{"id":8272,"date":"2017-01-18T20:00:04","date_gmt":"2017-01-18T19:00:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8272"},"modified":"2017-01-18T20:00:04","modified_gmt":"2017-01-18T19:00:04","slug":"grande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8272","title":{"rendered":"Grande"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville (Centquatre-Paris) | <a href=\"http:\/\/www.104.fr\/fiche-evenement\/tsirihaka-harrivel-vimala-pons-grande.html\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le collectif Ivan Mosjoukine pr\u00e9sente son nouveau spectacle au 104, appel\u00e9 <em>Grande,<\/em> \u00ab\u00a0l\u2019histoire inachev\u00e9e d\u2019un spectacle \u00e0 compl\u00e9ter soi-m\u00eame par sa vie de spectateur en quittant la salle\u00a0\u00bb. Les artistes Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel proposent en effet un dialogue \u00e9mouvant et captivant avec leurs spectateurs.<br \/>\nLorsque le public s\u2019installe dans la salle le plateau est d\u00e9j\u00e0 devant eux, sans rideau pour le cacher et il en sera ainsi m\u00eame entre chaque montage et d\u00e9montage. Ce d\u00e9cor est fait d\u2019une sorte de bric-\u00e0-brac d\u2019objets du quotidien m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 des appareils \u00e0 la fois futuristes et r\u00e9tro, une table de mixage et des micros. Apr\u00e8s la fin d\u2019un compte \u00e0 rebours, les \u00ab\u00a0revues\u00a0\u00bb, s\u2019encha\u00eenent comme des fragments \u00e0 reconstituer dans l\u2019ordre par le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re revue met en sc\u00e8ne les talents de Vimala Pons qui se montre ici artiste de cirque mais \u00e9galement actrice, chanteuse, clown et musicienne. Elle s\u2019\u00e9lance avec un mannequin de femme en \u00e9quilibre sur la t\u00eate dans une sorte de strip-tease passant en revue toutes les tenues, modes et uniformes oppressant la femme par des st\u00e9r\u00e9otypes : elle est tour \u00e0 tour nonne, mari\u00e9e, voil\u00e9e, veuve, pute, pom-pom girl, en habit folklorique, en tailleur bourgeois et talons, en tenue d\u2019Eve, s\u2019enlevant des bandes de cire \u00e9pilatoire et enfin nue, dansant devant nous et l\u00e2chant le mannequin qui se d\u00e9membre. Je ne suis d\u2019habitude pas une fan de la nudit\u00e9 dans les spectacles contemporains qui semble se pr\u00e9senter uniquement comme une mode. Mais ici la fa\u00e7on dont Vimala Pons se lib\u00e8re et danse devant nous cr\u00e9e un lien entre elle et le public et rend la nudit\u00e9 parfaitement naturelle, lui enl\u00e8ve toute \u00e9tranget\u00e9 et la met en valeur comme un lien entre nous tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde revue s\u2019ouvre et le public comprend par \u00ab\u00a0extraits\u00a0\u00bb que tout le spectacle se base sur l\u2019histoire d\u2019un couple. En r\u00e9alit\u00e9 le spectacle ne pr\u00e9sente pas une histoire en particulier mais plut\u00f4t tous les liens sociaux et les \u00e9motions humaines avec beaucoup d\u2019humour et on rit avec les artistes de nous-m\u00eames. Ils traitent ainsi subtilement d\u2019autres probl\u00e9matiques actuelles\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, le sexisme, les pr\u00e9jug\u00e9s et d\u2019autres qui ont toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0\u00a0: la peur de la mort, la peur d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9. Ainsi Vimala Pons se lance dans une performance impressionnante de com\u00e9dienne \u00e0 travers une nouvelle sorte d\u2019art de clown o\u00f9 elle pr\u00e9sente tour \u00e0 tour et \u00e0 la suite des dizaines d\u2019\u00e9motions et de phrases \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 entendues\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0encore