{"id":814,"date":"2016-10-18T20:00:28","date_gmt":"2016-10-18T19:00:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=814"},"modified":"2016-10-18T20:00:28","modified_gmt":"2016-10-18T19:00:28","slug":"dom-juan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=814","title":{"rendered":"Dom Juan"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2016-2017\/spectacles\/dom-juan\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle du mardi 18 octobre 2016 est Dom Juan, une pi\u00e8ce de Moli\u00e8re datant de 1665. La pi\u00e8ce est mise en sc\u00e8ne par Fran\u00e7ois Sivadier, avec Marc Arnaud, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Vincent Gu\u00e9don, Lucie Valon et Marie Vialle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dom Juan, un noble coureur de jupons, adore s\u00e9duire les femmes. Il est toujours accompagn\u00e9 de son valet Sganarelle. De retour en ville apr\u00e8s avoir abandonn\u00e9 Done Elvire, qu\u2019il a fait sortir d\u2019un couvent, il rencontre une jeune fianc\u00e9e dans un village. Il veut l\u2019enlever \u00e0 son amant, mais il \u00e9choue. Pendant ce temps, les beaux-fr\u00e8res de Dome Elvire, Dom Carlos et Dom Alonse, recherchent le s\u00e9ducteur pour se venger de l\u2019affront fait \u00e0 leur famille. Sur le chemin, Dom Juan visite le tombeau du Commandeur, un seigneur qu\u2019il a tu\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le parti pris de la pi\u00e8ce est r\u00e9solument de moderniser de fa\u00e7on originale une pi\u00e8ce mythique vue et revue. Les d\u00e9cors, l\u2019interpr\u00e9tation du texte et le jeu des acteurs surprennent le spectateur pour finalement le s\u00e9duire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors sont l\u2019objet d\u2019un important investissement. Un \u00e9cran \u00e0 affichage digital est suspendu au plafond, il affiche des chiffres et des informations sur l\u2019action qui se d\u00e9roule. Au-dessus de la sc\u00e8ne, des sous-titres en fran\u00e7ais sont projet\u00e9s. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 le d\u00e9cor de l\u2019acte II. Quand Dom Juan essaye d\u2019enlever la jeune fianc\u00e9e du village, il souhaite la kidnapper durant une escapade en bateau. Mais le vaisseau du seigneur coule. Le naufrage du bateau est majestueusement repr\u00e9sent\u00e9 sur sc\u00e8ne. Des canons \u00e0 neige font tomber de la neige du plafond pour simuler l\u2019\u00e9cume. Ensuite, une grande b\u00e2che transparente est soulev\u00e9e par des machines dans des mouvements ondulatoires \u00e0 la fa\u00e7on des vagues. Quand la b\u00e2che retombe, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne, un m\u00e2t de bateau recouvert d\u2019un drap figure le bateau naufrag\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La surprise se poursuit dans les partis pris d\u2019interpr\u00e9tation du texte original. Le m\u00e9lange des genres rafra\u00eechit l\u2019interpr\u00e9tation. Nous pouvons notamment \u00e9voquer la sc\u00e8ne hilarante entre les villageois Pierrot et Charlotte. Elle est jou\u00e9e \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une sc\u00e8ne de clown. L\u2019autre genre pr\u00e9sent est celui de la com\u00e9die musicale. A deux reprises, les acteurs chantent et dansent en groupe en accord avec l\u2019intrigue. La repr\u00e9sentation du corps est trait\u00e9e librement au cours de la pi\u00e8ce. L\u2019aspect moralisateur du texte, repr\u00e9sent\u00e9 notamment par le personnage de Dome Elvire, est rompu. Dans la sc\u00e8ne VI de l\u2019acte IV, o\u00f9 elle dit se consacrer \u00e0 Dieu, elle exprime son repentir v\u00eatue d\u2019une robe rose l\u00e9g\u00e8re. Quand elle parle de faire tout ce dont elle est capable pour le salut de l\u2019\u00e2me de Dom Juan, elle se colle lascivement \u00e0 lui. Par la suite, entre l\u2019acte IV et l\u2019acte V, Marc Arnaud, l\u2019acteur incarnant Don Juan, se d\u00e9shabille enti\u00e8rement sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marc Arnaud, que ce soit dans cette sc\u00e8ne ou dans la pi\u00e8ce, est un acteur exceptionnellement brillant. Sa voix profonde et nette remplit la salle avec une clart\u00e9 admirable. Il en joue beaucoup, changeant de tonalit\u00e9 de voix pour incarner le Dom Juan manipulateur, le tyrannique, le mena\u00e7ant, le s\u00e9ducteur. Nicolas Bourchaud est magnifiquement brillant dans son r\u00f4le de Sganarelle. Il en fait une interpr\u00e9tation toute particuli\u00e8re. Les discours o\u00f9 il soutient la position de Dom Juan sont ceux o\u00f9 il parle sous son regard mena\u00e7ant, et non pas de sa propre initiative. Il est terrifi\u00e9 par son ma\u00eetre. Il joue le valet servile, mais qui garde son opinion pour lui dans son int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarra Boussen<\/h6>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Du 14 septembre au 04 novembre, au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on, le metteur en sc\u00e8ne Jean-Fran\u00e7ois Sivadier pr\u00e9sente sa mise en sc\u00e8ne de <u>Dom Juan<\/u> de Moli\u00e8re. Jean-Fran\u00e7ois Sivadier est un artiste associ\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre National de Bretagne-Rennes qui a produit le spectacle. Sivadier a pris le parti de conserver le texte original de Moli\u00e8re, c&rsquo;est donc dans un fran\u00e7ais du 17\u00e8 si\u00e8cle que Nicolas Bouchaud a interpr\u00e9t\u00e9 <i>Dom Juan Tenorio<\/i>, Vicent Gu\u00e9don <i>Sganarelle<\/i>, Stephen Butel <i>Pierrot, Dom Alonse et Monsieur Dimanche<\/i>, Marc Arnaud <i>Gusman, Dom Carlos et Dom Louis<\/i>, Lucie Valon <i>Charlotte, Le Pauvre et la Violette<\/i> et enfin Marie Vialle <i>Elvire et Mathurine<\/i>. La com\u00e9die dessine avec fid\u00e9lit\u00e9 le caract\u00e8re sans foi ni loi de Dom Juan qui est au del\u00e0 du personnage\u00a0: un mythe.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0Ce qui marque le plus dans ce spectacle c&rsquo;est la sc\u00e9nographie que je qualifierais d&rsquo;astrale. Les diff\u00e9rents globes formaient de toute \u00e9vidence une galaxie qui nous rappelait le cot\u00e9 intemporel du mythe de Dom Juan. Il est rapidement devenu \u00e9vident que dans sa mise en sc\u00e8ne, Sivadier jouait avec le temps. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments montraient une vision tr\u00e8s moderne de la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re. Les costumes rappelaient la mani\u00e8re de se v\u00eatir au XVII\u00e8 si\u00e8cle mais ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un rappel. Tant\u00f4t un chevalier entrait en sc\u00e8ne avec des cuissardes de cowboy, tant\u00f4t Charlotte portait un imperm\u00e9able tout droit sorti du XXI\u00e8 si\u00e8cle. De plus, Sivadier ne cherchait pas \u00e0 conserver le 4\u00e8 mur ce qui montre bien sa volont\u00e9 de traiter la pi\u00e8ce avec modernit\u00e9. Effectivement, les lumi\u00e8res de la salle ne sont pas \u00e9teintes lorsque la pi\u00e8ce commence et plusieurs fois Dom Juan se permet de faire la cour \u00e0 une spectatrice. Aussi on peut voir que certains changements de costumes et la plus part des changements de d\u00e9cor sont fait \u00e0 vue, ce qui est aussi un proc\u00e9d\u00e9 moderne de mise en sc\u00e8ne. Ainsi le spectateur peut appr\u00e9cier toute la modernit\u00e9 de <u>Dom Juan<\/u>.