{"id":8283,"date":"2017-02-07T20:00:55","date_gmt":"2017-02-07T19:00:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8283"},"modified":"2017-02-07T20:00:55","modified_gmt":"2017-02-07T19:00:55","slug":"bit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8283","title":{"rendered":"BiT"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"http:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/bit\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 7 f\u00e9vrier 2017, le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville, ferm\u00e9 pour travaux de r\u00e9novation, programmait au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point le spectacle <em>BiT<\/em>. Celui-ci, cr\u00e9\u00e9 par Maguy Marin, se pr\u00e9sentait comme un portrait de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, \u00e0 travers une recherche sur le rythme. Six danseurs, trois hommes et trois femmes, se d\u00e9pla\u00e7aient sur la sc\u00e8ne. Le but avou\u00e9 par la cr\u00e9atrice \u00e9tait de faire violence au spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et effectivement, j&rsquo;ai bien ressenti la violence. Tout d&rsquo;abord, celle de la musique compos\u00e9e par Charlie Aubry, beaucoup trop forte, compos\u00e9e d&rsquo;un m\u00e9lange de percussions et de bruits tir\u00e9s du quotidien, tels le d\u00e9collage d&rsquo;un avion ou des pleurs d&rsquo;enfants. Le tout donnant une impression de cacophonie agressive et absurde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, celle de la chor\u00e9graphie, incompr\u00e9hensible. Les tableaux se succ\u00e8dent: les six danseurs, se tenant par la main, comme formant une longue cha\u00eene, r\u00e9p\u00e8tent inlassablement le m\u00eame mouvement. Puis, \u00e0 moiti\u00e9 nus, ils simulent des rapports sexuels. Ou alors, habill\u00e9s en pr\u00eatre, ils transportent un corps, qu&rsquo;ils violent ensuite un \u00e0 un, peut-\u00eatre dans une tentative de symbolisation du temps qui passe et de la mort. On peut reconna\u00eetre aux danseurs qu&rsquo;ils paraissent croire en ce qu&rsquo;ils font. Malheureusement, cela ne suffit pas \u00e0 donner vie \u00e0 cette chor\u00e9graphie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais tout cela n&rsquo;aurait pas pu avoir une telle port\u00e9e sans ce d\u00e9cor morne et sinistre. Les danseurs entretiennent avec de grandes plaques grises un rapport \u00e9trange: ils montent dessus, glissent, se roulent, passent derri\u00e8re&#8230;Et cette utilisation de l&rsquo;espace n&rsquo;a rien de concluant ni de significatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Violence finalement de l&rsquo;\u00e9clairage. Des stroboscopes agressifs, ou une obscurit\u00e9 trop profonde emp\u00eachent une bonne vision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bref, rien ne m&rsquo;a convaincu dans cette repr\u00e9sentation. D&rsquo;ailleurs, une bonne vingtaine de spectateurs est partie avant la fin, alors que le spectacle ne durait qu&rsquo;une heure. Mais pour ceux qui ont eu le courage de rester, il semble que la plupart ont trouv\u00e9 cette production \u00e0 leur go\u00fbt. Pour ma part, je n&rsquo;avais qu&rsquo;une seule envie, c&rsquo;\u00e9tait que tout cela se finisse le plus vite possible.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Aurore Campagne<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">BiT est un spectacle de danse contemporaine pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point. La chor\u00e9graphe est une femme, Maguy Martin, et \u00a0\u00e0 la direction, c\u2019est un homme, Jean-Michel Ribes. N\u2019oublions pas le musicien et sound designer, Charlie Aubry. Le spectacle se d\u00e9coupe en quatre grands moments avec plusieurs tableaux. Si le synopsis du spectacle donne \u00e0 penser que la pi\u00e8ce aurait quelque chose de festif (le mot \u00ab\u00a0humour\u00a0\u00bb est m\u00eame mentionn\u00e9), j\u2019ai pour ma part trouv\u00e9 \u00e7a assez obscure. Le d\u00e9cor est minimaliste, cinq grandes structures en m\u00e9tal \u00a0dispos\u00e9es en arc de cercle, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un skate parc avec des rampes. L\u2019\u00e9clairage est froid, voire aseptis\u00e9. La musique \u00e9lectronique fait parti int\u00e9grante du d\u00e9cor, et si parfois on l\u2019oubli, elle contribue