{"id":849,"date":"2016-11-05T20:00:19","date_gmt":"2016-11-05T19:00:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=849"},"modified":"2016-11-05T20:00:19","modified_gmt":"2016-11-05T19:00:19","slug":"samson-et-dalila","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=849","title":{"rendered":"Samson et Dalila"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-16-17\/opera\/samson-et-dalila\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vingt-cinq ans que l\u2019Op\u00e9ra Bastille n\u2019avait pas donn\u00e9 \u00ab\u00a0Samson et Dalila\u00a0\u00bb, une g\u00e9n\u00e9ration\u00a0! C\u2019est dire si cette pr\u00e9sentation de l\u2019un des op\u00e9ras fran\u00e7ais les plus jou\u00e9s au cours du XXe si\u00e8cle \u00e9tait attendue. Avec au final de bonnes et de moins bonnes surprises. Au registre des bonnes, la mezzo-soprano Anita Rachvelishvili qui incarne le personnage de Dalila dans toutes ses contradictions, en jouant de sa voix cuivr\u00e9e et profonde. Les ch\u0153urs \u00e9galement, dont la puissance porte tour \u00e0 tour le d\u00e9sespoir, la r\u00e9volte puis la col\u00e8re d\u2019un peuple qui se sent abandonn\u00e9, et qui annonce aussi le final tragique. Enfin la direction musicale de Philippe Jordan, abordant l\u2019\u0153uvre avec une minutie qui en fait ressortir \u00e0 chaque instant chaque note, chaque nuance, au risque parfois de prendre le pas sur la mise en sc\u00e8ne. La mise en sc\u00e8ne, justement, est la principale d\u00e9ception, l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 l\u2019emportant parfois sur l\u2019\u00e9motion du moment, comme lors de la c\u00e9r\u00e9monie du troisi\u00e8me acte qui accumule les r\u00e9f\u00e9rences sans cr\u00e9er de dynamique d\u2019ensemble, ou encore le m\u00e9lange des \u00e9poques \u00e0 travers les accessoires, dont la subtilit\u00e9 m\u2019\u00e9chappe encore \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 je vous parle, m\u00ealant soldats en mitraillette, costumes de p\u00e9plum et bidon d\u2019essence, sur fond d\u2019une sort de blockhaus omnipr\u00e9sent sur pilotis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En un sens ce fut un r\u00e9gal pour les oreilles, \u00e0 savourer les yeux ferm\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le fond, \u00ab\u00a0Samson et Dalila\u00a0\u00bb est un \u00e9pisode biblique, tir\u00e9 du Livre des Juges. Samson est un h\u00e9ros \u00e0 la force hercul\u00e9enne qui entra\u00eene le peuple d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 se rebeller contre les Philistins qui les tiennent en esclavage. Ces derniers recourent \u00e0 la belle Dalila pour s\u00e9duire Samson, puis d\u00e9couvrir le secret de sa force, qui r\u00e9side dans sa chevelure, afin de l\u2019en priver. Trahi par Dalila, Samson est fait prisonnier et\u00a0 rendu aveugle\u00a0; il est alors honni par son peuple qui voit sa faiblesse pour Dalila comme un abandon. Il trouve n\u00e9anmoins un ultime regain de force lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie philistine o\u00f9 il d\u00e9truit un temple \u00e0 la main (hercul\u00e9enne la force, on vous dit), tuant des centaines de Philistins, dont Dalila, avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dalila incarne la s\u00e9ductrice aux desseins de vengeance, qui refuse m\u00eame d\u2019\u00eatre r\u00e9tribu\u00e9e pour sa contribution \u00e0 la capture de Samson. Mais lorsqu\u2019elle voit son amant humili\u00e9 par les Philistins, elle est prise de remord et cherche \u00e0 apaiser ses souffrances, et m\u00eame \u00e0 mourir avec lui, ce qui finit par arriver lorsque Samson d\u00e9truit le temple. Samson lui est le h\u00e9ros dramatique par excellence, n\u00e9 pour \u00eatre le bras arm\u00e9 du Dieu unique qui lui donne sa force, mais poss\u00e9dant un point faible, son amour pour Dalila, qui scelle son destin tragique. En somme, c\u2019est en sens oppos\u00e9s que ces deux personnages courent \u00e0 leur perte\u00a0: si Samson est d\u00e9fait en d\u00e9rogeant \u00e0 son devoir, c\u2019est en accomplissant le sien que Dalila d\u00e9clenche la fatalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, esp\u00e9rons que ce nouveau \u00ab\u00a0Samson et Dalila\u00a0\u00bb \u00e0 Bastille sonne le retour de Saint-Sa\u00ebns \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra pour les saisons \u00e0 venir, car ce chef-d\u2019\u0153uvre, pour peu que la mise en sc\u00e8ne soit abord\u00e9e avec humilit\u00e9, n\u2019a pas fini de livrer sa force et sa finesse tant musicales que tragiques.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Noumia Boutleux<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019amour impossible de deux jeunes h\u00e9ros de deux clans oppos\u00e9s est au c\u0153ur de nombreuses cr\u00e9ations artistiques, dont les plus c\u00e9l\u00e8bres <em>Rom\u00e9o et Juliette <\/em>de Schakespeare<em>, Aida <\/em>de Verdi, et notamment\u00a0<em>Samson et Dalila<\/em> de Saint-Sa\u00ebns, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra National de Paris et pr\u00e9sent\u00e9e en automne 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mythe biblique originel de cet op\u00e9ra ne poss\u00e8de pas de composante lyrique. Les leaders des peuples, Samson et Dalila n\u2019\u00e9taient que les instruments du dieu Yahv\u00e9 et du Grand-Pr\u00eatre de Dagon. Et si le compositeur a jou\u00e9 avec \u00e9l\u00e9ment humain dans son op\u00e9ra, le metteur en sc\u00e8ne Damiano Michieletto et le directeur musical Philippe Jordan ont encore approfondi cet aspect du mythe. Samson (Alexandrs Antonenko) d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 lib\u00e9rer des Isra\u00e9lites, et Dalila (Anita Rashvelishvili), appel\u00e9e \u00e0 venger la mort du guerrier, sont li\u00e9s par le poids de leur devoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019impuissance, le d\u00e9chirement par le conflit int\u00e9rieur caract\u00e9risent Samson. Il ne montre jamais sa force physique \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Sa simplicit\u00e9 est accentu\u00e9e par l\u2019absence de posture h\u00e9ro\u00efque et par un habit qui ne le distingue pas de son peuple. Mais Samson est s\u00e9par\u00e9 des H\u00e9breux sur la sc\u00e8ne\u00a0: au d\u00e9but, le h\u00e9ros apparait sur l\u2019avant-sc\u00e8ne, devant un rideau m\u00e9tallique, le ch\u0153ur des Isra\u00e9lites est derri\u00e8re. Les voix, que Samson entend comme un reproche, le torturent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Affaibli et inspirant la piti\u00e9, il apparait dans les sc\u00e8nes avec Dalila sans pouvoir r\u00e9sister \u00e0 son charme. V\u00eatue de rose, les cheveux noirs d\u00e9tach\u00e9s, la silhouette franche, la chanteuse envoute Samson avec sa voix puissante, sa technique parfaite et son timbre doux, dont les nuances color\u00e9es selon les registres. Sa fiert\u00e9 f\u00e9minine est bless\u00e9e par le comportement de Samson, et pour lui venger elle donne son accord au Grand-Pr\u00eatre de r\u00e9v\u00e9ler le secret de la force de Samson. Mais brusquement Dalila se transforme, c\u00e9dant \u00e0 son amour, quand Samson se coupe les cheveux par lui m\u00eame en renon\u00e7ant \u00e0 sa force et \u00e0 sa mission spirituelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, le drame rebondit vers une trajectoire tragique des deux personnages. Dalila se pr\u00e9sente forc\u00e9e de participer \u00e0 la Bacchanale, la plupart du temps elle reste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la foule des Philistins. Elle chante ses airs triomphants avec remords, son amour de Samson s\u2019av\u00e8re sinc\u00e8re. Il est prouv\u00e9 au moment de l\u2019\u00e9croulement du temple qui est la sc\u00e8ne la plus impressionnante de l\u2019op\u00e9ra. Ce n\u2019est pas Samson qui retrouve sa force pour la derni\u00e8re fois pour d\u00e9truire les colonnes de l\u2019\u00e9difice, mais c\u2019est Dalila qui verse du carburant sur la surface autour d\u2019eux et tend \u00e0 Samson le feu pour le faire br\u00fbler sur ses derni\u00e8res paroles: \u00ab\u00a0Qu&rsquo;avec\u00a0toi\u00a0je\u00a0me\u00a0venge,\u00a0\u00f4\u00a0dieu\u00a0! en\u00a0les\u00a0\u00e9crasant\u00a0en\u00a0ce\u00a0lieu\u00a0!