{"id":8269,"date":"2017-01-17T20:00:41","date_gmt":"2017-01-17T19:00:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8269"},"modified":"2017-01-17T20:00:41","modified_gmt":"2017-01-17T19:00:41","slug":"polyeucte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8269","title":{"rendered":"Polyeucte"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | <a href=\"http:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/spectacle-polyeuctebrigittejaqueswajeman-926\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Polyeucte<\/em>, trag\u00e9die classique de 1641 du dramaturge fran\u00e7ais Pierre Corneille, n&rsquo;a rien perdu de son \u00e9clat ni de son actualit\u00e9. L&rsquo;histoire du h\u00e9ros \u00e9ponyme, en proie \u00e0 un dilemme (le fameux choix corn\u00e9lien), retrace ses tergiversations : l&rsquo;amour qu&rsquo;il porte \u00e0 son \u00e9pouse Pauline constitue une entrave \u00e0 l&rsquo;amour qu&rsquo;il voue \u00e0 Dieu. Car Polyeucte, seigneur d&rsquo;Arm\u00e9nie, vient de se convertir au christianisme sur les pressantes instances de N\u00e9arque, son ami ; mais sa femme Pauline est romaine et idol\u00e2tre les dieux du polyth\u00e9isme. L&rsquo;\u00e9pisode a lieu en 250 de notre \u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s les premiers instants, le spectateur sait d&rsquo;apr\u00e8s les d\u00e9cors monumentaux d&rsquo;Emmanuel Peduzzi (de simples blocs massifs se d\u00e9pla\u00e7ant au gr\u00e9 des lieux \u00e0 \u00e9voquer) comme d&rsquo;apr\u00e8s ses costumes d&rsquo;une extr\u00eame sobri\u00e9t\u00e9, que la pi\u00e8ce conservera une extraordinaire port\u00e9e contemporaine. Car c&rsquo;est bien la radicalit\u00e9 des personnages, leur id\u00e9ologie rigide et sans concession qui se voit refl\u00e9t\u00e9e ici dans l&rsquo;impitoyable verticalit\u00e9 de ses grands panneaux uniformes au lent \u00e9branlement. La mise en sc\u00e8ne de Brigitte Jaques-Wajeman nous en ferait oublier que l&rsquo;intrigue remonte \u00e0 plusieurs mill\u00e9naires, tant non seulement le contenu des r\u00e9pliques des personnages mais encore leur diction naturelle et sans l&rsquo;affectation d&rsquo;ordinaire attendue dans les pi\u00e8ces \u00e9crites en alexandrins, nous semblent adapt\u00e9s \u00e0 notre \u00e9poque de troubles religieux. Ainsi, l&rsquo;\u00e9vocation en filigrane de la colonisation de l&rsquo;Arm\u00e9nie par l&rsquo;arm\u00e9e romaine r\u00e9sonne \u00e9trangement \u00e0 l&rsquo;oreille, nous sugg\u00e9rant des \u00e9chos actuels bien p\u00e9nibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or le jeu des acteurs principaux, tout en profondeur et retenue, ach\u00e8ve de convaincre de l&rsquo;ad\u00e9quation des paroles avec notre \u00e9poque. La rivalit\u00e9 amoureuse entre Polyeucte et le chevalier romain S\u00e9v\u00e8re montre des accents d&rsquo;une vertu surann\u00e9e, tandis que l&rsquo;obsession du sacrifice qui taraude le premier et le m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;instant fatidique para\u00eet d&rsquo;une vraisemblance presque naturelle, une fois le cheminement psychologique du personnage suivi pendant toute la dur\u00e9e de la pi\u00e8ce. Mais cette monstration de la trame qui se joue dans le for int\u00e9rieur du nouveau chr\u00e9tien n&rsquo;en occulte pas pour autant une distance critique suscit\u00e9e chez le spectateur par la gradation de la violence dans ses propos et ses attaques contre la religion des pa\u00efens. C&rsquo;est bient\u00f4t l&rsquo;\u00e9change de cette col\u00e8re perceptible entre un N\u00e9arque d&rsquo;abord v\u00e9h\u00e9ment puis apais\u00e9 et un Polyeucte mod\u00e9r\u00e9 tomb\u00e9 dans les exc\u00e8s les plus imp\u00e9tueux qui persuade des dangers de toute id\u00e9e fixe.<br \/>\nLe go\u00fbt de l&rsquo;absolu se retrouve \u00e9galement dans le personnage f\u00e9minin de Pauline, qui ne se d\u00e9finit pas uniquement par son amour inconditionnel pour Polyeucte, mais surtout par un respect immuable du devoir qui lui incombe, refusant de c\u00e9der aux volont\u00e9s paternelles lorsque celles-ci s&rsquo;av\u00e8rent trahir ses principes de conscience, comme r\u00e9sistant aux avances de son ancien amant S\u00e9v\u00e8re, auquel elle a d\u00fb d&rsquo;ailleurs renoncer au nom de cette m\u00eame vertu dont elle se targue et se glorifie sans cesse. Sa servante Stratonice, plus en difficult\u00e9 dans le r\u00e9tablissement du texte corn\u00e9lien, affiche n\u00e9anmoins une fid\u00e9lit\u00e9 sans faille et touchante envers sa ma\u00eetresse. La figure la plus pernicieuse de la pi\u00e8ce, F\u00e9lix, p\u00e8re de Pauline qui ne cherche que son avancement personnel au sein de la province d&rsquo;Arm\u00e9nie et implique sa fille dans toutes ses manipulations, incarne en fait l&rsquo;opportunisme politique et la fa\u00e7on dont les r\u00e9gimes peuvent instrumentaliser la religion dans une perspective d&rsquo;accroissement du pouvoir et de soumission des peuples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9finitive, les contraintes attach\u00e9es \u00e0 la trag\u00e9die classique, notamment les r\u00e8gles formelles, des trois unit\u00e9s (temps, lieu, action), de biens\u00e9ance (aucune mort ni destruction n&rsquo;est montr\u00e9e sur sc\u00e8ne), n&#8217;emp\u00eachent en aucun cas l&rsquo;identification \u00e0 la vie r\u00e9elle, ne serait-ce que le rappel des d\u00e9molitions iconoclastes de sites imm\u00e9moriaux tels que Palmyre par les actes de vandalisme perp\u00e9tr\u00e9s par Polyeucte et N\u00e9arque sur les idoles des temples romains, qui sonnent comme une r\u00e9volte contre l&rsquo;envahisseur venu de