{"id":8366,"date":"2017-03-22T20:00:21","date_gmt":"2017-03-22T19:00:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=8366"},"modified":"2017-03-22T20:00:21","modified_gmt":"2017-03-22T19:00:21","slug":"honneur-a-elue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=8366","title":{"rendered":"Honneur \u00e0 notre \u00e9lue"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"http:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/honneur-a-notre-elue\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marie Ndiaye s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 largement faite conna\u00eetre par ses romans, ses pi\u00e8ces th\u00e9\u00e2trales, ainsi que par les pol\u00e9miques politiques qu\u2019elle avait d\u00e9clench\u00e9es sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Elle propose avec Honneur \u00e0 notre \u00e9lue une pi\u00e8ce qui synth\u00e9tise sans doute ces deux derniers versant\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre et la politique. La narration se concentre sur l\u2019opposition entre \u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb, femme maire et figure idol\u00e2tr\u00e9e d\u2019une ville dont on ignorera tout jusqu\u2019\u00e0 la fin, et \u00ab\u00a0L\u2019opposant\u00a0\u00bb, image de l\u2019homme politique passionn\u00e9, quoique pr\u00eat \u00e0 tout pour r\u00e9ussir, m\u00eame aux coups les plus d\u00e9loyaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Fr\u00e9d\u00e9ric B\u00e9lier-Garcia cherche \u00e0 appuyer le propos en reprenant l\u2019opposition \u00e0 travers divers proc\u00e9d\u00e9s techniques, notamment l\u2019usage d\u2019\u00e9cran, de musiques, et de vid\u00e9oprojecteurs. Le tout participe \u00e0 cr\u00e9er une ambiance d\u00e9rangeante face \u00e0 toutes les louanges qui viennent dresser le portrait ang\u00e9lique de \u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb. Le travail sur les voix des personnages, notamment par des jeux d\u2019enregistrement et l\u2019usage de l\u2019\u00e9cho dans les d\u00e9clarations les plus violentes, amplifie le sentiment d\u2019un conte dramatique o\u00f9 des forces mystiques s\u2019opposent, par-del\u00e0 la simplicit\u00e9 du texte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien le texte qui toutefois laisse le plus perplexe le spectateur confront\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb et \u00e0 \u00ab\u00a0L\u2019Opposant\u00a0\u00bb. Jouant sur des r\u00e9currences n\u00e9vrotiques pour donner un sens \u00e0 chaque personnage\u00a0: des fanatiques qui ne parlent que d\u2019aimer \u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb, de l\u2019ambitieux pour qui seul compte la victoire, en passant par cet \u00ab\u00a0Opposant\u00a0\u00bb qui oscille entre amour de son adversaire et volont\u00e9 de la remplacer\u00a0; le r\u00e9sultat est baroque au point que la compr\u00e9hension en souffre parfois. Plus grave encore, le propos de la pi\u00e8ce semble ne pas vouloir choisir entre r\u00e9flexions philosophiques faussement na\u00efves, dans le style de Duras, et questionnement sur les ressorts et les pratiques de la politique. En ce sens, la figure de \u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb est exemplaire\u00a0: tant\u00f4t offrant l\u2019image d\u2019une sainte martyre, tant\u00f4t celle d\u2019une femme r\u00e9demptrice, elle n\u2019appara\u00eet dans la sph\u00e8re politique activement que par des propos qui lui sont ext\u00e9rieurs, de sorte qu\u2019on finit par se demander \u00e0 quoi bon l\u2019avoir faite maire plut\u00f4t que pr\u00eatresse ou religieuse. Ainsi, si l\u2019on consid\u00e8re la chose du point de vue politique, ce qui semble manquer pour donner une dynamique, c\u2019est une volont\u00e9 conflictuelle, ou autrement dit, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un rapport de confrontation. Cette absence fait ressortir l\u2019impression d\u2019une pesante lenteur dans le d\u00e9roulement de l\u2019action\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019opposant\u00a0\u00bb refuse le conflit avec \u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb, tout comme \u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb