{"id":8281,"date":"2017-02-07T20:00:49","date_gmt":"2017-02-07T19:00:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8281"},"modified":"2017-02-07T20:00:49","modified_gmt":"2017-02-07T19:00:49","slug":"la-flute-enchantee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8281","title":{"rendered":"La flute enchant\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-16-17\/opera\/die-zauberflote-la-flute-enchantee\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><i>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/i>, dernier op\u00e9ra de Mozart, sans doute son plus c\u00e9l\u00e8bre, est donn\u00e9 en repr\u00e9sentation jusqu&rsquo;au 23 f\u00e9vrier \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra Bastille. Cr\u00e9\u00e9 en 1791, cet op\u00e9ra revient \u00e0 Paris avec une mise en sc\u00e8ne moderne de Robert Carsen et accompagn\u00e9 par l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris. L&rsquo;histoire reste la m\u00eame\u00a0: le prince Tamino se r\u00e9veille dans un pays inconnu et se retrouve charg\u00e9 par la Reine de la Nuit de d\u00e9livrer sa fille Pamina, dont il tombe \u00e9perdument amoureux, des griffes du terrible Sarastro.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Un \u00ab\u00a0casting de stars\u00a0\u00bb compos\u00e9 de Stanislas de Barbeyrac, souffrant ce soir-l\u00e0 mais qui r\u00e9ussit \u00e0 \u00eatre convaincant dans son interpr\u00e9tation de Tamino, aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;une Nadine Sierra qui \u00e9meut la salle de sa voix chaude et puissante lorsqu&rsquo;elle chante le d\u00e9sespoir de Pamina au milieu du deuxi\u00e8me acte, et qui incarne une femme ma\u00eetresse de ses d\u00e9cisions, contrastant avec d&rsquo;autres interpr\u00e9tations o\u00f9 elle peut para\u00eetre plus soumise \u00e0 sa situation. La voix de baryton puissante de Ren\u00e9 Pape ajoute \u00e0 la dimension spirituelle de l\u2019\u0153uvre et de la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne permet le rythme dans cet op\u00e9ra, malgr\u00e9 quelques longueurs dans le deuxi\u00e8me acte. Les d\u00e9placements tr\u00e8s chor\u00e9graphi\u00e9s et travaill\u00e9s permettent aux spectateurs de rester accroch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;intrigue et d&rsquo;\u00eatre plong\u00e9s dans une autre dimension, dans quelque chose de plus myst\u00e9rieux, spirituel. Les mouvements chor\u00e9graphi\u00e9s paraissent sacr\u00e9s et les d\u00e9placements en groupe des \u00ab\u00a0fid\u00e8les\u00a0\u00bb de Sarastro \u00e9voquent des processions qui accompagnent les deux principaux protagonistes dans le chemin vers la lumi\u00e8re. Les spectateurs rient n\u00e9anmoins de bon c\u0153ur \u00e0 certains moments, notamment avec ce Papageno tr\u00e8s comique.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">La grande profondeur de la sc\u00e8ne est largement utilis\u00e9e, dans le d\u00e9cor comme dans les d\u00e9placements des protagonistes qui se d\u00e9placent du fond de la sc\u00e8ne jusqu&rsquo;au devant de la sc\u00e8ne, autour de la fosse d&rsquo;orchestre, ce qui permet de l&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 la pi\u00e8ce. L&rsquo;orchestre accompagne ainsi parfaitement la partie chant\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor se veut \u00e0 la fois contemporain et intemporel. Contemporain par quelques costumes ou \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor\u00a0: Papageno est par exemple v\u00eatu de la tenue du baroudeur tr\u00e8s contemporain. L&rsquo;usage de la projection sur fond blanc est souvent tr\u00e8s pertinent, pour projeter la for\u00eat o\u00f9 l&rsquo;action se d\u00e9roule ou par la projection d&rsquo;une vid\u00e9o-portrait du visage de Pamina au moment o\u00f9 Tamino en tombe amoureux, ce qui permet au spectateur d&rsquo;\u00eatre pleinement plong\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9motion du personnage.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Intemporel par la simplicit\u00e9 des costumes\u00a0: Tamino et Pamina en blanc, les autres en noir, ce qui ajoute \u00e0 la spiritualit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre et qui prend tout son sens \u00e0 la fin lorsque les partisans de Sarastro se r\u00e9v\u00e8lent blancs.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><i>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e <\/i>de Carsen est donc une repr\u00e9sentation moderne de ce chef d\u2019\u0153uvre tout en respectant sa spiritualit\u00e9. Les spectateurs sortent de la salle enchant\u00e9s \u00e0 leur tour par cet autre univers dans lequel ils ont \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s pendant pr\u00e8s de trois heures.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Maya Abdelwahab<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Fl\u00fbte Enchant\u00e9e, l\u2019une des derni\u00e8res \u0153uvres compos\u00e9es par Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), a \u00e9t\u00e9 mise en sc\u00e8ne cette saison \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille par Robert Carsen, avec la direction musicale d\u2019Henrik Nanasi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage principal, Tamino, prince d\u2019un royaume lointain, est mordu par un serpent et sauv\u00e9 par trois dames envoy\u00e9es par la Reine de la Nuit. Cette derni\u00e8re lui confie ensuite pour mission de sauver sa fille Pamina qui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e par le m\u00e9chant Sarastro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0 amoureux de Pamina avant leur rencontre, Tamino se met en route, accompagn\u00e9 de l\u2019homme-perroquet Papageno et arm\u00e9 d\u2019une fl\u00fbte enchant\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque les protagonistes arrivent dans le royaume de Sarastro, ils sont surpris de d\u00e9couvrir qu\u2019il retient Pamina prisonni\u00e8re pour la prot\u00e9ger de la Reine de la Nuit, qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre malfaisante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, Tamino et Papageno doivent surmonter toute une s\u00e9rie d\u2019\u00e9preuves \u00e0 l\u2019issue desquelles ils pourront rejoindre leurs bien-aim\u00e9es, Pamina et Papagena.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut voir la Fl\u00fbte Enchant\u00e9e comme un conte pour enfant f\u00e9erique et humoristique, mais \u00e9galement comme une profonde m\u00e9ditation sur la vie et la mort, le Bien et le Mal. La mort est \u00e9voqu\u00e9e par tous les personnages de l\u2019\u0153uvre, \u00e0 l\u2019exception de Papagena.