{"id":8279,"date":"2017-02-02T20:00:56","date_gmt":"2017-02-02T19:00:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8279"},"modified":"2017-02-02T20:00:56","modified_gmt":"2017-02-02T19:00:56","slug":"more-more-more-future","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8279","title":{"rendered":"more more more&#8230;future"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | <a href=\"http:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/spectacle-faustinlinyekulamoremoremorefuture-1014\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faustin Linyekula met en sc\u00e8ne au Th\u00e9\u00e2tre des Abesses, <em>More more more\u2026 future<\/em>, o\u00f9 musique et danse cohabitent, parfois de mani\u00e8re discordante, parfois de mani\u00e8re harmonieuse, cr\u00e9ant ainsi un spectacle tr\u00e8s dynamique devant lequel l\u2019horizon d\u2019attente est en permanence d\u00e9stabilis\u00e9. L\u2019artiste entend pr\u00e9senter en musique, danse et \u2013 ce qui ponctue peut-\u00eatre le plus singuli\u00e8rement l\u2019espace \u2013 po\u00e9sie, le drame et l\u2019\u00e9nergie intrins\u00e8que du Kinshasa (Congo) qu\u2019il connait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne contrastent brillamment la tradition congolaise et l&rsquo;impact de la mondialisation\u00a0; entre l&rsquo;abrasif des tenues \u00e0 paillettes rouges et or criardes, le style militaire (long trench kaki et pantalon noir), les vestes en tissu tribal \u00e0 \u00e9pais froufrous et les bustes nues qui laissent appara\u00eetre des muscles fins et cisel\u00e9s, envo\u00fbtants\u00a0; entre une po\u00e9sie engag\u00e9e, des morceaux de danse psych\u00e9d\u00e9lique, l&rsquo;influence traditionnelle congolaise et le rock brutal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le show \u2013 puisqu\u2019il s\u2019agit v\u00e9ritablement d\u2019un show \u2013 se d\u00e9roule, entrecoup\u00e9 par des moments de cacophonie g\u00e9n\u00e9rale durant lesquels les acteurs ont des altercations violentes, impossibles \u00e0 comprendre nettement pour le spectateur, comme une fa\u00e7on de dire au spectateur \u00ab\u00a0toi devant ton fauteuil, comme devant ta t\u00e9l\u00e9vision ou ta radio, que peux-tu saisir en profondeur\u00a0de ce qui vibre l\u00e0-bas\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout l\u2019espace de la sc\u00e8ne est habit\u00e9 par trois danseurs, deux chanteurs et trois musiciens, constituant trois groupes relativement distincts. L\u2019attention du public est orient\u00e9e successivement vers chacun des diff\u00e9rents groupes &#8211; alors m\u00eame que parfois, ils sont de dos et dans le fond de la sc\u00e8ne, d\u00e9jouant ainsi les codes de la sc\u00e9nographie traditionnelle \u2013, le seul moment d&rsquo;union entre tous les protagonistes est un moment de danse ; symbolisant peut-\u00eatre que l\u00e0 r\u00e9side encore le c\u0153ur vibrant du Congo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re hautement h\u00e9t\u00e9roclite de <em>more more more\u2026 future<\/em> est tellement pr\u00e9gnant que l\u2019on sort du spectacle, l\u2019esprit divis\u00e9 entre de tr\u00e8s diff\u00e9rentes \u00e9motions, finalement incapable de r\u00e9sumer l\u2019action ou de d\u00e9crire une ligne conductrice. Il semble toutefois que l\u00e0 r\u00e9side l\u2019enjeu de la repr\u00e9sentation, donner \u00e0 \u00e9prouver la complexe r\u00e9alit\u00e9 du Congo, la fulgurante et non conventionnelle beaut\u00e9 qui jaillit aujourd\u2019hui d\u2019influences contraires et qu\u2019illustre \u00e0 merveille le ndombolo, \u00e0 la fois rumba et break danse, \u00e0 la fois danse et chant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ali\u00e9nor Bazin<\/h6>\n<hr \/>\n<blockquote><p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong>More More More \u2026 Future est un cri de rage. Et, parfois je me demande si ce n\u2019est pas un cri de d\u00e9sespoir.<em><br \/>\n<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les nuits \u00e0 Kinshasa ont v\u00e9ritablement un sens. Dans cette m\u00e9tropole surpeupl\u00e9e au bord du pr\u00e9cipice, la nuit permet d\u2019oublier ce que le jour rappelle constamment\u00a0: l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 envisager le futur, l\u2019inaptitude d\u2019un pays \u00e0 proposer un avenir \u00e0 sa jeunesse. La nuit \u00e0 Kinshasa, on chante, danse, clame haut et fort son d\u00e9sir de r\u00e9volte sur des airs de ndombolo, <em>pop-music<\/em> locale aux origines h\u00e9t\u00e9roclites de funk, rumba, rythmes traditionnels et sex machine. Alors que la <em>punk<\/em>&#8211;<em>music <\/em>affiche ouvertement son pessimiste \u00ab\u00a0<em>no future\u00a0\u00bb, <\/em>le ndombolo rassemble les jeunes congolais autour d\u2019un sentiment beaucoup plus optimiste\u00a0: il faut consommer