refuse tout conflit avec qui que ce soit\u00a0; la pi\u00e8ce ne tourne qu\u2019autour de la r\u00e9p\u00e9tition des n\u00e9vroses cens\u00e9es repr\u00e9senter les personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mouvement inverse d\u2019une trag\u00e9die, Marie Ndiaye donne \u00e0 voir un conte qui se passe en terres politiques, tout en restant essentiellement ext\u00e9rieur aux enjeux de pouvoir. Si cela permet de mettre en sc\u00e8ne les \u00e9tonnantes ambigu\u00eft\u00e9s de l\u2019amour social et de la culpabilit\u00e9 individuelle, le projet se heurte rapidement \u00e0 ses limites lorsqu\u2019on le consid\u00e8re dans les v\u00e9rit\u00e9s politiques qu\u2019il aimerait \u00e9noncer, et face auxquelles, il ne fait finalement que fuir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charles Corval<\/h6>\n<hr \/>\n<p>\u00c0 la faveur d\u2019une mise-en-sc\u00e8ne particuli\u00e8rement dynamique, rythm\u00e9e par des interm\u00e8des musicaux qui nouent l\u2019unit\u00e9 sc\u00e9nographique de la pi\u00e8ce, Fr\u00e9d\u00e9ric B\u00e9lier-Garcia parvient \u00e0 donner une valeur vivante au texte de Marie NDiaye. Il faut dire que ce genre de montages, comprenant l\u2019usage de la succession de plans qui s\u2019encha\u00eenent en transition ou l\u2019insertion d\u2019images vid\u00e9o-projet\u00e9es dont la taille et le volume sonore captent l\u2019auditoire en \u00e9tendant les contours de la sc\u00e8ne de fa\u00e7on plus diffuse dans la salle, est tr\u00e8s largement inspir\u00e9 des modes d\u2019irruption picturale cin\u00e9matographique et a pour effet d\u2019accorder au th\u00e9\u00e2tre une lin\u00e9arit\u00e9 dramatique anim\u00e9e. Ces mises-en-sc\u00e8ne sont devenues communes et plaisantes pour une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de publics qui se rend au th\u00e9\u00e2tre habit\u00e9e par un go\u00fbt forg\u00e9 par la fr\u00e9quentation des cin\u00e9mas et l\u2019accoutumance vid\u00e9e du net. C\u2019est une belle fa\u00e7on de d\u00e9manteler la distance que peut parfois inspirer un th\u00e9\u00e2tre trop aust\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu\u2019il en soit le public est projet\u00e9 par une telle mise-en-sc\u00e8ne dans une proximit\u00e9 plus \u00e9troite avec le fond de la pi\u00e8ce qui confronte une situation politique avec la profondeur tragique de l\u2019existence. Tout se construit autour des 2 principaux protagonistes\u00a0: notre \u00c9lue et son opposant, d\u00e9nomination nue qui figure l\u2019antagonisme radical qui les lie. Notre \u00c9lue est emprunte d\u2019une aura puissante que lui conf\u00e8rent ses r\u00e9\u00e9lections successives depuis environ vingt ans, investie d\u2019une unanimit\u00e9 presque toujours totale. Cette gr\u00e2ce qui l\u2019habite attribue \u00e0 notre \u00c9lue un statut de l\u2019ordre du divin. Elle est chair incarn\u00e9e et l\u2019amn\u00e9sie de la mat\u00e9rialit\u00e9 du vote efface ce qui pourrait la rattacher \u00e0 une quelconque d\u00e9termination terrestre. Son entourage, ses adjoints, ses \u00e9lecteurs, sont capt\u00e9s d\u2019admiration \u00e0 son \u00e9gard, \u00e9tourdis par sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 h\u00e9ro\u00efque, prolongation d\u2019une Gr\u00e2ce inspir\u00e9e qui s\u2019exprime vers tous. Notre \u00c9lue est Amour, c\u2019est l\u00e0 son sens unique, elle a une fonction liante puisqu\u2019elle est charg\u00e9e de nouer le tissu social. Tout gravite autour d\u2019elle, elle est l\u2019ultime intercesseur des conflits. L\u2019effet qu\u2019elle produit, elle le tient de la fascination qu\u2019inspire sa vertu, sa puret\u00e9 morale. Mais c\u2019est une \u00ab\u00a0vertu p\u00e9nible\u00a0\u00bb, une puret\u00e9 vacillante, toujours menac\u00e9e d\u2019\u00eatre corrompue par l\u2019orgueil que produit la conscience de sa bont\u00e9. Finalement toute son intervention finit par devenir un d\u00e9bat avec elle-m\u00eame pour conserver son int\u00e9grit\u00e9 morale, au risque de se montrer brutale avec ceux qui viennent la remercier de son soutien, pour que que leur gratitude et leurs cadeaux ne pervertissent pas sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 spontan\u00e9e. Lorsque son opposant invente un sombre subterfuge pour la faire tomber et fait entrer deux ignobles individus dans sa vie, qui se font passer pour ses parents abandonn\u00e9s, notre \u00c9lue les accueille sans broncher bien qu\u2019elle sache pertinemment que ses vrais parents sont morts. Au lieu de r\u00e9sister comme le voudrait un sain instinct de conservation, notre \u00c9lue se livre enti\u00e8rement au d\u00e9roulement de l\u2019\u00catre et refuse d\u2019entraver le cours des choses, elle renonce \u00e0 \u00e9prouver sa perfection autot\u00e9lique \u00e0 l\u2019engagement de l\u2019action. Elle n\u2019a aucun choix, aucune volont\u00e9 \u00e0 imposer au r\u00e9el, seulement sa r\u00e9signation compl\u00e8te. L\u00e0 est le tragique, l\u2019\u00catre sans retour qui impose une direction univoque et qui ne saurait admettre aucune d\u00e9termination sans corruption cons\u00e9quente. Rien ne subsiste dans l\u2019ind\u00e9cision confortable, la seule puret\u00e9 qui soit est celle de la fragilit\u00e9 de la proie qui s\u2019offre \u00e0 son agresseur et se laisse d\u00e9pecer sans se d\u00e9battre. La seule puret\u00e9 est dans la r\u00e9signation \u00e0 son sort, l\u2019acceptation de la N\u00e9cessit\u00e9. C\u2019est une puret\u00e9 terrible, monstrueuse car d\u00e9tach\u00e9e de tout ce que l\u2019humanit\u00e9 a de vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du moins l\u2019entreprise de l\u2019opposant r\u00e9ussit, les deux sbires ont fait leur travail de d\u00e9construction, ils ont d\u00e9truit son image aupr\u00e8s des gens du village, facilement aid\u00e9s par la malignit\u00e9 imp\u00e9rissable du genre humain qui prend un plaisir inavouable \u00e0 contempler les plus somptueux \u00e9difices s\u2019effondrer et nourrit de la haine pour les gestes bons envers lesquels ils d\u00e9tester se trouver redevables. L\u2019opposant devient \u00e0 son tour notre \u00c9lu mais c\u2019est curieusement avec une d\u00e9ception d\u00e9sabus\u00e9e qu\u2019il prend sa fonction. D\u2019une part parce que son succ\u00e8s est sans gloire puisqu\u2019il ne doit sa r\u00e9ussite qu\u2019\u00e0 une tricherie malhonn\u00eate et \u00e0 l\u2019\u00e9chec consenti de notre \u00c9lue. D\u2019autre part, parce que son d\u00e9sir est mort avec le d\u00e9couronnement de notre \u00c9lue. Il n\u2019a plus d\u2019objet, et l\u2019excitation de la victoire ne peut que laisser place \u00e0 une tristesse vide. Jusque l\u00e0 fou d\u2019ivresse par l\u2019id\u00e9e fixe de l\u2019emporter co\u00fbte que co\u00fbte, sans que son aspiration ne prenne l\u2019ampleur d\u2019un projet politique, son d\u00e9sir qui pouvait se manifester sous une forme \u00e9rotique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de notre \u00c9lue, est r\u00e9volu. Il doit faire le triste constat d\u2019avoir davantage perdu que gagn\u00e9 au change\u00a0: il a perdu le d\u00e9sir de d\u00e9sirer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce de Marie NDiaye est donc riche pour les r\u00e9flexions qu\u2019elle suscite. Pourtant le verdict demeure sombre\u00a0: la puret\u00e9 morale n\u2019a pas sa place en politique, car qu\u2019est-ce qu\u2019une politique qui se d\u00e9robe \u00e0 l\u2019acte\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Emma Drouyer<\/h6>\n<hr \/>\n<p>\u00ab\u00a0Honneur \u00e0 notre \u00e9lue\u00a0\u00bb: dans l&rsquo;actualit\u00e9 br\u00fblante des \u00e9lections, qui ne penserait pas assister \u00e0 une pi\u00e8ce politique? Et le titre, \u00e0 condition bien s\u00fbr que nous le voyions \u00e9crit, nous fait aussi pr\u00e9sumer un questionnement du rapport des femmes au pouvoir, plus encore lorsque l&rsquo;on sait que l&rsquo;auteure de la pi\u00e8ce, Marie N&rsquo;Diaye, s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9e \u00e0 ce sujet dans son roman Trois femmes puissantes, prix Goncourt 2009. Voil\u00e0 ce \u00e0 quoi je m&rsquo;attendais en entrant dans la salle du th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surprise. Pas tout de suite, certes: la pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre par la diffusion enregistr\u00e9e