{"id":739,"date":"2016-05-29T20:00:26","date_gmt":"2016-05-29T19:00:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=739"},"modified":"2016-05-29T20:00:26","modified_gmt":"2016-05-29T19:00:26","slug":"la-mouette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=739","title":{"rendered":"La mouette"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2015-2016\/spectacles\/la-mouette\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est quatorze heures, le dimanche 29 mai, lorsque j&rsquo;entre dans le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on pour la toute premi\u00e8re fois. Je suis tout aussi intimid\u00e9e par le magnifique b\u00e2timent que par ma m\u00e9connaissance absolue de la pi\u00e8ce que je suis sur le point de voir. Le peu d&rsquo;informations dont je dispose me laisse imaginer un texte imperm\u00e9able, une mise en sc\u00e8ne rigide et aseptis\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;image de la r\u00e9putation du th\u00e9\u00e2tre contemporain. A cet instant, j&rsquo;ignore encore que j&rsquo;ai tort. <em>La Mouette <\/em>est une pi\u00e8ce intemporelle, charg\u00e9e de tellement de th\u00e8mes humainement riches qu&rsquo;il est difficile de la r\u00e9duire \u00e0 un seul d&rsquo;entre eux \u2013 famille, amiti\u00e9, amour, succ\u00e8s, art, jalousie, talent&#8230; Tchekhov pr\u00e9sente l&rsquo;histoire d&rsquo;\u00eatres en perp\u00e9tuelle fuite vers l&rsquo;avant, \u00e0 la recherche d&rsquo;un id\u00e9al qui n&rsquo;existe pas et qui, par cons\u00e9quent, condamne chaque personnage au d\u00e9sespoir. Constantin, aspirant \u00e0 devenir \u00e9crivain, aime Nina, qui d\u00e9sire devenir com\u00e9dienne, quand elle-m\u00eame s&rsquo;\u00e9prend de Trigorine, l&rsquo;auteur \u00e0 succ\u00e8s aim\u00e9 d&rsquo;Irina, la m\u00e8re de Constantin. Autour de ces amoureux trahis gravitent des personnages \u00e0 la psychologie tr\u00e8s travaill\u00e9e. La mise en sc\u00e8ne est effectivement, au premier abord, grise et froide. Cependant elle \u00e9volue avec l&rsquo;intrigue, et s&rsquo;enrichit au m\u00eame rythme que les personnages principaux. Thomas Ostermeir propose une vision moderne et puissante d&rsquo;une pi\u00e8ce mythique, notamment gr\u00e2ce \u00e0 une nouvelle traduction de l&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Mouette <\/em>est avant tout une pi\u00e8ce sur l&rsquo;art, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une histoire d&rsquo;auteurs et de com\u00e9diens. Toute la force de cette nouvelle version de l&rsquo;\u0153uvre de Tchekhov r\u00e9side dans l&rsquo;humanit\u00e9 inject\u00e9e dans chaque mot. Les com\u00e9diens s&#8217;emparent des micros pour d\u00e9vier du texte original afin de parler de sujets d&rsquo;actualit\u00e9 \u2013 si les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la Syrie sont peut-\u00eatre un peu forc\u00e9es, les moqueries concernant le th\u00e9\u00e2tre contemporain enchantent la salle. Au fond de la sc\u00e8ne, une peintre dessine, petit \u00e0 petit et \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un immense pinceau tremp\u00e9 dans l&rsquo;encre, un lac surplomb\u00e9 d&rsquo;une montagne et entour\u00e9 d&rsquo;arbres. Quant au d\u00e9cor, aux accessoires, les com\u00e9diens s&rsquo;en chargent eux-m\u00eames, apportant par-l\u00e0 \u00e0 la mise en sc\u00e8ne un r\u00e9el effet de sinc\u00e9rit\u00e9. Du rire au frisson d&rsquo;horreur, les spectateurs ressentent profond\u00e9ment chaque \u00e9motion. L&rsquo;art est humain, moderne, naturel, et pourtant polic\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 toucher le spectateur