{"id":853,"date":"2016-11-07T20:00:45","date_gmt":"2016-11-07T19:00:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=853"},"modified":"2016-11-07T20:00:45","modified_gmt":"2016-11-07T19:00:45","slug":"tordre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=853","title":{"rendered":"Tordre"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale | <a href=\"http:\/\/www.theatredelacite.com\/programme\/printemps-ete-2017\/spectacle-rachid-ouramdane\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>Dans le cadre du Festival d&rsquo;Automne \u00e0 Paris, le chor\u00e9graphe Rachid Ouramdane pr\u00e9sente le spectacle <em>Tordre<\/em>. Ce spectacle est la performance d&rsquo;un duo form\u00e9 par les danseuses Lora Juodkaite et Annie Hanauer. Ces deux danseuses pr\u00e9sentent chacune une particularit\u00e9: Lora poss\u00e8de une proth\u00e8se qui allonge son bras trop court tandis qu\u2019Annie poss\u00e8de une sorte de \u00ab\u00a0toc\u00a0\u00bb depuis l&rsquo;enfance\u00a0: elle ressent le besoin de tourner sur elle-m\u00eame chaque jour. Ces \u00ab\u00a0fragilit\u00e9s\u00a0\u00bb (comme les nomme le chor\u00e9graphe) d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9es par Rachid Ouramdane dans d&rsquo;autres spectacles sont ici vraiment \u00e0 l&rsquo;honneur, \u00e9tant donn\u00e9 que le chor\u00e9graphe centre le spectacle sur ce th\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, les deux danseuses apparaissent sur un d\u00e9cor blanc et nu si ce n&rsquo;est\u00a0 deux p\u00e2les noires de ventilateur et un ventilateur minuscule au fond de la sc\u00e8ne. Par la suite, les danseuses se regardent tour \u00e0 tour danser plus qu\u2019elles ne dansent en duo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectateur peut avoir deux r\u00e9actions possibles: soit il est d\u00e9rang\u00e9 par la r\u00e9p\u00e9tition de ces mouvements d\u00e9routants. Soit il se laisse happer par les mouvements assez fascinants des danseuses, notamment la performance d&rsquo;Annie tournant sur elle-m\u00eame comme une danseuse de bo\u00eete \u00e0 musique pendant si longtemps qu&rsquo;elle para\u00eet presque devenir une toupie humaine et les gestes de Lora se d\u00e9sarticulant comme un pantin de bois. Pour ma part j&rsquo;ai rapidement accroch\u00e9 \u00e0 ces chor\u00e9graphies m\u00eame si le spectacle \u00e9tait vraiment diff\u00e9rent de ce que l\u2019on peut avoir l&rsquo;habitude de voir. Mais la mise en sc\u00e8ne de ces deux corps d\u00e9gage vraiment une po\u00e9sie touchante. Le spectacle se cl\u00f4t sur un d\u00e9calage musical complet mais joyeux et entra\u00eenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but on pourrait penser que le nom du spectacle \u00ab\u00a0<em>Tordre<\/em>\u00a0\u00bb qualifie la distorsion des corps mais le chor\u00e9graphe explique qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il s&rsquo;agit de \u00ab\u00a0Tordre\u00a0\u00bb le regard des spectateurs. Je trouve que cet objectif est vraiment atteint avec les effets de d\u00e9calages musicaux et les chor\u00e9graphies qui explorent une caract\u00e9ristique singuli\u00e8re des danseuses. Ce spectacle est vraiment une exp\u00e9rience int\u00e9ressante et je le conseille \u00e0 ceux qui sont particuli\u00e8rement r\u00e9ceptifs en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la performance sur le corps et \u00e0 la danse contemporaine.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Chlo\u00e9 Bories<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0A un moment c\u2019\u00e9tait comme si elle flottait\u00a0\u00bb, dit une jeune femme devant moi en sortant de la salle. <em>Tordre<\/em>, mis en sc\u00e8ne par le chor\u00e9graphe Rachid Ouramdane, est un spectacle de l\u2019illusion, du d\u00e9placement du regard, un spectacle qui semble vouloir toucher, mais avec d\u00e9licatesse, l\u2019origine de l\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sol est blanc, les d\u00e9limitations de la sc\u00e8ne sont faites de lin blanc