{"id":8364,"date":"2017-03-21T20:00:21","date_gmt":"2017-03-21T19:00:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8364"},"modified":"2017-03-21T20:00:21","modified_gmt":"2017-03-21T19:00:21","slug":"soudain-lete-dernier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8364","title":{"rendered":"Soudain l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2016-2017\/spectacles\/soudain-l-ete-dernier\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier &#8211; L\u2019Od\u00e9on, Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Europe, du 10 mars au 14 avril. Mise en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographie de St\u00e9phane Braunschweig avec Jean-Baptise Anoumon, Oc\u00e9ane Cairaty, Virginie Colemyn, Bouta\u00efna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel et Marie R\u00e9mond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce de Tennessee Williams, Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, publi\u00e9e en 1958, adapt\u00e9e au cin\u00e9ma par Joseph Mankiewicz en 1959 est \u00e0 nouveau mise sur le devant de la sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig, qui signe ici sa premi\u00e8re cr\u00e9ation en tant que directeur de l\u2019Od\u00e9on.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit d\u2019une pi\u00e8ce \u00e9trangement singuli\u00e8re, port\u00e9e visuellement par une sc\u00e9nographie impressionnante, \u00e0 la fois jardin tropical de la Nouvelle-Orl\u00e9ans et cellule psychiatrique, associant nature indomptable avec personnages dompt\u00e9s et annihil\u00e9s. La lumi\u00e8re bleut\u00e9e, la mise en sc\u00e8ne, conf\u00e8rent une atmosph\u00e8re de calme, sentiment vite d\u00e9truit par le contenu de la narration. L\u2019intrigue de la pi\u00e8ce est de d\u00e9couvrir les raisons exactes de la mort de S\u00e9bastien, fils idol\u00e2tr\u00e9 de Mrs Venable et cousin aim\u00e9 de Catherine Holly.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mrs Venable, la tante, est pr\u00e9sent\u00e9e comme une vieille femme profond\u00e9ment affaiblie par la mort curieuse de son fils, mais exprime d\u00e8s le d\u00e9part une telle v\u00e9h\u00e9mence contre les gens qui l\u2019entourent qu\u2019elle appara\u00eet comme une femme de caract\u00e8re, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 lever le voile sur la mort de son fils. Catherine Holly, sa ni\u00e8ce par alliance est une femme d\u00e9rang\u00e9e et intern\u00e9e, qui attise la haine de sa tante par les crimes qu\u2019elle a commis\u00a0: elle a pris la place de sa tante aupr\u00e8s de S\u00e9bastian lors de son dernier voyage d\u2019\u00e9t\u00e9 et a assist\u00e9 \u00e0 sa mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier est en fait un proc\u00e8s. Le proc\u00e8s de cette jeune fille, d\u00e9fendue d\u2019une part par une m\u00e8re et un fr\u00e8re apathiques et nonchalants, jug\u00e9e par le Docteur \u00ab\u00a0Sugar\u00a0\u00bb, \u00e0 la fois sympathique et dangereux puisqu\u2019il lobotomisera Catherine pour chercher au fond d\u2019elle la v\u00e9rit\u00e9, et accus\u00e9e par une tante jalouse et sourde aux argumentations de sa famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le lever du rideau, une esp\u00e8ce de voile translucide \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un drap chirurgical, la pi\u00e8ce est plac\u00e9e sous le signe de la vengeance. Un fluide rouge est vers\u00e9 sur le rideau alors qu\u2019il se l\u00e8ve, repr\u00e9sentant la justice recherch\u00e9e par les personnages, l\u2019adage \u00ab\u00a0le sang appelle le sang\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit d\u2019une pi\u00e8ce psychologique et philosophique, dans laquelle il faut savoir reconna\u00eetre et comprendre les multiples sens. S\u00e9bastien, pr\u00e9sent\u00e9 par sa m\u00e8re comme un fils pur et v\u00e9n\u00e9rable, \u00e9tait \u00e0 la recherche de \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb, Mrs Venable est \u00e0 la recherche de la justice, la m\u00e8re et le fr\u00e8re apparaissent comme deux ap\u00f4tres, tant\u00f4t conciliants, suppliants, tant\u00f4t cupides et Catherine Holly, comme son nom le sugg\u00e8re, comme une Sainte. Mais elle appara\u00eet d\u00e9truite par un d\u00e9mon int\u00e9rieur, d\u00e9mon qui doit \u00eatre contr\u00f4l\u00e9 et repouss\u00e9, r\u00f4le assum\u00e9 par la Bonne S\u0153ur qui la suit constamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est pleine de contrastes, m\u00ealant images sombres (visions, la jungle du jardin, l\u2019histoire du massacre de b\u00e9b\u00e9s tortues par des oiseaux carnassiers, la mort de S\u00e9bastian, d\u00e9vor\u00e9 par des enfants) et personnages proprets, pr\u00e9par\u00e9s pour le tribunal et d\u00e9cor color\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, l\u2019intrigue principale qui maintient le spectateur en alerte s\u2019essouffle au fur et \u00e0 mesure, et de la d\u00e9ception est perceptible lors de la r\u00e9v\u00e9lation. Le spectateur n\u2019arrive pas \u00e0 discerner le pourquoi du comment. Le jeu de la m\u00e8re et du fils, interpr\u00e9t\u00e9s par Virginie Colemyn et Glenn Marausse et du Docteur, jou\u00e9 par Jean-Baptiste Anoumon est l\u00e9g\u00e8rement en de\u00e7\u00e0 des autres, presque caricatural, tout comme la folie de Catherine, interpr\u00e9t\u00e9e par Marie R\u00e9mond. La pi\u00e8ce est en fait port\u00e9e par Mrs Venable, jou\u00e9e par Luce Mouchel, parfaite et juste dans son r\u00f4le. Mais ce n\u2019est pas suffisant pour appr\u00e9cier l\u2019ensemble de la cr\u00e9ation, o\u00f9 le spectateur se retrouve perdu dans une narration \u00e9trange, plus proche du roman que du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9a Archimbaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une aura de myst\u00e8re, de mort et de conflits familiaux enveloppe nos personnages, \u00e9voluant dans l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9touffante d\u2019une modeste station baln\u00e9aire espagnole. Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier s\u2019ouvre sur la mort du po\u00e8te Sebastien Venable, riche am\u00e9ricain en vacances et qui trouve la mort dans de myst\u00e9rieuses conditions. Faut-il en croire la version affreuse qu\u2019en donne l\u2019unique t\u00e9moin, sa cousine Catherine ? Mais n\u2019est-ce pas justement le d\u00e9lire d\u2019une malade mentale, comme l\u2019affirme Violette, la m\u00e8re de S\u00e9bastien, qui a d\u00e9j\u00e0 fait interner Catherine pour qu\u2019elle cesse de salir la m\u00e9moire de son fils ? Pourtant, qui \u00e9tait S\u00e9bastien ? Quel but avait-il ?