{"id":799,"date":"2016-10-03T20:00:36","date_gmt":"2016-10-03T19:00:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=799"},"modified":"2016-10-03T20:00:36","modified_gmt":"2016-10-03T19:00:36","slug":"maurice-ravel-dissonances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=799","title":{"rendered":"Maurice Ravel &#8211; Les dissonances"},"content":{"rendered":"<p>Concert symphonique | Philharmonie de Paris | <a href=\"http:\/\/philharmoniedeparis.fr\/fr\/activite\/concert-symphonique\/16564-maurice-ravel\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 3 Octobre 2016, la Philharmonie de Paris accueillait David Grimal et son collectif Les dissonances qui pr\u00e9sentaient certaines des compositions de Ravel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j&rsquo;assistais \u00e0 un concert \u00e0 la Philharmonie. Imm\u00e9diatement, le lieu instaure une sorte de magie, de po\u00e9sie. L&rsquo;architecture de la salle est aussi novatrice \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur : le b\u00e2timent a une forme in\u00e9dite et l&rsquo;int\u00e9rieur de la grande salle a une disposition tout aussi originale. La plupart des spectateurs entoure l&rsquo;orchestre, comme dans une ar\u00e8ne. D&rsquo;autres sont sur des balcons suspendus, comme pour \u00eatre entour\u00e9s par le son. La conception de la salle repr\u00e9sente \u00e0 la fois une performance architecturale et un d\u00e9fi acoustique qui forcent l&rsquo;admiration (au sens commun mais aussi et surtout au sens \u00e9tymologique, celui de s&rsquo;\u00e9tonner, de <em>regarder vers).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans cette atmosph\u00e8re que se font entendre les premiers sons des violons qui s&rsquo;accordent. Quelques secondes plus tard, les premi\u00e8res notes des Valses nobles et sentimentales envahissent la Philharmonie. On peut imm\u00e9diatement appr\u00e9cier la qualit\u00e9 sonore de la salle. L&rsquo;acoustique exceptionnelle provoque la sensation d&rsquo;\u00eatre envelopp\u00e9 par la musique\u00a0 et instaure un rapport d&rsquo;intimit\u00e9 \u00e0 la musique et aux instrumentistes. La mise en sc\u00e8ne, si on peut l&rsquo;appeler ainsi, est simple\u00a0: les instrumentistes sont plac\u00e9s selon le sch\u00e9ma conventionnel et sont tous v\u00eatus de noir. Seule particularit\u00e9\u00a0: il n&rsquo;y a pas de chef d&rsquo;orchestre \u00e0 proprement parler. David Grimal, le fondateur du collectif, joue parmi les instrumentistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ainsi que pendant plus de deux heures, les musiciens vont interpr\u00e9ter un panel assez large des \u0153uvres de Ravel. <em>Des valses nobles et sentimentales<\/em> \u00e0 <em>Daphn\u00e9 et Chlo\u00e9<\/em> en passant par le c\u00e9l\u00e8bre <em>bol\u00e9ro<\/em>, les morceaux s\u00e9lectionn\u00e9s sont divers et ont tous un rapport avec la danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rythme de la repr\u00e9sentation oscille entre douceur et fr\u00e9n\u00e9sie. Deux figures oppos\u00e9es sont r\u00e9currentes et s&rsquo;entrechoquent fr\u00e9quemment dans le concert\u00a0: l&rsquo;ordre et le d\u00e9sordre. C&rsquo;est le cas notamment dans les <em>valses nobles et sentimentales<\/em> dont les mouvements sont tant\u00f4t lents et doux, tant\u00f4t tr\u00e8s vifs. L&rsquo;harmonie et le calme des premiers mouvements sont contr\u00e9s par une rupture rythmique dans les mouvements suivants, qui sont beaucoup plus intenses. Sa diversit\u00e9 harmonique fait de ce morceau une composition tr\u00e8s atypique, assez compl\u00e8te mais pas forc\u00e9ment tr\u00e8s coh\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Tzigane, c&rsquo;est un peu diff\u00e9rent. Cette rhapsodie nous invite au voyage dans le folklore hongrois (qui a inspir\u00e9 la musique). David Grimal est debout, il montre ses talents de virtuose dans un solo lent et solennel de quelques minutes au violon puis est ensuite