cette puissance de vivre et la porter \u00e0 son paroxysme. Dans un d\u00e9cor obscur \u00e0 peine \u00e9clair\u00e9 par quelques n\u00e9ons jaunes, Faustin Linyekula reproduit cette atmosph\u00e8re propice \u00e0 la f\u00eate, \u00e0 la jouissance, \u00e0 la beaut\u00e9. Ainsi, les huit com\u00e9diens noirs de de la troupe de \u00ab\u00a0More More More \u2026 Future\u00a0\u00bb, se lancent corps et \u00e2mes dans ce qui ressemble sans doute \u00e0 un hymne \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans \u00ab\u00a0More More More \u2026 Future\u00a0\u00bb, le d\u00e9cor quasi inexistant traduit une volont\u00e9 de canaliser l\u2019attention du public tant sur la performance des com\u00e9diens que sur leurs costumes, \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor \u00e0 part enti\u00e8re. Seuls deux micros et deux chaises occup\u00e9es par les musiciens font partie de ce d\u00e9cor sombre et intimiste. En reproduisant ainsi une sc\u00e8ne de vie nocturne, le chor\u00e9graphe donne \u00e0 voir l\u2019appr\u00e9hension m\u00eame de l\u2019existence. Les trois danseurs v\u00eatus de pantalons l\u00e9opard, de chemises \u00e0 carreaux vieillies et d\u2019un \u00e9norme costume \u00e0 frou-frou en plastique sur lequel sont imprim\u00e9s des billets de banques, livrent une performance sc\u00e9nique incroyable. Entre capharna\u00fcm g\u00e9n\u00e9ral et mouvements minutieusement \u00e9labor\u00e9s, la chor\u00e9graphie de Faustin Linyekula est au premier abord, difficile \u00e0 cerner. Ambigu\u00eb, elle sugg\u00e8re d\u2019une part que les com\u00e9diens ne sont pas pr\u00e9par\u00e9s et qu\u2019ils dansent et chantent pour eux-m\u00eames, comme si le public assistait \u00e0 un de ces rassemblements quotidiens nocturnes, sans y avoir \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 ; mais d\u2019autre part, sa richesse montre bien que m\u00eame la plupart des mouvements les plus d\u00e9brid\u00e9s paraissent rigoureusement contr\u00f4l\u00e9s. Tant\u00f4t convulsives et semblables \u00e0 un \u00e9tat de transe, tant\u00f4t subtiles et ouvertement sexuelles, les danses se m\u00ealent avec brio aux rythmes des guitares. \u00ab\u00a0<em>More More More \u2026 Future\u00a0\u00bb<\/em> nous tient. Il n\u2019y pas de r\u00e9pit possible, chaque seconde dans\u00e9e ou chant\u00e9e semble \u00eatre le reflet d\u2019une \u00e9motion beaucoup plus profonde. Saisir le sens de cette performance quasi \u00e9sot\u00e9rique, c\u2019est passer outre ses allures loufoques pour comprendre le sens d\u2019une r\u00e9volte. Tous ext\u00e9riorisent \u00e0 leur mani\u00e8re une souffrance commune et exacerbent leur mal-\u00eatre en le contrant. Le bonheur \u00e0 outrance, la jouissance sans mod\u00e9ration, semblent \u00eatre leur seule alternative \u00e0 cette \u00e9preuve. Ensemble, ils rejettent ce qui les emp\u00eache de clamer leur envie de vivre. Ensemble, ils se d\u00e9barrassent des carcans impos\u00e9s par une soci\u00e9t\u00e9 qui les contraint \u00e0 ne vivre que pour le pr\u00e9sent, une soci\u00e9t\u00e9 artificielle s\u00e9duite par l\u2019argent et les paillettes. Ils courent, sautent, crient, convulsent et revendique leur puissance de vivre sans pour autant chercher l\u2019approbation, ni m\u00eame la compassion. Aussi, ces \u00e9normes costumes sur lesquels sont imprim\u00e9s tant\u00f4t des billets de banques, tant\u00f4t des rayures aux couleurs vives, r\u00e9duisent leurs mouvements et les emp\u00eachent de bouger librement. Les mouvements qui leur permettent d\u2019ext\u00e9rioriser cette col\u00e8re, sont frein\u00e9s par une masse encombrante qu\u2019ils portent sur leur \u00e9paule. Cette id\u00e9e de poids est alors associ\u00e9e \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 pesante qui les contraint \u00e0 ne vivre que d\u2019une certaine fa\u00e7on, qui restreint leur possibilit\u00e9 d\u2019avenir, leur bonheur. Chaque minute est pour eux une opportunit\u00e9 de se lib\u00e9rer de ce fardeau et ainsi d\u2019appr\u00e9hender un peu plus leur libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois, apr\u00e8s de longs passages acharn\u00e9s de danses fr\u00e9n\u00e9tiques, les danseurs s\u2019arr\u00eatent et se laissent tomber sur le sol en faisant murmurer leur costume. Les guitares se taisent. La soci\u00e9t\u00e9 les a eus. Ne pas c\u00e9der, trouver le courage de se relever, voil\u00e0 la force de ces hommes. Le mugissement des guitares a laiss\u00e9 place \u00e0 son beaucoup plus \u00e9th\u00e9r\u00e9, Faustin Linyekula se rel\u00e8ve et continue \u00e0 danser, seul, apr\u00e8s avoir sensuellement \u00f4t\u00e9 son costume. Epuis\u00e9 par sa performance pr\u00e9c\u00e9dente, son corps semi-d\u00e9nud\u00e9 affiche ostensiblement la souffrance. Les ondulations scabreuses de son corps miment la perte de contr\u00f4le tant