{"id":8355,"date":"2017-03-04T20:00:18","date_gmt":"2017-03-04T19:00:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8355"},"modified":"2017-03-04T20:00:18","modified_gmt":"2017-03-04T19:00:18","slug":"idiot-syncrasy-paradise-lost","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8355","title":{"rendered":"Idiot-syncrasy \/ Paradise Lost"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | <a href=\"http:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/spectacle-igoretmorenobendukeidiotsyncrasyparadiselost-1015\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perturbante. Voil\u00e0 comment je d\u00e9finirai ma soir\u00e9e du 04 mars 2017. Ce n\u2019\u00e9tait pourtant pas la premi\u00e8re fois que je me rendais dans un th\u00e9\u00e2tre, mais c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j\u2019assistais \u00e0 une telle repr\u00e9sentation\u00a0! C\u2019\u00e9tait \u00e0 vrai dire deux spectacles d\u2019une heure environ chacun, qui n\u2019avaient aucun rapport entre eux. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs plut\u00f4t deux oppos\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie \u00e9tait tr\u00e8s claire\u00a0: le sol \u00e9tait blanc et trois grands rideaux blancs structuraient la sc\u00e8ne. Le spectacle commence sans que le public soit pr\u00e9venu (par exemple il n\u2019y a pas eu de baisse des lumi\u00e8res). Nous voyons arriver deux hommes v\u00eatus d\u2019une paire de baskets, d\u2019un jeans et d\u2019une veste de surv\u00eatement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019en suivent cinq longues minutes ou les deux danseurs restent debout face au public \u00e0 le regarder, ce qui je dois bien l\u2019avouer m\u2019a rendu mal \u00e0 l\u2019aise, puis ils se sont mis \u00e0 chanter. A la fin de leur chant, ils se d\u00e9shabillent pour se retrouver en short et t-shirt et se mettent \u00e0 sauter sur place, et ces sauts dureront presque toute la dur\u00e9e du spectacle. Nous les verrons sauter dans tout l\u2019espace du plateau, puis dans les rang\u00e9es du public. Ils passeront \u00e0 plusieurs reprises derri\u00e8re les panneaux pour notamment changer de t-shirts et une fois ils ressortiront avec plein de verres et de bouteilles\u2026 pour tout le public\u00a0! C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019on me faisait boire \u00e0 un spectacle\u00a0! Vers la fin de leur repr\u00e9sentation, leurs mouvements s\u2019\u00e9loignaient de plus en plus du saut pour aller vers des mouvements de danse contemporaine dite classique et notamment des moments tr\u00e8s fusionnels entre les danseurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette danse a \u00e9t\u00e9 principalement faite sans musique et les moments o\u00f9 il y a eu de la musique, c\u2019\u00e9tait un bourdonnement tr\u00e8s sourd assez d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 l\u2019oreille\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la signification de leur repr\u00e9sentation, j\u2018avoue \u00eatre un peu perdue, mais lorsqu\u2019on repense au titre de leur spectacle \u00ab\u00a0idiot synchronis\u00e9\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais nous pouvons voir une signification, et je l\u2019interpr\u00e9terai ainsi\u00a0: l\u2019Homme reste b\u00eate s\u2019il est seul mais doit s\u2019ouvrir aux autres pour pouvoir mieux apprendre sur lui et les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie \u00e9tait quant \u00e0 elle plus sombre visuellement\u00a0: une b\u00e2che grise au sol en forme de mare et une chaise. C\u2019\u00e9tait une sorte de one-man show avec de la danse. Le com\u00e9dien nous racontait \u00e0 sa fa\u00e7on le po\u00e8me de John Milton \u00ab\u00a0Paradise Lost\u00a0\u00bb qui est une sorte de Gen\u00e8se. Il interpr\u00e9tera \u00e0 tour de r\u00f4le Dieu, Lucifer, Adam, Eve et pleins d\u2019autres personnages bibliques. Il raconte avec beaucoup d\u2019humour la cr\u00e9ation du monde par Dieu, et ses rat\u00e9s. Il utilisera plusieurs moyens techniques pour parvenir \u00e0 montrer la grandeur d\u2019une sc\u00e8ne. Par exemple j\u2019ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 son entr\u00e9e de Dieu\u00a0: tout