et encore\u00a0\u00bb. Tsirihaka Harrivel s\u2019accroche lui \u00e0 toutes sortes d\u2019objets et se fait hisser jusqu\u2019en haut d\u2019une sorte de tremplin\/toboggan de 6m pour \u00ab\u00a0tout laisser tomber\u00a0\u00bb et glisser le long de ce tremplin d\u2019acier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est tr\u00e8s difficile de d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment ces sc\u00e8nes tant elles sont faites de multiples objets, musiques et performances qui se croisent pour captiver le spectateur. Mais je ne peux que conseiller vivement \u00e0 tous d&rsquo;aller voir ce fabuleux spectacle. C\u2019\u00e9tait un moment incroyable, je n\u2019ai jamais vu des artistes avoir un tel contact avec leur public, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois tr\u00e8s \u00e9mouvant et fascinant. Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel\u00a0 ont un immense talent et ils nous le montrent \u00e0 travers tous les d\u00e9tails du spectacle qu\u2019ils ont con\u00e7u.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Chlo\u00e9 Bories<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel nous montrent la vie, la petite vie, celle des instants qui ne se remarquent m\u00eame pas. Une porte qui claque, de la vaisselle qu&rsquo;on range, un v\u00eatement qu&rsquo;on choisit&#8230; Ils prennent tous ces instants et les mettent en sc\u00e8ne \u00e0 travers 8 revues. Le spectacle commence par la fin, mais finalement cela n&rsquo;a pas d&rsquo;importance\u00a0: les revues sont plus th\u00e9matiques que chronologiques. Le temps du spectacle file aussi vite qu&rsquo;une minute et 50 secondes, on ne se lasse pas des anecdotes dr\u00f4les et touchantes que nous montrent Vimala et Tsirihaka. Les deux circassiens \u00ab\u00a0passent en revue\u00a0\u00bb, \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9, toute la diversit\u00e9 humaine, tous les effets provoqu\u00e9s par la pression sociale, l&rsquo;image que l&rsquo;on a de soi, l&rsquo;amour&#8230;<br \/>\nTout cela, Vimala et Tsirihaka le font avec un style unique. Ils inversent le processus de la m\u00e9taphore, et illustrent concr\u00e8tement une expression au figur\u00e9. Tout au long du spectacle, Vimala en a plein la t\u00eate et surtout elle en a par-dessus la t\u00eate\u00a0: pos\u00e9s sur son cr\u00e2ne en \u00e9quilibre, elle porte un mannequin, une machine \u00e0 laver, une colonne&#8230;. Absurde\u00a0? Pas du tout, tout est dans le mille. Rien n&rsquo;est hasardeux. Chaque chose est choisie, cr\u00e9\u00e9e pour illustrer une id\u00e9e, une \u00e9motion. Le tout montre le fourmillement, la gal\u00e8re quotidienne de la vie, toujours avec justesse, pertinence et humour. En sortant de <em>Grande<\/em>, on se sent rassur\u00e9, qu&rsquo;effectivement les petits soucis quotidiens ne sont vraiment pas graves, comment a-t-on pu se stresser pour si peu\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Nora Calderon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Grande<\/em> c&rsquo;est du grandiose, de la vitesse, de la surprise pendant presque deux heures ! \u00c0 peine entr\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre du Cent-Quatre, on est subjugu\u00e9 par une sc\u00e8ne truff\u00e9e de d\u00e9cors, d&rsquo;objets extravagants. Deux com\u00e9diens occupent les lieux, accapar\u00e9s par les derni\u00e8res finitions. Un d\u00e9compte retentit, retranscrit sur des pancartes, donnant une nouvelle intensit\u00e9 au spectacle, encore en chantier. Et le rythme ne ralentira pas, une s\u00e9ries de sayn\u00e8tes s\u2019encha\u00eenent, comme des tranches de vie. D&rsquo;ailleurs, chaque spectateur a re\u00e7u en d\u00e9but de spectacle une carte du monde r\u00e9organis\u00e9e : chaque \u00e9pisode de la pi\u00e8ce correspond \u00e0 un continent.