et le plafond, avec ses spots, est apparent. Le lin, mati\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur, de la maison, ainsi que les jeux de lumi\u00e8re, donnent au spectateur l\u2019impression d\u2019entrer dans un espace de l\u2019intime, une sorte de chambre \u00e0 coucher, o\u00f9 le d\u00e9cor, avec ses deux grandes aiguilles qui tournent, pourrait repr\u00e9senter le temps qui passe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, ce spectacle est comme un moment hors du temps. Les deux seules danseuses, de noir v\u00eatues, partagent rarement la sc\u00e8ne mais sont pr\u00e9sentes dans le regard qu\u2019elles posent l\u2019une sur l\u2019autre, attentif et aimant, encourageant le spectateur \u00e0 en faire de m\u00eame. Par l\u00e0-m\u00eame, le spectacle est subversif\u00a0: des accents d\u2019homo-\u00e9rotisme sont clairement apparents\u00a0; de plus, l\u2019une des danseuses porte une proth\u00e8se \u00e0 la place d\u2019un bras. Le chor\u00e9graphe donne la parole \u00e0 la deuxi\u00e8me danseuse qui, \u00e9quip\u00e9e d\u2019un micro, parle directement aux spectateurs alors qu\u2019elle tourne sur elle-m\u00eame pendant un temps qui para\u00eet infini, donnant l\u2019impression qu\u2019elle flotte. Le regard devient confus, comme hypnotis\u00e9, l\u2019esprit est lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019image du corps tel que le spectateur la conna\u00eet et entre dans une esp\u00e8ce de transe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi le spectateur s\u2019ouvre \u00e0 la diff\u00e9rence que ces deux danseuses expriment \u00e0 leurs fa\u00e7ons, et \u00e0 sa propre diff\u00e9rence. Le spectacle raconte donc une histoire de l\u2019ouverture d\u2019esprit, partant de la dualit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019opposition du noir et du blanc, l\u2019opposition de l\u2019arrondi de la danseuse tournant et de l\u2019angularit\u00e9 de la proth\u00e8se de l\u2019autre danseuse, l\u2019opposition de la sc\u00e8ne et du public, pour arriver \u00e0 un m\u00e9lange du noir et du blanc par trompe-l\u2019\u0153il, un m\u00e9lange de l\u2019arrondi et de l\u2019angulaire par la danse, un m\u00e9lange de la sc\u00e8ne et du public par l\u2019adresse directe de la danseuse au spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A tous ceux qui veulent voir la danse d\u2019un autre \u0153il, qui veulent d\u00e9couvrir les danseurs non en tant que simple stylo pour le chor\u00e9graphe, mais en tant qu\u2019individus racontant leur propre histoire en utilisant leur corps comme stylo, \u00e0 tous ceux qui n\u2019aiment pas la rigidit\u00e9 du ballet et ses interpr\u00e9tations \u00e9videntes, je recommande ce spectacle. Les applaudissements qui ont retenti pendant de longues minutes dans la salle semblent le recommander aussi.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marine Goldsztejn<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu coutumi\u00e8re des spectacles de danse contemporaine, c\u2019est avec une grande innocence en la mati\u00e8re et une grande curiosit\u00e9 que je me suis rendue \u00e0 la Cit\u00e9 internationale le 7 novembre dernier pour assister \u00e0 ce duo chor\u00e9graphique prometteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9trange duo en fait, o\u00f9 les deux artistes ne dansent presque jamais ensemble, l\u2019une \u00e9tant plut\u00f4t la spectatrice, la compagne immobile, la collaboratrice de l\u2019autre. Si chacune performe \u00e0 tour de r\u00f4le, avec parfois des interventions de sa partenaire, elles forment pourtant un ensemble coh\u00e9rent, unifi\u00e9 par la fragilit\u00e9 pr\u00e9sente en chacun des corps qui dansent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, le bras gauche d\u2019Annie Hanauer est pris, au-dessus du coude, dans une proth\u00e8se qui le prolonge. Elle se joue sur sc\u00e8ne de cette m\u00e9canique n\u00e9cessaire, adoptant avec art une m\u00e9canique du corps, dans une nouvelle forme de gr\u00e2ce qui