en haut d\u2019une corde avec en fond sonore la musique du premier pas de l\u2019Homme sur la Lune, il atterrit majestueusement sur sc\u00e8ne puis une fois le pied \u00e0 terre, c\u2019est l\u2019acteur qui reprend possession de son corps et il fait un signe de la main pour dire d\u2019arr\u00eater la musique tout en disant \u00ab\u00a0j\u2019imagine que c\u2019est comme cela que cela a d\u00fb se passer\u00a0\u00bb. Sa capacit\u00e9 de passer de narrateur aux personnages a permis de cr\u00e9er des sc\u00e8nes humoristiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai en particulier ador\u00e9 la fin grandiose ou le com\u00e9dien est sous une pluie (d\u2019o\u00f9 la b\u00e2che au sol\u2026) battante ce qui renforce encore plus le c\u00f4t\u00e9 dramatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis sortie perplexe de ce spectacle mais pas d\u00e9\u00e7ue, bien au contraire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Dutron<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce samedi 4 mars, me voici assise dans le Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses, pr\u00e8s de Montmartre, afin d\u2019assister \u00e0 la pr\u00e9sentation de deux pi\u00e8ces chor\u00e9graphiques pour le moins d\u00e9routantes\u00a0: Idiot-syncrasy et Paradise Lost. La premi\u00e8re est chor\u00e9graphi\u00e9e par Igor Urzelai et Moreno Solinas, et la seconde par Ben Luke.\u00a0 Ces deux pi\u00e8ces, bien que diff\u00e9rentes, comportent de nombreux points communs. Idiot-syncrasy est une chor\u00e9graphie qui revendique la sobri\u00e9t\u00e9, la non-virtuosit\u00e9 au profit d\u2019une \u00e9criture de l\u2019essentialit\u00e9. Apr\u00e8s une magnifique ouverture sur un chant aux inspirations sardes et basques, les deux danseurs ont d\u00e9but\u00e9 leur chor\u00e9graphie. D\u00e8s lors, un \u00e9l\u00e9ment s\u2019impose comme central\u00a0: le rebond, r\u00e9miniscence de leur h\u00e9ritage traditionnel respectif. L\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la pi\u00e8ce se concentre sur ce rebond, qui traverse l\u2019espace sans jamais perdre son rythme initial. La th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 prend une place fondamentale, puisque l\u2019interpr\u00e9tation des danseurs est impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019humour, d\u2019autod\u00e9rision. Ils s\u2019affranchissent des limites avec le public, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 descendre parmi celui-ci afin de distribuer \u00e0 chacun un verre de jus de pomme au beau milieu de la repr\u00e9sentation\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce rapport singulier avec le public ainsi qu\u2019avec l\u2019humour est \u00e9galement essentiel dans la seconde pi\u00e8ce, \u0153uvre moins dans\u00e9e mais plus th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e. Nous pouvons certes toujours parler de chor\u00e9graphie \u00e9tant donn\u00e9 la place fondamentale accord\u00e9e au corps, mais il s\u2019agissait surtout de th\u00e9\u00e2tre. Au cours de ce long monologue en anglais, Ben Luke interpr\u00e8te de nombreux personnages dont Dieu, Satan et Adam, en s\u2019inspirant de l\u2019\u0153uvre du po\u00e8te John Milton\u00a0: Paradise Lost.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u0152uvres emplies d\u2019humour, le public n\u2019a cess\u00e9 de rire au cours de la soir\u00e9e, cr\u00e9ant une ambiance tr\u00e8s chaleureuse o\u00f9 les limites de l\u2019espace sc\u00e9nique ne cessent d\u2019\u00eatre re-d\u00e9limit\u00e9es. Une tr\u00e8s bonne soir\u00e9e, qui souligne un m\u00e9lange des arts tr\u00e8s f\u00e9cond\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9mence Hitters<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses a accueilli les deux chor\u00e9graphes Igor &amp; Moreno pour une soir\u00e9e pleine de rebondissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux artistes ont pr\u00e9sent\u00e9 leur nouvelle cr\u00e9ation\u00a0: Idiot Syncrasy. Ils apparaissent sur la sc\u00e8ne, sereins, v\u00eatus d&rsquo;un classique jean-baskets. Leurs yeux parcourent la salle et scrutent les spectateurs. Ils sont toujours immobiles. Sur sc\u00e8ne, le d\u00e9cor