\u00a0 Le d\u00e9cor de la pi\u00e8ce reprend l\u2019ambiance tropicale des plages des Gal\u00e0pagos pour lesquelles S\u00e9bastien avait une v\u00e9ritable fascination\u00a0: regarder les b\u00e9b\u00e9s tortues \u00e0 peine \u00e9closes et courant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vers la mer, tandis que des oiseaux carnassiers fondent sur elles et rougissent la plage de leur sang. Lequel de ces animaux \u00a0sommes-nous ? Tortues ou oiseaux, les plus fragiles ou les plus f\u00e9roces de ce monde ? C\u2019est un peu cette \u00e9nigme que la pi\u00e8ce nous propose de suivre et qu\u2019elle ne r\u00e9sout jamais compl\u00e8tement. Tennessee Williams (1911-1983) \u00e9crit Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier en 1953, y abordant autant de th\u00e8mes que la folie, que ce soit par Catherine ou Violet Venable, que l\u2019homophobie dont est victime S\u00e9bastien par une m\u00e8re niant l\u2019homosexualit\u00e9 de son fils, travestissant sa vraie nature. Ainsi la vie du dramaturge et son \u0153uvre se confondent. Mis en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig \u2013 pour lequel il s\u2019agit d\u2019une premi\u00e8re &#8211; pour le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, la pi\u00e8ce est interpr\u00e9t\u00e9e dans un registre fid\u00e8le au contexte historique des ann\u00e9es 1950 que ce soit par les costumes ou le d\u00e9cor qui joue sur les codes du jardin d\u2019hiver ou de la v\u00e9randa, avec ses plantes, ses palmiers en pots et son salon d\u2019ext\u00e9rieur. Pourtant, le texte de Tennessee Williams impose un d\u00e9cor qui se veut en-dehors du r\u00e9alisme et seul l\u2019exotisme domine dans le d\u00e9cor de la sc\u00e8ne de l\u2019Od\u00e9on. Men\u00e9e pendant 1h35 par des com\u00e9diens justes dans leur ton, sautant de la folie au d\u00e9sespoir, du d\u00e9sespoir \u00e0 la froideur, la pi\u00e8ce est aussi prenante qu\u2019un roman d\u2019Agatha Christie\u00a0; peut-\u00eatre en raison du huis-clos psychologique, du texte et des com\u00e9diens, et spatial, de la sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. Cette pi\u00e8ce plaira fortement aux amateurs de polars et de thrillers, le frisson est garanti\u00a0! La mise en sc\u00e8ne, \u00e9pur\u00e9e, poss\u00e8de un quelque de chose de malsain qui met le spectateur d\u2019autant plus mal \u00e0 l\u2019aise lorsqu\u2019il comprend que les apparences ne sont fa\u00e7ades.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Albane Eglemme<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on depuis qu\u2019il le dirige, le metteur en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographe St\u00e9phane Braunschweig, s\u2019approprie la pi\u00e8ce tr\u00e8s psychanalytique de Tennessee Williams. \u00a0L\u2019atmosph\u00e8re inqui\u00e9tante de sa jungle froide, accompagne des personnages fragiles qui vacillent entre d\u00e9mence, adulation d\u00e9rangeante, et ex\u00e9cration de l\u2019Autre. Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier questionne la relation entre fiction et r\u00e9alit\u00e9 avec violence et r\u00e9-\u00e9tablie les limites de la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u00e9bastien est mort. Catherine \u00e9tait l\u00e0. Pour la premi\u00e8re fois, ce quadrag\u00e9naire am\u00e9ricain \u00e9tait parti en vacances avec sa cousine, d\u00e9laissant sa m\u00e8re qu\u2019il n\u2019avait jamais quitt\u00e9. Partout on l\u2019entend \u00e9bruiter la rumeur d\u2019une mort atroce. Simple tumulte ou faits av\u00e9r\u00e9s, tous veulent savoir ce qui s\u2019est v\u00e9ritablement pass\u00e9 \u00e0 Cabeza de Lobo cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0. Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier est l\u2019histoire d\u2019un r\u00e9cit progressivement amen\u00e9 par les personnages. Cette mise en abyme constitue la r\u00e9v\u00e9lation finale de Catherine, la d\u00e9couverte d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 longuement attendue.\u00a0 Apr\u00e8s une adaptation cin\u00e9matographique jug\u00e9e trop r\u00e9aliste par l\u2019auteur, St\u00e9phane Braunschweig lui, met en sc\u00e8ne l\u2019illusion pour d\u00e9voiler le r\u00e9el, ce qui l\u2019int\u00e9resse, c\u2019est\u00a0: \u00ab la mani\u00e8re dont la r\u00e9alit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le sous les airs du plus terrifiant des fantasmes\u00a0\u00bb. Ainsi, son un huis-clos \u00e9touffant dans une jungle imposante et fantasmagorique, propose un jeu entre fiction et r\u00e9alit\u00e9. Il met en avant des personnages tortur\u00e9s qui n\u2019ont aucune conscience du bien ou du mal et qui semblent \u00e9voluer dans un monde illusionn\u00e9 qui ne leur appartient pas.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Des personnalit\u00e9s complexes au service d\u2019enjeux multiples<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les personnages de Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier tant\u00f4t se sauvent, tant\u00f4t se d\u00e9truisent et ne savent plus s\u2019il faut aimer ou ha\u00efr. Questionner les cons\u00e9quences de l\u2019amour, c\u2019est s\u2019interroger sur la fa\u00e7on m\u00eame d\u2019aimer. Cet amour violent et meurtrier, St\u00e9phane Braunschweig le porte \u00e0 son apog\u00e9e en insistant sur cette dualit\u00e9 destructrice qui unit les 3 personnages principaux. Il y a ce couple fusionnel m\u00e8re-fils qui implose \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Catherine. Un duo que Violette, la m\u00e8re de S\u00e9bastien id\u00e9alisait au point de croire que lui ne pouvait exister qu\u2019\u00e0 travers elle. Ses r\u00e9pliques montrent cette adulation presque divine pour son fils\u00a0: elle veut donner l\u2019image d\u2019un couple qui ne saurait exister autrement que l\u2019un \u00e0 travers l\u2019autre. Lui, n\u2019est qu\u2019un po\u00e8te rat\u00e9 qui trouve en sa m\u00e8re l\u2019inspiration n\u00e9cessaire pour \u00e9crire un unique po\u00e8me annuel \u00e0 l\u2019occasion de ce voyage qu\u2019ils font ensemble tous les \u00e9t\u00e9s. Elle l\u2019idol\u00e2tre \u00e0 en \u00eatre aveugl\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: elle le croit chaste, il aime les hommes, elle l\u2019imagine prolifique et talentueux, il n\u2019\u00e9crit qu\u2019avec elle. Elle, riche propri\u00e9taire \u00e9l\u00e9gante, trouve en lui le moyen d\u2019exister dignement, d\u2019\u00eatre femme en plus d\u2019\u00eatre m\u00e8re. Voil\u00e0 comment il lui renvoie cette image flatteuse et s\u00e9duisante d\u2019elle-m\u00eame qu\u2019elle s\u2019acharne \u00e0 conserver malgr\u00e9 le temps qui passe. Sans elle, il n\u2019est plus ce qu\u2019elle veut qu\u2019il soit. Avec lui, elle est bien plus qu\u2019elle-m\u00eame. Mais, cette relation passionnelle n\u2019est qu\u2019une illusion. Alors, quand cet \u00e9t\u00e9, pour la premi\u00e8re fois S\u00e9bastien ne part pas avec elle mais avec sa cousine Catherine, tout s\u2019effondre, il l\u2019a trahi. Catherine l\u2019\u00e9loigne non seulement de son fils mais elle la renvoie avant tout, \u00e0 ce qu\u2019elle est singuli\u00e8rement\u00a0: une m\u00e8re snobe et parano\u00efaque, pleine de principe \u00e0 la personnalit\u00e9 \u00e9crasante. Oui S\u00e9bastien pouvait vivre sans elle. Ce d\u00e9vouement malaisant qu\u2019elle lui portait l\u2019a la progressivement d\u00e9vor\u00e9, il s\u2019est enfui pour s\u2019en d\u00e9faire, \u00eatre lui-m\u00eame singuli\u00e8rement et en est mort. Non Catherine n\u2019est pas responsable de la mort de S\u00e9bastien mais l\u2019amour maladif de Violette l\u2019a tu\u00e9. Cela, jamais elle l\u2019admettra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier est l\u2019all\u00e9gorie d\u2019une lutte acharn\u00e9e de deux femmes pour la m\u00e9moire d\u2019un seul homme, une \u00ab\u00a0fable\u00a0\u00bb comme l\u2019imaginait Tennessee Williams, qui s\u2019inspire du fantasme pour pr\u00e9senter une relation domin\u00e9-dominant d\u00e9vastatrice. Ainsi, cette dualit\u00e9 est largement incarn\u00e9e par de ce couple de femmes, dont la pr\u00e9sence sc\u00e9nique supplante celle de tous les autres qui semblent graviter autour d\u2019elles. Il faut noter le jeu remarquable de Luce Mouchel dans le r\u00f4le de Violette. Sa voix grave l\u00e9g\u00e8rement \u00e9raill\u00e9e et pos\u00e9e, ses gestes pr\u00e9somptueux et th\u00e9\u00e2traux et surtout, son regard