certainement \u00e0 cr\u00e9er une atmosph\u00e8re pesante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9l\u00e9ment phare de ce spectacle est sans aucun doute la <em>farandole<\/em>. Mot \u00e0 connotation festive qui d\u00e9crit bien cette chaine humaine de six danseurs qui ouvrent et ferment le spectacle. Ils se tiennent tous par la main, ensembles ils hochent la t\u00eate, lancent leurs jambes et penchent le buste. Ensembles ils \u00e9voluent dans l\u2019espace de la sc\u00e8ne, montant, descendant, passant devant ou derri\u00e8re les planches en m\u00e9tal. Cette farandole \u00e0 des airs de repas de famille ou de f\u00eate de mariage un peu trop arros\u00e9s. \u00a0Pourtant la musique sourde et r\u00e9p\u00e9titive ne colle pas avec la chor\u00e9graphie des danseurs. Elle est l\u00e0 en fond, comme une menace latente, et parfois des sons plus stridents semblent annoncer une catastrophe \u00e0 venir. \u00a0Cela sans compter les quelques bruits parasites de type radio qui\u00a0 fonctionne mal et la voix d\u2019un homme qui prie en italien sur un ton exalt\u00e9. Sur cette musique, la chor\u00e9graphie r\u00e9p\u00e9titive des danseurs prend un tournant sinistre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dernier moment du spectacle reprend ce m\u00eame sch\u00e9ma \u00a0geste pour geste, et sur la m\u00eame musique. Mais cette fois-ci la lumi\u00e8re \u00e9claire leur visage par en dessous, faisant ressortir l\u2019ossature effrayante de leur visage. Puis soudain l\u2019\u00e9clairage se fractionne, il devient une suite de flashs qui transforme la sc\u00e8ne en discoth\u00e8que infernale. Les mouvements des danseurs se disloquent, les mains ne se tiennent plus\u00a0: chacun est comme poss\u00e9d\u00e9 par une fr\u00e9n\u00e9sie \u00e9pileptique. Lorsque la lumi\u00e8re cesse ses caprices, ils se dirigent vers les planches m\u00e9talliques mises cotes \u00e0 cotes, formant comme un grand mur pench\u00e9. Ils grimpent dessus avec difficult\u00e9s et une fois le sommet atteint, un \u00e0 un, ils se laissent tomber dans le vide derri\u00e8re, sans bruit, disparaissant des yeux du spectateur dans un \u00e9lan de folie suicidaire collective.\u00a0 Le dernier homme \u00e0 sauter s\u2019\u00e9lance les bras et jambes \u00e9cart\u00e9s. La lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint et le son se coupe, plongeant la salle dans le noir\u00a0: c\u2019est la fin du spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre sc\u00e8ne choc du spectacle, le deuxi\u00e8me moment. Un drap rouge en velours est lanc\u00e9 du haut de la planche m\u00e9tallique centrale et la recouvre. La couleur frappe le regard du spectateur. Quelque chose apparait tout en haut, qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0? On distingue une main, un bras, une chevelure boucl\u00e9e, puis un torse d\u00e9nud\u00e9. Une femme commence \u00e0 apparaitre, elle est immobile et se laissent tout doucement gliss\u00e9e sur le tissu. Surgissent ensuite d\u2019autres corps \u00e0 sa suite. C\u2019est alors une masse informe et grouillante de bras et de jambes emm\u00eal\u00e9es qui se d\u00e9verse. Une construction monstrueuse o\u00f9 se soul\u00e8vent des poitrines lascives et o\u00f9 les membres se plient et se d\u00e9plient comme les pattes d\u2019un insecte agonisant. C\u2019est un v\u00e9ritable tableau vivant de corps enchev\u00eatr\u00e9s. L\u2019\u00e9claire souligne les muscles et les courbes des corps et la masse humaine glisse lentement vers le sol. Un \u00e0 un, les corps sont d\u00e9pos\u00e9s au sol et roulent lentement, comme emprunts d\u2019une fatigue immense. S\u2019en suit alors une sc\u00e8ne d\u2019orgie qui fait quitter la salle \u00e0 plus d\u2019une personne. \u00a0Enfin, les corps se d\u00e9nouent, \u00e9puis\u00e9s, et disparaissent \u00e0 l\u2019aide de leurs pieds et de leur bras derri\u00e8re planches comme de grands reptiles. Deux silhouettes encapuchonn\u00e9es viennent enlever le drap rouge, ce sont des moines\u00a0; serait-ce le temps de la p\u00e9nitence\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Fiault<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>BiT <\/em>est une conception de Maguy Marin, h\u00e9berg\u00e9e en ce d\u00e9but du mois de f\u00e9vrier par le Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point