d&rsquo;un discours de congratulations prononc\u00e9 par une proche partisane de \u00ab\u00a0notre \u00e9lue\u00a0\u00bb &#8211; ainsi sera nomm\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la fin la maire de cette petite ville. Le discours nous fait acc\u00e9der d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 une sorte de chambre d&rsquo;\u00e9chos : il est projet\u00e9 sur le fond de la sc\u00e8ne en grand et est diffus\u00e9 en m\u00eame temps \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. La sc\u00e8ne figure en effet une pi\u00e8ce, intime, s\u00fbrement le salon d&rsquo;une maison, avec un canap\u00e9 et une t\u00e9l\u00e9vision. Deux hommes sont assis sur le canap\u00e9. Nous comprendrons plus tard qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;opposant et d&rsquo;un de ses partisans. Nous, spectateurs, regardons ces hommes regarder. Premi\u00e8re figuration de la m\u00e9diatisation politique de l&rsquo;information, qui est transmise puis retransmise. Et nous sommes d\u00e9j\u00e0 doublement voyeurs: du discours brut et de l&rsquo;effet intime qu&rsquo;il peut produire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est l\u00e0 que semble-t-il l&rsquo;aspect politique, alors m\u00eame qu&rsquo;il para\u00eet central, est petit \u00e0 petit oubli\u00e9. Le ton de la partisane est trop fervent, les mots d\u00e9rangent: elle \u00ab\u00a0adore\u00a0\u00bb son \u00e9lue, tout le monde \u00ab\u00a0adore\u00a0\u00bb son \u00e9lue dans une esp\u00e8ce de v\u00e9n\u00e9ration totalitaire digne d&rsquo;un gourou de secte. Suit le discours de l&rsquo;adversaire, vaincu. Discours qui tourne autour de son sujet, \u00ab\u00a0notre \u00e9lue\u00a0\u00bb, parlant d&rsquo;abord de la femme politique, mais qui devient rapidement une r\u00eaverie sur son intelligence, sur sa beaut\u00e9. Non vraiment, se r\u00e9crie l&rsquo;opposant, il la d\u00e9teste, jusqu&rsquo;\u00e0 ses petits pieds mignons ! En v\u00e9rit\u00e9, comprenons-nous rapidement, il ne la hait point.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est comme si la politique devenait un pr\u00e9texte pour parler d&rsquo;amour. Mais pas simplement du sentiment amoureux entre deux \u00eatres. Marie N&rsquo;Diaye tisse tout un r\u00e9seau s\u00e9mantique autour de l&rsquo;adoration, et finalement, diss\u00e9mine \u00e7\u00e0 et l\u00e0 de nombreux mots dont l&rsquo;acception peut \u00eatre religieuse. Et d\u00e9j\u00e0 le titre, si on y r\u00e9fl\u00e9chit bien: le terme \u00ab\u00a0\u00e9lue\u00a0\u00bb peut \u00eatre pris dans une dimension religieuse et le terme m\u00eame d'\u00a0\u00bbhonneur\u00a0\u00bb \u00e9tait en d\u00e9calage avec un aspect politique prosa\u00efque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Notre \u00e9lue\u00a0\u00bb est parfaite, d&rsquo;une honn\u00eatet\u00e9 et d&rsquo;une probit\u00e9 sans \u00e9gale, totalement au service de ses concitoyens, ne vivant que pour rendre le monde meilleur. Elle a deux charmants enfants, un mari aimant qui l&rsquo;attend chaque soir et la soutient dans son travail. Elle est admir\u00e9e par tous, v\u00e9n\u00e9r\u00e9e par beaucoup.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;histoire de la pi\u00e8ce, c&rsquo;est la mise au d\u00e9fi de cette figure parfaite. Une tentation de la sainte. Mais les \u00e9l\u00e9ments de ce pi\u00e8ge en sont presque absurdes. Alors que \u00ab\u00a0notre \u00e9lue\u00a0\u00bb a affirm\u00e9 que ses parents \u00e9taient morts, voil\u00e0 un homme et une femme qui arrivent chez elle, se pr\u00e9tendant ses parents. Tout cela \u00e9tant une machination de l&rsquo;opposant pour contrarier \u00ab\u00a0notre \u00e9lue\u00a0\u00bb, l&rsquo;obliger \u00e0 chasser ces gens. Mais elle ne le fait pas et laisse entrer le diable chez elle. La pi\u00e8ce prend ainsi une dimension presque christique, \u00ab\u00a0notre \u00e9lue\u00a0\u00bb subissant les coups et ne semblant que r\u00e9pondre par la bont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela en devient frustrant: on voudrait qu&rsquo;elle chasse ces intrus, qui pervertissent ses enfants, insultent son mari, sont proprement insupportables, racontent des insanit\u00e9s \u00e0 