en plein c\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choc des g\u00e9n\u00e9rations est repr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re paradoxale, car si les nouveaux artistes ne parviennent pas \u00e0 convaincre, ils attirent cependant, \u00e0 l&rsquo;image de Nina qui fascine Trigorine, le beau-p\u00e8re de Constantin. C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;\u00eatres qui s&rsquo;entendent sans s&rsquo;\u00e9couter, et de relations humaines in\u00e9vitablement vou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;implosion chez les jeunes : mariage, solitude, suicide, perte du talent, folie&#8230; Macha, Nina, Constantin sont les seuls qui changent au court de la pi\u00e8ce, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;ils r\u00e9alisent que l&rsquo;art, le succ\u00e8s ou la vie ne peuvent pas les rendre heureux. Ils courent apr\u00e8s une chim\u00e8re, retardant ainsi leur mort tout en la programmant, et entra\u00eenant dans leur malheur tous ceux qu&rsquo;ils aiment de mani\u00e8re imparfaite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit d&rsquo;une pi\u00e8ce de la recherche et de l&rsquo;espoir d\u00e9\u00e7u. La mise en sc\u00e8ne, loin d&rsquo;\u00eatre glaciale ou \u00e9pur\u00e9e, rend avec exactitude les tourments des relations humaines et de l&rsquo;art. Loin d&rsquo;\u00eatre trop moderne, comme on a pu le lui reprocher, cette nouvelle version de Tchekhov est une v\u00e9ritable ode \u00e0 la jeunesse, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 et \u00e0 la puissance d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration nouvelle qui ignore sa force.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Legouge<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on donne en repr\u00e9sentation depuis le 20 mai <em>La Mouette <\/em>\u00e9crite par Anton Tchekov et mise en sc\u00e8ne par Thomas Ostermeier. Dans cette pi\u00e8ce l&rsquo;amour circule : M\u00e9devenko (C\u00e9dric Eeckhout) aime Macha (B\u00e9n\u00e9dicte Cerutti) qui aime Konstantin (Mathieu Sampeur) qui aime Nina (M\u00e9lodie Richard), amoureuse de Trigorine (Fran\u00e7ois Loriquet), qui est l\u2019amant d\u2019Arkadina (Val\u00e9rie Dr\u00e9ville), la m\u00e8re de Constantin. L\u2019ambition artistique s\u2019y m\u00e8le : Constantin envie la reconnaissance d\u2019\u00e9crivain de Trigorine, Nina admire la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 d\u2019actrice d\u2019Arkadina.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e dans la salle les com\u00e9diens sont d\u00e9j\u00e0 sur sc\u00e8ne. Une sc\u00e8ne vide avec en fond une citation de Tchekov et une image du bagne de Stakhaline projet\u00e9e : \u00ab Mon \u0153uvre enti\u00e8re est impr\u00e9gn\u00e9e de mon voyage \u00e0 Stakhaline. Qui est all\u00e9 en enfer voit le monde d&rsquo;un autre regard. \u00bb ; et les d\u00e9cors empil\u00e9s \u00e0 droite. Un couple, B\u00e9n\u00e9dicte Cerutti et C\u00e9dric Eeckhout, se dirige vers le micro pour se lancer, apr\u00e8s les deux premi\u00e8res r\u00e9pliques de la pi\u00e8ce : \u00ab Pourquoi es-tu toujours habill\u00e9e en noir ? Je suis en deuil\u2026 De moi m\u00eame. \u00bb, dans une diatribe sur la guerre en Syrie et l&rsquo;inaction internationale. Bient\u00f4t suivi par Mathieu Sampleur qui moque le th\u00e9\u00e2tre actuel, ses modes, manie de la vid\u00e9o et des micros, le recyclage d&rsquo;un r\u00e9pertoire \u00ab classique \u00bb pour attirer les groupes scolaires, son intervention coupant le texte de la pi\u00e8ce qui pourtant soutient son argumentaire : \u00ab On a besoin