du th\u00e9\u00e2tre, brisant la fronti\u00e8re avec le public en le prenant habilement \u00e0 parti jusqu\u2019\u00e0 l\u2019associer compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019intrigue dans une sc\u00e8ne des plus rocambolesques, rapprochant le th\u00e9\u00e2tre Shakespearien de l\u2019<em>Entertainment<\/em> contemporain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019androgynie des personnages et de leurs costumes, particuli\u00e8rement celui de Richard III, dont les d\u00e9placements et le rachitisme rappellent ceux d\u2019un vautour, et dont la voix nasillarde, rythm\u00e9e, \u00e9loquente et mal\u00e9fique, charme, manipule ou ordonne, rendant honneur au th\u00e8me de l\u2019apparence d\u00e9velopp\u00e9 ici par Shakespeare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette ambitieuse mise en sc\u00e8ne d\u00e9voile ses faiblesses dans les sc\u00e8nes les plus d\u00e9pouill\u00e9es, o\u00f9 se confrontent intimement les personnages. Non soutenues par les trouvailles pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crites, elles mettent en relief le niveau in\u00e9gal des acteurs ainsi qu\u2019une certaine monotonie dans le jeu.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Valentin Bosle<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Brigitte Enguerand<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus Richard III, pour le r\u00e9sumer grossi\u00e8rement, met en sc\u00e8ne la tentative d\u2019usurpation du tr\u00f4ne par le personnage \u00e9ponyme. 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