son sujet. Mais elle accepte le vice, les accueille chez eux, n&rsquo;avoue m\u00eame pas que ce ne sont pas ses parents. Elle laisse cette peste petit \u00e0 petit changer l&rsquo;opinion de ses concitoyens sur elle-m\u00eame, jusqu&rsquo;\u00e0 perdre les \u00e9lections suivantes. La parole se fait arme extr\u00eamement puissante: c&rsquo;est par les mots et le mensonge que ces deux personnages de faux-parents triomphent. La rumeur a tout saccag\u00e9. Et \u00ab\u00a0notre \u00e9lue\u00a0\u00bb choisit de souffrir de mani\u00e8re \u00e0 la fois absurde et magnifique. Et finalement, quand l&rsquo;opposant l&#8217;emporte, il n&rsquo;a plus envie de l&rsquo;avoir emport\u00e9. A vaincre sans p\u00e9ril, on triomphe sans gloire. Et elle reste aux yeux de tous la seule et unique \u00ab\u00a0notre \u00e9lue\u00a0\u00bb. En perdant, elle a d\u00e9montr\u00e9 sa v\u00e9ritable puissance faite d&rsquo;un amour sup\u00e9rieur et presque sacrificiel.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marl\u00e8ne Lafont<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la haute soci\u00e9t\u00e9 grisonnante de Paris qu\u2019accueille le th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point en cette soir\u00e9e o\u00f9, sur toutes les l\u00e8vres, la conversation porte sur les prochaines \u00e9lections. C\u2019est dans les arcanes du pouvoir et du microcosme des \u00e9lus que propose justement de nous projeter la tragicom\u00e9die ou fable politique Honneur \u00e0 notre \u00e9lue de Marie Ndiaye.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me est d\u2019actualit\u00e9. La question de l\u2019honneur aussi\u00a0; question qui d\u00e9cha\u00eene les foules mais qui doit faire se retourner dans leur tombe tant Hom\u00e8re que Shakespeare et Hugo. \u00ab Notre \u00e9lue \u00bb, personnage mystifi\u00e9 et dont m\u00eame \u00ab l\u2019Opposant \u00bb ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 louer les plus hauts faits. Un acteur politique parfait, pur, d\u00e9vou\u00e9 exclusivement \u00e0 sa cause jusqu\u2019\u00e0 son propre d\u00e9triment \u2013 l\u2019id\u00e9al absolu de nous autres citoyens ? Mais le huis clos de la petite commune de province force \u00e0 une introspection toute d\u00e9concertante. Des personnages rong\u00e9s par leurs passions jusqu\u2019\u00e0 l\u2019incoh\u00e9rence, voire fr\u00f4ler de la schizophr\u00e9nie, des bienfaiteurs publics r\u00e9duits \u00e0 une absurde et inconsistante inertie amorphe. Finalement que sommes-nous ? Qu\u2019est-ce-qui r\u00e9ellement nous anime ? Notre volont\u00e9 ? Nos peurs ? Ce que les autres se figurent de nous ?<\/p>\n<p>Si le casting impressionne (Isabelle Carr\u00e9, Patrick Chesnais, Jean Charles Clichet, Jan Hammenecker entre autres), le jeu reste cependant assez fig\u00e9, voire froid, et laisse le spectateur d\u00e9contenanc\u00e9 face \u00e0 des rebondissements finalement peu surprenants, confrontant \u00e0 une absurdit\u00e9 mal d\u00e9guis\u00e9e.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cors et la sc\u00e9nographie m\u00e8nent cependant \u00e0 des jeux int\u00e9ressants dans des atmosph\u00e8res tant de salle de f\u00eates que d\u2019int\u00e9rieur bourgeois ou de gymnase municipal recr\u00e9\u00e9es \u00e0 partir de tentures \u00e9clair\u00e9es voire vid\u00e9o-projet\u00e9es. Une ing\u00e9nieuse mise en abime cr\u00e9e ainsi un face \u00e0 face entre ces hommes et femmes politiques, dans les diff\u00e9rentes dimensions et tensions de leur corps \u00e0 la Kantorowicz. Entre public et priv\u00e9, jusqu\u2019o\u00f9 doit aller la formalit\u00e9 du discours ? A quelle part de son \u00eatre la primeur doit-elle revenir ?