{"id":831,"date":"2016-10-20T20:00:17","date_gmt":"2016-10-20T19:00:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=831"},"modified":"2016-10-20T20:00:17","modified_gmt":"2016-10-20T19:00:17","slug":"cri-de-pomme-de-terre-connecticut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=831","title":{"rendered":"Le cri de la pomme de terre du Connecticut"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"http:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/le-cri-de-la-pomme-de-terre-du-connecticut\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019adore les \u0153uvres de Jean-Michel Ribes, cet humour qui navigue entre la finesse, le potache et l\u2019absurde. Alors quand j\u2019ai vu qu\u2019il \u00e9tait metteur en sc\u00e8ne de la cr\u00e9ation <em>Le Cri de la pomme de terre du Connecticut<\/em>, qui se joue au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point (dont il est le directeur) du 11 au 30 octobre, j\u2019ai eu envie de voir le spectacle. J\u2019y suis aussi all\u00e9e pour le titre\u00a0: il me semblait annonciateur d\u2019un spectacle dr\u00f4le, en tout cas r\u00e9jouissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A vrai dire, Patrick Robine, le seul interpr\u00e8te de ce petit spectacle (il dure 1h) ne nous parle pas que de pommes de terre \u2013 m\u00eame s\u2019il les imite \u00e0 la perfection. Il \u00e9voque avec nous le voyage qu\u2019il fit avec son ami l\u2019\u00e9lan dans le d\u00e9sert, voyage qui le conduisit, par le d\u00e9tour d\u2019une armoire, \u00e0 sa maison d\u2019enfance, puis \u00e0 une auberge bavaroise install\u00e9e dans la cave\u2026 On rit de ses calembours, de ses imitations (d\u2019arbres, de lacs, de g\u00e9n\u00e9ral allemand, d\u2019\u0153ufs au plat et d\u2019autres choses encore\u00a0!), et bien s\u00fbr de son aplomb \u00e0 nous raconter un voyage quasi fantastique comme si c\u2019\u00e9tait la chose la plus banale au monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce qui est surtout agr\u00e9able, c\u2019est la complicit\u00e9 qu\u2019il instaure avec le public. C\u2019est presque une atmosph\u00e8re intime qui se cr\u00e9e, avec au premier chef une entr\u00e9e en robe de chambre. La salle Jean Tardieu est petite, ce qui renforce une impression de dialogue entre un public peu nombreux et le com\u00e9dien, qui s\u2019adresse directement \u00e0 nous, nous envoie des signes de connivence et nous propose un peu de cassoulet, ou bien ses savoureuses imitations. Et forc\u00e9ment, \u00e0 la fin, il nous offre le cri de la pomme de terre du Connecticut, \u00ab\u00a0histoire que vous ne soyez pas venus pour rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On n\u2019est pas venus pour rien, \u00e7a c\u2019est s\u00fbr. On s\u2019est amus\u00e9, tout d\u2019abord. Certains spectateurs ont bien souvent \u00e9clat\u00e9 de rire. Pour ma part, je n\u2019ai pas vraiment trouv\u00e9 la pi\u00e8ce hilarante, mais elle a selon moins une autre qualit\u00e9, plus essentielle\u00a0: elle fait du bien. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par l\u2019impression de gentillesse qui se d\u00e9gage de Patrick Robine. Il nous plonge avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans un monde presque po\u00e9tique dans lequel les \u00e9lans volent, en nous parlant comme un vieil ami avec qui on s\u2019attarderait un soir autour d\u2019un verre. Et ce vieil ami est p\u00e9tulant, joueur, un peu coquin, l\u00e9g\u00e8rement charmeur. C\u2019est un homme intelligent qui s\u2019amuse devant nous et avec nous. Au total, on a la sensation qu\u2019il nous aime bien, et que c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il nous fait un peu marcher, beaucoup rire, peut-\u00eatre verser une larme dans ce passage \u00e9mouvant de ses adieux \u00e0 son \u00e9lan, sans doute r\u00eaver.