l&rsquo;Occident. La gestuelle des acteurs n&rsquo;est ni hi\u00e9ratique ni hyperbolique comme parfois : elle reste d&rsquo;une justesse in\u00e9branlable. Le seul b\u00e9mol \u00e0 observer serait pour moi la mutilation du texte de Corneille pour introduire en cl\u00f4ture de pi\u00e8ce un extrait de Nietszche sur les martyrs, sorte de r\u00e9flexion plut\u00f4t balourde et mal amen\u00e9e sur le destin tragique des protagonistes, mis en rapport avec les exemples ult\u00e9rieurs d&rsquo;actes religieux extr\u00e9mistes qui ont ponctu\u00e9 le cours de l&rsquo;histoire. Le texte de Corneille suffisait en somme \u00e0 garantir un spectacle \u00e9difiant et \u00e9clairant sur la soci\u00e9t\u00e9 de la France de Louis XIV comme sur la n\u00f4tre, et point n&rsquo;\u00e9tait besoin de lui adjoindre un point de vue r\u00e9trospectif, car la force du jeu des acteurs et la puissance rh\u00e9torique des vers de Corneille rendent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la perfection le message \u00e0 transmettre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marianne Bouyssarie<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une trag\u00e9die moins lue que les autres qui m\u00e9rite pourtant toute notre attention. Corneille fait se d\u00e9rouler la sc\u00e8ne \u00e0 M\u00e9lit\u00e8ne, capitale d\u2019Arm\u00e9nie, dans le palais de F\u00e9lix, s\u00e9nateur romain et gouverneur de ce pays. L\u2019atmosph\u00e8re y est religieuse et politique, familiale et intime. O\u00f9 l\u2019on voit un Polyeucte n\u00e9ophyte s\u2019enthousiasmant de sa nouvelle religion (chr\u00e9tienne) \u00e0 tel point qu\u2019il annihile tout lien charnel avec la majestueuse Pauline, son \u00e9pouse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Se dessine un quatuor particulier qui met sur le devant de la sc\u00e8ne une Pauline sublime, femme de c\u0153ur au sens moderne et ancien du terme\u00a0: elle concentre et rend visible l\u2019effusion des sentiments et dans le m\u00eame temps se place en femme de courage, dans une majest\u00e9 et une beaut\u00e9 toutes corn\u00e9liennes. Sa robe rouge trouve sans doute sa signification dans cette dimension\u00a0; Pauline combat ses sentiments pour S\u00e9v\u00e8re avec une fermet\u00e9 mise \u00e0 mal par le retour d\u2019un S\u00e9v\u00e8re plus que jamais amoureux. Femme de poigne, qui fait taire par devoir son amour pour celui-ci. Femme tout enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers celui qu\u2019elle a \u00e9pous\u00e9, la fid\u00e9lit\u00e9 brandie comme un \u00e9tendard. On retrouve l\u00e0 les belles vertus des h\u00e9ros corn\u00e9liens\u00a0: courage, honneur et audace. Elle est bien la force f\u00e9minine au centre de ces trois hommes, son p\u00e8re, son mari et S\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Polyeucte est un hymne \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9, malgr\u00e9 les aberrations et les souffrances, les trahisons et les avanies. Laissons Pauline en t\u00e9moigner\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<h5 style=\"text-align: left;\">Et vous seriez cruel jusques au dernier point<br \/>\nSi vous d\u00e9sunissiez ce que vous avez joint.<br \/>\nUn c\u0153ur a\u0300 l&rsquo;autre uni jamais ne se retire,<br \/>\nEt pour l&rsquo;en s\u00e9parer il faut qu&rsquo;on le d\u00e9chire.<\/h5>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle force se d\u00e9gage de cette pi\u00e8ce, quel tragique et quelle grandeur\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, je dois dire que je ne partage pas enti\u00e8rement l\u2019interpr\u00e9tation de Brigitte Jaques-Wajeman. Comment exprimer la d\u00e9ception et la stup\u00e9faction lorsque la sc\u00e8ne finale ne r\u00e9sonne pas comme on peut la lire et l\u2019appr\u00e9hender\u00a0? Adopter une lecture nietzsch\u00e9enne peut se concevoir, mais modifier le final par la suppression de certains vers au profit de la d\u00e9clamation de quelques mots de Nietzsche, cela ne passe pas. Une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre a la richesse d\u2019offrir plusieurs lectures diff\u00e9rentes, plusieurs interpr\u00e9tations qui enrichissent le sens des mots et des niveaux de signification. En d\u00e9pit d\u2019une belle mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e et solennelle, d\u2019une interpr\u00e9tation plut\u00f4t r\u00e9ussie des com\u00e9diens, je me demande si j\u2019ai aim\u00e9 cette repr\u00e9sentation. Le parti-pris du metteur en sc\u00e8ne est envisageable et l\u00e9gitime, faisant \u00e9cho \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine, mais par piti\u00e9 prenons garde \u00e0 ne pas fermer les portes que le dramaturge laisse volontairement ouvertes\u00a0! A trop vouloir donner une certaine direction \u00e0 la pi\u00e8ce, on en perd son mouvement profond. Le fanatisme est certes dessin\u00e9 ici de mani\u00e8re critique, mais on nous montre surtout des c\u0153urs entiers qui s\u2019offrent et se sacrifient. Par exc\u00e8s parfois, mais par amour toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne sacrifions pas \u00e0 notre tour les derni\u00e8res paroles de F\u00e9lix. Elles donnent une nuance nouvelle \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de la pi\u00e8ce, \u00e0 ne surtout pas n\u00e9gliger :<\/p>\n<blockquote>\n<h5 style=\"text-align: justify;\">Daigne le ciel en vous achever son ouvrage,<br \/>\nEt pour vous rendre un jour ce que vous m\u00e9ritez<br \/>\nVous inspirer bient\u00f4t toutes ses v\u00e9rit\u00e9s !