\u00a0 On est alors tr\u00e8s intrigu\u00e9 et on tente de se rep\u00e9rer dans ce tumulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;exp\u00e9rience est totale\u00a0: maniant et m\u00ealant avec talent diff\u00e9rents genres artistiques, les com\u00e9diens (Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel) sont \u00e0 tour de r\u00f4le musiciens, danseurs, acrobates. Tout ce qu&rsquo;ils racontent n&rsquo;a ni queue ni t\u00eate, mais on prend plaisir \u00e0 se plonger dans leur monde fou, parce qu&rsquo;au fond, on se reconna\u00eet un peu en eux. Chaque \u00e9pisode traite de mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e, incompl\u00e8te ou \u00e0 compl\u00e9ter, de nos vies, de ce qui nous obs\u00e8de quotidiennement.<br \/>\nPratiquant les arts du cirque,\u00a0 ils donnent une vivacit\u00e9 nouvelle \u00e0 leurs actions. Tout ce qu&rsquo;ils essayent de nous dire est d\u00e9cal\u00e9 par l&rsquo;incongruit\u00e9 de leurs faits et gestes. Vimal Pons se pla\u00eet \u00e0 porter en \u00e9quilibre des objets des plus absurdes sur sa t\u00eate donnant un nouveau sens \u00e0 ses paroles. On reste bouche b\u00e9e par sa performance physique exceptionnelle qui porte tout et n&rsquo;importe quoi (mannequin,escabeau&#8230;).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame temps, on pleure de rire tant ce qu&rsquo;elle dit est amplifi\u00e9 par les objets qui l&rsquo;encombrent. On se souvient de cette sc\u00e8ne hilarante o\u00f9 Vimala se transforme en st\u00e9r\u00e9otype de l&rsquo;infirmi\u00e8re d\u00e9prim\u00e9e\u00a0: elle se m\u00e9tamorphose par sa tenue de travail et sa perruque. R\u00e9citant son discours de d\u00e9part, pleine de ranc\u0153ur et de sanglots, elle file la m\u00e9taphore de l&rsquo;\u00e9crasement due \u00e0 ses t\u00e2ches, renforc\u00e9e par cette \u00e9norme machine \u00e0 laver en \u00e9quilibre sur sa t\u00eate\u00a0(oui vous avez bien entendu) !<br \/>\nTsirihaka Harrivel\u00a0 nous \u00e9merveille quant \u00e0 lui par ses qualit\u00e9s d&rsquo;acrobate : il se suspend, s&rsquo;accroche partout et \u00e0 tout et n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 se laisser glisser le long d&rsquo;une gigantesque rampe sous nos exclamations de peur et de surprise. En somme, ils nous renvoient une image de nous, de nos m\u0153urs sous un prisme d\u00e9jant\u00e9. Tout devient symbole de quelque chose, tout ce qu&rsquo;on conna\u00eet perd son sens et s&rsquo;en voit dot\u00e9 d&rsquo;un nouveau. <em>Grande<\/em> est une invitation rocambolesque faite au spectateur de devenir acteur de ce qu&rsquo;il voit se d\u00e9rouler devant lui\u00a0: libre \u00e0 nous de trouver du sens \u00e0 cette repr\u00e9sentation farfelue.<br \/>\nEt le public se fait entendre, il est pr\u00e9sent par ses rires, ses cris. Un drapeau am\u00e9ricain surgit et on entend une dame qui le hue, \u00ab\u00a0de quoi, j&rsquo;ai le droit non\u00a0?\u00a0\u00bb et un autre qui r\u00e9pond \u00ab\u00a0oh oui bien s\u00fbr, nous sommes au th\u00e9\u00e2tre\u00a0!\u00a0\u00bb. Par chance, un groupe de coll\u00e9giens assiste au spectacle et apporte un regard neuf et innocent \u00e0 la repr\u00e9sentation\u00a0: Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel se retrouvent, tour \u00e0 tour, nus sur sc\u00e8ne et cela suscite des r\u00e9actions \u00f4 combien diff\u00e9rentes de la part de nos coll\u00e9giens. Le corps d&rsquo;une femme d\u00e9nud\u00e9 semble moins choquer qu&rsquo;un corps masculin, qui fit r\u00e9sonner de nombreux petits rires g\u00ean\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce spectacle vertigineux, grandiloquent est on ne peut plus humain, les deux grands com\u00e9diens manient avec brio leur jeu d&rsquo;acteur montrant les al\u00e9as de nos