d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre nouveau, d&rsquo;un nouveau th\u00e9\u00e2tre ou alors plut\u00f4t de rien \u00bb. Pendant ce temps une artiste peint une mouette, qui se transforme en paysage et qui finira en carr\u00e9 noir, aveugle \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc une version revue et corrig\u00e9e de <em>La Mouette<\/em> qui est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Od\u00e9on. Si les costumes montrent tout en discr\u00e9tion que le spectacle fait corps avec notre \u00e9poque les smartphones et ordinateurs portables, le selfie, infligent une actualisation que j&rsquo;ai trouv\u00e9 pesante. Plusieurs personnages ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s, et avec l&rsquo;absence des serviteurs part la complicit\u00e9 avec leurs ma\u00eetres qui distingue Tchekov. Le personnage de Macha est rendu plus myst\u00e9rieux par l&rsquo;absence de ses parents, cela renforce son aspect un peu sombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la pi\u00e8ce s\u2019accommode bien de l&rsquo;accompagnement guitare\/voix, les multiples interruptions peuvent se r\u00e9v\u00e9ler irritantes. Cependant, sur certaines sc\u00e8nes la magie op\u00e8re et on red\u00e9couvre Tchekov. C&rsquo;est tout particuli\u00e8rement prenant sur les sc\u00e8ne qui parle d&rsquo;art, du vivre pour l&rsquo;art. Sorine (Jean-Pierre Gos) dit que s&rsquo;il avit \u00e9t\u00e9 \u00e9crivain \u00ab \u2026 m\u00eame inconnu, la vie aurait \u00e9t\u00e9 belle. \u00bb pendant que Konstantin affirme qu&rsquo; \u00ab On ne doit pas repr\u00e9senter la vie telle qu&rsquo;elle est ou qu&rsquo;elle devrait \u00eatre mais telle qu&rsquo;on a voit en r\u00eave. \u00bb La question de l&rsquo;art vivant pos\u00e9e par Tchekov dans <em>La Mouette <\/em>impr\u00e8gne la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Ostermeier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, bienheureux en tout cas ceux qui avaient d\u00e9j\u00e0 lu <em>La Mouette<\/em>, les autres ont du se poser bien des questions. Dommage, le th\u00e9\u00e2tre c&rsquo;est exprimer et \u00eatre compris de tous.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">C\u00e9line Teigny<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas Ostermeier pr\u00e9sente actuellement \u00e0 l\u2019Od\u00e9on une \u00ab\u00a0Mouette\u00a0\u00bb \u00a0terriblement actuelle\u00a0: si le metteur en sc\u00e8ne part de l\u2019\u0153uvre de Tchekhov, il le transforme par une mise en sc\u00e8ne contemporaine pr\u00e9sentant p\u00eale-m\u00eale micros, projecteurs et guitare \u00e9lectrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est sous tendue par deux probl\u00e9matiques qui se croisent\u00a0: celle de l\u2019art, introduisant alors une mise en ab\u00eeme \u2013 interrogeant le th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, et l\u2019amour. Konstantin cherche \u00e0 cr\u00e9er un art novateur avec l\u2019aide de Nina et est moqu\u00e9 par Arkadina, sa m\u00e8re, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 actrice, repr\u00e9sentant un art officiel et auto satisfait (aussi repr\u00e9sent\u00e9 par Trigorine, \u00e9crivain adul\u00e9.)