{"id":826,"date":"2016-10-26T20:00:23","date_gmt":"2016-10-26T19:00:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=826"},"modified":"2016-10-26T20:00:23","modified_gmt":"2016-10-26T19:00:23","slug":"le-bac-68","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=826","title":{"rendered":"Le bac 68"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Ath\u00e9n\u00e9e Th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet | <a href=\"http:\/\/www.athenee-theatre.com\/saison\/spectacle\/le_bac_68.htm\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce pr\u00e9sente les personnages de Ferdinand, jeune de dix-sept ans, et de Claudine, sa m\u00e8re, en 1968. Adaptation de <em>La Danse du Diable <\/em>(1981), les personnages sont d\u00e9j\u00e0 bien connus du public\u00a0: un fils qui vogue sur la libert\u00e9 accord\u00e9e par mai 68 en exprimant ses r\u00eaves de com\u00e9die et une m\u00e8re qui tente d\u2019emp\u00eacher son fils de devenir com\u00e9dien en le for\u00e7ant \u00e0 passer le bac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor se r\u00e9sume \u00e0 une chaise en bois, investie chacun leur tour par Claudine, Ferdinand, le professeur d\u2019histoire-g\u00e9ographie, l\u2019examinateur du bac\u2026 conf\u00e9rant une id\u00e9e d\u2019intimit\u00e9 entre les personnages et le public. Philippe Caub\u00e8re apparait sans artifice, jouant \u00e0 la fois la m\u00e8re qui s\u2019adresse \u00e0 un fils invisible puis le fils lui-m\u00eame et finalement ses professeurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but, Philippe Caub\u00e8re, affubl\u00e9 d\u2019un ch\u00e2le \u00e0 carreaux rouge joue \u00e0 merveille la m\u00e8re d\u00e9pass\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements de 68, rappelant \u00e0 son fils les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par ses grands-parents lors des deux Grandes Guerres. Claudine saute du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne, tous y passent\u00a0: De Gaulle puis Ariane Mnouchkine (ou \u00ab\u00a0Mnouchkinie\u00a0\u00bb selon Claudine), Johnny Halliday, les ouvriers de la CGT, les communistes, la voisine, la s\u0153ur de Ferdinand, et autres r\u00e9f\u00e9rences moins accessibles \u00e0 la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui. Au fur et \u00e0 mesure, Claudine se lib\u00e8re, jure, fait des bras d\u2019honneur, parle de drogue, de sexe, d\u2019alcool, rit de son fils et de son \u00ab\u00a0poignet droit disproportionn\u00e9\u00a0\u00e0 force de se masturber\u00a0\u00bb et de sa petite taille. Elle prend le public \u00e0 partie, parfois lourdement, leur pose des questions, joue avec eux. Le quatri\u00e8me mur tombe avec une grande facilit\u00e9, le public s\u2019enthousiasme et r\u00e9pond aux questions, Philippe Caub\u00e8re a parfois du mal \u00e0 contenir son sourire. Et le fils, pourtant non-repr\u00e9sent\u00e9, apparait sous nos yeux, avec ses longs cheveux sales et ses v\u00eatements d\u00e9pareill\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rythme s\u2019acc\u00e9l\u00e8re au milieu de la pi\u00e8ce, apr\u00e8s avoir discut\u00e9 plus de vingt-quatre heures avec son fils, la m\u00e8re, v\u00eatue d\u2019une longue jupe \u00e0 carreaux multicolore et de son fameux fichu, s\u2019occupe d\u2019assurer les arri\u00e8res de son fils. Tout s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, les rires fusent, Philippe Caub\u00e8re investit la sc\u00e8ne, se d\u00e9place sans cesse, comme s\u2019il voulait combler le grand plateau de sa pr\u00e9sence, mais peut-\u00eatre que ses d\u00e9ambulations n\u2019\u00e9taient pas toujours justifi\u00e9es, donnant un sentiment