{"id":837,"date":"2016-10-14T20:00:50","date_gmt":"2016-10-14T19:00:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=837"},"modified":"2016-10-14T20:00:50","modified_gmt":"2016-10-14T19:00:50","slug":"volver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=837","title":{"rendered":"Volver"},"content":{"rendered":"<p>Danse \/ Musique | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | <a href=\"http:\/\/theatre-chaillot.fr\/jean-claude-gallotta-olivia-ruiz-volver\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette com\u00e9die musicale, jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre National de la Danse Chaillot \u00e0 Paris est le fruit de la collaboration entre le metteur en sc\u00e8ne Jean-Claude Gallotta et la chanteuse franco-espagnole Olivia Ruiz. Inspir\u00e9e de la vie de cette derni\u00e8re, l\u2019\u0153uvre est un m\u00e9lange entre autobiographie et fiction. La vie de la jeune chanteuse espagnole Jos\u00e9phine Blanc, depuis son immigration forc\u00e9e en France, \u00e0 son succ\u00e8s, en passant par son arriv\u00e9e \u00e0 Paris et son premier amour, nous est racont\u00e9e, entre narration et chants. Olivia Ruiz partage ses \u00e9mois d\u2019une voix vive, seule sur sc\u00e8ne, illumin\u00e9e sous une lumi\u00e8re blanche, le reste de la sc\u00e8ne plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre. Cette ambiance intimiste, renforc\u00e9e par la disposition tr\u00e8s verticale de la salle qui donne une impression de hauteur et de plong\u00e9e vers la sc\u00e8ne, permet d&rsquo;\u00e9mouvoir et d&rsquo;atteindre le spectateur. C\u2019est d\u2019ailleurs l&rsquo;occasion dont se sert la chanteuse afin de sensibiliser le spectateur \u00e0 l&rsquo;exil forc\u00e9 de milliers d&rsquo;espagnols, leurs conditions de vie lors de leur arriv\u00e9e et leur int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Accompagn\u00e9e par neuf danseurs de la compagnie Jean-Claude Gallotta et par cinq musiciens, Olivia Ruiz se d\u00e9cha\u00eene et nous livre une prestation de haute qualit\u00e9. La jeune femme interpr\u00e8te ses propres chansons et ne se m\u00e9nage pas. L&rsquo;alternance des chansons de type tr\u00e8s vari\u00e9es et d&rsquo;ambiances font que le spectateur ne se lasse pas. Ainsi, d\u2019une ambiance cabaret avec une musique tr\u00e8s gaie et entra\u00eenante, une lumi\u00e8re vive et des danseurs habill\u00e9s de mani\u00e8re tr\u00e8s color\u00e9e et dansant de mani\u00e8re dynamique, on peut basculer vers une atmosph\u00e8re beaucoup plus triste et \u00e9mouvante, o\u00f9 l&rsquo;attention se focalise presque uniquement sur Olivia Ruiz et son partenaire, nous faisant presque oublier les musiciens pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne. Les danseurs, souvent en couple, occupent tout l\u2019espace, et sont tr\u00e8s mobiles, ce qui donne un certain dynamisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Olivia Ruiz et Jean-Claude Gallotta propose un spectacle tr\u00e8s riche et vari\u00e9, qui, plus qu\u2019un simple divertissement, \u00e9meut le spectateur. On se prend d\u2019affection pour la jeune Jos\u00e9phine, mais on s&rsquo;interroge aussi sur la question de l\u2019immigration des espagnols sous Franco.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anna Bellot<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La collaboration du danseur et chor\u00e9graphe Jean-Claude Gallota avec la chanteuse Olivia Ruiz a donn\u00e9 lieu \u00e0 une adaptation de treize de ses chansons dans une com\u00e9die musicale, <em>Volver<\/em>, jou\u00e9e en ce moment au th\u00e9\u00e2tre national Challiot. Ces chansons ont \u00e9t\u00e9 articul\u00e9es autour de l\u2019histoire de P\u00e9pita, une immigr\u00e9e espagnole, fuyant la guerre de 1936, devenue Jos\u00e9phine Blanc une fois arriv\u00e9e \u00e0 Paris pour cacher ses racines espagnoles. Olivia Ruiz incarne ce personnage et raconte l\u2019histoire d\u2019une immigr\u00e9e \u00e9cartel\u00e9e entre deux pays, accompagn\u00e9e d\u2019une compagnie de danseurs et de musiciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La voix narratrice s\u2019intercale entre les chansons accompagn\u00e9es de danse, suivant un rythme qui laisse peut \u00eatre peu de place \u00e0 la surprise \u00e9tant donn\u00e9 que la structure du spectacle reste toujours la m\u00eame\u00a0: Olivia Ruiz pr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment narratif puis la chor\u00e9graphie et le chant