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut par ailleurs remarquer plusieurs symboles \u00e9sot\u00e9riques dans cette \u0153uvre de Mozart, tels que forte pr\u00e9sence du chiffre trois ou encore l\u2019opposition entre le jour et la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les effets sp\u00e9ciaux \u00e9taient particuli\u00e8rement impressionnants. Notamment, la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9preuve du feu, qui se termine par un \u00e9coulement d\u2019eau qui semble \u00e9teindre les flammes, est r\u00e9ussie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, il convient de noter le caract\u00e8re aust\u00e8re et sinistre des costumes, qui vient contraster la f\u00e9erie de la Fl\u00fbte Enchant\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les performances vocales de Papageno (<strong>Michael Volle) et de Tamino (Stanislas de Barbeyrac) \u00e9taient<\/strong> grandioses. Celle de la Reine de Nuit (Albina Shagimuratova) \u00e9tait moins impressionnante, surtout lors du chant \u00ab Der H\u00f6lle Rache kocht in meinem Herzen \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Globalement, la repr\u00e9sentation a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e par les spectateurs, qui ont rempli toutes les places de la salle et qui ont longtemps applaudi.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sebnem Akcil<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce Singspiel (genre th\u00e9\u00e2tral allemand qui alterne dialogue et chant) en deux actes est l\u2019une des \u0153uvres les plus connues de Mozart. A l\u2019Op\u00e9ra Bastille, on ne se lasse pas de la riche mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen\u00a0; bien que le spectacle soit en allemand (surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais), on est vite entra\u00een\u00e9 par l\u2019histoire. Elle raconte les aventures du prince Tamino, charg\u00e9 par la Reine de la Nuit d\u2019aller d\u00e9livrer sa fille Pamina, prisonni\u00e8re du diabolique Sarastro. Tamino se met en qu\u00eate de Pamina \u00e0 l\u2019aide de l\u2019oiseleur Papageno. Ils r\u00e9alisent que Sarastro n\u2019est en fait pas dangereux, mais qu\u2019il a voulu soustraire Pamina \u00e0 l\u2019influence n\u00e9faste de sa m\u00e8re, qui est la vraie m\u00e9chante. On assiste donc \u00e0 un retournement de situation qui brise les fronti\u00e8res manich\u00e9ennes entre bien et mal. L\u2019histoire se termine toutefois comme un conte de f\u00e9es\u00a0: tout est bien qui finit bien (sauf pour les m\u00e9chants), Tamino \u00e9pouse Pamina, et Papageno trouve m\u00eame sa Papagena.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Carsen repr\u00e9sente agilement l\u2019esprit aussi f\u00e9\u00e9rique que t\u00e9n\u00e9breux de <em>La Fl\u00fbte Enchant\u00e9e<\/em>. Les membres du ch\u0153ur, d\u2019abord v\u00eatus de longues robes noires, leur visage recouvert d\u2019un voile, ach\u00e8vent le spectacle habill\u00e9s en blanc \u00e9clatant. Les costumes sont plut\u00f4t contemporains\u00a0; on peut remarquer celui de Papageno, qui se distingue des autres avec son gros sac \u00e0 dos et ses v\u00eatements d\u00e9pareill\u00e9s. Il se diff\u00e9rencie des autres par son aspect comique et grotesque. C\u2019est lui qui apporte d\u2019ailleurs toute la dimension comique au spectacle\u00a0; le clich\u00e9 de l\u2019homme qui aime l\u2019alcool et les femmes suscite le rire de la salle. Cependant, on assiste aussi \u00e0 des moments \u00e9mouvants, effrayants, ou encore d\u2019autres o\u00f9 le suspense est \u00e0 son comble. La tension est \u00e0 son paroxysme quand la terrifiante Reine de la Nuit menace sa fille de la renier si elle ne tue pas Sarastro. Le spectacle allie donc enchantement et d\u00e9sespoir, le tout dans une mise en sc\u00e8ne contemporaine o\u00f9 des cl\u00e9s de voiture remplacent le cadenas d\u2019or qui scelle la bouche de Papageno. Le d\u00e9cor est plut\u00f4t sobre\u00a0: une sc\u00e8ne de terre ou d\u2019herbe, lorsque ce n\u2019est pas un \u00e9cran o\u00f9 est projet\u00e9e une for\u00eat progressant \u00e0 travers les quatre saisons. A l\u2019excellent jeu d\u2019acteur des solistes, s\u2019ajoute-leur ma\u00eetrise parfaite du chant\u00a0; la plus impressionnante reste la soprano colorature Albina Shagimuratova et sa performance du c\u00e9l\u00e8bre air de la Reine de la Nuit. Les d\u00e9cors surprennent par leur ing\u00e9niosit\u00e9, accentu\u00e9s par des jeux de lumi\u00e8re (des trous au plafond orn\u00e9s de projecteurs qui imitent la lumi\u00e8re du soleil). On assiste \u00e9galement \u00e0 de superbes effets de sc\u00e8ne \u00e0 la fin, lorsque Tamino et Pamina traversent une sc\u00e8ne en flammes ou qu\u2019un rideau d\u2019eau tombe sur l\u2019avant-sc\u00e8ne. D\u2019ailleurs, les acteurs nous surprennent en jouant sur cette avant-sc\u00e8ne, tout autour de la fosse d\u2019orchestre, ainsi qu\u2019en passant au milieu du public. La sc\u00e8ne immense, qui accueille presque une quarantaine d\u2019acteurs, est tr\u00e8s impressionnante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et bien entendu, on demeure enchant\u00e9 par la sublime m\u00e9lodie de Mozart. A aller d\u00e9couvrir si ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marion Arnaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p><em>La fl\u00fbte enchant\u00e9e <\/em>(<em>Die Zauberfl\u00f6te<\/em>) de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) est repr\u00e9sent\u00e9e pour la 444<sup>\u00e8me<\/sup> fois \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra national de Paris et pour la 42<sup>\u00e8me<\/sup> fois dans cette mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen. Cet op\u00e9ra se construit autour de 2 actes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Poursuivi dans une for\u00eat par un immense serpent, le prince Tamino est sauv\u00e9 <em>in extremis<\/em> par trois f\u00e9es (<em>Dritte Dame<\/em>). Lorsqu\u2019il retrouve ses esprits, Tamino trouve \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s un dr\u00f4le de personnage, l\u2019oiseleur Papageno, portant une cage et jouant de la fl\u00fbte de Pan. Les f\u00e9es ne tardent pas \u00e0 r\u00e9appara\u00eetre et remettent \u00e0 Tamino le portrait de Pamina, la fille de la reine de la nuit, qui vient d&rsquo;\u00eatre enlev\u00e9e par un mauvais g\u00e9nie. Soudain, la reine elle-m\u00eame surgit, implore le jeune prince de d\u00e9livrer Pamina et charge les f\u00e9es de remettre \u00e0 Tamino une fl\u00fbte et \u00e0 Papageno des clochettes. Ces deux instruments enchant\u00e9s vont leur permettre de braver tous les p\u00e9rils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le t\u00e9nor Stanislas de Barbeyrac a assur\u00e9 (bien que souffrant ce soir-l\u00e0) une belle interpr\u00e9tation de Tamino jusqu\u2019\u00e0 donner le frisson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les moments forts qui rythment la repr\u00e9sentation, on rel\u00e8ve l\u2019incontournable n\u00b014 Aria \u00ab <em>Der H\u00f6lle Rache kocht in meinem Herzen<\/em> \u00bb (La vengeance de l&rsquo;Enfer bouillonne dans mon c\u0153ur) (Reine de la nuit) que m\u00eame les n\u00e9ophytes reconnaissent et appr\u00e9cient. Les envol\u00e9es redoutables d\u2019Albina Shagimuratova entre les aigus et les suraigus font vibrer la salle de joie. Le public est conquis et laisse retomber sa tension \u00e0 travers un d\u00e9luge d\u2019applaudissements qui ne cessent que pour laisser place \u00e0 la