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Parall\u00e8lement, Sivadier nous rappelle que <u>Dom Juan<\/u> traversera toutes les \u00e9poques. La mani\u00e8re dont le d\u00e9cor se fait et se d\u00e9fait autour des personnages montre bien la machine infernale qui est en marche. Ce mouvement du d\u00e9cor montre en permanence que Dom Juan ne pourra pas \u00e9chapper \u00e0 son destin et que parce qu&rsquo;il suit ses d\u00e9sirs, il ne d\u00e9cide pas vraiment de sa vie. De plus, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce on retrouve l&rsquo;antique proc\u00e9d\u00e9 du \u00a0\u00ab\u00a0deus ex machina\u00a0\u00bb incarn\u00e9 par le Commandeur. C&rsquo;est le \u00ab\u00a0fatum\u00a0\u00bb que les grecs de l&rsquo;antiquit\u00e9 avaient d\u00e9j\u00e0 th\u00e9oris\u00e9 et que nous observons aujourd&rsquo;hui encore\u00a0: personne ne peut \u00e9chapper \u00e0 son destin, pas m\u00eame Dom Juan.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie jouait donc un v\u00e9ritable r\u00f4le dans la mise en sc\u00e8ne. Et comme tout personnage elle avait des accessoires. On peut noter des \u00e9l\u00e9ments dans la sc\u00e9nographie qui sont purement esth\u00e9tiques tel que la \u00ab\u00a0neige\u00a0\u00bb qui tombe sur le plateau et qui recouvre le sol. Pour terminer sur la sc\u00e9nographie, il faut souligner qu&rsquo;une machine parfaitement huil\u00e9e peut produire autant d&rsquo;effet que les effets-sp\u00e9ciaux les plus performants. Le tombeau du Commandeur pouvait rivaliser avec les prouesses des fonds verts et des ordinateurs.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Les libert\u00e9s prises par Sivadier au travers de la pi\u00e8ce \u00e9taient tout \u00e0 fait pertinentes. On peut noter des ajouts tel que l&rsquo;extrait de <u>Philosophie dans le Boudoir<\/u> de Sade, permettait d&rsquo;approfondir le personnage de Dom Juan. Mais aussi des ajouts qui semblaient faciliter des probl\u00e8mes techniques. Par exemple, la com\u00e9dienne Lucie Valon fait un petit show clownesque (dans le personnage de La Violette) qui permet au prochain d\u00e9cor de se mettre en place. Les ajouts \u00e9taient toujours pertinents parce que dr\u00f4le ou instructif, ce qui rejoint la devise \u00ab\u00a0castigat ridendo mores\u00a0\u00bb souvent appliqu\u00e9e \u00e0 Moli\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Enfin, Sivadier avait pris le partis de conserver le texte original du XVII\u00e8 si\u00e8cle ce qui contraste avec sa volont\u00e9 de donner un aspect moderne \u00e0 cette pi\u00e8ce et qui met le spectateur en difficult\u00e9. La premi\u00e8re sc\u00e8ne est de ce fait difficile \u00e0 appr\u00e9cier. Vincent Gu\u00e9don dans le personnage de Sgnarelle semblait scander les alexandrins de Moli\u00e8re ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 l&rsquo;oreille. Il laisse s&rsquo;installer un rythme trop r\u00e9gulier et cela combin\u00e9 aux gesticulations du personnage, on ne comprenait pas grand chose \u00e0 ce qu&rsquo;il racontait. Heureusement lors de l&rsquo;arriv\u00e9e de Dom Juan (Nicolas Bouchaud), ce rythme \u00e9trange est abandonn\u00e9 et tout de suite on peut appr\u00e9cier tout le talent du com\u00e9dien. Le duo Sganarelle\/Dom Juan est ce qui donne du volume, des reliefs \u00e0 la pi\u00e8ce. Leurs caract\u00e8res oppos\u00e9s permettent de montrer deux visions de la situation (bonne\/mauvaise). De plus, on appr\u00e9cie assez vite le caract\u00e8re exceptionnel de Dom Juan gr\u00e2ce au talent de Nicolas Bouchaud. Celui-ci, a su montrer tous les reliefs du personnage. Sans se cantonner \u00e0 l&rsquo;aspect \u00ab\u00a0s\u00e9ducteur\u00a0\u00bb, il montre l&rsquo;intelligence, la fourberie, la droiture (Dom Juan est honn\u00eate mais qu&rsquo;avec lui m\u00eame et son valet) et enfin le comique du personnage. Parce que si la pi\u00e8ce est dr\u00f4le c&rsquo;est en grande partie parce que Dom Juan se joue en permanence du monde qui l&rsquo;entoure. Bien que Nicolas Bouchaud hypnotise, on remarque beaucoup Stephen Butel et Lucie Valon. Stephen Butel dans la peau de Pierrot semble pr\u00e9curseur du rap tant sa mani\u00e8re de s&rsquo;approprier les vers de Moli\u00e8re est moderne. Il leur donne un rythme et un relief qui ont l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre une parodie d&rsquo;une chanson de rap fran\u00e7ais. Cette diction ne sera pas aussi marqu\u00e9e dans ses autres r\u00f4les (Dom Alonse et Monsieur Dimanche) mais on appr\u00e9ciera \u00e0 chaque fois son verbe. Il faut aussi relever sa performance dans le r\u00f4le de Monsieur Dimanche \u00e0 qui il donne des accents de clown un peu path\u00e9tique. Lucie Valon est s\u00fbrement le personnage le plus dr\u00f4le de la pi\u00e8ce tant ses personnages sont clownesques, Le Pauvre mis \u00e0 part. Cet aspect clownesque \u00e9tait ma\u00eetris\u00e9 \u00e0 la perfection et s&rsquo;int\u00e9grait tr\u00e8s bien au reste de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">On a moins remarqu\u00e9 les com\u00e9diens Marie Vialle et Marc Arnaud qui ma\u00eetrisaient tr\u00e8s bien leurs personnages mais le dynamisme et l&rsquo;originalit\u00e9 des 4 autres com\u00e9diens les effa\u00e7aient.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Globalement, conserver le texte du XVII\u00e8 si\u00e8cle rendait un certain hommage \u00e0 la langue de Moli\u00e8re que le talent des acteurs a permit d&rsquo;appr\u00e9cier.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Jean-Fran\u00e7ois Sivadier et ses com\u00e9diens parviennent \u00e0 faire traverser le temps au mythe de Dom Juan et \u00e0 le rendre intelligible \u00e0 notre \u00e9poque. Mais il ne fait pas qu&rsquo;un travail d&rsquo;interpr\u00e9tation, car ce qui saute aux yeux c&rsquo;est l&rsquo;esth\u00e9tique qu&rsquo;il d\u00e9ploie et qui enchante v\u00e9ritablement le spectateur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Nora Calderon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019emparer d\u2019une \u0153uvre classique, devenue monument du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, est toujours un exercice p\u00e9rilleux, d\u2019autant plus quand ladite \u0153uvre s\u2019inscrit elle-m\u00eame dans la lign\u00e9e d\u2019un mythe europ\u00e9en vieux de plusieurs si\u00e8cles. J\u2019\u00e9prouvais donc une certaine appr\u00e9hension en me rendant \u00e0 l\u2019Od\u00e9on pour assister au <em>Dom Juan<\/em> de Jean-Fran\u00e7ois Sivadier\u00a0: apr\u00e8s des mises en sc\u00e8ne d\u2019anthologie, comment ce spectacle parviendrait-il encore \u00e0 nous passionner et \u00e0 nous surprendre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une tirade d\u2019ouverture plut\u00f4t d\u00e9cevante \u2013 le fameux \u00ab\u00a0\u00e9loge du tabac\u00a0\u00bb l\u2019aurait-il intimid\u00e9\u00a0? \u2013 Vincent Gu\u00e9don se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un Sganarelle tout \u00e0 fait savoureux, jouant avec art du langage corporel et d\u00e9voilant la richesse et la complexit\u00e9 de ce personnage tout bonnement inutile du point de vue de l\u2019intrigue, dont le seul r\u00f4le, finalement, est d\u2019\u00e9clairer, en creux, la personnalit\u00e9 et les convictions de son ma\u00eetre. Nicolas Bouchaud, Dom Juan charismatique, peut alors incarner avec panache les provocations de son personnage \u00e9pris de libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car la mise en sc\u00e8ne de Sivadier s\u2019attache \u00e0 chaque instant \u00e0 nous rappeler la nature profond\u00e9ment politique de la pi\u00e8ce, maintes fois censur\u00e9e et adoucie par des dramaturges apr\u00e8s la mort de Moli\u00e8re, car le texte ne fut jamais imprim\u00e9 de son vivant. Politique d\u2019abord, car la forme de la pi\u00e8ce elle-m\u00eame se joue des contraintes du th\u00e9\u00e2tre classique en m\u00e9langeant les genres et les registres, en oscillant sans cesse entre la farce et le picaresque, entre la dignit\u00e9 des personnages tragiques et la bouffonnerie des sc\u00e8nes comiques. Mais c\u2019est bien la fa\u00e7on dont Moli\u00e8re se joue ici avec art de la religion \u2013 contournant la censure gr\u00e2ce \u00e0 cet incroyable dernier acte o\u00f9 l\u2019on voit Dom Juan subir la punition divine en r\u00e9ponse \u00e0 ses innombrables p\u00e9ch\u00e9s, sans pouvoir y croire tout \u00e0 fait tant le d\u00e9nouement se fait incongru et grotesque \u2013 qui a valu \u00e0 cette pi\u00e8ce de faire tant de bruit \u00e0 son \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour illustrer cela, Sivadier a choisi un d\u00e9cor pour le moins \u00ab\u00a0c\u00e9leste\u00a0\u00bb, o\u00f9 plan\u00e8tes, soleil, \u00e9toiles et autres sources lumineuses se trouvent en suspension. Les diff\u00e9rentes toiles translucides et \u00e9crans de fum\u00e9e qui se hissent et se dissipent progressivement au fil du spectacle, illustrant les jeux de masque et de faux-semblants \u00e9chafaud\u00e9s par Dom Juan, ach\u00e8vent ce tableau tr\u00e8s esth\u00e9tique, \u00e9minemment myst\u00e9rieux, propice \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019ambiance fantastique inqui\u00e9tante incarn\u00e9e par la statue du commandeur et la menace divine, et \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re tamis\u00e9e d\u2019une sc\u00e8ne de s\u00e9duction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si ce \u00ab\u00a0Ciel\u00a0\u00bb, dont chaque occurrence dans le texte est signal\u00e9e par un compte \u00e0 rebours sur un \u00e9cran en fond de sc\u00e8ne (le mot est prononc\u00e9 une soixantaine de fois par les personnages), est ici mat\u00e9rialis\u00e9 sous la forme d\u2019un gigantesque syst\u00e8me solaire, c\u2019est peut-\u00eatre surtout pour rappeler la seule foi que Dom Juan accepte de reconna\u00eetre\u00a0: la science et les v\u00e9rit\u00e9s absolues que celle-ci permet d\u2019atteindre (\u00ab\u00a0Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.\u00a0\u00bb), bien loin des dogmes religieux et des superstitions populaires que Sganarelle d\u00e9fend maladroitement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on retrouve avec ce d\u00e9cor l\u2019essence originelle de cette \u00ab\u00a0pi\u00e8ce \u00e0 machines\u00a0\u00bb, c\u2019est bien un <em>Dom Juan<\/em> modernis\u00e9 que nous propose la troupe, qui parvient \u00e0 nous rappeler la complexit\u00e9 des enjeux de cette \u0153uvre, tout en nous entra\u00eenant dans un souffle comique bien ma\u00eetris\u00e9, au rythme d\u2019une bande son \u00e9clectique qui illustre tout \u00e0 fait l\u2019esprit de la pi\u00e8ce. En faisant lire \u00e0 son personnage un extrait de la <em>Philosophie dans le boudoir<\/em> de Sade, Sivadier en fait le pr\u00e9d\u00e9cesseur de cet autre provocateur, plus libre penseur encore que libertin. Il nous rappelle aussi \u00e0 quel point les combats des deux \u00e9crivains contre le fanatisme religieux restent d\u2019actualit\u00e9, en assenant avec gravit\u00e9, brisant sans en avoir l\u2019air le quatri\u00e8me mur pour se projeter dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine\u00a0: \u00ab\u00a0Non, nous ne voulons plus d\u2019un dieu qui d\u00e9range la nature, qui est le p\u00e8re de la confusion, qui meut l\u2019homme au moment o\u00f9 l\u2019homme se livre \u00e0 des horreurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Manon Guilbaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on donnait une repr\u00e9sentation du <em>Dom Juan <\/em>de Moli\u00e8re. Dom Juan, comme chacun sait, est un s\u00e9ducteur que rien n&rsquo;arr\u00eate. Arrogant, volontiers cruel et d\u00e9pourvu de tous scrupules, il est continuellement en qu\u00eate de nouvelles femmes \u00e0 charmer, \u00e9pouser, et d\u00e9laisser aussit\u00f4t, une fois la conqu\u00eate accomplie. Se jouant des femmes, telle Elvire (sa derni\u00e8re victime en date au d\u00e9but de la pi\u00e8ce), Dom Juan a cependant le malheur de se jouer de la morale et plus grave, de la religion. Accompagn\u00e9 tout au long de la pi\u00e8ce par son valet Sganarelle, c&rsquo;est sous le regard de ce dernier qu&rsquo;il trouve sa fin aux Enfers. La com\u00e9die se voyait ici rafraichie par la mise en sc\u00e8ne contemporaine de Jean-Fran\u00e7ois Sivadier, avec comme distribution Nicolas Bouchaud en Dom Juan, Vincent Gu\u00e9don en Sganarelle, Stephen Butel en Pierrot, Dom Alonse et Mr Dimanche, Marc Arnaud en Gusman, Dom Carlos et Dom Louis, Lucie Valon en Charlotte, Le Pauvre et la Violette et Marie Vialle en Elvire et Mathurine. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs la perspective d&rsquo;un classique revu de fa\u00e7on compl\u00e8tement nouvelle et moderne qui m&rsquo;a pouss\u00e9e \u00e0 choisir ce spectacle. Ceci, et &#8230;. Le fait que je n\u2019appr\u00e9cie pas beaucoup Moli\u00e8re. Propos un peu \u00e9tonnant: pourquoi dans ce cas, vouloir assister \u00e0 l&rsquo;une de ces pi\u00e8ces me dira-t-on ? On ne m\u2019y a nullement oblig\u00e9e, je pouvais tr\u00e8s bien aller voir autre chose. Soyons donc plus pr\u00e9cis\u00a0: j\u2019aime le g\u00e9nie provocateur de Moli\u00e8re, plein de d\u00e9fi, qui s\u2019exprime \u00e0 travers ses \u0153uvres, j\u2019aime percevoir les intentions de l\u2019auteur qui se cachent derri\u00e8re le texte, par rapport \u00e0 son \u00e9poque; mais ces pi\u00e8ces en elles-m\u00eames ne me font pas rire. En fait, elles sont souvent cruelles. C\u2019est pour cela que je d\u00e9cr\u00e8te de fa\u00e7on plut\u00f4t abrupte que je n\u2019aime pas Moli\u00e8re. Pourtant, j\u2019ai eu la chance de pouvoir assister \u00e0 plusieurs repr\u00e9sentations, par exemple <em>Tartuffe<\/em>, <em>l\u2019Avare<\/em>, <em>le M\u00e9decin malgr\u00e9 lui<\/em>, <em>Gorges Dandin <\/em>\u2026 rien n\u2019y fait, ces pi\u00e8ces, qu&rsquo;elles soient jou\u00e9es ou lues, font seulement na\u00eetre en moi quelques sourires, un rire par ci par l\u00e0, et tr\u00e8s vite, l\u2019ennui s\u2019installe. En comparaison, je me beaucoup plus ris lors d\u2019une repr\u00e9sentation de <em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> de Shakespeare, qui dans sa premi\u00e8re partie d\u00e9tient de bons \u00e9l\u00e9ments de com\u00e9die; et cette pi\u00e8ce est cens\u00e9e \u00eatre une trag\u00e9die.