haineux vers Catherine et cette attitude de femme-morte, assise sur sa chaise en regardant le vide, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e et livide lorsqu\u2019elle \u00e9coute le discours de Catherine et que la souffrance semble lui durcir le visage \u00e0 chaque mot un peu plus. Ce qu\u2019il a d\u2019impressionnant dans son jeu, c\u2019est qu\u2019elle parvient \u00e0 d\u00e9grader l\u2019image de son personnage \u00e0 mesure que la pi\u00e8ce avance. Au d\u00e9but tr\u00e8s assur\u00e9e, le teint lumineux et fi\u00e8re de son idylle, elle parle fort et bien. Mais \u00e0 mesure que l\u2019intrigue progresse, elle se ferme et s\u2019obscurcie pour laisser une place grandissante \u00e0 Catherine qui l\u2019\u00e9vince peu \u00e0 peu de la sc\u00e8ne pour finalement \u00e0 triompher et la laisser seule dans le noir sur le bord de la sc\u00e8ne. En revanche, le jeu de Catherine peine \u00e0 convaincre. Sa voix un plaintive en continu manque de relief. Ses mouvements impr\u00e9cis participent sans doute \u00e0 cr\u00e9er cette id\u00e9e de femme d\u00e9sorient\u00e9e devenue folle apr\u00e8s la mort de son cousin. Mais le tout fait davantage ressembler \u00e0 une jeune fille capricieuse au lieu d\u2019un v\u00e9ritable personnage instable en \u00e9tat de crise. Au contraire de Violette, elle ne transmet pas l\u2019\u00e9motion suffisante pour accrocher le public. Ainsi, ces deux femmes que tout oppose, \u0153uvrent inconsciemment en faveur de la mort de l\u2019autre. L\u2019existence m\u00eame de Catherine menace celle de Violette en tant que femme-m\u00e8re indispensable pour son fils. Elle est cette tierce personne qui vient perturber la symbiose unique que Violette a construit et met en p\u00e9ril toutes ses esp\u00e9rances. Elle le s\u00e9pare de S\u00e9bastien, lui vole pour ne jamais lui rendre et propage sa v\u00e9rit\u00e9 partout o\u00f9 elle passe. Accepter les atrocit\u00e9s que Catherine divulgue, c\u2019est concevoir qu\u2019elle v\u00e9n\u00e9rait un homme qu\u2019elle ne connaissait finalement pas et c\u2019est accepter le versant diabolique d\u2019un homme qu\u2019elle croyait exemplaire. Elle veut savoir mais aucune v\u00e9rit\u00e9 ne pourra jamais \u00eatre satisfaisante si elle calomnie la m\u00e9moire de son fils. Annihiler l\u2019existence de l\u2019autre, Violence l\u2019envisage car \u00ab\u00a0l&rsquo;amour est un absolu perp\u00e9tuellement relativis\u00e9 par les autres\u00a0\u00bb. Elle fait venir dans sa demeure de la Nouvelle-Orl\u00e9ans, ce jeune neurochirurgien, le docteur Sugar. C\u2019est en finan\u00e7ant ses travaux sur la lobotomie qu\u2019elle esp\u00e8re le convaincre de pratiquer ses exp\u00e9riences sur la jeune femme. Son but\u00a0? La faire op\u00e9rer apr\u00e8s l\u2019avoir fait interner et assomm\u00e9e de m\u00e9dicaments pour la faire taire, l\u2019emp\u00eacher de lui nuire et de nuire \u00e0 la r\u00e9putation esth\u00e9tis\u00e9e de son fils. Mais elle n\u2019y parviendra pas. A-t-on le droit d\u2019aimer si l\u2019amour de l\u2019un se traduit par la haine de l\u2019autre\u00a0? Cette animosit\u00e9 acharn\u00e9e contre Catherine comme cons\u00e9quence de cet amour fanatique soudainement interrompu pour son fils, rend v\u00e9ritable Violette folle. Entre autodestruction et masochisme, Violette se complaint dans le souvenir de son d\u00e9funt fils et sauve, aupr\u00e8s de tous ceux qu\u2019elle peut, la belle m\u00e9moire de S\u00e9bastien. Elle garde son petit carnet marron de po\u00e8te comme on conserve un objet de culte et entretient son jardin exotique de sorte \u00e0 faire perdurer son souvenir. Aussi, si Catherine tue symboliquement comme sc\u00e9niquement Violette, celle-ci participe aussi de la mort de Catherine\u00a0: elle contraint sa libert\u00e9 en l\u2019enfermant dans un asile, en l\u2019abrutissant de m\u00e9dicaments de sorte \u00e0 la rendre encore plus d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. Elle poss\u00e8de le pouvoir sur sa ni\u00e8ce. Ce qu\u2019il y a d\u2019autant plus tragique, c\u2019est qu\u2019elle ne semble pas avoir conscience du mal. Sa relation avec S\u00e9bastien est l\u00e9gitime et saine, elle est sa m\u00e8re, il lui doit tout. Son jeu si \u00e9tudi\u00e9, parvient presque \u00e0 rendre son comportement justifi\u00e9 aux yeux du public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier met en sc\u00e8ne la violence de sentiments ravageurs n\u00e9s de la souffrance insurmontable de l\u2019absence tout comme des sentiments salutaires. Deux personnages s\u2019effacent volontairement au profit des trois principaux. Leur jeu les rend \u00e0 la fois volontairement absents mais utiles. Il y a la m\u00e8re de Catherine, une femme passive au comportement trop peu affirm\u00e9, qui fait tout pour ne pas d\u00e9plaire \u00e0 Violette ou encore son fr\u00e8re, un homme agressif, \u00e9go\u00efste et avide d\u2019argent. Soi-disant venus pour aider Catherine, ils ne font qu\u2019aggraver son sentiment de solitude et lui renvoie au visage cette image d\u00e9mente d\u2019elle-m\u00eame que tous, \u00e0 l\u2019exception d\u2019un, s\u2019acharnent \u00e0 cultiver. La mort de S\u00e9bastien la-t-elle r\u00e9ellement rendue folle\u00a0? Le doute subsiste jusqu\u2019\u00e0 la fin. Le discours lib\u00e9rateur de Catherine semble porter la v\u00e9rit\u00e9 au sommet et faire affirmer le docteur Sugar que \u00ab\u00a0tout cela pourrait bien \u00eatre vrai\u00a0\u00bb. Ce personnage salvateur r\u00e9confortant, pr\u00e9f\u00e8re la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l\u2019argent et pr\u00e9serve Catherine des griffes mortif\u00e8res de sa tante. Il est cette lueur d\u2019espoir qui triomphe dans le noir et accompagne la victoire du domin\u00e9. Alors que le discours final tant attendu de Catherine, d\u00e9voile une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 chaque mot un peu plus inaudible, le public s\u2019attend \u00e0 une mont\u00e9e en puissance progressive. En d\u00e9pit de ses regards, ses gestes, ses h\u00e9sitations convaincantes, son monologue, sans doute trop monotone, emp\u00eache cette id\u00e9e de lib\u00e9ration promise tout au long de la pi\u00e8ce et paralyse ce final en en apoth\u00e9ose sugg\u00e9r\u00e9. L\u2019annonce de la v\u00e9rit\u00e9 est cens\u00e9e rendre cette femme libre mais quelle est cette libert\u00e9 qui laisse une femme \u00e0 jamais marqu\u00e9e par la mort de quelqu\u2019un et \u00e0 jamais hais par ses proches\u00a0? Si parole lib\u00e9ratrice il y a, jamais elle ne d\u00e9coulera sur une vie futur heureuse.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Une sc\u00e9nographie foisonnante et personnifi\u00e9e\u00a0qui \u00e9volue\u00a0: quand r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9 se m\u00ealent<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Huit clos angoissant, toutes les sc\u00e8nes se d\u00e9roulent dans le jardin exotique de S\u00e9bastien. Cette jungle luxuriante domine la sc\u00e8ne et surplombe les personnages qui semblent alors \u00e9voluer dans une sorte de gouffre anxiog\u00e8ne qui \u00e9touffe des \u00eatres incapables de s\u2019en extirper. Elle est \u00e0 la fois inqui\u00e9tante, lourde et pesante et \u00e9crase les \u00eatres de son importance. Ne proposant aucune alternative de sortie, ils semblent tous y \u00eatre coinc\u00e9s. Cette jungle surnaturelle emprisonne les personnages dans un r\u00eave o\u00f9 ils seraient emprisonn\u00e9s et donc inaptes \u00e0 discerner la fiction de la r\u00e9alit\u00e9. Ces effets pervers irrationnels brouillent les facult\u00e9s des personnages qui en effet, ne sauraient dire si ce qui dit Catherine est vrai ou faux. Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier donne l\u2019impression d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019illusion m\u00eame. Puisque le r\u00eave domine le d\u00e9cor rien ne semble r\u00e9el mais plut\u00f4t hallucin\u00e9 comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019entrer l\u2019int\u00e9rieur de la conscience m\u00eame des personnages voire d\u2019un personnage, S\u00e9bastien. Ainsi, comme une all\u00e9gorie de cet \u00eatre principal absent, le d\u00e9cor rend S\u00e9bastien triomphalement pr\u00e9sent. Il est S\u00e9bastien et rappelle ainsi constamment son souvenir, sa mort. En effet la mort participe du d\u00e9cor, il y a le bruit d\u2019oiseaux carnassiers, les lianes semblables \u00e0 des cordes, les immenses plantes v\u00e9n\u00e9neuses, le rouge sanguinaire des fleurs exotiques. V\u00e9ritable pr\u00e9cipice, cette jungle fantasmagorique entraine les personnages vers leur chute. Ainsi, le d\u00e9cor \u00e9volue au gr\u00e9 des r\u00e9v\u00e9lation de la pi\u00e8ce. Sachant que la v\u00e9ritable personnalit\u00e9 de S\u00e9bastien \u00e9volue peu \u00e0 peu, la jungle se d\u00e9couvre elle aussi et change de visage. Alors que Violette et le docteur arrivent pour la premi\u00e8re fois sur sc\u00e8ne, elle est sombre, lugubre et peu rassurante. C\u2019est la nuit, des bruits effrayants se font entendre, les feuilles paraissent gigantesques\u00a0; on ne sait rien de cet endroit ni de S\u00e9bastien. Puis, \u00e0 mesure que Violette parle de lui, le public le d\u00e9couvre et le d\u00e9cor s\u2019\u00e9claire. Reflet d\u2019un discours avantageux, cette premi\u00e8re jungle est belle comme l\u2019image donn\u00e9e de S\u00e9bastien par sa m\u00e8re. La lumi\u00e8re se m\u00eale \u00e0 la beaut\u00e9 d\u2019une jungle artistique qui n\u2019a rien de d\u00e9plaisant. Mais elle est progressivement inond\u00e9e par la lumi\u00e8re froide de n\u00e9ons verts fluorescents. Couleur d\u00e9j\u00e0 maudite au th\u00e9\u00e2tre, elle est progressivement exag\u00e9r\u00e9e et semble ainsi annoncer une mal\u00e9diction, un \u00e9l\u00e9ment perturbateur\u00a0: Catherine. Puis, ce n\u2019est plus le vert qui est rajout\u00e9 mais des faisceaux lumineux blanch\u00e2tres et inquisiteurs qui enl\u00e8vent \u00e0 la jungle son versant chaleureux. Des murs blancs viennent se poser autour des arbres, les lianes du plafond retournent au plafond, il ne reste plus que l\u2019arbre, quelques plantes et deux chaises. Plus la v\u00e9rit\u00e9 se d\u00e9couvre, plus le d\u00e9cor s\u2019illumine, voire disparait. Cette v\u00e9rit\u00e9 de moins en moins obscure fait dispara\u00eetre cette jungle et laisse les personnage seuls. Cette jungle majestueuse perd de sa puissance \u00e0 mesure que la r\u00e9elle personnalit\u00e9 de S\u00e9bastien tout comme les circonstances de sa mort se d\u00e9voilent. Les allusions \u00e0 l\u2019h\u00f4pital sont aussi r\u00e9currentes. Il a cette lumi\u00e8re blanche qui aveuglent puis ces touches de rouges dans le d\u00e9cor, cach\u00e9es mais bien pr\u00e9sentes ou encore ce rideau translucide qui laisse entrevoir le d\u00e9cor avant qu\u2019il ne soir d\u00e9voil\u00e9 au public et sur lequel d\u00e9gouline une t\u00e2che de sang sur un fond sonore terrifiant. Il y a aussi ce mur blanc qui s\u2019abat sur la jungle, comme s\u2019il s\u2019agissait de mettre en sc\u00e8ne l\u2019enfermement de Catherine dans cet asile. Aussi, la chaise sur laquelle Catherine s\u2019allonge pour dire\u00a0: \u00ab\u00a0il faut que les choses m\u2019apparaissent comme une vision, sinon je ne vois rien\u00a0\u00bb, rappelle la position des s\u00e9ances psychanalytiques.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laura-Line Fady<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9crite par l&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain Tennessee Williams en 1958, et mise en sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on par St\u00e9phane Braunschweig. La pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre sur une conversation entre une vieille femme, bourgeoise et d\u00e9sagr\u00e9able, et un psychiatre dans un jardin exotique. Cette femme, Violette Venable souhaite convaincre ce docteur de faire une lobotomisation \u00e0 sa ni\u00e8ce, Catherine. En effet Violette juge cette derni\u00e8re responsable de la mort de son fils S\u00e9bastien l&rsquo;\u00e9t\u00e9 d\u2019avant lors d&rsquo;un voyage fait ensemble, et l&rsquo;a enferm\u00e9 dans un h\u00f4pital psychiatrique. Il s&rsquo;agit en fait de l&rsquo;histoire de deux versions de la mort d&rsquo;un homme qui s&rsquo;affrontent dans le jardin du d\u00e9funt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;absence de ce personnage occupe un espace important dans la pi\u00e8ce. D&rsquo;abord, il y a ce d\u00e9cor tropical repr\u00e9sentant le jardin tant ador\u00e9 de S\u00e9bastien sur sc\u00e8ne.\u00a0 L&rsquo;espace est rempli de lianes qui tombent du plafond et de fleurs exotiques et savantes autour d&rsquo;un grand arbre au milieu. Des sons de grillons et une lumi\u00e8re chaude rendent le tout plus r\u00e9aliste encore. D&#8217;embl\u00e9e, les personnages et les spectateurs sont pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l&rsquo;espace personnel et intime du d\u00e9funt, pr\u00e9sagent peut \u00eatre les nombreuses informations qui vont \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9es sur son identit\u00e9 encore impr\u00e9cise. Outre le d\u00e9cor qui nous pr\u00e9sente un homme altruiste et sensible, il y a sa m\u00e8re et sa cousine qui r\u00e9v\u00e8lent des \u00e9l\u00e9ments contradictoires, construisant une double identit\u00e9 au personnage. Si l&rsquo;on prend la question de la sexualit\u00e9 de S\u00e9bastien par exemple, sa m\u00e8re, possessive et fi\u00e8re, le d\u00e9crit comme chaste et pur. Quant \u00e0 Catherine, elle r\u00e9v\u00e8le plus tard qu&rsquo;il utilisait en r\u00e9alit\u00e9 sa m\u00e8re et sa cousine afin d\u2019app\u00e2ter des jeunes hommes puisqu&rsquo;il \u00e9tait trop timide pour les aborder directement. Si la m\u00e8re avait pr\u00e9sent\u00e9 un personnage, po\u00e8te et m\u00e9lancolique, aux principes moraux\u00a0irr\u00e9prochables, Catherine pr\u00e9sente un homme tortur\u00e9, \u00e0 l&rsquo;homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e, rejetant la pauvret\u00e9 et la mis\u00e8re, ce qui le m\u00e8ne finalement \u00e0 sa mort\u00a0: il est d\u00e9vor\u00e9 par des enfants de rues affam\u00e9s qu&rsquo;il avait fait chasser des grilles d&rsquo;un restaurant o\u00f9 il d\u00e9jeunait avec sa cousine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce aborde \u00e9galement le th\u00e8me de la folie et de la\u00a0psychiatrie. Si Catherine est clairement pr\u00e9sent\u00e9e comme une jeune femme hyst\u00e9rique et instable, certains \u00e9l\u00e9ments m\u00e8nent \u00e0 penser qu&rsquo;elle n&rsquo;est\u00a0 pas la seule \u00e0 \u00eatre au bord de la folie. La tension explose \u00e0 plusieurs moments de la pi\u00e8ce, r\u00e9v\u00e9lant toute la fragilit\u00e9 mentale des personnages, comme s&rsquo;ils \u00e9taient constamment au bord du gouffre. Alors que tous les personnages vont enfin tous se r\u00e9unir sur sc\u00e8ne, des murs peints, repr\u00e9sentant l&rsquo;int\u00e9rieur mou et carrel\u00e9 des cellules d\u2019h\u00f4pital psychiatrique pour patients dangereux, descendent et