\u00a0\u00bb Suite \u00e0 ces mots, les acteurs de Bacchanale tombent et les d\u00e9corations s\u2019\u00e9croulent aux \u00e9clats des fl\u00e8ches simultan\u00e9ment aux derniers accords de l\u2019op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les spectateurs ont l\u2019impression de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019action parce que les h\u00e9ros bibliques \u00e9prouvent des sentiments et agissent comme des hommes, mais aussi gr\u00e2ce \u00e0 la contextualisation contemporaine de la mise en sc\u00e8ne. En outre, elle fait clairement apparaitre l\u2019opposition de deux peuples par les costumes, l\u2019utilisation de l\u2019espace sc\u00e9nique et les jeux de lumi\u00e8re. Le peuple opress\u00e9 des H\u00e9breux est habill\u00e9 en gens pauvres des ann\u00e9es 40 et se pr\u00e9sente toujours sur le niveau bas de la sc\u00e8ne, tandis que le peuple dominant est d\u00e9guis\u00e9 en hommes d\u2019affaires et au grand monde, pour eux est r\u00e9serv\u00e9 l\u2019espace sur\u00e9lev\u00e9 au-dessus de la sc\u00e8ne. La lumi\u00e8re jaune et chaude luit dans les sc\u00e8nes de souffrance des Isra\u00e9lites, d\u2019amour et de sinc\u00e9rit\u00e9 de Samson et Dalila, et la lumi\u00e8re blanche aux nuances bleues, qui \u00e9blouit la vue, est utilis\u00e9e aux \u00e9pisodes de violence, cruaut\u00e9 et triomphe de philistins, et de trahison de Dalila.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019op\u00e9ra de Saint-Sa\u00ebns, les couleurs harmoniques, la richesse m\u00e9lodique, la virtuosit\u00e9 vocale laissent non seulement aux chanteurs, mais aussi \u00e0 toute \u00e9quipe artistique de larges espaces d\u2019interpr\u00e9tation dramatique. Et publique s\u2019en r\u00e9jouit.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mariia Buloshnikova<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em style=\"text-align: justify;\">Samson et Dalila<\/em> est l\u2019\u0153uvre lyrique la plus connue parmi les productions de Camille Saint Sa\u00ebns, et sans doute celle la plus capable d&rsquo;inspirer la post\u00e9rit\u00e9. Construite \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9pisode biblique de r\u00e9volte des h\u00e9breux sous le commandement de Samson, finalement charm\u00e9 par Dalila et d\u00e9vi\u00e9 de son destin divin jusqu&rsquo;\u00e0 la catastrophe finale, le <em>topos<\/em> dispose d&rsquo;une universalit\u00e9 dont les interpr\u00e9tations contemporaines aiment se nourrir. N&rsquo;ayant plus \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e depuis vingt-cinq ans \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille, et dot\u00e9e de chanteurs lyriques talentueux, l\u2019\u0153uvre avait de quoi nourrir les curiosit\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le parti-pris tr\u00e8s contemporain : le combat des oppress\u00e9s aux oppresseurs.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&rsquo;\u00e9pisode biblique, la mise en sc\u00e8ne ne conserve toutefois pratiquement rien. Quatre d\u00e9cors se font suite : d&rsquo;abord une grande grille, tr\u00e8s avant sur la sc\u00e8ne, qui ne laisse qu&rsquo;un espace tr\u00e8s restreint \u00e0 Samson pour annoncer ses malheurs, et dont l&rsquo;objectif \u00e9vident est de rappeler la condition des h\u00e9breux : prisonniers maudits des philistins. Les chor\u00e9graphies se concentreront par la suite sur l&rsquo;agencement de deux espaces sc\u00e9niques : d&rsquo;une part une grande bo\u00eete rectangulaire, faisant office d&rsquo;appartement luxueux o\u00f9 r\u00e9side Dalila, et o\u00f9 se retrouve les philistins pour observer leurs esclaves juifs, et d&rsquo;autre part l&rsquo;espace froid, sobre, et peu \u00e9clair\u00e9 en dessus et autour de cette m\u00eame bo\u00eete. C&rsquo;est \u00e0 partir de ces deux zones que la mise en sc\u00e8ne tente de mettre en place une multitude de dualit\u00e9. Damiano Michieletto a voulu voir dans <em>Samson et Dalila<\/em> un message contemporain : la lutte entre les pauvres et les riches, entre les esclaves h\u00e9breux et les ma\u00eetres philistins dominateurs. Les costumes, qui habillent les h\u00e9breux comme des ouvriers, et les philistins, comme des policiers violents, comme des hommes d&rsquo;affaires en costumes, puis comme des festifs volages, participent avec le jeu d&rsquo;acteurs \u00e0 appuyer que le conflit central ne serait en r\u00e9alit\u00e9 pas tant d&rsquo;ordre religieux, entre le Dieu d&rsquo;Isra\u00ebl et le Dieu pa\u00efen Dagon, que d&rsquo;ordre \u00e9conomique. On retrouve cette id\u00e9e en toile de fond du d\u00e9roulement de la narration, avec parfois des mani\u00e8res assez subtiles. Ainsi, l&rsquo;acte un laisse voir un philistin policier d\u00e9shabiller une m\u00e8re h\u00e9breux, dans un acte d&rsquo;humiliation que Samson vengera presque imm\u00e9diatement. D\u00e8s l&rsquo;acte deux, alors que les philistins se croient perdus par le pouvoir divin qui guide la r\u00e9volte, l&rsquo;ancien appartement d&rsquo;o\u00f9 ils dominaient la sc\u00e8ne, \u00e0 presque trois m\u00e8tres de hauteur, se trouve plac\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol, comme pour marquer la chute du pouvoir de leurs richesses dans l&rsquo;espace terrestre qui appartenait jusque-l\u00e0 \u00e0 la r\u00e9pression des h\u00e9breux. Au contraire, d\u00e8s la capture de Samson et la perte de ses pouvoirs, l&rsquo;appartement retrouve sa hauteur, mais gagne en plus le faste qui caract\u00e9rise la victoire finale et catastrophique de la richesse orgiaque sur le h\u00e9ros dont la r\u00e9volte a \u00e9chou\u00e9e.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Les probl\u00e8mes d&rsquo;une interpr\u00e9tation unilat\u00e9rale.<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle interpr\u00e9tation montre rapidement ses limites. En refusant d&rsquo;accorder plus d&rsquo;importance que cela \u00e0 la part religieuse de l\u2019\u0153uvre, ce <em>Samson et Dalila<\/em> en vient \u00e0 marquer comme un d\u00e9calage massif entre ce qui est chant\u00e9 et ce qui est jou\u00e9. Le chant parle de dieux ; la mise en sc\u00e8ne cherche \u00e0 les faire oublier ! Dans le livret, Samson est tortur\u00e9 par un conflit entre son amour divin et son amour profane, et ne sait finalement \u00e0 quel ma\u00eetre se donner : le Tout-puissant, ou la femme oppressive et perfide, Dalila ? Tout cela semble dispara\u00eetre de la mise au sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il y a pire : l&rsquo;inclusion du duo amoureux dans le conflit des h\u00e9breux et des philistins se fait en franche contraction avec l&rsquo;intention originelle attribu\u00e9e aux personnages. Ce probl\u00e8me devient flagrant lorsque le chor\u00e9graphe cherche \u00e0 jouer sur l&rsquo;id\u00e9e que Dalila aurait des remords et tomberait elle-m\u00eame amoureuse de Samson : et cela contre ce que le texte chant\u00e9 qui d\u00e9peint un personnage vengeur, anim\u00e9 par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son peuple pa\u00efen. De sorte que la multiplication des alanguissements surjou\u00e9s devient ridicule par rapport \u00e0 la virulence du texte et contradictoire vis-\u00e0-vis de son sens. Au mieux on a l&rsquo;impression de quelque chose de brouillon ; au pire, on se retrouve dans une incoh\u00e9rence qui finit par troubler la bonne compr\u00e9hension pour qui ne conna\u00eetrait pas bien l\u2019\u0153uvre de Saint-Sa\u00ebns.