l\u2019illustrent. Cette histoire, bien que frappante par son actualit\u00e9 (au milieu du spectacle un parall\u00e8le sera fait entre ces immigr\u00e9s espagnols et les cinquante millions de personnes devenues \u00ab\u00a0peuple sans terre\u00a0\u00bb actuellement) peut para\u00eetre suivre un sc\u00e9nario un peu attendu, qui se serait finalement pass\u00e9 des trames narratives pour se contenter des belles chor\u00e9graphies. En effet, j\u2019ai trouv\u00e9 que les plus beaux moments du spectacle \u00e9taient ceux qui revendiquaient le plus de simplicit\u00e9 et qui touchaient justes avec le chant d\u2019Olivia Ruiz (une v\u00e9ritable performance \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle chante et danse simultan\u00e9ment durant tout le spectacle). Cette voix \u00e9tait le plus souvent accompagn\u00e9e par des jeux de sym\u00e9trie entre les danseurs, formant diff\u00e9rents couples \u00e0 l\u2019image du couple de l\u2019intrigue P\u00e9pita et son amant Raphael, combattant espagnol exil\u00e9 en France. J\u2019ai regrett\u00e9 que certains moments d\u00e9rivent peut \u00eatre l\u00e9g\u00e8rement vers le clich\u00e9\u00a0: la femme tombant amoureuse d\u2019un homme t\u00e9n\u00e9breux et myst\u00e9rieux par exemple, mais ils \u00e9taient souvent contrebalanc\u00e9s par de tr\u00e8s belles performances chor\u00e9graphiques et musicales, avec des mouvements de danse contemporaine orignaux et expressifs. De la m\u00eame fa\u00e7on l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9cran num\u00e9rique au fond de la sc\u00e8ne \u00e9tait pour moi superflu, la projection d\u2019images avait tendance \u00e0 casser l\u2019effet po\u00e9tique, mieux rendu par exemple lors de la sc\u00e8ne initiale lorsqu\u2019un voile recouvrait Olivia Ruiz en jouant avec des effets de lumi\u00e8re qui cr\u00e9aient une atmosph\u00e8re plus intimiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je conseillerais ce spectacle \u00e0 ceux qui appr\u00e9cient d\u00e9j\u00e0 l\u2019univers d\u2019Olivia Ruiz car elle est clairement mise en avant et certaines de ses chansons les plus connues sont jou\u00e9es et la mise en sc\u00e8ne qui les accompagne leur apporte une nouvelle dimension. Pour les autres, la d\u00e9couverte de son r\u00e9pertoire ainsi mis en sc\u00e8ne peut faire passer un bon moment mais pour ma part je trouve que le spectacle manquait d\u2019originalit\u00e9 au niveau de l\u2019intrigue, il faut alors surtout venir pour appr\u00e9cier la musique et la danse plus que pour la trame narrative elle-m\u00eame.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Chlo\u00e9 Bories<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une premi\u00e8re collaboration en 2014 lors de l\u2019adaptation d\u2019un ballet de Manuel de Falla, L\u2019Amour Sorcier, a suffi \u00e0 Jean-Claude Gallotta et Olivia Ruiz \u00e0 envisager la n\u00e9cessit\u00e9 de retravailler ensemble. Tout est parti d\u2019un cadeau enchant\u00e9. Olivia Ruiz offre ces quatre premiers albums au chor\u00e9graphe, qui, au lieu de les laisser se couvrir de poussi\u00e8re sur une \u00e9tag\u00e8re remplie d\u2019objets inutiles, les \u00e9coute attentivement. Ses m\u00e9lodies souvent l\u00e9g\u00e8res et amusantes et sa voix espi\u00e8gle et atypique lui donne envie d\u2019\u00e9crire une histoire entre autobiographie et fiction, un ballet autant \u00e9nergique que tragique. Ensemble, ils inventent l\u2019histoire de Pepita, une jeune espagnole forc\u00e9e de quitter son pays pendant la guerre civile. Ensemble, ils mettent en sc\u00e8ne la vie de cette femme courageuse et pleine d\u2019espoir, qui, comme beaucoup d\u2019autres dans les ann\u00e9es trente, tente de se cr\u00e9er un avenir meilleur en France. Ses chansons rythment l\u2019intrigue alors que la chor\u00e9graphie donne corps \u00e0 l\u2019histoire. Accompagn\u00e9e de neuf danseurs, elle chante son histoire en m\u00eame temps qu\u2019elle la danse. Le spectateur partage avec elle ses aventures, ses peurs, ses joies, sa vie. En rendant hommage \u00e0 ses origines, la chanteuse pointe du doigt la subtilit\u00e9 du biculturalisme et le tiraillement int\u00e9rieur qui en d\u00e9coule\u00a0: dois-je oublier d\u2019o\u00f9 je viens pour comprendre qui je veux devenir\u00a0? Olivia met ainsi en avant la difficult\u00e9 de se construire une vie loin de ses rep\u00e8res dans un pays qui la rejette, la souffrance de n\u2019appartenir \u00e0 aucune terre, ou plus encore, le sentiment de vivre