<br \/>\nNous autres, b\u00e9nissons notre heureuse aventure :<br \/>\nAllons a\u0300 nos martyrs donner la s\u00e9pulture,<br \/>\nBaiser leurs corps sacr\u00e9s, les mettre en digne lieu,<br \/>\nEt faire retentir partout le nom de Dieu.<\/h5>\n<\/blockquote>\n<h6 style=\"text-align: right;\">C\u00e9cile Brondex<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pi\u00e8ce m\u00e9connue du grand public, <em>Polyeucte<\/em> est jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville dans une mise en sc\u00e8ne de Brigitte Jaques-Wajeman. L\u2019action de la pi\u00e8ce se d\u00e9roule au IIIe si\u00e8cle de notre \u00e8re, en Arm\u00e9nie, sous les pers\u00e9cutions de l\u2019empereur romain D\u00e9cie. Polyeucte, jeune seigneur, est mari\u00e9 depuis deux semaines \u00e0 Pauline, fille du gouverneur d\u2019Arm\u00e9nie, F\u00e9lix. Son ami chr\u00e9tien N\u00e9arque le convertit au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. D\u00e9sormais baptis\u00e9, Polyeucte commet l\u2019acte impie de profaner une c\u00e9r\u00e9monie pa\u00efenne et de d\u00e9truire les statue des dieux, ce qui conduit inexorablement \u00e0 leur condamnation. Pauline se rend en prison et tente en vain de faire retrouver \u00e0 son mari le go\u00fbt de la vie terrestre, faisant valoir ses \u00ab\u00a0app\u00e2ts\u00a0\u00bb, mais en vain\u00a0: l\u2019esp\u00e9rance en la Vie dans l\u2019autre Monde est trop forte. F\u00e9lix, d\u2019abord enclin \u00e0 absoudre son gendre de sa faute, finit par faire c\u00e9der sa bont\u00e9 \u00e0 sa fureur. Cette derni\u00e8re est cependant de courte dur\u00e9e puisqu\u2019\u00e0 son tour, c\u00e9dant \u00e0 des transports inconnus, il se convertit \u00e0 la suite de son gendre et de sa fille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On regrette que la mise en sc\u00e8ne ait surtout retenu, pour le personnage de Polyeucte, son obstination dans la mort imput\u00e9e \u00e0 une folie religieuse\u00a0: dans le texte, il nous semble que c\u2019est davantage son geste de destruction des dieux pa\u00efens qu\u2019il maintient, bien plus qu\u2019il ne se borne \u00e0 chercher le tr\u00e9pas. La mort est une cons\u00e9quence n\u00e9cessaire de son acte impie sans \u00eatre son but premier. Le personnage de Pauline, splendidement interpr\u00e9t\u00e9 par Aurore Paris, est des plus touchants\u00a0: toute v\u00eatue de rouge pendant les deux premiers actes, elle a \u00e9t\u00e9 contrainte de mourir \u00e0 elle-m\u00eame par devoir et de prendre pour \u00e9poux l\u2019homme que son p\u00e8re avait choisi pour elle, et non celui qu\u2019elle aimait en secret, l\u2019indomptable S\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le virus de la conversion, que Polyeucte avait contract\u00e9 en premier se r\u00e9pand peu \u00e0 peu\u00a0: tour \u00e0 tour Pauline, puis F\u00e9lix, rejettent le paganisme pour succomber au christianisme. Au dernier acte, la glorieuse Pauline entre sur sc\u00e8ne avec une robe blanche macul\u00e9e des taches du sang vers\u00e9 de Polyeucte sur lequel elle s\u2019est probablement jet\u00e9e hors sc\u00e8ne. De ses mains ensanglant\u00e9es, elle touche et contamine les autres personnages. On regrette la tournure macabre que prend alors la mise en sc\u00e8ne quand le texte semble davantage insinuer l\u2019inclinaison du c\u0153ur et la diffusion de la cl\u00e9mence (celle de F\u00e9lix, puis celle de S\u00e9v\u00e8re\u00a0: son devoir l\u2019obligerait \u00e0 d\u00e9noncer ces nouveaux Chr\u00e9tiens, ce qu\u2019il refuse de faire au risque de perdre son cr\u00e9dit envers l\u2019empereur\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<h5 style=\"text-align: justify;\">Si vous \u00eates Chr\u00e9tien, ne craignez plus ma haine,<br \/>\nJe les aime, F\u00e9lix, et de leur protecteur<br \/>\nJe n\u2019en veux pas sur vous faire un pers\u00e9cuteur.<\/h5>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le faible succ\u00e8s de la pi\u00e8ce lors de sa cr\u00e9ation en 1641 s\u2019expliqua par l\u2019opposition, selon Saint-Evremond, de \u00ab\u00a0l\u2019esprit de notre religion\u00a0\u00bb avec celui de la trag\u00e9die [De la trag\u00e9die ancienne et moderne], opposition due au fait que pour le christianisme, l\u2019orgueil est la racine m\u00eame du p\u00e9ch\u00e9 tandis que pour la morale noble, il se confond avec le sublime. Brigitte Jaques-Wajeman semble faire de cet orgueil une d\u00e9mence de laquelle il ne peut y avoir d\u2019autre issue que la mort sanglante. Elle s\u2019est sans doute souvenue de ce que disait Lacan dans son s\u00e9minaire, \u00e0 savoir que \u00ab\u00a0ce que sont toujours les bourreaux et les tyrans, en fin de compte, des personnages humains. Il n\u2019y a que les martyrs pour \u00eatre sans piti\u00e9 ni crainte. Croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c\u2019est l\u2019incendie universel.\u00a0\u00bb On d\u00e9plore cette interpr\u00e9tation qui nous semble tirer le h\u00e9ros corn\u00e9lien vers un fanatique religieux, non sans faire \u00e9cho \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 politique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Esther Bry<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor se limite \u00e0 un grand lit nuptial ainsi qu\u2019\u00e0 deux immenses pans de mur qui se joignent et se s\u00e9parent tour \u00e0 tour. La musique se dissout g\u00e9n\u00e9ralement dans un ensemble sonore confus qui confine parfois \u00e0 un amas de bruit\u00a0: bien que les bruitages eussent pu \u00eatre objectivement d\u00e9sagr\u00e9ables s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 atomis\u00e9s, la puissance mim\u00e9tique de ce son discontinu lui permet d\u2019\u00e9pouser si parfaitement les