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Un chant et une musique qui sauvent le tout.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Heureusement, cette mise en sc\u00e8ne se trouve contrebalanc\u00e9e par un chant tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9. M\u00eame si l&rsquo;on peut souligner quelques probl\u00e8mes de dictions chez Aleksandrs Antonenko (Samson)\u00a0 \u2013 le fait aussi que votre serviteur ait assist\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re repr\u00e9sentation peut expliquer un certain rel\u00e2chement -, ces derniers sont rares : le tout est tr\u00e8s contr\u00f4l\u00e9. La capacit\u00e9 d&rsquo;Anita Rachvelishvili\u00a0 \u00e0 suivre les variations de graves aux aigus et \u00e0 parfaitement incarner dans son chant la dualit\u00e9 violente et s\u00e9ductrice de Dalila impressionne. Outre les voix, l&rsquo;orchestre, dirig\u00e9 par Philippe Jordan, d&rsquo;abord un peu trop envahissant, et cela sans raison apparente, dans les deux premiers actes, devient le v\u00e9ritable moteur de la course folle des philistins vers la catastrophe dans le dernier acte. A vive allure, la f\u00eate babylonienne des philistins oscille entre l&rsquo;explosion de jouissances et le sadisme envers un Samson, dont la voix n&rsquo;arrivera \u00e0 recouvrir le rythme des instruments qu&rsquo;\u00e0 la toute derni\u00e8re r\u00e9plique. Malheureusement, encore une fois, la mise en sc\u00e8ne fait violence au caract\u00e8re oriental originelle de la musique et semble la contredire : rien n&rsquo;\u00e9voque l&rsquo;Orient, et l&rsquo;\u00e9pisode biblique semble totalement ni\u00e9 dans son originalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Samson et Dalila<\/em> pr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille laisse ainsi le spectateur assez circonspect : si du c\u00f4t\u00e9 de ce qu&rsquo;il entend, on retrouve bien quelque chose qui fait honneur \u00e0 la virtuosit\u00e9 du compositeur, ce n&rsquo;est pas le cas en ce qui concerne la narration et la mise en sc\u00e8ne.\u00a0 L\u2019\u0153uvre semble donc finalement passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des promesses qu&rsquo;elle \u00e9tait en droit de faire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charles Corval<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Samson et Dalila<\/em> est l\u2019un des op\u00e9ras les plus populaires du r\u00e9pertoire fran\u00e7ais. Inspir\u00e9 d\u2019un mythe biblique, cet op\u00e9ra met en sc\u00e8ne l\u2019amour et la trahison, la foi et la haine. Cette \u0153uvre, compos\u00e9e en 1877 par Camille Saint-Sa\u00ebns, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e depuis 25 ans en France. Mise en sc\u00e8ne par Damiano Michieletto, c\u2019est \u00e0 l\u2019op\u00e9ra de bastille qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 rejou\u00e9e ce samedi 5 novembre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier acte s\u2019ouvre sur Samson et les h\u00e9breux. Prisonniers des philistins, ils ont perdu la foi envers \u00ab\u00a0le Dieu de [leurs] p\u00e8res\u00a0\u00bb. Abim\u00e9lech et deux philistins entrent en sc\u00e8ne, v\u00eatus de noir, mitraillettes \u00e0 la main. Samson tue Abim\u00e9lech et redonne espoir \u00e0 son peuple tout en attisant la col\u00e8re du grand pr\u00eatre de Dagon. Celui-ci part \u00e0 la rencontre de Dalila pour lui demander de d\u00e9couvrir quel est le secret de la force de Samson. Anim\u00e9e par le d\u00e9sir de vengeance, elle accepte. Au m\u00eame moment, Samson, tiraill\u00e9 par l\u2019amour qu\u2019il \u00e9prouve pour elle, h\u00e9site \u00e0 la retrouver. Un vieil h\u00e9breu tente de l\u2019en dissuader, mais Samson n\u2019en a que faire\u00a0: il se rend pour la derni\u00e8re fois chez la femme qu\u2019il aime. \u00c0 la fin du IIe acte, Samson se coupe les cheveux et Dalila le livre aux philistins. Le dernier tableau de cet op\u00e9ra met en sc\u00e8ne Samson, les yeux crev\u00e9s, les cheveux coup\u00e9s, victime de la moquerie des philistins. Tandis que ceux-ci se livrent \u00e0 une orgie, Samson prie Dieu et lui offre sa vie en \u00e9change de sa force. La pi\u00e8ce s\u2019ach\u00e8ve sur la mort de Samson, de Dalila, et de tous les philistins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Damiano Michieletto a opt\u00e9 pour une mise en sc\u00e8ne moderne\u00a0: les costumes noirs et les mitraillettes des philistins renvoient \u00e0 l\u2019actualit\u00e9. Un choix artificiel voire contestable qui est en d\u00e9calage avec le reste de la repr\u00e9sentation. La mise en sc\u00e8ne est sobre, les couleurs des costumes distinguent le peuple h\u00e9breu des philistins\u00a0: des haillons gris dans un cas, des couleurs vibrantes dans l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une pi\u00e8ce, sur\u00e9lev\u00e9e aux actes I et III, constitue l\u2019ensemble du d\u00e9cor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne apporte une vision nouvelle au mythe\u00a0: Dalila semble \u00e9prise de Samson malgr\u00e9 la haine qu\u2019elle \u00e9prouve pour lui. Ce choix novateur n\u2019enrichit cependant pas l\u2019intrigue amoureuse, laissant le spectateur dubitatif sur les r\u00e9elles intentions de la cantatrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anita Rachvelishvili est une Dalila \u00e9poustouflante, allant des graves profonds aux aigus percants. Aleksandrs Antonenko, quant \u00e0 lui, n\u2019est pas en reste\u00a0: c\u2019est un Samson parfois maladroit mais extr\u00eamement touchant. Les ch\u0153urs, absolument superbes, participent \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 musicale de cet op\u00e9ra. En symbiose avec l\u2019orchestre magnifiquement dirig\u00e9 par Philippe Jordan, les diff\u00e9rentes voix nous d\u00e9livrent une pi\u00e8ce tout en puissance et en lyrisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que controvers\u00e9e, il s\u2019agit d\u2019une mise en sc\u00e8ne \u00e0 la fois po\u00e9tique et \u00e9mouvante, sensible et intense. Une \u0153uvre \u00e0 voir, incontestablement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Agatha Ferry<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand une sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra s\u2019ouvre \u00e0 vos yeux et vous donne ces choses que vous n\u2019auriez pas soup\u00e7onn\u00e9, cela vous procure cet effet que l\u2019on pourrait qualifier b\u0153uf. Un \u00e9pisode de l\u2019Ancien testament, dramatique par nature, dont le sc\u00e9nario vous semble d\u00e9j\u00e0 vu et revu. Samson chef de fil du peuple h\u00e9breux et un Grand Pr\u00eatre qui ruse par la force de l\u2019amour de la belle et cruelle Dalila pour envouter l\u2019Hercule. Vous pourriez vous attendre \u00e0 revoir les tableaux des grandes galeries des mus\u00e9es, Samson et Dalila par Rubens, Rembrandt, Van Dyck, mais ce 5 novembre \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille il en f\u00fbt tout autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rideau s\u2019ouvre, d\u00e9voile l\u2019homme, pantalon noir, chemise blanche, texte sacr\u00e9 en main. Puis le peuple, en guenilles ouvri\u00e8res, peut -\u00eatre une image d\u2019un esclavage du monde moderne. Et c\u2019est l\u00e0 que l\u2019ing\u00e9nieuse mise en sc\u00e8ne de Damiano Michieletto op\u00e8re et que l\u2019ouvrage lyrique de Camille Saint-Sa\u00ebns reprend tout son sens et nous parle \u00e0 nous Homme du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Les costumes y sont pour quelque chose\u00a0:\u00a0 chemises, cravates, uniformes policiers et kalachnikovs transportent