\u00a0 Sans afficher de grande ambition, ce spectacle semble fait pour amuser, mais il nous offre aussi le plaisir doux d\u2019une belle rencontre avec un bien \u00e9tonnant monsieur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathilde Bernardot<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le titre promettait un univers extravagant et on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u. Mise en sc\u00e8ne par Jean- Michel Ribes au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, Patrick Robine nous embarque dans ses exp\u00e9riences enchanteresses o\u00f9 il m\u00eale absurde et po\u00e9sie. Le d\u00e9cor est minimaliste &#8211; un palmier, deux tabourets &#8211; ce sont le com\u00e9dien et son texte qui occuperont l\u2019espace. Dr\u00f4le d\u2019arriv\u00e9e en kimono fleuri, balai \u00e0 la main : la tenue est farfelue et assum\u00e9e, Patrick Robine (Bine pour les intimes) compl\u00e8tement d\u00e9tendu. On a l\u2019impression d\u2019\u00eatre venu diner chez un ami revenant tout juste de voyage et qui nous raconte son road trip compl\u00e8tement fantaisiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Espagne, l\u2019Afrique, les \u00c9tats-Unis\u2026 Il en a d\u00e9couvert des paysages ! Aventurier solitaire, il aura pour unique accompagnateur un \u00e9lan (oui, un \u00e9lan !) \u00e0 qui il fait traverser les portes de l\u2019enfance, rencontrer sa vieille tante, errer dans le d\u00e9sert ; en Afrique il ira se blottir aupr\u00e8s d\u2019un lion lisant Roland Barthes\u2026 On passe donc de l\u2019\u00e9lan au lion, du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne et on a parfois du mal \u00e0 suivre ses p\u00e9rip\u00e9ties. Tant\u00f4t il se lance dans l\u2019imitation d\u2019un lac, tant\u00f4t dans celle d\u2019un tire-bouchon ou encore dans celle de certaines vari\u00e9t\u00e9s de pomme de terre (on rel\u00e8ve l\u2019imitation particuli\u00e8rement hilarante de la pomme de terre-pur\u00e9e-mousseline). Carnet de voyage \u00e0 c\u0153ur ouvert, il ne faut pas chercher un sens dans Le cri de la pomme de terre du Connecticut, on s\u2019y perdrait. Il faut se laisser embarquer par cet \u00e9ternel enfant, la magie op\u00e8re\u2026 ou pas !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Broc\u00e9liande<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le cri de la pomme de terre du Connecticut<\/em> est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de et avec Patrick Robine, mis en sc\u00e8ne par Jean-Michel Ribes. Patrick Robine imite tout au long de son voyage imaginaire le chant de la pur\u00e9e, du robinet, les\u00a0 animaux et les plantes qu\u2019il rencontre. Son voyage commence \u00e0 Paris avec un circuit dans sa cuisine parmi les pommes de terre. Il continue en Espagne. Ensuite il continue vers les c\u00f4tes africaines o\u00f9 il rencontre un lion qui lit Barthes. Enfin son voyage s\u2019achev\u00e9 lors de l\u2019ouverture des portes d\u2019une armoire familiale. Le spectacle ne suit pas un temps r\u00e9el mais fictif. En effet il s\u2019agit d\u2019une fiction ou la fantaisie est l\u2019\u00e9l\u00e9ment primordial. Cependant dans le spectacle de Robine tout contribue \u00e0 rendre l\u2019histoire r\u00e9elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rythme de la repr\u00e9sentation est vari\u00e9, si au d\u00e9but de l\u2019entr\u00e9e de Robine sur sc\u00e8ne il est peu mouvement\u00e9 il se colore des tensions d\u00e8s que le r\u00e9cit du voyage commence. La progression de l\u2019action est boulevers\u00e9e \u00a0par la multitude des \u00e9motions de Robin, nouvelles, d\u00e8s qu\u2019il franchit un nouvel univers. Les artifices techniques \u00a0et artistiques sont en harmonie avec la mise en sc\u00e8ne. D\u00e8s que Robine change d\u2019univers, tous ces \u00e9l\u00e9ments changent aussi. Par exemple lorsqu\u2019il \u00e9tait en Afrique, le fond \u00a0devient rouge, prend des teintes chaudes. La sonorisation et les lumi\u00e8res jouent un r\u00f4le tr\u00e8s important, car elles nous plonge dans la fiction de fa\u00e7on abstraite et \u00a0capturent l\u2019attention de son public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le