soprano Nadine Sierra (Pamina). L\u2019autre moment fort est le n\u00b017 Aria \u00ab <em>Ach, ich f\u00fchl&rsquo;s, es ist verschwunden<\/em> \u00bb (Ah, je sens que la joie de l&rsquo;amour a disparu), o\u00f9 Nadine Sierra donne une interpr\u00e9tation poignante du mal amoureux. Mention sp\u00e9ciale aux trois jeunes gar\u00e7ons (<em>Drei Knaben<\/em>) qui servent de guide \u00e0 Tamino et Papageno dans leur p\u00e9rilleux voyage, et dont la ma\u00eetrise de la sc\u00e8ne et du chant n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019\u00eatre salu\u00e9e par le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est soutenue par des images vid\u00e9o. Le travail de mise en sc\u00e8ne se d\u00e9ploie hors du simple cadre sc\u00e9nique et projette les personnages dans un espace \u00e9voluant au fil des 4 saisons. D\u00e8s le d\u00e9but de <em>La fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em>, la musique fait progressivement jaillir l\u2019image d\u2019une for\u00eat d\u2019un vert printanier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les costumes sont contemporains selon la tendance actuelle au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. L\u2019arriv\u00e9e d\u2019un Papageno en costume de vagabond peut surprendre dans cet univers merveilleux mais si l\u2019on est sceptique au d\u00e9but, l\u2019assurance et le comique de Michael Volle (Papageno) nous font oublier ce choix surprenant. Cependant, on est moins convaincu, et le public aussi, par l\u2019apparition des trois jeunes gar\u00e7ons habill\u00e9s en footballer et se faisant des passes. Le d\u00e9calage avec le sujet est trop important et le football trop ancr\u00e9 dans notre r\u00e9alit\u00e9 pour r\u00e9ussir \u00e0 nous faire voyager dans l\u2019univers de Mozart. On regrettera aussi le fait que la Reine de la Nuit ne se d\u00e9tache pas des autres personnages qui l\u2019accompagnent par un costume ou un accessoire sp\u00e9cifique, qui permettraient au spectateur de mieux l\u2019identifier. Le choix des couleurs des costumes, blancs et noirs, donne une dimension manich\u00e9enne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne Robert Carsen profite de la profondeur exceptionnelle de la sc\u00e8ne de Bastille, lui permettant d\u2019\u00e9tirer l\u2019espace dans lequel \u00e9volue les personnages. Ainsi, il permet au spectateur de voir deux sc\u00e8nes qui se passent sur terre et sous terre au m\u00eame moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9preuve de feu de Tamino et Pamina, \u00e0 l\u2019issue de laquelle un rideau d\u2019eau coule sur la sc\u00e8ne, est tr\u00e8s r\u00e9ussie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut qu\u2019\u00eatre admiratif face aux prouesses des chanteurs qui arrivent \u00e0 rester juste malgr\u00e9 les exigences de la mise en sc\u00e8ne, telle Pamina hiss\u00e9e \u00e0 bout de bras par ses compagnons dans le n\u00b0 6 Trio \u00ab <em>Du feines T\u00e4ubchen nur herein !<\/em> \u00bb (Ma belle petite colombe, seulement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em> peut se lire comme un conte merveilleux et divertissant mais aussi comme le triomphe de la raison sur les t\u00e9n\u00e8bres. Un incontournable, \u00e0 conseiller pour d\u00e9couvrir l\u2019op\u00e9ra de Mozart.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Arnaud Delille<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sauv\u00e9 d\u2019une mort certaine face \u00e0 un serpent par trois dames, Tamino (Stanislas de Bergerac) rencontre Papageno (Michael Volle), un oiseleur bon vivant, amateur de bon vin, bonne chair et bons mots, qui pr\u00e9tend l\u2019avoir secouru. Reviennent les trois dames qui pr\u00e9sentent le s\u00e9duisant Tamino \u00e0 leur ma\u00eetresse, la Reine de la Nuit (Albina Shagimuratova). Celle-ci lui demande de d\u00e9livrer de Sarastro (Ren\u00e9 Pape) et Monostatos (Andrea Conrad) sa fille, Pamina (Nadine Sierra), dont elle lui promet la main. Tomb\u00e9 amoureux de Pamina \u00e0 la simple vue de son portrait, Tamino accepte sans h\u00e9siter et se voit remettre une fl\u00fbte enchant\u00e9e pour l\u2019aider \u00e0 surmonter les \u00e9preuves qui l\u2019attendent. Afin de m\u00e9riter sa promise et d\u2019int\u00e9grer le cercle ferm\u00e9 des Initi\u00e9s, Tamino doit prouver la noblesse de son \u00e2me. Il se cloitre dans le silence face aux femmes comme l\u2019exigent de lui les hommes de Sarastro, quitte \u00e0 renoncer \u00e0 parler \u00e0 Pamina. Persuad\u00e9e que Tamino ne l\u2019aime plus, celle-ci songe au suicide. Arr\u00eat\u00e9e par trois enfants, elle n\u2019a pas le temps de le commettre. Papageno, qui a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de suivre Tamino muni d\u2019un carillon magique, a bien du mal \u00e0 s\u2019en tenir au m\u00eame pr\u00e9cepte. N\u00e9anmoins, son c\u0153ur sensible finit par y parvenir. Il est alors autoris\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser son souhait, \u00e0 savoir rencontrer l\u2019\u00e2me-s\u0153ur. Forts de leur succ\u00e8s face aux \u00e9preuves qui leur ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es, Tamino et Papageno retrouvent leurs promises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Telle est l\u2019histoire de <em>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em> (1791), l\u2019op\u00e9ra en deux actes de W.A. Mozart que pr\u00e9sente Robert Carsen associ\u00e9 au chef d\u2019orchestre Henrik N\u00e1n\u00e1si le 7 f\u00e9vrier 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Robert Carsen opte pour une mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e. Les d\u00e9cors sont limit\u00e9s au minimum. Un r\u00e9troprojecteur affiche sur grand \u00e9cran une for\u00eat o\u00f9 s\u2019observe la succession des saisons. Tout nouvel \u00e9l\u00e9ment est convoqu\u00e9 par les com\u00e9diens. Ainsi Papageno passe-t-il sa t\u00eate entre les barreaux de l\u2019\u00e9chelle du Temple des Epreuves. De m\u00eame, les costumes blancs de Pamina et Tamino tranchent avec ceux, de couleur noire, des autres personnages. Quitte peut-\u00eatre, \u00e0 rendre ponctuellement difficile la diff\u00e9renciation des com\u00e9diens, comme Sarastro et la Reine de la Nuit noy\u00e9s dans la noirceur des costumes. P\u00e2le, l\u2019habit de Papageno est aux couleurs de la nature, bleu, vert et marron. Cela permet de mettre en \u00e9vidence les grandes tensions de l\u2019\u0153uvre (obscurit\u00e9 et lumi\u00e8re, passion et frivolit\u00e9). Une efficace simplicit\u00e9 en somme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces \u00e9l\u00e9ments participent d\u2019une mise en sc\u00e8ne moderne qui favorise l\u2019occupation de l\u2019ensemble de l\u2019espace et un jeu riche en mouvements. Papageno arrive par exemple sur sc\u00e8ne une glaci\u00e8re \u00e0 la main et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 illustrer son discours par les gestes. De m\u00eame, les trois dames le r\u00e9duisent au silence au son d\u2019une voiture que l\u2019on verrouille. La profondeur de la sc\u00e8ne est mise \u00e0 profit, tout comme les jeux d\u2019\u00e9clairage qui \u00a0noient les sc\u00e8nes finales dans un \u00e9clat symbolisant la victoire du Royaume de la Lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ception du public est excellente. Rires et applaudissements se d\u00e9versent dans la salle. Il faut dire que Robert Carsen prend le parti d\u2019accentuer le capital sympathie de Papageno.