l\u2019histoire dans notre contemporan\u00e9it\u00e9, elle resurgit, nous transcende et nous touche sans entrave. Le d\u00e9cor rempli lui-aussi sa mission. C\u2019est dans un sobre palais, ou luxueuse suite d\u2019h\u00f4tel, que s\u2019orchestre la manipulation de Dalila. C\u2019est la femme qui y est montr\u00e9e puissante, entour\u00e9e d\u2019hommes habill\u00e9s en costard, habit de l\u2019homme d\u2019affaire, remontrance du pouvoir de l\u2019argent. Mais c\u2019est aussi dans la fragilit\u00e9 qu\u2019elle est mise en sc\u00e8ne, l\u2019intimit\u00e9 de la robe de chambre fait surgir l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019une douceur affective. Mais Dalila veut se venger, haine qui causera sa perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sobre d\u00e9cor contemporain est largement compens\u00e9 par les impressionnantes performances vocales, ch\u0153ur et voix lyriques dirig\u00e9 par Philippe Jordan. D\u00e8s le premier acte c\u2019est pr\u00e8s d\u2019une cinquantaine d\u2019hommes et de femmes qui \u00e9volue sur la sc\u00e8ne, ils occupent l\u2019espace tel une nu\u00e9e d\u2019oiseaux dans le ciel ils font danser la foule. Le ch\u0153ur, puissant, symbolise la condition terrestre du peuple h\u00e9breu et son d\u00e9sespoir, il se d\u00e9ploie et conf\u00e8re une grande dramaturgie \u00e0 la sc\u00e8ne. Les personnages de Dalila, interpr\u00e9t\u00e9 par Anita Rachvelishvili , Samson par Aleksandrs Antonenko, le Grand Pr\u00eatre de Dagan par Egils Silins, Abim\u00e9lech par Nicolas Test\u00e9, font trembler la sc\u00e8ne par l\u2019excellence de leur chant et de leur jeu. Car si on pourrait croire que th\u00e9\u00e2tre et op\u00e9ra font deux, le Samson et Dalila de ce 5 novembre prouve qu\u2019il est possible de faire vivre ensemble les deux sur une m\u00eame sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dernier acte change de ton, et c\u2019est bien l\u2019arri\u00e8re fond orientaliste qui resurgit. La victoire pour les uns et la d\u00e9faite de Samson. Tout d\u2019abord un bel apart\u00e9, montre la condition de Samson, la prison, on retrouve la cot\u00e9 froid du cachot. Et puis la fin, la f\u00eate, le peuple de nouveau, mais celui du pouvoir. Les costumes sont multicolores, la chor\u00e9graphie de la f\u00eate est lanc\u00e9e, ils boivent, ils dansent la victoire sans se soucier de ce qu\u2019adviendra leur sort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc un impressionnant spectacle reprenant un \u00e9pisode de l\u2019Ancien Testament actualis\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne audacieuse de Damiano Michieletto et port\u00e9e par les voix des chanteurs et de ch\u0153ur lyrique. De nombreuses r\u00e9flexions sur nos mondes modernes nous ici sont pos\u00e9es, les manipulations des pouvoirs, la condition des peuples opprim\u00e9s par la violence. Les images des soldats en uniforme de police arm\u00e9s d\u2019armes \u00e0 feux sont scindantes et r\u00e9sonnent plus que jamais dans l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">C\u00e9cilia G\u00e9rard-Hirne<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra de SAINT-SA\u00cbNS, nomm\u00e9 Samson et Dalila, a \u00e9t\u00e9 mis-en-sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille par Damiano MICHIELETTO. Le r\u00f4le de Dalila fut interpr\u00e9t\u00e9 par la mezzo-soprano Anita RACHVELISHVILI, celui de Samson par le t\u00e9nor Aleksandrs ANTONENKO, Abim\u00e9lech par le Nicolas TEST\u00c9 et le Grand ma\u00eetre Dagon par le Egils SILINS. Le chef d\u2019orchestre Philippe JORDAN dirigea l\u2019Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour \u00e9crire le livret de cet op\u00e9ra, LEMAIRE reprit l\u2019\u00e9pisode biblique dans lequel Dalila, reine des Philistins, tente de s\u00e9duire Samson pour lui soutirer le secret de sa force et pour se venger de la mort d\u2019une partie de son peuple. En effet, Samson et le peuple h\u00e9breux sont alors en guerre contre les Philistins, au nom de Yahv\u00e9. Dalila parvient \u00e0 le mettre dans sa couche et \u00e0 lui faire avouer son secret. Elle le trahit alors en appelant les Princes Philistins \u00e0 l\u2019aide et plus tard en leur r\u00e9v\u00e9lant ses confessions. Ces princes vont alors crever les yeux de Samson et organiser une f\u00eate en l\u2019honneur de leur Reine, qui a redor\u00e9 le blason de leur peuple. Lors de la f\u00eate, Samson est tortur\u00e9 par les Philistins et le Roi. Ces sc\u00e8nes d\u2019horreur \u00e9tant trop insupportable pour Dalila, prise de culpabilit\u00e9, celle-ci fait exploser le palais dans lequel se d\u00e9roulaient les festivit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon le texte biblique, l\u2019action devrait se d\u00e9rouler au XII\u00b0 si\u00e8cle. Or, ici le metteur-en-sc\u00e8ne a choisi une \u00e9poque moderne, voir contemporaine \u00e0 celle du compositeur. L\u2019architecture et la d\u00e9coration int\u00e9rieure des appartements de Dalila son tr\u00e8s modernes. Les costumes des H\u00e9breux peuvent \u00eatre atemporels, n\u00e9anmoins ceux de Dalila r\u00e9f\u00e8rent au milieu aristocratique du d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle. Enfin, la direction du chef d\u2019orchestre est une direction traditionnelle (\u00a0: les deux mains donnent \u00e0 la fois les nuances et les temps forts de fa\u00e7on simultan\u00e9e), elle pourrait donc \u00eatre semblable \u00e0 celle qui \u00e9tait utilis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque de SAINT-SA\u00cbNS. Seul l\u2019Acte III se d\u00e9roule dans un d\u00e9cor antique, avec des costumes \u00e9gyptiens pour certains, prenant le pr\u00e9texte d\u2019une f\u00eate costum\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra r\u00e9unit trois axes principaux\u00a0: la politique, la s\u00e9duction, et la religion. Ils vont \u00eatre des leviers de mise-en-sc\u00e8ne. D\u00e8s le lev\u00e9 de rideau et jusqu\u2019aux trois-quarts de l\u2019Acte I, nous sommes plong\u00e9s dans une tension politique, avec des enjeux de guerre entre les H\u00e9breux et les Philistins. Les sc\u00e8nes de la fin de l\u2019acte I \u00e0 la fin de l\u2019acte II am\u00e8ne une tension plus \u00e9rotique, d\u2019ordre amoureuse, avec la s\u00e9duction de Samson par Dalila. Enfin, l\u2019acte III nous confronte \u00e0 une tension plus virulente, conduisant \u00e0 une r\u00e9flexion sur les limites ou non de la cruaut\u00e9. La lumi\u00e8re et la couleur (selon les costumes et le d\u00e9cors) changent de ton pour chaque acte, signifiant du th\u00e8me abord\u00e9\u00a0: l\u2019acte I a un rendu assez gris, avec la mort d\u2019une partie du peuple h\u00e9breu et la d\u00e9cision de vengeance de Dalila. L\u2019acte II est dans des tonalit\u00e9s roses pour la s\u00e9duction. Enfin, l\u2019acte III est tr\u00e8s color\u00e9, avec beaucoup de dorures, pour le c\u00f4t\u00e9 festif de l\u2019action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour terminer, nous pouvons entrevoir des enjeux sociaux dans cet op\u00e9ra et sa mise-en-sc\u00e8ne, puisqu\u2019il montre l\u2019atemporalit\u00e9 de cette histoire. La pers\u00e9cutions des h\u00e9breux, maintenant des juifs, existe encore, et est revenu peu de temps apr\u00e8s la mort de SAINT-SA\u00cbNS. La mise-en-sc\u00e8ne fait peut-\u00eatre d\u2019ailleurs un lien entre ce texte biblique et ce qui s\u2019est pass\u00e9 lors de la II\u00b0 Guerre Mondiale\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laurie Laprade Deliz\u00e9e<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est le samedi 5 novembre au soir que je retrouve la salle de l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille, apr\u00e8s avoir assist\u00e9 \u00e0 une Lucia di Lammermoor exceptionnelle au