apr\u00e8s avoir d\u2019abord \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville. Marin, danseuse et chor\u00e9graphe toulousaine, s\u2019est fait une place de choix dans le monde du spectacle contemporain depuis les ann\u00e9es 1980 et plusieurs de ses pi\u00e8ces r\u00e9pondent d\u00e9j\u00e0 au doux nom de \u00ab\u00a0cultes\u00a0\u00bb. <em>BiT <\/em>est alors ce genre d\u2019\u0153uvre qui ne peut laisser indiff\u00e9rent. Surtout pour un spectateur qui, comme moi, n\u2019\u00e9tait pas familier avec le travail de Maguy Marin, et qui l\u2019\u00e9tait encore moins avec la danse contemporaine. Je suis en effet venu avec tr\u00e8s peu de bagages et ait d\u00fb accepter de m\u2019y abandonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Six danseurs commencent par rentrer dans un d\u00e9cor au minimalisme assur\u00e9, constitu\u00e9 de six plateformes inclin\u00e9es. Le groupe est compos\u00e9 de trois femmes et trois hommes, d\u2019\u00e2ges et de corps diff\u00e9rents, v\u00eatus fort classiquement (chapeau pour les hommes, jupes et gilets pour les femmes). Ils se tiennent tous la main et avancent progressivement sur la sc\u00e8ne au rythme d\u2019une musique \u00e9lectronique atmosph\u00e9rique. Ils font les m\u00eames gestes et t\u00e9moignent d\u2019une certaine communion. Puis, \u00e0 mesure que le rythme musical s\u2019intensifie les corps se d\u00e9lient, se regroupent, sautent, font des pirouettes, disparaissent et r\u00e9apparaissent. Les gestes sont de plus en plus fous, spontan\u00e9s, impr\u00e9visibles. A partir de l\u00e0, le pire peut arriver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la pi\u00e8ce donne d\u2019abord peu de cl\u00e9s de compr\u00e9hension, choisissant l\u2019abstraction et l\u2019absence de temporalit\u00e9, il est clair qu\u2019elle parle de l\u2019humain. Par le biais des corps des danseurs ce sont toujours la communaut\u00e9 et l\u2019individu qui se confrontent.\u00a0 Le ton g\u00e9n\u00e9ral est alors tr\u00e8s sombre, laissant peu de place \u00e0 la lumi\u00e8re. Le fil du spectacle est compos\u00e9 de plusieurs tableaux qui repr\u00e9sentent les individus face \u00e0 leurs comportements, leurs d\u00e9sirs et souvent leurs pires instincts. Plusieurs sujets sont abord\u00e9s\u00a0: la religion (avec des figures monacales qui traversent, v\u00eatues de capes noires et de masques) ou encore la cupidit\u00e9 (gr\u00e2ce \u00e0 des pi\u00e8ces qui sont d\u00e9vers\u00e9es sur sc\u00e8ne, rapidement envi\u00e9es). Mais surtout la sexualit\u00e9, avec plusieurs co\u00efts, souvent animaux, o\u00f9 les corps s\u2019attirent sans regard du sexe du partenaire. A partir du moment o\u00f9 le groupe initial se s\u00e9pare, tout peut basculer \u00e0 n\u2019importe quel moment. Un viol et un suicide sont ainsi repr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que spectateur il est difficile de faire face \u00e0 toute cette cruaut\u00e9 et cette ambiance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, mais cela est rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 une mise en sc\u00e8ne qui magnifie \u00e0 peu pr\u00e8s tout. Celle-ci ne fait pas le choix de la lisibilit\u00e9 et met toujours le spectateur dans une zone un peu floue \u2013 il n\u2019est pas toujours facile de faire le lien entre les diff\u00e9rentes sc\u00e8nes -, pas toujours confortable mais toujours hypnotisante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019ai personnellement pas assez de connaissances pour pouvoir analyser les diff\u00e9rents types de danse repr\u00e9sent\u00e9s, toutefois j\u2019ai pu reconna\u00eetre des formes tr\u00e8s traditionnelles et folkloriques comme la ronde. D\u2019ailleurs, aucun mot ne se fait entendre, tout n\u2019est que rythme et corps. Ces derniers sont des corps ordinaires, ne prenant pas le parti du beau, et les chor\u00e9graphies ne se veulent pas non plus esth\u00e9tiquement parfaites ou spectaculaires. La danse apporte parfois des moments de communion joyeuse, mais vire r\u00e9guli\u00e8rement vers quelque chose d\u2019incontr\u00f4l\u00e9, voire de macabre. La musique prend \u00e9videmment toute son importance, surtout que le nom du spectacle, <em>BiT,<\/em> peut renvoyer directement au terme anglais \u00ab\u00a0<em>beat<\/em>\u00a0\u00bb. Une ambiance faite de rythmes \u00e9lectroniques, parfois