comportements parfois insens\u00e9s, nos manies, nos r\u00eaves, nos espoirs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Amandine Cheval<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Grande<\/em>, de Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons, est un spectacle que je qualifierais d\u2019inqualifiable. Dans cette\u00a0 \u00ab\u00a0revue\u00a0\u00bb, comme l\u2019appellent les deux protagonistes du spectacle, on y trouve du cirque, du th\u00e9\u00e2tre, de la danse, de la performance et de la musique en direct ! Nous le savons d\u00e8s le d\u00e9but, le spectacle commence par la fin, le spectateur comprend donc qu\u2019il aura affaire \u00e0 une inversion des codes , un micmac sens dessus dessous, et la seule solution est de se laisser emporter dans l\u2019imaginaire des deux artistes.<br \/>\nCes derniers font ainsi la revue de nos vies, de nos quotidiens, de nos relations, de nos humeurs, le tout par le biais d\u2019acrobaties et d\u2019\u00e9quilibrisme. Tous les objets de notre quotidien sont pos\u00e9s sur sc\u00e8ne et utilis\u00e9s un \u00e0 un par les artistes, on s\u2019y accroche en l\u2019air, on les pose sur notre t\u00eate, on tape dessus, on les casse. Les objets sont finalement d\u00e9tourn\u00e9s de leur utilisation premi\u00e8re pour acqu\u00e9rir un nouvel usage qui en dit beaucoup sur chacun de nous. Quand Vimala tient en \u00e9quilibre sur son cr\u00e2ne une poutre en bois tandis que Tsirihaka lance des couteaux dessus, elle re\u00e7oit chaque couteau comme de violents propos qui blessent son \u00eatre, comme lorsque quelqu\u2019un \u00e0 qui l\u2019on tient se met \u00e0 \u00e9num\u00e9rer nos d\u00e9fauts et nos travers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce spectacle le duo rejoue nos relations sociales en transfigurant les objets qui nous entourent. Les disputes, la mort, le mariage, les ruptures, la nostalgie, la col\u00e8re, la solitude, tout y passe. Quand Tsirihaka est accroch\u00e9 \u00e0 une petite chaise d\u2019enfant \u00e0 8 m\u00e8tres du sol et qu\u2019il la l\u00e2che pour tomber et glisser le long d\u2019une grande rampe en m\u00e9tal, il \u00ab\u00a0retombe en enfance\u00a0\u00bb. De m\u00eame que \u00ab\u00a0Prendre la porte\u00a0\u00bb n\u2019a plus le m\u00eame sens apr\u00e8s ce spectacle. Et ce sont toutes ces combinaisons m\u00e9taphoriques qui en font un spectacle grandement po\u00e9tique.<br \/>\nLe rapport qu\u2019entretiennent les deux artistes avec les objets et les v\u00eatements d\u00e9coulent du mouvement surr\u00e9aliste. Ils nous repr\u00e9sentent nos vies avec beaucoup de recul, de cynisme et nous font voir toutes nos p\u00e9r\u00e9grinations quotidiennes avec beaucoup d\u2019humour. En l\u2019espace de deux heures ils parviennent \u00e0 repr\u00e9senter sur sc\u00e8ne un concentr\u00e9 de nos vies. Un spectacle qui fait le plus grand bien \u00e0 voir car c\u2019est l\u00e0 que le ph\u00e9nom\u00e8ne de catharsis, propre au th\u00e9\u00e2tre, prend toute son ampleur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Flora Courouge<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand le public entre dans la salle du Centquatre pour assister au spectacle <em>Grande, <\/em>Vimala Pons et Tsirihaka Harrivelsont sont d\u00e9j\u00e0 affair\u00e9s sur une sc\u00e8ne charg\u00e9e. Des objets, meubles divers, instruments de musique, tissus\u2026 Une classe de 6e qui assiste au spectacle s\u2019assied et discute de ce qui se passe sur le plateau\u00a0: \u00ab\u00a0On dirait un laboratoire\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019exclame l\u2019un des \u00e9l\u00e8ves. Peut-\u00eatre est-ce ces grandes tables qui forment comme des couloirs qui lui rappelle les salles de SVT\u00a0? Ou le fait que les artistes courent d\u2019un endroit \u00e0 un autre, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du spectacle, comme si une potion sur le feu ne devait pas bouillir plus de deux secondes. \u00c7a fourmille de partout, et ce sera le cas pendant tout le spectacle\u00a0: les artistes sont essouffl\u00e9s, en nage, ils doivent courir, un d\u00e9compte pr\u00e9c\u00e8de g\u00e9n\u00e9ralement les diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0revues\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celles-ci se succ\u00e8dent \u00ab\u00a0en d\u00e9sordre\u00a0\u00bb selon les artistes\u00a0: \u00ab\u00a0le spectacle commence par la fin\u00a0\u00bb. Au premier tableau, Vimala Pons porte un mannequin\u00a0qui a la t\u00eate en bas en \u00e9quilibre sur sa t\u00eate. Elle commence alors un \u00ab\u00a0abominable striptease\u00a0\u00bb comme l\u2019aurait probablement nomm\u00e9 Serge Gainsbourg : elle enl\u00e8ve une robe qui en cache une autre et ainsi de suite. Se succ\u00e8dent nombreuses robes, dont le style suit un ordre chronologique, dont l\u2019artiste cherche \u00e0 se d\u00e9p\u00eatrer. Elle finit compl\u00e8tement nue, non sans avoir rappel\u00e9 par un arrachage de bande de cire que cette nudit\u00e9 f\u00e9minine est elle-m\u00eame un v\u00eatement, non naturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suite du spectacle est une s\u00e9rie de revues. Les deux artistes s\u2019accompagnent musicalement. Ils ont tous deux leur sp\u00e9cialit\u00e9\u00a0: tandis qu\u2019elle porte de lourds poids sur sa t\u00eate, il s\u2019\u00e9l\u00e8ve gr\u00e2ce \u00e0 un crochet avant de se laisser tomber sur une esp\u00e8ce de toboggan en pente raide (nous n\u2019allons pas analyser cette triste distribution\u2026). Les revues mettent en sc\u00e8ne des couples, dans des situations quotidiennes banales ou plut\u00f4t b\u00eates et tristes. Les clich\u00e9s y sont us\u00e9s et rarement d\u00e9nonc\u00e9s, et si la volont\u00e9 de faire d\u2019une sc\u00e8ne de m\u00e9nage quelque chose de po\u00e9tique n\u2019est pas atteinte, c\u2019est tout de m\u00eame souvent dr\u00f4le, voire un peu path\u00e9tique. Catalogues d\u2019humeurs aussi, lancers de couteaux\u2026 Le spectacle est plut\u00f4t d\u00e9cousu finalement. On pense un peu \u00e0 Rebotier et ses essais d\u2019insolitude, mais c\u2019est bien moins touchant. \u00ab\u00a0Spectacle inachev\u00e9\u00a0\u00bb, pr\u00e9cisait le court texte de pr\u00e9sentation du programme. Inachev\u00e9 mais tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titif, brouillon mais pas si po\u00e9tique\u2026<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarah M\u00fcller<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au Centquatre se d\u00e9roule <em>Grande<\/em>, la pi\u00e8ce \u00e9galement pluridisciplinaire de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel. Avant m\u00eame d\u2019entrer dans la salle, une voix nous avertit du \u00ab\u00a0d\u00e9but de la revue dans 10 minutes\u00a0\u00bb. Cette voix, un peu robotique et sur un fond sonore un peu \u00e9trange, nous met d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019atmosph\u00e8re de ce qui va suivre. On nous distribue aussi une sorte de plan du spectacle, avec une liste des \u00ab\u00a0revues\u00a0\u00bb. En voyant leurs titres, on pourrait supposer qu&rsquo;elles seront des portraits de la vie quotidienne\u00a0: Revue d\u2019habits, Revue m\u00e9nag\u00e8re, Revue d\u2019histoire, Revue d\u2019amour\u2026<br \/>\nEn arrivant dans la salle, on est d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne\u00a0: l\u2019espace (il n\u2019y a pas de sc\u00e8ne \u00e0 proprement parler, les artistes performeront sur le sol vert fonc\u00e9 de la salle) est recouvert d\u2019objets divers et vari\u00e9s et dans un d\u00e9sordre complet mais