mois d&rsquo;octobre. C&rsquo;est donc avec un grand enthousiasme que j&rsquo;attendais de voir ce que Samson et Dalila allait donn\u00e9. La saison 2016-2017 ayant tr\u00e8s bien commenc\u00e9e avec un formidable Eliogabalo mis en sc\u00e8ne par Thomas Joly \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier. Ainsi j&rsquo;avais h\u00e2te de savoir si la programmation de l&rsquo;op\u00e9ra de paris resterait un sans faute en ce d\u00e9but de saison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour cette premi\u00e8re exp\u00e9rience avec le dispositif culturel de la Sorbonne j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re repr\u00e9sentation de Samson et Dalila, un c\u00e9l\u00e8bre op\u00e9ra fran\u00e7ais (un peu oubli\u00e9) de Camille Saint-Sa\u00ebns sous la direction musicale du merveilleux Philippe Jordan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est apr\u00e8s 25 ans d&rsquo;absence que le livret sign\u00e9 par Ferdinand Lemaire retrouve sa place dans la programmation de l&rsquo;op\u00e9ra de Paris. Une volont\u00e9 du nouveau directeur de redonner toute sa place \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra fran\u00e7ais. Samson et Dalila est un op\u00e9ra en trois actes et quatre tableaux qui s&rsquo;appuie sur un argument biblique\u00a0. Cet \u00e9pisode de l&rsquo;Ancien Testament raconte comment le peuple h\u00e9breux r\u00e9duit en esclavage par les philistins, va trouv\u00e9 en la personne de Samson un guide. Face \u00e0 lui, Dalila la fille du pr\u00eatre de Dagon. Le peuple h\u00e9breux entreprend de se r\u00e9volter mais c&rsquo;est sans compter sur le pi\u00e8ge mortel que Dalila pr\u00e9pare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, si Samson est l&rsquo;\u00e9lu de dieu pour guider le peuple h\u00e9breux vers la libert\u00e9, Dalila est li\u00e9e aux destin des philistins. Pour assurer la vengeance de son peuple elle s\u00e9duit Samson et tente de lui d\u00e9rober le secret de sa force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc autour de la relation entre Samson et Dalila que se concentre l&rsquo;intrigue. La mise en sc\u00e8ne confi\u00e9e \u00e0 Damiano Michieletto fait du duo interpr\u00e9t\u00e9 par Alenksandrs Antonenko et Anita Rachvelishvili une sublime histoire d&rsquo;amour tragique, \u00e9vitant ainsi de se perdre trop dans le th\u00e8me religieux. Michieletto revisite dans sa mise en sc\u00e8ne le livret de l&rsquo;op\u00e9ra en l&rsquo;actualisant et en n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 accentuer le c\u00f4t\u00e9 orientaliste de la musique de Saint-Sa\u00ebns \u00e0 certains moments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Passons \u00e0 la repr\u00e9sentation en elle-m\u00eame. D\u00e8s l&rsquo;ouverture c&rsquo;est une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re qui s&rsquo;installe ce soir \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille \u00e0 mesure que raisonne le choeur des h\u00e9breux vaincus. Le rideau se l\u00e8ve sur un d\u00e9cors lugubre et sobre. Samson est assis devant un grillage qui occupe tout le plateau, cela tient plus du mur de prison que du temple auquel le r\u00e9cit de la bible fait r\u00e9f\u00e9rence. Le parti pris du metteur en sc\u00e8ne est affich\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but. Damiano Michieletto ne livrera pas un Samson et Dalila \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb\u00a0; sa lecture du livret ne sera fid\u00e8le ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque biblique ni \u00e0 une lecture religieuse. Ainsi c&rsquo;est un choeur v\u00eatu de guenilles modernes qui rejoint un Samson v\u00eatu d&rsquo;un style qui me fait penser au XIX \u00e8me si\u00e8cle. C&rsquo;est donc un m\u00e9lange des genres qui nous attends ce soir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre en sc\u00e8ne des hommes en costume-cravate accompagn\u00e9s d&rsquo;hommes arm\u00e9s et v\u00eatus de telle sorte qu&rsquo;on croirait voir des gendarmes. Ce sont les philistins qui viennent s&rsquo;amuser de leurs esclaves h\u00e9breux. C&rsquo;est alors que Samson parvient \u00e0 soulever son peuple et finit par triompher sur l&rsquo;air \u00abIsrael ! Rompt ta cha\u00eene !\u00bb. Par un jeu de lumi\u00e8res saccad\u00e9es qui illustre le tumulte du soul\u00e8vement, le plateau se vide et laisse la place \u00e0 une sorte de structure repr\u00e9sentant un appartement surplombant la sc\u00e8ne jonch\u00e9e de corps d\u00e9nud\u00e9s. Appara\u00eet alors la sublime Dalila qui assiste silencieuse \u00e0 la mal\u00e9diction lanc\u00e9e par son amant le grand pr\u00eatre de Dagon, interpr\u00e9t\u00e9 par le baryton Egils Silins tr\u00e8s en forme ce soir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc de la r\u00e9volte des h\u00e9breux que voudront se venger les philistins et cette vengeance c&rsquo;est une Dalila \u00e0 la beaut\u00e9 diabolique qui s&rsquo;en chargera.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tranchant avec le d\u00e9cors sombre du d\u00e9but, l&rsquo;appartement illumin\u00e9 laisse \u00e9chapper le premier grand air de Dalila \u00ab\u00a0Voici le printemps nous portant ces fleurs\u00a0\u00bb laissant un Samson s\u00e9duit qui lutte contre son amour en vain. Appara\u00eet alors dans une lumi\u00e8re verte un Samson tourment\u00e9 qui se voit entour\u00e9 de danseurs aux corps enduit de peinture et arborant des masques dor\u00e9s. Comme dans un cauchemar proph\u00e9tique, ils font mine de lui crever les yeux. C&rsquo;est alors que Dalila revient chanter son amour hypocrite \u00e0 Samson avec le magnifique air \u00abPrintemps qui commence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samson ne peut r\u00e9sister \u00e0 Dalila.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si c&rsquo;est \u00e0 ce moment de l\u2019\u0153uvre que mon c\u0153ur est conquis et que l&rsquo;op\u00e9ra commence \u00e0 devenir bouleversant, c&rsquo;est aussi \u00e0 ce moment que le pi\u00e8ge se referme sur Samson. Car ne l&rsquo;oublions pas, Dalila a pour mission de venger les philistins et arracher le secret qui fait la force de Samson. La voix voluptueuse de la mezzo-soprano Anita Rachvelishvili se r\u00e9v\u00e8le dans ce r\u00f4le de femme manipulatrice et s\u00e9ductrice. C&rsquo;est alors que Samson ne pouvant plus r\u00e9sister \u00e0 la tentation se livre \u00e0 Dalila dans l&rsquo;air \u00ab\u00a0En ces lieux malgr\u00e9 moi\u00a0\u00bb mais Samson finit par refuser de donner son secret. Furieuse Dalila laisse \u00e9clater sa haine, c&rsquo;est alors que Samson coupe une partie de ses cheveux avec un couteau (probablement le secret de sa force mais aussi un ajout du metteur en sc\u00e8ne). C&rsquo;est \u00e0 ce moment que la trahison de Dalila est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Samson se retrouve alors emprisonn\u00e9 par les philistins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le troisi\u00e8me et dernier acte on retrouve le mur du premier acte. Samson r\u00e9alise qu&rsquo;il a trahis son peuple par amour. Les yeux macul\u00e9s de sang priv\u00e9 de sa chevelure qui lui donnait sa force. Nous pouvons voir un lien avec la sc\u00e8ne du cauchemar dont je vous parlais plus haut. Son destin semble scell\u00e9. C&rsquo;est alors qu&rsquo;on entend au loin les reproches du peuple d\u2019Isra\u00ebl interpr\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;excellent ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9bute alors ce qui est pour moi le moment le plus intense et le plus beau de l\u2019\u0153uvre. Une musique au style orientaliste (cher \u00e0 Saint-Sa\u00ebns) retentit dans la salle de l&rsquo;op\u00e9ra Bastille. S&rsquo;offre alors \u00e0 nous un d\u00e9cors qui