m\u00eame dehors de sa propre existence, de n\u2019\u00eatre plus qu\u2019inconnu \u00e0 soi-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab On se construira un avenir extraordinaire, tu verras \u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">L\u2019illustration visuelle et musicale d\u2019une histoire pr\u00e9visible\u00a0: une mise en sc\u00e8ne semi-convaincante<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e de m\u00e9langer fiction et r\u00e9alit\u00e9 semble bonne. Raconter une histoire qui ressemble \u00e0 la n\u00f4tre, cr\u00e9er un personnage qui nous ressemble, lui donner vie par la voix et forme par la danse, est une id\u00e9e s\u00e9duisante. Tout commence derri\u00e8re un drap blanc translucide sur lequel d\u00e9filent des images floues de la guerre civile espagnole. On y aper\u00e7oit Olivia blottie sur le sol, symboliquement transperc\u00e9e par les rayons lumineux que renvoi ces images\u00a0: elle subit cette guerre qui l\u2019affaibli. Les neufs danseurs viennent un \u00e0 un l\u2019effleurer avant de dispara\u00eetre dans l\u2019obscurit\u00e9.\u00a0 Leurs mouvements ralentis et incertains semblent indiquer les \u00e9tats d\u2019\u00e2mes int\u00e9rieurs de cette jeune femme, tiraill\u00e9e entre l\u2019envie de rester pr\u00e8s des siens et de se construire un avenir ailleurs, dans un pays o\u00f9 elle pourrait \u00eatre heureuse. Malgr\u00e9 le choix d\u2019un th\u00e8me trop peu inventif, la performance artistique complexe que nous propose la chanteuse est accomplie avec brio\u00a0: chanter et danser dans un m\u00eame souffle est un pari risqu\u00e9 braillement tenu. Le public est tout au long du spectacle berc\u00e9 par sa voix enfantine aux intonations gourmandes et ses chansons envoutantes. Parce qu\u2019Olivia Ruiz, c\u2019est \u00e7a\u00a0: un petit bout de femme p\u00e9tillante \u00e0 la voix qui se d\u00e9guste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s les premi\u00e8res notes, le spectateur comprend que deux mouvements vont rythmer le spectacle. Tant\u00f4t tragique tant\u00f4t pittoresque, l\u2019histoire est entrecoup\u00e9e de passages narratif, sorte de flash-back permettant de comprendre l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019intrigue ainsi que les \u00e9tats d\u2019\u00e2me du personnage. On d\u00e9plore alors le manque d\u2019originalit\u00e9 de la mise sc\u00e8ne. Ce rythme binaire trop peu cr\u00e9atif prive le spectacle d\u2019un caract\u00e8re ovateur. Le spectateur n\u2019a pas le temps de cafarder sur les quelques minutes d\u2019instants dramatique &#8211; celui-ci agr\u00e9ment\u00e9 de danses pesantes, de lumi\u00e8res sombres et de textes graves et m\u00e9lancolique \u2013 que l\u2019autre mouvement, beaucoup plus euphorique a d\u00e9j\u00e0 pris le dessus. Par ailleurs, le lien entre les titres choisis et le th\u00e8me principal reste encore en grande partie \u00e0 d\u00e9terminer. Ainsi, la lin\u00e9arit\u00e9 du temps de l\u2019intrigue logiquement adapt\u00e9e pour raconter cette histoire, manque d\u2019inattendu. Le lecteur est face \u00e0 un livre ouvert. Passif, il se contente d\u2019une histoire tendre, agr\u00e9able \u00e0 admirer et \u00e9couter, tragique \u00e0 comprendre, mais trop pr\u00e9visible. En effet, Voler n\u2019a pas cet aspect surprenant et atypique qui le valoriserait, le public peine \u00e0 se sentir touch\u00e9 par cette histoire qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 entendue et dont il connait trop bien les \u00e9tapes. Le manque d\u2019\u00e2me de l\u2019histoire en elle-m\u00eame emp\u00eache le public de profiter du charme superficiel du spectacle. Le potentiel \u00e9motionnel du musical\u00a0est donc variable : s\u2019il est touchant par sa sinc\u00e9rit\u00e9, le trop peu de r\u00e9alit\u00e9 fait que le public n\u2019y croit plus.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Une sc\u00e9nographie envoutante et efficace\u00a0: une carence d\u2019information sc\u00e9nique, un choix strat\u00e9gique\u00a0?