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Isaline Mallet<\/h6>\n<hr \/>\n<p>C\u2019est dans le magnifique th\u00e9\u00e2tre du Rond Point, dans le 8e arrondissement de Paris, que notre \u00e9lue est honor\u00e9e. En cette p\u00e9riode de campagne \u00e9lectorale, la pi\u00e8ce de la talentueuse Marie NDIAYE, mise en sc\u00e8ne par Fr\u00e9d\u00e9ric BELIER-GARCIA, nous propose une interpr\u00e9tation on ne peut plus contemporaine de ce qui constitue l\u2019art de gouverner. Cette question se pose dans la confrontation pour le moins frontale, entre Notre Elue, exemplairement admirable et admir\u00e9e, port\u00e9e par Isabelle CARRE, et L\u2019Opposant, \u00e0 la fois admirant et aspirant, incarn\u00e9 par Patrick CHESNAIS. Dans cette course \u00e0 l\u2019\u00e9lection, le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 s\u2019interroger sur la place de la moralit\u00e9 et son r\u00f4le en politique. Dans l\u2019art de la conqu\u00eate et de la conservation du pouvoir, la fin justifie-t-elle les moyens\u00a0? Quel r\u00f4le pour les conseillers du pouvoir\u00a0? Ne lisez pas Le Prince de Machiavel, allez voir la pi\u00e8ce, tout y est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre politique que nous avons \u00e0 faire, th\u00e9\u00e2tre qui n\u2019en perd pas pour autant son comique, d\u00e9passant la gravit\u00e9 de l\u2019\u00e9cho de cette th\u00e9matique \u00e0 une heure o\u00f9 le r\u00e9el des conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats et des emplois fictifs d\u00e9passent la fiction\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du c\u00f4t\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne, la lin\u00e9arit\u00e9 de la narration n\u2019entame pas le rythme et ne nous emp\u00eache pas d\u2019attendre avec la plus grande impatience les moments de confrontations entre nos deux protagonistes, que nous suivons simultan\u00e9ment dans leurs quotidiennes pr\u00e9occupations, tout au long\u00a0 de la campagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La structuration des espaces dans lesquels nos personnages \u00e9voluent ainsi que la place occup\u00e9e par les confidents mettent toujours clairement en avant nos deux protagonistes, comme pour \u00e9voquer l\u2019alternative propre au Politique, en m\u00eame temps que le dilemme qui tiraille les acteurs politiques. Notons que cette tension est soutenue par des effets visuels, notamment lors les passages de meeting, conf\u00e9rant de l\u2019ampleur et de la majest\u00e9, par exemple gr\u00e2ce \u00e0 un dispositif de projection et de transcription audiovisuelle qui se superpose au discours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Discours dont les mots r\u00e9sonnent d\u2019ailleurs encore plus par la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 que par la sonorisation. On est au th\u00e9\u00e2tre et cela s\u2019entend. Peut-\u00eatre cela permet-il au spectateur d\u2019installer davantage une distance critique sur ce qui se joue devant lui, comme pour mieux voir ce qui se joue dans le monde r\u00e9el. Sans \u00eatre pessimiste, la pi\u00e8ce laisse \u00e0 penser que le perfectionnisme moral n\u2019est pas n\u00e9cessairement une vertu et qu\u2019il est difficile d\u2019\u00eatre au pouvoir, sans distinguer \u00eatre et devoir \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la politique n\u2019est pas du th\u00e9\u00e2tre, bien qu\u2019avec les allures de mauvaise com\u00e9die que prend la sc\u00e8ne politique fran\u00e7aise ces derniers temps on puisse se poser la question, le th\u00e9\u00e2tre, lui, peut malgr\u00e9 tout bel et bien interroger et nourrir le politique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Nicolas Robert<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Echo ironique de notre actualit\u00e9 politique, Honneur \u00e0 Notre Elue plonge le spectateur du Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point dans le tourbillon d\u2019une campagne \u00e9lectorale. La pi\u00e8ce, \u00e9crite par Marie NDiaye et mise en sc\u00e8ne par Fr\u00e9d\u00e9ric B\u00e9lier-Garcia, s\u2019\u00e9labore \u00e0 partir d\u2019une constellation de personnages fantasques qui interagissent avec et autour de Notre Elue, maire d\u2019une petite ville menac\u00e9e dans ses pr\u00e9rogatives par l\u2019Opposant. Ce dernier, jou\u00e9 subtilement par Patrick Chesnais, est tortur\u00e9 par ses sentiments ambivalents \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Notre Elue, entre amour passionnel et jalousie d\u00e9vorante. Isabelle Carr\u00e9 incarne Notre Elue avec mesure et justesse, campant un personnage \u00e0 la probit\u00e9 invuln\u00e9rable bien que son pass\u00e9 et ses