diverses tonalit\u00e9s de la pi\u00e8ce qu\u2019il semble en \u00eatre le continuum logique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, la qualit\u00e9 du jeu des acteurs est exceptionnelle. Il faut souligner \u00e0 ce titre l\u2019incroyable prestation de Marc Siemiatycki dans le r\u00f4le de F\u00e9lix. Il met en exergue les facettes machiav\u00e9liques et cyniques de son personnage par une diction, une gestuelle et une expression faciale qui, loin de tourner \u00e0 la caricature, sont cependant suffisamment explicites pour conf\u00e9rer \u00e0 certains vers une telle outrance et souligner en eux un tel despotisme paternel qu\u2019ils provoquent de nombreux rires dans la salle. L\u2019intensit\u00e9 du jeu d\u2019Aurore Paris rend d\u2019une fa\u00e7on saisissante l\u2019\u00e9cart\u00e8lement de Pauline entre un devoir autocratique et une passion d\u00e9vorante.<br \/>\nLe personnage de Polyeucte interpr\u00e9t\u00e9 par Cl\u00e9ment Bresson et celui de S\u00e9v\u00e8re incarn\u00e9 par Bertrand Suarez-Pazos sont trait\u00e9s avec un m\u00eame paroxysme sans que ce dernier ne vire pour autant \u00e0 l\u2019excitation st\u00e9rile et topique d\u2019un sentiment unilat\u00e9ralement per\u00e7u. Soulignons aussi la finesse du jeu de Pauline Bolcatto dans le r\u00f4le de Stratonice\u00a0: au tout d\u00e9but de la pi\u00e8ce, l\u2019aisance et le naturel qu\u2019elle d\u00e9ploye contrastent avec l\u2019expressivit\u00e9 parfois outranci\u00e8re d\u2019Aurore Paris.<br \/>\nMise en sc\u00e8ne et jeu des acteurs soulignent peut-\u00eatre parfois trop univoquement l\u2019aspect doloriste et masochiste du personnage de Polyeucte, duquel aspect le spectateur se voit contraint d\u2019inf\u00e9rer que la conviction religieuse du h\u00e9ros n\u2019est en fait que le cache mis\u00e8re illusoirement absolutisant d\u2019un trait psychologique singulier, celui de l\u2019app\u00e9tence n\u00e9vrotique pour la mort (ce qui est sinon faux, du moins trop r\u00e9ducteur). La robe de Pauline abondamment imbib\u00e9e de sang, les hurlements de Cl\u00e9ment Bresson ainsi que sa gestuelle paroxystique instituent la violence comme pierre nodale de la r\u00e9flexion sur le martyr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, la violence est aussi le fait de F\u00e9lix, mais la souligner en Polyeucte a pour effet d\u2019orienter la m\u00e9ditation non pas tant sur la cruaut\u00e9 du pers\u00e9cuteur que sur la complaisance malsaine du pers\u00e9cut\u00e9 dans sa douleur. Polyeucte para\u00eet instrumentaliser Dieu et justifier par lui son d\u00e9sir areligieux de gloire posthume et d\u2019exemplarit\u00e9\u00a0; autrement dit, la vis\u00e9e charnelle du h\u00e9ros est camoufl\u00e9e par la pr\u00e9tendue aspiration spirituelle du saint. La pi\u00e8ce est cl\u00f4tur\u00e9e par une tirade aux accents nietzsch\u00e9ens qui lui \u00e9tait \u00e9videmment \u00e9trang\u00e8re et dont l\u2019esth\u00e9tisme \u00e9pur\u00e9 refl\u00e8te parfaitement la tol\u00e9rance et la pond\u00e9ration de celui qui la proclame, S\u00e9v\u00e8re.<br \/>\nIl approuve le droit de chacun \u00e0 avoir ses dieux mais se demande si ces derniers ne sont pas des cr\u00e9ations politiques pour asservir les masses. La sc\u00e8ne dans laquelle Polyeucte \u00e9nonce son d\u00e9sir d\u2019aller briser les idoles antiques au nom de leur fausset\u00e9 fait \u00e9cho \u00e0 notre contemporan\u00e9it\u00e9 la plus directe et br\u00fblante\u00a0: en Afghanistan, \u00e0 Palmyre ou au mus\u00e9e de Mossoul, le saccage d\u2019\u0153uvres \u00ab\u00a0pa\u00efennes\u00a0\u00bb par des extr\u00e9mistes ne peut que r\u00e9sonner dans l\u2019iconoclasme violent de Polyeucte. Par cons\u00e9quent, bien que cette mise en sc\u00e8ne e\u00fbt pu \u00e0 certains moments fr\u00f4ler le plaquage id\u00e9ologique, il n\u2019en reste pas moins vrai qu\u2019elle souligne brillamment l\u2019actualit\u00e9 de ses probl\u00e9matiques et a l\u2019ind\u00e9niable m\u00e9rite de nous faire m\u00e9diter sur les arcanes psychiques d\u2019un certain type de martyr.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louise Hersent<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte de Corneille nous propulse dans une autre \u00e8re : celle o\u00f9 l&#8217;empire est devenu, peu \u00e0 peu, chr\u00e9tien. L&rsquo;action de cette trag\u00e9die se situe en Arm\u00e9nie, devenue province de l&#8217;empire romain pa\u00efen, au IIIe si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ. Polyeucte a \u00e9t\u00e9 converti secr\u00e8tement au christianisme par son ami N\u00e9arque. Il r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;envie de rester aupr\u00e8s de sa femme Pauline, \u00e0 laquelle il est mari\u00e9 depuis deux semaines et qui fait des r\u00eaves sinistres \u00e0 son \u00e9gard, pour s&rsquo;enfuir et se faire baptiser. D\u00e8s lors, Polyeucte sera tiraill\u00e9 entre sa femme et Dieu ; le feu qui l&rsquo;anime pour Dieu finira par remplacer l&rsquo;amour qu&rsquo;il a pour Pauline. Parall\u00e8lement, une partie des pr\u00e9sages de Pauline se r\u00e9alise. Dans ses songes, Polyeucte est jet\u00e9 par une assembl\u00e9e de chr\u00e9tiens aux pieds de S\u00e9v\u00e8re, un chevalier qu&rsquo;on dit mort \u00e0 la guerre et dont elle \u00e9tait autrefois l&rsquo;amante \u00e0 Rome. S\u00e9v\u00e8re n&rsquo;est toutefois pas mort : son retour glace d&rsquo;effroi Pauline et son p\u00e8re qui craignent la col\u00e8re de S\u00e9v\u00e8re, qui ne sait pas que Pauline est \u00e0 pr\u00e9sent mari\u00e9e \u00e0 un autre homme et ceci, sous l&rsquo;injonction de son p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Brigitte