{"id":8285,"date":"2017-02-08T20:00:54","date_gmt":"2017-02-08T19:00:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8285"},"modified":"2017-02-08T20:00:54","modified_gmt":"2017-02-08T19:00:54","slug":"vanavara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8285","title":{"rendered":"VANAVARA"},"content":{"rendered":"<p>Cirque | La Villette &#8211; espace chapiteaux | <a href=\"https:\/\/lavillette.com\/evenement\/cnac-2017\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont les yeux p\u00e9tillants, le souffle coup\u00e9, que nous sommes tous ressortis du spectacle, avec un seul mot \u00e0 la bouche\u00a0: Encore\u00a0! On ressentait le besoin d\u2019en parler, de partager la magie \u00e0 laquelle on venait d\u2019assister. Nos mains nous faisaient mal \u00e0 force d\u2019applaudir, de faire revenir, les \u00e9l\u00e8ves de la 28<sup>\u00e8me<\/sup> promotion du Centre national des arts du cirque. Ils nous ont pr\u00e9sent\u00e9 leur spectacle de fin d\u2019\u00e9tudes dans lequel ils ont m\u00eal\u00e9 danse, acrobatie, musique et dessin\u00a0; le tout mis en sc\u00e8ne par Ga\u00e9tan Lev\u00eaque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est sous un v\u00e9ritable chapiteau que le spectacle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9, avec un d\u00e9cor plut\u00f4t \u00e9pur\u00e9, que les \u00e9l\u00e8ves venaient compl\u00e9ter au fur et \u00e0 mesure. La sc\u00e8ne \u00e9tait en cercle, ce qui nous permettait de les voir sous tous leurs aspects\u00a0; de face, de dos et de profil. C\u2019\u00e9tait impressionnant, leurs corps glissaient sur le sol, interagissaient les uns avec les autres avec une ma\u00eetrise absolue. De plus, ce n\u2019est pas seulement par leurs acrobaties qu\u2019ils se sont illustr\u00e9s, mais aussi par la musique, le chant et le dessin\u00a0; ils ont tout fait\u00a0! C\u2019\u00e9tait beau, c\u2019\u00e9tait magique, c\u2019\u00e9tait pour moi quelque chose de nouveau. La sc\u00e8ne \u00e9tait simplement compos\u00e9e de quelques faux rochers et d\u2019un trampoline dans le fond. Les \u00e9l\u00e8ves bougeaient ces cailloux au fur et \u00e0 mesure, le tout en l\u2019int\u00e9grant au spectacle. Il n\u2019y avait pas de pause, pas de changement radical de d\u00e9cors, non, tout fonctionnait en symbiose. Les \u00e9l\u00e8ves naviguaient entre \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor et protagonistes du spectacle avec une telle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 que dans leur individualit\u00e9 ils semblaient parfois former un tout indissociable. Cette impression de tout, de coh\u00e9sion s\u2019est vue renforc\u00e9e par la confiance qu\u2019ils avaient les uns en les autres \u2013 ils se sont laiss\u00e9s port\u00e9s, tomb\u00e9s en arri\u00e8re, sans h\u00e9siter, en sachant pertinemment que leurs camarades seraient l\u00e0 pour les rattraper, c\u2019\u00e9tait beau, \u00e9mouvant, touchant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons ri en retrouvant le personnage du clown qui en empilant des cailloux permettait de faire diversion. De cette mani\u00e8re, la trap\u00e9ziste est apparue comme par miracle en haut du chapiteau et nous avons fr\u00e9mi en la voyant se balancer, de peur de la voir tomber. Ils \u00e9taient tellement pr\u00e8s de nous, on pouvait lire sur leur visage la concentration, la fiert\u00e9 et la joie d\u2019y parvenir. Ils nous ont transport\u00e9s, ils nous ont fait r\u00eaver pendant une heure ce mercredi et pour nous cela aurait pu durer encore toute la nuit.