\u00a0 Hilarant sous les traits d\u2019un picaro, ce personnage courtise le public tout au long de l\u2019\u0153uvre : il arrive depuis les gradins en lui tendant la main et semble s\u2019attendre \u00e0 y trouver sa dulcin\u00e9e \u00e0 la fin. Les brillants jeux et chants des com\u00e9diens sont accompagn\u00e9s d\u2019une performance musicale de l\u2019orchestre et du c\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra national de Paris d\u2019une grande qualit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Aurore Denimal<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mensonges, masques et rites initiatiques sont au c\u0153ur de cette r\u00e9interpr\u00e9tation de la <em>Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em> par le metteur en sc\u00e8ne Robert Carsen pour l\u2019Op\u00e9ra de Paris. La musique de Mozart est sublim\u00e9e par l\u2019Orchestre de Paris, tandis que le livret de Schikaneder est jou\u00e9 en coproduction avec le Festspielhaus de Baden-Baden.\u00a0 L\u2019histoire suit le sch\u00e9ma narratif du conte\u00a0: un jeune prince, perdu, est missionn\u00e9 par une reine pour retrouver sa fille, une belle princesse s\u00e9questr\u00e9e par un d\u00e9mon. Un mariage \u00e0 la cl\u00e9, le prince, assist\u00e9 du bon bougre et d\u2019une fl\u00fbte magique, s\u2019en vont lib\u00e9rer la princesse. M\u00eame si le premier acte semble morne, d\u00e9j\u00e0-vu, le p\u00e9riple initiatique commence avec le deuxi\u00e8me acte lorsque le silence leur ait impos\u00e9. Un op\u00e9ra sans voix, cela rel\u00e8ve du d\u00e9fi. Avec son d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9 de for\u00eat et de pelouse, se d\u00e9ployant sur quatre estrades en escalier depuis l\u2019orchestre, la <em>Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em> prend la forme d\u2019un voyage \u00e9sot\u00e9rique pour le jeune Prinz qui part \u00e0 la fois en qu\u00eate de la belle princesse, Pamina, mais aussi de son identit\u00e9 \u00e0 lui. <em>Wo bin ich\u00a0?<\/em> Voici la question qui ouvre le jeu des chanteurs. Entre le prince \u00e9perdu et la princesse prisonni\u00e8re, se trouvent un oiseleur fanfaron et poltron, une Reine de la Nuit digne et magistrale, ainsi qu\u2019un roi-d\u00e9mon pr\u00eatre et philosophe. De ce m\u00e9lange improbable \u00e9merge une \u0153uvre rythm\u00e9e, f\u00e9\u00e9rique et dramatique o\u00f9 les voix seules sont mises en lumi\u00e8re par un traitement contemporain et sobre des costumes\u00a0: costumes noirs pour tous, tenues blanches pour le Prinz et Pamina. Seul Papageno d\u00e9note, habill\u00e9 en SDF et dont le seul but est de trouver sa Papagena. Ses nombreuses r\u00e9pliques comiques sont piqu\u00e9es de bon sens et s\u2019\u00e9l\u00e8vent parfois contre le silence rigoureux du Prinz. Le jeu sur les apparences est constant dans cette mise en sc\u00e8ne contemporaine\u00a0; le d\u00e9roulement des p\u00e9rip\u00e9ties se visualise litt\u00e9ralement par le d\u00e9cor, \u00e9volutif, install\u00e9. La for\u00eat a laiss\u00e9 place \u00e0 une fosse commune, des souterrains dont le Prinz et Papageno doivent triompher s\u2019ils veulent retrouver leur \u00e2me s\u0153ur. Enfin, pour le dernier acte, la sc\u00e8ne change une derni\u00e8re fois et s\u2019incline en pente depuis le fond de cour, devant l\u2019obstacle ultime \u00e0 franchir pour le Prinz et Pamina. Le recours audacieux au feu dans la mise en sc\u00e8ne donne un v\u00e9ritable coup de fouet \u00e0 la repr\u00e9sentation qui se finit sur une apoth\u00e9ose magistrale \u00e9motionnellement, tant par les voix, qui ont pris en intensit\u00e9, que par le \u00ab\u00a0happy end\u00a0\u00bb de l\u2019amour triomphant. La salle, comble, a su reconna\u00eetre et appr\u00e9ci\u00e9 une tr\u00e8s belle mise en sc\u00e8ne, les voix justes dans leurs intentions et une musique envol\u00e9e qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9es par une ovation du public, totalement s\u00e9duit.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Albane Eglemme<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Fl\u00fbte Enchant\u00e9e est un op\u00e9ra compos\u00e9 par Mozart dont la premi\u00e8re repr\u00e9sentation a eu lieu en 1791. Du 23 janvier au 23 f\u00e9vrier, il \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille, dans une mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen. Stanislas de Barbeyrac, t\u00e9nor qui a re\u00e7u la Victoire de la Musique Classique en 2014, jouait Tamino aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Albina Shagimuratova dans le r\u00f4le connu de la Reine de la Nuit. L\u2019histoire de la Fl\u00fbte Enchant\u00e9e est celle d\u2019un prince, Tamino, qui tombe fou amoureux de Pamina, la fille de la Reine de la Nuit. Cette derni\u00e8re le charge d\u2019aller d\u00e9livrer Pamina des mains de Sarastro. Accompagn\u00e9 de Papageno, un oiseleur, et d\u2019une fl\u00fbte magique donn\u00e9e par les trois Dames de la Reine, Pamino est mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Il finit par d\u00e9couvrir que Sarastro avait enlev\u00e9 Pamina pour son bien, car en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est la Reine m\u00e8re qui a une mauvaise influence sur sa fille, haineuse et pr\u00eate \u00e0 tout pour se venger de Sarastro. Pamina et Tamino finissent par r\u00e9ussir \u00e0 franchir les obstacles de l\u2019eau, du feu, et l\u2019op\u00e9ra se finit dans la lumi\u00e8re, loin de l\u2019obscurit\u00e9 des t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen a selon moi trouv\u00e9 un juste \u00e9quilibre entre volont\u00e9 de conserver une tradition et inscription dans la modernit\u00e9. Les r\u00e8gles classiques de la repr\u00e9sentation d\u2019un op\u00e9ra ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es, mais le public n\u2019\u00e9tait pas laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9, et l\u2019orchestre m\u00eame \u00e9tait inclus dans l\u2019action par moment, comme lorsque Tamino re\u00e7oit sa fl\u00fbte enchant\u00e9e des mains du fl\u00fbtiste de l\u2019orchestre. C\u2019est selon moi une belle mani\u00e8re de rendre hommage aux musiciens de la m\u00eame mani\u00e8re que la sc\u00e8ne finale voit tous les personnages se regrouper autour de l\u2019orchestre. L\u2019inscription dans la modernit\u00e9 s\u2019est surtout faite avec l\u2019utilisation de multim\u00e9dia: Tamino voit le portrait anim\u00e9 de Pamina sur grand \u00e9cran; Papageno se voit priv\u00e9 de parole lorsque les dames de la reine activent la cl\u00e9 d\u2019une voiture. Quelques \u00e9l\u00e9ments ont provoqu\u00e9 des rires dans le public, comme le ballon de football avec lequel les trois enfants jouent \u00e0 deux reprises, ou encore la glaci\u00e8re avec laquelle se prom\u00e8ne Papageno.