de trop. La m\u00e8re aussi suit le rythme, butant sur les mots, utilisant un mot \u00e0 la place d\u2019un autre, s\u2019\u00e9nervant sur ses erreurs. Puis vient l\u2019oral du bac, o\u00f9 Philippe Caub\u00e8re rev\u00eat le costume gris de Ferdinand, impressionn\u00e9 et mal-\u00e0-l\u2019aise devant un professeur s\u00e9v\u00e8re et droit sur sa chaise. L\u2019incarnation des personnages est totale et r\u00e9aliste, une vraie partie de ping-pong prend place sur sc\u00e8ne. Philippe Caub\u00e8re s\u2019amuse \u00e0 renvoyer la balle \u00e0 Ferdinand puis au professeur \u00e0 travers une joute verbale et intellectuelle. Il change de personnage comme de chemise, le spectateur n\u2019est jamais perdu\u00a0; l\u2019interpr\u00e9tation est claire et pr\u00e9cise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Philippe Caub\u00e8re prouve \u00e0 nouveau qu\u2019il est un grand com\u00e9dien, d\u00e9veloppant \u00e0 travers cette pi\u00e8ce dynamique, amusante et engag\u00e9e l\u2019id\u00e9e que les probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9 en 68 sont les m\u00eames qu\u2019aujourd\u2019hui\u00a0: violences polici\u00e8res, troubles politiques, crises financi\u00e8res\u2026 tout comme les issues familiales: peur des parents que leur enfant \u00e9choue, importance des \u00e9tudes, rejet du choix d\u2019une carri\u00e8re artistique\u2026<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9a Archimbaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Salle de spectacle parisienne, le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e-Louis-Jouvet est la plus juste illustration de l\u2019expression beaut\u00e9 architecturale. \u00c0 l\u2019italienne, les spectateurs sont assis face \u00e0 la sc\u00e8ne et c\u2019est ainsi que je prends timidement place dans la fosse orchestre de ce lieu magistral. Ce soir l\u00e0 j\u2019assiste \u00e0 une com\u00e9die fran\u00e7aise, <em>Le Bac 68<\/em>. \u00c0 la fois \u00e9crite, mise en sc\u00e8ne et jou\u00e9e par seul homme\u00a0: Philippe Caub\u00e8re. L\u2019auteur-acteur revient sur un certain mois de Mai 68, celui d\u2019une contestation politique et sociale de toute une jeunesse. Il y d\u00e9peint son destin singulier, celui de l\u2019adolescent qu\u2019il \u00e9tait parfois nomm\u00e9 par le pseudonyme de Ferdinand Faure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La simplicit\u00e9 est le ma\u00eetre-mot de cette pi\u00e8ce et ce n\u2019est pas plus mal\u00a0: Une chaise en bois pour seul \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor et quelques accessoires. Sans \u00eatre exhaustive, on peut le contempler brandir un grand drapeau rouge, porter une jupe \u00e0 carreaux ou encore jouer avec un c\u00e2ble \u00e9lectrique\u2026 Le reste se laisser voir par le pouvoir de l\u2019imagination, entre imitations et descriptions. La simplicit\u00e9 caract\u00e9rise la mise en sc\u00e8ne, mais est loin de qualifier les nombreux personnages jou\u00e9s par un unique com\u00e9dien. Il incarne \u00e0 la fois sa m\u00e8re, ses s\u0153urs, son professeur d\u2019histoire et m\u00eame son examinateur du baccalaur\u00e9at, que l\u2019on a le plaisir de d\u00e9couvrir quand arrive la cl\u00e9 du spectacle\u00a0: Le jeunot passe l\u2019\u00e9preuve de g\u00e9ographie. Apr\u00e8s avoir secou\u00e9 de toutes les mani\u00e8res possibles une boite imaginaire, le sujet est tir\u00e9\u00a0: La Sib\u00e9rie. Un floril\u00e8ge de r\u00e9ponses insolites qui rivalisent avec les plus belles perles du Bac. En plus d\u2019\u00eatre impressionn\u00e9 par son \u00e9ventail de jeu, on est frapp\u00e9 par son \u00e9nergie. Sa gestuelle tr\u00e8s vivante est