n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec l&rsquo;obscurit\u00e9 du d\u00e9but, le plateau est \u00e9clair\u00e9 et l&rsquo;espace est rempli du choeur, tous costum\u00e9s dans un style carnavalesque rappelant un bon vieux P\u00e9plum, m\u00eame le chef d&rsquo;orchestre Philippe Jordan porte une couronne de laurier dor\u00e9e lors de cette sc\u00e8ne ! Une fantastique explosion de couleur qui ravive une sc\u00e9nographie parfois un peu trop fade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fameuse sc\u00e8ne des Bacchanales o\u00f9 les philistins c\u00e9l\u00e8brent leur victoire dans une f\u00eate orgiaque toute en suggestion, en se moquant des quelques h\u00e9breux encore pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne et surtout en humiliant Samson sur une musique presque ensorcelante qui rompt avec le rythme de la partition est pour moi le moment le plus enthousiasmant spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un dernier soul\u00e8vement le Samson du t\u00e9nor Aleksandrs Antonenko implore son dieu de lui redonner sa force et c&rsquo;est ainsi que dans un des moments d&rsquo;intensit\u00e9 le plus fort, Dalila se saisit d&rsquo;un bidon d&rsquo;essence et offre le briquet de la vengeance \u00e0 Samson. Le plateau s&rsquo;illumine \u00e0 cet instant et des morceaux du d\u00e9cors s&rsquo;effondre pour symboliser une explosion. L\u00e0 encore on peut y voir une interpr\u00e9tation libre du metteur en sc\u00e8ne qui a fait le choix de ne pas suivre le livret \u00e0 lettre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le final qui a conquis le public de Bastille a entra\u00een\u00e9 quinze bonnes minutes d&rsquo;applaudissements. Soir de derni\u00e8re oblige, toute la production de ce Samson et Dalila a f\u00eat\u00e9 avec le public cette derni\u00e8re repr\u00e9sentation, l&rsquo;orchestre national de l&rsquo;op\u00e9ra ayant m\u00eame rejou\u00e9 l&rsquo;air des bacchanales pendant que tous les interpr\u00e8tes saluaient le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la mise en sc\u00e8ne un peu floue de Damiano Michieletto et le manque de finesse du t\u00e9nor Aleksandrs Antonenko dans le r\u00f4le de Samson me laissent encore partag\u00e9e, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement s\u00e9duite comme toujours par la direction de Philippe Jordan et l&rsquo;excellence du ch\u0153ur de l&rsquo;op\u00e9ra de Paris. Le charme de la mezzo-soprano g\u00e9orgienne Anita Rachvelishvili que je n&rsquo;avais jamais eu l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre avant ce soir me donne v\u00e9ritablement envie de la revoir dans l&rsquo;op\u00e9ra de Bizet o\u00f9 elle tiendra le r\u00f4le de Carmen tout le mois de juin jusqu&rsquo;au 13 juillet 2017.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Bahia Megdoud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Samson et Dalila<\/em>, mis en sc\u00e8ne par Damiano Michieletto, repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille et dont les r\u00f4les principaux furent endoss\u00e9s par Anita Rachvelishvili (Dalila), Alexandrs Antonenko (Samson) entre autres. Cet op\u00e9ra fut compos\u00e9 par Camille Saint Sa\u00ebns sur un livret de Ferdinand Lemaire dont la premi\u00e8re eut lieu en Allemagne en 1877 sous la direction d\u2019Eduard Lassen. Cet op\u00e9ra relate une histoire d\u2019amour impossible, destructrice et calcul\u00e9e entre une philistine, Dalila, et un h\u00e9breux \u00e0 la force surhumaine, Samson que les philistins chercheront \u00e0 faire tomber avec l\u2019aide de cette fameuse Dalila, sans savoir que cela les am\u00e8nerait \u00e0 leur propre perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On est tout d\u2019abord capt\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne. Cette derni\u00e8re est calqu\u00e9e sur un jeu d\u2019oppositions, de forces contraires entre les h\u00e9breux et les philistins qui se surpassent les uns les autres par intermittences. Cela donne un effet de d\u00e9sordre, de rupture et de confrontation assez belle et pertinente \u00e0 voir. L\u2019on peut ainsi tr\u00e8s bien passer d\u2019une sc\u00e8ne toute en lenteur, voire en suavit\u00e9, somme toute assez calme \u00e0 une sc\u00e8ne d\u2019une violence col\u00e9rique et survolt\u00e9e, le tout sans mont\u00e9e en puissance mais simplement via une rupture nette. S\u2019il est beau de voir des corps virevolter apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 si calmes \u00e0 certains moments, il est parfois pr\u00e9f\u00e9rable de choisir une tranquillit\u00e9 maquill\u00e9e \u00e0 un vrai tourbillon o\u00f9 le spectateur peut avoir du mal \u00e0 placer une \u00e9motion propre et son regard. Cette \u00e9bullition est parfois m\u00eame affligeante de ridicule comme en t\u00e9moigne \u00e0 mon avis, la sc\u00e8ne des bacchanales, profonde caricature o\u00f9 tous se meuvent sans le poids dramatique qui, dans mon imaginaire -psycho-rigide peut \u00eatre-, se doit d\u2019accompagner une telle sc\u00e8ne. Justement cet exub\u00e9rance fait quelques fois oublier la trame et les personnage principaux. N\u00e9anmoins relevons la complexit\u00e9 de ces derniers, p\u00e9tris de sentiments forts, comme l\u2019amour et la haine, la r\u00e9signation et la r\u00e9volte, qui finalement se rejoignent parfaitement dans le jeu th\u00e9\u00e2tral comme vocal de Samson et de Dalila. Cette mise en sc\u00e8ne tortueuse, mouvement\u00e9e et exacerb\u00e9e se retrouve dans la sc\u00e9nographie passant entre autres par les d\u00e9cors de Paolo Fantin et les costumes de Carla Teti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor architectural est assez simple, il se compose d\u2019un mur au d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ra et d\u2019un \u00e9difice rectangulaire tant\u00f4t en terrasse surplombant l\u2019avant-sc\u00e8ne (actes I et III) tant\u00f4t au niveau du sol (acte II). Cette architecture est basique mais efficace. Elle permet de montrer la sup\u00e9riorit\u00e9 pens\u00e9e des philistins sur les h\u00e9breux tant par le mur qui repr\u00e9sente la prison de ces derniers que par l\u2019estrade qui est r\u00e9serv\u00e9e aux philistins. A cela s\u2019ajoute le d\u00e9cor meubl\u00e9 constitu\u00e9 dans l\u2019ensemble surtout de si\u00e8ges de divers styles, tels que des chaises et fauteuils, mais aussi des canap\u00e9s et autres causeuses. Ces meubles sont des lieux de r\u00e9flexions personnelles sur lesquels on m\u00e9dite, mais aussi ayant une symbolique de dialogue et d\u2019attente. Attente de quoi ici ? Peut \u00eatre du d\u00e9nouement qui se profile. A ces symboliques s\u2019ajoutent celle de l\u2019amour et de la sensualit\u00e9 avec la pr\u00e9sence du lit Art Nouveau de Dalila au premier acte au milieu de l\u2019estrade. Les costumes sont eux, tant\u00f4t contemporains et tendent \u00e0 d\u00e9naturer l\u2019ambiance de l\u2019op\u00e9ra, tant\u00f4t \u00e0 l\u2019antique, chatoyants et riches, comme lors de la bacchanale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chant, lui est tenu, le ton est juste et la diction est bonne d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. La prestation d\u2019 Anita Rachvelishvili est magistrale et quasiment exemplaire dans ses transitions entre moments de douceur et de perversion. Celle d\u2019Alexandrs Antonenko est tout en nuances, tant\u00f4t robustes et viriles tant\u00f4t fragiles dans sa voix lors de ses tristesses et moments de faiblesse. Dans l\u2019ensemble, les autres personnages sont bien interpr\u00e9t\u00e9s bien que l\u2019on note des disparit\u00e9s certaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019orchestre est merveilleusement dirig\u00e9 par Philippe Jordan, qui parfois est malheureusement en d\u00e9calage avec l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral ayant lieu (exemple de la sc\u00e8ne, \u00e0 l\u2019origine visant l\u2019intime et le sensuel, entre Dalila et Samson dans l\u2019acte II).