<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est facile d\u2019interpr\u00e9ter le manque de r\u00e9el de particularit\u00e9 sc\u00e9nique comme un moyen de focaliser l\u2019attention du spectateur sur la chor\u00e9graphie et le jeu des personnages. En effet, les danseurs \u00e9voluent dans un d\u00e9cor relativement neutre car l\u2019int\u00e9r\u00eat est ailleurs. On remarque cependant quelques \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques int\u00e9ressants et innovants comme ce drap blanc qui revient \u00e0 deux reprises dans la mise en sc\u00e8ne\u00a0; un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cors \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui apporte une touche de nostalgie. Manuel Bernard introduit des jeux de lumi\u00e8re \u00e0 des moments symboliques : un vert criard inonde la sc\u00e8ne apr\u00e8s la mort de Rapha\u00ebl, l\u2019amant de P\u00e9pita\u00a0; un rouge sombre \u00e0 la fois s\u00e9duisant et inqui\u00e9tant, vient caresser les corps d\u2019Olivia et de Paul Gou\u00ebllo le temps d\u2019une danse. Symbole \u00e0 la fois de la passion qui unit les deux personnages, ce rouge est aussi annonciateur d\u2019un avenir plus tragique\u00a0: l\u2019abandon, les larmes, le sang. Et alors que le violet partage une danse avec la troupe, le jaune se m\u00eale aux mouvement lourds et pesants de quelques danseurs accompagn\u00e9s d\u2019une chanson printani\u00e8re d\u2019Olivia. Ils deviennent alors des sortes d\u2019oiseaux gazouillant sur les paroles chaudes et sucr\u00e9s de la chanteuse. M\u00eame si ces effets lumineux sont trop rares, ils donnent \u00e0 la sc\u00e9nographie un certain relief. Ainsi, elle est enrichie par ces contrastes, cet effet de rupture entre la chaleur des couleurs, les zones d\u2019ombres et l\u2019utilisation de faisceaux lumineux blanch\u00e2tres lors des parties compt\u00e9es. Aussi, les vid\u00e9os que Maxime Dos incorpore au d\u00e9cor, participent savamment au tragique de l\u2019histoire, elles illustrent la narration, apporte au spectateur un vision plus imag\u00e9e de ce qui est dit et casse l\u2019aspect globalement monotone de l\u2019histoire. Enfin, la musique live est sans doute un des points fort, car outre le talent des musiciens, elle donne l\u2019impression au public d\u2019\u00eatre doublement gagnant\u00a0: il assiste \u00e0 un concert et \u00e0 spectacle de danse. Et, le choix des titres tant\u00f4t fran\u00e7ais, tant\u00f4t espagnol, \u00e9voque sans doute la situation dilemmatique de la jeune femme.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Une utilisation harmonieuse de l\u2019espace sc\u00e9nique au service d\u2019une chor\u00e9graphie d\u00e9sordonn\u00e9e et impr\u00e9cise<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, Jean-Claude Gallotta fait le pari risqu\u00e9 de capter l\u2019attention du public par ses choix chor\u00e9graphiques et par la mani\u00e8re dont il fait \u00e9voluer ses danseurs sur sc\u00e8ne. Leur r\u00e9partition harmonieuse \u00e0 chaque extrait autour de la chanteuse, donne un effet de coh\u00e9sion agr\u00e9able \u00e0 contempler. Tant\u00f4t en couple tant\u00f4t seuls, les couples qui dansent autour du couple principal, d\u2019Olivia Ruiz et Paul Gou\u00ebllo, sont en quelque sorte leur double, comme si on avait plac\u00e9 sur sc\u00e8ne un miroir \u00e0 multiples facettes qui leur renvoyait leur propre image. Une v\u00e9ritable symbiose s\u2019op\u00e8re entre les deux corps qui semble bien ne pouvoir fonctionner l\u2019un sans l\u2019autre. Quand Olivia danse seule, ses mouvements paraissent plus incertains, une moiti\u00e9 lui manque. Cette relation \u00e9troite et fusionnelle participe \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre global et rend l\u2019ensemble visuellement beau. Cet \u00e9quilibre se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 plusieurs reprises, donnant une impression d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de la chor\u00e9graphie. Se d\u00e9tachant souvent de leur duo respectif, les danseurs solitaires gravitent autour de la chanteuse deviennent les personnages de sa vie, les protagonistes de notre roman. Mais leurs mouvements trop \u00e9nergiques perdent souvent en coh\u00e9rence et ne s\u2019adaptent pas au th\u00e8me. Les danses sont trop floues, les gestes trop impr\u00e9cis et manquent de diversit\u00e9, de sensualit\u00e9. Le c\u0153ur ne semble pas y \u00eatre\u00a0: l\u2019absence d\u2019une v\u00e9ritable incarnation corporelle est sentie par le public qui peine \u00e0 sentir l\u2019\u00e2me et la r\u00e9elle sinc\u00e9rit\u00e9 des danseurs. Il a alors l\u2019impression de voir une simple illustration. Cependant, on en vient \u00e0 se demander si ce trop-plein d\u2019informations corporelles n\u2019est pas voulu par Jean-Claude Gallotta\u00a0: cette \u00ab\u00a0pagaille\u00a0ext\u00e9rieure\u00a0\u00bb ne transposerait-elle pas le tiraillement interne de la jeune femme\u00a0?