\u00a0 Au probl\u00e8me de l\u2019art, se m\u00eale l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un amour r\u00e9ciproque : Macha aime Konstantin qui aime Nina qui aime Trigorine. Jamais un couple aim\u00e9 ne se forme, renvoyant les personnages \u00e0 leur solitude \u00a0et entra\u00eenant la folie, comme celle finale de Konstantin et Trigorine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le sch\u00e8me de l\u2019\u0153uvre de Tchekhov reste le m\u00eame, les modifications du r\u00e9alisateur sont nombreuses \u00e0 tel point que le texte original s\u2019efface quelque peu. Ostermeir a demand\u00e9 une nouvelle traduction \u00e0 Olivier Cadiot qui s\u2019apparente plus \u00e0 une r\u00e9actualisation, introduisant alors des th\u00e8mes contemporains (comme l\u2019\u00e9vocation de la Syrie) Parfois, cependant, cette r\u00e9actualisation est source de comique, comme c\u2019est le cas lors de la critique sans faille que Konstantin fait du th\u00e9\u00e2tre contemporain. La musique propre \u00e0 Tchekhov n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 l\u2019acte III lorsque la pi\u00e8ce balance dans la trag\u00e9die, Nina s\u2019offrant indirectement \u00e0 Trigorine scellant alors le destin de Konstantin\u00a0; celui-ci est doublement affect\u00e9, en tant qu\u2019amant, et en tant qu\u2019artiste, le vieil art \u00e9tant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 au sien. Finalement, l\u2019acte IV pr\u00e9sentant la mort de Konstantin et le suicide de Trigorine fait resurgir pleinement la force du th\u00e9\u00e2tre russe, pr\u00e9sentation de l\u2019ennui et de la vanit\u00e9 de la vie. Les deux derniers actes permettent ainsi de contrebalancer l\u2019extravagance du texte des deux premiers. Ce qui permet alors \u00e0 Ostermeir d\u2019\u00e9tablir un v\u00e9ritable jeu d\u2019\u00e9quilibriste tragi-comique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame actualisation se retrouve dans la mise en sc\u00e8ne\u00a0: Ostermeir ajoute des micros, des projecteurs, des costumes \u2013 Konstantin porte un surv\u00eatement&#8211; \u2026 parfois de mani\u00e8re purement gratuite comme si Tchekhov avait besoin de proth\u00e8ses pour rester actuel. Cependant, certaines modifications sont riches\u00a0: Ostermeir fait \u00a0appel \u00e0 une artiste qui entre chaque acte r\u00e9alise une toile \u00e0 l\u2019aide d\u2019une perche sur le mur du fond. A chaque acte, l\u2019\u0153uvre devient de plus en plus fonc\u00e9e, faisant \u00e9cho au d\u00e9veloppement tragique de la pi\u00e8ce.\u00a0 Ce rajout, tout comme les interm\u00e8des musicaux r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019une guitare \u00e9lectrique, constituent alors des m\u00e9ta-textes po\u00e9tiques donnant une interpr\u00e9tation symbolique du livret de Tchekhov.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la pi\u00e8ce choque parfois par son actualisation pouss\u00e9e, parfois poussive, la pi\u00e8ce est tout de m\u00eame sauv\u00e9e par la performance des acteurs, et principalement des acteurs secondaires. Val\u00e9rie Dr\u00e9ville jouant Arkadina, a un jeu nuanc\u00e9\u00a0: hyst\u00e9rique hilarante, elle peut se faire aussi douce avec son fils, \u00e9vitant ainsi l\u2019\u00e9cueil de la caricature. De m\u00eame, le jeu de l\u2019instituteur, est tout \u00e0 fait comique. Une nuance peut \u00eatre \u00e9tablie quant \u00e0 M\u00e9lodie Richard jouant Nina\u00a0: en jouant la jeune fille fragile, r\u00eaveuse, elle tombe parfois dans la caricature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas Ostermeir pr\u00e9sente alors une pi\u00e8ce controvers\u00e9e qui peut d\u00e9s\u00e9quilibrer le spectateur surpris par une pr\u00e9sentation qui para\u00eet \u00e0 premier abord si loin de Tchekhov.