progressivement rejoint par le reste de l&rsquo;orchestre. Le rythme s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re \u00e0 mesure que les instrumentistes viennent s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 la m\u00e9lodie, participant ainsi d&rsquo;une fr\u00e9n\u00e9sie envoutante qui semble devenir incontr\u00f4lable. On a l&rsquo;impression que chaque instrument s&rsquo;ajoute au tout de fa\u00e7on harmonique tout en affirmant son identit\u00e9 sonore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres morceaux sont beaucoup plus conventionnels, avec une m\u00e9lodie plus r\u00e9guli\u00e8re, qui s&rsquo;inscrit dans une continuit\u00e9 sonore qui fait davantage sens pour l&rsquo;oreille et qui est <em>de facto<\/em> plus agr\u00e9able \u00e0 entendre. Les deux th\u00e8mes qui composent le <em>Bol\u00e9ro<\/em> sont ainsi r\u00e9p\u00e9t\u00e9s pendant quinze minutes dans un crescendo orchestral. Le morceau commence de mani\u00e8re tr\u00e8s douce. Le rythme est lent puis peu \u00e0 peu, des musiciens s&rsquo;ajoutent presque imperceptiblement \u00e0 la musique pour finir dans une interpr\u00e9tation magistrale. Ces quinze minutes sont un quart d&rsquo;heure d&rsquo;euphonie r\u00e9jouissante. Le public se d\u00e9lecte non seulement d&rsquo;entendre les musiciens interpr\u00e9ter ces notes qu&rsquo;il conna\u00eet mais aussi de les regarder : ils prennent du plaisir \u00e0 jouer, d\u00e9gageant une \u00e9nergie et une joie contagieuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux p\u00f4les d&rsquo;ordre et de d\u00e9sordre se retrouvent au sein des morceaux mais aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du concert puisque les morceaux pr\u00e9sent\u00e9s appartiennent \u00e0 des paysages musicaux sensiblement diff\u00e9rents, et l&rsquo;encha\u00eenement est parfois surprenant. On s&rsquo;interroge sur les raisons du choix de les jouer ensemble et dans cet ordre-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En bref, les Dissonances ont propos\u00e9 une interpr\u00e9tation dans l&rsquo;ensemble \u00e9blouissante des morceaux de Ravel. Si certains morceaux m&rsquo;ont laiss\u00e9 dubitative par leur composition, l&rsquo;interpr\u00e9tation des musiciens n&rsquo;en reste pas moins remarquable. L&rsquo;orchestre offre une pr\u00e9sence sc\u00e9nique intense qui capte le public, ravit ses sens et l&#8217;emm\u00e8ne dans une sorte d&rsquo;ivresse pendant toute la soir\u00e9e. Vers 23h30 le son des instrumentistes s&rsquo;est \u00e9teint pour laisser place \u00e0 celui du public\u00a0: un tonnerre d&rsquo;applaudissements.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Linda Beddiar<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Du moment que les musiciens sont bons, le chef n\u2019est l\u00e0 que pour amuser le public\u00a0\u00bb, r\u00e9p\u00e9tait souvent un chef d\u2019orchestre que j\u2019ai connu. Ce dernier aimait, \u00e0 la fin des concerts, s\u2019asseoir au premier rang pendant quelques secondes pour montrer aux spectateurs la virtuosit\u00e9 de l\u2019orchestre. David Grimal, directeur artistique de l\u2019ensemble Les Dissonances, \u00e9rige cette pratique en un v\u00e9ritable principe. L\u2019ensemble Les Dissonances ne comporte en effet pas de chef d\u2019orchestre, les musiciens d\u00e9marrant sur l\u2019impulsion du premier violon et restant seuls du d\u00e9but \u00e0 la fin. A la place du chef tr\u00f4nent donc des musiciens solistes au centre de la sc\u00e8ne, de la harpe \u00e0 la caisse claire. Conception originale qu\u2019est donc celle du concert selon David Grimal et ses musiciens. L\u2019attitude de ces derniers est \u00e9galement surprenante\u00a0: l\u2019orchestre pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne ne s\u2019embarrasse pas de protocole, et laisse les musiciens qui ne jouent pas sortir de sc\u00e8ne entre les morceaux. Mais ce qui est plus frappant encore est l\u2019attitude des musiciens, tout \u00e0 fait survolt\u00e9s. Habit\u00e9s par leur musique, ils nous pr\u00e9sentent un v\u00e9ritable show en accentuant leurs mouvements d\u2019archet, tr\u00e8s th\u00e9\u00e2traux. Troupe joviale qui fut r\u00e9compens\u00e9e par des applaudissements bien nourris \u00e0 la fin du concert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la somptueuse salle de la Philharmonie de Paris, l\u2019orchestre Les Dissonances nous proposait un programme centr\u00e9 autour de Maurice Ravel, compositeur \u00e0 la charni\u00e8re du XIX\u00e8me et du XX\u00e8me si\u00e8cle, entr\u00e9 au Panth\u00e9on pour son c\u00e9l\u00e8bre <em>Bol\u00e9ro<\/em>, repris plus tard par un autre Maurice, du nom de B\u00e9jart. Ravel h\u00e9sita dans son \u0153uvre entre tradition et modernit\u00e9, comme le montre le programme pr\u00e9sent\u00e9. On alterne en effet entre des \u0153uvres aux accents romantiques, comme les <em>Valses nobles et sentimentales<\/em>, <em>Daphnis et Chlo\u00e9<\/em> ou <em>Tsigane<\/em>, et d\u2019autres morceaux plus exp\u00e9rimentaux, tels que <em>La Valse<\/em>, qui bouleversent les accords habituels et bien entendu le <em>Bol\u00e9ro<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ravel disait de celui-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai \u00e9crit qu&rsquo;un seul chef-d&rsquo;\u0153uvre, le <em>Bol\u00e9ro<\/em>, malheureusement il ne contient pas de musique\u00a0\u00bb. Pourtant, le <em>Bol\u00e9ro<\/em> continue d\u2019enchanter les m\u00e9lomanes amateurs et confirm\u00e9s depuis des d\u00e9cennies, son refrain lancinant produisant toujours le m\u00eame effet sur les auditeurs. En effet, le morceau se base sur la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un th\u00e8me hispanisant, et ce 18 fois, th\u00e8me que se transmettent \u00e0 leur tour chacun des musiciens. Le <em>Bol\u00e9ro<\/em> permet alors de r\u00e9v\u00e9ler au public la beaut\u00e9 de chaque instrument. Voir ce <em>Bol\u00e9ro<\/em> jou\u00e9 et non dans\u00e9, comme on le voit souvent par Jorge Donn, montre le talent des instrumentistes qui r\u00e9ussissent \u00e0 garder l\u2019auditeur en tension pendant 15 minutes \u00ab\u00a0d\u2019anti-musique\u00a0\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 un final brutal et assourdissant, qui demeure le meilleur moment selon moi. Les musicologues y voient en g\u00e9n\u00e9ral une m\u00e9taphore de l\u2019acte sexuel, la fin symbolisant l\u2019orgasme du spectateur\u00a0; cette interpr\u00e9tation me para\u00eet toutefois trop litt\u00e9raire pour une \u0153uvre qui veut avant tout se jouer des r\u00e8gles musicales. Mais tr\u00eave de disserter sur le <em>Bol\u00e9ro<\/em>, on r\u00e9duit trop souvent Ravel \u00e0 ce morceau. Ainsi, je vous invite \u00e0 d\u00e9couvrir <em>La Valse<\/em>, et surtout <em>Daphnis et Chlo\u00e9<\/em>, morceau serein qui met en relief le jeu des violons, qui sont pour moi des petits chefs-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Justine Longinotti<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce mardi 3 octobre 2016, le programme du concert classique \u00e0 la Philharmonie de Paris pr\u00e9sageait une belle soir\u00e9e en compagnie de Maurice Ravel. Entre les valses, les deux ballets symphoniques que sont le Bol\u00e9ro, Daphnis et Chlo\u00e9, puis la rhapsodie de concert, Tzigane, la programmation laissait r\u00eaveur. D\u2019autant que la rencontre entre ce monument fran\u00e7ais de la musique classique du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et le collectif des Dissonances pr\u00e9supposait une interpr\u00e9tation singuli\u00e8re et magistrale de ces \u0153uvres classiques. En effet, cet orchestre surprenant, sans v\u00e9ritable chef d\u2019orchestre, arrive \u00e0 structurer et raconter une histoire sans fausse note.