{"id":842,"date":"2016-10-11T20:00:46","date_gmt":"2016-10-11T19:00:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=842"},"modified":"2016-10-11T20:00:46","modified_gmt":"2016-10-11T19:00:46","slug":"eliogabalo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=842","title":{"rendered":"Eliogabalo"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-16-17\/opera\/eliogabalo\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pi\u00e8ce oubli\u00e9e du XVIIe si\u00e8cle, Eliogabalo est un op\u00e9ra en 3 actes de Francesco Cavalli (1602-1676), mis en sc\u00e8ne cette saison par Thomas Jolly. Ce jeune com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne prometteur s&rsquo;est illustr\u00e9 au festival d&rsquo;Avignon et s&rsquo;ouvre pour la 1e fois \u00e0 l&rsquo;art de l&rsquo;op\u00e9ra. Son domaine de pr\u00e9dilection \u00e9tant le th\u00e9\u00e2tre shakespearien, l&rsquo;aspect g\u00e9n\u00e9ral de la pi\u00e8ce t\u00e9moigne de cette inspiration, par un d\u00e9cor vivant et l&rsquo;\u00e9clairage qui dramatise le jeu des chanteurs. Il aime d&rsquo;autre part, \u00e0 renouveler les \u0153uvres qu&rsquo;il monte en cr\u00e9ant une ambiance pop, r\u00e9solument moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;intrigue se situe au c\u0153ur de l&rsquo;Antiquit\u00e9, retra\u00e7ant le r\u00e8gne de l&rsquo;ignoble empereur H\u00e9liogabale jusqu&rsquo;\u00e0 son assassinat et sa succession par Alexandre S\u00e9v\u00e8re alias Alessandro. Ce tyran courtise les plus belles femmes de Rome : Flavia Gemmira et Eritea, engendrant d\u00e9shonneur et complications dans leurs histoires amoureuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 le pouvoir tyrannique que semble d\u00e9tenir Eliogabalo sur ces sujets, de nombreux indices dans la pi\u00e8ce rappelle la supr\u00e9matie et l&rsquo;omnipr\u00e9sence des dieux. Que ce soit par la loi (interdiction devant les dieux de se marier entre rangs diff\u00e9rents), ou par les pr\u00e9sages (les corbeaux d\u00e9vorant le banquet), l&#8217;empereur montre son indiff\u00e9rence par rapport \u00e0 quelconque divinit\u00e9 et ne parait pas en mesurer les cons\u00e9quences de son insolence. La mort de l&#8217;empereur est finalement justifi\u00e9e par Guiliano d&rsquo;une volont\u00e9 divine et appara\u00eet comme telle, lorsque c&rsquo;est Gemmira qui le tue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix d&rsquo;ajouter des danseurs est plus ou moins pertinent selon les sc\u00e8nes. Si la sc\u00e8ne o\u00f9 ils repr\u00e9sentent des corbeaux d\u00e9vorant le banquet royal est percutante, tant esth\u00e9tiquement que symboliquement, il s&rsquo;av\u00e8re lors des autres moments o\u00f9 ils interviennent, leur pr\u00e9sence apparait plus comme une distraction par rapport \u00e0 l&rsquo;action principale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s novateur, le jeu de lumi\u00e8re joue en effet une grande importance dans l&rsquo;interpr\u00e9tation de cette \u0153uvre, d\u00e9peignant pourtant une p\u00e9riode sombre de la R\u00e9publique romaine. Une multiplicit\u00e9 d&rsquo;effets et de couleurs diff\u00e9rents guide et filtre notre regard, focalisant sur un point de chute, souvent l&#8217;empereur, rappelant les tableaux classiques du XVIIe. Le sc\u00e9nographie tend aussi \u00e0 refl\u00e9ter l&rsquo;opulence dans laquelle vit Eliogabalo. On se souviendra particuli\u00e8rement du spectaculaire tableau o\u00f9 il prend un bain d&rsquo;or et en ressort couvert de paillettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les costumes \u00e9blouissants des membres de la cour font eux aussi preuve de cette richesse et contrastent avec ceux des autres personnages, compos\u00e9s de tissus rigides et sobres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e par le jeu des chanteurs qui fait preuve d&rsquo;une rare expressivit\u00e9, quel que soit le sentiment exprim\u00e9 (joie, col\u00e8re, d\u00e9sespoir\u2026) notamment par les recitar cantando. Les sc\u00e8nes d&rsquo;amour m&rsquo;ont particuli\u00e8rement subjugu\u00e9 surtout celles entre Guiliano et Eteira. Aussi, on observe un surprenant brouillage des genres avec des r\u00f4les d&rsquo;hommes chant\u00e9s plus aigus que certaines femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai remarqu\u00e9 par ailleurs un d\u00e9calage entre la musique de Cavalli (jou\u00e9e par l&rsquo;orchestre Cappella Mediterreanea), classique et conservative, et le caract\u00e8re sulfureux du livret, mettant en sc\u00e8ne le meurtre d&rsquo;un empereur, la mention d&rsquo;un s\u00e9nat de femmes ou encore le personnage principal totalement immoral qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 H\u00e9liogabale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 les multiples d\u00e9fis \u00e0 laquelle cette \u0153uvre \u00e9tait confront\u00e9e, du fait de sa mal-connaissance, elle fait donc preuve d&rsquo;une grande ing\u00e9niosit\u00e9 pour la moderniser sans en perdre son essence originelle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Claire Annereau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9but de la saison d\u2019op\u00e9ra au Palais Garnier a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 par la repr\u00e9sentation d\u2019Eliogabalo de Francesco Cavalli (1602-1676), dirig\u00e9 par Leonardo Garcia Alarcon et mis en sc\u00e8ne par Thomas