agr\u00e9ment\u00e9e de cabrioles au sol et de sauts dans l\u2019ensemble de l\u2019espace sc\u00e9nique. Deux heures, seul sur sc\u00e8ne, cela tient au final d\u2019une \u00e9preuve sportive longue et \u00e9prouvante. Parfois, j\u2019avais envie de lui sugg\u00e9rer une pause, en lui promettant qu\u2019on ne lui en voudra pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce temps, les rires s\u2019enchainent allons m\u00eame jusqu\u2019aux applaudissements, comme un accord collectif d\u2019une m\u00eame salle de la puissance comique de ses dires. Et c\u2019est avec joie que parfois nous sommes des personnages de son histoire ou encore des confidents de ses anecdotes. Certains d\u2019entre nous finissent m\u00eame par r\u00e9pondre aux interpellations, brisant d\u00e9finitivement le quatri\u00e8me mur th\u00e9\u00e2tral. Puis arrive ce moment unique qu\u2019est la r\u00e9v\u00e9rence finale. Le public se l\u00e8ve et des bravos\u00a0s\u2019entendent. Pour ma part, bien qu\u2019une contrainte r\u00e9side dans les allusions concernant les personnages et r\u00e9f\u00e9rences d\u2019une \u00e9poque, difficiles \u00e0 saisir en raison de mon jeune \u00e2ge, je ne peux qu\u2019applaudir tr\u00e8s fort.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Nadia Baccar<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le bac \u2013 en 68 et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous assistons au d\u00e9roulement du drame personnel de l\u2019adolescent Ferdinand Faure. Son envie de devenir com\u00e9dien se heurte \u00e0 la terreur de sa m\u00e8re et \u00e0 son id\u00e9e fixe de lui donner une instruction traditionnelle, \u00e0 son avis assurant la vie stable dans la classe moyenne. Mais son bac est au bord de l\u2019\u00e9chec. La situation parait tragique, pourtant le spectacle n\u2019est pas du tout sombre. En effet, Philippe Caub\u00e8re, auteur et seul com\u00e9dien du spectacle <em>Le bac 68<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 cet automne au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e Louis Jouvet, fait rire le public d\u00e8s les premiers instants jusqu\u2019au d\u00e9nouement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous faisons d\u2019abord la connaissance avec Claudine, la m\u00e8re du personnage principal, une femme bourgeoise et ordinaire, qui fait partie de la \u00ab\u00a0cohorte des fran\u00e7ais moyens\u00a0\u00bb. Hyst\u00e9rique et survolt\u00e9e, elle parle un langage extr\u00eamement familier et vulgaire. Son ch\u00e2le \u00e9cossais sur les \u00e9paules, une jupe \u00e0 carreaux de toutes les couleurs et un b\u00e9ret ridicule \u00e0 pompon rouge sont aper\u00e7us comme clich\u00e9s vestimentaires, m\u00e9lang\u00e9s au mauvais go\u00fbt. De plus, elle v\u00e9hicule des opinions de son \u00e9poque et de sa classe sociale et donne \u00e0 travers son regard fix\u00e9 un \u00ab\u00a0registre\u00a0\u00bb des m\u00e9tiers\u00a0: les pr\u00eatres, les fonctionnaires, les coiffeurs en font partie. C\u2019est le sort de devenir coiffeur qu\u2019elle envisage \u00e0 son fils au cas o\u00f9 il ne passe pas son bac. On devient coiffeur quand on n\u2019a pas d\u2019autres cordes \u00e0 son arc, selon Claudine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Caricaturale et parodique, elle a n\u00e9anmoins une autorit\u00e9 qui ne permet pas \u00e0 son fils de lui r\u00e9pondre. Le seul acteur incarne tous les personnages, mais les deux premi\u00e8res sc\u00e8nes nous n\u2019entendons et ne voyons que la m\u00e8re, \u00e0 une rare exeption: Ferdinand n\u2019ouvre la bouche pour la premi\u00e8re fois qu\u2019\u00e0 la fin de la premi\u00e8re sc\u00e8ne. La