seul acteur sur sc\u00e8ne est Robine, n\u00e9anmoins il se d\u00e9place beaucoup, il est souvent au milieu de la sc\u00e8ne et il captive l\u2019attention de son public gr\u00e2ce \u00e0 des nombreux gestes pour mat\u00e9rialiser et rendre plus accessibles ses fantaisies. Robine a un v\u00e9ritable talent pour le mime, il arrive \u00e0 imiter tout, m\u00eame la belle de Fontenay, de fa\u00e7on naturelle avec un savoir-faire incroyable qui conquis tout le monde, les petits et les grands. Dans la pi\u00e8ce les spectateurs se sentent comme un des personnages du spectacle. Le spectateur d\u00e8s le d\u00e9but se sent protagoniste dans l\u2019histoire car Robine d\u00e8s son entr\u00e9e se pr\u00e9sente avec son vrai nom, il arrive en robe de chambre sans aucune g\u00eane et il interagit avec lui de fa\u00e7on naturelle en s\u2019excusant pour l\u2019\u00e9tat de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs la disposition de la salle, \u00e0 l\u2019antique, semblable \u00e0 la structure d\u2019un amphith\u00e9\u00e2tre, contribue \u00e0 transformer le spectacle en un dialogue ou le public n\u2019est pas qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment ext\u00e9rieur mais fait partie du spectacle. Il n\u2019y a pas de s\u00e9paration entre le personnage, le d\u00e9cor et les spectateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le but de la repr\u00e9sentation est celui de divertir, de relaxer et de faire voyager le public. Robine sait comment divertir son public, un mime d\u2019un objet, d\u2019un son\u2026 sont suffisants \u00e0 le faire \u00e9clater de rire. Robine a \u00e9t\u00e9 excellent non seulement pour sa capacit\u00e9 \u00e0 divertir son public mais surtout pour son habilit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer \u00e0 son histoire avec une tranquillit\u00e9, et fluidit\u00e9 exemplaires des sujets savants, comme par exemple l\u2019auteur Barthes. Enfin, ce spectacle est capable de susciter une multitude d\u2019\u00e9motions qui ne se limitent pas qu\u2019\u00e0 la sph\u00e8re de la gaiet\u00e9 mais aussi au monde des souvenirs. En effet il s\u2019agit d\u2019un voyage qui ne se borne pas que \u00e0 la d\u00e9couverte de nouveaux mondes, mais aussi \u00e0 la red\u00e9couverte des liens les plus intimes et ancr\u00e9es dans nos c\u0153urs comme par exemple lors de l\u2019ouverture de l\u2019armoire familiale qui \u00e9voque aux spectateurs l\u2019\u00e2ge de l\u2019insouciance, l\u2019enfance.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Annalisa Capponi<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Un fol et d\u00e9sopilant voyage autour de la (pomme de) Terre<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mise en sc\u00e8ne par Jean-Michel Ribes, une pi\u00e8ce savoureuse de Patrick Robine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le cri de la pomme de terre du Connecticut\u00a0\u00bb : \u00e9crit en caract\u00e8res gras avec empattements sur le livret distribu\u00e9, le titre surprend. En haut de l&rsquo;affiche, tr\u00f4ne un cervid\u00e9, un \u00e9l\u00e9gant \u00e9lan en costume, prenant la pose devant une armoire ouverte. D&#8217;embl\u00e9e, l&rsquo;intrigue est totale. Un homme s&rsquo;avance sur sc\u00e8ne, par\u00e9 d&rsquo;un blanc kimono, ceinture rouge nou\u00e9e sur son ventre rond. Il annonce qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0naturaliste, interpr\u00e8te animalier, botaniste et imitateur forestier\u00a0\u00bb. Peu apr\u00e8s, le voil\u00e0 d\u00e9montrant aux plus sceptiques ses talents peu communs, pr\u00e9sentant diverses vari\u00e9t\u00e9s de pomme de terre, avec moult explications savantes, imitations sonores et visuelles \u00e0 la cl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet homme, c&rsquo;est Patrick Robine, l&rsquo;instigateur de ce spectacle donn\u00e9 du 11 au 30 octobre au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. Il semble avoir nourri ce personnage japonisant et fantaisiste de ses existences