encerclent le jardin. On passe d&rsquo;un d\u00e9cor ext\u00e9rieur (le jardin) \u00e0 un d\u00e9cor int\u00e9rieur (une cellule), voire d&rsquo;un d\u00e9cors physique, \u00e0 un d\u00e9cor mental. L\u00e0 o\u00f9 le psychiatrique \u00e9tait simplement \u00e9voqu\u00e9, il est d\u00e9sormais mat\u00e9rialis\u00e9 et encadre la sc\u00e8ne et les personnages. Quelques secondes apr\u00e8s, les accusations volent, la tension est \u00e0 son comble et dans ce tourbillon d&rsquo;\u00e9motion et de cris, c&rsquo;est finalement le docteur qui tranche. Catherine raconte enfin sa version de la mort de S\u00e9bastien et lorsqu\u2019elle termine, les personnages restent interdits. Le docteur est le seul \u00e0 se prononcer sur l&rsquo;histoire en tant que tel : \u00ab\u00a0il faut reconnaitre la possibilit\u00e9 que ce soit vrai\u00a0\u00bb. Il apparait comme le seul personnage stable et peut \u00eatre sain d&rsquo;esprit de la pi\u00e8ce. Venu de l&rsquo;ext\u00e9rieur, il s&rsquo;est fait la voix de la raison au sein de cette folie familiale autour de la mort d&rsquo;un homme. Pourtant plus t\u00e9moin qu&rsquo;acteur du drame, il devient l&rsquo;unique figure d&rsquo;autorit\u00e9 de la pi\u00e8ce et c&rsquo;est lui qui a le mot de la fin sur l&rsquo;histoire de S\u00e9bastien.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Fiault<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Od\u00e9on peut encore r\u00e9server bien des surprises \u00e0 qui le penserait \u2013 \u00e0 l\u2019image de son architecture \u2013 un peu pass\u00e9 dans le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surprenant du genre \u00e0 reproduire une jungle sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans son \u00ab\u00a0gros gibier et ses cr\u00e9atures dangereuses\u00a0\u00bb comme le sugg\u00e8re D.H. Lawrence (De la r\u00e9bellion \u00e0 la r\u00e9action) dans la petite bible propos\u00e9 par l\u2019Od\u00e9on sur la pi\u00e8ce pr\u00e9sent\u00e9 ce soir-l\u00e0, mais du moins dans un travail des plus r\u00e9alistes, avec ses lianes, sa flore \u00e0 larges feuilles, et m\u00eame le piaillement de certaines esp\u00e8ces exotiques. St\u00e9phane Braunschweig a d\u00e9cid\u00e9 non pas de monter Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, mais plut\u00f4t de nous faire visiter une reproduction de serre exotique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est peut-\u00eatre cette volont\u00e9-l\u00e0 qui pourrait lui porter pr\u00e9judice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tennessee Williams a \u00e9crit une pi\u00e8ce au sujet d\u2019un jeune po\u00e8te qui \u00ab\u00a0cherchait Dieu\u00a0\u00bb. Une qu\u00eate qui, en soi, n\u2019est pas comme toutes les autre, et, dans le fourmillement de secrets que rev\u00eat la famille enti\u00e8re, les n\u0153uds dramatiques et les histoires sombres d\u2019une m\u00e8re adoratrice, presque incestueuse, Braunschweig nous propose une reproduction r\u00e9aliste d\u2019une serre exotique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, toutefois, pour lui rendre justice, de nombreuses images sont pertinentes, \u00e9vocatrices de multiples secrets tel ce rideau translucide, en silicone, recouvert d\u2019une lumi\u00e8re rouge comme teint du sang du jeune S\u00e9bastien\u00a0; le gros de son travail se repose sur une reproduction de cette for\u00eat, ce jardin o\u00f9 le po\u00e8te S\u00e9bastien rassemblait les plantes les plus exotiques possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette for\u00eat est peut-\u00eatre int\u00e9rieure comme le sugg\u00e8re le sus-cit\u00e9 Lawrence, \u00ab\u00a0Nous portons en nous cette for\u00eat \u00bb, ceci expliquant alors l\u2019arriv\u00e9e de murs capitonn\u00e9s au milieu de la pi\u00e8ce, \u00e9vocation directe du milieu psychiatrique, un \u00e9loge de la folie. Mais alors quelle n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre r\u00e9aliste\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle n\u00e9cessit\u00e9 dans une pi\u00e8ce que le metteur-en-sc\u00e8ne a pu qualifier de \u00ab\u00a0trop bavarde\u00a0\u00bb de se conformer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0? Pourquoi ne pas chercher \u00ab\u00a0l\u2019ombre plus lumineuse que la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb comme le cherchait Sebastien selon sa m\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut de fait rendre aux com\u00e9diens ce qui leur revient, Luce Mouchel en tant que m\u00e8re du po\u00e8te disparu, parfait portrait de\u00a0 femme mondaine et forte dans toute sa faiblesse a su rendre sa port\u00e9e au texte. Quel dommage que Marie R\u00e9mond, alors qu\u2019elle porte la v\u00e9rit\u00e9 dans toute son innocence, alors qu\u2019elle tient l\u2019histoire finale \u00e0 bout de bras, ne parvienne pas \u00e0 toucher cette m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 du bout des doigts. La diff\u00e9rence se cerne\u00a0: la pi\u00e8ce \u00e9tait trop propre. D\u00e8s lors le r\u00f4le de la m\u00e8re en para\u00eet simplifi\u00e9, sa froideur et son ton cassant sont dans l\u2019air de la pi\u00e8ce, raide, sans prise de risque. Le r\u00f4le de la jeune Catherine en revanche devient un v\u00e9ritable pi\u00e8ge, o\u00f9, m\u00eame si le spectateur peut \u00eatre pris, emport\u00e9, il n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 la conclusion r\u00e9aliste que sa v\u00e9rit\u00e9 est telle que les lianes en papier m\u00e2ch\u00e9 suspendues au-dessus d\u2019elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que la pi\u00e8ce de Tennessee Williams questionne sur la forme de Dieu, sa n\u00e9cessit\u00e9 et sa pr\u00e9sence dans le monde, alors que la r\u00e9alit\u00e9 semble mise-\u00e0-mal par la folie, alors qu\u2019Antoine Vitez d\u00e9j\u00e0 lors de l\u2019une de ses mises-en-sc\u00e8ne de Hamlet disait \u00ab\u00a0les fous ne sont pas fous puisqu\u2019ils disent la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alors qu\u2019il est question de la mort d\u2019un po\u00e8te, St\u00e9phane Braunschweig nous propose une adaptation trop r\u00e9aliste et trop propre, un simulacre de la r\u00e9alit\u00e9, dans lequel la magie du th\u00e9\u00e2tre se perd et o\u00f9 les id\u00e9es de Williams ne sont plus qu\u2019un bavardage, plus une cruelle d\u00e9nonciation d\u2019un monde grignot\u00e9 par la folie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Tristan Gauberti<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier est une pi\u00e8ce de Tenesse Williams, dramaturge et romancier am\u00e9ricain du XXe si\u00e8cle. Ses \u00e9crits ont souvent \u00e9t\u00e9 mis en sc\u00e8ne au cin\u00e9ma comme par exemple Un tramway nomm\u00e9 d\u00e9sir et Soudain l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette pi\u00e8ce, mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on, les protagonistes sont enferm\u00e9s au dehors, dans un jardin devenu jungle qui occupe toute la hauteur de la pi\u00e8ce. On se replonge dans les souvenirs des personnages. De nombreuses images mentales sont convoqu\u00e9es dans un huis-clos ouvert, un jardin. Les lieux \u00e9voqu\u00e9s sont paradisiaques, dans les pays chauds. La chaleur devient peu \u00e0 peu \u00e9touffante, le jardin d&rsquo;abord verdoyant, devient de plus en plus blanc, on voit l&rsquo;avanc\u00e9e de la s\u00e8cheresse. Les personnages s&rsquo;\u00e9chauffent, presque tout se dit par les cris, les menaces, la crainte. L&rsquo;alcool, la cigarette, la pr\u00e9tendue folie de la jeune femme, le s\u00e9rum de