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, cette mise en sc\u00e8ne de <em>Samson et Dalila<\/em> fut pour moi int\u00e9ressante, bien que l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9\u00e7u par la sc\u00e9nographie que j\u2019ai trouv\u00e9 parfois injustifi\u00e9 et en raccourcis. Le chant et la musique furent les r\u00e9els points forts de l\u2019op\u00e9ra qui su vibrer et me faire vibrer \u00e0 son rythme.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Vincent Mouraret<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sortant de la repr\u00e9sentation de Samson et Dalila \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille, on est tiraill\u00e9 entre la d\u00e9ception et l\u2019\u00e9merveillement.<br \/>\nQuelle tristesse de voir Dalila, personnage de s\u00e9ductrice grandiose, femme dangereuse mais puissante, devenir un pantin des hommes, manipul\u00e9e par le pr\u00eatre, rejet\u00e9e par Samson, et m\u00eame regrettant son audacieuse trahison\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0La passivit\u00e9 et l\u2019objectivation de la femme semblent \u00eatre une obsession de Damiano Michieletto\u00a0: tout le long de l\u2019op\u00e9ra, on est g\u00ean\u00e9 de ne pas voir une seule femme traverser la sc\u00e8ne sans se faire toucher par un homme (et plut\u00f4t par surprise ou sans le vouloir) \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il est int\u00e9ressant que le metteur en sc\u00e8ne r\u00e9interpr\u00e8te l\u2019op\u00e9ra, cette r\u00e9interpr\u00e9tation n\u2019est jamais innocente\u00a0! Quel est l\u2019enjeu lorsqu\u2019il d\u00e9cide de faire pleurer Dalila dans les bras de Samson apr\u00e8s qu\u2019elle l\u2019ait trahi\u00a0? Lorsqu\u2019il d\u00e9cide que Samson coupe lui-m\u00eame ses cheveux ? Que Dalila finisse par aider Samson \u00e0 d\u00e9truire le temple\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre la d\u00e9ch\u00e9ance du r\u00f4le de Dalila, on pourrait \u00e9galement se demander pourquoi toujours vouloir ramener un spectacle \u00e0 la banalit\u00e9 du quotidien, entre duo d\u2019amour grossier en nuisette dans un lit et danse des pr\u00eatresses transform\u00e9e en vulgaire f\u00eate de mondains d\u00e9bauch\u00e9s&#8230; N\u2019est-ce pas justement tout ce qu\u2019on cherche \u00e0 fuir en allant \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra\u00a0? Le spectaculaire n\u2019est pas l\u2019ordinaire\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Heureusement, magnifiquement, Dalila est sauv\u00e9e par l\u2019interpr\u00e9tation de velours d\u2019Anita Rachvelishvili, subtile, naturelle et puissante. Ses pianissimi font trembler le public conquis, qui lui r\u00e9serve d\u2019ailleurs un triomphe aux applaudissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, le ch\u0153ur et l\u2019orchestre de l\u2019Op\u00e9ra de Paris dirig\u00e9 par Philippe Jordan nous transmettent une \u00e9motion certaine que la mise en sc\u00e8ne n\u2019arrivera pas \u00e0 faire oublier. Lorsqu\u2019on ferme les yeux, on se rappelle alors pourquoi on est venu au spectacle\u00a0: pour s\u2019\u00e9vader du quotidien et percevoir le r\u00eave. Et puisque, les jours suivants, on se rem\u00e9more les plus belles phrases musicales en essayant de retrouver les plus douces sensations, on en conclut que l\u2019\u00e9motion a eu le dernier mot.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarah M\u00fcller<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 05 novembre 2016 se tenait \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille la derni\u00e8re de <em>Samson et Dalila<\/em> de Camille de Saint-Sa\u00ebns, mis en sc\u00e8ne par Damiano Michieletto. Op\u00e9ra compos\u00e9 en 1877, Saint-Sa\u00ebns y reprend le r\u00e9cit biblique de la s\u00e9duction de Samson par Dalila. Samson doit lib\u00e9rer le peuple d\u2019Isra\u00ebl des mains des Philistins et pour cela il s\u2019aide de sa prodigieuse force, tir\u00e9e de ses longs cheveux. Dalila, femme qu\u2019il aime, est sollicit\u00e9e par les Philistins pour lui faire avouer le secret de cette force. Il finit par le lui d\u00e9voiler, se coupe les cheveux et est arr\u00eat\u00e9 par les Philistins qui lui cr\u00e8vent les yeux. Alors qu\u2019il sert de divertissement aux Philistins, Dalila rong\u00e9e par les remords se donne la mort avec Samson. Cette histoire est interpr\u00e9t\u00e9e par Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano et Aleksanders Antonenko, t\u00e9nor, dans les r\u00f4les titres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, ce soir-l\u00e0, sans conna\u00eetre le mythe de Dalila et Samson, cela m\u2019a donc permis de plonger compl\u00e8tement dans cette histoire sans aucun a priori historique. Se d\u00e9gage tr\u00e8s vite l\u2019aspect moderne et contemporain de la mise en sc\u00e8ne. L\u2019op\u00e9ra commence avec Samson seul en sc\u00e8ne devant des grilles d\u2019acier, ces grilles laisseront place \u00e0 une sc\u00e8ne divis\u00e9e en deux espaces\u00a0: le sol o\u00f9 se trouve le peuple d\u2019Isra\u00ebl et, perch\u00e9e sur deux colonnes, la chambre de Dalila, lieu de toutes les intrigues. Cette sc\u00e9nographie sera reprise durant le dernier acte. Le second acte lui sera centr\u00e9e sur le lien Dalila et les Philistins etsa chambre sera au centre de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette dualit\u00e9 se pr\u00e9sente aussi sous la forme de l\u2019\u00e9clairage. Ainsi tout au long de la pi\u00e8ce s\u2019oppose deux types de lumi\u00e8re, une lumi\u00e8re bleue et une lumi\u00e8re jaune. Chaque lumi\u00e8re poss\u00e8de une connotation, la lumi\u00e8re bleue traduit des moments de douleur, d\u2019intrigue ou de malheur, quant \u00e0 la lumi\u00e8re jaune, celle-ci est pr\u00e9sente au cours des moments joyeux, d\u2019amour comme le plus souvent dans la chambre de Dalila. Cette lumi\u00e8re jaune se retrouve aussi dans la f\u00eate finale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les d\u00e9cors sont plut\u00f4t sobres, les costumes expriment eux aussi une opposition. Les esclaves sont v\u00eatus de v\u00eatements sombres et ab\u00eem\u00e9s, alors que durant de la f\u00eate, les personnages sont v\u00eatus de v\u00eatements color\u00e9s aux inspirations des Mille et une Nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra se pr\u00e9sente donc tout entier comme une dualit\u00e9, celle du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent, entre autres, au travers de la modernit\u00e9 de l\u2019action mais aussi de son intemporalit\u00e9. Les hommes arm\u00e9s et cette guerre entre des peuples ne sont pas sans rappeler notre \u00e9poque contemporaine, mais la froideur d\u00e9gag\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne pourrait tout aussi bien d\u00e9crire un futur apocalyptique. Cette dualit\u00e9 donnait aussi un rythme tr\u00e8s soutenu \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, qui oscillait entre intrigues, luttes, moments d\u2019amour entre Samson et Dalila et espoir. C\u2019est le secret de Samson qui maintient une certaine tension entre les deux personnages, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ultime trahison et Samson coupant lui m\u00eame sa tresse. Alors que Dalila semblait para\u00eetre jusque l\u00e0 \u00eatre une v\u00e9ritable manipulatrice, apr\u00e8s l\u2019arrestation de Samson, Anita Rachvelishvili nous livre une Dalila pleine de remord. Cette psychologie complexe est donc mis en avant par une com\u00e9dienne remarquable. L\u2019op\u00e9ra s\u2019est termin\u00e9 par des applaudissements sans fin, en particulier pour cette talentueuse interpr\u00e8te de Dalila.