physique que mentale. Ce corps torse-nu, habit\u00e9 par une sorte de pulsion inextinguible, transpire, s\u2019essouffle et cela fait partie de ce qu\u2019il faut montrer. L\u2019\u00e9motion qui s\u2019y d\u00e9gage, laisse sans voix. Rien ne semble pouvoir le perturber, pas m\u00eame les regards \u00e9bahis de quelques trois cent spectateurs. Il danse pour lui. Non, le public n\u2019est pas venu assister \u00e0 une quelconque repr\u00e9sentation o\u00f9 des com\u00e9diens interpr\u00e9teraient tel ou tel personnage de sorte \u00e0 les divertir\u00a0; il assiste \u00e0 un moment de vie, s\u2019initie dans le quotidien d\u2019hommes qui ne jouent pas \u00e0 \u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre puisqu\u2019ils sont le personnage qu\u2019ils montrent.\u00a0Ils racontent leur histoire. Ainsi, la pi\u00e8ce est donc entrecoup\u00e9e de chapitres dont les titres sont projet\u00e9s sur un \u00e9cran au fond de la sc\u00e8ne, \u00ab\u00a0<em>demain, on ne sait pas\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0comme des proph\u00e8tes<\/em>\u00a0<em>\u00bb, \u00ab\u00a0ainsi chantait Zarathoustra\u00a0\u00bb. <\/em>Aussi, \u00e0 plusieurs reprises, les hommes montrent leur d\u00e9sint\u00e9r\u00eat total pour le public\u00a0: ils se rassemblent au fond de la sc\u00e8ne pour tous chanter des chants traditionnels congolais, ou bien chahutent \u00e0 coup de chaises volantes et de costumes laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon. Alors, les paillettes de leurs vestes recommencent \u00e0 jaillir, les bras se laissent aller \u00e0 de m\u00eames mouvements excentriques et, les yeux \u00e0 nouveau ferm\u00e9s, ils se perdent encore et encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce d\u00e9sir profond de ne pas seulement vivre pour le pr\u00e9sent mais aussi bien pour l\u2019avenir, les ronge et les pousse au-del\u00e0 de leurs propres limites. Alors que d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ils expriment par la danse cette soif de libert\u00e9, de l\u2019autre, ils r\u00e9citent, dans un fracas incandescent de voix, les textes col\u00e9riques de l\u2019ancien prisonnier politique Antoine Vumilia Muhindo. Symboliquement v\u00eatus de ce qu\u2019ils rejettent\u00a0: d\u2019or, de paillettes, de luxe, d\u2019argent, Zing Kapaya et Pasnas Mafutala hurlent leur d\u00e9tresse \u00e0 coup de mots\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Carpe Diem, mes fr\u00e8res, ici, c\u2019est l\u2019Afrique\u00a0\u00bb.<\/em> Quelle performance cerner alors pendant ces instants incontr\u00f4l\u00e9s de pure d\u00e9mence o\u00f9 tous dansent sans rel\u00e2che jusqu\u2019\u00e0 ne plus pouvoir respirer\u00a0? Qui entendre quand les voix des chanteurs sont recouvertes par le vacarme incessant des musiciens\u00a0?\u00a0 Rien ne semble ne plus avoir de sens, tout se m\u00eale dans une sorte de bazar artistique sans nom, les chanteurs deviennent des danseurs, et les danseurs des chanteurs tandis que la pi\u00e8ce prend des allures de carnaval enrag\u00e9. Les huit com\u00e9diens s\u2019accaparent l\u2019espace sc\u00e9nique et en font leur terrain de jeu nocturne, leur terrain de folie. Ils le questionnent, essayent de trouver leur r\u00e9ponse dans la performance de l\u2019autre, dans leur propre performance. En effet, \u00e0 un certain moment, une danse peut ne pas avoir de sens sans la performance jumelle de l\u2019autre, ne peut s\u2019exprimer sans cette osmose qui unit les corps torse-nus des trois danseurs, mais elle peut aussi prendre, \u00e0 un autre moment, tout son sens par son interpr\u00e9tation unique, lorsque le guitariste Flamme Kapaya joue seul, le temps de quelques notes, des riffs ensorcelants dans une salle silencieuse, ou bien, quand la voix tonitruante de Pasnas Mafutala gronde seule, quelques paroles riches de sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">V\u00e9ritable cercle vicieux, la pi\u00e8ce oscille constamment entre performance excessive et lent moment de po\u00e9sie pour finalement se terminer sur un instant touchant et sinc\u00e8re qui contraste alors avec le reste de la pi\u00e8ce, sans doute trop flamboyante. Les huit hommes assis en ligne sur le devant de la sc\u00e8ne sont dos au public et regardent avec attention un \u00e9cran lumineux sur lequel d\u00e9filent des nuages. Comme des enfants allong\u00e9s sur le sol qui observeraient le ciel se sorte donner une signification aux formes des nuages, ils semblent paisibles et soulag\u00e9s de s\u2019\u00eatre livr\u00e9. Cet avenir est devant eux, il le regarde, ils en r\u00eavent. Les portraits souriants des huit hommes s\u2019affichent ensuite sur l\u2019\u00e9cran, ils ne sont plus dos au public, mais devant nous, souriants sur cet \u00e9cran. Alors, la lumi\u00e8re n\u2019\u00e9claire plus le devant de la sc\u00e8ne