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Thelma Dassesse<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vanavara est le spectacle de fin d\u2019ann\u00e9e r\u00e9alis\u00e9 par les \u00e9l\u00e8ves du prestigieux Centre national des arts du cirque, mont\u00e9 avec Ga\u00e9tan Lev\u00eaque du collectif AOC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un \u00e9norme cerceau lumineux surplombe la sc\u00e8ne et empreint la sc\u00e8ne de son atmosph\u00e8re bleue et \u00e9trange.\u00a0 Le d\u00e9cor hostile \u00e0 toute vie humaine est fait de gros rochers gris et d\u2019arbustes sans feuilles. C&rsquo;est dans cette ambiance d\u00e9sertique, \u00e0 demi r\u00eav\u00e9e qu&rsquo;apparaissent les acrobates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est apocalyptique et semble \u00eatre celle d\u2019un pass\u00e9 lointain ou d\u2019un futur proche. Les artistes se contorsionnent au rythme lancinant de la musique et rampent sur le sol tel des pantins disloqu\u00e9s mais d\u2019une extr\u00eame souplesse ; et c\u2019est le corps enduit d\u2019une poussi\u00e8re blanche qu\u2019ils entament leur chor\u00e9graphie sauvagement\u00a0 automatis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que l\u2019une, perch\u00e9e au-dessus de la sc\u00e8ne, se contorsionne avec arrogance dans son cerceau, les autres rest\u00e9s \u00e0 terre tentent en vain de trouver un sens \u00e0 leur vie. L\u2019homme araign\u00e9e se d\u00e9marque de la foule et ses contorsions font frissonner les spectateurs. Les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor se transforment en instruments de musique. Tout concourt \u00e0 cette atmosph\u00e8re \u00e9trange gaiet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Survient une jeune femme en imper jaune qui s\u2019assomme euphoriquement sur les pierres, une danse na\u00eet entre elle et l\u2019homme araign\u00e9e. Un espoir d\u2019amour dans ce monde apocalyptique? Puis la derni\u00e8re sc\u00e8ne : une jeune femme mont\u00e9e sur son trap\u00e8ze se balance, se balance jusqu\u2019\u00e0 toucher le chapiteau. Avide de libert\u00e9 elle finira par sauter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ovation des spectateurs et roulements de tambours,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je recommande chaudement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9mentine Lebedinsky<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Mercredi 8 F\u00e9vrier 2017, je me suis rendue au spectacle \u00ab\u00a0Vanavara\u00a0\u00bb \u00e0 20h mis en sc\u00e8ne par Ga\u00e9tan Lev\u00eaque et cr\u00e9e par le collectif AOC au Centre National des arts du cirque \u00e0 l\u2019espace chapiteaux du parc de la Villette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce spectacle m\u00ealant danse, gestuelle, musique et acrobatie invoquait une ambiance \u00e0 la fois angoissante et magique o\u00f9 les corps se confondaient puis se d\u00e9liaient dans une harmonie de groupe et un talent unique et original.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En entrant dans l\u2019espace chapiteaux du parc de la villette, je d\u00e9couvris un petit espace am\u00e9nag\u00e9 d\u2019une tente servant s\u00fbrement \u00e0 d\u2019autres repr\u00e9sentations, d\u2019un barnum pour se restaurer (\u00ab\u00a0\u00e0 la bonne franquette\u00a0\u00bb) et d\u2019un petit chapiteau dans lequel se d\u00e9roulait le spectacle. En entrant dans le chapiteau je fus frapp\u00e9e par l\u2019aspect intime de l\u2019espace. La piste \u00e9tait habill\u00e9e d\u2019un d\u00e9cor \u00e9trange. De fausses roches \u00e9taient pos\u00e9es sur le sol ainsi que des branchages. Un mur de pierres surplombait un trampoline, une barre et une corde se trouvaient \u00e0 la limite entre la fin de la piste et les spectateurs, un trap\u00e8ze \u00e9tait suspendu dans les airs et un imposant cercle