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 en 2004 par le violoniste David Grimal, actuel directeur artistique et premier violon, cet ensemble a emprunt\u00e9 le terme de dissonances \u00e0 Mozart, souhaitant faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son quatuor fameux et surtout pour faire \u00e9cho \u00e0 la d\u00e9finition m\u00eame de ce mot une <em>\u00ab\u00a0divergence constructive par rapport \u00e0 des habitudes de pens\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>, caract\u00e9risant inexorablement bien leur \u00e9tat d\u2019esprit. Dans le programme donn\u00e9, la liste des musiciens t\u00e9moigne d\u2019un cosmopolitisme \u00e9vident pour un projet rassemblant tous les musiciens d\u00e9sireux de partager et collaborer sur un projet culturel ambitieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En entrant dans cette Philharmonie, outre l\u2019architecture innovante de Jean Nouvel, le contraste avec l\u2019environnement ext\u00e9rieur est ind\u00e9niable. Pourtant, dans ce b\u00e2timent de la Philharmonie, le temps est comme suspendu, et nous invite au voyage avec Ravel, si bien racont\u00e9 par cet orchestre. Nous voyons des musiciens ondul\u00e9s sans l\u2019ombre d\u2019une baguette ou d\u2019un homme nous tournant le dos et r\u00e9ussissent \u00e0 transmettre ces \u00e9motions au fur et \u00e0 mesure que le concert avance. Cet ensemble est vivant, entre chaque morceau, les musiciens vont et viennent des coulisses \u00e0 la sc\u00e8ne, tant\u00f4t intimiste, tant\u00f4t grandiose, l\u2019autonomie de l\u2019orchestre sid\u00e8re par la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et l\u2019accessibilit\u00e9 de leur musique au public. Ainsi, l\u2019osmose arrive \u00e0 son paroxysme, quand l\u2019incroyable David Grimal dot\u00e9e d\u2019une dext\u00e9rit\u00e9 remarquable interpr\u00e8te le solo de Tzigane. Cependant, la Philharmonie, qui depuis son ouverture ne cesse d\u2019\u00eatre pl\u00e9biscit\u00e9 pour son acoustique remarquable et singuli\u00e8re, a perdu de sa superbe lorsque pour pr\u00e9parer Tzigane, rhapsodie pour concert, le son du violon de David Grimal s\u2019est vu amplifi\u00e9 par un micro, retranscrivant un tout autre son, et retirant une partie de puret\u00e9 de son instrument,\u00a0 pourtant essentielle \u00e0 la musique classique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, les sonorit\u00e9s orientales incitent au voyage des cultures, les diff\u00e9rents solistes vivent et interpr\u00e8tent chaque morceau port\u00e9 par l\u2019ensemble d\u2019un groupe solidaire. Ainsi, nous penserons aux flutistes, remarquables, aux hautbois, fascinants, aux percussions et c\u00e9lesta, d\u2019une justesse incroyable, puis les harpistes, d\u2019une profonde authenticit\u00e9. Le Bol\u00e9ro, somptueux et ma\u00eetris\u00e9, cl\u00f4ture la premi\u00e8re partie du concert, pour repartir de plus belle une fois l\u2019entracte pass\u00e9e. Les deux derniers morceaux finiront par confirmer l\u2019entente parfaite et la ma\u00eetrise des musiciens, qui lors d\u2019un dernier rappel ont pu prouver leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 un public v\u00e9ritablement conquis.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie-Alix Molini\u00e9<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 3 octobre 2016, David Grimal et son collectif d\u2019artistes ont interpr\u00e9t\u00e9 quelques pi\u00e8ces de Ravel, choisis comme satellites gravitant autour du c\u00e9l\u00e8bre Bol\u00e9ro<em>. <\/em>Ce qui surprend, c\u2019est que le choix des \u0153uvres para\u00eet offrir au spectateur un nouveau prisme auditif, une nouvelle perspective d\u2019\u00e9coute du <em>Bol\u00e9ro <\/em>(1928), jou\u00e9e au milieu du spectacle. Ainsi, le spectateur, immerg\u00e9 dans une ambiance ravelienne apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 <em>Valses nobles et sentimentales <\/em>(1911) et<em> Tzigane <\/em>(1924), red\u00e9couvre ce chef-d\u2019\u0153uvre et repart \u00e0 la d\u00e9couverte de nouvelles \u0153uvres avec de nouvelles impressions et de nouveaux