Jaques-Wajeman donne \u00e0 la pi\u00e8ce de Corneille un nouvel \u00e9clat. Les personnages sont \u00e0 pr\u00e9sent contemporains du 21e si\u00e8cle : costards, tailleurs et robes rouges sont de mise. Les v\u00eatements, seuls, laissent para\u00eetre cette modernisation de la pi\u00e8ce. Les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent tandis que deux \u00e9normes monolithes sombres se d\u00e9placent sur un fond de cieux. En guise de d\u00e9cors, seuls deux lits ont leur place. La pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre sur un lit conjugal, celui de Pauline et de Polyeucte, d&rsquo;un blanc immacul\u00e9, o\u00f9 la sensualit\u00e9 qui animera toute la pi\u00e8ce est d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9e par la chair blanche de Pauline, endormie \u00e0 demi-nue. Elle se cl\u00f4t sur le lit macul\u00e9 du sang de Polyeucte, son lit de mort, puni par F\u00e9lix de sa propre fureur chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix des costumes de Brigitte Jaques-Wajeman apporte une raideur aux personnages masculins qui renforce leur s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Ils sont statiques et semblent contenus par leurs vestons. Cette raideur s&rsquo;accentue lorsque, pendant les discours port\u00e9s par une Pauline si rayonnante qu&rsquo;elle en occulte les autres personnages, les hommes portent leurs mains \u00e0 leurs poches. Comme pour contrebalancer cette raideur, cette superficialit\u00e9 apport\u00e9e par la mati\u00e8re, la pi\u00e8ce d\u00e9borde de sensualit\u00e9. Le public retient son souffle lors des sc\u00e8nes passionn\u00e9es entre Pauline et ses amants. Si l&rsquo;on peut reprocher \u00e0 certaines pi\u00e8ces le recours \u00e0 une nudit\u00e9 que l&rsquo;on pourrait trouver dispensable, le d\u00e9nuement fait ici r\u00e9sonner les mots de Corneille plus profond\u00e9ment encore. La d\u00e9sillusion amoureuse de Pauline n&rsquo;en devient que plus d\u00e9chirante. Cette sensualit\u00e9 se prolonge dans la diction des com\u00e9diens, qui rendent vie \u00e0 la langue de Corneille. M\u00e9ticuleusement, ils s&rsquo;appliquent sur les di\u00e9r\u00e8ses, mais se laissent animer par le texte dans ses d\u00e9nouements les plus cruciaux. La fluidit\u00e9 l&#8217;emporte finalement sur une scansion parfois un peu artificielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fanatisme dont parle la pi\u00e8ce de Corneille, entrelac\u00e9 \u00e0 la modernisation choisie par Brigitte Jaques-Wajeman, fait \u00e9cho, de mani\u00e8re p\u00e9nible et inconsciente, \u00e0 des pr\u00e9occupations contemporaines. Polyeucte supplici\u00e9 ne va en effet, dans cette pi\u00e8ce, pas au-devant de la mort : il marche au contraire vers l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et vers la gloire. Le rayonnement de la gr\u00e2ce chr\u00e9tienne du martyr suscite l&rsquo;interrogation chez le spectateur d&rsquo;aujourd&rsquo;hui de Polyeucte. Il se rappelle ainsi, \u00e0 contre-courant du d\u00e9bat actuel, que le fanatisme n&rsquo;est pas le propre d&rsquo;une religion ; c&rsquo;est \u00e0 la folie des hommes que cette fureur infernale tient.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Valentine Lanoix<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Polyeucte <\/em>: une pi\u00e8ce \u00e9crite par Corneille en 1641. Autant dire une antiquit\u00e9 qui nous parle d\u2019une \u00e9poque encore plus lointaine puisque la pi\u00e8ce raconte le martyre de Polyeucte, un chr\u00e9tien vivant sous la loi romaine. Rien ne semble s\u2019arranger pour le spectateur contemporain qui se trouve d\u00e9sormais face \u00e0 un myst\u00e8re, une pi\u00e8ce religieuse. Polyeucte, r\u00e9cemment mari\u00e9 \u00e0 Pauline, la fille du gouverneur de la province, d\u00e9cide cependant, sit\u00f4t baptis\u00e9, d\u2019aller briser des statues de dieux pa\u00efens. Il agit sous les yeux de son beau-p\u00e8re et de S\u00e9v\u00e8re, favori de l\u2019empereur, ancien amant de Pauline, qui revient alors qu\u2019on le croyait mort. Voil\u00e0 en peu de mots l\u2019intrigue de la pi\u00e8ce qui va nous \u00eatre jou\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une antiquit\u00e9 alors\u00a0? Une pi\u00e8ce d\u00e9vote ? Loin de l\u00e0. Et la metteuse en sc\u00e8ne, Brigitte Jaques-Wajeman, le prouve d\u00e8s les premiers instants. La sc\u00e8ne est nue, seuls deux grands panneaux, semblables \u00e0 des blocs de b\u00e9ton se trouvent \u00e0 l\u2019avant et ils s\u2019ouvrent sur un lit, au centre de l\u2019espace. On d\u00e9couvre Pauline (Aurore Paris), endormie, et Polyeucte (Cl\u00e9ment Bresson), qui se l\u00e8ve et s\u2019habille. On remarque d\u2019embl\u00e9e que la pi\u00e8ce est jou\u00e9e en habits contemporains\u00a0: c\u2019est bien de nous qu\u2019il s\u2019agit, de notre \u00e9poque. Le lit restera au centre de l\u2019espace durant les trois premiers actes, seul \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor, tant\u00f4t cach\u00e9 par les panneaux, tant\u00f4t d\u00e9couvert. Car il n\u2019y a pas de doute\u00a0: <em>Polyeucte<\/em> est une trag\u00e9die, pas un myst\u00e8re. Et la trag\u00e9die se noue l\u00e0, autour de ce lit qui orchestre tous les mouvements des personnages. N\u00e9arque (Pascal Bekkar), l\u2019ami de Polyeucte, l\u2019en \u00e9loigne pour le baptiser. Les panneaux se referment lorsque S\u00e9v\u00e8re vient rencontrer son ancienne amante et il les repousse dans une derni\u00e8re tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de convaincre Pauline de lui revenir. F\u00e9lix (Marc Siemiatycki), le