{"id":834,"date":"2016-10-19T20:00:32","date_gmt":"2016-10-19T19:00:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=834"},"modified":"2016-10-19T20:00:32","modified_gmt":"2016-10-19T19:00:32","slug":"le-maniement-des-larmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=834","title":{"rendered":"Le maniement des larmes"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | <a href=\"http:\/\/www.theatredebelleville.com\/prochainement\/item\/317-le-maniement-des-larmes\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est sous la forme d&rsquo;un hommage, et non par amour de la technique pour elle-m\u00eame qu&rsquo;il faut nommer les figures de style qui nous font aller au th\u00e9\u00e2tre. Je n&rsquo;ai pour ma part pas pu r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;envie d&rsquo;assister au troisi\u00e8me volet de la trilogie BLEU-BLANC-ROUGE consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab l&rsquo;a-d\u00e9mocratie \u00bb, \u00e9crite, mise en sc\u00e8ne et jou\u00e9e par Nicolas Lambert, au th\u00e9\u00e2tre de Belleville. <u>Le maniement des larmes<\/u>, titre lumineux pour un sujet bien sombre, paronomase inqui\u00e9tante et bien peu implicite, \u00e9voque d\u00e9j\u00e0 la trag\u00e9die inh\u00e9rente \u00e0 la vente des armes. Armes, larmes voil\u00e0 de belles sonorit\u00e9s, pourtant c&rsquo;est sans doute le mot maniement auquel Nicolas Lambert attribue une place centrale dans sa pi\u00e8ce. \u00c9crit et mis en sc\u00e8ne \u00e0 partir d&rsquo;un travail pr\u00e9alable de recherche, d&rsquo;assemblages composite d&rsquo;enregistrement intercept\u00e9s, de communications t\u00e9l\u00e9phoniques orales ou \u00e9crites de personnalit\u00e9 politiques, de reportages et d&rsquo;interview , le travail d&rsquo;orf\u00e8vre de Nicolas Lambert s&rsquo;attache \u00e0 cristalliser par la dramaturgie le mouvement perp\u00e9tuel du maniement des larmes, \u00e0 le figer en instants, \u00e0 en distinguer les acteurs, \u00e0 montrer les discours qui le dissimulent. Effectuant des va et vient entre le contexte des attentats de Karachi -\u00e9pisode dont on suspecte le caract\u00e8re punitif et mafieux suite \u00e0 une r\u00e9tro-commission orchestr\u00e9e par Edouard Balladur lors de sa campagne -et les relations et politiques et \u00e9conomiques ambivalentes qu&rsquo;entretint Nicolas Sarkozy avec le colonel Mouammar Kadhafi, la pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne et nomme les diff\u00e9rents protagonistes responsables, c&rsquo;est-\u00e0-dire impliqu\u00e9s \u00e0 quelque degr\u00e9 que ce soit dans la vente des armes lors de ces deux actualit\u00e9s. Nicolas Sarkozy, Thierry Goubert, Edouard Balladur apparaissent alors sur sc\u00e8ne, et , comme on pense assister \u00e0 une pure fiction th\u00e9\u00e2trale, ce sont devant nous les com\u00e9diens d&rsquo;une triste r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;expriment et qui, manifestant un rapport mall\u00e9able \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique, nient tours \u00e0 tours leurs implications dans la vente illicite d&rsquo;armes \u00e0 certains pays, dissimulent la nature des relations politiques et \u00e9conomiques d&rsquo;int\u00e9r\u00eats avec entretenues avec ceux-ci en pr\u00e9tendant les int\u00e9grer au \u00ab concert \u00bb des nations, d\u00e9nient le financement ill\u00e9gal de campagnes etc. Les investigations de Nicolas Lambert laisse peu de place \u00e0 l&rsquo;artifice sc\u00e9nique et litt\u00e9raire et montre avec une crudit\u00e9 certaine ces hommes cyniques et omnipotents qui, balayant d&rsquo;un revers de main agac\u00e9 mais serein les suspicions des journalistes laissent sur eux rouler des larmes qui ne se crev\u00e8rent \u00e0 Karachi, et partout o\u00f9 furent vendues les armes fran\u00e7aises. Sachant pertinemment que l&rsquo;exercice du