est minimaliste\u00a0: trois immenses draps blancs sont suspendus en d\u00e9cal\u00e9 derri\u00e8re eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain, il se mettent \u00e0 chanter. D&rsquo;une voix faible d&rsquo;abord, puis de plus en plus puissamment . Quelle est cette langue dans laquelle chantent leurs voix claironnantes\u00a0? Il s&rsquo;agit s\u00fbrement de la langue r\u00e9gionale d&rsquo;Igor\u00a0: le basque. La m\u00e9lodie est gaie, dansante et pleine de rythme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leurs corps se calent sur une pulsation commune et tous deux commencent \u00e0 sautiller. C&rsquo;est sur ce mouvement que se base l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la chor\u00e9graphie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Igor et Moreno ex\u00e9cutent un duo impressionnant, toujours suivant cette pulsation inspir\u00e9e des danses traditionnelles basques et sardes. Ils occupent la sc\u00e8ne avec une vari\u00e9t\u00e9 impressionnante de bons. Avec cette chor\u00e9graphie, ils effectuent un travail sur leur rapport \u00e0 l&rsquo;espace, mais aussi sur leurs rapports r\u00e9ciproques. Parfois, ils semblent s&rsquo;opposer violemment et d&rsquo;autres fois ils se d\u00e9placent \u00e0 l&rsquo;unisson dans la m\u00eame \u00e9nergie. Dans leurs corps-\u00e0-corps, ils d\u00e9gagent une grande sensibilit\u00e9 et toute une palette d&rsquo;\u00e9motions. Leur volont\u00e9 est \u00e9galement d&rsquo;exprimer l&rsquo;id\u00e9e de pers\u00e9v\u00e9rance. Cela appara\u00eet avec plus d&rsquo;\u00e9vidence lorsque l&rsquo;on parle le basque et que l&rsquo;on comprend les paroles du d\u00e9but\u00a0: \u00ab\u00a0Nous promettons de rester ensemble. Nous promettons de pers\u00e9v\u00e9rer. Nous promettons de faire de notre mieux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est surprenant, un peu d\u00e9rangeant peut-\u00eatre, c&rsquo;est que le spectacle est clairement scind\u00e9 en deux parties. La premi\u00e8re est tint\u00e9e d&rsquo;humour, tandis que la seconde est beaucoup plus s\u00e9rieuse et esth\u00e9tiquement plus pouss\u00e9e. Ce rythme binaire rend l&rsquo;ensemble peu coh\u00e9rent et le spectateur peut \u00eatre perdu face \u00e0 ce renversement sans explication ni retour au point de d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela n&rsquo;entrave en rien l&rsquo;originalit\u00e9 du spectacle. La premi\u00e8re partie est vraiment amusante puisque les danseurs cr\u00e9ent une v\u00e9ritable complicit\u00e9 avec le public et vont jusqu&rsquo;\u00e0 partager leurs bouteilles de liqueur&#8230; Concernant la deuxi\u00e8me partie, on peut saluer l&rsquo;endurance d&rsquo;Igor et Moreno et l&rsquo;\u00e9nergie avec laquelle ils occupent l&rsquo;espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Idiot Syncrasy est donc un spectacle tr\u00e8s original, \u00e0 la limite entre le th\u00e9\u00e2tre et la danse.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">\u00a0Ga\u00eblle Hubert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est deux spectacles en 1 auxquels nous assistons au th\u00e9\u00e2tre de la Ville. Le programme ne nous donne pas vraiment d\u2019informations pr\u00e9cises sur ce que va \u00eatre la repr\u00e9sentation. En premier, un duo de Igor et Moreno, \u00ab\u00a0Idiot-Syncrasy\u00a0\u00bb. Il est \u00e9crit que l\u2019un est sarde et l\u2019autre basque, que le spectacle sera sobre, dr\u00f4le et sautillant.\u00a0 En deuxi\u00e8me, \u00ab\u00a0Paradise Lost\u00a0\u00bb par Ben Duke, inspir\u00e9 du po\u00e8me de John Milton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie s\u2019ouvre en effet simplement\u00a0: les deux danseurs, v\u00eatus de jeans et de sweats, entament des chants polyphoniques a capella, captant l\u2019attention du public. Puis ils se mettent \u00e0 rebondir ensemble, tr\u00e8s longtemps. Le rebond ne s\u2019arr\u00eate pas, c\u2019est sobre mais surtout incongru, quelques rires s\u2019\u00e9chappent du public. Sans cesser leur \u00e9ternel ressort, ils se d\u00e9barrassent de leurs jeans et sweats. A ce stade, tout devient comique\u00a0: l\u2019un d\u2019eux les range avec attention &#8211; le linge est pli\u00e9 