v\u00e9rit\u00e9 participent aux allures cauchemardesques de la pi\u00e8ce. Ce sont les personnages qui animent cette jungle silencieuse. Le jardin est silencieux. De tr\u00e8s rares bruitages viennent interrompre son calme. Les personnages sont imperm\u00e9ables\u00a0 les uns par rapports aux autres parce qu\u2019ils sont chacun tourn\u00e9s vers leurs pr\u00e9occupations particuli\u00e8res : le besoin d&rsquo;argent pour les personnages secondaires, les souvenirs id\u00e9alis\u00e9s de la m\u00e8re, la jeune cousine intern\u00e9e dans un h\u00f4pital psychiatrique, la religieuse charg\u00e9e de la surveillance de la jeune femme. Les actrices de la m\u00e8re et de la jeune femme jouent subtilement la folie dans les inflexions de voix jusqu&rsquo;aux jeux des corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nature imposante est ambivalente, elle est un havre de paix pour la m\u00e8re, et hostile pour la jeune fille amen\u00e9e pour subir un interrogatoire. Le jardin est le lieu du d\u00e9chiffrage, du d\u00e9frichage. Au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;on s&rsquo;approche de la v\u00e9rit\u00e9, on enl\u00e8ve les lianes, les zones d&rsquo;ombre, le soleil se faisant plus fort. La jungle est \u00e0 l&rsquo;image du chemin qu&rsquo;il reste \u00e0 parcourir pour atteindre la v\u00e9rit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas un labyrinthe fait de pierres, mais de mati\u00e8re organique. Cela rejoint la m\u00e9taphore fil\u00e9e de la d\u00e9voration. Cette jungle est n\u00e9e d&rsquo;une petite plante carnivore nourrie par des insectes qui ont subi des exp\u00e9riences en laboratoire. Par ailleurs, la m\u00e8re et le fils forment un couple se privant de nourriture pour satisfaire leur soif de jeunesse. Le go\u00fbt pour la jeunesse du fils attirant dans ses filets les jeunes gens, la chair fraiche se retourne contre lui lorsqu&rsquo;il devient lui-m\u00eame le repas d&rsquo;oiseaux carnassiers.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ondine Marin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reprenant toutes les obsessions de l&rsquo;auteur, la folie, les relations familiales ambigu\u00ebs, la marginalit\u00e9, Braunschweig nous livre une mise en sc\u00e8ne hant\u00e9e par le secret et le deuil. L&rsquo;histoire, c&rsquo;est celle de Violette Venable, dont le fils est mort un an plus t\u00f4t. Sa ni\u00e8ce qui a pass\u00e9 l\u00a0\u00bb\u00e9t\u00e9 avec lui a assist\u00e9 \u00e0 sa mort. Aussi d\u00e9tient-elle un grand secret, qui plane jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation, et qui conduit Mrs Venable \u00e0 la taxer de maladie mentale et \u00e0 demander \u00e0 un m\u00e9decin de la lobotomiser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rideau transparent se couvre d&rsquo;une lumi\u00e8re rouge annonciatrice de l&rsquo;atmosph\u00e8re qui impr\u00e9gnera toute la pi\u00e8ce.\u00a0 Avec cette lumi\u00e8re rouge, qui nous donne l&rsquo;impression de voir du sang d\u00e9gouliner le long du rideau transparent Braunschweig annonce la couleur\u00a0: cette pi\u00e8ce se finira mal.<\/p>\n<p>Le rideau se l\u00e8ve ensuite sur un somptueux d\u00e9cor. Des plantes \u00e0 grosses feuilles peuplent la sc\u00e8ne, ainsi qu&rsquo;un\u00a0 tronc d&rsquo;arbre massif. Cette jungle, c&rsquo;est la jungle du fils mort l&rsquo;\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent dont le souvenir hantera toute la pi\u00e8ce. Violette Venable, la m\u00e8re, entre sur sc\u00e8ne avec un m\u00e9decin.<\/p>\n<p>B. met en sc\u00e8ne toutes les obsessions de Williams, la folie qui occupe toujours une place particuli\u00e8re dans son \u0153uvre (Blanche Dubois dans Un tramway nomm\u00e9 d\u00e9sir, Laura dans La M\u00e9nagerie de Verre). C&rsquo;est dans ce jardin que Catherine, la derni\u00e8re a avoir \u00e9t\u00e9 en compagnie du fils d\u00e9c\u00e9d\u00e9 racontera le secret qui impr\u00e8gne la pi\u00e8ce. Catherine sous l&#8217;emprise d&rsquo;une substance dira toute la v\u00e9rit\u00e9. Mais est-ce la v\u00e9rit\u00e9\u00a0? Car la folie r\u00f4de toujours, qui croire, les personnages \u00e9voquent des souvenirs, mais ne s\u2019apparentent-ils pas \u00e0 des visions\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Violette Venable se souvient de ces oiseaux de proie fondant sur les tortues qui viennent de na\u00eetre pour les d\u00e9vorer. On entend les cris des oiseaux au loin, qui plongent la salle dans le puissant souvenir de Mrs Venable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les oiseaux de proie se sont aussi la m\u00e8re et le fr\u00e8re venus rendre visite \u00e0 Catherine dans l&rsquo;asile, pour lui demander de renoncer \u00e0 ce qu&rsquo;elle consid\u00e8re comme la v\u00e9rit\u00e9 et salit la m\u00e9moire du fils. Si Catherine reconna\u00eet son mensonge, ils pourront r\u00e9cup\u00e9rer l&rsquo;argent de l\u2019h\u00e9ritage que Violette Venable conserve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est impossible pour Catherine, car le souvenir est encore trop pr\u00e9sent. Tandis que les murs capitonn\u00e9s descendent sur sc\u00e8ne, que la v\u00e9g\u00e9tation dispara\u00eet, que le lieu de son enfermement\u00a0 se d\u00e9sole, dans un dernier moment de d\u00e9sespoir, apr\u00e8s avoir subi l&rsquo;injection d&rsquo;une substance la poussant \u00e0 ne dire plus que la v\u00e9rit\u00e9 Catherine livre la vision fulgurante de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;elle a pass\u00e9 avec son cousin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ressortent alors les histoires de sa sexualit\u00e9 d\u00e9bauch\u00e9e, de sa soif insatiable de nouvelles conqu\u00eates, allant jusqu&rsquo;\u00e0 utiliser Catherine pour mieux l&rsquo;assouvir. Enfin, la jeune fille en vient \u00e0 \u00e9voquer l&rsquo;\u00e9pisode de sa mort, au cours duquel on retrouve le motif des oiseaux de proie, tandis qu&rsquo;elle raconte qu&rsquo;un\u00a0 groupe de jeunes gens marginaux se sont jet\u00e9s sur lui pour le d\u00e9chiqueter\u00a0 et obtenir un morceau de sa d\u00e9pouille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc au cours de cette vision hallucin\u00e9e, o\u00f9 les autres membres de la famille peinent \u00e0 accepter les \u00e9l\u00e9ments de la v\u00e9rit\u00e9 de Catherine, que le spectateur plonge dans les derniers jours du fils tant admir\u00e9. Et, \u00e0 travers les mots effray\u00e9s et emplis de culpabilit\u00e9 de Catherine, la vision appara\u00eet, c&rsquo;est soudain l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Braunschweig parvient \u00e0 repr\u00e9senter cette atmosph\u00e8re de malaise, de conflit enfoui, de tension qui caract\u00e9rise la sc\u00e8ne et \u00e0 recr\u00e9er ces visons. Le d\u00e9cor est somptueux, l&rsquo;ensemble tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la grande exp\u00e9rience de Braunschweig. On peut cependant peut-\u00eatre reprocher une mise en sc\u00e8ne un peu fig\u00e9e par moment. Les com\u00e9diens sont bons, m\u00eame si on peut s&rsquo;interroger sur le choix pour le personnage de la m\u00e8re de Catherine, dont la voix tr\u00e8s aigu\u00eb peut provoquer l&rsquo;agacement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Massena<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">St\u00e9phane Braunschweig pr\u00e9sente du 10 mars au 14 avril 2017 au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on sa nouvelle mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce de Tennessee Williams, Soudain l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier.<\/p>\n<p>Ce magnifique texte n&rsquo;est pas \u00e9vident \u00e0 mettre en sc\u00e8ne, parce que c&rsquo;est \u00ab\u00a0un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;acteurs, un peu trop bavard\u00a0\u00bb, explique S. Braunschweig dans un entretien avec Anne-Fran\u00e7oise Benhamou. Les personnages principaux parlent, racontent, pendant toute la pi\u00e8ce\u00a0: l&rsquo;action th\u00e9\u00e2trale est presque purement verbale. La parole qui raconte est au centre du th\u00e9\u00e2tre de Tennessee Williams\u00a0: S. Braunschweig \u00e9voque un \u00ab\u00a0courant de th\u00e9\u00e2tre qui met au centre la recherche vertigineuse des v\u00e9rit\u00e9s psychiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor propos\u00e9 par S. Braunschweig ne se comprend que dans une telle perspective\u00a0: nous nous trouvons dans la for\u00eat tropicale constitu\u00e9e par S\u00e9bastien. S\u00e9bastien, c&rsquo;est le personnage mort l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, qui hante la pi\u00e8ce. Sa m\u00e8re, Violette Venable (interpr\u00e9t\u00e9e par Luce Mouchel), et sa cousine, Catherine Holly (interpr\u00e9t\u00e9e par Marie R\u00e9mond), ont chacune un souvenir de S\u00e9bastien\u00a0; et ces deux points de vue semblent irr\u00e9conciliables. Tandis que sa m\u00e8re nous d\u00e9crit un po\u00e8te fragile, chaste, et angoiss\u00e9 par l&rsquo;\u00e9criture, sa cousine \u00e9voque un jeune homme temp\u00e9tueux, col\u00e9rique, avec une faim sexuel inassouvissable, le poussant \u00e0 utiliser les gens. La for\u00eat tropicale, angoissante et \u00e9touffante, semble symboliser la dimension psychique inconsciente m\u00e9langeant peur, d\u00e9sir, fantasme, refoulement et d\u00e9nis. Nous sommes face \u00e0 elle au moment m\u00eame o\u00f9 nous entrons dans le th\u00e9\u00e2tre, car elle se pr\u00e9sente \u00e0 nous derri\u00e8re un rideau transparent. S. Braunschweig explique \u00e9galement \u00e0 propos de ce d\u00e9cor qu&rsquo;il \u00ab\u00a0fallait que le plateau ait quelque chose d&rsquo;organique\u00a0\u00bb, qui rende hommage \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de Tennessee Williams qui met en sc\u00e8ne, au travers de ses personnages, de v\u00e9ritable visions charnelles et po\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Peut-on parler d&rsquo;une pi\u00e8ce sur le deuil et la folie\u00a0? S\u00e9bastien, personnage absent et incompr\u00e9hensible, qui hante le plateau, donne sens et direction \u00e0 chaque prise de parole des personnages. L&rsquo;\u00e9change entre eux ne vise qu&rsquo;\u00e0 essayer de constituer une v\u00e9rit\u00e9 autour du disparu, une compr\u00e9hension intelligible de son comportement l&rsquo;ayant men\u00e9 \u00e0 la mort. \u00ab\u00a0Soudain, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre nerveux\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0soudain, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, il a d\u00e9viss\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0soudain, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, il avait perdu sa jeunesse\u00a0\u00bb. La recherche de la v\u00e9rit\u00e9 sur le comportement et la mort de S\u00e9bastien dirige l&rsquo;\u00e9criture, et donne sens \u00e0 l&rsquo;\u00e9change des personnages.<\/p>\n<p>Mais la pi\u00e8ce porte peut-\u00eatre davantage sur ces deux femmes \u00e9voquant S\u00e9bastien, plut\u00f4t que sur ce personnage complexe et absent. Le th\u00e9\u00e2tre de Tennessee Williams est un th\u00e9\u00e2tre de personnages vivants, de personnages souffrants, \u00ab\u00a0des gens qui voudraient \u00eatre plus purs qu&rsquo;ils ne sont, ou qui ont besoin de projeter la puret\u00e9 d&rsquo;un autre\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;est parvenu \u00e0 souligner S. Braunschweig dans sa mise en sc\u00e8ne\u00a0: nous ne venons pas \u00e9couter l&rsquo;histoire v\u00e9ritable de S\u00e9bastien, mais nous venons rencontrer deux femmes qui souffrent d&rsquo;images mentales, de refoulement, de d\u00e9nis, et qui, ne parvenant pas \u00e0 faire leur deuil, parlent \u00e0 n&rsquo;en plus finir pour projeter leur histoire sur ce personnage absent, pour essayer d&rsquo;approcher le \u00ab\u00a0gouffre\u00a0\u00bb qu&rsquo;est pour elles la mort de S\u00e9bastien.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alice Musial<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Se tenait au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, mardi 21 mars, Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier. Cette pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig, directeur de ce m\u00eame th\u00e9\u00e2tre est tir\u00e9 de la pi\u00e8ce de Tenessee Williams de 1958. Cette pi\u00e8ce est un myst\u00e8re, celui de la mort de S\u00e9bastien mais aussi de l\u2019\u00e9trange relation entre Miss Violet Venable, m\u00e8re de ce dernier et Catherine Holly, cousine de S\u00e9bastien. Cette fresque familiale para\u00eet tr\u00e8s rapidement sordide et obscure face \u00e0 la pr\u00e9tendue d\u00e9mence de Catherine et la volont\u00e9 de Violet de faire taire cette derni\u00e8re \u00e0 tout jamais. Catherine est la derni\u00e8re \u00e0 avoir vu S\u00e9bastien puisqu\u2019elle \u00e9tait avec lui en Europe au moment de sa mort. Mais que s\u2019est-il passer en Europe l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier\u00a0? Quel est cette histoire que Catherine raconte-elle et que Violet veut taire\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 travers un d\u00e9cor fantasmagorique d\u2019une jungle verte luxuriante, repr\u00e9sentant la jungle mentale des personnages, que sont abord\u00e9s diff\u00e9rents th\u00e8mes pendant 1h30, comme la folie et la lobotomie, la sexualit\u00e9 et l\u2019homophobie, l\u2019argent et la cupidit\u00e9. Cette mise en sc\u00e8ne nous propose parfois au sein de cette jungle des personnages surjou\u00e9s, comme pour le personnage de Violet un peu trop grin\u00e7ante et snob pour en \u00eatre r\u00e9aliste, ou bien cette \u00ab\u00a0fausse nunuche\u00a0\u00bb de Mrs Holly. Ces caract\u00e8res un peu trop exag\u00e9r\u00e9s sont sauv\u00e9s par le jeu d\u2019autres com\u00e9diens comme par le personnage de Catherine qui fait douter tout au long de la pi\u00e8ce le spectateur quant \u00e0 sa d\u00e9mence. C\u2019est aussi ce m\u00eame personnage qui maintient le suspense quant \u00e0 la mort de S\u00e9bastien, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019atteinte du climax de la pi\u00e8ce et la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019horreur. Ce d\u00e9cor de jungle aux couleurs pastelles\u00a0 et cette ambiance de la Nouvelle Orl\u00e9ans sont le lieu de toutes les possibilit\u00e9s et du d\u00e9veloppement de l\u2019imaginaire. La quasi immobilit\u00e9 des personnages durant la pi\u00e8ce rajoute une dimension angoissante nous plongeant dans un huit clos sombre. Mais cette ambiance tr\u00e8s travaill\u00e9e est entach\u00e9 par un son sourd et rempli de bruits parasites. Ainsi cette mise en sc\u00e8ne met en valeur la dimension psychologique de l\u2019\u0153uvre de Williams mais est cependant entach\u00e9 par quelques aspects.