pouvoir, la volont\u00e9 de puissance d&rsquo;un homme d&rsquo;\u00e9tat, poussent celui-ci \u00e0 se salir les mains, ceux-ci transmettent les larmes encore ferm\u00e9es de victimes \u00e0 d&rsquo;autres interm\u00e9diaires ne rechignant pas aux basses besognes. Tous incarn\u00e9s par Nicolas Lambert, ces personnages repr\u00e9sentent un seul et m\u00eame avatar celui qu\u2019Edouard Balladur nomme si bien le \u00ab Machiavel en d\u00e9mocratie\u00bb. Le tour de force de la pi\u00e8ce se situe bien l\u00e0, dans cet unique acteur portant en lui de nombreux com\u00e9diens, dans cette interpr\u00e9tation polyphonique et pourtant si uniforme des manipulateurs de larmes. Pi\u00e8ce politique s&rsquo;il en est, <u>Le maniement des armes<\/u> est le fruit d&rsquo;un travail rigoureux, elle montre, donne \u00e0 voir au spectateur l&rsquo;\u00e9tendue de son consentement, son ignorance des lois. On apprend en effet qu&rsquo;un d\u00e9cret de loi enl\u00e8ve au parlement, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus par le peuple, tout droit de regard et de d\u00e9cision sur les modalit\u00e9s de commercialisation des armes qui restent d\u00e9volus au minist\u00e8re de la d\u00e9fense. L&rsquo;a-d\u00e9mocratie, sous-titre de la trilogie BLEU-BLANC-ROUGE reste \u00e0 ce titre \u00e0 m\u00e9diter pour le spectateur sorti de sa torpeur citoyenne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sylvio Cast<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Dans la petite salle du th\u00e9\u00e2tre de Belleville, Nicolas Lambert, accompagn\u00e9 seulement d&rsquo;une musicienne et d&rsquo;un technicien, nous donne \u00e0 voir une pi\u00e8ce \u00e9minemment politique, dont il est \u00e0 la fois le dramaturge, le metteur en sc\u00e8ne et l&rsquo;interpr\u00e8te. Il joue tour \u00e0 tour les r\u00f4les les plus vari\u00e9s, incarnant des personnalit\u00e9s aussi diverses qu&rsquo;Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy ou Anne Lauvergeon. Il ne s&rsquo;agit pas de fiction, mais bien de faits et uniquement de faits\u00a0: Nicolas Lambert nous rapporte mot pour mot des paroles prononc\u00e9es lors de discours officiels, d&rsquo;interviews donn\u00e9es \u00e0 la radio et m\u00eame de conversations t\u00e9l\u00e9phoniques priv\u00e9es. Les archives et les personnages d\u00e9filent sous nos yeux \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9, et peu \u00e0 peu les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces du puzzle s&rsquo;assemblent sous nos yeux\u00a0: l&rsquo;attentat de Karachi du 8 mai 2002 n&rsquo;aurait-il pas quelque rapport avec le financement de la campagne d&rsquo;Edouard Balladur de 1995\u00a0? La lib\u00e9ration des infirmi\u00e8res bulgares n&rsquo;aurait-elle pas quelque lien avec les op\u00e9rations d&rsquo;Areva en Lybie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nicolas Lambert nous propose un travail engag\u00e9, tr\u00e8s document\u00e9 et qui est en m\u00eame temps une v\u00e9ritable prouesse d&rsquo;acteur. Tels des d\u00e9linquants endurcis, les hommes politiques se trouvent mis face \u00e0 leurs contradictions, sans que jamais les preuves, m\u00eame accablantes, ne suffisent \u00e0 les faire avouer. D&rsquo;Edouard Balladur, nous ne finirons par obtenir que des confessions toutes g\u00e9n\u00e9rales, selon lesquelles il est pr\u00e9f\u00e9rable de confier les basses besognes \u00e0 qui il pla\u00eet de s&rsquo;en acquitter, et \u00e0 qui est comp\u00e9tent en la mati\u00e8re. L&rsquo;ensemble du spectacle est ponctu\u00e9 par des conversations t\u00e9l\u00e9phoniques entre les interm\u00e9diaires que sont Ziad Takieddine et Thierry Gaubert. Celles-ci poss\u00e8dent une grande force comique\u00a0: il s&rsquo;agit de conversations entre deux hommes qui savent qu&rsquo;ils pourraient bien \u00eatre sur \u00e9coute, \u00e9changes brefs, et qui