Jolly. Cette cr\u00e9ation baroque, assez m\u00e9connue est jou\u00e9e par l\u2019orchestre Cappella Mediterranea et le Ch\u0153ur de Chambre de Namur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire se d\u00e9roule au temps de l\u2019Empereur H\u00e9liogabale, m\u00e9pris\u00e9, vivant dans le luxe et la d\u00e9bauche. En tant que bon empereur, ce dernier abuse de son pouvoir pour arriver \u00e0 ses fins\u00a0: satisfaire ses d\u00e9sirs et \u00e9carter ceux qui se trouvent sur son chemin. Mu par ses pulsions de conqu\u00e9rir les belles femmes, il se pla\u00eet \u00e0 violer Erritea, puis Gemmira pourtant fid\u00e8le \u00e0 Alessandro. L\u2019op\u00e9ra en trois actes s\u2019att\u00e8le \u00e0 montrer l\u2019\u00e9volution de sa conqu\u00eate et les dommages collat\u00e9raux que causent son indiff\u00e9rence aux \u00e9motions humaines. Ainsi, apr\u00e8s diff\u00e9rentes intrigues amoureuses perfides, la mort d\u2019Eliogabalo vient remettre les choses en ordre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas Jolly livre une mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale neutre bien \u00e0 lui. Le d\u00e9cor se veut contemporain, sobre, dans une succession de plateformes modulables, d\u2019escaliers qui retranscrivent la hi\u00e9rarchie pour comprendre o\u00f9 en sont les personnages dans le d\u00e9roulement de l\u2019action. La couleur noire domine, le d\u00e9cor s\u2019y fond. Il faut alors compter sur le jeu des lumi\u00e8res (spots lasers blancs) pour se faire guider. Cependant cet \u00e9clairage n\u2019a rien de chaleureux, il reste froid, ferme l\u2019espace \u00e0 la mani\u00e8re de barreaux de prison, rendant l\u2019atmosph\u00e8re glaciale, tragique. L\u2019id\u00e9e du contraste entre le soleil et des lasers froids permet un jeu de reflets ing\u00e9nieux qui laisse pr\u00e9sumer la fin. L\u2019empereur reste le personnage au costume antique le plus extravagant sans pour autant \u00e9viter son effacement sur sc\u00e8ne. Cela ne suffit pas \u00e0 lui donner une pr\u00e9sence et du relief. Rares sont les moments o\u00f9 l\u2019empereur se confronte v\u00e9ritablement aux autres. Il reste passif, d\u00e9l\u00e9guant les t\u00e2ches les plus hasardeuses (assassinat, empoisonnement). Ainsi le spectateur reste dans l\u2019attente du conflit. On ressent cette envie d\u2019aller plus loin dans les sentiments des personnages (jalousie, col\u00e8re, d\u00e9sir) mais la performance musicale passe avant tout et la mise en sc\u00e8ne s\u2019efface l\u00e9g\u00e8rement face aux contraintes de l\u2019op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La performance est mise en valeur par une augmentation du rythme et de l\u2019intensit\u00e9, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, explosant presque \u00e0 la fin, soulageant le spectateur, qui attend le d\u00e9nouement des intrigues. Cette fin est aussi marqu\u00e9e par l\u2019utilisation du ch\u0153ur qu\u2019on aurait aim\u00e9 entendre davantage, tant il permet de captiver l\u2019attention de l\u2019audience. On remarque \u00e9galement des performances vocales in\u00e9gales entre Alessandro, un t\u00e9nor, dont la voix grave traduit un personnage fort et Eliogabalo, un contre-t\u00e9nor avec une voix qui surprend et ne correspond pas tout \u00e0 fait \u00e0 l\u2019image d\u2019un empereur. On aurait aim\u00e9 un personnage ayant plus de caract\u00e8re. Or, l\u00e0 on se souvient plus des performances vocales des femmes. Elles apportent la force \u00e0 cet op\u00e9ra, de leur voix puissantes. L\u2019efficacit\u00e9 se tient gr\u00e2ce aux personnages qui se confrontent et des voix qui se compensent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire d\u2019Eliogabalo se traduit par des mots clefs comme l\u2019honneur et l\u2019amour qui triomphent. Les grandes figures se battent pour ce \u00e0 quoi elles aspirent, donnant plus de force au \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb entrav\u00e9 par le \u00ab\u00a0mal\u00a0\u00bb. On oubliera la mort de l\u2019empereur, non la force de l\u2019honn\u00eatet\u00e9. La mise en sc\u00e8ne se limite aux restrictions de l\u2019op\u00e9ra, gardant un c\u00f4t\u00e9 th\u00e9\u00e2tral qui se cherche encore un peu.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lucile Bihannic<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette critique porte sur l\u2019op\u00e9ra \u00abEliogabalo\u00bb, mise en sc\u00e8ne par Thomas Jolly sous la direction musicale de Leonardo Garc\u00eda Alarc\u00f3n. Il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre de Francesco Cavalli, qui \u00e9tait compos\u00e9e en 1667, mais cr\u00e9\u00e9e postum en 1999. L\u2019auteur du livret n\u2019est pas connu. Eliogabale \u00e9tait empereur romain de 218 \u00e0 222. Symbole de la d\u00e9cadence et du vice, le jeune tyran originaire du Syrie \u00e9tait assassin\u00e9 de mani\u00e8re cruelle par des soldats mutinants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019action de l\u2019op\u00e9ra suit le sch\u00e9ma classique: \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019empereur et ses conseillers, deux couples romains sont au milieu des intrigues. L\u2019op\u00e9ra commence avec le viol d\u2019Eritrea par Eliogabale, li\u00e9e d\u2019amour \u00e0 Giuliano, le chef des soldats. Pour ne pas perdre son honneur, Eritrea exige la promesse de marriage de l\u2019empereur; celui