{"id":8349,"date":"2017-03-02T20:00:44","date_gmt":"2017-03-02T19:00:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8349"},"modified":"2017-03-02T20:00:44","modified_gmt":"2017-03-02T19:00:44","slug":"lepreuve-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8349","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9preuve"},"content":{"rendered":"<p>Lecture | Les D\u00e9chargeurs | <a href=\"http:\/\/www.lesdechargeurs.fr\/spectacle\/solo-theatre-reprise\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nich\u00e9 en plein c\u0153ur de la capitale dans une rue qui porte son nom, le th\u00e9\u00e2tre des D\u00e9chargeurs se situe \u00e0 mi-chemin entre la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise et le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville. C&rsquo;est dans cet ancien h\u00f4tel particulier du XVIIe si\u00e8cle, aux murs de pierres dominateurs, qu\u2019a lieu la lecture de L\u2019Epreuve de Marivaux par F\u00e9lix Libris. Juste avant qu\u2019il entre en sc\u00e8ne, celui-ci nous est pr\u00e9sent\u00e9 comme la \u00ab\u00a0grande star internationale de lecture \u00e0 haute voix\u00a0\u00bb qu\u2019il est vraisemblablement. Le texte pr\u00e9sent\u00e9 au public est une com\u00e9die en prose, un petit chef-d\u2019\u0153uvre qui tient en un seul acte. L\u2019\u0153uvre porte admirablement bien son titre, puisqu\u2019il y est question d\u2019exp\u00e9rimenter, de soumettre l\u2019amour \u00e0 un test afin de v\u00e9rifier s\u2019il est authentique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marivaux offre avec L\u2019Epreuve une pi\u00e8ce br\u00e8ve, \u00e0 l\u2019action relativement simple, qui pose la question la plus insigne de toutes\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019aimer et \u00eatre aim\u00e9\u00a0? Comment \u00eatre s\u00fbr de l\u2019amour de l\u2019autre\u00a0? Lucidor a en effet l\u2019intention d\u2019\u00e9pouser Ang\u00e9lique qui, pour n\u2019\u00eatre qu\u2019une \u00ab\u00a0simple bourgeoise de campagne\u00a0\u00bb, n\u2019en m\u00e9rite pas moins, en tant que personne, les efforts qui lui seront consacr\u00e9s. Tant il est vrai que le secret d\u00e9sir de Lucidor est de faire fi des conventions sociales de son temps, pour accorder leur juste place \u00e0 la valeur et m\u00e9rite personnels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A part Ang\u00e9lique et Lucidor, la pi\u00e8ce fait intervenir la m\u00e8re de l\u2019une, Madame Argante, le valet de l\u2019autre, Frontin, ainsi que Lisette, la suivante, et Ma\u00eetre Blaise, le jeune fermier du village. L\u2019\u0153uvre commence dans le vif du sujet, quand Lucidor fait part \u00e0 Frontin de ses intentions\u00a0: savoir si Ang\u00e9lique aime sa personne, ou simplement son argent. Impossible ici de ne pas se souvenir de Pascal, qui demandait\u00a0: \u00ab\u00a0Et si on m&rsquo;aime pour mon jugement, pour ma m\u00e9moire, m&rsquo;aime-t-on,\u00a0moi\u00a0?\u00a0\u00bb. L\u2019auditeur rapidement intrigu\u00e9 craint bient\u00f4t que le projet de Lucidor n\u2019\u00e9choue, esp\u00e8re que celui-ci triomphe et tr\u00e9pigne quand Ang\u00e9lique d\u00e9clare \u00ab\u00a0Je serais mortifi\u00e9e s\u2019il fallait vous aimer\u00a0\u00bb. Il fr\u00e9mit d\u2019\u00e9moi, enfin, quand Lucidor demande \u00ab\u00a0Et si je restais, si je vous demandais votre main, si nous ne nous quittions de la vie ?