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dom Juan <\/em>est pourtant l\u2019une des rares \u0153uvres de Moli\u00e8re que j\u2019ai pris plaisir \u00e0 lire et qui m\u2019a r\u00e9ellement amus\u00e9e. Quand j\u2019ai appris qu\u2019elle \u00e9tait jou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Od\u00e9on, de surcroit avec une mise en sc\u00e8ne non classique comme j&rsquo;en avais l&rsquo;habitude jusqu&rsquo;alors, j&rsquo;ai donc eu un espoir: peut-\u00eatre ce <em>Dom Juan<\/em> moderne me r\u00e9concilierait-il avec Moli\u00e8re, peut-\u00eatre allais-je franchement rire pour une fois en assistant \u00e0 une de ces com\u00e9dies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, mon espoir a \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u: si j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 le regard compl\u00e8tement neuf port\u00e9 sur la pi\u00e8ce, et qu&rsquo;elle a r\u00e9ussi ainsi que le metteur en sc\u00e8ne le voulait, \u00e0 faire perdre les rep\u00e8res du spectateur et \u00e0 le rendre perplexe, elle n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 tenir les autres promesses qu&rsquo;elle avan\u00e7ait: \u00e0 savoir, provoquer \u00ab\u00a0le rire et l&rsquo;effroi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re image qui s\u2019offrait \u00e0 mes yeux \u00e9tait le d\u00e9cor: au premier acte, des meubles, des chaines sont dispos\u00e9s sur la sc\u00e8ne, et surtout des lampes de diff\u00e9rentes tailles et de diff\u00e9rentes couleurs, \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, pendent du plafond, suspendues par des fils. Plac\u00e9es ainsi, elles \u00e9voquent astucieusement les plan\u00e8tes du notre syst\u00e8me solaire\u00a0: mais quelle \u00e9tait leur int\u00e9r\u00eat sur le plan sc\u00e9nographique\u00a0? Qu\u2019apportaient-elles vraiment \u00e0 la pi\u00e8ce\u00a0? Je me serais attendue \u00e0 ce que les acteurs jouent avec ces petits astres flottants, tournent autour, les d\u00e9signent du doigt \u2026. La tirade de Dom Juan qui fait l&rsquo;apologie de son \u00ab\u00a0libertinage\u00a0\u00bb me semblait \u00eatre l\u2019occasion id\u00e9ale d\u2019une interaction avec ces plan\u00e8tes, ce qui aurait permis de donner sens au d\u00e9cor\u00a0: Dom Juan ne se suffit pas d\u2019une femme, il les veut toutes, celles de la terre enti\u00e8re, \u00e0 tel point qu&rsquo; il voudrait \u00e9largir son territoire \u00e0 l\u2019univers m\u00eame, tel Alexandre qui d\u00e9sirait \u00ab\u00a0qu\u2019il y e\u00fbt d\u2019autres mondes\u00a0\u00bb \u00e0 conqu\u00e9rir &#8230; Mais non. Ici, les acteurs d\u00e9bitaient leurs r\u00e9pliques en restant fixes et en utilisant peu l&rsquo;espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce alors au spectateur de conjecturer sur la signification possible, si elles en avaient une, de ces plan\u00e8tes. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 d&rsquo;ailleurs je crois, l&rsquo;une des intentions du metteur en sc\u00e8ne Jean-Fran\u00e7ois Sivadier: laisser place \u00ab\u00a0\u00e0 toutes les interpr\u00e9tations possibles\u00a0\u00bb. Ainsi, ces plan\u00e8tes \u00e9taient-elles l\u00e0 pour \u00e9voquer le \u00ab\u00a0Ciel\u00a0\u00bb (comme le mot est si souvent utilis\u00e9), Dieu, duquel Dom Juan fait fi compl\u00e8tement\u00a0?\u00a0 Dom Juan, qui en comparaison vou\u00e9 aux ch\u00e2timents \u00e9ternels, reste coll\u00e9 en bas sur le plateau, bien au dessous des astres, et fait son entr\u00e9e en un niveau encore plus bas que la sc\u00e8ne, dans les gradins, qui pour un temps ferait office symbolique d\u2019Enfers\u00a0? A l&rsquo;inverse ces astres \u00e9taient-ils l\u00e0 dans un cadre purement scientifique, terre \u00e0 terre\u00a0: le ciel n\u2019est rien d\u2019autre que des plan\u00e8tes pour Dom Juan, aussi s\u00fbr qu&rsquo;il croit que \u00ab\u00a0deux et deux sont quatre et quatre et quatre sont huit\u00a0\u00bb\u00a0? Ou bien \u00e9taient-ils l\u00e0 pour rappeler, lorsque une boule tombe de temps \u00e0 autre pour marquer les moments forts (et dans la foul\u00e9e, faire sursauter l&rsquo;assistance), l&rsquo;ordre que bouleverse Dom Juan et le chaos qu&rsquo;il apporte ? A moins que ce ne ce soit tout cela \u00e0 la fois et plus encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des interrogations similaires se sont pr\u00e9sent\u00e9es avec les sculptures. Pendant la grande majeure partie du spectacle, plusieurs statues en effet se trouvaient sur le plateau. Elles trouvaient leur pleine signification dans la tombe du Commander, participant \u00e0 cr\u00e9er un d\u00e9cor fun\u00e8bre. Mais le reste du temps, une fois de plus, \u00e0 quoi servaient-elles ? Elles paraissaient avoir une fonction symbolique\u00a0: on pouvait imaginer que ces statues se dressaient l\u00e0, en constants rappels des victimes de Dom Juan, de toutes ces femmes s\u00e9duites et tromp\u00e9es, tels des fant\u00f4mes qu\u2019on discerne \u00e0 peine\u00a0&#8230; Toutefois, en regardant la pi\u00e8ce, je voyais juste un d\u00e9cor qu\u2019on aurait oubli\u00e9 et d\u00e9laiss\u00e9 sur place, en arri\u00e8re plan, faute de pouvoir le changer.\u00a0 D&rsquo;autant plus que ces statues s&rsquo;inscrivaient dans un d\u00e9cor d&rsquo;\u00e9chafaudages, qui\u00a0 me faisaient penser \u00e0 des coulisses &#8230; ce que j&rsquo;ai tendance \u00e0 ne pas appr\u00e9cier, car cela me donne l&rsquo;impression d&rsquo;un spectacle n\u00e9glig\u00e9 qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 fini d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est certain, c&rsquo;est que la mise en sc\u00e8ne a tr\u00e8s bien su retranscrire le sentiment d\u2019un univers chaotique, d&rsquo;un monde qui se d\u00e9fait, \u00e0 l&rsquo;image du monde d\u00e9cadent de Dom Juan, qui ne suit d&rsquo;autre loi que celle de son plaisir&#8230; Cependant, si tous ces \u00e9l\u00e9ments ainsi combin\u00e9s, astres, statues, plancher qui se d\u00e9construit mais aussi poussi\u00e8re, fum\u00e9e, jeux de lumi\u00e8res, sonorisation et musique, cr\u00e9aient bien un effet de d\u00e9sordre, j&rsquo;ai trouv\u00e9 qu&rsquo;ils en faisaient parfois trop; si pris un par un, ils avaient du sens, associ\u00e9s tous ensemble, ils le perdaient instantan\u00e9ment. En tant que spectatrice, je me senti noy\u00e9e, perdue par tous ces moyens d\u00e9ploy\u00e9s, par cette surcharge d&rsquo;informations. De ce fait, on peut que le metteur en sc\u00e8ne a atteint son but (faire s&rsquo;interroger le public) \u00e0 la perfection: mais parfois, le trouble dans lequel le spectateur \u00e9tait jet\u00e9, le perdait purement et simplement, plus qu&rsquo;il ne l&rsquo;invitait \u00e0 interpr\u00e9ter et \u00e0 s&rsquo;interroger. Je suis rest\u00e9e dans un \u00e9tat de perplexit\u00e9 et d&rsquo;incompr\u00e9hension assez d\u00e9sagr\u00e9able que ne s\u2019est dissip\u00e9 que lorsque j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire la critique de cette pi\u00e8ce. Je pense donc \u00e0 ce titre que celui qui aime Moli\u00e8re et qui vient pour se divertir devant une com\u00e9die doit passer ici son chemin. Il risquerait d\u2019\u00eatre plus confus qu\u2019amus\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, j&rsquo;ai bien aim\u00e9 les innovations que proposaient par petites touches ce spectacle. Faire chanter Dom Juan durant son temps libre une chanson des ann\u00e9es 90, <em>Sexual Healing<\/em>, collait \u00e0 merveille au cadre contemporain que proposait la mise en sc\u00e8ne et lui donnait un vrai coup de neuf. Aussi, l&rsquo;entr\u00e9e de Dom Juan parmi les spectateurs, et son interaction avec la gente f\u00e9minine qui y \u00e9tait pr\u00e9sente, telle \u00ab\u00a0C\u00e9cile de Paris\u00a0\u00bb \u00e9tait tr\u00e8s