pourtant cherche d\u00e9j\u00e0 un nouveau plaisir: Gemmira, l\u2019amie de son cousin Alessandro. Apr\u00e8s des nombreuses conflits, le tyran voluptueux est tu\u00e9. Les couples se reconcilient et Alessandro devient le nouveau empereur juste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne mise en place par Jolly refl\u00e8te parfaitement le personnage principal de l\u2019op\u00e9ra: un arrangement de lumi\u00e8res symbolisant le soleil <em>(helios\u00a0)<\/em> montre l\u2019omnipr\u00e9sence et le pouvoir de l\u2019empereur. Elles se croisent quand les intrigues commencent \u00e0 menacer la position du tyran et prennent leur configuration le plus spectaculaire au finale dramatique. Dans l\u2019ensemble avec une sc\u00e8ne sur la sc\u00e8ne, tout en noir, \u00e9quip\u00e9e d\u2019un petit escalier mobile, ceci rappelle l\u2019 esth\u00e9tique des concerts de rock. Cet \u00e9scalier m\u00e8ne parfois juste dans la fosse de l\u2019orchestre, en m\u00e9langant les plans du th\u00e9\u00e2tre. Ainsi, Jolly r\u00e9ussit \u00e0 exprimer par les d\u00e9cors le c\u00f4t\u00e9 luxe de l\u2019empereur, qui se met en sc\u00e8ne lui-m\u00eame en pertubant l\u2019ordre romain. Le bouleversement de l\u2019ordre est \u00e9galement mis en \u00e9vidence par la voix et les costumes du tyran et de ses proches\u00a0: Chant\u00e9 par un contre-t\u00e9nor, les bordres entre feminit\u00e9 et masculinit\u00e9 sont questionn\u00e9es. Les costumes, cr\u00e9\u00e9s par Gareth Pugh,\u00a0 \u00e9voquent la cit\u00e9 romaine et en m\u00eame temps l\u2019Italie baroque de Cavalli. Ils se distinguent par la clart\u00e9 et la simplicit\u00e9 des lignes; surtout l\u2019empereur porte des habits de forme triangulaire, une forme associ\u00e9e au pouvoir divin. L\u2019origine orientale d\u2019Eliogabalo est rendu compte par les couleurs: le rouge, le violet, le noir, et l\u2019or dominent. Sa servante fid\u00e8le, Lenia,est jou\u00e9e par un acteur masculin portant des robes, dont la gestuelle exager\u00e9e produit un effet comique et grotesque. \u00c0 ceci contribue \u00e9galement que les deux acteurs sont chauves et ont une carrure masculine athl\u00e9tique. Le d\u00e9passement des bordres entre les sexes est ici tout \u00e0 fait artificiel et n\u2019\u00e9voque nullement une androgynit\u00e9 naturelle, mais bien au contraire le jeu d\u2019un d\u00e9guisement grotesque. Il est d\u00e9cisif que, dans l\u2019ensemble de la mise en sc\u00e8ne, ces caract\u00e8res qui se trouvent ainsi entre les sexes sont ceux qui ne cherchent que le plaisir au lieu d\u2019accomplir leur devoir politique. Jolly a oppos\u00e9 \u00e0 ceci la masculinit\u00e9 presque classique d\u2019Alessandro, t\u00e9nor, portant une barbe, qui va \u00eatre le bon et juste successeur du tyran.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Jolly est en soi coh\u00e9rente. Elle se caract\u00e8rise par un emploi r\u00e9fl\u00e9chi et en m\u00eame temps spectaculaire des moyens th\u00e9\u00e2trales. Cependant le personnage du tyran manque un peu du charisme. Sa figure grotesque ne peut pas expliquer suffisamment l\u2019attirance de ce caract\u00e8re.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Doris Bretz<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l\u2019ouverture de la saison lyrique, traditionnellement consacr\u00e9e aux \u0153uvres classiques, l\u2019Op\u00e9ra de Paris a fait le choix audacieux de pr\u00e9senter l\u2019un des derniers op\u00e9ras de Francesco Cavalli, mais aussi l\u2019un des moins connus\u00a0:<em> Eliogabalo<\/em>. Dans le sublime Palais Garnier, le jeune metteur en sc\u00e8ne Thomas Jolly nous d\u00e9voile une v\u00e9ritable r\u00e9habilitation de cette \u0153uvre sulfureuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra en trois actes relate les derniers jours de l\u2019empereur romain Heliogabale, couronn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatorze ans, puis assassin\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de quatre ann\u00e9es d\u2019un r\u00e8gne de d\u00e9bauche et de violence. \u00ab\u00a0A mort Eliogabalo\u00a0!\u00a0\u00bb D\u00e8s le lever de rideau, le ton est donn\u00e9. Les cris de r\u00e9volte se m\u00ealent aux \u00e9clats de voix festifs, et annoncent la duplicit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre et de son personnage \u00e9ponyme. L\u2019intrigue politique reste toutefois en retrait pour brosser le portrait ambivalent d\u2019un souverain d\u00e9voy\u00e9. Incarnation de la d\u00e9mesure, cet anti-h\u00e9ros subversif compare sa puissance \u00e0 celle de Jupiter, clame que \u00ab\u00a0si Eliogabalo le veut, on changera de saison\u00a0\u00bb et n\u2019est gouvern\u00e9 que par sa jouissance. C\u2019est ainsi que, convoitant les plus belles femmes de Rome, il jette son d\u00e9volu sur Gemmira, promise \u00e0 Alessandro. Un deuxi\u00e8me couple gravite autour du souverain d\u00e9cadent\u00a0: Giuliano, fr\u00e8re de Gemmira, et Eritea, qui exige d\u2019Eliogabalo une promesse de mariage apr\u00e8s que ce-dernier l\u2019a viol\u00e9e. Le d\u00e9sir de l\u2019empereur pour les deux jeunes femmes impulse alors un entrem\u00ealement d\u2019intrigues fond\u00e9es sur le renversement, le mensonge et la dissimulation. Mais si ces ruses restent plaisantes, notamment \u00e0 la faveur du duo comique et caricatural de Nerbulone et Lenia, le crime affleure pour imprimer