<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Sujet actuel et pr\u00e9occupations complexes\u00a0: des enjeux tragiques<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si l\u2019action se d\u00e9roule dans les ann\u00e9es trente, l\u2019actualit\u00e9 du th\u00e8me ne peut qu\u2019interpeller le spectateur. En proposant une r\u00e9flexion sur l\u2019immigration, le spectacle met au jour la situation dramatique de milliers de r\u00e9fugi\u00e9s. Comment peut-on arriver \u00e0 se construire un avenir dans un pays o\u00f9 l\u2019on vous rejette, o\u00f9 vous \u00eates consid\u00e9r\u00e9 comme un intrus, alors que vous ne cherchez que la libert\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9\u00a0? Vous choisissez de renier vos origines pour mieux vous adapter \u00e0 une nouvelle terre qui fait de vous un \u00e9tranger. Perdu et isol\u00e9, vous ne savez plus qui vous \u00eates, vous n\u2019avez plus aucun rep\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 souffrir d\u2019\u00eatre m\u00eame extrins\u00e8que \u00e0 votre propre existence. Cette femme seule tente de s\u2019accrocher \u00e0 ce qui lui reste d\u2019espoir pour avancer et s\u2019acharne \u00e0 retrouver une stabilit\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure. Pourtant, elle poss\u00e8de bien deux cultures mais elle ne le sait pas. Courageuse, elle est le symbole de cette lutte silencieuse pour la libert\u00e9, une libert\u00e9 qu\u2019elle porte \u00e0 incandescence. Voil\u00e0 peut-\u00eatre l\u2019explication du manque d\u2019originalit\u00e9 du spectacle\u00a0: comment faire du neuf avec une histoire que tout le monde connait d\u00e9j\u00e0\u00a0? Une histoire dont nous connaissons les al\u00e9as parce qu\u2019elle nous est malheureusement famili\u00e8re.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laura-Line Fady<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une histoire d\u2019amour, une histoire d\u2019\u00e9migration et d\u2019immigration, une histoire d\u2019aventure. Une com\u00e9die musicale, un concert illustr\u00e9, un roman autobiographique sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019union du chor\u00e9graphe Gallotta et de la chanteuse Ruiz parvient \u00e0 croiser leurs domaines et \u00e0 construire un spectacle hybride, une nouvelle forme artistique \u00e0 la crois\u00e9e entre concert, ballet et r\u00e9cit. L\u2019exp\u00e9rience offerte au public est sans doute neuve. Neuve et tr\u00e8s charmante, surtout pour ceux qui aiment le folk\/rock en musique et le modern jazz en danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le long du spectacle, musiciens, danseurs et chanteuse \u00e0 l\u2019ind\u00e9niable ma\u00eetrise sont tous pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, mais cette \u00ab\u00a0tragi-com\u00e9die musicale\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> ne semble pas parvenir \u00e0 fusionner tous ses \u00e9l\u00e9ments. En effet, musique, danse, chant et histoire se superposent sans s\u2019entrelacer dans une alliance magique et prenante. Cela para\u00eet d\u2019autant plus vrai si l\u2019on songe au r\u00e9cit, qui prend nettement le dessus par rapport au reste\u00a0: les paroles des chansons, la voix-off de la protagoniste-narratrice, le texte projet\u00e9 de temps en temps sur le fond de la sc\u00e8ne peuvent provoquer chez le spectateur un v\u00e9ritable effet d\u2019hypertrophie narrative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019histoire racont\u00e9e ne peut que s\u00e9duire le public\u00a0: l\u2019amour tragique de la protagoniste, central dans le processus narratif, s\u2019ins\u00e8re dans un parcours biographique touchant \u00e0 la r\u00e9sistance, \u00e0 la guerre, \u00e0 l\u2019exil plus ou moins volontaire, au d\u00e9sespoir, \u00e0 la maturation personnelle, et surtout aux th\u00e9matiques \u2013 on ne peut plus actuelles \u2013 de la tol\u00e9rance, de l\u2019immigration et de l\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 la force et intensit\u00e9 du r\u00e9cit, le spectateur peut parfois percevoir la danse et le chant comme diminu\u00e9s, en quelque sorte, par l\u2019exigu\u00eft\u00e9 de leurs \u00e9volutions et changements d\u2019ambiances et de styles. En effet, la danse surtout, ne semble con\u00e7ue que comme support lyrique \u00e0 l\u2019histoire racont\u00e9e, donnant donc parfois une impression de monotonie\u00a0: la structure des chor\u00e9graphies est souvent