bien pens\u00e9. Le jeu avec l&rsquo;\u00e9norme bouquet de fleurs, que le personnage donne \u00e0 une premi\u00e8re dame dans le public, pour le reprendre aussit\u00f4t lorsqu&rsquo;il en aper\u00e7oit une seconde, constituait un petit ajout tout simple, mais pertinent et qui n&rsquo;a pas manquait ici de me faire rire. Qui plus est cet acte r\u00e9sumait en lui seul tout le comique qu&rsquo;il peut y avoir en Dom Juan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un Dom Juan que je trouv\u00e9 tr\u00e8s bien interpr\u00e9t\u00e9 par son acteur Nicolas Bouchaud: \u00e0 la fois noir, cruel mais d\u00e9licieux, qui revendique et assume pleinement ce qu&rsquo;il fait, qui il est\u00a0; et ce, avec beaucoup d&rsquo;allure. Mention sp\u00e9ciale \u00e0 sa coupe de cheveux \u00e9bouriff\u00e9s mi-blonds mi-bruns. Le com\u00e9dien incarnait subtilement toutes les ambig\u00fcit\u00e9s du personnage, tout en sachant l&rsquo;actualiser \u00e0 mes yeux. J&rsquo;ai particuli\u00e8rement aim\u00e9 le traitement dramaturgique de la derni\u00e8re r\u00e9plique de Dom Juan \u00ab\u00a0\u00d4 Ciel ! Que sens-je ? Un feu invisible me br\u00fble, je n&rsquo;en puis plus, et tout mon corps\u00a0devient un brasier ardent !\u00a0\u00bb. Dans le texte, ces phrases sous entendent que Dom Juan commence \u00e0 sentir les flammes de l&rsquo;Enfer (du moins, c&rsquo;est ainsi que je l&rsquo;ai compris au premier abord). Ici, le choix a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;en faire une r\u00e9plique remplie d&rsquo;ironie : jusqu&rsquo;au bout, Dom Juan se moque de ciel, de l&rsquo;enfer, et des peurs et croyances qui leur sont li\u00e9es; jusqu&rsquo;au bout, Nicholas Bouchaud sait tenir ce caract\u00e8re p\u00e9tri d&rsquo;orgueil, qui refuse de trembler, de se soumettre, m\u00eame face \u00e0 la promesse de l\u2019Enfer qui l\u2019attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le duo ma\u00eetre\/valet avec Sganarelle, interpr\u00e9t\u00e9 par Vincent Gu\u00e9don, m&rsquo;a paru tout aussi convaincant. M\u00eame si le r\u00f4le du valet n&rsquo;est pas parvenu \u00e0 me faire, il faut admettre qu&rsquo;un bon dynamisme \u00e9manait de cette \u00e9quipe. D&rsquo;autres personnages m&rsquo;ont en revanche beaucoup moins plu: je pense ici \u00e0 Elvire. Si elle a r\u00e9ussi \u00e0 tirer des larmes \u00e0 Sganarelle ou ressusciter un feu \u00e9teint en Dom Juan, ils sont bien les seuls qui aient \u00e9t\u00e9 un tant soit peu affect\u00e9s par son \u0153uvre. En effet, je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 le jeu de l&rsquo;actrice Marie Vialle assez pouss\u00e9: ni les larmes, ni la col\u00e8re, ni l&rsquo;incompr\u00e9hension ne me paraissait assez fort chez elle. Le seul costume de ce personnage lui enlevait toute cr\u00e9dibilit\u00e9 et je n&rsquo;ai absolument pas compris le choix de cet habit. Autant les bottes en caoutchouc et la salopette pour les paysans \u00e9taient coh\u00e9rents avec l&rsquo;aspect contemporain de la pi\u00e8ce, autant ici, avec son costume orange et noire, Elvire m&rsquo;\u00e9voquait plus une citrouille d&rsquo;Halloween se mouvant sur sc\u00e8ne qu&rsquo;autre chose (remarquez, \u00e7a tombait bien, Halloween approche).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l&rsquo;inverse, si le jeu de Marie Vialle m&rsquo;a semblait trop peu pouss\u00e9 dans le cas d\u2019Elvire, le jeu de Lucie Valon et Stephen Butel par rapport aux paysans qu\u2019ils incarnaient m&rsquo;a paru quant \u00e0 lui, l&rsquo;\u00eatre de trop, au point que les personnages en devenaient lourds et plus que grotesques. Eux qui m&rsquo;avaient amus\u00e9e \u00e0 la lecture de la pi\u00e8ce, m&rsquo;ont ici horripil\u00e9e. Une furieuse envie de \u00ab\u00a0baffer\u00a0\u00bb Charlotte et Pierrot, de les secouer pour qu&rsquo;ils arr\u00eatent d&rsquo;avoir toujours la m\u00eame intonation, m&rsquo;a d\u00e9mang\u00e9e lors de leur sc\u00e8ne. L&rsquo;effet comique qui \u00e9tait recherch\u00e9 n&rsquo;a pas du tout op\u00e9r\u00e9 sur moi. A trop vouloir jouer l\u2019abruti, ce qui devait \u00eatre comique ne l\u2019\u00e9tait plus. J\u2019aurais appr\u00e9ci\u00e9, dans la perspective de mettre \u00e0 neuf une pi\u00e8ce classique, que l&rsquo;on fasse parler ces paysans avec un accent qui correspond \u00e0 notre \u00e9poque (type accent du nord\u00a0; attention, qu&rsquo;on ne m&rsquo;accuse pas de discrimination, je suis moi m\u00eame du Nord de la France). Cela aurait mieux ancr\u00e9 la pi\u00e8ce dans l\u2019aspect contemporain qu\u2019elle mettait en avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les m\u00eames raisons, la sc\u00e8ne rajout\u00e9e se centrant autour de la Violette, l\u2019un des domestiques de Don Juan (avant que Mr Dimanche ne soit introduit) m&rsquo;a fortement irrit\u00e9e: en effet, l&rsquo;actrice qui jouait ce r\u00f4le \u00e9tait la m\u00eame qui jouait celui de Charlotte, la paysanne\u00a0: voil\u00e0 qu&rsquo;on nous parle de planches moisies qu\u2019il convient d\u2019enlever. Ce passage ne m&rsquo;a pas du tout amus\u00e9: je l&rsquo;ai trouv\u00e9 compl\u00e8tement hors de propos, comme si l\u2019on avait cas\u00e9 ici des r\u00e9pliques au hasard, dans le but unique de meubler \u00ab\u00a0un trou\u00a0\u00bb dans la progression de l&rsquo;action et son rythme. Il ne passait pour rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une transition maladroite, \u00e0 la fa\u00e7on des noirs abrupts qui faisaient davantage penser \u00e0 une panne d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 un moyen de cr\u00e9er \u00ab\u00a0l\u2019effroi\u00a0\u00bb: noir utilis\u00e9 par exemple avant la sc\u00e8ne o\u00f9 Dom Juan et Sganarelle entrent dans le tombeau du Commandeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce noir comme moyen de transition \u00e9tait trop brutal, j&rsquo;ai en revanche beaucoup aim\u00e9 cette sc\u00e8ne du tombeau, que ce soit au niveau du d\u00e9cor, des effets sonores, du jeu des acteurs, du rythme\u00a0: le bruitage des gouttes, l&rsquo;effet d&rsquo;\u00e9cho produit, Sganarelle impressionn\u00e9, sa peur face \u00e0 la statue, un Don Juan qui n&rsquo;y croit pas et qui sur la fin semble en partant un poil troubl\u00e9 tout de m\u00eame &#8230; Le rendu \u00e9tait tr\u00e8s convaincant. Avec cette atmosph\u00e8re de gravit\u00e9, de solennit\u00e9, on se serait r\u00e9ellement cru dans un tombeau. Malheureusement, je n\u2019ai pas ressenti le rire ni l&rsquo;effroi que souhaitait le metteur en sc\u00e8ne\u00a0: seulement une tr\u00e8s grande fascination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l\u00e0 en fin de compte que repose ma d\u00e9ception de la pi\u00e8ce. Je pensais vraiment que ce <em>Dom Juan <\/em>pouvait changer sur regard sur Moli\u00e8re, et pour une fois, me faire rire. La pi\u00e8ce \u00e9tait prometteuse, notamment avec ses id\u00e9es de mises en sc\u00e8ne; malgr\u00e9 tout, elle n\u2019a pas su susciter en moi le rire et l\u2019effroi et\u00a0j\u2019ai l\u00e0 encore, fini par regarder l\u2019heure sur ma montre\u00a0; elle aura n\u00e9anmoins r\u00e9ussi \u00e0 tenir un autre de ses paris: susciter l&rsquo;interrogation et la perplexit\u00e9 chez la spectatrice que j\u2019\u00e9tais et m&rsquo;amener \u00e0 interpr\u00e9ter ce que je voyais, m\u00eame si parfois, c&rsquo;\u00e9tait dans le flou et l&rsquo;incompr\u00e9hension d\u00e9sagr\u00e9able o\u00f9 je retrouvais plong\u00e9e.