une teinte plus sombre \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Cavalli. Ainsi, le viol ouvre l\u2019intrigue et le meurtre l\u2019ach\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9matique de la m\u00e9tamorphose innerve l\u2019\u0153uvre et orchestre travestissements et autres d\u00e9guisements\u00a0: Alessandro se d\u00e9guise en Ethiopien, Eliogabalo se travestit pour embrasser Gemmira, les femmes prennent la place des hommes au S\u00e9nat tandis que les hommes se d\u00e9guisent en femmes \u00e0 leur tour. Cette dimension carnavalesque de l\u2019\u0153uvre va jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9stabiliser la morale et brouiller les fronti\u00e8res entre vice et vertu. Les pulsions humaines se trouvent ainsi exalt\u00e9es, dans toute leur complexit\u00e9 et leurs contradictions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette plurivocit\u00e9 des personnages contamine la sc\u00e9nographie. Au croisement d\u2019influences diverses, les \u00e9clairages modernes c\u00f4toient les beaux\u00a0costumes\u00a0stylis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;orientale. Le d\u00e9cor \u00e9pouse le dynamisme de l\u2019intrigue et se transforme sous les yeux du spectateur\u00a0: il coulisse, se prolonge \u00e0 la verticale pour mieux mettre en sc\u00e8ne le pouvoir. Les d\u00e9cors sobres et sombres se trouvent soudain fendus par des filets de lumi\u00e8re franche et des \u00e9clats d\u2019extravagance, comme le costume violet par\u00e9 d\u2019or d\u2019Eliogabalo. Le sol s\u2019ouvre sur un bain d\u2019or \u00e9clatant dans lequel l\u2019empereur s\u2019abandonne, dans une sc\u00e8ne superbe illustrant l\u2019opulence \u00e0 son paroxysme. A ces m\u00e9tamorphoses du d\u00e9cor s\u2019ajoute le dynamisme conf\u00e9r\u00e9 par les mouvements et les danses, que les corps lascifs incarnent une d\u00e9bauche exalt\u00e9e ou qu\u2019ils glissent sur sc\u00e8ne avec gr\u00e2ce, par\u00e9s de plumes noires, pour devenir des hiboux de mauvais augure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La richesse de cet op\u00e9ra r\u00e9side enfin dans la coexistence des registres, qui engendre les passages du rire aux larmes\u00a0: onze <em>lamenti <\/em>s\u2019immiscent entre les r\u00e9citatifs, les <em>recitar cantandi, <\/em>entre parole et chant, conf\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u0153uvre sa vivacit\u00e9. Finalement, c\u2019est le talent des chanteurs qui conquiert le spectateur et parach\u00e8ve ce spectacle grandiose, vivant et extravagant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marina Gesrel<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Eliogabalo<\/em> de Francesco Cavelli se focalise sur des intrigues\u00a0: planification de viols, des femmes tentant de survivre tant bien que mal dans un environnement dangereux et d&rsquo;un empereur tyrannique et pervers. <em>Eliogabalo<\/em> ne m&rsquo;a pas charm\u00e9 par son histoire, qui \u00e9tait pour moi plus compliqu\u00e9 niveau romance que les vingt neuf saison d&rsquo;<em>Amour, Gloire et Beaut\u00e9<\/em> bien que beaucoup plus sanglant.Vous l&rsquo;aurez compris\u00a0: on ne va pas voir <em>Eliogabalo<\/em> pour se d\u00e9tendre apr\u00e8s une longue journ\u00e9e de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eliogabalo semble ici presque enfantin \u00e0 travers le jeu de Franco Fagiolli\u00a0: il n&rsquo;est qu&rsquo;un homme g\u00e2t\u00e9 cherchant \u00e0 avoir tout ce qu&rsquo;il voit, dans ce cas-ci pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des personnages f\u00e9minins \u00e9voluant sur la sc\u00e8ne. Se baignant dans de l&rsquo;or, par\u00e9 de parures splendides toujours dans les teintes de rouge et violet, il se pr\u00e9sente tout en exc\u00e8s \u00e0 la cit\u00e9 mais aussi aux spectateurs, proclamant haut et fort qu&rsquo;il veut toutes les belles femmes et refuse d&rsquo;\u00eatre fid\u00e8le et honn\u00eate envers qui que ce soit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rythme est assez soutenu bien que les moments forts soient majoritairement dans le dernier acte o\u00f9 les complots se dessinent clairement, tout comme les diff\u00e9rentes trahisons et les mauvais pr\u00e9sages envoy\u00e9s par les Dieux \u00e0 cet empereur tyrannique. L&rsquo;action se d\u00e9roule chronologiquement, rythm\u00e9 par la r\u00e9volte des soldats, les plaintes des amoureux meurtris et les complots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Thomas Jolly est grandiose: l&rsquo;espace sur sc\u00e8ne est mani\u00e9 en temps r\u00e9el gr\u00e2ce \u00e0 une m\u00e9canique de plate formes et d&rsquo;escaliers roulants pouvant \u00eatre d\u00e9plac\u00e9e par les mains invisibles des techniciens. Tout sur la sc\u00e8ne semble ainsi en mouvement\u00a0: les danseurs ne sont pas ici les seuls \u00e0 se mouvoir, les chanteurs et les techniciens invisibles semblent \u00eatre partout \u00e0 la fois. On remarquera ainsi facilement que certains com\u00e9diens se retrouvent \u00e0 chanter allong\u00e9 sur le sol ou des danseurs se portant les uns les autres tout en montant des escaliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les lumi\u00e8res et les couleurs offrent \u00e0 Eliogabalo un aspect mystique, presque magique\u00a0: les boissons du banquet sont d&rsquo;un vert presque fluo, les hiboux-danseurs sont \u00e9normes et inqui\u00e9tants alors que les tons rouges de la tenue de l&#8217;empereur au S\u00e9nat semblent annoncer la mort imminente d&rsquo;Eliogabalo.