derni\u00e8re, troisi\u00e8me sc\u00e8ne est son \u00ab\u00a0heure de gloire\u00a0\u00bb &#8211; c\u2019est l\u2019examen oral de baccalaur\u00e9at. Mais Ferdinand n\u2019a rien \u00e0 dire. Ridicule et pitoyable, surpris de ne pas avoir retrouv\u00e9 l\u2019examinateur avec lequel sa m\u00e8re avait arrang\u00e9 l\u2019affaire, il se retrouve \u00e0 se communiquer avec elle \u00e0 travers la fen\u00eatre. L\u2019interpr\u00eate continue \u00e0 exploiter des gestes et des mimiques illustratifs et outr\u00e9s et accentue la bouffonnerie. En pleine confusion, son personnage dit des absurdit\u00e9s, se met \u00e0 fumer devant\u00a0 le professeur et finit par le supplier de lui donner son bac, car autrement il ne pourrait pas devenir com\u00e9dien. Malheureux est l\u2019\u00e9tudiant qui ne connait rien du programme d\u2019\u00e9tudes et malheureux est le professeur qui d\u00e9couvre le r\u00e9sultat angoissant de son travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le bac, cette esp\u00e8ce d\u2019abc\u00e8s de fixation de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise tout enti\u00e8re, ce but absurde que les parents donnent \u00e0 leurs enfants \u00e0 travers cette injonction fatale, comme si leur vie enti\u00e8re en d\u00e9pendait, leur bonheur\u00a0: passe ton bac\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0 &#8211;\u00a0 exprime Philippe Caub\u00e8re dans le communiqu\u00e9 de presse pour ce spectacle. \u00ab\u00a0&#8230; et apr\u00e8s c\u2019est termin\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb &#8211; ajoute son h\u00e9ro\u00efne Claudine, tandis que \u00e0 dix-huit ans un homme est encore au d\u00e9but et a la vie \u00e0 d\u00e9couvrir. Ainsi, en rappelant que le spectacle nous emporte en 1968, il se transforme en un moment r\u00e9volutionnaire. Pourtant, ce tableau passionnant arrive de mani\u00e8re inattendue\u00a0 apr\u00e8s presque deux heures de rire: l\u2019acteur agitant le drapeau rouge et renversant la chaise, sur un fond musical magn\u00e9tique qui reprend le rythme du slogan scand\u00e9 juste avant\u00a0\u00ab\u00a0Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but, continuons le combat\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mariia Buloshnikova<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bac 68 est une pi\u00e8ce \u00e9crite par Philippe Caub\u00e8re jou\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e. Seul sur sc\u00e8ne, Philippe Caub\u00e8re nous enchante et rend vie \u00e0 ses souvenirs et r\u00eaves, comme Shakespeare et Hamlet dans l\u2019essence m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre: (re)donner de la vie l\u00e0 o\u00f9 tout meurt. Texte \u00e9crit apr\u00e8s une improvisation devant Pierre Tailhade et Cl\u00e9mence Massart, la pr\u00e9cision, rigueur et libert\u00e9 du spectacle frappent \u00e0 nos yeux. C\u2019est une v\u00e9ritable cr\u00e9ation personnelle et qui \u00e0 la fois cherche \u00e0 analyser et \u00e0 parler \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Malgr\u00e9 le fait qu\u2019on dise que mai 68 fait partie du pass\u00e9, Philippe Caub\u00e8re montre \u00e0 quel point l\u2019histoire persiste et combien il n\u2019est pas anachronique de se souvenir. De fait, en endossant plusieurs personnages (Claudine, Ferdinand, le professeur du Bac), le com\u00e9dien met en sc\u00e8ne les enjeux autour de l\u2019examen fatidique qu\u2019est le bac. Avec cette pi\u00e8ce il remet en cause la sacralisation et les enjeux qui se cr\u00e9ent autour du bac, en rappelant pr\u00e9cis\u00e9ment comment le bac se passait en 68. A la fois dr\u00f4le et magique, Le bac 68 nous plonge dans le souvenir qui nous rappelle le pr\u00e9sent.