d\u00e9passe les arabesques arrondies des danseuses \u00e9toiles pour faire du handicap apparent une vraie force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lora Juodkaite, elle, nous confie d\u2019une voix douce et pos\u00e9e, tout en tourbillonnant sur elle-m\u00eame inlassablement, telle la petite ballerine in\u00e9puisable d\u2019une bo\u00eete \u00e0 musique\u00a0: \u00ab\u00a0Je tourne ainsi depuis mon enfance\u00a0\u00bb. Elle tourne, tourne, imperturbable, ne stoppant sa course a\u00e9rienne que lorsque sa partenaire l\u2019intercepte dans sa course et l\u2019enlace quelques secondes, avant de la laisser s\u2019\u00e9chapper \u00e0 nouveau. Le ballet incessant de ses pieds, ses bras, sa t\u00eate d\u00e9ploie sa puissance hypnotique sur l\u2019ensemble de l\u2019assistance qui se trouve alors saisie lorsque Lora stoppe brutalement de tourner pour regarder la salle en d\u00e9clarant\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates ici\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un d\u00e9cor minimaliste, uniquement occup\u00e9 par deux immenses \u00ab\u00a0ventilateurs\u00a0\u00bb noirs dont les pales accompagnent lentement le mouvement circulaire de Lora et les torsions m\u00e9caniques d\u2019Annie, les deux danseuses se livrent \u00e0 un abandon des corps qui sonne comme une lib\u00e9ration du carcan social et du jugement d\u2019autrui. Car c\u2019est bien le regard du public, plus que les corps des interpr\u00e8tes, qu\u2019il s\u2019agit ici de \u00ab\u00a0tordre\u00a0\u00bb, selon les mots de Rachid Ouramdane\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Tordre, c&rsquo;est cela\u00a0: contourner la chose la plus ostentatoire,\u00a0 aller \u00e0 contre-sens, d\u00e9construire les pr\u00e9jug\u00e9s du spectateur, la pr\u00e9-organisation de son regard\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur fond de musique d\u2019ambiance planante ou de bande-son de cabaret, Annie et Lora redonnent sens \u00e0 l\u2019\u00e9motion, notamment lorsque la premi\u00e8re mime en mouvements les sons d\u2019un enregistrement en live de <em>Feelings<\/em> de Nina Simone, dans une chor\u00e9graphie pleine d\u2019humour, de spontan\u00e9it\u00e9 et de gr\u00e2ce, \u00e0 l\u2019image du spectacle dans son ensemble. Rachid Ouramdane signe ici une belle r\u00e9ussite en sublimant la personnalit\u00e9 de ses deux interpr\u00e8tes pour emprisonner le spectateur et, par les corps, lui parler du monde.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Manon Guilbaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 7 novembre 2016, au th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 international, la chor\u00e9graphe et interpr\u00e8te Rachid Ouramdane, d\u00e9voile son nouveau spectacle de danse contemporaine <em>Tordre<\/em>, interpr\u00e9t\u00e9 par les deux danseuses d\u2019exception Annie Hanauer et Lora Juodkaite. Pendant une heure, le spectateur est confront\u00e9 \u00e0 un espace blanc, marqu\u00e9 par deux suspensions m\u00e9talliques, un jeu de lumi\u00e8re, quelques notes de musique, une voix, le tout articul\u00e9 par les mouvements des danseuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, on se sent plonger dans une atmosph\u00e8re tout \u00e0 fait singuli\u00e8re. Il n\u2019y a pas de limite entre les danseuses et le spectateur\u00a0: leurs mouvements, leur regard, nous touchent directement, comme si, d\u00e8s leur entr\u00e9e sur sc\u00e8ne, les danseuses avait r\u00e9duit la fronti\u00e8re s\u00e9parant le monde du spectateur et celui des artistes. La premi\u00e8re impression se d\u00e9gageant de la sc\u00e8ne, est une immense complicit\u00e9 entre les deux femmes. Leurs touch\u00e9s, \u00e9changes, et dialogue corporel m\u00e8nent alors \u00e0 la construction d\u2019un espace intime, espace dans lequel elles vont chercher \u00e0 nous transmettre un message.