\u00a0 Les dieux sont toujours pr\u00e9sents, observant la machine infernale en cours\u00a0: le Dieux de l&rsquo;amour surtout pr\u00e9sent durant le premier acte est peu \u00e0 peu remplac\u00e9 par les hiboux de la mort sous le regard imposant des statues divines du S\u00e9nat qui finissent par se mouvoir et se d\u00e9tourner de l&#8217;empereur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On saluera la performance magnifique de l&rsquo;orchestre Cappella Mediterranea, du Ch\u0153ur de Chambre de Namur, de Leonardo Garcia Alarcon, des danseurs et du casting principale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir un op\u00e9ra dans un lieu aussi mythique que l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier est une exp\u00e9rience que je recommande. Si vous voulez pousser l&rsquo;exp\u00e9rience jusqu&rsquo;au bout, n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 mettre votre tenue de soir\u00e9e\u00a0: une partie assez importante du public \u00e9tait sur son trente et un! Si j&rsquo;ai appris une chose, c&rsquo;est que l&rsquo;Op\u00e9ra ce n&rsquo;est pas seulement pour voir, c&rsquo;est aussi pour se montrer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je remercie une nouvelle fois le service culturel qui m&rsquo;a permis de me rendre dans un lieu historique voir un op\u00e9ra que je n&rsquo;aurai pas pu voir par mes propres moyens\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarah Makdad<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ses d\u00e9buts sur la sc\u00e8ne du Palais Garnier, c\u2019est l\u2019op\u00e9ra <em>Eliogabalo<\/em> que le jeune metteur en sc\u00e8ne Thomas Joly a choisi de produire, d\u2019apr\u00e8s un livret anonyme r\u00e9dig\u00e9 en 1999 et sur une musique de Francesco Cavallo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Inspir\u00e9 de la figure d\u2019H\u00e9liogabale, empereur romain dont le r\u00e8gne fugace (218-222) se solda par un assassinat, Eliogabalo dresse en trois actes la figure d\u2019un jeune empereur pr\u00e9occup\u00e9 par son seul plaisir et mettant tout en \u0153uvre pour obtenir les faveurs de Gemmira, pourtant promise \u00e0 son plus fid\u00e8le alli\u00e9 Alessandro. Profond\u00e9ment transgresseur, aveugl\u00e9 par une illusion de toute puissance, Eliogabalo renverse les valeurs, questionne le genre, bouleverse les conventions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Associ\u00e9 au chef d\u2019orchestre Leonardo Garc\u00eda Alarc\u00f3n, Thomas Joly \u00a0faisait donc un pari ambitieux\u00a0: proposer au public une \u0153uvre peu connue, abordant les probl\u00e9matiques actuelles mais d\u00e9licates du respect de l\u2019ordre \u00e9tabli, de la transgression et de la morale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour un empereur m\u00e9galomane qui se compla\u00eet dans l\u2019ostentation (on ne compte plus les tirades o\u00f9 il se compare \u00e0 Jupiter), le choix du d\u00e9cor du premier tableau peut \u00e9tonner. Dans une atmosph\u00e8re sombre, un simple promontoire permet certes d\u2019illustrer les rapports de force entre les personnages, puisqu\u2019Eliogabalo, figure \u00e9crasante, surplombe la sc\u00e8ne, mais manque de la folie foisonnante que l\u2019on peut attendre d\u2019un op\u00e9ra baroque. Les jeux de lumi\u00e8re, excellemment orchestr\u00e9s par Antoine Travert, viennent cependant orner cette mise en sc\u00e8ne plut\u00f4t d\u00e9pouill\u00e9e, ajoutant comme une pr\u00e9sence suppl\u00e9mentaire. Celle des dieux\u00a0? La question se pose lorsque des \u00e9clairs lumineux viennent frapper le banquet, organis\u00e9 par Eliogabalo pour tuer Alessandro et violer Gemmira, accompagn\u00e9s de hiboux annonciateurs d\u2019un mauvais pr\u00e9sage. Avec des d\u00e9cors malgr\u00e9 tout un peu plus fournis, les deuxi\u00e8mes et troisi\u00e8mes tableaux nous rappellent que la simplicit\u00e9 permet aussi de se recentrer sur l\u2019essentiel\u00a0: les personnages nombreux et complexes et le langage des corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car Eliogabalo est un spectacle total. De la danse, du chant bien s\u00fbr, avec le contre-t\u00e9nor \u00a0Franco Fagioli excellent dans le r\u00f4le d\u2019Eliogabalo, Valer Sabadus dont la voix transperce le public, et des \u00ab\u00a0seconds r\u00f4les\u00a0\u00bb loin de faire de la figuration. Ce sont \u00e9galement de vraies performances dramatiques qui se jouent sous nos yeux, et le public rit des mani\u00e8res de Lenia, et le public frissonne face \u00e0 la tension qui s\u2019installe lorsque Gemmira doit accepter la demande en mariage d\u2019Eliogabalo. Un bain d\u2019or dans lequel l\u2019empereur se baignait quelques minutes auparavant les s\u00e9pare alors, comme pour rappeler l\u2019aveuglement que causent la richesse et le pouvoir absolu. Eliogabalo pense tout avoir, mais il n\u2019aura jamais Gemmira.