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anne-Lise Jamier<\/h6>\n<hr \/>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019hypocrisie est un vice \u00e0 la mode et tous les vices \u00e0 la mode passent pour vertus.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en d\u00e9peignant la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vit, que Moli\u00e8re s\u2019attaque aux moeurs du XVIIe si\u00e8cle. <em>Dom Juan<\/em> ou<em> Le Festin de pierre <\/em>se joue actuellement au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, sous la direction de Jean-Fran\u00e7ois Sivadier dans une repr\u00e9sentation tr\u00e8s contemporaine mais qui reste n\u00e9anmoins fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit d\u2019antan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seigneur sans scrupules,<em> Dom Juan <\/em>est un homme dont la frivolit\u00e9 amoureuse le m\u00e8nera \u00e0 des situations cocasses dont les spectateurs suivront avec humour les affronts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Fran\u00e7ois Sivadier nous offre une mise en sc\u00e8ne riche par la simplicit\u00e9 qu\u2019elle renvoie. Prise au pi\u00e8ge d\u2019un texte d\u00e9j\u00e0 lu, d\u2019un jeu d\u00e9j\u00e0 connu, et d\u2019une histoire banalis\u00e9e me dis-je, que <em>nenni<\/em>, je red\u00e9couvre <em>Dom Juan<\/em> ce soir : me voil\u00e0 conquise\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor astral fait de sph\u00e8res, de plan\u00e8tes et de lumi\u00e8re nous am\u00e8ne dans un non-lieu. En ne pouvant saisir o\u00f9 nous sommes spatialement et temporellement, notre subconscient se raccroche seulement \u00e0 ce qu\u2019on a sous les yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lumi\u00e8re qui elle se joue de nous \u00e0 coup de fuite et d\u2019artifices, nous amenant d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la sc\u00e8ne, nous d\u00e9voile tout sans omission, et c\u2019est en cela que r\u00e9side le sublime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019utilisation d\u2019objets multim\u00e9dias \u00e9taient un risque de moderniser la pi\u00e8ce, p\u00e9jorativement j\u2019entends, ne r\u00e9ussissent pas cependant \u00e0 prendre le dessus sur les com\u00e9diens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eux, qui ont ces personnages qui leurs colles \u00e0 la peau\u00a0! On peut se demander si Jean-Fran\u00e7ois Sivadier n\u2019aurait pas put pousser la sc\u00e9nographie encore plus loin en laissant de c\u00f4t\u00e9 les costumes aux signes distinctifs pour de simples tissus aux teintes neutres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, c\u2019est bien le jeu des com\u00e9diens qui domine sur le cadre g\u00e9n\u00e9ral, les d\u00e9guisements et autres subterfuges. Les voix et les gestes animent l\u2019espace et font \u00e9chos aux installations\u00a0: l\u2019occupation de la sc\u00e8ne est totale. La parole est th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e, accentu\u00e9e, gonfl\u00e9e, morcel\u00e9e, dict\u00e9e, \u00e9corch\u00e9e, d\u00e9doubl\u00e9e, disloqu\u00e9e. Elle nous emporte d\u2019\u00e9motions, et nous r\u00e9v\u00e8le le texte \u00e0 la critique limpide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Intemporelle, voil\u00e0 comment il faudrait d\u00e9crire cette oeuvre. Si le but de la repr\u00e9sentation \u00e9tait de divertir, il n\u2019en \u00e9tait pas moins de d\u00e9voiler \u00ab\u00a0croire ou ne pas croire en la religion\u00a0?\u00a0\u00bb. Le spectateur est pris \u00e0 partie et s\u2019interroge\u00a0: puis-je rigoler de la situation\u00a0? Comprendre sa pens\u00e9e fais t\u2019il de moi un complice de ses frasques\u00a0? A travers <em>Dom Juan<\/em>, on relit Moli\u00e8re, comique et critique, que fait revivre avec brio la troupe de Sivadier.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Emma Jouet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne Jean-Fran\u00e7ois Sivadier, apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 <em>Le Misanthrope <\/em>en 2013, se saisit \u00e0 nouveau d\u2019une des \u0153uvres de Moli\u00e8re avec cette fois, <em>Dom Juan<\/em> dans une mise en sc\u00e8ne audacieuse et survolt\u00e9e. Ce spectacle, cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre national de Bretagne \u00e0 Rennes, est actuellement en tourn\u00e9e dans toute la France. J\u2019ai eu l\u2019occasion de le voir au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on dans le 6<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement dans lequel il sera jou\u00e9 jusqu\u2019au 4 novembre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce <em>Dom Juan<\/em> de Moli\u00e8re, cr\u00e9\u00e9e en 1665, met en sc\u00e8ne, en cinq actes, les aventures de Dom Juan, s\u00e9ducteur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, n\u2019ayant que faire des bonnes m\u0153urs et de la morale religieuse dont il se moque ouvertement. Provocateur, il se plait \u00e0 clamer haut et fort son amour pour le libertinage, son ath\u00e9isme, se confrontant ainsi \u00e0 son entourage proche qui r\u00e9clame de lui son retour sur le chemin de la moralit\u00e9, le mena\u00e7ant de l\u2019imminence des foudres divines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6 acteurs \u00e9taient pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne pour jouer pr\u00e8s d\u2019une vingtaine de r\u00f4le dans la pi\u00e8ce. Seuls Nicolas Bouchaud et Vincent Gu\u00e9don s\u2019en tiennent, respectivement, \u00e0 leur personnage de Dom Juan et Sganarelle qu\u2019ils interpr\u00e8tent avec maestria.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, pour sa toute premi\u00e8re apparition, Dom Juan, fid\u00e8le \u00e0 sa r\u00e9putation de s\u00e9ducteur, ne peut s\u2019emp\u00eacher de parader devant une jeune fille, assise dans les premiers rangs du public, lui offrant un bouquet de fleurs des plus garnis tout en sourire avant de vite lui retirer pour le, finalement, donner \u00e0 une autre future conqu\u00eate qu\u2019il vient d\u2019apercevoir quelques si\u00e8ges plus loin. Le jeu de Vincent Gu\u00e9don, interpr\u00e9tant Sganarelle, construit un valet mielleux et docile, tout en ayant, dans le dos de son ma\u00eetre, les mimiques et malices d\u2019un Scapin, avant de se r\u00e9fugier dans son cocon moral et protecteur, donnant encore plus d\u2019\u00e9paisseur au personnage. Les quatre autres acteurs, Marie Vialle, Stephen Butel, Lucie Valon et Marc Arnaud jouent avec brio les autres personnages, se les r\u00e9appropriant, leur donnant une certaine vitalit\u00e9 et originalit\u00e9 de par leur costume, leur jeu et leur intonation. Un rythme effr\u00e9n\u00e9 pour ces acteurs et actrices qui va de pair avec celui de la pi\u00e8ce, entrain\u00e9e par un d\u00e9cor qui ne cesse de changer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la mise en sc\u00e8ne de Sivadier joue beaucoup sur les d\u00e9cors, aussi explosifs que la personnalit\u00e9 de Dom Juan. Rien n\u2019est stable, rien ne reste, les planches volent, le tapis de sol est tir\u00e9 pour devenir un fond, des plan\u00e8tes et des \u00e9toiles bougent, \u00e9clairent, envoient des accessoires aux personnages. Tout bouillonne dans ce