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mise en sc\u00e8ne<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant 1h50 de rire, de r\u00e9flexion et de d\u00e9tente, l\u2019acteur suit le fil de son improvisation \u00e9crite. L\u2019originalit\u00e9 chronologique ne r\u00e9side pas tant dans la mise en sc\u00e8ne mais plut\u00f4t dans le discours, qui lui traverse les \u00e2ges. Dans sa progression logique, Claudine, la m\u00e8re, essaye de faire comprendre \u00e0 son fils Ferdinand l\u2019importance du bac, tout en corrompant l\u2019un des professeurs. L\u2019intrigue est travers\u00e9e par des discours bien diff\u00e9rents, qui font de la sc\u00e8ne une mise en abyme th\u00e9\u00e2trale (en revenant sur un temps r\u00e9el notamment lorsque l\u2019acteur se demande ce qu\u2019il fait en train d\u2019imiter sa m\u00e8re) et une cristallisation du temps (en m\u00e9langeant le pass\u00e9 du souvenir, le pr\u00e9sent du bac 68 et une forme de futur de la sc\u00e8ne qui serait notre temps \u00e0 nous, notamment par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Nuit Debout en parlant du fait qu\u2019en 1968 ils se sont \u00ab\u00a0lev\u00e9s\u00a0\u00bb). C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre endosse un r\u00f4le important, c\u2019est un v\u00e9ritable jeu avec le temps qui permet de captiver \u00e0 la fois ceux qui comprennent cette p\u00e9riode (c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui ont v\u00e9cu 68), mais aussi les jeunes, tel que nous spectateurs du XXIe si\u00e8cle, car il a adapt\u00e9 68 \u00e0 2016.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sc\u00e9nographie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est d\u00e9pouill\u00e9e de tout objet, sauf une chaise qui sert comme plaque tournante et rep\u00e8re central de la sc\u00e8ne. De fait, l\u2019acteur tourne toujours autour de cet objet qui est pratiquement son seul compagnon de route, car s\u2019adressant \u00e0 des personnages inexistants, l\u2019acteur s\u2019appuie sur cet objet qui rend \u00e0 la sc\u00e8ne une part de r\u00e9alit\u00e9. De plus, les costumes et le jeu de la m\u00e8re donnent place \u00e0 la fois \u00e0 une simplicit\u00e9 mais aussi \u00e0 une extravagance bourgeoise. Lorsque Caub\u00e8re se d\u00e9guise pour aller voir le professeur de Ferdinand, on sent l\u2019exag\u00e9ration et une touche critique des d\u00e9guisements sociaux que l\u2019on peut parfois prendre et l\u2019importance qu\u2019on peut accorder au baccalaur\u00e9at. L\u2019absence des autres personnages vient justement cr\u00e9er le c\u00f4t\u00e9 fantasmatique d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui se cr\u00e9e des contraintes et des probl\u00e8mes face \u00e0 des choses qui n\u2019ont parfois pas lieu d\u2019\u00eatre. Par ailleurs, le jeu d\u2019acteur de Philippe Caub\u00e8re est remarquable, car jouer seul est tr\u00e8s difficile. De fait, sur sc\u00e8ne, c\u2019est l\u2019adresse qui parfois peut \u00eatre compliqu\u00e9e. Tout en jonglant entre les diff\u00e9rents personnages et le spectateur lui-m\u00eame qui devient t\u00e9moin et complice, l\u2019acteur nous fait vivre le kairos grec.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dramaturgie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">En donnant vit aux fantasmes, il donne voix aux souvenirs, il nous rend t\u00e9moins de la cristallisation du temps. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on voit l\u2019importance de la voix th\u00e9\u00e2trale qui fait sens et qui donne sens aussi au monde qui nous entoure, qui essaye \u00e0 la fois de divertir le spectateur, et dans une d\u00e9marche tr\u00e8s brechtienne, de le rendre acteur lui-m\u00eame, complice, actif dans le monde r\u00e9el. La proposition artistique de l\u2019absence d\u2019autres acteurs nous invite d\u2019ailleurs \u00e0 les cr\u00e9er en nous et en ce sens cela d\u00e9veloppe l\u2019imagination et l\u2019imaginaire des spectateurs.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Enjeux<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation semble vouloir divertir, \u00e9mouvoir et sensibiliser le spectateur. A la fois raconter un pass\u00e9 connu pour les plus \u00e2g\u00e9s et un pr\u00e9sent en \u00e9cho flagrant pour les plus jeunes. Pas de trois fois au th\u00e9\u00e2tre, il fut invit\u00e9 4 fois \u00e0 se repr\u00e9senter sous les applaudissements des spectateurs \u00e0 la fois touch\u00e9s par cette pi\u00e8ce qui d\u00e9tend et transporte dans les souvenirs et qui nous fait aussi r\u00e9aliser que l\u2019on s\u2019endort en sachant un peu plus sur la soci\u00e9t\u00e9 qui nous a fait et en \u00e9tant peut-\u00eatre un peu plus attentifs aux logiques sociales qui nous entourent.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sol\u00e8ne Cr\u00e9pin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e ce 26 Octobre, Philippe Caub\u00e8re s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9, seul au plateau, portant un texte qu&rsquo;il a \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne, \u00ab\u00a0Le Bac 68\u00a0\u00bb. Cette \u00a0\u00bbcom\u00e9die fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, comme il la d\u00e9signe, est un monologue qui donne la vie \u00e0 de nombreux personnages de la vie de l&rsquo;auteur, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de sa m\u00e8re, de son professeur, et de lui-m\u00eame \u00e9tant jeune, entre autres. L&rsquo;acteur s&rsquo;amuse en effet \u00e0 interpr\u00e9ter les personnages de sa jeunesse, ou du moins ce qu&rsquo;il en a choisi, \u00e0 savoir le fameux passage du baccalaur\u00e9at, dans le contexte qui fut celui de sa vie, les r\u00e9voltes de mai 68.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&rsquo;attendais, sachant que ce texte fut jou\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 il y a de nombreuses ann\u00e9es, \u00e0 me trouver confront\u00e9e \u00e0 une sorte de panorama socio-politique de cette p\u00e9riode historique, et j&rsquo;ai d\u00e9couvert sur le plateau une histoire tout \u00e0 fait contemporaine, et m\u00eame criante d&rsquo;actualit\u00e9 dans notre \u00e9poque de d\u00e9sarroi social et de joyeuses et \/ ou violentes retrouvailles sur la place de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la sc\u00e9nographie, Caub\u00e8re la joue sobre. Une chaise, une corde et un drapeau rouge. C&rsquo;est de son imagination et par son corps que l&rsquo;acteur fait \u00e9voluer le d\u00e9cor, de la maison de petit-bourgeois parisien \u00e0 la salle d&rsquo;examen du bac. Et l&rsquo;acteur y excelle, faisant na\u00eetre dans les esprits des images po\u00e9tiques et burlesques. On est agac\u00e9 et attendri par Claudine, la m\u00e8re, le personnage principal, notoirement burlesque et repr\u00e9sentatif de la \u00ab\u00a0bourgeoise-qui-lit-le-Figaro\u00a0\u00bb. Son d\u00e9bit particuli\u00e8rement v\u00e9loce et ses \u00ab\u00a0paraphasies\u00a0\u00bb, comme elle le r\u00e9p\u00e8te, la rendent po\u00e9tique malgr\u00e9 elle, et l&rsquo;auteur en profite pour jouer avec le langage. Les allit\u00e9rations foisonnent, toujours avec une grande finesse de sens, et son amour des mots nous offre des moments gracieux et dr\u00f4les, notamment dans le passage o\u00f9 Claudine parle des ouvri\u00e8res. Elle cherche ses mots et \u00e9num\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Les ouvri\u00e8res qui picolent&#8230; Non\u00a0!