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Eliogabalo se joue dans une antiquit\u00e9 lointaine, les probl\u00e9matiques qu\u2019il soul\u00e8ve parlent au spectateur d\u2019aujourd\u2019hui. Le genre tout d\u2019abord, avec des \u00a0personnages habill\u00e9s en femmes comme en hommes pour lesquels le sexe n\u2019est pas un crit\u00e8re de choix dans le processus de s\u00e9duction. La politique et la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir ensuite, car Eliogabalo renverse l\u2019ordre, le maltraite, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces un s\u00e9nat de femmes \u00e0 seule fin de s\u00e9duire l\u2019une d\u2019entre elles. En ne consid\u00e9rant la politique que comme un moyen d\u2019assouvir ses pulsions personnelles, Eliogabalo la r\u00e9duit \u00e0 un simple artifice. D\u00e9niant toute l\u00e9gitimit\u00e9 aux contrats qui fondent la soci\u00e9t\u00e9 telle que nous la connaissons (entre un chef d\u2019Etat et son peuple, son arm\u00e9e, mais aussi entre un \u00e9poux et sa femme\u2026), il nous pousse \u00e0 nous interroger sur leur l\u00e9gitimit\u00e9, les fait vaciller, dans un grand carnaval rendant hommage au style baroque. Ce n\u2019est pourtant pas un retour \u00e0 l\u2019ordre que sugg\u00e8re cet op\u00e9ra, et si la luxure est d\u00e9nonc\u00e9e via la figure de l\u2019empereur, la probit\u00e9 inflexible est \u00e9galement moqu\u00e9e. Quand Alessandro, qui vient d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une tentative d\u2019assassinat par Eliogabalo, est invit\u00e9 par Gemmira \u00e0 le combattre sous peine de la perdre, ce dernier lui r\u00e9pond qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re l\u2019abandonner. Une clameur monte du public. Emprisonn\u00e9 dans un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique tout kantien, ce personnage ne semble pas parler aux spectateurs d\u2019aujourd\u2019hui. Si Eliogabalo est sans doute un anti-h\u00e9ros, il n\u2019y a pas pour autant de h\u00e9ros dans cet op\u00e9ra, qui nous invite peut-\u00eatre finalement \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 nos valeurs, sans nous en donner les cl\u00e9s.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarah Revelen<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eliogabalo est un op\u00e9ra en trois actes \u00e9crit par Francesco Cavalli au XVIIe si\u00e8cle. Du 14 septembre au 15 octobre, cet op\u00e9ra en langue italienne est chant\u00e9 au Palais Garnier \u00e0 Paris. Une dizaine de chanteurs prennent place dans la mise en sc\u00e8ne du jeune fran\u00e7ais Thomas Jolly. L\u2019intrigue se d\u00e9roule autour du personnage d\u2019Eliogabalo. D\u00e9test\u00e9 de son peuple, l\u2019empereur Eliogabalo ne cesse de courtiser les plus belles femmes de la ville de Rome. Le premier acte s\u2019ouvre sur le viol d\u2019Eritea. Aid\u00e9 de ses serviteurs Zotico et Lenia, Eliogabalo refuse cependant d\u2019\u00e9pouser celle dont il a abus\u00e9 et cherche \u00e0 s\u00e9duire la bien-aim\u00e9e de son cousin Alessandro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu de s\u00e9duction entre les diff\u00e9rents personnages est au centre de l\u2019intrigue. L\u2019op\u00e9ra s\u2019ouvre sur un moment particuli\u00e8rement fort, annon\u00e7ant d\u00e8s les cinq premi\u00e8res minutes toute l\u2019horreur dont est capable Eliogabalo. Les sc\u00e8nes de tensions, qui allient nombreux personnages et danseurs, alternent r\u00e9guli\u00e8rement avec des sc\u00e8nes plus calmes, o\u00f9 les personnages, souvent par couples, s\u2019avouent leur amour. Les trois actes se suivent dans une chronologie rapproch\u00e9e\u00a0 qui s\u2019\u00e9tale sur quelques jours. Les protagonistes s\u2019espionnent les uns les autres entrainant les p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019histoire par des quiproquos. Seul le public impuissant comprend ce qu\u2019il se passe. Les acteurs \u00e9voluent dans un d\u00e9cor sobre \u00e0 pr\u00e9dominance noire sur des escaliers et une grande plateforme carr\u00e9e. Ce d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9 met l\u2019accent sur les personnages et les paroles que ceux-ci chantent. Le r\u00f4le du v\u00eatement est ici un facteur d\u00e9terminant pour le spectateur. Il lui permet de savoir le caract\u00e8re et la noblesse de chaque personnage. Si Alessandro et Giuliano portent des costumes antiques attestant de leurs bonnes vertus, il n\u2019en est pas de m\u00eame pour Eliogabalo et ses comp\u00e8res, v\u00eatus de costumes aux couleurs chatoyantes \u00e9voquant l\u2019Orient et de maquillages\u00a0 tr\u00e8s prononc\u00e9s. Eritea porte quant \u00e0 elle une longue robe blanche, telle une vestale pure face \u00e0 la violence de l\u2019empereur. Les paillettes, le bassin rempli d\u2019une eau dor\u00e9e ainsi que la sculpture d\u2019un visage tel un empereur romain accentuent l\u2019effet de puissance destructrice d\u2019Eliogabalo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les artistes \u00e9voluent souvent au centre de la sc\u00e8ne et n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 circuler entre les membres de l\u2019orchestre. Tout est fait pour attirer le spectateur \u00e0 lui. La lumi\u00e8re est tamis\u00e9e, le d\u00e9cor est sobre et noir. L\u2019absence de musique \u00e0 certains passages cruciaux renforce la tension dramatique de la sc\u00e8ne. La chute d\u2019objet, comme la t\u00eate d\u2019Eliogabalo laiss\u00e9e tomber par Gemmira, accentue l\u2019importance du geste de celle-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne la plus impressionnante reste sans aucun doute la fin du deuxi\u00e8me acte avec l\u2019interruption du banquet par une attaque de hiboux. Les costumes