\u00a0\u00bb. Le voil\u00e0 saisi par la virtuosit\u00e9 et la profondeur d\u2019une combinatoire d\u2019une extr\u00eame complexit\u00e9. Certes, l\u2019action progresse lin\u00e9airement selon un ordre chronologique, mais elle suit surtout le d\u00e9cours temporel du v\u00e9cu et, ce faisant, elle \u00e9pouse le dynamisme d\u2019une aventure. La temporalit\u00e9 est ici celle du c\u0153ur, de ses attentes et de ses soubresauts palpitants, qui scandent la pulsation rythmique de la pi\u00e8ce, par la vertu d\u2019un singulier dynamisme ascensionnel. La fiction sert \u00e0 mieux faire sentir la pes\u00e9e du r\u00e9el, en r\u00e9v\u00e9lant des codes sociaux pr\u00e9gnants, que Marivaux, \u00e0 mille lieux de la bienpenseance, semble vouloir subvertir, dans un mouvement de purification d\u00e9tersive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nier le charme du fortin de vo\u00fbtes o\u00f9 r\u00e9side le th\u00e9\u00e2tre des D\u00e9chargeurs serait mentir. La performance de F\u00e9lix Libris a lieu plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une petite salle qui offre une sonorit\u00e9 ad\u00e9quate. Point de d\u00e9cor dans cette cave en pierre, orn\u00e9e seulement d\u2019un piano. Les costumes brillent par leur absence\u00a0: F\u00e9lix Libris est v\u00eatu \u00e0 la fa\u00e7on contemporaine, sans lien direct avec la mise en sc\u00e8ne, mais avec une sobre simplicit\u00e9 qui facilite le travail de l\u2019imagination et qui participe au magn\u00e9tisme indicible de l\u2019artiste. Aucun artifice technique ne vient recouvrir le jeu de l\u2019unique acteur\u00a0: seule l\u2019alternance de l\u2019\u00e9clairage et de l\u2019obscurit\u00e9 rythme les sc\u00e8nes successives. F\u00e9lix Libris reste au centre de la pi\u00e8ce, sans se d\u00e9placer, mais sans non plus brider ses gestes convaincants, qui semblent avoir tir\u00e9, avec profit, les le\u00e7ons sur la persuasion morale livr\u00e9es par la Rh\u00e9torique d\u2019Aristote. Face \u00e0 lui, les spectateurs se placent o\u00f9 ils peuvent\u00a0: sur l\u2019une des six chaises mise \u00e0 disposition, \u00e9trangement accompagn\u00e9es de tables\u00a0; sur la banquette qui longe le mur de droite\u00a0; voire sur les escaliers\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On s\u2019\u00e9tonne que l\u2019\u00e9loquence de F\u00e9lix Libris fasse aussi rapidement oublier la tablette num\u00e9rique d\u00e9pos\u00e9e devant lui sur un pupitre, pour lui permettre de garder un \u0153il sur le texte. L\u2019\u00e9troitesse du lieu oblige l\u2019auditeur \u00e0 faire agr\u00e9ablement corps avec la prof\u00e9ration orale et si cette promiscuit\u00e9 artistique peut para\u00eetre impudique, elle n\u2019en conf\u00e8re pas moins une forte intensit\u00e9 dramatique \u00e0 la performance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Naturelle et intense, l\u2019intervention de F\u00e9lix Libris constitue une formidable occasion de d\u00e9couvrir la lecture \u00e0 haute voix, pour ceux qui ignorait qu\u2019elle pouvait s\u2019\u00e9lever si gracieusement au rang d\u2019art \u00e0 part enti\u00e8re. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple lecture orale, qui se contenterait de transformer les signes \u00e9crits en sons, mais d\u2019une triple op\u00e9ration de lecture visuelle silencieuse, de diction et de r\u00e9troaction, laquelle tient compte de l\u2019effet de la diction sur l\u2019auditeur. Clart\u00e9, intelligibilit\u00e9 et musicalit\u00e9 sont les ma\u00eetres mots de cette pratique originale, qui rapproche le livre des lecteurs. On notera le brio des interpr\u00e9tations de F\u00e9lix Libris, qui t\u00e9moignent de la multivalence de l\u2019artiste\u00a0: avec une impr\u00e9paration apparente, celui-ci parvient instantan\u00e9ment \u00e0 moduler sa voix en fonction des personnages et faire varier avec pr\u00e9cision le rythme et le ton, autant que la m\u00e9lodie du texte. Le jeu du corps n\u2019en est pas moins impressionnant. Voici qu\u2019un sourire pointe \u00e0 l\u2019horizon d\u2019un visage d\u00e9licat, qui s\u2019\u00e9claire comme un paysage dont le soleil dissiperait les t\u00e9n\u00e8bres qui l\u2019obombraient\u00a0: nous reconnaissons imm\u00e9diatement Ang\u00e9lique\u00a0! Lorsque le haussement des sourcils ent\u00e9rine une mine affable, c&rsquo;est Lucidor qui est soudainement livr\u00e9 au regard\u00a0dans le commerce mondain !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Epreuve p\u00e9n\u00e8tre au plus sourd de l\u2019\u00e2me pour \u00e9clairer sous un nouveau jour les combes obscures du c\u0153ur. De sorte qu\u2019il devient \u00e9vident que l\u2019amour ne se prouve pas\u00a0: il s\u2019\u00e9prouve. La signification de l\u2019\u0153uvre trouve son \u00e9picentre dans une question instante qui demeure toujours en suspens : comment croire qu\u2019on soit aim\u00e9\u00a0? Et comment puis-je prouver \u00e0 quelqu\u2019un que je l\u2019aime\u00a0? Comme les chevaliers du Moyen-\u00e2ge ou comme dans l\u2019amour courtois, vais-je conqu\u00e9rir le Nouveau Monde pour apporter des parures et des diamants\u00a0\u00e0 l\u2019aim\u00e9 ? Celui-ci pourrait n\u2019y voir que des cailloux d\u00e9risoires et r\u00e9duire mes preuves \u00e0 leur \u00ab\u00a0\u00eatre-l\u00e0\u00a0\u00bb, leur existence mat\u00e9rielle d\u00e9pourvue de sens profond. Dire que l\u2019amour ne se d\u00e9montre pas signifie qu\u2019il suppose une confiance r\u00e9ciproque, qui est \u00e0 elle-m\u00eame sa propre \u00e9vidence, sa propre attestation. En ce sens, l\u2019amour est index sui, comme la v\u00e9rit\u00e9 chez Spinoza. En la mati\u00e8re, l\u2019\u00e9preuve sert \u00e0 prouver la valeur, \u00e0 marquer le courage au sens chevaleresque du terme. Nulle pilule miracle ne saurait nous permettre de faire l\u2019\u00e9conomie du risque et de l\u2019audace ici n\u00e9cessaires. Il n\u2019a donc pas fallu attendre Nietzsche pour comprendre que l\u2019\u00e9preuve est essai, tentative sans garantie de r\u00e9ussite. Mani\u00e8re pour Marivaux de dire que, lorsqu\u2019il est question d\u2019amour, il faut abandonner tout th\u00e9oricisme id\u00e9aliste et avec lui les argumentations rationnelles scl\u00e9rosantes\u00a0: impossible de s\u2019\u00e9pargner la confrontation avec le r\u00e9el. L\u2019amour n\u2019est pas un sentiment, un \u00e9tat stable qui pr\u00e9senterait l\u2019immutabilit\u00e9 p\u00e9trifi\u00e9e d\u2019une pierre pr\u00e9serv\u00e9e de toute \u00e9rosion. Faisons donc la tentative de penser l\u2019amour comme un processus affectif dynamique, qui en tant que tel comporte toujours un danger, puisque nous ne savons pas \u2013 Lucidor ne sait pas \u2013 ce qu\u2019il en est avant d\u2019avoir fait l\u2019exp\u00e9rience, avant d\u2019avoir fait la tentative qui pousse l\u2019aim\u00e9 \u00e0 mettre son c\u0153ur \u00e0 nu. Auparavant, nous ne savons pas avec certitude si ce que nous appelons \u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb produira une situation qui sera viable. Pour Lucidor, \u00e9prouver Ang\u00e9lique, c&rsquo;est la mettre au d\u00e9fi