singuli\u00e8res : n\u00e9 en 1947, le jour de no\u00ebl, pr\u00e8s de Bordeaux, il est tour \u00e0 tour Soprano chez les fr\u00e8res maristes, apprenti en quincaillerie, photographe industriel, d\u00e9monstrateur de jouets. Il \u00e9tudie le th\u00e9\u00e2tre aux cours de Charles Chabert, fait la plonge dans un cabaret, officie comme assistant d&rsquo;h\u00f4tel, pour finir parfumeur. L&rsquo;homme aux mille m\u00e9tiers a aussi parcouru le monde, de Montr\u00e9al \u00e0 l&rsquo;Afrique, en passant par les Bahamas, o\u00f9 il a rencontr\u00e9 Orson Welles et Sydney Poitier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&rsquo;\u00e9lan volant au lion qui lit<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ici, au 2 bis Avenue Delano Roosevelt, c&rsquo;est \u00e0 un voyage imaginaire qu&rsquo;il nous invite. Il nous fait arpenter un d\u00e9sert aussi fictif qu&rsquo;un mirage, aux c\u00f4t\u00e9s de son \u00e9lan volant, cher compagnon d\u00e9couvert en Espagne et dont il va devoir se s\u00e9parer. Nous devenons ses amis de route, t\u00e9moins de ses explorations cocasses. Sa voix de conteur nous rapporte sa peur quand une tornade l&#8217;emporte, sa rencontre avec des allemands qui r\u00e9citent De Vigny mais sujets \u00e0 de tr\u00e8s g\u00eanants tics, nous raconte aussi l&rsquo;exploration d&rsquo;une grotte obscure au fond de laquelle il d\u00e9couvre un lion qui lit Barthes. Il nous parle enfin d&rsquo;une tante qui transportait son armoire partout. Un jour, elle s&rsquo;y installa comme dans une maison, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on vende le meuble, avec elle dedans !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;humour ponctue le r\u00e9cit, le rel\u00e8ve quand on serait pr\u00eat \u00e0 se laisser happer par l&rsquo;histoire, comme Shahria se laissait captiver par Sh\u00e9h\u00e9razade. Amoureux de \u00a0\u00a0la langue, Robine prend un malin plaisir \u00e0 \u00e9num\u00e9rer et \u00e0 d\u00e9crire les esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales ou animales, \u00e0 jouer avec le langage, dans un incessant jonglage entre fiction et r\u00e9alit\u00e9, comme quand il nous vante un tableau d&rsquo;un go\u00fbt douteux, cens\u00e9 repr\u00e9senter sa maison familiale. Soudain, ce qui lui semblait \u00eatre des empreintes de pas pr\u00e8s du lac se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre des traces de doigts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;acteur parvient, par son seul et unique personnage, \u00e0 lib\u00e9rer et \u00e0 projeter nos imaginaires. De plus, tr\u00e8s rares sont les accessoires : deux tabourets de camping, un porte-manteau en guise d&rsquo;arbre, un verre d&rsquo;eau et une petite caisse qui abrite la \u00ab\u00a0belle \u00e9toile\u00a0\u00bb portative et r\u00e9tractable. Les objets et les lieux ne sont que sugg\u00e9r\u00e9s par les lumi\u00e8res et l&rsquo;usage d\u00e9tourn\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout d&rsquo;une heure de voyage dans un d\u00e9sert atemporel et atopique, de d\u00e9couvertes de grotte et d&rsquo;armoire sans fond, Robine est applaudi \u00e0 tout rompre. Assez pour nous servir une ultime interpr\u00e9tation, pas des moindres : \u00ab\u00a0l&rsquo;\u0153uf au plat frit \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb. En sortant, on se surprend \u00e0 imaginer la voix des marronniers au long des Champs-Elys\u00e9es.