en quatre est le public pli\u00e9 de rire. Ce rebond est absurde, le public semble attendre soit qu\u2019il cesse, soit qu\u2019il se transforme. Les danseurs \u00e0 ressorts explorent la sc\u00e8ne, apparaissent et disparaissent. Soudain, ils font sortir du d\u00e9cor des bouteilles d\u2019ap\u00e9ritif \u00e0 la pomme. Apr\u00e8s avoir montr\u00e9 l\u2019exemple en avalant d\u2019une gorg\u00e9e un \u00ab\u00a0shot\u00a0\u00bb, ils font passer les bouteilles dans le public. Le spectacle n\u2019est plus tout \u00e0 fait sobre, toujours comique, les liens se cr\u00e9ent dans le public et entre le public et les artistes. Le spectacle \u00e9volue, les rebonds changent d\u2019intensit\u00e9, se transforment en port\u00e9s, en rotations, pirouettes\u2026 Une musique \u00e9lectronique (presque trop forte) rend cette danse envoutante\u00a0: Igor &amp; Moreno semblent \u00eatre des derviches tourneurs qui s\u2019enlacent\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie est bien plus bavarde\u00a0: dans un one-man show comique, Ben Duke entreprend de nous raconter, avec ses mots toujours bien choisis, la Gen\u00e8se. Ayant appris les techniques de Lecoq aupr\u00e8s d\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves, il livre un spectacle qui tient plus du th\u00e9\u00e2tre corporel que de la danse pure. Le projet semble un peu grandiloquent\u00a0: s\u2019inspirer de la Gen\u00e8se tout en interposant des anecdotes personnelles (r\u00e9elles ou fictives, on ne sait pas, mais presqu\u2019impersonnelles puisqu\u2019elles touchent des sujets universels). Finalement, le com\u00e9dien-chor\u00e9graphe rit toujours de lui et du texte, et surtout de la vie. Un Lucifer cr\u00e2neur et un Dieu maladroit en amour se rencontrent dans une bo\u00eete de nuit, Dieu sent son horloge biologique\u2026 Ben Duke n\u2019est pas le dieu cr\u00e9ateur qu\u2019il joue, bien s\u00fbr, et son enfant l\u2019interrompt tandis qu\u2019il cherche \u00e0 danser la cr\u00e9ation du monde. Tandis qu\u2019au d\u00e9but du spectacle, r\u00e9el et mythique se m\u00ealent sans vraiment se d\u00e9finir, au fur et \u00e0 mesure apparaissent des \u00e9pisodes plus clairs\u00a0: celui d\u2019une premi\u00e8re rencontre avec une professeure de danse, d\u2019un loft bobo, d\u2019une rupture et d\u2019un semblant de paradis perdu, juste comme \u00e7a parce qu\u2019on veut voir autre chose. Le jeu est juste et le texte est touchant. On pense par exemple \u00e0 ce passage de la bataille entre Lucifer et Dieu\u00a0: alors que personne n\u2019y croit, qu\u2019ils pourraient simplement rentrer chez eux et en rire, ils se font la guerre et dit comme \u00e7a, on en pleurerait presque. Entre rire et \u00e9motion, on a l\u2019impression d\u2019\u00eatre de petits enfants auxquels on essaye d\u2019expliquer un livre pour les grands en utilisant des images connues, ou d\u2019expliquer des choses tristes et absurdes d\u2019adultes en utilisant des images mythiques\u2026<br \/>\nLes deux spectacles se r\u00e9pondent bien, \u00e0 la fronti\u00e8re entre la danse, le th\u00e9\u00e2tre, le comique, la surprise, la fausse improvisation.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarah M\u00fcller<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9\u00e2tre de abbesses pr\u00e9sente deux repr\u00e9sentations s\u00e9par\u00e9es. Tout d\u2019abord Idiot-Syncrasy par Igor Urzelai et Moreno Solinas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux artistes se rencontrent en Angleterre lors de leurs \u00e9tudes en danse contemporaine. L\u2019un est Sarde et l\u2019autre Basque. Ils tiennent \u00e0 exploiter ces origines afin de cr\u00e9er un spectacle empli de bonne humeur et de complicit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand les artistes rentrent sur sc\u00e8ne, ils sont habill\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re avec laquelle ils auraient pu venir au th\u00e9\u00e2tre. Cet accoutrement tr\u00e8s normal et les lumi\u00e8res de Seth Rook Williams qui \u00e9clairent le public et les artistes de la m\u00eame fa\u00e7on, induit un rapprochement presque inconfortable entre les performers et le public. La musique que chante les danseurs au d\u00e9but