analogue, bas\u00e9e sur des d\u00e9placements dans l\u2019espace pour cr\u00e9er une ambiance rapide, entra\u00eenante, forte, et sur une vague alternance de moments d\u2019unisson et de quelques passes en bin\u00f4me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, l\u2019effet demeure vigoureux\u00a0: le public est ravi et emport\u00e9 par la voix de Ruiz et par les gestes dansants, accompagnant de puissantes \u00e9motions. Si, en somme, il ne devrait peut-\u00eatre pas se figurer une com\u00e9die musicale, ni un ballet enchant\u00e9, le public pourrait plut\u00f4t s\u2019attendre \u00e0 un r\u00e9cit de vie r\u00e9fl\u00e9chissant sur lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019aide de plusieurs arts, qui \u2013 per\u00e7u ainsi \u2013 peut ais\u00e9ment toucher l\u2019\u00eatre humain gr\u00e2ce \u00e0 sa vivacit\u00e9 et po\u00e9ticit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Expression cit\u00e9e de la pr\u00e9sentation du spectacle sur le site du Th\u00e9\u00e2tre National de la Danse Chaillot.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Silvia Giudice<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Une tragi-com\u00e9die musicale ou un ballet enchant\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb demande le flyer pour Volver que j\u2019ai pris entrant dans le Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot. Mise en sc\u00e8ne par chor\u00e9graphe Jean-Claude Gallotta, dramaturge Claude-Henri Buffard et chanteuse Olivia Ruiz, Volver est effectivement une performance difficile \u00e0 placer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire est fabriqu\u00e9e \u00e0 partir des chansons d\u2019Olivia Ruiz. Les chansons, venant de plusieurs albums de la carri\u00e8re d\u2019Olivia Ruiz n\u2019ont pas tous le m\u00eame style, de ce fait, il n\u2019y a pas la m\u00eame fluidit\u00e9 musicale que l\u2019on retrouvera dans une com\u00e9die musicale \u00ab\u00a0typique\u00a0\u00bb.\u00a0 Ceci dit, leur combinaison permet de raconter l\u2019histoire de Jos\u00e9phine Blanc, la nouvelle identit\u00e9 qu\u2019assume notre h\u00e9ro\u00efne pour s\u2019\u00e9chapper de son pass\u00e9. C\u2019est une histoire o\u00f9 se m\u00ealent l\u2019amour et la mort, une jeune fille \u00e0 la recherche de son identit\u00e9 devra affronter les souffrances de deuil et de la solitude pour enfin comprendre qui elle est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est minimal, des simples rideaux et de projections permet de ne pas surcharg\u00e9 la sc\u00e8ne qui accueille les neuf danseurs ainsi que les cinq musiciens. Pour les amoureux de com\u00e9die musicale, Volver peut para\u00eetre un peu vide, l\u2019histoire \u00e9tant racont\u00e9e par les chansons et les monologues d\u2019Olivia Ruiz. Les danseurs semblent \u00eatre des extensions du personnage principal, les subtils changements de leurs costumes aidant \u00e0 exprimer les \u00e9motions et \u00e9v\u00e8nements v\u00e9cus par Ruiz, ils incarnent ses pens\u00e9es intimes, son esprit troubl\u00e9 et son amour tourbillonnant. S\u2019approche-t-on donc plus \u00e0 un ballet\u00a0? Pas vraiment, la danse en soi n\u2019est pas assez complexe et travaill\u00e9e pour pouvoir raconter seule cette histoire mais on n\u2019a quand m\u00eame pas l\u2019impression que cela soit la but de Gallotta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas une com\u00e9die musicale ni un ballet de grande \u00e9chelle comme peut faire penser le flyer mais un beau spectacle, rempli d\u2019\u00e9motions, d\u2019une musique de qualit\u00e9 et une performance impressionnante d\u2019Olivia Ruiz qui chante accompagn\u00e9e de ses musiciens, et n\u2019a certainement pas de mal \u00e0 rester au niveau des danseurs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sophie Hind<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Le 14 octobre 2016 se produisait la com\u00e9die musicale de Jean-Claude Gallotta et Olivia Ruiz, <em>Volver,<\/em> au palais de Chaillot. Ce chor\u00e9graphe et cette chanteuse se sont retrouv\u00e9s dans ce spectacle afin de mettre en sc\u00e8ne treize chansons d\u2019Olivia Ruiz, autour de l\u2019histoire suivante\u00a0: Jos\u00e9phine Blanc, jeune espagnole forc\u00e9e de quitter son pays dans les ann\u00e9es 1920, se r\u00e9fugie en France. Elle fait la rencontre de Rafael, autre r\u00e9fugi\u00e9 espagnol. Ils tombent \u00e9perdument amoureux mais Rafael finit par s\u2019engager dans la guerre et est