tr\u00e8s contemporains des danseurs qui se meuvent sur l\u2019ensemble de la sc\u00e8ne donnent un pouvoir mystique \u00e0 la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eliogabalo est aussi une r\u00e9flexion sur le genre humain. L\u2019empereur se travestit dans un\u00a0 S\u00e9nat o\u00f9 les danseurs \u00e9voluent dans une quasi nudit\u00e9. Les personnages n\u2019appartiennent pas \u00e0 un genre par leur physique. Seuls leurs paroles et leurs actes comptent. Le r\u00f4le de L\u00e9nia est jou\u00e9 par un homme tandis que Franco Faglioli, interpr\u00e8te d\u2019Eliogabalo, est un contre-t\u00e9nor. L\u2019op\u00e9ra se termine par les retrouvailles des divers couples ; la tomb\u00e9e de rideau expose les lettres dispos\u00e9es sur l\u2019escalier formant le nom d\u2019Eliogabalo, rappelant une derni\u00e8re fois au spectateur le caract\u00e8re inoubliable du personnage.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Fanny Roilette<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">H\u00e9liogabale, empereur romain entre 218 et 222 dont on se souvient assez peu aujourd\u2019hui, est la figure qui a inspir\u00e9 le personnage d\u2019Eliogabalo dans l\u2019op\u00e9ra \u00e9ponyme \u00e9crit en 1667 par le compositeur italien Francesco Cavalli \u2013 pour la musique \u2013 et un librettiste anonyme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 seulement en 1999 dans la ville lombarde de Crema, ville natale de Cavalli, <em>Eliogabalo<\/em> est repris cette saison par l\u2019op\u00e9ra de Paris au Palais Garnier dans une mise en sc\u00e8ne de Thomas Jolly.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eliogabalo, souverain las et lascif, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 risquer la confiance de son peuple \u2013 maintenue \u00e0 grand-peine par son fid\u00e8le cousin Alessandro \u2013 pour la satisfaction de ses plaisirs. Coureur de femmes inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 \u00e0 qui rien n\u2019est jamais refus\u00e9, Eliogabalo jette son d\u00e9volu sur la fianc\u00e9e d\u2019Alessandro et s\u0153ur de son capitaine des arm\u00e9es Giuliano, la belle Gemmira. Les diff\u00e9rentes intrigues amoureuses se lient et s\u2019entrem\u00ealent, qu\u2019elles soient le fruit de calculs froids et r\u00e9fl\u00e9chis ou de v\u00e9ritables \u00e9lans des c\u0153urs, jusqu\u2019\u00e0 la chute finale du cruel empereur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019acte 1, qui nous pr\u00e9sente l\u2019intrigue et les personnages, semble mettre un peu de temps \u00e0 d\u00e9coller et que certaines voix paraissent encore fra\u00eeches, l\u2019\u0153uvre prend son envol dans les actes 2 et 3. Une magnifique aria de la premi\u00e8re soprano et le tr\u00e8s \u00e9mouvant <em>duetto<\/em> sur les amours contrari\u00e9es de Giuliano et Eritea sont d\u2019ailleurs salu\u00e9s \u00e0 juste titre par des salves d\u2019applaudissements m\u00e9rit\u00e9es et enthousiastes de la part du public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre la plateforme mobile en escaliers qui permet de fr\u00e9quentes modifications de l\u2019espace sc\u00e9nique, le d\u00e9cor reste plut\u00f4t d\u2019une sobre simplicit\u00e9. Cette sobri\u00e9t\u00e9 se voit contrebalanc\u00e9e par le faste des costumes d\u2019Eliogabalo, celui-ci en ressortant d\u2019autant plus. On notera aussi la magnificence du luxueux bain d\u2019or qui appara\u00eet sous les planches de la sc\u00e8ne\u00a0: l\u2019effet esth\u00e9tique est r\u00e9ussi lorsque les feuilles d\u2019or s\u2019attachent \u00e0 la peau du chanteur, le bassin continuant \u00e0 projeter une clart\u00e9 ondoyante qui se refl\u00e8te avec une gr\u00e2ce tranquille sur le plafond chagallien de la salle plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte comme la mise en sc\u00e8ne se r\u00e9v\u00e8lent \u00e9tonnamment dr\u00f4les, notamment les apart\u00e9s qui s\u2019ins\u00e8rent au c\u0153ur de rapides dialogues, ou encore le jeu et les pas de danse esquiss\u00e9s par la sournoise conseill\u00e8re Lenia. Et l\u2019on sait que les spectateurs se sont laiss\u00e9s entra\u00eener par l\u2019intrigue au fr\u00e9missement de m\u00e9contentement qui parcourt la salle quand le toujours tr\u00e8s loyal Alessandro ne se r\u00e9sout encore, malgr\u00e9 toutes les bonnes raisons qu\u2019il pourrait y trouver, et contre \u00e0 l\u2019avis de tous, \u00e0 pr\u00e9cipiter la mort de son souverain cousin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les voix sont prenantes et se font de plus en plus vives et nuanc\u00e9es tout au long de la repr\u00e9sentation, celle, puissante et cristalline, de l\u2019interpr\u00e8te d\u2019Atilia se r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 mon sens particuli\u00e8rement impressionnante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut enfin reconna\u00eetre le talent \u00e9vident du chef d\u2019orchestre, l\u2019argentin Leonardo Garc\u00eda Alarc\u00f3n, fascinant \u00e0 observer alors qu\u2019il passe tour \u00e0 tour de son r\u00f4le de chef d\u2019orchestre \u00e0 celui de claveciniste, arrivant avec aisance et virtuosit\u00e9 \u00e0 les m\u00ealer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, les trois heures de repr\u00e9sentation ne sont pas de trop pour appr\u00e9cier la belle \u0153uvre baroque qui s\u2019offre \u00e0 nous\u00a0; et on est presque d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat en sortant \u00e0 renouveler l\u2019exp\u00e9rience, \u00e0 se replonger dans ce spectacle total pour les sens qu\u2019est l\u2019op\u00e9ra.