d\u00e9cor pour donner une certaine fr\u00e9n\u00e9sie \u00e0 la pi\u00e8ce, donnant l\u2019impression d\u2019une sorte de course, une course contre le temps, voire d\u2019une course (avant le jugement dernier de Dom Juan\u00a0?), la musique du film <em>La Mort aux trousses<\/em> d\u2019Alfred Hitchcock (que je vous recommande vivement, en passant) portant l\u2019ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que j\u2019ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 dans cette mise en sc\u00e8ne, c\u2019est l\u2019habilet\u00e9 avec laquelle Jean-Fran\u00e7ois Sivadier parvient \u00e0 int\u00e9grer des \u00e9l\u00e9ments anachroniques dans la pi\u00e8ce de <em>Dom Juan<\/em>. Ainsi, lors de la sc\u00e8ne IV de l\u2019acte IV, c\u2019est plong\u00e9 dans la lecture de <em>Philosophie dans le boudoir<\/em> du Marquis de Sade, publi\u00e9 en 1795, que Dom Juan re\u00e7oit son p\u00e8re, Dom Louis, venu le sermonner sur sa vie d\u00e9cadente et l\u2019enjoindre de se repentir et adopter une certaine moralit\u00e9. Par ailleurs, pas d\u2019entracte lors de la repr\u00e9sentation. Non, cela aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup trop consensuel pour Sivadier et son Dom Juan qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 nous offrir un moment musical durant lequel, Dom Juan, dans sa robe d\u2019int\u00e9rieur, se saisit d\u2019un micro de crooner, et entame avec sensualit\u00e9 le titre <em>Sexual Healing <\/em>du chanteur soul Marvin Gaye. Son valet, Sganarelle nous d\u00e9montre aussi ses talents musicaux en chantant crescendo <em>Les Passantes<\/em> de Georges Brassens offrant ainsi \u00e0 la fin de la sc\u00e8ne toute une m\u00e9lancolie qui ne peut que nous \u00e9mouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019impression qu\u2019il m\u2019est rest\u00e9e \u00e0 la fin de cette pi\u00e8ce fut la red\u00e9couverte. Une red\u00e9couverte des plus agr\u00e9ables m\u00eame, gr\u00e2ce \u00e0 cette sensation m\u00ealant une excitation et une curiosit\u00e9 insatiables comme on les ressent lors de la toute premi\u00e8re lecture d\u2019une pi\u00e8ce. Car bien que l\u2019\u0153uvre de ne m\u2019\u00e9tait pas inconnue, pour l\u2019avoir lue et \u00e9tudi\u00e9e au lyc\u00e9e, cette mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s contemporaine, novatrice et pleine d\u2019\u00e9nergie apporte un regard neuf sur l\u2019\u0153uvre, la revisite et nous donne envie de nous replonger dans le texte original.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Astrid Marabet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La com\u00e9die <em>Dom Juan<\/em>, mise en sc\u00e8ne par Jean-Fran\u00e7ois Sivadier et repr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on le 18 octobre 2016, s&rsquo;appuie sur la com\u00e9die \u00e9ponyme de Moli\u00e8re qui donne des repr\u00e9sentations triomphales en 1665 au Palais-Royal \u00e0 Paris. Alors que les paroles sont tr\u00e8s fid\u00e8les au texte original, les effets, d\u00e9cors et techniques modernes utilis\u00e9s au cours du spectacle attirent un public majoritairement jeune, ce qui illustre l&rsquo;actualit\u00e9 du sujet humoristique et fait r\u00e9fl\u00e9chir sur les effets d&rsquo;un comportement ind\u00e9licat comme celui de Dom Juan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dom Juan (Nicolas Bouchaud) est un v\u00e9ritable coureur des jupons : apr\u00e8s \u00e0 peine deux mois de mariage avec Elvire (Marie Vialle), il s&rsquo;enfuit du foyer domestique et est sur le point de rompre \u00e0 nouveau un de ses nombreux v<em>\u0153ux <\/em>matrimoniaux, comme le spectateur apprend de l&rsquo;entretien entre Sganarelle, son valet (Vincent Gu\u00e9don) et Gusman (Marc Arnaud), l&rsquo;\u00e9cuyer d&rsquo;Elvire. Son infid\u00e9lit\u00e9 entra\u00eene Elvire, furieuse, \u00e0 suivre son mari et \u00e0 demander une explication pour son comportement, qu&rsquo;elle ne re\u00e7oit pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9ritable obsession de Dom Juan pour chaque cr\u00e9ature f\u00e9minine, raison sous-jacente pour rompre les liens qui le nouent \u00e0 Elvire, se manifeste dans le deuxi\u00e8me acte, o\u00f9 ses promesses en mariage de deux paysannes, Charlotte (Lucie Valon) et Mathurine (Marie Vialle), cause un quiproquo humoristique et montrent les difficult\u00e9s qu&rsquo;entra\u00eene sa vie hypocrite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oblig\u00e9 de fuir ses pers\u00e9cuteurs oppos\u00e9s \u00e0 son style de vie, Dom Juan et Sganarelle se cachent dans la for\u00eat, o\u00f9 le premier, sans le savoir, sauve la vie de Dom Carlos (Marc Arnaud), le fr\u00e8re d&rsquo;Elvire; hasard qui s\u2019av\u00e9rera de lui permettre d&rsquo;\u00e9chapper les vengeances de l&rsquo;autre fr\u00e8re, Dom Alonse (Stephen Butel). Une excursion spontan\u00e9e dans le mausol\u00e9e du Commandeur, jadis tu\u00e9 des mains de Dom Juan, constitue la premi\u00e8re rencontre avec une statue parlante qui scellera son destin comme p\u00e9cheur contre le Ciel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa loquacit\u00e9 et rouerie qu&rsquo;il d\u00e9montre lors d&rsquo;une visite d&rsquo;un marchand (Stephen Butel) accumule ses transgressions, et bien que la rencontre avec son p\u00e8re Dom Louis (Marc Arnaud) dans l&rsquo;Acte IV semble d&rsquo;abord peine perdue, Dom Juan, dans l&rsquo;Acte V, se montre converti, juste pour contredire cette impression simul\u00e9e. Finalement, son train de vie est puni du Ciel ; la statue parlante emm\u00e8ne le p\u00e9cheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans diff\u00e9rents aspects de la sc\u00e9nographie, la repr\u00e9sentation met l&rsquo;accent sur l&rsquo;actualit\u00e9 du sujet. Cette impression se manifeste d&rsquo;abord dans le choix de costumes contemporains &#8211; les fr\u00e8res d&rsquo;Elvire portent des pantalons moulants en cuir rouge, symbole de leur fureur ; Charlotte et Mathurine, les deux rivales pour Dom Juan, sont unies au niveau de la couleur verte de leurs jupes l\u00e9g\u00e8res, expression de leur (vain) espoir. Seul le protagoniste, avec sa chemise noire et son manteau violet sombre se fond dans le d\u00e9cor ; d&rsquo;un point de vue ext\u00e9rieur, rien n&rsquo;indique sa culpabilit\u00e9. Lors de son ave<em>u<\/em> envers son p\u00e8re d&rsquo;avoir chang\u00e9 de mode de vie, il est m\u00eame tout nu sur la sc\u00e8ne et arros\u00e9 d&rsquo;eau pour symboliser un nouveau bapt\u00eame, chance qu&rsquo;il ne saisit pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que Dom Juan n&rsquo;arrive pas \u00e0 changer de vie, l&rsquo;espace dans <em>Dom Juan<\/em>, comme les amours changeantes, se trouve constamment en transformation, ce qui attire l&rsquo;attention du spectateur. Des voiles sont d\u00e9voil\u00e9s pour \u00eatre de nouveau r\u00e9tablis ; une sc\u00e8ne amovible (visualisant le naufrage que Dom Juan subit lors de la poursuite de son plan de s\u00e9duire une fianc\u00e9e) est, au cours du spectacle, progressivement d\u00e9truite et d\u00e9mont\u00e9e. L&rsquo;usage de jeux de lumi\u00e8re qui accompagnent la transformation de sc\u00e8nes, le d\u00e9cor de la sc\u00e8ne avec, semble-t-il, des boules \u00e0 miroirs repr\u00e9sentant des corps c\u00e9lestes, pointant au Ciel que Dom Juan insulte r\u00e9p\u00e9titivement, donnent