tu\u00e9, Jos\u00e9phine sombre alors dans une profonde d\u00e9pression. Elle d\u00e9couvre cependant qu\u2019elle est enceinte de Rafael. Elle retourne en Espagne pleine d\u2019espoir, souhaitant retrouver ses racines, elle y est malheureusement reni\u00e9e par ses amis et sa famille pour avoir fui. Elle d\u00e9cide malgr\u00e9 tout d\u2019y rester et de donner une v\u00e9ritable identit\u00e9 \u00e0 son enfant\u00a0: ce ne sera pas celle d\u2019un r\u00e9fugi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette com\u00e9die musicale, bien que t\u00e9moignant de v\u00e9ritables qualit\u00e9s gestuelles et vocales, m\u2019a laiss\u00e9e quelque peu r\u00e9ticente sur la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chor\u00e9graphe Jean-Claude Gallotta y d\u00e9veloppe un v\u00e9ritable travail du haut du corps, les bras deviennent ainsi un \u00e9l\u00e9ment central. Le sol est lui peu exploit\u00e9. Le rythme binaire revient de fa\u00e7on obsessive sous la forme de duos, de r\u00e9p\u00e9titions, de l\u2019alternance constante entre suspension et accent, de la superposition musique et danse. Les effets de groupes sont tr\u00e8s pr\u00e9sents. L\u2019espace est lui extr\u00eamement bien utilis\u00e9, jouant sur les diff\u00e9rents orientations et structures\u00a0: cercles, lignes, diagonales, quinconces, contre-points\u2026 Il y avait une v\u00e9ritable \u00e9nergie marquant une recherche de la libert\u00e9 (cheveux l\u00e2ch\u00e9s des danseuses, leurs robes volantes\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le talent des musiciens, pr\u00e9sents en fond de sc\u00e8ne, ainsi que celui d\u2019Olivia Ruiz est ind\u00e9niable, cela mettait v\u00e9ritablement en valeur la personnalit\u00e9 de la chanteuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le rapport entre musique, danse et th\u00e9\u00e2tre se voulait sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, je pense que le r\u00e9sultat tendait \u00e0 subordonner l\u2019ensemble \u00e0 la narration, ou plus exactement \u00e0 la musique d\u2019Olivia Ruiz, sur laquelle une histoire avait \u00e9t\u00e9 coll\u00e9e. La narration rassemblait ainsi des textes ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9crits ind\u00e9pendamment et dans un but totalement autre. Si la danse n\u2019\u00e9tait pas narrative, elle ne venait qu\u2019illustrer les musiques, ce que j\u2019ai trouv\u00e9 regrettable. De plus, la dimension th\u00e9\u00e2trale \u00e9tait pour le moins d\u00e9cevante, puisque le monologue intercal\u00e9 entre les chansons \u00e9tait enregistr\u00e9 au pr\u00e9alable. A cela nous pourrions ajouter l\u2019absence totale de d\u00e9cor, ce qui est surprenant pour une com\u00e9die musicale. Cependant, cela n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9rangeant, cela laissait une part d\u2019imagination au spectateur, ce qui n\u2019\u00e9tait justement pas possible pour la musique et la chor\u00e9graphie, et que j\u2019ai regrett\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui m\u2019a le plus d\u00e9rang\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre \u00e9tait son c\u00f4t\u00e9 trop narratif, pr\u00e9visible dans sa structure et fragment\u00e9, \u00e0 l\u2019inverse total des autres pi\u00e8ces de Jean-Claude Gallotta que j\u2019avais pr\u00e9c\u00e9demment vu. La structure \u00ab\u00a0monologue + chant et danse\u00a0\u00bb \u00e9tait r\u00e9p\u00e9t\u00e9e continuellement sans la moindre variation. Ainsi m\u00eame la gestuelle se faisait tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titive\u00a0: des passages \u00e9taient r\u00e9p\u00e9t\u00e9s trois ou quatre fois de suite et parfois \u00e0 plusieurs moments dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si cette pi\u00e8ce restait d\u2019une tr\u00e8s grande qualit\u00e9 technique, elle n\u2019\u00e9tait pas pour moi une r\u00e9v\u00e9lation, ne venant pas transporter et perturber le spectateur dans ses id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, venant au contraire accro\u00eetre ces derni\u00e8res.