de l\u2019\u0153uvre l\u2019\u00e9l\u00e9ment g\u00e9n\u00e9rateur du choix artistique le plus notable de la pi\u00e8ce\u00a0: le petit bond. Ces petits bonds constants, clairement inspir\u00e9s des danses traditionnelles basques, serons la contrainte principale que se sont impos\u00e9s les artistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne le fond, cette pi\u00e8ce me semble \u00eatre une fa\u00e7on d\u2019accepter les diff\u00e9rences de chacun, et de vivre ensemble malgr\u00e9 cela. A la seconde moiti\u00e9 de la pi\u00e8ce, les cr\u00e9ations sonores d\u2019Alberto Ruiz Soler sont particuli\u00e8rement r\u00e9ussies en termes d\u2019immersion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne la seconde pi\u00e8ce du spectacle, il s\u2019agissait de Paradise Lost de Ben Duke.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u0153uvre rel\u00e8ve presque plus du One Man Show et du th\u00e9\u00e2tre que de la chor\u00e9graphie. Ici Ben Duke nous raconte la gen\u00e8se en s\u2019inspirant du po\u00e8me de John Milton du m\u00eame nom que la pi\u00e8ce. Tout cela s\u2019explique en sachant que Ben Duke a tout d\u2019abord \u00e9tudi\u00e9 la litt\u00e9rature anglaise puis le th\u00e9\u00e2tre pour enfin s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la danse. De ce fait l\u2019artiste n\u2019as aucun mal \u00e0 transmettre toutes les subtilit\u00e9s du texte dans son jeu et y incorpore des chor\u00e9graphies tr\u00e8s imag\u00e9es. Son r\u00e9cit de la gen\u00e8se est tr\u00e8s surprenant et moderne, car il le m\u00eale \u00e0 certains \u00e9pisodes de sa propre vie. La bonne partie du spectacle est hilarante avec des r\u00e9pliques perspicaces. C\u2019est sans compter la fin qui est d\u2019une tristesse d\u00e9chirante et qui expose \u00e0 vif les probl\u00e9matiques soulev\u00e9es depuis le d\u00e9but de la pi\u00e8ce. Ainsi le probl\u00e8me de la paternit\u00e9, du manque de contr\u00f4le et de la protection sont soulev\u00e9s.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Antoine Ricoux<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Idiot-Syncrasy \u2013 Igor &amp; Moreno<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les regards \u00e9chang\u00e9s avec le public sont francs et p\u00e9n\u00e9trants car la salle est petite. L\u2019interaction entre les deux c\u00f4t\u00e9s de la sc\u00e8ne est \u00e9vidente d\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e en sc\u00e8ne des deux interpr\u00e8tes, qui entonnent des chants traditionnels de leurs r\u00e9gions a capella durant de longues minutes. Ils sont immobiles mais leurs regards nous explorent tandis que la salle reste totalement \u00e9clair\u00e9e. Leurs voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent, de plus en plus fort dans les airs. L&rsquo;\u00e9nergie sonore qu&rsquo;ils d\u00e9gagent tous les deux commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 leurs pieds, qui frappent le sol en rythme. Puis, lorsque le silence prend place, que la lumi\u00e8re finit par s&rsquo;\u00e9teindre, ce sont leurs corps qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent dans les airs. Et durant une heure ils sautent. Par moments ils sautillent, \u00e0 d&rsquo;autres ils gambadent. La performance physique est louable et pourtant pleine de simplicit\u00e9. Ils font des exp\u00e9riences, explorent leur mobilit\u00e9 au travers de gestes du quotidien. Ils reviennent des coulisses \u00e9quip\u00e9s de bouteilles de Calvados, d\u00e9cident de servir \u00e0 boire au public et montent jusqu&rsquo;au balcon remplir les verres. Ils sourient beaucoup, leur plaisir est visible quand ils jouent avec notre attente, que nos regards suivent leurs sursauts r\u00e9p\u00e9titifs, rythm\u00e9s comme des m\u00e9tronomes, comme \u00e9manant d&rsquo;un seul et m\u00eame corps; ils semblent nous observer avec ironie. Ils travaillent aussi sur le sol et le bruit que fait la sc\u00e8ne en recevant leur poids. Ils se d\u00e9shabillent et lorsqu&rsquo;ils enl\u00e8vent leurs chaussures, le bruit de leurs bonds dispara\u00eet, remplac\u00e9 par le rire du public. Ils finissent par marcher en cercle, sans jamais se quitter du regard tandis qu&rsquo;un bourdonnement envahit l&rsquo;espace sonore jusqu&rsquo;\u00e0 le saturer. L&rsquo;intensit\u00e9 est palpable jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les deux hommes s&rsquo;enlacent doucement et que la lumi\u00e8re fonde.