pens\u00e9es brillent d\u2019une aura qui restera myst\u00e9rieuse jusqu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e du rideau. Entre l\u2019Opposant et Notre Elue, des personnages malmen\u00e9s par leur amour du pouvoir et le d\u00e9go\u00fbt que celui-ci leur inspire tentent de trouver leur place dans cet imbroglio politique\u00a0: Sachs, bras droit de l\u2019Opposant, Keller, l\u2019ami-tra\u00eetre de Notre Elue, Eva, qui change de camp, le Vieux et la Vieille, engag\u00e9s par l\u2019Opposant pour nuire \u00e0 son adversaire. Victimes collat\u00e9rales de la tourmente \u00e9lectorale, le Mari et les enfants de Notre Elue soutiennent sans la comprendre leur \u00e9pouse et m\u00e8re. Ces personnages, toujours ensemble mais jamais unis, \u00e9voluent dans des endroits clos comme le gymnase municipal utilis\u00e9 pour la campagne \u00e9lectorale ou encore la maison de Notre Elue. Leurs solitudes sont assourdissantes et leurs tourments amplifi\u00e9s d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne o\u00f9 l\u2019usage de la vid\u00e9o installe une atmosph\u00e8re pesante. Montrer ces personnages se d\u00e9chirer pour quelques miettes de pouvoir autour de Notre Elue imperturbable et sto\u00efque, c\u2019est mettre l\u2019accent sur la bassesse et la vilenie dont sont capables les hommes pour parvenir \u00e0 leurs fins \u00e9go\u00efstes, sous pr\u00e9texte de poursuivre de grands id\u00e9aux. Mais c\u2019est aussi placer la lumi\u00e8re sur la part \u00e9ternellement enfantine de ces m\u00eames hommes, leurs incertitudes, leurs faiblesses, leurs peurs, leurs besoins inassouvissables de la pr\u00e9sence des autres autour d\u2019eux pour conjurer une solitude irr\u00e9m\u00e9diable. Et enfin, assister \u00e0 Honneur \u00e0 Notre Elue, c\u2019est, pour le spectateur, \u00eatre constamment renvoy\u00e9 \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 politique qui l\u2019inonde. Honneur \u00e0 Notre Elue pointe avec humour et cruaut\u00e9 nos d\u00e9fauts en tant qu\u2019\u00eatres humains comme nos d\u00e9faillances en tant qu\u2019animaux politiques, nous invitant \u00e0 lutter contre nos faiblesses int\u00e9rieures pour am\u00e9liorer notre vie dans la cit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ambre Tahon-Franquesa<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce mercredi 22 mars, le public du Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point assiste \u00e0 la pi\u00e8ce Honneur \u00e0 notre \u00e9lue, de Marie Ndiaye, mise en sc\u00e8ne par Fr\u00e9d\u00e9ric B\u00e9lier-Garcia. Dans les r\u00f4les titres, Isabelle Carr\u00e9 et Patrick Chesnais. La pi\u00e8ce raconte l\u2019ascension puis la chute de Notre \u00c9lue, maire d&rsquo;une ville en bord de mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme toute \u0153uvre d&rsquo;art, la pi\u00e8ce de Marie Ndiaye est intempestive dans le sens que lui donnait Nietzsche. Hors du temps, elle nous semble pourtant d&rsquo;une criante actualit\u00e9. Alors que les m\u00e9dias et les hommes et femmes politiques n&rsquo;ont plus \u00e0 la bouche que les mots de transparence, de probit\u00e9 et d&rsquo;exemplarit\u00e9, la pi\u00e8ce nous permet d&rsquo;explorer la signification de tels concepts. Notre \u00c9lue n&rsquo;a pas d&rsquo;autre nom que celui-ci, son r\u00f4le public a totalement pris le pas sur son identit\u00e9 priv\u00e9e. D\u00e8s sa premi\u00e8re apparition, le spectateur comprend qu&rsquo;il a en face de lui un fant\u00f4me. Isabelle Carr\u00e9, \u00ab\u00a0v\u00eatu[e] de probit\u00e9 candide et de lin blanc\u00a0\u00bb, interpr\u00e8te \u00e0 merveille ce personnage d\u00e9sincarn\u00e9, d\u00e9shumanis\u00e9, effrayant de bont\u00e9. Avant cela, le spectateur a pu voir l&rsquo;Opposant, constatant avec amertume son nouvel \u00e9chec \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection municipale. Moment surr\u00e9aliste que cette d\u00e9claration de Christelle Tual, soutien inconditionnel de Notre \u00c9lue\u00a0: elle remercie l&rsquo;opposant d&rsquo;exister. Elle lui sait gr\u00e9e d&rsquo;\u00eatre la figure tangible de cette opposition f\u00e9brile \u00e0 Notre \u00c9lue. D&rsquo;apr\u00e8s