\u00a0 qui picorent\u00a0! \u2026 Non\u00a0! qui racolent\u00a0!\u00a0\u00bb. Mais ce phras\u00e9 qui d\u00e9bite \u00e0 toute allure, h\u00e9site et se reprend est parfois lourd\u00a0: Caub\u00e8re va tr\u00e8s vite, sans doute trop, et je me suis perdue quelque fois dans la surcharge d&rsquo;\u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se fait un peu mielleux avec son public d&rsquo;habitu\u00e9s, les \u00ab\u00a0intellos de gauche\u00a0\u00bb comme il dit, ce qui n&rsquo;est sans doute pas faux.\u00a0 Il oscille entre impertinence et flatterie envers les spectateurs, qui ont pour la plupart connaissance des r\u00e9f\u00e9rences intellectuelles, et qui adh\u00e8rent \u00e0 la satire du \u00a0\u00bbpetit-bourgeois-qui-lit-le-Figaro\u00a0\u00bb.\u00a0 On parle de quelque chose de tr\u00e8s actuel, et j&rsquo;ai pourtant eu la sensation d&rsquo;une vieille g\u00e9n\u00e9ration qui parle d&rsquo;une vieille r\u00e9volte en faisant un clin d\u2019\u0153il aux jeunes, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;un clin d\u2019\u0153il. On sait qu&rsquo; \u00ab ils se sont lev\u00e9s t\u00f4t pendant trois semaines\u00a0\u00bb, comme dit Claudine, ce qui n&rsquo;indique pas comment nous nous l\u00e8verions, nous, la g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, qui n&rsquo;est pas aussi unie que l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors quel est le message politique\u00a0? Parce que tout cela semble bien politique\u00a0: il y a une satire qui est faite d&rsquo;une partie de la population embourgeois\u00e9e, toujours la m\u00eame, celle \u00e0 laquelle la r\u00e9volution fran\u00e7aise a coup\u00e9 la t\u00eate, celle \u00e0 laquelle Mai 68 a fait un pied-de-nez, celle qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui encore la jeunesse, qu&rsquo;on a vu dans la rue chanter au printemps dernier, veut destituer. Il donne de l&rsquo;espoir sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des combats qu&rsquo;ont \u00e0 mener les \u00e9tudiants d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, mais de loin, en faisant la peinture d&rsquo;une autre r\u00e9volte, active et d\u00e9termin\u00e9e, qui ne ressemble pas \u00e0 la n\u00f4tre, h\u00e9sitante et cacophonique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mirabelle Kalfon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nuit tombe sur le th\u00e9\u00e2tre de L\u2019Ath\u00e9n\u00e9e ce soir du 26 Octobre. La grande salle nous accueille chaleureusement sous ses \u00e9l\u00e9gantes moulures dor\u00e9es et lumi\u00e8res finement \u00e9clair\u00e9es. Les yeux suspendus \u00e0 la beaut\u00e9 de ce lieu jusqu\u2019\u00e0 lors \u00e9tranger, mes oreilles se perdent \u00e0 leur tour \u00e0 travers les chuchotements d\u2019un public fid\u00e8le \u00e0 Philippe Caub\u00e8re. Le Bac 68 n\u2019a pas encore commenc\u00e9 que chacun ou presque, sait d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il n\u2019en sortira que sous le bruit de l\u2019ovation. Episode adapt\u00e9 de l\u2019Homme qui danse, et repr\u00e9sent\u00e9 en alternance avec La Danse du diable, Caub\u00e8re fait son retour tant attendu et personne ne s\u2019en lasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Cette com\u00e9die fran\u00e7aise est mise en sc\u00e8ne et jou\u00e9e par l\u2019acteur, fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 son jeu. Seul sur sc\u00e8ne depuis toujours, il est ce soir Ferdinand Faure son alter-\u00e9go, ch\u00e2le