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Melina Mattia<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">De toute la capitale, seul un cri se d\u00e9marque bel et bien de l\u2019\u00e9ternel tohu-bohu parisien\u00a0: celui de la pomme de terre du Connecticut. Se retranchant derri\u00e8re les murs d\u2019un certain \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre du Rond-point\u00a0\u00bb, non loin de la plus c\u00e9l\u00e8bre avenue parisienne, rares et privil\u00e9gi\u00e9s sont d\u2019ailleurs ceux \u00e0 l\u2019avoir c\u00f4toy\u00e9. Mais au juste, \u00ab\u00a0c\u2019est quoi\u00a0 \u00e7a \u00bb\u00a0? Bien plus qu\u2019un simple \u00ab\u00a0l\u00e9gume timide\u00a0\u00bb, se cache en r\u00e9alit\u00e9 derri\u00e8re cette cr\u00e9ation tout \u00e0 fait originale, un v\u00e9ritable voyage hors du temps, aussi bien jubilatoire que fantasmagorique. Derri\u00e8re ce spectacle, un homme. Patrick Robine, enfin \u00ab\u00a0Bine\u00a0\u00bb pour les intimes. \u00ab\u00a0Bine\u00a0\u00bb, ce Merlin des temps modernes en robe de chambre, enchante aussi bien qu\u2019il fascine. Transport\u00e9s dans le flot affabulatoire de ce personnage incomparable \u00e0 l\u2019univers burlesque, nous \u00a0voil\u00e0 submerg\u00e9s \u00a0par les r\u00e9cits de voyages de ce vieux loup de mer. Tout part de cette escapade dans le d\u00e9sert maghr\u00e9bin aux c\u00f4t\u00e9s de \u00ab\u00a0Ramoucho\u00a0\u00bb, un \u00e9lan domestiqu\u00e9 tout droit venu du Canada. Sur leur chemin, s\u2019ensuivront, cette rencontre avec un lion de l\u2019Atlas aux tr\u00e9fonds \u00a0d\u2019une grotte, la d\u00e9couverte en plein Sahara de la vielle commode familiale sans fond dans laquelle Bine nous fait p\u00e9n\u00e9trer et d\u00e9couvrir sa vielle demeure de jeunesse. Agr\u00e9mentez le tout d\u2019une multitude de d\u00e9tails, on ne peut plus r\u00e9alistes, d\u2019anecdotes invraisemblables, et de quelques imitations on ne peut plus abracadabrantes, et vous l\u2019avez, ce cocktail exotique dont on raffole tous l\u2019\u00e9t\u00e9 (si vous voyez). Qui l\u2019eut cru\u00a0? Car il faut bien l\u2019admettre des hurluberlus imitant s\u00e9quoia, robinet et pommes de terre de tout genre, \u00e7a ne court pas les rues, c\u2019est cocasse, mais on rit. On rit beaucoup m\u00eame. Aux carrefours du <em>one man show<\/em>, de la pi\u00e8ce et du conte, cet artiste aux talents de narration hors pair, sur tons nonchalants, nous transporte, et \u00e7a, sans m\u00eame l\u2019aide particuli\u00e8re d\u2019un \u00e9ventuel d\u00e9cor. Loin de lui gros budgets, et effets sp\u00e9ciaux. Deux chaises de camping, un bananier. Broadway n\u2019a qu\u2019\u00e0 bien se tenir\u00a0! Car oui il en faut peu, la puissance des mots, du r\u00e9cit suffisent pour un voyage int\u00e9rieur. La magie du spectacle op\u00e8re dans l\u2019esprit, si bien qu\u2019il m\u2019aurait sembl\u00e9 en croiser Ramoucho au coin de la sc\u00e8ne! Il n\u2019en fallait pas plus, j\u2019en ressors conquise, et j\u2019ai du mal \u00e0 remettre les pieds sur terre. 1h05 hors de tout, Patrick Robine nous signe ici un v\u00e9ritable petit chef d\u2019\u0153uvre, un bijou th\u00e9\u00e2tral auquel on peine \u00e0 se d\u00e9tacher une fois le rideau tomb\u00e9. A peine entam\u00e9e, et voici qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 temps de se reconnecter au monde r\u00e9el, \u00e0 grand regret. Mais le sourire aux l\u00e8vres.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Jeanne Perney<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Patrick Robine<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus J\u2019adore les \u0153uvres de Jean-Michel Ribes, cet humour qui navigue entre la finesse, le potache et l\u2019absurde. Alors quand j\u2019ai vu qu\u2019il \u00e9tait metteur en sc\u00e8ne de la cr\u00e9ation Le Cri de la pomme de terre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":832,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,4,36],"tags":[],"class_list":["post-831","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-theatre","category-theatre-du-rond-point"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/831","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=831"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/831\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/832"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=831"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=831"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=831"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}