qui semble aussi organis\u00e9. Devant, il y a une table o\u00f9 sont install\u00e9s divers claviers et micros, avec deux places face \u00e0 face. Derri\u00e8re celle-ci, cinq longues tables parall\u00e8les, jonch\u00e9es de tissus, de contenants, et de toutes choses plus ou moins identifiables forment des all\u00e9es, dans lesquelles \u00e9voluent des personnages en blouse, tels des scientifiques, semblant effectuer les derni\u00e8res mises au point. Le compte \u00e0 rebours est affich\u00e9 sur un grand panneau recouvert de draps sur lequel chaque chiffre est inscrit. Il y a aussi un \u00e9trange fond sonore, une esp\u00e8ce de battement qui pourrait ressembler \u00e0 un battement cardiaque, ponctu\u00e9 d\u2019autres percussions en synchronisation avec la lumi\u00e8re orange d\u2019un spot clignotant dans un coin de la salle. A moins une minute du d\u00e9but du spectacle, la voix robotique annonce que le spectacle commencera avec la revue num\u00e9ro 8, \u00ab\u00a0Revue d\u2019habits\u00a0\u00bb. C\u2019est parti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une femme (Vimala Pons) entre et avance dans une des rang\u00e9es, d\u2019une d\u00e9marche un peu encombr\u00e9e. Elle est v\u00eatue d\u2019une longue robe de mari\u00e9e blanche \u00e0 cerceaux, \u00e0 la mode d\u2019un si\u00e8cle assez lointain. Elle saisit un mannequin en plastique grandeur nature reposant nu sur le sol, et le pose en \u00e9quilibre sur sa t\u00eate, leurs deux t\u00eates comme attach\u00e9es par on ne sait quelle force d\u2019une autre gravit\u00e9. Faisant de petits pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre pour garder son \u00e9quilibre, elle commence \u00e0 se d\u00e9shabiller. Elle enl\u00e8ve sa robe, et en dessous nous pouvons en d\u00e9couvrir une autre. Puis une autre, puis un costume de nonne, un tailleur, une minijupe\u2026 Ainsi, c\u2019est cela la \u00ab\u00a0revue d\u2019habits\u00a0\u00bb, un strip-tease tr\u00e8s sp\u00e9cial nous exposant les stades du v\u00eatement de la femme au fil des ans (pour cause de limite physique cependant, la liste n\u2019est pas exhaustive). Pendant ce temps, son compagnon (Tsirihaka Harrivel) s\u2019occupe de la musique\u00a0; il a lanc\u00e9 une musique de fond et joue de la guitare \u00e9lectrique par-dessus. Sous les rires des spectateurs, la jeune femme finit compl\u00e8tement nue. Elle court vers un clavier et se met \u00e0 en jouer et \u00e0 taper avec des baguettes sur une percussion au-dessus d\u2019elle, faisant un bruit sourd. Leur musique, lancinante et entra\u00eenante, continue jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019homme couvre la femme d\u2019un peignoir et qu\u2019ils annoncent la \u00ab\u00a0fin de la revue\u00a0\u00bb. Le temps de se changer et de ranger le sol couvert de v\u00eatements, et \u00e7a repart.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une des nombreuses particularit\u00e9s de ce spectacle est que Vimala Pons porte, au sens propre du terme, tout sur elle. A l\u2019instar du mannequin dans la premi\u00e8re revue, elle porte aussi une poutre (sur laquelle Harrivel lance des couteaux), une machine \u00e0 laver, et d\u2019autres objets illustrant les diff\u00e9rents th\u00e8mes des revues, et son propos. Un geste hautement symbolique, et qui a le don d\u2019impressionner le spectateur \u00e0 chaque fois, les objets devenant de plus en plus imposants. Cela souligne aussi une certaine dimension du spectacle r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019art du cirque. Dans cette m\u00eame optique, la sp\u00e9cialit\u00e9 de Harrivel est de s\u2019accrocher \u00e0 diff\u00e9rents objets soulev\u00e9s du sol par une installation \u00e9lectrique manipul\u00e9e via des boutons par sa partenaire, et, \u00e0 la fin de ce trajet