de r\u00e9sister \u00e0 quelque chose de puissant\u00a0: la douleur morale du doute, la tentation, la peur et choses semblables. En ce sens, l\u2019\u00e9preuve apporte bel et bien une preuve\u00a0: une preuve de fermet\u00e9, de courage et de fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 du divertissement, de l\u2019\u00e9motion et de l\u2019effet comique, la finalit\u00e9 principale de la repr\u00e9sentation semble r\u00e9sider dans la d\u00e9couverte et l\u2019exploration d\u2019une pratique oubli\u00e9e, la lecture \u00e0 haute voix, qui rev\u00eat d\u00e9sormais une nouvelle dimension culturelle et revalorise autant la vie litt\u00e9raire que les arts du spectacle. Dans ce dire po\u00e9tique, il en va d\u2019une renaissance du livre et d\u2019une seconde vie des lettres. Mais c&rsquo;est aussi la revitalisation de la culture qui est ici en jeu. Dans ces conditions, la performance de F\u00e9lix Libris est une exp\u00e9rience fruitive pour l\u2019auditeur, alors conduit \u00e0 red\u00e9couvrir l\u2019art de l\u2019\u00e9coute, qui suppose un esprit silencieux et immobile, une vigilance aiguis\u00e9e sur la lame d\u2019une diction admirable.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">S\u00e9bastien Barbara<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au th\u00e9\u00e2tre des D\u00e9chargeurs, une petite foule d\u2019habitu\u00e9s se pressent pour une heure d\u2019\u00e9coute d\u2019un de leurs classiques pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. On descend l\u2019escalier et p\u00e9n\u00e8tre dans une toute petite salle qui ressemble plus \u00e0 un bar intimiste, o\u00f9 une minuscule sc\u00e8ne pr\u00e9sage une bonne soir\u00e9e. Tous se serrent, on essaye de se trouver une place et tr\u00e8s vite \u00e7a commence. Un homme arrive sur sc\u00e8ne, muni d\u2019une tablette, il entame sa lecture. Si l\u2019on m\u2019avait dit que je me d\u00e9lecterais autant lors d\u2019une lecture \u00e0 voix haute, je ne l\u2019aurais s\u00fbrement pas cru.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis quelques ann\u00e9es, la lecture \u00e0 voix haute se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re et de multiples projets s\u2019organisent pour donner une nouvelle vie aux grands classiques de la litt\u00e9rature\u00a0; on compte parmi les productions les plus actives Les Livreurs, Lecteurs Sonores qui orchestrent une large gamme de soir\u00e9es et \u00e9v\u00e9nements centr\u00e9s autour de la lecture \u00e0 voix haute comme notamment le Bal \u00e0 la page- une soir\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 la lecture de nouvelles publications agr\u00e9ment\u00e9e de discussions, d\u00e9dicaces voire de cours de danse\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La production Solo Th\u00e9\u00e2tre, \u00ab\u00a0Mieux vaut \u00eatre seul que mal en compagnie\u00a0\u00bb, soutenue \u00e9galement par Les livreurs, propose au public une repr\u00e9sentation d\u2019une heure de lecture \u00e0 voix haute \u00a0par des acteurs, seuls en sc\u00e8ne, qui livrent leur propre interpr\u00e9tation d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre ou un extrait de roman. La production mise sur un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9, une proximit\u00e9 avec l\u2019assembl\u00e9e, seul le corps et surtout la voix de l\u2019acteur ornent le texte. Cette exp\u00e9rience nouvelle renverse le rapport que chacun peut entretenir avec le texte. Peut-\u00eatre s\u2019agit-il