consistent surtout \u00e0 se proposer de se rappeler sur un autre t\u00e9l\u00e9phone. Alors, c&rsquo;est comme si plus ces individus cherchaient \u00e0 dissimuler leurs m\u00e9faits, plus ceux-ci \u00e9clataient au grand jour, leurs silences les d\u00e9signant tout autant que leurs paroles. L&rsquo;urgence, aussi, les pousse sans cesse \u00e0 la faute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Maniement des larmes<\/em> est aussi une v\u00e9ritable exhortation\u00a0: la pi\u00e8ce invite le spectateur \u00e0 exiger plus de d\u00e9mocratie, en particulier dans le domaine de l&rsquo;armement, dont le peuple est exclu. A la fin du spectacle, Nicolas Lambert nous invite \u00e0 reprendre possession de la chose publique et \u00e0 nous interroger sur la pertinence de la dissuasion nucl\u00e9aire et de la course \u00e0 l&rsquo;armement que la France promeut sur son territoire et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Il nous annonce \u00e9galement que nous pourrons voir d\u00e8s le mois de d\u00e9cembre au th\u00e9\u00e2tre de Belleville les deux prochains volets de sa trilogie d&rsquo;investigation <em>Bleu blanc rouge \u2013 L&rsquo;A-d\u00e9mocratie<\/em> intitul\u00e9s<em> Elf, la pompe Afrique <\/em>et <em>Avenir radieux, une fission fran\u00e7aise<\/em>, en lien respectivement avec le p\u00e9trole et le nucl\u00e9aire civil.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">St\u00e9phanie Morel<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mardi 18 octobre 2016 je me suis rendue au Th\u00e9atre Belleville pour assister \u00e0 la pi\u00e8ce Le <em>Maniement des larmes<\/em>, de Nicolas Lambert, auteur\/metteur en sc\u00e8ne\/acteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Maniement des larmes<\/em> s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre la troisi\u00e8me pi\u00e8ce d&rsquo;une trilogie Bleu-Blanc-Rouge, portant le sous-titre \u00ab\u00a0a-d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb. Chacune tend \u00e0 d\u00e9noncer un travers de la France : bleu &#8211; p\u00e9trole, blanc &#8211; nucl\u00e9aire et rouge &#8211; armement (d&rsquo;o\u00f9 le jeu de mot rigolo du titre). En arrivant dans la salle on se retrouve face \u00e0 deux personnes sur sc\u00e8ne, assis \u00e0 une table, sans que la pi\u00e8ce ne soit d\u00e9but\u00e9e. On comprend par la suite qu&rsquo;il s&rsquo;agit de H\u00e9l\u00e8ne Billard, musicienne de la pi\u00e8ce, et du responsable de la lumi\u00e8re, du son et de la vid\u00e9o, Fr\u00e9d\u00e9ric Evrard. Ils jouent \u00e9galement un r\u00f4le puisqu&rsquo;ils lancent la r\u00e9plique \u00e0 Nicolas Lambert tout au long de la pi\u00e8ce. Le <em>Maniement des larmes<\/em> s\u2019attache \u00e0 d\u00e9noncer la politique d&rsquo;armement de la France, \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements judiciaires et de ce qui en d\u00e9coule, l&rsquo;affaire Karachi mais aussi Kadhafi. On nous apprend ainsi que la France est le troisi\u00e8me exportateur d&rsquo;armes dans le monde et on d\u00e9m\u00eale de toutes ces histoires de corruption le double jeu des politiques. Pour ce faire, Nicolas Lambert\u00a0 imite (de mani\u00e8re tr\u00e8s ressemblante et dr\u00f4lement) les hommes politiques concern\u00e9s et certaines figures m\u00e9diatiques, d&rsquo;Edouard Balladur \u00e0 Jean Jacques Bourdin. La mani\u00e8re dont Nicolas Lambert choisit de rendre compte de ces diff\u00e9rentes affaires judiciaires est prenante. Il ne les fait pas se succ\u00e9der les unes apr\u00e8s les autres et ne les traite pas par ordre chronologique mais les entrelace sans pour autant nous perdre entre les diff\u00e9rents protagonistes qu&rsquo;il imite. Les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent ainsi tr\u00e8s naturellement et facilement,\u00a0 on passe d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse de Nicolas