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elodie Ruhier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Eliogabalo<\/em> (1667), pi\u00e8ce peu connue du compositeur italien Francesco Cavalli, est une \u0153uvre posthume, cr\u00e9\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1999, quelque 320 ans apr\u00e8s la mort du musicien. Thomas Jolly signe cette nouvelle mise en sc\u00e8ne, et c\u2019est le chef d\u2019orchestre argentin Leonardo Garc\u00eda Alarc\u00f3n qui est charg\u00e9 de la direction musicale. L\u2019intrigue de cet op\u00e9ra tourne tout enti\u00e8re autour de la figure de cet empereur solaire, H\u00e9liogabale (<em>Franco Fagioli<\/em>), et de ses intrigues amoureuses. Ce prince d\u00e9bauch\u00e9, entour\u00e9 de son conseiller (<em>Matthew Newlin<\/em>) et de sa nourrice (<em>Emiliano Gonzalez Toro<\/em>), d\u00e9sire s\u2019emparer des charmes de la belle Gemira (<em>Nadine Sierra<\/em>), d\u00e9j\u00e0 promise \u00e0 Alessandro (<em>Paul Groves<\/em>). D\u00e9guisements, quiproquos amoureux et tentatives d\u2019assassinats se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la chute violente de ce ballet cruel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne propos\u00e9e par Thomas Jolly est, dans l\u2019ensemble, bien trop sobre et mod\u00e9r\u00e9e. Dans un entretien, le metteur en sc\u00e8ne se plaignait d\u2019un livret trop sage\u00a0: que n\u2019a l\u2019a-t-il d\u00e9sassagi\u00a0! Les exemples ne manquent pas de mises en sc\u00e8nes r\u00e9centes exploitant avec succ\u00e8s les th\u00e8mes de la d\u00e9mence, de la luxure et de la violence. La folie de l\u2019empereur a \u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, perdue de vue en cours de projet et c\u2019est un d\u00e9bauch\u00e9 bien courtois et bien propret que l\u2019on nous propose, dans la lign\u00e9e d\u2019un livret qui \u00e9dulcore l\u2019H\u00e9liogabale pervers et m\u00e9galomane de la l\u00e9gende pour en faire un fade Don Juan vaguement machiav\u00e9lique. La nudit\u00e9 sur sc\u00e8ne est toute conventionnelle, la sexualit\u00e9 pudiquement contourn\u00e9e et la violence, quasi inexistante. Faute d\u2019une r\u00e9appropriation v\u00e9ritable de l\u2019\u0153uvre, le spectacle propos\u00e9 ressemble davantage \u00e0 la reconstitution fid\u00e8le d\u2019un op\u00e9ra d\u2019\u00e9poque qu\u2019\u00e0 une cr\u00e9ation contemporaine. \u00c0 quoi ont donc servi les trois si\u00e8cles qui nous s\u00e9parent de l\u2019\u0153uvre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00f4t\u00e9 d\u00e9cor, le plateau se compose d\u2019un ensemble de blocs modulables comprenant escaliers, balustrades et plans inclin\u00e9s. Le metteur en sc\u00e8ne justifie ce d\u00e9cor monumental, lisse et g\u00e9om\u00e9trique par la volont\u00e9 de repr\u00e9senter l\u2019aspect institutionnel de la Rome antique. On comprend cela, mais la folie de l\u2019empereur, justement, devrait subvertir ce cadre et y introduire de l\u2019h\u00e9riss\u00e9, de l\u2019in\u00e9gal, une inqui\u00e9tante rugosit\u00e9. Pour Thomas Jolly, c\u2019est \u00e0 la lumi\u00e8re, d\u00e9cor immat\u00e9riel, de se charger de ces aspects symboliques. Malheureusement, le travail d\u2019Antoine Travert de ce c\u00f4t\u00e9 manque de finesse. Des faisceaux crois\u00e9s pour figurer les barreaux d\u2019une prison, des flashs pour illustrer la col\u00e8re des dieux, tout cela est bien grossier, bien litt\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019occasion d\u2019une sc\u00e8ne cependant, celle du banquet imp\u00e9rial, \u00e0 la fin de l\u2019acte II, on sent affleurer ce qu\u2019aurait pu \u00eatre cet op\u00e9ra, dans une mise en sc\u00e8ne moins rigide. La pluie de p\u00e9tales de roses, joli clin d\u2019\u0153il visuel aux <em>Roses d\u2019H\u00e9liogabale<\/em> de Lawrence Alma-Tadema, signale le d\u00e9but (tardif) du d\u00e9lire v\u00e9ritable. La danse de hiboux humano\u00efdes hirsutes, d\u00e9boitant leurs monstrueuses t\u00eates aveugles avant de se jeter sur le festin, est visuellement puissante, et l\u2019un des rares moments de gr\u00e2ce de la pi\u00e8ce. Les costumes du reste ne d\u00e9m\u00e9ritent pas\u00a0: mention sp\u00e9ciale pour l\u2019extravagance d\u00e9licieuse de la nourrice travestie L\u00e9nia, affubl\u00e9e de robes d\u00e9mesur\u00e9es et de bustiers trop amples, dont le ridicule rappelle bien \u00e0 propos le burlesque assum\u00e9, tout italien, de l\u2019\u0153uvre originale. Quel dommage qu\u2019en fait de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et de d\u00e9r\u00e8glement des sens, nous ait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 une composition si froide, si s\u00e9rieuse, digne d\u2019une trag\u00e9die classique. En total contre-sens.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Tristan Tailhades<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Nan Goldin<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus Pi\u00e8ce oubli\u00e9e du XVIIe si\u00e8cle, Eliogabalo est un op\u00e9ra en 3 actes de Francesco Cavalli (1602-1676), mis en sc\u00e8ne cette saison par Thomas Jolly. 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