o\u00f9 ils ne sont plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec cette pi\u00e8ce, Faustin Linyekula redessine les contours d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s vaporeux de la danse contemporaine. De la symbiose flamboyante entre danse et chant, nait un concert de danse atypique, sans doute un peu long et parfois difficile \u00e0 cerner. Nudit\u00e9 du d\u00e9cor et extravagance des costumes se m\u00ealent \u00e0 une mise sc\u00e8ne survolt\u00e9e. Pendant une heure trente, Faustin Linyekula donne \u00e0 voir une r\u00e9alit\u00e9 peu connue, une vision de la vie entre r\u00e9volte d\u00e9structur\u00e9e et d\u00e9lectation po\u00e9tique. Comment continuer \u00e0 vivre une vie sans lendemain\u00a0? Pour ces hommes, le seul moyen de continuer \u00e0 vivre, c\u2019est de trouver le courage d\u2019affronter l\u2019avenir et de se dire \u00ab\u00a0<em>More More More \u2026 Future<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laura-Line Fady<\/h6>\n<hr \/>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carpe diem parce que demain on ne sait pas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 2 f\u00e9vrier 2016, au th\u00e9\u00e2tre des Abbesses, se tenait la repr\u00e9sentation de \u00ab\u00a0More more more\u2026 Future\u00a0\u00bb,\u00a0 un spectacle de danse contemporaine chor\u00e9graphi\u00e9 par Faustin Linyekula. Sur sc\u00e8ne, les 8 artistes, 3 danseurs, 3 musiciens, et deux chanteurs, s\u2019\u00e9taient donn\u00e9s pour mission de nous faire voyager vers les nuits de Kinshasa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, \u00e0 l\u2019apparition des huit artistes sur la sc\u00e8ne, tous des hommes, on aurait pu avoir peur d\u2019un spectacle un peu trop ancr\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la testost\u00e9rone, on est vite d\u00e9tromp\u00e9 par le choix du chor\u00e9graphe de faire porter aux trois danseurs des sortes de boubous color\u00e9s, qui, par la superposition des tissus, proposent un spectacle o\u00f9 le corps est oubli\u00e9 pour mettre en avant les mouvements de ces tissus. On se perd \u00e0 regarder ces robes, qui nous transportent rapidement vers l\u2019univers du chor\u00e9graphe, et donnent une nouvelle dimension au spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le spectacle qui nous est propos\u00e9 n\u2019est pas seulement une red\u00e9couverte de la danse, c\u2019est aussi un moment de partage. Ici aussi, le choix audacieux du chor\u00e9graphe de mettre sur sc\u00e8ne les musiciens, et de l\u00e0, qu\u2019une partie de l\u2019espace sc\u00e9nique soit occup\u00e9 par les instruments, donne une perspective int\u00e9ressante, puisque tous les artistes sont part int\u00e9grante du spectacle. Ces derniers se r\u00e9unissent ainsi \u00e0 un moment, au fond de la sc\u00e8ne, en cercle, dans un temps soulignant la proximit\u00e9 et le c\u00f4t\u00e9 chaleureux de cette culture dans laquelle Linyekula veut nous entra\u00eener.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le message est optimiste, comme le souligne le titre, en clin d\u2019\u0153il au \u00ab\u00a0No future\u00a0\u00bb punk. Et pourtant, il ne nie pas les r\u00e9alit\u00e9s et les difficult\u00e9s que peut rencontrer Kinshasa. En t\u00e9moignent les paroles engag\u00e9es des chansons, dont les paroles sont affich\u00e9es sur l\u2019\u00e9cran g\u00e9ant au fond de la sc\u00e8ne, et am\u00e8nent un regard philosophique sur la sc\u00e8ne. De m\u00eame, la sc\u00e8ne de r\u00e9volte o\u00f9 danseurs, musiciens, chanteurs, se m\u00e9langent tous dans un charivari, souligne cette culture des nuits de Kinshasa, cette ambiance \u00e0 la fois festive et sauvage qui entra\u00eene le public, lui donne envie de se m\u00ealer au rythme effr\u00e9n\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Spectacle de danse, de chant, de musique, de th\u00e9\u00e2tre\u00a0?\u00a0 Linyekula floute les limites de ces diff\u00e9rents arts dans <em>More more more\u2026 Future<\/em>, et r\u00e9ussit son objectif en faisant de ce spectacle de danse bien plus qu\u2019une prouesse technique. C\u2019est un v\u00e9ritable voyage r\u00e9flexif, qui, partant de Kinshasa, am\u00e8ne \u00e0 penser le futur de fa\u00e7on r\u00e9aliste, mais optimiste, dans une volont\u00e9 de communion, bien exprim\u00e9 par ce refrain \u00ab\u00a0carpe diem parce que demain, on ne sait pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Roxane G\u00e9lineau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concert de danse contemporaine <em>more more more \u2026 future<\/em> propos\u00e9 par le danseur chor\u00e9graphe et metteur en sc\u00e8ne Faustin Linyekula du 31 janvier au 4 f\u00e9vrier 2017 au Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses, est une pi\u00e8ce aussi remarquable par son originalit\u00e9 que par la