Sarkozy \u00e0 une s\u00e9ance d&rsquo;\u00e9coute des appels pass\u00e9s entre Ziad Takiedine et Thierry Gaubert avec une extr\u00eame et surprenante fluidit\u00e9. Ce qui \u00e9tait \u00e9galement troublant et qu&rsquo;on pouvait se demander durant toute la repr\u00e9sentation c&rsquo;\u00e9tait la v\u00e9racit\u00e9 des propos tenus. A la fin de la pi\u00e8ce Nicolas Lambert le confirme et l&rsquo;\u00e9crit dans un \u00e9cran projet\u00e9, permettant d&rsquo;indiquer de quelle mani\u00e8re on passait d&rsquo;une sc\u00e8ne \u00e0 une autre. C&rsquo;est ainsi que ces deux heures passent \u00e0 une allure folle. Le point le moins positif serait surement et justement la masse d&rsquo;information que Nicolas Lambert a pu d\u00e9nicher pendant ses ann\u00e9es d&rsquo;enqu\u00eate. En effet si on ne connait rien \u00e0 ces affaires on ne peut suivre et on ne peut appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur cet imposant travail. Les imitations hilarantes et terriblement ressemblantes ne peuvent de m\u00eame \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9es si on ne connait pas bien les imit\u00e9s. Cette pi\u00e8ce est ainsi r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 un certain public (averti certes). N\u00e9anmoins on ne peut sortir de cette salle sans se sentir averti sur ce qui se passe r\u00e9ellement dans la politique d&rsquo;armement de la France. La mise en sc\u00e8ne, \u00e9pur\u00e9e, repose enti\u00e8rement sur le jeu de Nicolas Lambert, ses mouvements sur sc\u00e8ne et ses changements de personnages. On reconnaissait \u00e0 la fin quand il empruntait le personnage de Nicolas Sarkozy \u00e0 la lumi\u00e8re tamis\u00e9e qui n&rsquo;\u00e9clairait pas enti\u00e8rement son visage, ou bien \u00e0 la place qu&rsquo;il prenait pour imiter Jean Jacques Bourdin sa fa\u00e7on de se tenir assis sur une chaise les coudes sur la table.\u00a0 De plus Nicolas Lambert sait se rendre \u00e0 la disposition de ses spectateurs, leur accordant quelques minutes apr\u00e8s son spectacle pour leur parler directement, la petite salle conviviale et agr\u00e9able du Th\u00e9\u00e2tre de Belleville permettant une telle proximit\u00e9. En conclusion, pour le travail impressionnant d&rsquo;enqu\u00eate de Nicolas Lambert, pour son jeu prenant, sa sympathie naturelle et surtout les th\u00e8mes contemporains et choquants abord\u00e9s, la trilogie Bleu-blanc-rouge est \u00e0 conseiller et \u00e0 aller voir au plus vite.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Na\u00efma Nassaralah<\/h6>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><i>Le Maniement des larmes <\/i>constitue le volet \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb de la trilogie de Nicolas Lambert, entam\u00e9e avec Bleu\u00a0: <i>Elf<\/i>, <i>la pompe Afrique<\/i> et poursuivie avec Blanc\u00a0: <i>Avenir Radieux, une fission fran\u00e7aise<\/i>. Cette derni\u00e8re partie, \u00e0 la fois conclusive et ind\u00e9pendante, est tout enti\u00e8re tourn\u00e9e vers la question de l&rsquo;armement, nucl\u00e9aire avant tout, mais aussi con\u00e7u de mani\u00e8re plus large, pris dans les rouages politiques et politicards des commissions, r\u00e9trocommissions, pots de vin et volont\u00e9s de puissance propres au fonctionnement des Etats occidentaux, qui dissimulent derri\u00e8re la bien-pensance de principes \u00e9tiquet\u00e9s d\u00e9mocratiques et moraux (la libert\u00e9 des peuples, en premier lieu, devenu le versant \u00e9thique d&rsquo;un lib\u00e9ralisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9) des proc\u00e9d\u00e9s en tout point semblables \u00e0 ceux prescrits par les r\u00e9gimes adverses\u00a0; aveugl\u00e9s par une \u00ab\u00a0fabrique du consentement\u00a0\u00bb, comme dirait Chomsky, les peuples des r\u00e9gimes occidentaux (dans la pi\u00e8ce\u00a0: la France en premier lieu) se