a\u00e9rien, de se laisser glisser sur ce qui ressemble \u00e0 une rampe de skateboard \u00e0 la pente vertigineuse. A chaque fois, le public retient son souffle, mais il se r\u00e9ceptionne toujours avec gr\u00e2ce, pour g\u00e9n\u00e9ralement effectuer une action en rapport avec le th\u00e8me de la revue\u00a0: enlacer sa partenaire, renverser une table garnie d\u2019un g\u00e2teau d\u2019anniversaire, ou parler dans un micro qui nous transmettra en d\u00e9cal\u00e9, quelques secondes plus tard, ce qu\u2019il a chuchot\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Revue\u00a0extraite est celle que j\u2019ai le plus appr\u00e9ci\u00e9e. On d\u00e9couvre l\u2019incroyable talent d\u2019actrice de Vimala Pons au travers de cette peinture th\u00e9\u00e2trale des diff\u00e9rentes humeurs de l\u2019\u00eatre humain. Calme forc\u00e9, stress, tristesse et pleurs bruyants, rires tonitruants, la com\u00e9dienne passe d\u2019un \u00e9tat \u00e0 l\u2019autre en une fraction de seconde, avec une virtuosit\u00e9 presque d\u00e9stabilisante. Elle finit m\u00eame par se casser des assiettes sur la t\u00eate, et change de personnage \u00e0 chaque assiette\u00a0; l\u2019effet en est encore plus frappant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sort de ce spectacle r\u00e9joui par tant d\u2019\u00e9nergie, mais aussi avec des interrogations dans la t\u00eate et le conseil de la part des interpr\u00e8tes de continuer la pi\u00e8ce en sortant, dans notre vie r\u00e9elle, car, \u00ab\u00a0le th\u00e8me du spectacle, c\u2019est ce qui nous \u00e9chappe et ce qu\u2019on raconte malgr\u00e9 nous.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lola Niedermayer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Grande<\/em> est une cr\u00e9ation des artistes Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons, deux figures du Cirque d&rsquo;aujourd&rsquo;hui qui travaillent ensemble depuis 2005. Le spectacle est compos\u00e9 de cinq \u00ab\u00a0reprises\u00a0\u00bb et raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;amour des deux protagonistes, relation qui chancelle entre la sensualit\u00e9 et la haine, la s\u00e9paration et la reprise, la lenteur et la rapidit\u00e9, la profusion d&rsquo;\u00e9motions et le recul. En fait, l&rsquo;histoire racont\u00e9e est tr\u00e8s saccad\u00e9e ; le fait que Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons annoncent leur spectacle avec les mots \u00ab\u00a0On commence par la fin\u00a0\u00bb illustre que les diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0reprises\u00a0\u00bb ne suivent pas un ordre chronologique ou logique, mais un rythme particulier aux deux artistes. Ainsi, c&rsquo;est au spectateur de compl\u00e9ter les lacunes entre les sc\u00e8nes, et d&rsquo;identifier l&rsquo;histoire sous-jacente qui, dans la multitude d&rsquo;images, semble parfois se brouiller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui \u00e9tonne le plus en regardant le spectacle, c&rsquo;est l&rsquo;utilisation des d\u00e9cors, la sc\u00e9nographie en g\u00e9n\u00e9ral qui absorbe le spectateur : la rapidit\u00e9 avec laquelle les artistes changent d&rsquo;accessoires pour illustrer leur propos capte l&rsquo;attention du spectateur et cr\u00e9e un effet d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre le rire, l&rsquo;\u00e9tonnement sur l&rsquo;acrobatie et la profonde tristesse qui marque l&rsquo;histoire de la s\u00e9paration et des \u00e9checs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix intentionnel des costumes est illustr\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du spectacle. Puisque l&rsquo;aspect vestimentaire joue un r\u00f4le important dans l&rsquo;histoire d&rsquo;amour, Vimala Pons para\u00eet dans la premi\u00e8re reprise dans une robe de