puissance qu\u2019elle d\u00e9gage. Marqu\u00e9e \u00e0 la fois par des moments tr\u00e8s forts, par des moments de tensions, comme par des moments plus calmes, cette pi\u00e8ce pourrait \u00e0 premi\u00e8re vue pr\u00e9senter une chronologie pour le moins d\u00e9sordonn\u00e9e. Mais, au fur et \u00e0 mesure que le temps passe, une v\u00e9ritable progression logique s\u2019installe, inscrivant l\u2019histoire dans un contexte social et politique congolais tout \u00e0 fait r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, l\u2019ensemble des personnes pr\u00e9sentes sur sc\u00e8ne sont noires\u00a0: elles conf\u00e8rent ainsi \u00e0 la pi\u00e8ce une puissance symbolique. Les huit hommes pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne sont au m\u00eame titre, les propres cr\u00e9ateurs de ce qui se d\u00e9roule sur l\u2019espace de la repr\u00e9sentation, ne pr\u00e9sentant par ailleurs aucun d\u00e9cor. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 se trouve un orchestre, compos\u00e9 d\u2019un guitariste, d\u2019une bassiste et d\u2019un batteur, dont les sons produits accompagnent les deux chanteurs situ\u00e9s de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne, ainsi que trois jeunes danseurs v\u00eatus de tenus tout \u00e0 fait particuli\u00e8res r\u00e9alis\u00e9es avec ce qui ressemblerait \u00eatre du papier coll\u00e9. Chanteurs, musiciens et danseurs, vont donc pendant une heure et demi s\u2019exprimer par la musique, la voix et le corps dans une atmosph\u00e8re rythm\u00e9e par les \u00e9clairages. Accompagn\u00e9s par les voies graves des chanteurs, les danseurs, ensemble ou s\u00e9par\u00e9ment, vont occuper de mani\u00e8re tout \u00e0 fait singuli\u00e8re la totalit\u00e9 de la sc\u00e8ne. La profondeur des paroles chant\u00e9es en fran\u00e7ais est amplifi\u00e9e par un dispositif num\u00e9rique projetant sur le fond de l\u2019espace de repr\u00e9sentation les paroles prononc\u00e9es par les chanteurs. Reprenant des po\u00e8mes d\u2019Antoine Vumilia Muhindo, se sont ici de puissants chants qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans le th\u00e9\u00e2tre. Sur des sonorit\u00e9s m\u00e9lancoliques ou beaucoup plus rythm\u00e9es, les notions de future, d\u2019avenir, de droit, de libert\u00e9, et de violence sont abord\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gestuelle des danseurs va \u00e9galement progresser\u00a0tout au long de la pi\u00e8ce : se lib\u00e9rant de leur costume, leur corps \u00e0 moiti\u00e9 v\u00eatu semble s\u2019exprimer d\u2019une mani\u00e8re toute autre, laissant v\u00e9ritablement apparaitre l\u2019effort de leurs muscles et la volont\u00e9 d\u2019expression qu\u2019ils t\u00e9moignent dans leurs mouvements. \u00a0Certains moments de la pi\u00e8ce sont caract\u00e9ris\u00e9s par une v\u00e9ritable coh\u00e9sion de la troupe o\u00f9 les musiciens deviennent danseurs, et danseurs deviennent chanteurs. C\u2019est v\u00e9ritablement en \u00e9tant poss\u00e9d\u00e9s par une force int\u00e9rieure que ces hommes noirs nous livrent un t\u00e9moignage authentique de leur quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeux de la pi\u00e8ce est donc bien plus grand qu\u2019il n\u2019y parait\u00a0: au-del\u00e0 d\u2019une musicalit\u00e9 et d\u2019une chor\u00e9graphie nouvelle, la repr\u00e9sentation propos\u00e9e par la troupe s\u2019apparente \u00e0 un v\u00e9ritable appel \u00e0 la vie. C\u2019est avec puissance, violence et subtilit\u00e9 que la r\u00e9alit\u00e9 de la jeunesse congolaise est ici exprim\u00e9e. Certaines paroles prononc\u00e9es par les chanteurs raisonnent dans nos t\u00eates\u00a0: \u00ab\u00a0Tu y a droit \u2026 future\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Demain on ne sait pas\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Garde dans ton c\u0153ur le d\u00e9sir du feu allum\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Cr\u00e9puscule des idoles, mort des id\u00e9ologies\u00a0\u00bb \u2026 Lorsque la fin du spectacle se fait ressentir, le visage des huit hommes repr\u00e9sent\u00e9s sur un fond de nuage d\u00e9filent sur le fond de sc\u00e8ne. Les nombreuses r\u00e9f\u00e9rences philosophiques de la pi\u00e8ce comme <em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em>, \u0153uvre majeure du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, renvoie une fois de plus \u00e0 l\u2019appel de libert\u00e9 de cette jeunesse congolaise, \u00e0 l\u2019appel de quelque chose de plus, \u00e0 l\u2019appel du futur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Orlane Lefeuvre<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concert, danse ou th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Avec <em>more more more\u2026 future<\/em>, la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre est une salle de