dotant d&rsquo;une bombe et commer\u00e7ant avec des r\u00e9gimes antid\u00e9mocratiques voire totalitaires et bellicistes se trouvent priv\u00e9s d&rsquo;un droit de question eu \u00e9gard \u00e0 la politique de leurs dirigeants, lesquels font s&rsquo;immiscer les armes jusque dans les sph\u00e8res les plus nationales et a priori autonomes de la R\u00e9publique\u00a0: les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 1995 (E. Balladur), la diplomatie et la lib\u00e9ration d&rsquo;otages par une Premi\u00e8re Dame (N. Sarkozy), jusqu&rsquo;\u00e0 faire se rejoindre, dans un dernier discours gla\u00e7ant emprunt\u00e9 \u00e0 M. Valls, innovation, progr\u00e8s, nucl\u00e9aire et libert\u00e9 &#8211; \u00ab\u00a0nous ne savons plus qui nous dissuadons\u00a0\u00bb, avait pourtant pr\u00e9venu (martel\u00e9) Rocard.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Seuls sur sc\u00e8ne pendant deux heures et trois actes parfaitement calibr\u00e9s, Nicolas Lambert et ses deux acolytes encha\u00eenent \u00e0 un rythme haletant les sayn\u00e8tes dont les coordonn\u00e9es sont affich\u00e9es sur le mur du fond (date, lieu, heure, noms), et \u00e0 grand renfort de sauts dans le temps\u00a0; ainsi se constitue une histoire, celle de l&rsquo;armement fran\u00e7ais, de 1995 \u00e0 nos jours, dans ses champs les plus administratifs (audition d&rsquo;Anne Lauvergeon, AREVA, de Balladur, certaines questions \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale) comme dans les plus priv\u00e9s (la discussion de la fille de T. Gaubert \u00e0 sa m\u00e8re apr\u00e8s une perquisition au domicile familial, pr\u00e9parant le divorce et le d\u00e9chirement du couple). Le talent virtuose du com\u00e9dien, pr\u00eat \u00e0 endosser n&rsquo;importe quelle voix, n&rsquo;importe quelle allure (des faciles Sarkozy et Bourdin aux plus rarement imit\u00e9s Balladur ou Rocard), happe le spectateur, et permet l&rsquo;enti\u00e8re adh\u00e9sion \u00e0 cette histoire, enti\u00e8rement tir\u00e9e de faits r\u00e9els, o\u00f9 l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 et l&rsquo;aveuglement n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gal que le rocambolesque presque ridicule des situations \u2013 t\u00e9moin les rires dans la salle, parfois farcesques, mais le plus souvent jaunes.<i><\/i><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Le texte mis en sc\u00e8ne n&rsquo;est pas une fiction\u00a0; rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9crit ou am\u00e9nag\u00e9\u00a0; Nicolas Lambert n&rsquo;a fait qu&rsquo;orchestrer une histoire \u00e0 partir de documents, de rapports d&rsquo;entretiens, de discours, afin de questionner le spectateur sur son rapport \u00e0 cet armement r\u00e9publicain dont on nous vante les m\u00e9rites sans faire le deuil cons\u00e9quent d&rsquo;un certain nombre de valeurs (terme us\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle et totalement vid\u00e9 de son sens), de pratiques plus humaines, moins technocrates, plus pacifiques. V\u00e9ritable pi\u00e8ce politique dans ses enjeux, coup de force th\u00e9\u00e2tral dans sa performance, et \u0153uvre d&rsquo;utilit\u00e9 publique quant \u00e0 son impact, <i>Le Maniement des larmes<\/i> est une fresque tragique et comique qu&rsquo;il est fort bon de d\u00e9couvrir, surtout quand nous en sommes les protagonistes cach\u00e9s, trop souvent oubli\u00e9s.<i><\/i><\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louis Tisserand<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Erwan Temple<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de Belleville | En savoir plus C&rsquo;est sous la forme d&rsquo;un hommage, et non par amour de la technique pour elle-m\u00eame qu&rsquo;il faut nommer les figures de style qui nous font aller au th\u00e9\u00e2tre. 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