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de la sc\u00e9nographie, je l\u2019ai trouv\u00e9e d\u2019une simplicit\u00e9 efficace. On retrouve beaucoup de dualit\u00e9s: lumi\u00e8re\/obscurit\u00e9, vie\/mort, eau\/feu, qui sont visibles dans les costumes soit blancs, soit noirs, \u00e0 l\u2019exception de quelques personnages. Les costumes \u00e9taient tr\u00e8s simples, ce qui a laiss\u00e9 une grande place aux acteurs pour l\u2019interpr\u00e9tation. Par exemple, impossible de diff\u00e9rencier la Reine de la Nuit de ses trois suivantes de loin; pourtant, sa fa\u00e7on de se d\u00e9placer, sa mani\u00e8re d\u2019agir indique rapidement au spectateur qui elle est. On peut cependant regretter qu\u2019elle n\u2019ait pas l\u2019importance, ni m\u00eame la stature qu\u2019on attendrait d\u2019elle, ou m\u00eame un costume un peu plus extravagant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, l\u2019espace a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s intelligemment utilis\u00e9: il y avait trois \u00ab\u00a0\u00e9crans\u00a0\u00bb, comme des rideaux sur lesquels \u00e9taient projet\u00e9s des paysages, qui s\u00e9paraient la sc\u00e8ne, et permettaient de cacher la pr\u00e9paration d\u2019une sc\u00e8ne, de cr\u00e9er de la surprise, ou de clore une autre sc\u00e8ne. L\u2019utilisation du feu sur sc\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 spectaculaire. On note \u00e9galement l\u2019utilisation verticale de la sc\u00e8ne, gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9chelles, qui a ajout\u00e9 une dimension peu habituelle mais certainement r\u00e9ussie au spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, je dirais que cette mise en sc\u00e8ne est une grande r\u00e9ussite. Sans tomber dans la recherche de la modernit\u00e9 \u00e0 tout prix, l\u2019\u0153uvre de Mozart a \u00e9t\u00e9 remise au go\u00fbt du jour, dans la simplicit\u00e9 et m\u00eame parfois dans l\u2019humour, parfaitement adapt\u00e9e au public d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Joalland<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 7 f\u00e9vrier dernier, j\u2019assistais \u00e0 une repr\u00e9sentation de l\u2019op\u00e9ra <em>La Flute Enchant\u00e9e<\/em> \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille. Je n\u2019\u00e9tais pas all\u00e9 depuis longtemps \u00e0 l\u2019op\u00e9ra et bien m\u2019en a pris. Les trois heures sont vite pass\u00e9es. Le spectateur assiste \u00e0 une multiplicit\u00e9 d\u2019inventions sc\u00e9niques qui, bien qu\u2019inattendues et bienvenues, restent respectueuses de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont d\u2019abord des allusions \u00e0 notre modernit\u00e9 comme le \u00ab\u00a0bip-bip\u00a0\u00bb des ouvertures de voiture, un cadre de photo, une partie de football, une cigarette, etc. Papageno, l\u2019oiseleur, jou\u00e9 le 7 f\u00e9vrier par Michael Volle, est une sorte de vagabond, avec un vieux sac \u00e0 dos d\u00e9chir\u00e9. Il enchantera le public d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du spectacle par son jeu d\u2019acteur, excellent, pr\u00e9cis, dr\u00f4le, inventif, rare dans le milieu du chant lyrique. Surprise, il fait lui-m\u00eame r\u00e9sonner la fl\u00fbte en d\u00e9but de premier acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ensuite une utilisation large de l\u2019espace sc\u00e9nique. Une grande partie du spectacle se joue sur les pourtours de la fosse d\u2019orchestre, \u00e0 un autre moment dans les all\u00e9es du public, et dans la profondeur de la sc\u00e8ne. Le d\u00e9cor semble se repousser \u00e0 l\u2019infini, avec un \u00e9loignement progressif, faisant penser \u00e0 des poup\u00e9es russes, ou des mises en abimes successives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lumi\u00e8re, les costumes et les couleurs apportent la touche finale \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne prenante. De bout en bout, les effets se succ\u00e8dent. Ce sont tant\u00f4t des transparences splendides, des fabrications de d\u00e9cor par de simples jeux de lumi\u00e8re, l\u2019utilisation du feu, de l\u2019eau, de la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois \u00e9l\u00e9ments, associ\u00e9s \u00e0 l\u2019air, sont les \u00e9l\u00e9ments de vie, qui rappellent qu\u2019en filigrane de l\u2019\u0153uvre se joue, comme certains critiques le sugg\u00e8rent, une all\u00e9gorie de la vie et de la mort. Nous avons un jeu sur les saisons. On commence \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9, pour passer \u00e0 l\u2019automne, puis \u00e0 l\u2019hiver, et enfin au printemps. De nombreux interpr\u00e8tes jouent pieds nus, de mani\u00e8re naturelle. L\u2019\u0153uvre commence sur terre, dans la for\u00eat, pour continuer sous terre, avec les morts, au milieu de cercueils, et finir en r\u00e9surrection, parmi les vivants. D\u2019habits noirs au d\u00e9but, la cour de la Reine de la Nuit et celle de Sarastro vont finalement se v\u00eatir de blanc. La fin est en apoth\u00e9ose, et tous les protagonistes se retrouvent par\u00e9s de blanc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est transgressive \u00e0 souhait pour apporter la part d\u2019originalit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 une interpr\u00e9tation moderne de l\u2019\u0153uvre. En un mot, un spectacle complet\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Merci \u00e0 Robert (Carsen) pour la mise en sc\u00e8ne, \u00e0 Nadine (Sierra) pour la divine voix de Pamina, et \u00e0 Wolgang Amadeus (Mozart) pour la musique\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ludovic Joxe<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 un repr\u00e9sentation surprenante de la fl\u00fbte enchant\u00e9e, mise en sc\u00e8ne par Robert Carsen, \u00e0 laquelle j&rsquo;ai assist\u00e9 le mardi 7 f\u00e9vrier \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La myst\u00e9rieuse Reine de la nuit demande \u00e0 Tamino, un jeune homme hardi et courageux, d&rsquo;aller sauver sa fille Pamina, enlev\u00e9e par Sarastro. Le jeune homme en tombe rapidement follement amoureux, et avec l&rsquo;aide de Papageno \u2013 un homme cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;amour, trois jeunes gar\u00e7ons faisant office de bonne f\u00e9e, et sa fl\u00fbte enchant\u00e9e, court \u00e0 sa rescousse. Cependant, le bien ne se trouvera pas forc\u00e9ment du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 il le pense, et le chemin menant \u00e0 l&rsquo;amour bien difficile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui nous frappe tout d&rsquo;abord est l&rsquo;utilisation de l&rsquo;espace. L&rsquo;immense sc\u00e8ne de l&rsquo;op\u00e9ra Bastille permet en effet un jeu de perspective surprenant. L&rsquo;utilisation de diff\u00e9rents rideaux permet aux acteurs de jouer diff\u00e9rents tableaux en m\u00eame temps, ce qui oblige le spectateur \u00e0 un \u00e9veil constant. Le metteur en sc\u00e8ne joue \u00e9galement sur