concert et de dance floor dans un m\u00eame espace. Batteur et guitaristes \u00e0 gauche, chanteurs \u00e0 droite, et trois danseurs qui prennent progressivement possession de l\u2019espace en faisant monter les sursauts de leurs corps, alors que la nuit avance, et que la musique devient de plus en plus br\u00fblante. Dans cette pi\u00e8ce musicale <em>contemporaine<\/em> (comme il convient de parler du genre), les chanteurs et les instrumentistes se r\u00e9pondent, s\u2019influencent\u00a0: ils s\u2019accordent en se lan\u00e7ant dans des morceaux o\u00f9 ils semblent improviser, comme en session jam. Ils s\u2019affrontent et se battent parfois, et la couleur musicale en est transform\u00e9e. Dans cet ensemble, les deux chanteurs sont des personnages \u00e9volutifs, plus mobiles et distincts l\u2019un de l\u2019autre, tandis que le batteur, le guitariste et le bassiste gardent leurs positions, comme s\u2019ils \u00e9taient tenus de continuer \u00e0 jouer, quelle que soit la tournure des \u00e9v\u00e9nements autour d\u2019eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019un des chanteurs projette une voix po\u00e9tique, qui circule en symbiose avec l\u2019atmosph\u00e8re obscure et fi\u00e9vreuse de la nuit congolaise. Cette voix, c\u2019est celle d\u2019Achille Mbembe, dont les phrases sont grinc\u00e9es par l\u2019acteur au rythme des th\u00e8mes m\u00e9tal des musiciens, phrases qui d\u00e9filent \u00e9galement en projection sur le mur du fond, les gravant dans la mati\u00e8re chaude et dense qui se d\u00e9gage de l\u2019ambiance. La musique s\u2019accroche, elle poursuit son \u00e9l\u00e9vation avec un acharnement furieux\u00a0; malgr\u00e9 cela, la vibration la plus solide est produite par la danse, o\u00f9 le corps ne s\u2019arr\u00eate litt\u00e9ralement jamais de bouger. Les trois danseurs, apr\u00e8s avoir d\u00e9ploy\u00e9 lentement chaque membre de leurs corps dans la phase de pr\u00e9mices du ndombolo, atteignent une effervescence o\u00f9 les corps forment un flux continu de mouvement dans lequel, quoi qu\u2019ils fassent, il reste toujours un lancer de bras, de jambes, un tremblement des hanches ou des \u00e9paules\u2026 qui persistent lorsque la musique s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le descriptif de G\u00e9rard Mayen (dans le livret du spectacle) met en lumi\u00e8re la r\u00e9f\u00e9rence aux nuits de Kinshasa au Congo, o\u00f9 les jeunes dansent le ndombolo en attendant le jour, pour saper le sentiment de destruction qui frappe la ville. Et dans ce d\u00e9cha\u00eenement du corps et de sa sensualit\u00e9, dans l\u2019ivresse d\u2019un rock africain fr\u00e9n\u00e9tique, en secret de la sombre r\u00e9alit\u00e9 du jour, la voix oppose deux le\u00e7ons\u00a0: <em>no future<\/em>, et <em>more future<\/em>. La premi\u00e8re et fameuse expression punk est associ\u00e9e \u00e0 un message r\u00e9pressif de la part du chanteur, qui hurle \u00e0 la sc\u00e8ne \u00ab\u00a0Coupez le son\u00a0!\u00a0\u00bb. Un message qui n\u2019est rapidement plus entendu par les musiciens et danseurs, qui renversent alors la tendance en imposant un rythme endiabl\u00e9, qui r\u00e9p\u00e8te, qui grandit, s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, et proclame ainsi un encore plus, <em>more<\/em>, <em>more<\/em>, <em>more<\/em>. C\u2019est lorsque la voix d\u00e9faitiste \u2013 nous pouvons m\u00eame dire rabat-joie \u2013 du <em>no future<\/em> est abattue que l\u2019expression est renvers\u00e9e dans sa dimension positive\u00a0: le futur arrive, avec la fin de la nuit, mais au lieu de le repousser, de tenter d\u2019y \u00e9chapper, on se pr\u00e9cipite vers lui, on prend tout ce qui est \u00e0 prendre avant qu\u2019il n\u2019arrive, car \u00ab\u00a0demain, on ne sait pas\u00a0\u00bb, est-il dit avec une na\u00efvet\u00e9 assum\u00e9e, pour soutenir le d\u00e9sir de danser encore et encore. Prenons toujours plus de futur tant qu\u2019il fait nuit, avant qu\u2019il ne nous prenne. Voil\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience sid\u00e9rante invent\u00e9e par Faustin Linyekula.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alexandre Michaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Au th\u00e9\u00e2tre des Abbesses, le chor\u00e9graphe et danseur congolais Faustin Linyekula, accompagn\u00e9 de deux autres danseurs, ainsi que de trois musiciens et deux chanteurs, propose un spectacle qui a pour ambition d&rsquo; \u00ab allier le pessimisme de l&rsquo;intelligence \u00e0 l&rsquo;optimisme de la volont\u00e9\u00a0\u00bb, pour reprendre la citation de Gramsci qui lui est ch\u00e8re. Il s&rsquo;agit, \u00e0 la mani\u00e8re subversive du mouvement punk, de s&#8217;emparer du ndombolo, musique qui allie des rythmes rock et traditionnels, et d&rsquo;en faire un outil de r\u00e9volte, ou du moins, de