lumineux au dessus de la piste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle s\u2019ouvrit sur une musique form\u00e9e de sons inqui\u00e9tants et m\u00eame d\u00e9rangeants, la lumi\u00e8re fut \u00e9teinte pour quelques instants nous plongeant dans une ambiance vraiment angoissante. Quand on ralluma l\u2019\u00e9clairage, une jeune femme au manteau long et aux v\u00eatements sombres et urbains fit un premier num\u00e9ro munie d\u2019un grand cerceau et toujours accompagn\u00e9 de ces sons indescriptibles. Le reste de la troupe apparut en un seul bloc, leurs corps se m\u00ealaient pour former une seule forme qui \u00e9voluait sur la piste comme un animal, un monstre ou encore une entit\u00e9 de chairs et de membres. Tout au long du spectacle, les num\u00e9ros individuels ou en groupe se suivaient harmonieusement, pole dance, gymnastique, trampoline, parcourt, trap\u00e8ze avec des changements de musiques et sons cr\u00e9ant des ambiances diverses et des univers originaux. Leurs d\u00e9placements et les mouvements de leurs corps faisaient penser \u00e0 des sortes d\u2019animaux, comme si notre bestialit\u00e9 et notre condition humaine \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e dans son aspect primaire et dans l\u2019exaltation des \u00e9motions pures et naturelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque artiste poss\u00e9dait sa personnalit\u00e9 propre, son personnage et r\u00e9agissait aux autres de mani\u00e8res vari\u00e9es. Lors des diff\u00e9rents num\u00e9ros notre attention \u00e9tait capt\u00e9e par tous les artistes qui \u00e9voluaient chacun de leurs c\u00f4t\u00e9s en apart\u00e9. Le mouvement se trouvait donc partout, certains jouaient avec les d\u00e9cors, le d\u00e9pla\u00e7aient, jouaient de la musique avec en les frottant ou les percutant, d\u2019autres jouaient avec de v\u00e9ritables instruments et certains effectuaient des sortes de dansent en se croisant, s\u2019attrapant, se cognant, se portant entre eux ou interagissait avec le public, l\u2019une des artistes dessinait au sol avec une craie discr\u00e8tement durant tout le spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ressentis plusieurs \u00e9motions durant cette repr\u00e9sentation, de la surprise, de l\u2019angoisse, de la joie mais aussi de la tristesse, de l\u2019admiration mais je fus surtout \u00e9tonn\u00e9e de ressentir des sentiments si forts devant un spectacle d\u00e9pourvu de parole, construit autour de simples sons et corps en mouvement. Ces \u00e9motions ont \u00e9t\u00e9 d\u2019ailleurs pour moi \u00e0 la fois personnelles et communes puisque j\u2019ai pu partager certaines r\u00e9actions de stup\u00e9faction notamment avec les spectateurs autour de moi et pourtant parfois alors que je ressentais une sorte de tristesse, d\u2019autres riaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maitrise de leur art doit \u00eatre parfaite et pourtant ces artistes nous ont livr\u00e9 une repr\u00e9sentation paraissant simple et sauvage, \u00e0 la fois douce et crue et surtout sans code ni fronti\u00e8re, d\u2019une libert\u00e9 frappante.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9a Memain<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s quelques recherches je comprends que le titre du spectacle fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement survenu en Sib\u00e9rie en 1908\u00a0: une m\u00e9t\u00e9ore s&rsquo;est \u00e9cras\u00e9e sur le site Vanavara. Le d\u00e9cor qui s&rsquo;offre \u00e0 nous semble assez apocalyptique\u00a0: des rochers dispers\u00e9s \u00e7a et l\u00e0, des branches d\u00e9nu\u00e9es de toute v\u00e9g\u00e9tation, qui encombrent la sc\u00e8ne mais offrent un bon terrain de jeu