diff\u00e9rentes hauteurs, entre la terre ferme et les profondeurs dans lesquelles les protagonistes s&rsquo;enfoncent \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une \u00e9chelle sans fin. L&rsquo;illusion est parfaite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parti a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pris de laisser une grande place \u00e0 la nature. Les personnages \u00e9voluent dans cette for\u00eat immense au gr\u00e9 des saisons que l&rsquo;on voit s&rsquo;\u00e9grener. Une grande importance est donn\u00e9e au d\u00e9cors. Les costumes sont eux tr\u00e8s simples, unis (noir ou blanc) et les personnages \u00e9voluent pieds nus. Cette uniformit\u00e9 des costumes, en plus de nous permettre de nous concentrer sur le d\u00e9cor, nous permet d&rsquo;appr\u00e9hender les protagonistes comme un groupe. Cela a un effet tr\u00e8s imposant, notamment lors des envol\u00e9es lyriques qui sont nombreuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l&rsquo;humour patent de l&rsquo;\u0153uvre est ici mis \u00e0 l&rsquo;honneur. Avec des clins d&rsquo;\u0153il \u00e0 notre \u00e9poque notamment (Papageno se voit rendre muet par un bip de voiture), mais \u00e9galement dans la fa\u00e7on des acteurs \u00e0 jouer leur r\u00f4le, passant du dramatique au comique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois heures de la repr\u00e9sentation paraissent bien courtes. La mise en sc\u00e8ne et le jeu des acteurs, ainsi que leurs performances vocales, m&rsquo;ont fait red\u00e9couvrir la Fl\u00fbte enchant\u00e9e et ont su me donner envie de revenir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Damya Kecilli<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tour \u00e0 tour consid\u00e9r\u00e9 entre autres comme un conte philosophique, un simple <em>M\u00e4rchen<\/em>,\u00a0 voire comme un oratorio ma\u00e7onnique, <em>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em> est le dernier op\u00e9ra de Mozart, compos\u00e9 en 1791 sur un livret de Schikaneder. Aboutissement de toute une carri\u00e8re, ce <em>singspiel<\/em> est une v\u00e9ritable synth\u00e8se des diff\u00e9rents styles et genre de son temps. Du r\u00e9citatif \u00e0 l\u2019aria d\u2019<em>opera seria<\/em> en passant par divers ensembles, de la fugue au choral en passant par le <em>Lied<\/em>, tout\u00a0 se succ\u00e8de dans une atmosph\u00e8re oscillant entre f\u00e9erie, farce et \u00e9motion tragique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le synopsis est simple. Le prince Tamino est charg\u00e9 par la Reine de la nuit d\u2019aller lib\u00e9rer sa fille Pamina de l\u2019emprise du ma\u00eetre du Temple (Sarastro)\u00a0; \u00e9pris de cette princesse, il d\u00e9cide d\u2019affronter les \u00e9preuves pour rejoindre les initi\u00e9s du Temple et gagner Pamina. Finalement les deux amants surmontent les difficult\u00e9s ensemble et restent aux c\u00f4t\u00e9 de Sarastro. Tamino est accompagn\u00e9 dans sa qu\u00eate par Papagneno, un oiseleur pittoresque et bon vivant \u00e0 la recherche de l\u2019amour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153uvre \u00e9tait ici repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra National de Paris, dans une mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen et sous la direction de Henrik N\u00e1n\u00e1si. Les r\u00f4les principaux \u00e9taient tenus par Stanislas de Barbeyrac (Tamino), Nadine Sierra (Pamina), Albina Shagimuratova (Reine de la nuit),\u00a0 Michael Volle (Papageno) et Ren\u00e9 Pape (Sarastro).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant la mise en sc\u00e8ne de l\u2019\u0153uvre Robert Carsen n\u2019en est pas \u00e0 son coup d\u2019essai, l\u2019aillant d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9e deux fois (en 1994 \u00e0 Aix-en-Provence puis \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille en 2014). En r\u00e9sultent des choix affirm\u00e9s d\u2019esth\u00e9tique et de lecture du livret, avec des prises de libert\u00e9. La dimension ma\u00e7onnique de l\u2019\u0153uvre est \u00e9lud\u00e9e au profit de l\u2019omnipr\u00e9sence du th\u00e8me de la mort\u00a0; en guise de d\u00e9cors (assez sommaires) se succ\u00e8dent tombes fra\u00eechement creus\u00e9es, cercueils et caveaux. Les costumes, o\u00f9 le noir pr\u00e9domine, sont r\u00e9solument modernes. On peut regretter cette disparition du conte de f\u00e9e (aspect peut-\u00eatre na\u00eff mais \u00f4 combien charmant qui contribue \u00e0 l\u2019universalit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre) au profit d\u2019une interpr\u00e9tation \u00e0 la gravit\u00e9 affirm\u00e9e qui se veut plus profonde. La relative \u00e9conomie de d\u00e9cors est compens\u00e9e par des recours ponctuels \u00e0 un \u00e9cran d\u00e9roulant semi-transparent permettant des effets visuels assez r\u00e9ussis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la qualit\u00e9 de la musique a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonne, avec de belles nuances et des sonorit\u00e9s d\u00e9licates, la taille de l\u2019orchestre semblait par contre peu adapt\u00e9e \u00e0 la grandeur de la salle\u00a0; d\u2019o\u00f9 le sentiment que parfois\u00a0 l\u2019ensemble manquait quelque peu de puissance. Les chanteurs furent bons, tant au niveau du chant que du jeu th\u00e9\u00e2tral. Nadine Sierra (Pamina) en particulier a fait entendre des tr\u00e9sors de nuances et d\u2019expressivit\u00e9, avec une voix tant\u00f4t chuchotante, tant\u00f4t flamboyante. L\u2019aspect comique de l\u2019\u0153uvre \u00e9tait brillamment port\u00e9 par un Papageno (Michael Volle) charismatique et attachant. Albina Shagimuratova en revanche a \u00e9t\u00e9 une Reine de la nuit moins convaincante, malgr\u00e9 une voix tr\u00e8s claire dans l\u2019aigu, en raison d\u2019un vibrato trop g\u00e9n\u00e9reux et d\u2019un l\u00e9ger manque de pr\u00e9cision dans certaines vocalises virtuoses (notamment celles de l\u2019air tr\u00e8s attendu \u00ab\u00a0Der H\u00f6lle Rache kocht in meinem Herzen\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153uvre fut donc bien interpr\u00e9t\u00e9, avec un esth\u00e9tique globale coh\u00e9rente et une vraie r\u00e9flexion autour du livret. Cependant, le charme de <em>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em> r\u00e9side en partie dans les diff\u00e9rents niveaux de lecture que l\u2019on peut en avoir et qui ne se retrouvent malheureusement pas (ou tout du moins diff\u00e9remment) dans cette mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Adrien Kerebel<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La fl\u00fbte enchant\u00e9e \u00e0 Bastille : un op\u00e9ra qui r\u00e9jouira petits et grands<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019op\u00e9ra Bastille se joue jusqu\u2019au 23 f\u00e9vrier <em>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e <\/em>de Mozart. Grand classique de l\u2019op\u00e9ra, tout public, que son metteur en sc\u00e8ne Robert Carsen est parvenu \u00e0 moderniser sans trahir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em>, c\u2019est l\u2019histoire, \u00e9crite par Emanuel Schikaneder, du prince Tamino parti sauver, avec l\u2019aide de l\u2019oiseleur Papageno, la princesse Pamina, enlev\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re la Reine de la Nuit par Sarastro, le gardien du disque solaire. A travers cette histoire, l\u2019\u0153uvre traite des contradictions int\u00e9rieures des \u00eatres humains partag\u00e9s entre le monde profane, les exigences spirituelles et l\u2019amour.