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9na Rimbert<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Dans la salle bond\u00e9e de l&rsquo;Od\u00e9on-Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Europe le public se contorsionne pour capter Soudain l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier de Tennessee Williams mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le synopsis\u00a0? Violette Venable (Luce Mouchel) convie le neurochirurgien Sugar (Jean-Baptiste Anoumon) dans sa demeure de La Nouvelle-Orl\u00e9ans afin de lobotomiser sa ni\u00e8ce Catherine (Marie R\u00e9mond), seule t\u00e9moin du d\u00e9c\u00e8s de son fils Sebastian, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, dans une station baln\u00e9aire espagnole. Insinuant que si l&rsquo;op\u00e9ration a lieu, elle fera une donation appr\u00e9ciable \u00e0 son h\u00f4pital, le docteur m\u00e9fiant, d\u00e9cide d&rsquo;hypnotiser Catherine afin de saisir les circonstances de la disparition de Sebastian.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne, m\u00e9tonymique des relations intersubjectives est emplie de vitalit\u00e9. Les acteurs au nombre de sept incarnent des conditions singuli\u00e8res, occupent l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace sc\u00e9nique, alternent comique et lyrisme. L\u2019intrigue lin\u00e9aire, le d\u00e9roulement chronologique, la tension vers un d\u00e9nouement introduisent le public dans une unit\u00e9 coh\u00e9rente. Pourtant, tous les \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques concourent \u00e0 ins\u00e9rer le public dans une oscillation entre r\u00e9el et fiction. S&rsquo;accompagnant de remaniements minimaux, le d\u00e9cor, un jardin tropical d\u00e9mesur\u00e9, appara\u00eet en monde fantastique. L&rsquo;intrigue et les acteurs eux-m\u00eames se composent entre rationalit\u00e9 et irrationalit\u00e9. L&rsquo;usage de la sonorisation provoque une mise \u00e0 distance qui renforce ces nuances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Construite autour d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement traumatique, la pi\u00e8ce met en jeu la gradation et la suspension de souvenirs \u00e9crans. La reconstruction d&rsquo;un personnage absent par l&rsquo;introspection d&rsquo;autres g\u00e9n\u00e8re une immersion dans l&rsquo;inconscient collectif, celui du n\u00e9olib\u00e9ralisme des ann\u00e9es 1960 qui a annihil\u00e9 l&rsquo;autre et craint d&rsquo;\u00eatre annihil\u00e9 \u00e0 son tour par lui. Tenant aux tensions manich\u00e9ennes entre v\u00e9rit\u00e9 et simulacre, social et psychique, absence et pr\u00e9sence, la pi\u00e8ce r\u00e9sonne de r\u00e9alisme. L&rsquo;homosexualit\u00e9, la n\u00e9vrose, la cupidit\u00e9, les in\u00e9galit\u00e9s sociales et \u00e9conomiques sont autant de th\u00e8mes propres \u00e0 Tennessee qui s&rsquo;entrelacent afin de tisser une sorte de fable. Le doute la cl\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Je pense que nous devrions au moins prendre en compte l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 que l&rsquo;histoire de cette jeune fille puisse \u00eatre vraie&#8230;\u00a0\u00bb tels sont les derniers mots du docteur Sugar.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">El\u00e9onore Sirabyan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain, le sang d\u00e9gouline du plafond jusqu\u2019au sol, pr\u00e9monition macabre du drame qui se joue ce soir-l\u00e0 au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, dans une escalade de tension qui captive l\u2019attention des spectateurs venus voir Soudain l\u2019Et\u00e9 Dernier, pi\u00e8ce de Tennessee Williams (1911-1983) mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig. Quand l\u2019\u00e9cran plastifi\u00e9 dispara\u00eet, il r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9cor oppressant\u00a0: une jungle tropicale dont les v\u00e9g\u00e9taux aux formes organiques et inqui\u00e9tantes exhalent un parfum mena\u00e7ant. Regarder ce jardin \u00e9touffant, c\u2019est plonger dans l\u2019esprit de S\u00e9bastien, l\u2019homme qui le pensa et en prit soin, personnage principal et pourtant absent de la pi\u00e8ce, puisqu\u2019il est mort \u00ab\u00a0soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier\u00a0\u00bb. Autour de son absence, des personnages \u00e9tranges \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre psychologique instable gravitent\u00a0: sa m\u00e8re Mrs. Venable et la domestique Miss Foxhill, le Dr. Cukrowicz, sa tante Mrs Holly, ses cousins Catherine et Georges Holly. Mrs. Venable, dame de la haute soci\u00e9t\u00e9 aux forces d\u00e9clinantes, fait appel au Dr. Cukrowicz dit Dr. Sugar pour faire taire Catherine qu\u2019elle affirme \u00eatre folle. La jeune fille r\u00e9pand une version de la mort de S\u00e9bastien qui g\u00eane la m\u00e8re de ce dernier, soucieuse de prot\u00e9ger la r\u00e9putation de son d\u00e9funt fils, po\u00e8te inconnu de son vivant. Se heurtant les uns aux autres dans ce huis-clos v\u00e9g\u00e9tal en partie remplac\u00e9 par des murs blancs molletonn\u00e9s rappelant une chambre d\u2019asile psychiatrique, les protagonistes se br\u00fblent \u00e0 la flamme destructrice de la v\u00e9rit\u00e9. Celle-ci, finalement, est le v\u00e9ritable sujet de cette pi\u00e8ce angoissante. Multiforme, recherch\u00e9e et fuie, la v\u00e9rit\u00e9 demeure insaisissable jusqu\u2019\u00e0 la fin qui abandonne \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 l\u2019histoire de la mort de S\u00e9bastien. Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier laisse le spectateur en orbite autour de la v\u00e9rit\u00e9 sans lui accorder le confort d\u2019une solution r\u00e9solvant le probl\u00e8me de cette disparition myst\u00e9rieuse. Bien au contraire, en liant la question de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 des th\u00e8mes forts tels que l\u2019homosexualit\u00e9, la relation ambig\u00fce \u00e0 la m\u00e8re ou encore l\u2019argent, la pi\u00e8ce s\u2019ach\u00e8ve sur une interrogation et laisse \u00e0 la parole des fous la possibilit\u00e9, sinon d\u2019\u00eatre crue, du moins d\u2019\u00eatre entendue au m\u00eame titre que celle des sains d\u2019esprit. N\u2019est-ce pas en effet ce que le th\u00e9\u00e2tre accomplit parfois au mieux, \u00a0attiser le malaise chez le spectateur de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019il s\u2019interroge sur son int\u00e9riorit\u00e9 psychique d\u2019une part, sur son environnement social d\u2019autre part, et sur l\u2019interaction entre les deux\u00a0? C\u2019est en tout cas ce \u00e0 quoi parvient cette adaptation de Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, gr\u00e2ce \u00e0 une mise en sc\u00e8ne anxiog\u00e8ne servie par des acteurs incarnant leurs personnages avec subtilit\u00e9, sans les figer dans des types caricaturaux\u00a0et les donnant \u00e0 voir en train de se d\u00e9battre contre le venin de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ambre Tahon-Franquesa<\/h6>\n<pre>Photo : Benjamin Chelly<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier &#8211; L\u2019Od\u00e9on, Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Europe, du 10 mars au 14 avril. Mise en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographie de St\u00e9phane Braunschweig avec Jean-Baptise Anoumon, Oc\u00e9ane Cairaty, Virginie Colemyn, Bouta\u00efna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8179,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,16,4],"tags":[],"class_list":["post-8364","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-theatre-de-lodeon","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8364","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8364"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8364\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}