aux acrobates. L&rsquo;espace semble hors du temps, les artistes du Cnac sont v\u00eatus de tenues urbaines, d\u00e9chir\u00e9es pour la plupart et tentent, collectivement ou individuellement de redonner un sens \u00e0 leur existence, de reconstruire leur rapport \u00e0 la nature et aux autres. Le spectacle entier est marqu\u00e9 par cette dualit\u00e9\u00a0: les temps forts succ\u00e8dent au calme, l&rsquo;agitation, voire l&rsquo;hyst\u00e9rie succ\u00e8dent \u00e0 la douceur. Pr\u00e9sent d\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, un grand cercle lumineux surplombe et encercle la sc\u00e8ne, comme la promesse d&rsquo;un au-del\u00e0 \u00e0 atteindre. Cet au-del\u00e0, cet au-dessus, se verticalise \u00e0 la fin de la performance, ce qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une ligne d&rsquo;horizon s&rsquo;ouvre alors comme une porte pr\u00eate \u00e0 faire passer les survivants dans un autre monde, et la lumi\u00e8re \u00e9lectrique verte qui semble les avaler est presque la seule touche de couleur du spectacle. Les performances acrobatiques sont parfaitement ma\u00eetris\u00e9es, d&rsquo;une grande majestuosit\u00e9 parfois comme le premier num\u00e9ro avec cette femme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un cerceau tournant \u00e0 grande vitesse sur lui-m\u00eame avec lequel elle ne rompt pas le contact une seule fois. D&rsquo;autres num\u00e9ros sont plus chaotiques, les corps s\u2019emm\u00ealent tant qu&rsquo;on ne parvient plus \u00e0 les distinguer et les contorsions sont telles que mon souffle de simple spectatrice en fut plusieurs fois coup\u00e9. L&rsquo;impr\u00e9vu marque chaque transition du spectacle, la plus marquante est s\u00fbrement celle de la red\u00e9couverte des \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor, int\u00e9gr\u00e9s et oubli\u00e9s, dont l&rsquo;acoustique va prendre vie au toucher\u00a0: les rochers sont sonoris\u00e9s si bien que l&rsquo;on peut taper dessus comme un tambour et les branches d&rsquo;arbre sont en fait pourvues de cordes. Les artistes sont eux aussi pour la plupart musiciens\u00a0: ils jouent sur sc\u00e8ne de la trompette, du chant, de la guitare \u00e9lectrique. Les dissonances sont nombreuses et peuvent surprendre\u00a0: la musique ressemble parfois \u00e0 une suite de sons bigarr\u00e9e, certains des jeunes gens se roulent et rampent lentement au sol tandis que d&rsquo;autres traversent la sc\u00e8ne, courants et hurlants. Mais le tout pourtant est harmonieux. C&rsquo;est cette connexion entre les \u00eatres qui donne sa force au spectacle, ce fond-sonore qui n&rsquo;en est plus un, qui prend parfois le devant sur la performance de jeunes hommes rebondissant inlassablement sur le trampoline \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la sc\u00e8ne ou encore cette jeune femme \u00e9lev\u00e9e au rang de reine par un tr\u00f4ne humain en mouvement. C&rsquo;est bien ici le travail sur le mouvement qu&rsquo;il faut saluer\u00a0; il est parfois saccad\u00e9, mais il y a d&rsquo;autres fois o\u00f9 les corps semblent litt\u00e9ralement s&rsquo;\u00e9couler le long d&rsquo;une falaise, o\u00f9 le contact n&rsquo;est jamais rompu et l&rsquo;on pourrait croire \u00e0 une mar\u00e9e tant\u00f4t montante, tant\u00f4t descendante.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">M\u00e9lodie Taberlet<\/h6>\n<pre>Photo : CNAC<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Cirque | La Villette &#8211; espace chapiteaux | En savoir plus Ce sont les yeux p\u00e9tillants, le souffle coup\u00e9, que nous sommes tous ressortis du spectacle, avec un seul mot \u00e0 la bouche\u00a0: Encore\u00a0! 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