<\/p>\n<h4>Des artistes virtuoses<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mardi 7 f\u00e9vrier, avant le lever de rideau, on a annonc\u00e9 au public que Stanislas de Barbeyrac, jouant Tamino, \u00e9tait souffrant, mais qu\u2019il d\u00e9cidait quand m\u00eame d\u2019assurer la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u00e0, entre autre, que l\u2019on prend conscience de la virtuosit\u00e9 de ces artistes qui, dans n\u2019importe quelle situation, chantent \u00e0 merveille. Ils sont accompagn\u00e9s par l\u2019orchestre, dirig\u00e9 par Henrik Nanasi, jouant d\u00e9licieusement bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Virtuose, cet op\u00e9ra l\u2019est incontestablement par son \u00e9criture en 1791 et par sa repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 des notes parfois tr\u00e8s difficiles \u00e0 atteindre, les chanteurs nous font croire que c\u2019est facile, naturel et que les personnages s\u2019expriment ainsi. Cela est tr\u00e8s frappant avec Papageno, interpr\u00e9t\u00e9 par Michael Volle, personnage comique du livret.<\/p>\n<h4>Proc\u00e9d\u00e9s techniques et anachronismes<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quelques anachronismes qui se glissent dans la mise en sc\u00e8ne fonctionnent aussi tr\u00e8s bien, et apporte encore un peu d\u2019humour \u00e0 l\u2019histoire : ainsi, Papageno l\u2019oiseleur est habill\u00e9 en randonneur et se prom\u00e8ne avec une glaci\u00e8re. Les trois dames de la reine le rendent muet gr\u00e2ce \u00e0 des cl\u00e9s de voiture. Enfin, les trois enfants, guide de Papageno et Tamino, sont pr\u00e9sent\u00e9s pour la premi\u00e8re fois en train de jouer au football.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant la sc\u00e9nographie, elle se r\u00e9sume en un sol en fausse pelouse et \u00e0 des images de for\u00eat sous diff\u00e9rentes saisons projet\u00e9es sur des panneaux en fond de sc\u00e8ne. Les diff\u00e9rents panneaux permettent un jeu de reflets et de profondeur tr\u00e8s r\u00e9ussi : ils donnent une dimension onirique aux sc\u00e8nes. Autre jeu de niveaux : un trou qui m\u00e8ne aux sous-sols du temple de Sarastro et qui permet espionnages et espi\u00e8gleries.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les vid\u00e9os servent parfaitement leurs propos. Ainsi, le portrait de Pamina est projet\u00e9 sous forme de vid\u00e9o en fond de sc\u00e8ne : les spectateurs d\u00e9couvrent en m\u00eame temps que Tamino la beaut\u00e9 de la princesse \u00e0 sauver.<\/p>\n<h4>Un ensemble r\u00e9jouissant<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re particularit\u00e9 de cette mise en sc\u00e8ne est de faire participer le public qui r\u00e9agit aux frasques de Papageno cherchant une Papagena parmi les spectatrices, par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette modernit\u00e9 de mise en sc\u00e8ne et de traitement du livret fonctionne gr\u00e2ce \u00e0 la virtuosit\u00e9 des artistes, mais aussi gr\u00e2ce \u00e0 la grande sobri\u00e9t\u00e9 de la sc\u00e9nographie (mise \u00e0 part quelques effets pyrotechniques) et des costumes : les amoureux et les enfants sont en blanc, le reste des personnages en noir (ce qui peut, dans certaines sc\u00e8nes o\u00f9 les personnage sont nombreux, leur donner un aspect macabre et s\u2019\u00e9loigner de l\u2019\u00e9merveillement recherch\u00e9 par Emanuel Schikaneder). Pas de grandes robes \u00e0 plumes, ni de combat avec le serpent. Le metteur en sc\u00e8ne compte sur le spectateur pour comprendre l\u2019action gr\u00e2ce \u00e0 la musique. Et \u00e7a fonctionne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marion Mayer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Die Zauberfl<\/em><em>\u00f6<\/em><em>te<\/em> est le dernier op\u00e9ra de Wolfgang Amadeus Mozart. Repr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois le 30 septembre 1791 sur la sc\u00e8ne du Theater auf der Wieden de Vienne, elle est la derni\u00e8re \u0153uvre achev\u00e9e du compositeur, et la plus aboutie de toutes offrant diff\u00e9rentes grilles de lecture au spectateur selon sa maturit\u00e9, son \u00e2ge et m\u00eame son parcours de vie, si bien que Robert Carsen lui-m\u00eame n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 dire que cette seconde mise en sc\u00e8ne de la Fl\u00fbte enchant\u00e9e n\u2019est pas une premi\u00e8re, mais elle est assur\u00e9ment pour lui une nouveaut\u00e9 \u00e0 la fois dans l\u2019approche qu\u2019il a de l\u2019\u0153uvre, comme de ce qu\u2019il en re\u00e7oit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Michel Braudeau parle du <em>\u201c<\/em><em>paradoxe<\/em><em>\u201d<\/em> d\u2019un livret dont <em>\u201c<\/em><em>les obscurit<\/em><em>\u00e9<\/em><em>s et extravagances<\/em><em>\u201d<\/em> font ouvrir le premier acte sur <em>\u201c<\/em><em>un conte de f<\/em><em>\u00e9<\/em><em>e qui se poursuit en com<\/em><em>\u00e9<\/em><em>die, tourne <\/em><em>\u00e0<\/em> <em>la philosophie<\/em><em>\u201d<\/em> tandis que le second donne \u00e0 voir les protagonistes confront\u00e9s et devant faire face \u00e0 <em>\u201c<\/em><em>des situations sans queue ni t<\/em><em>\u00ea<\/em><em>te, o<\/em><em>\u00f9<\/em> <em>les m<\/em><em>\u00e9<\/em><em>chants du d<\/em><em>\u00e9<\/em><em>but se r<\/em><em>\u00e9<\/em><em>v<\/em><em>\u00e8<\/em><em>lent <\/em><em>\u00ea<\/em><em>tre des gentils, o<\/em><em>\u00f9<\/em> <em>l<\/em><em>\u2019<\/em><em>identit<\/em><em>\u00e9<\/em> <em>et les mobiles des personnages d<\/em><em>\u00e9<\/em><em>fient le sens commun<\/em><em>\u201d<\/em>, tandis que le final r\u00e9uni par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un Deux ex machina r\u00e9unit les personnages <em>\u201c<\/em><em>dans une <\/em><em>\u00e9<\/em><em>trange b<\/em><em>\u00e9<\/em><em>atitude<\/em><em>\u201d<\/em><em>. <\/em>C\u2019est donc une intrigue alambiqu\u00e9e port\u00e9e par le g\u00e9nie de la musique mozartienne qui nous fait suivre Tamino, jeune prince amoureux de Pamina, Papageno, l\u2019oiseleur de la Reine de la Nuit, dans leur parcours initiatique et les \u00e9preuves qui le composent, dont les autres personnages se font les artisans conscients ou bien involontaires.