l&rsquo;impression d&rsquo;un spectacle \u00e9blouissant et plein de dynamique. Cet effet est renforc\u00e9 par une plaque \u00e9nigmatique qui, dans des intervalles irr\u00e9guliers, d\u00e9compte jusqu&rsquo;\u00e0 z\u00e9ro. Ce n&rsquo;est que dans les derni\u00e8res sc\u00e8nes, o\u00f9 le mot \u201cCiel\u201d est prononc\u00e9 r\u00e9p\u00e9titivement, que le spectateur se rend compte que la plaque compte les usages du mot, ce qui visualise l&rsquo;insolence de Dom Juan envers le Ciel auquel il ne croit pas, comme il affirme lors de l&rsquo;entretien avec Sganarelle dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne du Acte III. Cette \u00e9nigme occupant le spectateur jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, ainsi que le fait que les acteurs traversent l&rsquo;espace des spectateurs et commencent m\u00eame des entretiens avec eux (ainsi Dom Juan \u00e0 sa premi\u00e8re entr\u00e9e en sc\u00e8ne, quand il demande aux filles assises au premier rang leurs noms pour illustrer sa qu\u00eate continuelle pour les jolies filles), noue un lien \u00e9troit entre la repr\u00e9sentation et le spectateur. L&rsquo;actualit\u00e9 de la th\u00e9matique de <em>Dom Juan<\/em>, la repr\u00e9sentation humoristique et les effets impressionnants font donc du spectacle une exp\u00e9rience qui alimente des discussions sur la signification de d\u00e9tails ainsi que de l&rsquo;aspect psychologique des personnages, dont l&rsquo;humour est un moyen d&rsquo;exprimer l&rsquo;injustice et rendre palpable le heurt de valeurs oppos\u00e9es.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Andrea Possmayer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Croyant venir assister \u00e0 une simple repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale, le spectateur install\u00e9 en ce 18 octobre 2016 sur son si\u00e8ge au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, se retrouve dans une position semblable \u00e0 celle du courtisan qui, en ce 15 f\u00e9vrier 1865, pensait se distraire au moyen du <em>Dom Juan <\/em>de monsieur Moli\u00e8re. Le parfum sulfureux de cette figure volage saisit ceux qui croyaient pourtant le conna\u00eetre et les entra\u00eene dans une intrigue o\u00f9 la simple \u00e9vocation du ciel semble plonger une sc\u00e8ne, pourtant largement d\u00e9structur\u00e9e, dans le chaos. Jean-Fran\u00e7ois Sivadier reprend ici l\u2019\u0153uvre qu\u2019il s\u2019est efforc\u00e9 de mener \u00e0 son terme vingt ans plus t\u00f4t \u00e0 la suite de Didier-Georges Gabily. Ce qui aurait pu \u00eatre un tableau vivant se fait v\u00e9ritable machine \u00e0 l\u2019aspect \u00e9blouissant et au vacarme r\u00e9current, broyant inutilement les d\u00e9combres d\u2019un quatri\u00e8me mur inexistant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00eatant ses traits \u00e0 la figure mythique de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9pouseur \u00e0 toutes main\u00a0\u00bb, Nicolas Bouchaud donne vie \u00e0 un Don Juan gla\u00e7ant, se jouant des temporalit\u00e9s comme des m\u0153urs de ses\u00a0 contemporains. Brun serti d\u2019une m\u00e8che blanche au centre du cr\u00e2ne, il est le s\u00e9ducteur exp\u00e9riment\u00e9 que les \u00e2ges ne peuvent enti\u00e8rement ravager. Au T-shirt qu\u2019il porte succ\u00e8de la veste ouvrag\u00e9 puis le peignoir et enfin la chemise\u00a0; faisant fi des canons vestimentaires sp\u00e9cifiques \u00e0 une classe sociale ou une \u00e9poque, Dom Juan offre des fleurs aux spectatrices de 2016 tout comme il offre sa main aux femmes de l\u2019univers moli\u00e9resque. Etait-il n\u00e9anmoins n\u00e9cessaire d\u2019en faire un lecteur de Sade pr\u00eat \u00e0 s\u2019exposer nu dans un sursaut hypocrite, lui qui ne se laisse pourtant jamais d\u00e9couvrir et qui \u00e9carte toute pens\u00e9e englobante\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Si le fils de Don Louis resplendit au sein d\u2019un d\u00e9cor symbolique foisonnant et bruyant, il est dommage\u00a0 que ce cadre tende parfois \u00e0 l\u2019exc\u00e8s. La musique marque l\u2019entr\u00e9e de nombre de personnages, qu\u2019il s\u2019agisse de celle du ch\u0153ur gr\u00e9gorien pour Elvire ou\u00a0 de celle du film d\u2019action pour Don Calos. Chacun poss\u00e8de son propre timbre, du ton commercial de monsieur Dimanche aux accents aigus de Sganarelle. Mais le rap entonn\u00e9 par Pierrot sonne comme une mascarade cachant un jeu simplet dont on peine \u00e0 saisir le sens. Si le chant de Marvin Gaye, \u00ab\u00a0Sexual Healing\u00a0\u00bb, est assez sens\u00e9 dans la bouche de Dom Juan, on peine \u00e0 saisir le motif poussant Sganarelle, \u00e0 chanter \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un amant nostalgique \u00ab\u00a0Les passantes\u00a0\u00bb de Georges Brassens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Inclus dans une intrigue dont il se croyait seulement le voyeur, le spectateur se d\u00e9couvre partie prenante de l\u2019intrigue. La reprise fr\u00e9quente de noms de spectatrices invite le public \u00e0 ne pas rester passif, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un spectacle forain construit au gr\u00e9 de son auditoire. La sc\u00e8ne elle-m\u00eame semble abolie lorsque Dom Juan en descend pour cheminer au travers du public jusqu\u2019au tombeau du Commandeur. Cette \u00ab\u00a0sono\u00a0\u00bb qui jalonne la sc\u00e8ne et dont Charlotte constate la d\u00e9faillance, s\u2019expose aux yeux de tous, \u00e9bauchant un univers en manque de rep\u00e8res o\u00f9 seul semble survivre celui qui refuse la moindre limite. Emport\u00e9 sans un cri vers les cintres, Dom Juan dispara\u00eet en nous prenant \u00e0 t\u00e9moin, clamant son ind\u00e9pendance d\u2019esprit par son cynisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Imminente pi\u00e8ce \u00e0 machine, l\u2019interpr\u00e9tation surprenante de v\u00e9rit\u00e9 que nous livre Silvadier p\u00eache n\u00e9anmoins par un d\u00e9cor surcharg\u00e9 en astres et machines dont il n\u2019est paradoxalement pas fait grand usage. Le jeu des acteurs permet n\u00e9anmoins d\u2019entendre autrement un mythe qu\u2019une mise en sc\u00e8ne par trop brechtienne peut desservir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Th\u00e9r\u00e8se Rey<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Brigitte Enguerrand<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus Le spectacle du mardi 18 octobre 2016 est Dom Juan, une pi\u00e8ce de Moli\u00e8re datant de 1665. La pi\u00e8ce est mise en sc\u00e8ne par Fran\u00e7ois Sivadier, avec Marc Arnaud, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Vincent Gu\u00e9don, Lucie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":815,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,16,4],"tags":[],"class_list":["post-814","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-theatre-de-lodeon","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/814","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=814"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/814\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/815"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=814"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=814"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=814"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}