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9na Rimbert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l&rsquo;un des op\u00e9ras les plus jou\u00e9s au monde qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Bastille le 5 octobre. L&rsquo;\u0153uvre g\u00e9niale de Camille Saint-Sa\u00ebns, sur un livret de Ferdinand Lemaire, \u00e9crite en 1877 a pour source d&rsquo;inspiration un passage de la Bible (<em>Livre des Juges<\/em>, chapitre 16). L\u2019op\u00e9ra s\u2019ouvre sur le ch\u0153ur des h\u00e9breux qui, prisonniers des philistins, implorent leur Dieu. Une voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve parmi eux, celle de Samson, leur leader \u00e0 la force hercul\u00e9enne. Ensemble ils se rebellent, tuent le gouverneur et s\u2019enfuient. Furieux le peuple philistin r\u00e9clame vengeance et trouve en la belle Dalila son champion\u00a0: elle s\u00e9duira Samson et d\u00e9couvrira la source de sa force. A l\u2019acte deux, le h\u00e9ros h\u00e9breux succombe \u00e0 Dalila qui le m\u00e8ne \u00e0 sa perte\u00a0: on lui coupe les cheveux (secret de sa puissance) et lui cr\u00e8ve les yeux. Prisonnier, il implore son Dieu de le pardonner et de sauver son peuple. Ses pri\u00e8res sont entendues, alors qu\u2019il est amen\u00e9 au sein d\u2019une orgie des philistins, il recouvre sa force ce qui lui permet de faire s\u2019\u00e9crouler le temple et d\u2019an\u00e9antir ses ennemis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9fi de cette \u0153uvre, tant dans son interpr\u00e9tation que dans sa repr\u00e9sentation, est donc sa complexit\u00e9. Il faut combiner la pr\u00e9sence du divin avec l&rsquo;humanit\u00e9 profonde des personnages ; les fresques historiques et les ch\u0153urs avec des arias etc. Mais au centre de l&rsquo;op\u00e9ra et des choix du metteur en sc\u00e8ne Damiano Michieletto, ce n&rsquo;est pas tant le mythe, la seule trahison de Dalila et la force surhumaine de Samson, mais bien plus l&rsquo;amour tourment\u00e9 d&rsquo;un couple improbable et le conflit int\u00e9rieur du h\u00e9ros h\u00e9breux. L&rsquo;accent est donc port\u00e9 sur les ambig\u00fcit\u00e9s, la dualit\u00e9 d\u2019un op\u00e9ra marqu\u00e9\u00a0d&rsquo;une part par la d\u00e9votion religieuse du peuple h\u00e9breux r\u00e9duit en esclavage, et d&rsquo;autre part l&rsquo;ensorcelante sensualit\u00e9 de Dalila et le faste des philistins. Ces tensions sont tout particuli\u00e8rement bien illustr\u00e9es par le choix des costumes de Carla Teti, que l\u2019on peut applaudir, des habits des ann\u00e9es 40 aux couleurs mornes pour le peuple h\u00e9breux esclave, aux costumes antiques et chatoyants des bacchanales du dernier acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix de la simplicit\u00e9 pour les d\u00e9cors (des cloisons carrel\u00e9es entourant la sc\u00e8ne, une boite rectangulaire pouvant \u00eatre sur\u00e9lev\u00e9e permet de cr\u00e9er un second espace, comme la chambre de Dalila, au centre de la sc\u00e8ne&#8230;) laisse tout l&rsquo;espace aux \u00e9motions, qui sont magistralement servies par la musique et ses interpr\u00e8tes. Le ch\u0153ur de l&rsquo;op\u00e9ra de Paris porte l&rsquo;\u0153uvre, n&rsquo;agissant pas seulement comme une toile de fond mais donnant d\u00e8s l&rsquo;ouverture un souffle extraordinaire. Il en va de m\u00eame pour les interpr\u00e8tes des deux personnages principaux, Anita Rachvelishvili (Dalila) et Aleksandrs Antonenko (Samson) qui savent travailler dans la simplicit\u00e9 pour permettre \u00e0 la puissance de la musique, port\u00e9e par leur voix, de s&rsquo;\u00e9panouir. C&rsquo;est peut-\u00eatre tout particuli\u00e8rement la voix de mezzo-soprano d\u2019Anita Rachvelishvili, qui apporte un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0: ronde et subtile elle donne l\u2019impression d\u2019une ligne musicale infinie, toujours parfaitement maitris\u00e9e. La chanteuse, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e en 2009 dans Carmen \u00e0 la Scala de Milan, envoute et porte le plus la complexit\u00e9 de l\u2019op\u00e9ra de Saint-Sa\u00ebns se r\u00e9v\u00e9lant \u00e9galement tr\u00e8s bonne actrice avec un jeu expressionniste. Le travail effectu\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne et l&rsquo;interpr\u00e8te de Dalila et les choix qui sont faits permettent de donner une dimension particuli\u00e8rement profonde, intense \u00e0 cette s\u00e9ductrice : Dalila raconte une histoire au-del\u00e0 de sa voix, mais aussi donc dans tout le jeu sc\u00e9nique mis en place. C&rsquo;est tout particuli\u00e8rement le cas au d\u00e9but du dernier acte o\u00f9 elle vient voir Samson, prisonnier, aveugle : elle, silencieuse, fait montre d&rsquo;un v\u00e9ritable d\u00e9sespoir, d&rsquo;un terrible tourment face \u00e0 cet homme qu&rsquo;elle a men\u00e9 \u00e0 sa perte, faisant alors de Dalila un \u00eatre plus complexe qu&rsquo;il ne peut y para\u00eetre. L&rsquo;entreprise est risqu\u00e9e, mais r\u00e9ussie, car restant toujours dans une certaine d\u00e9licatesse et subtilit\u00e9, elle permet de cr\u00e9er un lien fort avec le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation de l\u2019\u0153uvre de Saint-Sa\u00ebns \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille joue sur la simplicit\u00e9 pour se concentrer sur quelques points pr\u00e9cis. Sur cette sc\u00e8ne quasi-aseptis\u00e9e les personnages apparaissent dans toutes leurs dimensions\u00a0: leur existence musicale, leur existence th\u00e9\u00e2trale, mais aussi celle psychologique et \u00e9motionnelle voire religieuse. Les orientations qui ont \u00e9t\u00e9 prises permettent \u00e0 cette interpr\u00e9tation de l\u2019op\u00e9ra du compositeur fran\u00e7ais d\u2019\u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e tant dans sa puissance musicale, que dans ses non-dits. Il fait appel \u00e0 notre sensibilit\u00e9 de spectateur-m\u00e9lomane pour vibrer avec non tant ces h\u00e9ros mais ces \u00eatres humains, trop humains, qui cachent tant qu\u2019ils montrent\u00a0: on n\u2019assiste pas \u00e0 la sc\u00e8ne pourtant c\u00e9l\u00e8bre durant laquelle Dalila coupe la chevelure de Samson, mais on observe sa perplexit\u00e9 voire son regret lors des festivit\u00e9s finales\u2026 Cette mise en sc\u00e8ne tire pleinement parti de la duplicit\u00e9 de l\u2019op\u00e9ra\u00a0: \u0153uvre auditive et musicale mais aussi visuelle et th\u00e9\u00e2trale, faisant doublement vibrer ceux qui assistent \u00e0 la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alix Stephan<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Vincent Pontet<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus Vingt-cinq ans que l\u2019Op\u00e9ra Bastille n\u2019avait pas donn\u00e9 \u00ab\u00a0Samson et Dalila\u00a0\u00bb, une g\u00e9n\u00e9ration\u00a0! C\u2019est dire si cette pr\u00e9sentation de l\u2019un des op\u00e9ras fran\u00e7ais les plus jou\u00e9s au cours du XXe si\u00e8cle \u00e9tait attendue. Avec au [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":851,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,8,3],"tags":[],"class_list":["post-849","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-opera","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/849","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=849"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/849\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/851"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=849"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=849"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=849"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}