<\/p>\n<p>La mise en sc\u00e8ne de La Fl\u00fbte enchant\u00e9e par Robert Carsen est r\u00e9solument moderne. On peut regretter bien s\u00fbr la pompe des costumes classiques et le grandiose des d\u00e9cors. Pourtant, on ne sort pas d\u00e9\u00e7u d\u2019une repr\u00e9sentation qui allie \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 et \u00e0 la simplicit\u00e9, l\u2019utilisation ing\u00e9nieuse de la technologie pour transformer les espaces. La s\u00e9paration de la sc\u00e8ne en trois zones d\u00e9limit\u00e9es par des \u00e9crans de projection permet de rendre compte des changements de lieux, tant\u00f4t champ\u00eatres ou d\u00e9sertiques, intimistes ou solennels, mais aussi des espaces successifs qui accompagnent le rite initiatique. Le jeu sur l\u2019opacit\u00e9 des projections, permet aux personnages d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans le d\u00e9cor et de brouiller la perception du r\u00e9el donnant \u00e0 vivre au spectateur l\u2019incertitude dans laquelle Tamino est plong\u00e9, et l\u2019illusion dont il lui faut se r\u00e9veiller. Le renversement des situations et des perspectives entre les deux actes s\u2019accompagnent d\u2019un bouleversement des d\u00e9cors. Du calme apparent du cadre champ\u00eatre du premier acte, on arrive dans les espaces mouvants, d\u00e9sol\u00e9s et incertains du territoire de Sarastro qui accompagne l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et les doutes de Tamino. Du reste, si la mort est omnipr\u00e9sente dans le livret comme le remarque justement Robert Carsen, elle est aussi transpos\u00e9e sur sc\u00e8ne \u00e0 travers les cercueils qui meublent la sc\u00e8ne pendant une partie du second acte. Le costume de campeur de Papageno a de quoi surprendre, mais il est aussi la marque de l\u2019initiation des deux protagonistes, sorte de p\u00e8lerinage en qu\u00eate de soi. Alors que Tamino apprend les renoncements, Papageno est bien en peine de se d\u00e9lester des poids mat\u00e9rialis\u00e9s par son mat\u00e9riel de randonn\u00e9e qui devient alors un accessoire au service de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 monacale des costumes, le voile qui couvre d\u2019anonymat les personnages, les cercles de feu, la constante du chiffre trois et de la dimension initiatique, sont autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui conf\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u0153uvre une coloration ma\u00e7onne que R. Carsen retranscrit \u00e0 merveille.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ga\u00ebl Pardo\u00ebn<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dernier op\u00e9ra de Mozart, La Fl\u00fbte enchant\u00e9e est un singspiel en deux actes \u00e0 la fois comique et r\u00e9flexif. On peut le prend comme un simple conte de f\u00e9e, mais aussi s\u2019en inspirer des m\u00e9ditations. L\u2019histoire n\u2019est pas complexe : le prince Tamino est envoy\u00e9 par la Reine de la Nuit pour sauver sa fille Pamina des prisons de Sarastro. Guid\u00e9 par les trois Dames de la Reine et accompagn\u00e9 par l\u2019oiseleur Papageno, Tamino trouve enfin son amoureuse, ainsi que le mensonge d la Reine : tout ce qu\u2019elle fait c\u2019est juste pour se venger. Enfin, les \u00e9preuves de Sarastro m\u00e8ne Tamino vers l\u2019amour, la lumi\u00e8re et la sagesse. Le 7 f\u00e9vrier, cet op\u00e9ra classique est repr\u00e9sent\u00e9 sur la sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra Bastille. Des applaudissements prolong\u00e9s prouvent le succ\u00e8s de cette reprise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La couleur de la sc\u00e8ne gazonn\u00e9e nous attire l\u2019attention de la premi\u00e8re vue. L\u2019image du for\u00eat projet\u00e9e sur l\u2019\u00e9cran transformant au fil des quatre saisons nous emporte l\u2019air fra\u00eeche de la nature. Sans d\u00e9cors somptueux ou extravagants, la sc\u00e8ne sobre suffit de nous amener dans le monde f\u00e9\u00e9rique de Mozart. Les accessoires conservent bien le respect \u00e0 la vie r\u00e9elle. Il faut souligner la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9preuve de Tamino et Pamina, o\u00f9 un grand rideau d\u2019eau coule apr\u00e8s qu\u2019ils traversent le feu, le vrai feu. On voit aussi un sens de l\u2019humour par les accessoires. Par exemple, la magie des trois Dames est pr\u00e9sent\u00e9e par des objets de la soci\u00e9t\u00e9 moderne. Elles tuent le serpent g\u00e9ant avec des pistolets, ferment et ouvrent la bouche de Papageno par une cl\u00e9 de voiture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du c\u00f4t\u00e9 des acteurs, Pamina est sans toute la reine de la soir\u00e9e. La soprano Nadine Sierra poss\u00e8de une voix claire et douce. Elle a non seulement conquis le c\u0153ur de Tamino, mais aussi ceux des spectateurs. Quand \u00e0 son amant, on entend bien la tendresse et l\u2019a bravoure dans la voix du t\u00e9nor Stanislas de Barbeyrac. Mais personnellement, il ne m\u2019a pas impressionn\u00e9e. Au contraire, son accompagnant, Papageno a re\u00e7u le plus d\u2019acclamations. Bien s\u00fbr, on peut l\u2019attribuer \u00e0 la diff\u00e9rence de caract\u00e9ristiques de ces deux personnages, mais Michael Volle a vraiment anim\u00e9 l\u2019oiseleur. J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019air de Papageno et Papagena dans le deuxi\u00e8me acte. Au d\u00e9but, ils s\u2019expriment leur amour timidement, avec h\u00e9sitation, mais fi\u00e9vreusement. Quand ils s\u2019embarrassent finalement, on leur f\u00e9licite de tout son c\u0153ur. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 ce couple qu\u2019on peut go\u00fbter le style comique de l\u2019op\u00e9ra. Mais la Reine de la Nuit est un peu d\u00e9cevante. Dans l\u2019air la plus fameuse du deuxi\u00e8me acte, elle chante m\u00e9diocrement. Sa voix n\u2019est pas assez puissante, parfois la place dominante est prise par l\u2019orchestre. Elle a m\u00eame des probl\u00e8mes avec la hauteur du son dans les phrases difficiles et les notes aigu\u00ebs. Par rapport, les trois Dames ont pr\u00e9sent\u00e9 quelque chose de diff\u00e9rent. Normalement elles sont belles et \u00e9l\u00e9gantes. Mais ici les trois Dames a mis l\u2019accent sur l\u2019humour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l\u2019interaction entre les acteurs, l\u2019orchestre et les spectateurs est la plus belle qualit\u00e9 de cette pr\u00e9sentation. Certains acteurs viennent depuis la salle et puis arrivent \u00e0 l\u2019avant de la fosse. C\u2019est le lieu o\u00f9 ces trois participants se r\u00e9unissent. Rappelons la derni\u00e8re sc\u00e8ne, o\u00f9 le ch\u0153ur a fini sa partition et tout le monde, y compris les acteurs et les spectateurs, regardent l\u2019orchestre, attendant la derni\u00e8re note, comme si le monde n&rsquo;existait que pour cet op\u00e9ra. Les acteurs, l&rsquo;orchestre et les spectateurs ne sont plus isoles, mais tr\u00e8s lies l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, ce qui donne une nouvelle vie au spectacle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Xirui Zhang<\/h6>\n<pre>Photo : Agathe Poupeney<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus La Fl\u00fbte enchant\u00e9e, dernier op\u00e9ra de Mozart, sans doute son plus c\u00e9l\u00e8bre, est donn\u00e9 en repr\u00e9sentation jusqu&rsquo;au 23 f\u00e9vrier \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra Bastille. 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