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Justine Bohbote<\/h6>\n<hr \/>\n<p lang=\"zxx\" style=\"text-align: justify;\" align=\"left\">\u00c0 peine assis sous les ors du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on, le regard est captiv\u00e9 par un plateau formidablement d\u00e9pouill\u00e9, trois murs gris, quelques accessoires h\u00e9t\u00e9roclites entass\u00e9s au pied du mur de droite, et des bancs, o\u00f9 les com\u00e9diens patienteront souvent apr\u00e8s leur sortie de sc\u00e8ne. Une radicalisation du parti-pris novateur d&rsquo;Anton Tchekhov, d&rsquo;une entr\u00e9e en mati\u00e8re en pleine nature, avec la mise en abyme d&rsquo;une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre en plein champ, puisque pendant les premi\u00e8res minutes du spectacle, le paysage lacustre (semble-t-il) o\u00f9 s&rsquo;inscrit l&rsquo;action est peint au rouleau, mais de mani\u00e8re suffisamment abstraite pour ressentir un malaise (on peut deviner, \u00e0 mesure que la fresque avance, la forme d&rsquo;une mouette abattue, d&rsquo;une main tendue vers elle). Si l&rsquo;on sent donc d\u00e8s les premi\u00e8res minutes que l&rsquo;abstraction guette la mise en sc\u00e8ne, elle a le m\u00e9rite de faire ressortir l&rsquo;action dont le foyer tr\u00e8s concentr\u00e9 est toujours au centre du regard du spectateur qui suit l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un d\u00e9cor flottant face \u00e0 lui.<\/p>\n<p lang=\"zxx\" style=\"text-align: justify;\" align=\"left\">Commen\u00e7ons par les points faibles du spectacle. Thomas Ostermeier manifeste clairement son d\u00e9sir de jeter un regard neuf sur ce classique du th\u00e9\u00e2tre russe, qui repr\u00e9sente les relations tendues, tant\u00f4t haineuses, tant\u00f4t d\u00e9bordant d&rsquo;amour et de fascination, entre les artistes \u00e0 succ\u00e8s, \u00e9tablis mais incapables de se renouveler, et les jeunes \u00e2mes r\u00e9volt\u00e9es en qu\u00eate de nouvelles formes, et suit particuli\u00e8rement la d\u00e9rive de deux jeunes gens, lui \u00e9crivain avant-gardiste, elle espoir de la danse, dont les amours sans lendemain s&rsquo;ach\u00e8vent de mani\u00e8re tragique. Si le texte, retraduit pour l&rsquo;occasion, est globalement respect\u00e9 et adapt\u00e9 (le langage de l&rsquo;instituteur et d&rsquo;Irina est bien d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9) et si l&rsquo;\u00e9conomie de certains \u00e9pisodes voire de certains personnages (l&rsquo;ouvrier, la dame de chambre, le cuisinier, m\u00eame si le couple des intendants de Sorine manque un peu dans la galerie des configurations conjugales possibles) est justifi\u00e9e, nombre d&rsquo;ajouts purs au texte cens\u00e9s l&rsquo;actualiser sont contestables, sinon navrants. Ainsi ce long passage, tandis que se met en place le d\u00e9cor, o\u00f9 l&rsquo;instituteur devise des m\u00e9saventures d&rsquo;un chauffeur de taxi syrien parti secourir ses parents (avait-on besoin de cela pour comprendre que la pi\u00e8ce allait \u00e9voquer les relations orageuses entre une diva assez superficielle et son fils maussade ?) et quelques traits d&rsquo;humour facile gratuits (une allusion au 49-3, mais alors pourquoi ne pas engager davantage la pi\u00e8ce de Tchekhov). Idem pour les quelques chansons diffus\u00e9es ou jou\u00e9es par les com\u00e9diens, assis avec micro au fond de la sc\u00e8ne, qui donnent au spectacle une coloration m\u00e9lodramatique dont il aurait pu se passer. Enfin, en tenant compte de la longueur importante de la pi\u00e8ce, on rel\u00e8ve n\u00e9anmoins quelques longueurs, qui tiennent \u00e0 un jeu manquant parfois un peu de panache, en particulier durant la sc\u00e8ne de la rencontre finale de Kostia et Nina, o\u00f9 l&rsquo;on pouvait s&rsquo;attendre \u00e0 ressentir plus intens\u00e9ment la tension vive entre eux, et particuli\u00e8rement l&rsquo;errance psychologique de la jeune femme.