outils pour \u00e9couter <em>Daphnis et Chlo\u00e9, suite n\u00b0 2 <\/em>(1913) et<em> La Valse <\/em>(1919-1920). Ce voyage dans l\u2019\u0153uvre est rhapsodique. Le spectateur voyage dans cette fresque de peintures musicales, collecte des impressions, arrive au sommet avec le Bol\u00e9ro, puis retombe dans la d\u00e9couverte de nouveaux vertiges en percevant les diff\u00e9rences et ressemblances avec celui du Bol\u00e9ro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Les valses nobles<\/em>, on voit d\u00e9j\u00e0 la cr\u00e9ative innovation harmonique de Ravel, sa douceur et sa mani\u00e8re de s\u00e9duire. Les titillants crescendos de chaque miniature cr\u00e9e s\u00e9duit l\u2019auditeur qui d\u00e9sire une mont\u00e9e toujours plus vive, plus intense jusqu\u2019\u00e0 ce que les tensions\u00a0 mystiques recommencent avec quelques pics d\u00e9licats d\u2019espoir. Et les interpr\u00e8tes incarnent le tableau de Ravel; quelques-uns dansent la valse avec leurs instruments. Entre chaque morceau jou\u00e9, on voit David Grimal qui se l\u00e8ve, affine son violon devant l\u2019orchestre et joue avec eux. L\u2019absence de directeur donne une couleur fluide au jeu musical, o\u00f9 chaque interpr\u00e8te apporte son impression, son coup de pinceau. Tzigane (rhapsodie de concert) fait penser au free jazz par son tempo libre. L\u2019\u0153uvre commence avec un solo de David Grimal. Les pizzicati, les glissandi, si caract\u00e9ristiques de Ravel, donnent une texture musicale hors du commun au violon, qui acquiert une telle autonomie et\u00a0 une telle autorit\u00e9 que l\u2019orchestre ne vient qu&rsquo;accentuer son jeu. David Grimal dance avec son violon et r\u00e9ussi \u00e0 repr\u00e9senter ce violon que Ravel avait pens\u00e9 pour que la violoniste Jelly d\u2019Ar\u00e1nyi le joue. Lorsque l\u2019orchestre commence \u00e0 accompagner le violon, les d\u00e9sarticulations se nuancent et la fluidit\u00e9 emporte le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, c\u2019est le Bol\u00e9ro qui hypnotise. Son d\u00e9but \u00ab\u00a0tzigane\u00a0\u00bb para\u00eet couler n\u00e9cessairement des airs pr\u00e9c\u00e9demment entendus. L\u2019ovni qu\u2019est le Bol\u00e9ro est mis en continuit\u00e9 dans la progression de son compositeur; son c\u00e9l\u00e8bre tambour r\u00e9sonne maintenant avec des \u00e9chos qui non seulement l\u2019expliquent, mais qui le rendent n\u00e9cessaire. Or c\u2019est justement cela ce que cette compagnie d\u2019artistes cherche \u00e0 offrir au public: un nouveau regard sur les grandes \u0153uvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, on pourrait dire que le d\u00e9but du concert est formateur pour l\u2019oreille na\u00efve; le milieu, purement contemplatif; la fin invite \u00e0 comprendre et critiquer l\u2019\u0153uvre. Toute oreille attentive, m\u00eame si elle ignore le langage musical, sentira les impressions que Ravel voulait transmettre. Ainsi, le \u00ab\u00a0rythme bulgare\u00a0\u00bb (mesure asym\u00e9trique \u00e0 cinq temps, baptis\u00e9 ainsi par Bart\u00f3k) de la troisi\u00e8me partie de <em>Daphnis et Chlo\u00e9 <\/em>saute aux yeux, ou plut\u00f4t, aux oreilles et peint des \u00ab\u00a0mouvements stationnaires\u00a0\u00bb. Le concert se termine avec <em>La Valse<\/em>, \u00ab\u00a0peinture d\u2019un ballet\u00a0\u00bb compos\u00e9 des m\u00eames vertiges que les \u0153uvres pr\u00e9c\u00e9dentes, les m\u00eames ambiances t\u00e9n\u00e9breuses, mais cette fois-ci avec des airs maritimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin du spectacle, jeune et adulte sont sortis en dansant de la salle. On aurait dit le tableau fait par un artiste de la salle du concert pendant la dur\u00e9e du spectacle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Daniela Restrepo<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis son inauguration en 2015, la Philharmonie de Paris, dont l\u2019architecture novatrice pens\u00e9e par Jean Nouvel