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Paradise Lost \u2013 Ben Duke<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;interpr\u00e8te est seul sur sc\u00e8ne. Au sol est \u00e9tendue une b\u00e2che circulaire, c&rsquo;est le centre du monde. Derri\u00e8re lui s&rsquo;affichent les sous-titres \u2013 car le spectacle est jou\u00e9 en anglais- mais cet abc\u00e8s, comme beaucoup d&rsquo;autres, est crev\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du spectacle puisque Ben Duke se permet d&rsquo;interpeller sa traductrice, de la pr\u00e9senter et de moquer les non-anglophones du public qui comprendront ses blagues avec un temps de retard. Sa performance est bas\u00e9e sur le po\u00e8me de John Milton \u00ab\u00a0Paradise Lost\u00a0\u00bb, il ne parvient pas \u00e0 ouvrir la page du livre,\u00a0 se perd en consid\u00e9rations mat\u00e9rielles. Il nous informe qu&rsquo;il jouera Dieu, nous explique qu&rsquo;il a commenc\u00e9 par cr\u00e9er une chaise sur laquelle il s&rsquo;assoit.\u00a0 Le ton qu&rsquo;il emploie est plein d&rsquo;humour et plein de lucidit\u00e9 sur le monde contemporain, il mentionne une \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8re reformulation\u00a0\u00bb du texte original apr\u00e8s que Dieu ait enregistr\u00e9 le num\u00e9ro de Lucifer, emm\u00e9nag\u00e9 avec lui et un chat puis soit tomb\u00e9 \u00ab\u00a0enceinte\u00a0\u00bb de J\u00e9sus. Ben Duke propose une auto-r\u00e9flexion, tr\u00e8s m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale, sur sa performance artistique. Quand il s&rsquo;auto-critique apr\u00e8s qu&rsquo;une chaussette sur sa main ait interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00f4le du serpent de la tentation. Ou quand apr\u00e8s avoir profit\u00e9 d&rsquo;une fuite de fum\u00e9e pour litt\u00e9ralement rev\u00eatir la tenue d&rsquo;Adam (une combinaison couleur chair avec une feuille de vigne plac\u00e9e devant son entrejambe), il d\u00e9clare avoir rat\u00e9 son \u00ab\u00a0top\u00a0\u00bb de d\u00e9part musical et se contente de d\u00e9crire la chor\u00e9graphie qu&rsquo;il aurait du interpr\u00e9ter. Il nous raconte la gen\u00e8se de son spectacle, la fa\u00e7on dont ses enfants se sont moqu\u00e9s de lui lors de \u00ab\u00a0la danse du premier Homme\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9sacralisation est r\u00e9ussie , le style est tranch\u00e9 et assum\u00e9, le r\u00e9sultat est au rendez-vous\u00a0: les gens rient, malgr\u00e9 quelques longueurs durant les monologues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&rsquo;attendais \u00e0 voir de la danse mais la question du genre que j&rsquo;avais sous les yeux m&rsquo;a finalement travaill\u00e9 durant les deux parties du spectacle, le m\u00e9tissage entre danse et th\u00e9\u00e2tre, voire po\u00e9sie, entre traditions culturelles diff\u00e9rentes, l&rsquo;humour omnipr\u00e9sent et le rejet de normes et cat\u00e9gories pr\u00e9-\u00e9tablies m&rsquo;ont particuli\u00e8rement marqu\u00e9 ce soir-l\u00e0 au th\u00e9\u00e2tre de la Ville.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">M\u00e9lodie Taberlet<\/h6>\n<pre>Photo : D.R.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | En savoir plus Perturbante. Voil\u00e0 comment je d\u00e9finirai ma soir\u00e9e du 04 mars 2017. Ce n\u2019\u00e9tait pourtant pas la premi\u00e8re fois que je me rendais dans un th\u00e9\u00e2tre, mais c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j\u2019assistais \u00e0 une telle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8181,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,6,5],"tags":[],"class_list":["post-8355","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-danse","category-theatre-de-la-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8355","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8355"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8355\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}