<\/p>\n<p lang=\"zxx\" style=\"text-align: justify;\" align=\"left\">Mais ces remarques ne doivent pas ternir le rendu tr\u00e8s convaincant d&rsquo;une adaptation qui a de nombreuses qualit\u00e9s, au premier rang desquelles, une troupe d&rsquo;acteurs tr\u00e8s talentueux, en qui l&rsquo;on reconna\u00eet parfaitement l&rsquo;incarnation des cr\u00e9atures de Tchekhov : l&rsquo;Irina camp\u00e9e par Val\u00e9rie Dr\u00e9ville est capricieuse \u00e0 souhait, la jeune Nina incarn\u00e9e par M\u00e9lodie Richard est bien l&rsquo;\u00eatre fragile, na\u00eff de l&rsquo;original, et Trigorine (Fran\u00e7ois Loriquet) et Konstantin (Matthieu Sampeur) sont bel et bien deux solitaires diam\u00e9tralement oppos\u00e9s, m\u00eame si de l&rsquo;adaptation ne ressort pas assez nettement la crainte, pourtant capitale, exprim\u00e9e par Konstantin de devenir insensiblement un Trigorine. Le jeu de tous les com\u00e9diens ne p\u00eache jamais par la justesse, le diction est pratiquement irr\u00e9prochable, et l&rsquo;on regrettera seulement que Sorine ait manqu\u00e9 parfois un peu de coffre, lui qui \u00e0 plus de 60 ans, d\u00e9sesp\u00e8re de commencer \u00e0 vivre et s&rsquo;en prend parfois vivement au blas\u00e9 Dorn. Enfin, la sensualit\u00e9 des personnages f\u00e9minins d&rsquo;artistes, comme l&rsquo;effacement de Macha, sensualit\u00e9 qui \u00e9clate par exemple pour Nina au moment de la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce de Konstantin (remarquablement transpos\u00e9e pour un public du XXI\u00e8me avec un parti-pris tr\u00e8s \u00ab\u00a0gore\u00a0\u00bb) ou dans la sc\u00e8ne du bain de soleil de l&rsquo;acte II pour elle et Irina, sont \u00e0 l&rsquo;honneur d&rsquo;Ostermeier, qui signe donc une cr\u00e9ation audacieuse et chaudement accueillie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Martin Chevallier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un dimanche de fin mai, un lendemain de partiel, et c&rsquo;est sous un ciel gris que je me dirige vers le Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on, pour mon premier spectacle dans le cadre du dispositif culturel de l&rsquo;Universit\u00e9. Je ne sais pas \u00e0 quoi m&rsquo;attendre. Pour ne partir avec aucun <em>a priori<\/em>, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne rien lire sur cette pi\u00e8ce, ni m\u00eame un r\u00e9sum\u00e9, voulant, telle une page blanche, la laisser me toucher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La salle est majestueuse, assez pour que cela m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre soulign\u00e9. Les acteurs sont d\u00e9j\u00e0 en place, aucun rideau ne cachant jalousement la sc\u00e8ne avant que la pi\u00e8ce ne commence. Je sens que les com\u00e9diens nous scrutent. Le d\u00e9cor est simple, presque trop. Trois murs d&rsquo;un gris m\u00e9tallique encadrent sym\u00e9triquement l&rsquo;espace sc\u00e9nique. Pour nous faire patienter, une citation de Tchekhov, l&rsquo;auteur de la pi\u00e8ce, est diffus\u00e9e sur le fronton qui fait face aux spectateurs. Soudain, les lumi\u00e8res s&rsquo;\u00e9teignent, et l&rsquo;histoire commence : Constantin, qui se r\u00eave en dramaturge, et sa compagne Nina, qui a pour ambition la gloire et le th\u00e9\u00e2tre, se donnent pour mission de r\u00e9inventer leur passion et se donnent en sc\u00e8ne \u00e0 leur entourage \u00e0 travers une pi\u00e8ce aussi \u00e9trange qu&rsquo;incompr\u00e9hensible. Leurs proches semblent d&rsquo;ailleurs tous aussi d\u00e9rang\u00e9s que le jeune couple, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re. La m\u00e8re de Constantin est rest\u00e9e