des basses, parfois des nappes sonores, traverse toute la pi\u00e8ce, de mani\u00e8re parfois envo\u00fbtante, parfois inqui\u00e9tante. C\u2019est aussi le d\u00e9cor qui est bien utilis\u00e9. Les danseurs jouent avec lui\u00a0: ils montent sur les plateformes, ils y sautent, ou alors en descendent. Le d\u00e9cor permet souvent aux personnages d\u2019appara\u00eetre ou de dispara\u00eetre gr\u00e2ce \u00e0 des rouages invisibles aux yeux des spectateurs. L\u2019inclinaison des plateformes peut aussi bien repr\u00e9senter l\u2019ascension que le vide vertigineux. Plusieurs fois l\u2019on se demande si les danseurs qui les descendent \u2013 \u00e0 t\u00e2tons \u2013 ne vont pas d\u00e9gringoler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est compos\u00e9e, \u00e0 mon avis, d\u2019au moins deux points d\u2019orgue. Le premier arrive \u00e0 mi-parcours, lorsqu\u2019un drap rouge est d\u00e9ploy\u00e9 sur la plateforme au centre de la pi\u00e8ce et que les corps des six danseurs y glissent tr\u00e8s lentement. Ils sont pratiquement nus, seulement v\u00eatus d\u2019une toge, des parties intimes du corps se d\u00e9voilent. Les corps forment presque une symbiose et l\u2019on a du mal \u00e0 les distinguer. J\u2019ai personnellement \u00e9t\u00e9 autant \u00e9bloui que bouscul\u00e9 par ce moment tr\u00e8s organique et magnifiquement mis en sc\u00e8ne. Le second arrive \u00e0 la toute fin, lorsque les plateformes qui composent le d\u00e9cor ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9es les unes avec les autres pour n\u2019en former qu\u2019une seule. Les danseurs r\u00e9p\u00e8tent quasi exactement leurs gestes du d\u00e9part mais pour au final sauter dans le vide, un \u00e0 un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>BiT<\/em> est ainsi une \u0153uvre qui bouscule et qui ne peut que diviser. Peuvent en t\u00e9moigner les spectateurs qui sont sortis de la salle. C\u2019est d\u2019abord un spectacle qui se vit, puisque pas toujours lisible, et auquel j\u2019ai surtout r\u00e9fl\u00e9chi a posteriori. D\u00e9sorient\u00e9 en sortant de la salle, je peux d\u00e9sormais me d\u00e9clarer s\u00e9duit. Il ne dure qu\u2019une heure mais constitue une exp\u00e9rience visuelle et sonore assez unique, bien qu\u2019il cherche constamment \u00e0 nous sortir de notre zone de confort, nous mettant face aussi bien \u00e0 des moments d\u2019extase qu\u2019aux violences de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alexandre Lachiver<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En entrant au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point pour y voir Bits, une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de Maguy Martin, je ne savais pas \u00e0 quoi m\u2019attendre. J\u2019avais lu sur le site du th\u00e9\u00e2tre une qualification de \u00ab\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre artistique\u00a0\u00bb, un m\u00e9lange de danses sur une musique \u00e9lectronique. Bon. Cela para\u00eet assez prometteur, pour quelqu\u2019un aimant les contrastes, les oppositions entre les cultures, comme cela est mon cas. Une fois install\u00e9e, un d\u00e9cor \u00e9nigmatique et minimaliste s\u2019impose \u00e0 moi\u00a0: six plans inclin\u00e9s, d\u2019une hauteur d\u2019un homme et demi environ, install\u00e9es sym\u00e9triquement sur la sc\u00e8ne. Ces pentes seront le th\u00e9\u00e2tre et le t\u00e9moin des sc\u00e8nes \u00e9tranges et parfois morbides qui arriveront sur le plateau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois la lumi\u00e8re \u00e9teinte, les danseurs, au nombre de six, font leur entr\u00e9e. Ils dansent la farandole en se tenant la main, d\u2019un air enjou\u00e9, autour et sur les pentes de m\u00e9tal. D\u00e9j\u00e0, le contraste entre danse \u00ab\u00a0villageoise\u00a0\u00bb et musique \u00e9lectronique, presque de bo\u00eete de nuit, est lancinant. Mais la danse \u00e9volue\u00a0: les danseurs se s\u00e9parent, se retrouvent, des couples se forment, la peur survient, femme traqu\u00e9e entre les plans. Tentative de viol, les autres reviennent. Changement de costume, escalade des pentes, en talons hauts. D\u00e9gringolade de pi\u00e8ces, rampement pour les r\u00e9cup\u00e9rer, ou pour poursuivre celui qui est devant. Sc\u00e8ne de viol collectif, brutalit\u00e9, toujours avec cette