p\u00e8re de Pauline, tourne autour de ce m\u00eame lit en expliquant \u00e0 sa fille qu\u2019elle doit adoucir S\u00e9v\u00e8re qu\u2019il croit revenu pour se venger d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9conduit puisque c\u2019est F\u00e9lix qui avait refus\u00e9 le mariage, arguant du manque de fortune de l\u2019amant. C\u2019est une histoire d\u2019amour qui se joue donc au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, mais aussi, et surtout, une histoire de vertu. Que le devoir \u00e0 respecter soit conjugal, religieux ou l\u00e9gal, chacun des personnages agit selon une loi absolue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, le z\u00e8le de Polyeucte est \u00ab\u00a0trop ardent\u00a0\u00bb. A la fin de l\u2019acte II, les panneaux se referment, les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, une musique de tonnerre retentit, les projecteurs simulent un \u00e9clair\u00a0: il a proclam\u00e9 sa foi, il a d\u00e9truit les idoles. A partir de l\u2019acte IV, le lit a disparu, les panneaux d\u00e9sormais font office de murs de prisons qui s\u2019ouvrent \u00e0 deux reprises seulement, dont une sc\u00e8ne magistrale dans laquelle Polyeucte exprime ses d\u00e9chirements entre foi religieuse et attachement terrestre. La sc\u00e8ne a des allures de danse contemporaine et, tel un derviche tourneur, Polyeucte exprime verbalement et physiquement un tourment qui est autant spirituel que corporel. Les autres personnages feront tout pour le convaincre de renoncer \u00e0 sa foi pour \u00e9viter la mort, puis, illumin\u00e9s par son exemple de fermet\u00e9 mais surtout touch\u00e9s par son sang lors de son ex\u00e9cution \u2013 la robe de Pauline en est gorg\u00e9e \u2013, Pauline et F\u00e9lix se convertiront. Seul S\u00e9v\u00e8re fait preuve de raison, approuvant que chacun ait sa religion, au c\u0153ur de cet absolu religieux que le spectateur rapproche ais\u00e9ment des martyrs d\u2019aujourd\u2019hui. L\u00e0 est la magie du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: par une simple repr\u00e9sentation, \u2013 qui n\u2019est cependant pas anodine \u2013 un texte vieux de plusieurs si\u00e8cles nous montre notre pr\u00e9sent.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Oc\u00e9ane Le Bourhis<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Corneille est connu pour \u00e9crire des trag\u00e9dies romaine et politique. On pense notamment \u00e0 <em>Horace<\/em> (1640), <em>Cinna<\/em> (1642), <em>Nicom\u00e8de<\/em> (1651). <em>Polyeucte<\/em> est une trag\u00e9die romaine et politique mais religieuse. Elle est inspir\u00e9e par le martyre de Polyeucte de M\u00e9lit\u00e8ne, au IIIe si\u00e8cle. L&rsquo;intrigue de la pi\u00e8ce r\u00e9side dans le c\u00e9l\u00e8bre choix corn\u00e9lien auquel les personnages de Pauline, ainsi que celui de S\u00e9v\u00e8re sont soumis. Ils sont partag\u00e9s entre leur passion amoureuse respective et l&rsquo;honneur. Ils renoncent ici \u00e0 leur passion pour conserver l&rsquo;honneur. Pauline doit se s\u00e9parer de son mari, Polyeucte, parce qu&rsquo;il s&rsquo;est converti au christianisme. Elle ne peut pas rester de son c\u00f4t\u00e9 et s&rsquo;opposer \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9 polyth\u00e9iste. S\u00e9v\u00e8re, encore amoureux de Pauline, doit contenir son amour pour persuader son mari de revenir sur son choix. Alix, le p\u00e8re de Pauline, S\u00e9v\u00e8re et leur domestique ; S\u00e9v\u00e8re ; Stratonis, la confidente de Pauline essayent de convaincre Polyeucte de renoncer \u00e0 sa foi d\u00e9vastatrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la mise en sc\u00e8ne modernis\u00e9e de Brigitte Jaques-Wajeman, un tableau occupe le fond de la sc\u00e8ne. Il repr\u00e9sente des nuages, et au centre le vide. Ce d\u00e9cor indique clairement la dimension sacr\u00e9e de cette trag\u00e9die de Corneille. Un des panneaux occupe tout le fond de la sc\u00e8ne. C&rsquo;est un tableau tr\u00e8s sombre o\u00f9 des nuages encadrent un vide central.<br \/>\nLa musique de l&rsquo;alexandrin, d&rsquo;abord bien pr\u00e9sente, se fait rapidement oublier et laisse place aux maux. Cette trag\u00e9die sacr\u00e9e r\u00e9sonne encore. La d\u00e9votion extr\u00eame du personnage rappelle le fanatisme, l&rsquo;obscurantisme. La metteur en sc\u00e8ne a choisi de le montrer par des d\u00e9cors sombres et une sc\u00e8ne mise \u00e9pur\u00e9e. Deux grands blocs de m\u00e9tal sont d\u00e9plac\u00e9s pour figurer des espaces diff\u00e9rents. Ils se d\u00e9placent toujours de la m\u00eame mani\u00e8re pour montrer l\u2019inexorable marche du destin tragique. La sc\u00e8ne, \u00e9pur\u00e9e de tout d\u00e9cor, nous rappelle la simplicit\u00e9 de la trag\u00e9die. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un lit et deux panneaux, murs amovibles de m\u00e9tal. Ces deux murs repr\u00e9sentent le poids qui p\u00e8se sur les personnages d&rsquo;Alix, le p\u00e8re, sur Pauline et sur S\u00e9v\u00e8re, l&rsquo;amant et grand homme qu&rsquo;on croyait mort. On attend beaucoup de ces trois personnages. Ces deux blocs de m\u00e9tal sont les piliers de la trag\u00e9die. Ils sont in\u00e9branlables. Les personnages luttent avec ces blocs. Ils s&rsquo;adossent \u00e0 eux, S\u00e9v\u00e8re tente de les repousser. Ils sont l&rsquo;issue fatale, les murs de prison, les portes auxquelles on \u00e9coute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le d\u00e9cor est tr\u00e8s sombre, les personnages sont mis en valeur par les couleurs de leurs habits. Les couleurs des v\u00eatements dit quelque chose sur la position des personnages. Polyeucte est mis en lumi\u00e8re par ses v\u00eatements de couleur claire. La robe rouge de Pauline dit le choix corn\u00e9lien de la passion et du sang qui anime sa vie.