ne cesse d\u2019\u00e9merveiller, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une programmation musicale riche, dense et diversifi\u00e9e. Le concert qui se jouait lundi 3 octobre ne d\u00e9rogeait pas \u00e0 cette r\u00e8gle en mettant \u00e0 l\u2019honneur Maurice Ravel, compositeur du XX\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 travers cinq \u0153uvres de son r\u00e9pertoire, musicalement divergentes mais ayant pour fil conducteur un seul et m\u00eame th\u00e8me: la danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous la direction du violoniste et directeur artistique David Grimal, (dont la virtuosit\u00e9 n\u2019est plus \u00e0 prouver suite \u00e0 son sublime solo dans <em>Tzigane<\/em>), les artistes du collectif musical \u00ab\u00a0Dissonances\u00a0\u00bb,\u00a0 r\u00e9ussissent la prouesse de jouer sans v\u00e9ritable chef-d\u2019orchestre en parfaite harmonie, ayant pour seuls guides leur oreille, leur talent, et leur alchimie \u00e9vidente. Une alchimie qui na\u00eet d\u2019une collaboration initi\u00e9e en 2004 et fond\u00e9e sur la recherche du partage et de l\u2019excellence en r\u00e9unissant des musiciens d\u2019univers vari\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc dans une salle comble aux lignes \u00e9pur\u00e9es et \u00e0 l\u2019acoustique limpide, d\u00e9velopp\u00e9e avec les pointures dans le domaine Marshall Day Acoustics et Ducks Sc\u00e9no, que se sont encha\u00een\u00e9es les \u0153uvres, en commen\u00e7ant par les <em>Valses nobles et sentimentales<\/em>, lointain hommage \u00e0 Schubert, au tempo majoritairement lent si ce n\u2019est un crescendo assez marqu\u00e9 vers la fin. Puis la <em>Tzigane<\/em>, dont les notes miraculeusement atteintes par le violon faisaient dialoguer l\u2019instrument avec les harpes au sein d\u2019un merveilleux \u00e9change, laissant ainsi courir des frissons le long de l\u2019\u00e9chine. Se sont ensuivis le<em> Bol\u00e9ro<\/em>, que l\u2019on ne pr\u00e9sente plus, et la suite num\u00e9ro 2 du ballet <em>Daphnis et Chlo\u00e9<\/em>, o\u00f9 les glissandis et les arp\u00e8ges des harpes accompagn\u00e9es du son clair des fl\u00fbtes et des hautbois invitaient \u00e0 s\u2019immerger dans une atmosph\u00e8re onirique, empreinte de lyrisme, jusqu\u2019\u00e0 un allegro vif menant \u00e0 une danse plus saccad\u00e9e, plus agit\u00e9e, dont la note finale laissait le spectateur sans voix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu\u2019ayant comme point d\u2019orgue l\u2019\u00e9ternel et in\u00e9vitable Bol\u00e9ro, \u0153uvre la plus jou\u00e9e dans le monde, dont l\u2019interpr\u00e9tation, plus \u00e9nergique et puissante (mention sp\u00e9ciale pour les percussions), \u00e9tait aussi surprenante que plaisante, le concert s\u2019achevait avec <em>La Valse<\/em>, pi\u00e8ce moins connue des n\u00e9ophytes, plus subtile, moins accessible peut-\u00eatre, que certains qualifieront de plus \u00ab\u00a0dissonante\u00a0\u00bb, justement. Un pari risqu\u00e9, donc, mais r\u00e9ussi. Une partie des spectateurs applaudissaient debout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la sortie, les esprits semblent \u00eatre encore dans la salle, se refusant \u00e0 la quitter, les \u00e9loges fusent de toute part, les regards sont hagards, rappelant ainsi \u00e0 quel point la musique, (l\u2019art!), peut \u00e9mouvoir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ma\u00eblys Sierotnik<\/h6>\n<pre class=\"scene\" style=\"text-align: justify;\">Photo : B. Martinez<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Concert symphonique | Philharmonie de Paris | En savoir plus Le 3 Octobre 2016, la Philharmonie de Paris accueillait David Grimal et son collectif Les dissonances qui pr\u00e9sentaient certaines des compositions de Ravel. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j&rsquo;assistais \u00e0 un concert \u00e0 la Philharmonie. 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