musique lancinante. Des gens partent, des habitu\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre sont choqu\u00e9s (m\u00e9prisant \u00ab\u00a0Au revoir, le Rond-Point\u00a0\u00bb, entendu au sortir du spectacle). Mais malgr\u00e9 tout, le mouvement continue son cours\u00a0; et finalement les six danseurs se retrouvent et reprennent la m\u00eame danse qu\u2019au d\u00e9but, se tenant la main, comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. On se croit au sortir d\u2019un r\u00eave. Puis, quand les lumi\u00e8res se rallument et que (malgr\u00e9 tout) les artistes sont applaudis, je me suis quand m\u00eame demand\u00e9\u00a0: Qu\u2019est-ce que je viens de voir\u00a0? Je ne pense pas \u00eatre la seule, loin de l\u00e0, \u00e0 me poser cette question\u00a0; la r\u00e9ponse est s\u00fbrement enfouie quelque part, et peut-\u00eatre qu\u2019il suffirait de r\u00e9\u00e9couter les beats percussifs de Chantal Aubry\u00a0? Laissez-moi un peu de temps, mais vous pouvez tenter l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lola Niedermayer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 7 f\u00e9vrier au Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e la premi\u00e8re de BiT, une cr\u00e9ation chor\u00e9graphique con\u00e7ue par Manguy Marin et interpr\u00e9t\u00e9e par Ulises \u00c1lvarez et Laura Frigato comme principales figures en alternance avec Fran\u00e7oise Leick, Daphn\u00e9 Koutsafti, Cathy Polo, Ennio Sammarco et Marcelo Sep\u00falveda. Cette cr\u00e9ation veut symboliser l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 comme le d\u00e9tachement de notre rusticit\u00e9 primitive passant par la sophistication de nos habitudes et de nos m\u0153urs\u00a0 en arrivant finalement \u00e0 notre chute, un \u00e9l\u00e9ment reste commun \u00e0 toutes ces p\u00e9riodes de d\u00e9racinement, la culture du viol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui semblait \u00eatre une id\u00e9e int\u00e9ressante s\u2019est transform\u00e9 en une construction symbolique pr\u00e9tentieuse et tr\u00e8s peu subtile. Les danseurs sont mis en sc\u00e8ne de forme chorale, ins\u00e9r\u00e9s dans une cha\u00eene humaine qui visait probablement \u00e0 symboliser la d\u00e9rive d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation impos\u00e9e par la modernit\u00e9. Ceci constitue d\u00e9j\u00e0 un manque d\u2019originalit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9vident et m\u00eame une pr\u00e9tention cr\u00e9ative tr\u00e8s anachronique\u00a0 qui ne tient pas en consid\u00e9ration notre r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle contemporaine et notre ancrage dans la postmodernit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, un aspect \u00e0 souligner dans cette \u0153uvre est l\u2019utilisation remarquable de l\u2019espace sc\u00e9nique et l\u2019absence totale de d\u00e9cors superflus, le sc\u00e9nographe veut faire cibler au spectateur cette id\u00e9e de chute et de mort et vidant la sc\u00e8ne de toute ext\u00e9riorit\u00e9 et de toute mat\u00e9rialit\u00e9, \u00e0 l\u2019exception des corps humains qui se corrompent et qui subissent les changements propres \u00e0 l\u2019abandon de la rusticit\u00e9 et du primitivisme. De plus, la pr\u00e9sence inqui\u00e9tante et parfois perturbante de la musique (musque \u00e9lectronique) nous fait plonger dans cette tendance d\u00e9risoire vers la fin de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce f\u00fbt tr\u00e8s applaudie par la grande partie des spectateurs, cependant certains membres du public ont abandonn\u00e9 la salle avant la fin de la repr\u00e9sentation ce qui est symptomatique de l\u2019ambiance de dissension cr\u00e9e par les artistes, en g\u00e9n\u00e9rale sa pr\u00e9tention moralisatrice introduite sous des formes tr\u00e8s banales, lui rapproche plus de la messe que d\u2019une cr\u00e9ation d\u2019avant-garde.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Antonio Rodriguez Cruz<\/h6>\n<pre>Photo : Grappe<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus Le 7 f\u00e9vrier 2017, le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville, ferm\u00e9 pour travaux de r\u00e9novation, programmait au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point le spectacle BiT. 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