<br \/>\nLe style grandiloquent de Corneille et le d\u00e9calage qu&rsquo;on a aujourd&rsquo;hui dans une culture marqu\u00e9e par le christianisme en France, alors qu&rsquo;il est naissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque romaine, provoquent le rire ou le sourire dans le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, la fin de la pi\u00e8ce est clairement raccourcie : Pauline et son p\u00e8re se convertissent rapidement l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre. Cette pr\u00e9cipitation cr\u00e9\u00e9 un effet comique qui n&rsquo;\u00e9tait surement pas recherch\u00e9. La pi\u00e8ce se cl\u00f4t sur les mots de Nietzsche : \u00ab Les martyrs furent un grand malheur dans l\u2019Histoire : ils s\u00e9duisirent. \u00bb (Nietzsche, <em>L\u2019Ant\u00e9christ<\/em>) et sur un commentaire de ces paroles. Peut-\u00eatre que la metteur en sc\u00e8ne a pens\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre ath\u00e9nien en rajoutant cette conclusion. <em>Polyeucte<\/em> fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque romaine o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre ne cherche plus autant \u00e0 \u00e9difier qu\u2019\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque antique. L&rsquo;ajout alourdit la pi\u00e8ce : m\u00eame s&rsquo;il est tentant de r\u00e9pondre directement au fanatisme religieux r\u00e9surgent, la pi\u00e8ce se suffit \u00e0 elle-m\u00eame. Une place laiss\u00e9e \u00e0 interpr\u00e9tation est plus fructueuse qu\u2019une maxime gnomique ou toute autre assertion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brigitte Jaques-Wajeman a complexifi\u00e9 le choix corn\u00e9lien entre la passion et l&rsquo;honneur. Elle a ajout\u00e9 la nudit\u00e9, qui porte en elle plusieurs choses. Elle est ce qui s&rsquo;oppose \u00e0 la religion de Polyeucte puisqu&rsquo;il doit donner la priorit\u00e9 \u00e0 son Dieu et oublier amour, amiti\u00e9 et vie. Elle est aussi son contraire, l&rsquo;expression de la r\u00e9v\u00e9lation mystique, quand le corps n&rsquo;a plus d&rsquo;importance. Dans la r\u00e9v\u00e9lation mystique, les \u00e9motions sont mises \u00e0 nues quand la chair se r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ondine Marin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pi\u00e8ce de Pierre Corneille, peut-\u00eatre pas la plus connue, mais qui demeure on ne peut plus d&rsquo;actualit\u00e9 : <em>Polyeucte<\/em>, avec une mise en sc\u00e8ne de Brigitte Jaques-Wajeman, au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville.<br \/>\nAu IIIe si\u00e8cle de notre \u00e8re, alors que les chr\u00e9tiens se font pers\u00e9cuter par l&#8217;empereur romain Decius en Arm\u00e9nie, Polyeucte, seigneur arm\u00e9nien, se convertit secr\u00e8tement au christianisme. Pourtant, Polyeucte a tout juste \u00e9pous\u00e9 Pauline, la fille du gouverneur romain F\u00e9lix. Il se retrouve donc d\u00e9chir\u00e9 entre son serment envers son \u00e9pouse, et son serment envers Dieu. Et lorsqu&rsquo;il d\u00e9cide de s&rsquo;attaquer aux idoles des Romains, il d\u00e9clenche son arr\u00eat de mort\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sujet religieux de Polyeucte en fait donc une trag\u00e9die bien particuli\u00e8re. Tout l&rsquo;enjeu de la pi\u00e8ce reposera donc sur le dilemme de Polyeucte, qui n&rsquo;a qu&rsquo;une h\u00e2te : prouver son amour pour Dieu en mourant comme martyr ! Or, sa femme Pauline fait tout ce qui est en son pouvoir pour l&rsquo;en emp\u00eacher, et Polyeucte doit puiser toutes ses forces dans sa foi pour r\u00e9sister \u00e0 ses suppliques. Il pense alors trouver la solution en S\u00e9v\u00e8re, le favori de l&#8217;empereur, qui fait son retour et dont Pauline \u00e9tait \u00e9prise avant son mariage. En poussant sa femme dans les bras de son ancien amour, Polyeucte est ainsi convaincu de pouvoir rejoindre un peu plus vite la mort\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour parler de cette pi\u00e8ce dont l&rsquo;action remonte \u00e0 des temps bien lointains, Brigitte Jaques-Wajeman a opt\u00e9 pour un d\u00e9cor \u00e0 la fois sobre et imposant. Deux blocs g\u00e9ants et imposants de couleur pierre glissent comme des rideaux, r\u00e9v\u00e9lant en fond une peinture d&rsquo;un ciel bleu et un lit \u00e0 deux places, symbolique du couple et de l&rsquo;amour terrestre. Les personnages sont habill\u00e9s de costumes modernes, entre robe rouge et costumes-cravate. La mise en sc\u00e8ne se r\u00e9v\u00e8le donc efficace par son d\u00e9pouillement, laissant place \u00e0 des acteurs excellents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Polyeucte, jou\u00e9 par un Cl\u00e9ment Bresson v\u00e9ritablement habit\u00e9 par le fanatisme et le tourment de son personnage, est sans doute LE personnage tragique de la pi\u00e8ce, la surprise vient \u00e9tonnamment du c\u00f4t\u00e9 de Pauline, son \u00e9pouse. Incarn\u00e9e par la tr\u00e8s dou\u00e9e Aurore Paris, le personnage devient l&rsquo;incarnation de la vertu, de l&rsquo;amour, qui veut sauver son mari envers et contre tout (surtout contre lui), et qui finira m\u00eame par \u00eatre touch\u00e9e par la gr\u00e2ce des convictions de son mari.