d\u2019une pi\u00e8ce qu\u2019on a lue et relue, ou bien s\u2019agit-il d\u2019une \u0153uvre qui nous est inconnue, l\u2019exp\u00e9rience est \u00e9poustouflante. Le r\u00f4le qu\u2019occupe le spectateur souvent passif, redevient actif\u00a0; tout ne lui est plus servit sur un plateau d\u2019argent. Par l\u2019\u00e9coute, l\u2019auditeur construit lui-m\u00eame son spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">F\u00e9lix Libris a ressuscit\u00e9, pour notre plus grand plaisir, le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res \u00a0avec la pi\u00e8ce comique\u00a0 L\u2019\u00e9preuve de Marivaux jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1740. F\u00e9lix Libris, polyglotte berlinois, s\u2019est fait un nom dans le monde de la lecture \u00e0 haute voix pendant les quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. En effet, il a renouvel\u00e9 le genre, s\u2019investissant corps et \u00e2me dans la lecture. Sa performance plus particuli\u00e8rement de L\u2019\u00e9preuve \u00e9tait saisissante. Cette pi\u00e8ce en un acte, raconte comment Lucidor, amoureux de la belle Ang\u00e9lique, veut l\u2019\u00e9prouver pour savoir s\u2019il peut lui demander la main sans courir le risque de ne pas \u00eatre aim\u00e9 en retour. Il invente alors un stratag\u00e8me de tromperie si propre au marivaudage, dans lequel il fait passer son valet, Frontin, pour un grand seigneur tr\u00e8s riche qui s\u2019est \u00e9pris d\u2019Ang\u00e9lique. Alors que Lucidor pensait mener son petit jeu sans entrave, Ma\u00eetre Blaise pr\u00e9tend \u00e9galement demander la main de Madame, le m\u00ealant \u00e0 sa farce, Blaise tombe alors sous le charme de Lisette, la servante d\u2019Ang\u00e9lique. Ce m\u00e9li-m\u00e9lo comique se trouve revigor\u00e9 par la seule et unique voix de F\u00e9lix Libris. Interpr\u00e9tant \u00e0 la suite les diff\u00e9rents personnages, changeant ais\u00e9ment sa voix, il imite alors l\u2019accent de Ma\u00eetre Blaise- figurez-vous un ancien fran\u00e7ais venu de la rase campagne roulant all\u00e9grement les r\u00a0; puis parlant du nez, il se prend pour Lisette\u00a0; rechangeant de sexe, il prend l\u2019intonation s\u00e9rieuse de Lucidor, pour enfin transfigurer sa voix en la personne modeste et sage d\u2019Ang\u00e9lique. Sa voix r\u00e9sonne et la pi\u00e8ce se forme dans l\u2019imagination de chacun. F\u00e9lix Libris, avec virtuosit\u00e9, fait na\u00eetre \u00e0 nos oreilles les diff\u00e9rents personnages qui se bousculent,\u00a0 presque, en un furieux va et vient dans le corps de l\u2019acteur. Le public, alerte, se laisse entra\u00eener ais\u00e9ment dans cette lecture anim\u00e9e, et rit\u00a0de bon c\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Intrigu\u00e9\u00a0? Le th\u00e9\u00e2tre les D\u00e9chargeurs accueille la compagnie Solo Th\u00e9\u00e2tre, Mieux vaut seul que mal en compagnie jusqu\u2019au 27 avril offrant, tous les jeudis soirs, un panel exquis de la litt\u00e9rature avec du classique tel que Moli\u00e8re, en passant par du vaudeville avec Feydeau, sans oublier les classiques de la litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re avec Oscar Wilde ou Tchekhov.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bonne \u00e9coute !