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9mence Hitters<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 6 au 21 octobre 2016, Jean-Claude Gallota pr\u00e9sente son nouveau spectacle \u00ab\u00a0Volver\u00a0\u00bb men\u00e9 par Olivia Ruiz au Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot. Durant 1h20, nous est cont\u00e9e l\u2019histoire de Jos\u00e9phine Blanc, r\u00e9fugi\u00e9e de la guerre civile espagnole. Enfant, ses parents l\u2019envoient se cacher \u00e0 Carcassonne pour fuir la guerre. Lasse d\u2019\u00eatre per\u00e7ue comme une \u00e9trang\u00e8re, elle d\u00e9cide finalement de monter \u00e0 Paris pour se cr\u00e9er une nouvelle identit\u00e9 loin du pass\u00e9\u2026 Dans sa nouvelle com\u00e9die musicale, Jean-Claude Gallota nous offre un r\u00e9cit saisissant qui ouvre le d\u00e9bat sur la difficult\u00e9 de poss\u00e9der une double culture. Cependant, le terme de \u00ab\u00a0com\u00e9die musicale\u00a0\u00bb employ\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne atteint vite ses limites. \u00c0 l\u2019\u00e9coute de treize chansons d\u2019Olivia Ruiz, Jean-Claude Gallota explique avoir eu l\u2019id\u00e9e de les transposer en com\u00e9die musicale. Les reprises sont assur\u00e9es par les musiciens qui donnent un v\u00e9ritable rythme au spectacle. Olivia Ruiz livre une prestation remarquable. Sa voix r\u00e9sonne dans la salle claire et limpide et son jeu est parfaitement cr\u00e9dible. \u00ab\u00a0Volver\u00a0\u00bb est aussi l\u2019occasion de (re)d\u00e9couvrir le talent d\u2019Olivia Ruiz qui lui permet aussi bien de chanter en fran\u00e7ais, en anglais ou en espagnol tout en dansant\u00a0! La reprise de ses titres phares tels la \u00ab\u00a0Femme chocolat\u00a0\u00bb entraine une magnifique mise en sc\u00e8ne avec jeux de couleurs et de sons. Mention sp\u00e9ciale pour la reprise \u00e9mouvante en espagnol de \u00ab\u00a0J\u2019traine des pieds\u00a0\u00bb. Les chansons rythment le spectacle. Elles se succ\u00e8dent avec justesse et emp\u00eachent le spectateur de se reposer. D\u2019ailleurs, celui-ci gagne en qualit\u00e9 et coh\u00e9rence \u00e0 chaque instant. Si la premi\u00e8re partie d\u00e9\u00e7oit, la deuxi\u00e8me aborde le v\u00e9ritable enjeu de \u00ab\u00a0Volver\u00a0\u00bb. En effet, le d\u00e9but du spectacle est trop rapide. Les \u00e9tapes de la vie de Jos\u00e9phine d\u00e9filent trop rapidement. L\u2019histoire d\u00e9peinte perd en cr\u00e9dibilit\u00e9. De plus, certaines alliances entre la musique et l\u2019histoire sont assez laborieuses. D\u2019ailleurs, une com\u00e9die musicale suppose un \u00e9quilibre entre le chant, la danse et le th\u00e9\u00e2tre. Or, les chansons d\u2019Olivia Ruiz ont tendance \u00e0 \u00e9touffer la chor\u00e9graphie. Celle-ci, simple et d\u00e9nu\u00e9e d\u2019originalit\u00e9, confine la plupart du temps les danseurs en arri\u00e8re plan. Seuls les rares interludes musicaux r\u00e9v\u00e8lent l\u2019ampleur de leur talent. Et puis, Jos\u00e9phine gagne en assurance dans la deuxi\u00e8me partie. On assiste alors \u00e0 une v\u00e9ritable remise en question l\u2019identit\u00e9 du personnage. Comment peut-elle ressentir ce sentiment d\u2019exclusion malgr\u00e9 sa double culture? Doit-elle renier ses origines pour recommencer une nouvelle vie\u00a0? Entre les chansons, la voix off de Jos\u00e9phine r\u00e9sonne. Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle nous d\u00e9voile son tragique destin, nous ne pouvons rester indiff\u00e9rents. Nous ressentons son mal-\u00eatre, souhaitons l\u2019aider mais ne pouvons qu\u2019\u00e9couter, impuissants. Des magn\u00e9tos s\u2019enchainent sur une toile en arri\u00e8re plan pour rappeler les v\u00e9ritables \u00e9v\u00e8nements historiques, m\u00ealant \u00e9troitement fiction et r\u00e9alit\u00e9. Cette confusion conf\u00e8re \u00e0 l\u2019histoire un r\u00e9alisme encore plus frappant. Pour conclure, malgr\u00e9 quelques d\u00e9fauts, \u00ab\u00a0Volver\u00a0\u00bb ouvre un d\u00e9bat sur les r\u00e9fugi\u00e9s politiques tout en levant le voile sur une partie de l\u2019histoire de France encore taboue aujourd\u2019hui. Alors faut-il se mettre en qu\u00eate de son pass\u00e9 ou chercher \u00e0 \u00e9crire sa propre histoire\u00a0? Tel est la v\u00e9ritable question de cette tragi-com\u00e9die musicale.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sofia Papon<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Jean-Louis Fernandez<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse \/ Musique | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | En savoir plus Cette com\u00e9die musicale, jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre National de la Danse Chaillot \u00e0 Paris est le fruit de la collaboration entre le metteur en sc\u00e8ne Jean-Claude Gallotta et la chanteuse franco-espagnole Olivia Ruiz. 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