mari\u00e9e qu&rsquo;elle enl\u00e8ve et sous laquelle elle porte une robe tzigane, qu&rsquo;elle enl\u00e8ve de nouveau, etc. Sous la robe de mari\u00e9e, de multiples identit\u00e9s identifiables gr\u00e2ce aux habits (robe d&rsquo;une religieuse, burqa, tablier d&rsquo;une femme \u00e0 m\u00e9nage, slip d&rsquo;une strip-teaseuse&#8230;) jusqu&rsquo;\u00e0 la nudit\u00e9, qui ne semble d&rsquo;ailleurs pas \u00eatre un choc pour le public, car celui-ci l&rsquo;a attendu \u00e0 cause du mannequin nu que Pons balance d\u00e8s le d\u00e9but du spectacle sur sa t\u00eate, acrobatie remarquable, tout en se d\u00e9shabillant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un deuxi\u00e8me aspect de la sc\u00e9nographie est l&rsquo;utilisation des techniques et m\u00e9dias qui donnent l&rsquo;impression de la multiplication des identit\u00e9s des deux acteurs, qui, accompagn\u00e9s du rythme haletant d&rsquo;une batterie, accomplissent tous les actes eux-m\u00eames. Ainsi, les acteurs ont recours au retardement sonore : si un acte d&rsquo;acrobatie au deuxi\u00e8me plan de la sc\u00e8ne suit \u00e0 une phrase prononc\u00e9e dans un microphone au premier plan, le microphone est, au moment o\u00f9 ils prononcent leur phrase, sourd ; et quand l&rsquo;artiste a atteint sa position pour l&rsquo;acrobatie, la voix record\u00e9e est jou\u00e9e et ajout\u00e9e par les mots de l&rsquo;acteur sans microphone. Ceci cr\u00e9e un effet de multiplication et superposition d&rsquo;identit\u00e9s, car le d\u00e9calage temporel et le m\u00e9lange avec le <em>live<\/em> m\u00eale le pass\u00e9 au pr\u00e9sent, ce qui souligne l&rsquo;aspect de la m\u00e9moire et de l&rsquo;\u00e9cho des paroles dans la relation homme-femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un troisi\u00e8me aspect qui contribue au rythme tr\u00e9pident de la repr\u00e9sentation est l&rsquo;utilisation de l&rsquo;espace, et le choix des actes d&rsquo;acrobatie par Harrivel et Pons. Le fait que les deux acteurs remplissent toute la sc\u00e8ne par leur mouvement (qui semble parfois gratuit, comme les acteurs courent au mur de l&rsquo;arri\u00e8re-plan juste pour le toucher et pour retourner au milieu de la sc\u00e8ne) influence la perception de la relation amour\/haine du couple : la chasse du moment, l&rsquo;absorption dans des efforts infructueux et la grossi\u00e8ret\u00e9 dans le contact avec le partenaire dans une sorte de danse grotesque brise la relation.<br \/>\nTandis que Pons montre d&rsquo;excellents actes d&rsquo;acrobatie, balan\u00e7ant de divers objets (un mannequin, une \u00e9chelle, un lave-linge, une barre en bois sur laquelle Harrivel jette des couteaux) sur la t\u00eate, Harrivel brille par l&rsquo;acrobatie dans l&rsquo;air : \u00e0 de multiples reprises, il s&rsquo;accroche \u00e0 des objets divers (une chaise, une porte, un microphone) et est enlev\u00e9 dans l&rsquo;air par un crochet et tombe d&rsquo;une hauteur d&rsquo;environ cinq m\u00e8tres sur un toboggan en chute libre sur terre. L&rsquo;effet de surprise sur l&rsquo;aisance physique des acteurs, et le rire sur le choix des accessoires utilis\u00e9s donne portant un effet tragique qui est inh\u00e9rent \u00e0 la relation bris\u00e9e et reprise \u00e0 maintes fois sans succ\u00e8s des deux protagonistes.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Andrea Possmayer<\/h6>\n<pre>Photo : Pons\/Harrivel<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville (Centquatre-Paris) | En savoir plus Le collectif Ivan Mosjoukine pr\u00e9sente son nouveau spectacle au 104, appel\u00e9 Grande, \u00ab\u00a0l\u2019histoire inachev\u00e9e d\u2019un spectacle \u00e0 compl\u00e9ter soi-m\u00eame par sa vie de spectateur en quittant la salle\u00a0\u00bb. 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