<br \/>\nIl est \u00e9galement tr\u00e8s appr\u00e9ciable d&rsquo;entendre les alexandrins r\u00e9sonner dans la bouche des acteurs, devenant des mots remplis de persuasion dans la bouche de Pascal Bekkar, jouant le r\u00f4le de N\u00e9arque, l&rsquo;ami qui convainc Polyeucte de se convertir ou encore, des paroles d&rsquo;amour d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es pour le couple principal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9tonnamment, la pi\u00e8ce a aussi des r\u00e9sonnances modernes et f\u00e9ministes, montrant une Pauline qui refuse la condamnation de son mari par son p\u00e8re, dont elle a pourtant toujours respect\u00e9 les ordres. C&rsquo;est encore elle qui ira jusqu&rsquo;\u00e0 convaincre S\u00e9v\u00e8re (incarn\u00e9 par le charismatique Bertrand Suarez-Pazos) d&rsquo;interc\u00e9der en la faveur de Polyeucte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, il est difficile de ne pas voir le parall\u00e8le entre la croyance de Polyeucte, tr\u00e8s proche du fanatisme, et celle des jeunes qui rejoignent les rangs de Daesh. Brigitte Jaques-Wajeman a d&rsquo;ailleurs opt\u00e9 pour une fin diff\u00e9rente de la pi\u00e8ce originale, ce qui peut \u00eatre un choix assez discutable. Fid\u00e9lit\u00e9 au texte ou adaptation \u00e0 notre \u00e9poque ? Elle lui donne ainsi une tonalit\u00e9 diff\u00e9rente, en y glissant les mots de\u00a0 Nietzsche : \u00ab\u00a0Les martyrs furent un grand malheur dans l\u2019histoire : ils s\u00e9duisirent\u00a0\u00bb. Et \u00e9tonnamment, malgr\u00e9 un sujet qui pouvait rebuter, force est de constater que Polyeucte \u00e9tait une pi\u00e8ce r\u00e9ussie et aboutie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Tiffany Moua<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brigitte Jaques-Wajeman dirige Cl\u00e9ment Bresson (Polyeucte), Aurore Paris (Pauline), Marc Siematycki (F\u00e9lix) mais aussi Bertrand Suarez-Pazos (S\u00e9v\u00e8re) dans son adaptation de <em>Polyeucte<\/em>, de Corneille, au th\u00e9\u00e2tre des Abbesses. Situ\u00e9e en Arm\u00e9nie, la pi\u00e8ce traite de la conversion de Polyeucte au christianisme au IIIe si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ et de ses cons\u00e9quences. Emport\u00e9 par une folie religieuse, Polyeucte d\u00e9truit les idoles pa\u00efennes et finit en martyr. Apr\u00e8s sa mort, sa femme Pauline et son beau-p\u00e8re F\u00e9lix se convertissent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est habit\u00e9e d\u2019un gigantesque cube anthracite qui s\u2019ouvre ensuite en deux pans de mur : ils limitent l\u2019espace sc\u00e9nique et enferment le regard dans un couloir. C\u2019est l\u2019annonce du climat et du d\u00e9nouement \u00e9touffants, exacerb\u00e9s par des d\u00e9cors sobres et \u00e9pur\u00e9s : un lit, une peinture repr\u00e9sentant le ciel, \u00e9vocation du sujet religieux. Le texte de Corneille peut s\u2019y \u00e9panouir. Quant aux costumes, ils d\u00e9routent. Non pas par leur contemporan\u00e9it\u00e9 (robes, costumes d\u2019hommes), mais par leur aspect monochrome : Polyeucte blanc, N\u00e9arque noir, F\u00e9lix bleu, S\u00e9v\u00e8re noir, et Pauline\u2026 rouge, puis rouge et noir, et enfin blanc. La recherche d\u2019une interpr\u00e9tation liant une couleur par religion est inutile, il s\u2019agit d\u2019un parti pris esth\u00e9tique. La pi\u00e8ce classique est donc trait\u00e9e de fa\u00e7on traditionnellement moderne : sobri\u00e9t\u00e9, costumes contemporains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne a essay\u00e9 d\u2019injecter encore plus de modernit\u00e9 et de dynamisme. Mais ces essais laissent perplexes : que dire de S\u00e9v\u00e8re qui perd ses moyens en pr\u00e9sence de Pauline ? Que conclure de la d\u00e9mence de Polyeucte, plus \u00e9trange que mouvante ? Que penser de la nudit\u00e9 et\/ou du caract\u00e8re sexuel de certaines sc\u00e8nes ? La nudit\u00e9 et la sexualit\u00e9 semblent devenir le moyen par d\u00e9faut de moderniser une pi\u00e8ce, quand il s\u2019agit souvent d\u2019une surinterpr\u00e9tation.<br \/>\nModernit\u00e9 encore avec l\u2019introduction d\u2019un fond-sonore. A saluer lorsqu\u2019elle \u00e9voque une situation hors-sc\u00e8ne (la destruction des statues), elle reste \u00e9trange, voire paternaliste, quand elle double le texte. Pourtant, le jeu des acteurs, m\u00eame statique, suffit amplement : les alexandrins sont fluides, la diction agr\u00e9able, le texte accessible : on en oublie que le XVIIe si\u00e8cle parle. Il faut \u00e0 ce sujet saluer la prestation d\u2019Aurore Paris qui donne un vrai souffle \u00e0 Pauline, au potentiel f\u00e9minin corn\u00e9lien classique, \u00e0 se demander pourquoi la pi\u00e8ce s\u2019appelle <em>Polyeucte<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce traitement moderne de la pi\u00e8ce classique n\u2019a peut-\u00eatre pas seulement pour but de la remettre au go\u00fbt du jour : il existe un \u00e9cho \u00e9vident entre <em>Polyeucte<\/em> et l\u2019actualit\u00e9. Certains vers traitant du fanatisme religieux n\u2019ont pas manqu\u00e9 de faire rire le public dans une connivence qui peut mettre mal \u00e0 l\u2019aise. Il est s\u00fbr que <em>Polyeucte<\/em> reprend le poids politique qu\u2019il avait lors de son \u00e9criture, car r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans un climat contemporain avec le probl\u00e8me de la confrontation entre religions et dieux et ce malgr\u00e9 la modification de la fin.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Julia Vedrine<\/h6>\n<pre>Photo : Cosimo Mirco Magliocca<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | En savoir plus Polyeucte, trag\u00e9die classique de 1641 du dramaturge fran\u00e7ais Pierre Corneille, n&rsquo;a rien perdu de son \u00e9clat ni de son actualit\u00e9. 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