sur le dos Claudine Gauthier sa m\u00e8re mais \u00e9galement \u00a0son examinateur de bac d\u2019histoire-g\u00e9ographie. Fruit d\u2019une improvisation, ce spectacle familial confronte plusieurs g\u00e9n\u00e9rations ou plut\u00f4t celle d\u2019une p\u00e9riode troubl\u00e9e par les contestations et gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales, que Caub\u00e8re s\u2019implique \u00e0 reconstituer \u00e0 travers le r\u00e9cit de sa jeunesse. Il fait si bon respirer son air l\u00e9ger\u00a0; l\u2019homme s\u2019amuse avec son auditoire et nous offre sa vie avec une tendre ironie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 un public de tout \u00e2ge, il est int\u00e9ressant de voir comment l\u2019acteur parvient \u00e0 investir ses avatars en racontant aux plus jeunes comment se passait le bac pour nos parents ou grands-parents avec un envoutement remarquable. L\u2019interaction avec le spectateur, ce va et vient entre les variations du temps nous font les plus fid\u00e8les t\u00e9moins des bouleversements soci\u00e9taux de l\u2019\u00e9poque, jusqu\u2019\u00e0 devenir les camarades de classe du bachelier qu\u2019il \u00e9tait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est nue et pourtant l\u2019espace est combl\u00e9 d\u2019\u00e9nergie. Le com\u00e9dien-auteur-metteur en sc\u00e8ne \u00e0 lui seul, nous fait sentir toute la puissance sc\u00e9nique\u00a0: sa pr\u00e9sence, \u00e0 l\u2019abri de tout artifice. Tr\u00e8s admir\u00e9 pour son transformisme rigoureux depuis plus de trente-cinq ans, Philippe Caub\u00e8re nous surprend par la r\u00e9gularit\u00e9 de son jeu ou place est donn\u00e9e \u00e0 la parole th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e. Ce n\u2019est qu\u2019en suivant les \u00a0lignes de son regard, que s\u2019enchainement tr\u00e8s clairement les \u00e9v\u00e8nements. Dans une jubilation contagieuse, l\u2019acteur m\u00e8ne une v\u00e9ritable chor\u00e9graphie en passant par le souvenir glacial de la Sib\u00e9rie et sa paraphasie d\u00e9bordante. Loin d\u2019une banalit\u00e9 ennuyeuse, l\u2019acteur ose s\u2019amuser de sa paralysie ironique du savoir lors de l\u2019\u00e9preuve orale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les anecdotes de son adolescence sillonnent le spectacle et le rire ne fait que renforcer le degr\u00e9 de sinc\u00e9rit\u00e9 de l\u2019acteur. Le bac ne serait-il qu\u2019une carte de visite\u00a0? En tous cas ce n\u2019est pas l\u2019avis de Claudine, bourgeoise provinciale, \u00a0soucieuse quant \u00e0 l\u2019avenir de son fils entrain\u00e9 dans les mouvances r\u00e9volutionnaires. La question de l\u2019examen ou plut\u00f4t de cet \u00ab\u00a0orgasme des parents\u00a0\u00bb m\u00e8ne \u00e0 une r\u00e9flexion d\u2019une heure cinquante, ravivant l\u2019actualit\u00e9 du d\u00e9bat en ces temps de r\u00e9visionnisme g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but continuons le combat\u00a0\u00bb ce refrain s\u2019\u00e9tend du d\u00e9but jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re sc\u00e8ne ou Caub\u00e8re, agitant l\u2019objet r\u00e9volutionnaire insuffle dans la salle son plus bel hymne \u00e0 l\u2019espoir et \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elisaveta Loulelis<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Ath\u00e9n\u00e9e Louis-Jouvet<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Ath\u00e9n\u00e9e Th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet | En savoir plus La pi\u00e8ce pr\u00e9sente les personnages de Ferdinand, jeune de dix-sept ans, et de Claudine, sa m\u00e8re, en 1968. 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