revendication. Kinshasa est une ville qui a des blessures r\u00e9centes en h\u00e9ritage. Que faire, alors\u00a0? Danser, chanter\u00a0? Oui, mais si c&rsquo;est sur une musique amn\u00e9sique, alors mieux vaut couper le son tout de suite. Danser, oui, mais pas au prix de la m\u00e9moire, m\u00eame trouble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faustin Linyekula nous propose donc une r\u00e9flexion sur le pouvoir, gu\u00e9risseur peut-\u00eatre, de la musique. Les corps des trois danseurs remuent sans rel\u00e2che, comme pour se d\u00e9faire d&rsquo;une douleur. Ils portent tous trois de dr\u00f4les de chrysalides bouffantes, dont ils voudraient bien pouvoir un jour s&rsquo;extirper. A travers cette image, c&rsquo;est la jeunesse congolaise qui r\u00e9clame un futur, d&rsquo;o\u00f9 le nom de la pi\u00e8ce\u00a0:\u00a0 <em>More more more&#8230; future<\/em>. Cette exigence est affirm\u00e9e par les textes soign\u00e9s, \u00e0 la fois denses et profonds, d&rsquo;Antoine Vumilia Muhindo. Ce que nous entendons, ce ne sont pas de simples ritournelles, des chansonnettes destin\u00e9es \u00e0 \u00e9gayer les nuits arros\u00e9es de Kinshasa dite Kin-la-belle. Le langage particuli\u00e8rement pr\u00e9cis et soutenu, ainsi que les titres des chansons, tels que <em>Ainsi chantait Zarathoustra<\/em>, nous mettent en garde\u00a0d&#8217;embl\u00e9e : cette danse ne sera pas une danse muette. Elle est une danse faite de peu de mots. Graves et coupants. Bien choisis et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Une r\u00e9clamation aussi explicite risque peut-\u00eatre d&rsquo;irriter les oreilles parisiennes, amatrices de flou. Mais apr\u00e8s tout, pourquoi ne pas le dire, et le r\u00e9p\u00e9ter pour que \u00e7a rentre, quand on demande un futur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les textes politiques des chansons sont destin\u00e9s \u00e0 donner un coup de pied dans la fourmili\u00e8re, pour reprendre les termes du chor\u00e9graphe. Il est temps d&rsquo;oser se regarder droit dans les yeux, d&rsquo;admettre qu&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 des salauds et de d\u00e9truire des cosmogonies. Les trois corps noirs et ruisselants se contorsionnent sur ces textes puissants\u00a0: de mani\u00e8re nerveuse et saccad\u00e9e, et puis, de mani\u00e8re plus souple, presque sensuelle. Ou bien ils se repoussent, t\u00eate contre t\u00eate. Ils continuent de danser, m\u00eame dans le noir\u00a0: et alors on n&rsquo;entend plus que le bruissement de leurs froufrous. M\u00eame quand la musique s&rsquo;arr\u00eate, ils ne s&rsquo;arr\u00eatent pas tout de suite. Le corps va moins vite que la musique. Il a un temps de retard, ils est pour ainsi dire lest\u00e9, retenu par quelque chose. C&rsquo;est ce d\u00e9calage avec lequel il faut vivre. Il s&rsquo;agit alors de faire quelque chose de ce pessimisme, de chercher, mieux que l&rsquo;oubli, \u00e0 op\u00e9rer une transformation. Pour cela, la volont\u00e9 illimit\u00e9e de ces corps qui s&rsquo;essoufflent, mais ne s&rsquo;arr\u00eatent jamais, est requise. Dans ce spectacle un peu magique, et dans le m\u00eame temps au plus pr\u00e8s de la vie, rien n&rsquo;est donn\u00e9 d&rsquo;avance, car ce sont l\u00e0 des facilit\u00e9s que se donne trop souvent la fiction. Tout doit se faire une place, jusqu&rsquo;aux danseurs eux-m\u00eames, qui n&rsquo;occupent d&rsquo;abord que le fond de la sc\u00e8ne, engonc\u00e9s dans leurs chrysalides plastifi\u00e9es recouvertes de dr\u00f4les de motifs\u00a0: des billets, non pas verts, mais plus familiers encore\u00a0: des billets roses et bleus.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">St\u00e9phanie Morel<\/h6>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Le spectacle de danse contemporaine congolaise, \u00ab\u00a0More more more&#8230; Future\u00a0\u00bb du mythique Faustin Linyekula, directeur artistique des Studios Kabako, est un condens\u00e9 de po\u00e9sie et de d\u00e9chirure encore saignante de la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un monde en perp\u00e9tuel mouvement. Sous sa direction, les tr\u00e8s talentueux Jeannot Kumbonyeki, Papy Ebotani l&rsquo;accompagnent dans son engrenage au fil des nuits congolaises, une partition majestueusement servie par les musiciens Patou Kayembe dit \u00ab\u00a0Temp\u00eate\u00a0\u00bb, P\u00e9p\u00e9 Le Coq, Pasnas Mafutala, Zing Kapaya et Pati Basima. Une cr\u00e9ation musicale de Flamme Kapaya, d\u00e9cor\u00e9e en r\u00e8gle par les costumes de Xuly B\u00ebt Paris, et les textes d&rsquo;Antoine Vumilia Muhindo.