elle, l&rsquo;Opposant permet un amour redoubl\u00e9 pour Notre \u00c9lue, car il incarne le risque, m\u00eame lointain, d&rsquo;un remplacement. Toute dictature a besoin d&rsquo;opposants, m\u00eame imaginaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais est-ce une dictature\u00a0? Oui, mais pas celle que l&rsquo;on croit. C&rsquo;est Notre \u00c9lue qui s&rsquo;impose \u00e0 elle-m\u00eame la dictature de la transparence, de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 et finalement de la perfection. Lorsque la machinerie de l&rsquo;Opposant se mettra en \u0153uvre pour la d\u00e9truire, elle ne pourra rien faire que d&rsquo;accepter. Deux inconnus sonnent \u00e0 sa porte et pr\u00e9tendent \u00eatre ses parents. Ceux-ci sont pourtant morts depuis longtemps. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, le monde de Notre \u00c9lue supporte l\u2019auto-contradiction. Son mari ne la comprend pas, comment peut-elle accepter cette situation qui met en p\u00e9ril sa vie de famille\u00a0? Mais il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire, r\u00e9pond Notre \u00c9lue. Il faut accepter le r\u00e9el tel qu&rsquo;il est. Le monde n&rsquo;est pas l\u00e0 pour nous faire plaisir, nous devons faire avec lui. Notre \u00c9lue refuse d&rsquo;user de sa libert\u00e9, c&rsquo;est une h\u00e9ro\u00efne tragique sto\u00efcienne\u00a0: elle conna\u00eet sa chute mais refuse de se d\u00e9battre inutilement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 notre \u00c9lue, l&rsquo;opposant a promis de tout faire pour la d\u00e9tr\u00f4ner, m\u00eame si cela devait avoir pour effet de le d\u00e9go\u00fbter de lui-m\u00eame. Son plan se d\u00e9roule au-del\u00e0 de ses esp\u00e9rances. Pourtant, quelque chose ne va pas. Nous comprenons que l&rsquo;opposant est obs\u00e9d\u00e9e par Notre \u00c9lue, il la v\u00e9n\u00e8re. Au fond de lui-m\u00eame, il est d&rsquo;accord avec tout ce qu&rsquo;elle fait. Il admire son respect pour ses opposants, sa bienveillance, son extr\u00eame int\u00e9grit\u00e9. Il ne sait parler de rien d&rsquo;autre que d&rsquo;elle, sa vie est int\u00e9gralement tourn\u00e9e vers Notre \u00c9lue. Elle, c&rsquo;est un personnage ibs\u00e9nien. Elle marche au devant du pr\u00e9cipice avec foi. En adepte du tout ou rien, elle a d\u00e9cid\u00e9 de s&#8217;embarquer tout enti\u00e8re sans son r\u00f4le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque Notre \u00c9lue perd la mairie, elle n&rsquo;en perd pas pour autant son nom. L&rsquo;Opposant, d\u00e9pit\u00e9, d\u00e9confit, abattu, prononce un discours cr\u00e9pusculaire, celui d&rsquo;un vaincu. Il a perdu sa raison de vivre. Comme le dit sa femme, il criait dans son sommeil qu&rsquo;il avait perdu ce qu&rsquo;il d\u00e9sirait sans savoir que c&rsquo;\u00e9tait cela qu&rsquo;il avait toujours voulu (sic). Car comment aimer ce que l&rsquo;on poss\u00e8de\u00a0? Comment survivre au choc de la r\u00e9v\u00e9lation\u00a0: nous n&rsquo;aimions rien tant que le d\u00e9sir. L&rsquo;Opposant se retire donc et retrouve Notre \u00c9lue. Il lui demande pourquoi elle a accept\u00e9 tout cela, quelle est cette culpabilit\u00e9 qui la ronge. Alors Notre \u00c9lue lui glisse des mots \u00e0 l&rsquo;oreille, elle lui r\u00e9v\u00e8le le secret qui la hantait. Nous n&rsquo;en saurons rien. Elle semble apais\u00e9e. D\u00e9livr\u00e9e de cette charge o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;a pas le droit \u00e0 l&rsquo;erreur. Enfin, elle a pu se sentir coupable, se griser du sentiment d&rsquo;avoir commis une faute.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\">Mea culpa\u00a0! Mea maxima culpa\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\" align=\"right\">Hugo Toudic<\/h6>\n<pre>Photo : St\u00e9phane Trapier<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus Marie Ndiaye s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 largement faite conna\u00eetre par ses romans, ses pi\u00e8ces th\u00e9\u00e2trales, ainsi que par les pol\u00e9miques politiques qu\u2019elle avait d\u00e9clench\u00e9es sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. 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