coinc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;adolescence. Son compagnon, un \u00e9crivain, est rong\u00e9 par sa passion. Un homme \u00e2g\u00e9, Conseiller d\u2019\u00c9tat, est perturb\u00e9 par sa vieillesse. Une autre n&rsquo;arbore que du noir, car amoureuse de Constantin, mais celui-ci ayant le c\u0153ur d\u00e9j\u00e0 pris&#8230; Par la suite, une succession d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements rocambolesques conduisent Nina, qui est, \u00e0 mon sens, le personnage central de la pi\u00e8ce, \u00e0 d\u00e9laisser Constantin pour l&rsquo;\u00e9crivain qu&rsquo;elle adule. Puis, celle-ci, abandonn\u00e9e par son amant, apr\u00e8s la mort pr\u00e9matur\u00e9e de leur premier enfant, entame lentement une descente aux enfers. Malgr\u00e9 tous les efforts de Constantin pour la ramener \u00e0 elle, Nina refuse ses avances, \u00e9tant toujours amoureuse de son \u00e9crivain. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, celui-ci se suicide par une nuit enneig\u00e9e, apr\u00e8s une premi\u00e8re tentative, plus t\u00f4t dans l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un des points forts de cette r\u00e9\u00e9criture d&rsquo;une pi\u00e8ce \u00e9crite au XIX\u00e8me si\u00e8cle, est qu&rsquo;elle alterne efficacement entre com\u00e9die et drame. En d\u00e9pit de la trame sombre de l&rsquo;histoire, certaines piques \u2013 notamment lanc\u00e9es \u00e0 l&rsquo;encontre du th\u00e9\u00e2tre contemporain \u2013 et certains traits comiques des personnages viennent ponctuer, par petites touches, la trag\u00e9die de la pi\u00e8ce. La progression de l&rsquo;action est d&rsquo;ailleurs assez lin\u00e9aire, mais marqu\u00e9e par des bouleversements tragiques (comme la tentative de suicide de Constantin) qui marquent un d\u00e9senchantement progressif dans l&rsquo;histoire. Le tour de force est r\u00e9ussi car, au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, je pensais qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une com\u00e9die. En r\u00e9alit\u00e9, il n&rsquo;en est absolument rien. L&rsquo;autre \u00e9l\u00e9ment que j&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 est la mise en abyme de la pi\u00e8ce, du fait que Constantin et Nina jouent devant leurs proches. Ce th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre est un succ\u00e8s car la sc\u00e9nologie est particuli\u00e8rement bien travaill\u00e9e. Une fausse sc\u00e8ne en bois surplombe la vraie sc\u00e8ne sur laquelle \u00e9voluent les com\u00e9diens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9\u00e9criture oblige, les costumes que rev\u00eatent les personnages sont actuels et fid\u00e8les \u00e0 la personnalit\u00e9 de chacun d&rsquo;eux. Constantin porte un jogging, ce qui traduit son caract\u00e8re investi. Sa m\u00e8re, volage, porte des robes courtes. L&rsquo;un de ses amis, conseiller d\u2019\u00c9tat est tr\u00e8s habill\u00e9, et appara\u00eet m\u00eame en smoking dans l&rsquo;une des sc\u00e8nes. Quant \u00e0 Nina, elle porte des v\u00eatements couleur chair, tr\u00e8s transparents, qui soulignent tour \u00e0 tour son c\u00f4t\u00e9 s\u00e9ducteur, sensuel et fragile. Les com\u00e9diens utilisent tout l&rsquo;espace que leur procure la sc\u00e8ne. Ce qui est tout aussi troublant qu&rsquo;original, c&rsquo;est qu&rsquo;ils restent souvent sur sc\u00e8ne, assis sur le c\u00f4t\u00e9, certains m\u00eame devant les spectateurs, alors qu&rsquo;ils ne jouent pas l&rsquo;acte qui est en train de se d\u00e9rouler. Par cette sp\u00e9cificit\u00e9, la pi\u00e8ce montre qu&rsquo;elle entend bousculer les r\u00e8gles du th\u00e9\u00e2tre