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne s&rsquo;articule autour de trois personnages, trois jeunes hommes en qu\u00eate effr\u00e9n\u00e9e de joie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re au c\u0153ur des nuits chaudes de la capitale de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, Kinshasa. Ces derniers, encens\u00e9s par la clameur endiabl\u00e9e du ndombolo rythm\u00e9 par les d\u00e9sastres successifs qu&rsquo;a travers\u00e9 le pays, s&rsquo;accrochent \u00e0 cet espoir qu&rsquo;ils osent appeler\u00a0: futur.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne demeure magistrale dans son approche de la sensibilit\u00e9 et de la vision.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Elle se d\u00e9coupe comme telle\u00a0: trois bouleversements et moments forts accentu\u00e9s par les effets sonores et lumineux.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Le premier bouleversement vient heurter la qui\u00e9tude et l&rsquo;insouciance dans lesquelles se trouvent nos protagonistes Un \u00ab\u00a0couper le son\u00a0!\u00a0\u00bb criard du narrateur-chanteur insistant et alerte, t\u00e9moin d\u00e9sol\u00e9 et proph\u00e8te des tristes \u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir, se dessine au son enjou\u00e9 et aux corps fr\u00e9n\u00e9tiques des danseurs, dans leurs transes, dans leurs \u00e2mes innocentes, encore trop heureux de profiter de leur dernier moment de bonheur. Couper le son, l&rsquo;horreur arrive.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Les bouleversements sont annonc\u00e9s par un changement rythmique de la musique, tant\u00f4t acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, telle les \u00e9l\u00e9ments qui se d\u00e9cha\u00eenent, tant\u00f4t joviale, populaire, culturelle, vivant, signifiant la vie, une rivi\u00e8re qui coule sans bruit, lin\u00e9aire.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Le ndombolo serait l&rsquo;halcyon days de l&rsquo;apocalyptique guerre qui guette nos protagonistes, entrecoup\u00e9 d&rsquo;un rift, saccageur d&rsquo;une oisivet\u00e9 sans pareille. L&rsquo;alternance entre ces deux rythmiques donnent assez bien sur les \u00e9preuves que chacun travers au quotidien, ce que traverse actuellement le pays de Joseph Kabila.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;action se fait chronologique avec des arr\u00eats dans le temps. Ces arr\u00eats correspondent \u00e0 des pauses n\u00e9cessaires aux personnages dans la diction de leurs espoirs, leurs craintes, leurs r\u00e9flexions. Ce sont des temps de m\u00e9ditation et de questionnement, une remise de l&rsquo;essentialit\u00e9 de l&rsquo;instant pour ourdir un murmure presque inaudible d&rsquo;un futur encore en mirage.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il y a temps o\u00f9 la musique ne se fait plus, les corps, eux, ne s&rsquo;arr\u00eatent jamais. Comme le temps qui d\u00e9filent sans s&rsquo;arr\u00eater. Les corps sont les t\u00e9moins du pr\u00e9sent bien imparti, leur seul bien en ce moment pendant lequel ils existent vraiment.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Dans la sc\u00e9nographie, les musiciens et les acteurs se trouvent au d\u00e9but de part et d&rsquo;autre de la sc\u00e8ne lorsque le temps est encore \u00e0 la pl\u00e9nitude. Au dernier bouleversement, tous se m\u00e9langent. Les musiciens sont acteurs et les acteurs deviennent chanteurs.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Les costumes sont pour les f\u00eates, les soir\u00e9es dansent, pas du tout adapt\u00e9s au constat meurtrier de la r\u00e9alit\u00e9 qui les appelle \u00e0 elle. La guerre, la colonisation, l&rsquo;ind\u00e9pendance ne sont pas pr\u00e9par\u00e9es, et en font des victimes de la cruaut\u00e9 et de la bestialit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce est une recherche perp\u00e9tuelle de l&rsquo;existence d&rsquo;un futur qui ne sera v\u00e9ritable qu&rsquo;apr\u00e8s la vie.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Bassa Traor\u00e9<\/h6>\n<pre>Photo : Agathe Poupeney<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | En savoir plus Faustin Linyekula met en sc\u00e8ne au Th\u00e9\u00e2tre des Abesses, More more more\u2026 future, o\u00f9 musique et danse cohabitent, parfois de mani\u00e8re discordante, parfois de mani\u00e8re harmonieuse, cr\u00e9ant ainsi un spectacle tr\u00e8s dynamique devant lequel l\u2019horizon [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8188,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,6,5],"tags":[],"class_list":["post-8279","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-danse","category-theatre-de-la-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8279","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8279"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8279\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8279"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8279"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8279"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}