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Amandine Cheval<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jeudi 3 mars, je suis all\u00e9e voir l\u2019\u00c9preuve de Marivaux lue par Felix Libris dans le cadre de Solo Th\u00e9\u00e2tre de la compagnie Les Livreurs, au th\u00e9\u00e2tre Les D\u00e9chargeurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un lecteur, une \u0153uvre, une heure : c&rsquo;est le principe de Solo Th\u00e9\u00e2tre, un concept de la compagnie de lecture \u00e0 voix haute Les Livreurs. Ce soir, c&rsquo;\u00e9tait Felix Libris, leur star internationale (dixit la compagnie, mais il m\u00e9rite le titre), qui lisait l\u2019\u00c9preuve de Marivaux, une pi\u00e8ce l\u00e9g\u00e8re et dr\u00f4le o\u00f9 la d\u00e9cision du personnage de mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve l&rsquo;amour pour lui de la femme qu&rsquo;il aime, sans jamais lui avoir avou\u00e9, en lui cr\u00e9ant de toutes pi\u00e8ces un pr\u00e9tendant, se retourne contre lui, avant que la situation ne se retourne et que tout s&rsquo;arrange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est le troisi\u00e8me spectacle de cette incarnation qu&rsquo;est le Solo Th\u00e9\u00e2tre auquel j&rsquo;assiste, et j&rsquo;en sors une fois de plus agr\u00e9ablement surprise par sa qualit\u00e9. Pour les deux premiers, le nom du lecteur ou de la lectrice n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9, tant celui ou celle-ci s\u2019efface devant le texte lu. Cette fois-ci \u00e9tait donc un peu particuli\u00e8re, mais l&rsquo;exp\u00e9rience est semblable : F\u00e9lix Libris se donne \u00e0 fond pour donner voix et expressions \u00e0 chacun des personnages de la pi\u00e8ce, et ils sont devant nous comme au th\u00e9\u00e2tre &#8211; on ne se souviens qu&rsquo;aux courtes pauses qu&rsquo;il prend pour boire qu&rsquo;il est bien seul sur sc\u00e8ne. Chaque intonation donne une personnalit\u00e9 propre aux protagonistes, que l&rsquo;on reconna\u00eet sans probl\u00e8me \u00e0 chaque prise de parole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Solo th\u00e9\u00e2tre m\u00e9riterait un public plus large : la nature unique des repr\u00e9sentations, avec une pi\u00e8ce et un lecteur diff\u00e9rents chaque semaine, et la salle minuscule du th\u00e9\u00e2tre des D\u00e9chargeurs ne le permettent pas, ce qui est bien dommage. Pourtant, cette convivialit\u00e9 fait partie de l&rsquo;exp\u00e9rience, aller s&rsquo;asseoir sur des chaises d\u00e9pareill\u00e9es dans une cave du centre de Paris, pour \u00e9couter un lecteur qui cr\u00e9e de toute pi\u00e8ce, par sa voix seule, personnages et d\u00e9cors. Ce qui est certain, c&rsquo;est que je conseille ces repr\u00e9sentations \u00e0 tous ceux qui aiment lire, \u00e9couter ou aller au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Flore Picard<\/h6>\n<pre>Photo : Les Livreurs<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Lecture | Les D\u00e9chargeurs | En savoir plus Nich\u00e9 en plein c\u0153ur de la capitale dans une rue qui porte son nom, le th\u00e9\u00e2tre des D\u00e9chargeurs se situe \u00e0 mi-chemin entre la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise et le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville. C&rsquo;est dans cet ancien h\u00f4tel particulier [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8350,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,48,65],"tags":[],"class_list":["post-8349","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-lecture","category-les-dechargeurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8349"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8349\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}