conventionnel, ce que je trouve, pour ma part, toujours tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 explorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu des com\u00e9diens est assez exceptionnel. Par sa justesse, d&rsquo;abord. La gestuelle et le ton de leurs voix est tr\u00e8s r\u00e9aliste. Il n&rsquo;y a pas de volont\u00e9 d&rsquo;exag\u00e9ration, comme c&rsquo;est souvent (trop ?) le cas au th\u00e9\u00e2tre. Il constitue l&rsquo;un, si ce n&rsquo;est le tr\u00e8s bon c\u00f4t\u00e9 que j&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce et \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne. Le but premier de \u00ab La Mouette \u00bb est de sensibiliser les spectateurs au th\u00e9\u00e2tre \u2013 en particulier contemporain \u2013 et \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 artistique en g\u00e9n\u00e9ral. Moult arts sont d&rsquo;ailleurs repr\u00e9sent\u00e9s : l&rsquo;art dramatique bien s\u00fbr, mais aussi la litt\u00e9rature, avec le personnage de l&rsquo;\u00e9crivain, la musique \u2013 certains com\u00e9diens chantent durant la pi\u00e8ce et leurs chansons servent d&rsquo;ailleurs de passage d&rsquo;une sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;autre, et m\u00eame la peinture (une peintre professionnelle intervient tout au long de la repr\u00e9sentation, peignant au fur et \u00e0 mesure, un paysage montagnard). Le r\u00f4le qu\u2019endossent les spectateurs est primordial. Ils sont presque des acteurs : parfois complices des personnages, souvent confidents des com\u00e9diens. Ces derniers sortent m\u00eame des coulisses en traversant le parterre et lorsque Nina et Constantin se produisent, leurs proches s&rsquo;assoient parmi les spectateurs renfor\u00e7ant, par la m\u00eame occasion, la mise en abyme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la fin de la pi\u00e8ce. Les spectateurs sont tr\u00e8s enthousiastes et rappellent trois fois les com\u00e9diens. Des \u00ab bravo ! \u00bb fusent d&rsquo;un peu partout. Quant \u00e0 moi, je suis agr\u00e9ablement surprise par la pi\u00e8ce \u00e0 laquelle je viens d&rsquo;assister. Cette repr\u00e9sentation, quoiqu&rsquo;un peu longue (tout de m\u00eame 2h30 !) est une v\u00e9ritable ode \u00e0 l&rsquo;art sous toutes ses formes. Je continue d&rsquo;applaudir encore et encore. Quel jeu ! Quelle mise en sc\u00e8ne ! Quelle pi\u00e8ce !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sara Lachiheb<\/h6>\n<pre class=\"scene\" style=\"text-align: justify;\">Photo : <span class=\"field-items\"><span class=\"field-item even\">Arno Declair<\/span><\/span><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus Il est quatorze heures, le dimanche 29 mai, lorsque j&rsquo;entre dans le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on pour la toute premi\u00e8re fois. Je suis tout aussi intimid\u00e9e par le magnifique b\u00e2timent que par ma m\u00e9connaissance absolue de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":747,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,16,4],"tags":[],"class_list":["post-739","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-theatre-de-lodeon","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/739","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=739"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/739\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/747"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=739"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=739"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=739"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}