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux femmes r\u00e9p\u00e8tent en boucle une s\u00e9rie de mouvement rythm\u00e9e par une musique semblable \u00e0 un show business. Mais alors, commence un dialogue corporel entre celles-ci. Le spectateur ne peut qu\u2019observer ces deux corps, remplissant l\u2019espace, et faisant perdre toute dimension spatiale et temporelle. A tour de r\u00f4le, les deux danseuses se transmettent l\u2019espace, comme par respect de l\u2019une envers l\u2019autre, afin de se laisser la \u00ab\u00a0parole\u00a0\u00bb, de s\u2019exprimer chacune \u00e0 sa mani\u00e8re. Pour l\u2019une, il s\u2019agit de tourner sur elle-m\u00eame, pour l\u2019autre, il est question d\u2019une d\u00e9construction du corps au travers d\u2019un ensemble de mouvements souples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce on se sent perdre pieds face aux interpr\u00e9tations d\u00e9routantes des deux personnages, confrontant le spectateur \u00e0 de v\u00e9ritables explosions de vie. Arrive le moment qui repr\u00e9sente l\u2019un des temps fort du spectacle. Tandis que la danseuse Annie Hanauer est allong\u00e9e sur une suspension de m\u00e9tal, la voix de Lora Juodkaite, tournant sur elle-m\u00eame, s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le silence du th\u00e9\u00e2tre. Des bruits de respiration, une voie douce dont les paroles se projettent sur le mur blanc en fond de sc\u00e8ne, une lumi\u00e8re tamis\u00e9e, les ombres des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, et enfin, Lora Juodkaite, tournant ind\u00e9finiment sur elle-m\u00eame\u00a0: l\u2019ensemble est merveilleux. Alors que l\u2019on croit \u00eatre arriv\u00e9 au comble d\u2019une explosion de sentiments, la fin du spectacle renvoie une d\u00e9charge \u00e9motionnelle encore plus forte. Les danseuses explosent en duo d\u2019une mani\u00e8re sublime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La musique prend fin\u00a0: un retentissement d\u2019applaudissement s\u2019entend dans la salle, des cris, des pleurs m\u00eame\u00a0; les danseuses sont ovationn\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, il s\u2019agit de l\u2019ensemble du spectacle qui r\u00e9v\u00e8le toute la beaut\u00e9 du travail de Rachid Ouramdane. Tout prend sens, comme si le spectateur avait enfin rassembl\u00e9 un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments, afin de les associer, et d\u2019en tirer une parfaite conclusion. Au travers de la gestuelle des danseuses, Rachid Ouramdane cherche \u00e0 d\u00e9construire notre regard, \u00e0 le tordre. Par l\u2019expression corporelle des deux femmes, r\u00e9v\u00e9lant leurs fragilit\u00e9s, se confessant au spectateur, la chor\u00e9graphe tord notre vision des choses, et ainsi, nous force \u00e0 voir autrement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Orlane Lefeuvre<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Le spectacle <em>Tordre<\/em> r\u00e9alis\u00e9 et con\u00e7u par Rachid Ouramdane dans le cadre du festival d&rsquo;automne \u00e0 Paris, nous livre une r\u00e9flexion tr\u00e8s po\u00e9tique sur le corps et les diverses transformations qu&rsquo;il conna\u00eet. C&rsquo;est autour d&rsquo;une rencontre entre deux danseuses, Annie Hanauer et Lora Juodkaite, que l\u2019\u0153il du spectateur voit se dessiner de mani\u00e8re tr\u00e8s douce et presque imperceptible les torsions et les courbes de ces femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute la sc\u00e9nographie est r\u00e9duite \u00e0 un d\u00e9cor blanc, \u00e9pur\u00e9 et deux h\u00e9lices noires qui pendent du plafond et commencent \u00e0 tourner \u00e0 un rythme extr\u00eamement lent au milieu de la pi\u00e8ce. Les deux danseuses portent des tenues noires proches du corps qui d\u00e9tonnent avec la clart\u00e9 de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce d\u00e9cor minimaliste, ces derni\u00e8res \u00e9voluent sans parvenir \u00e0 danser ensemble avant l&rsquo;extr\u00eame fin de la pi\u00e8ce. La compr\u00e9hension d&rsquo;une intrigue est complexe, voir peut \u00eatre vaine. En effet, comment comprendre la tentative rat\u00e9e d&rsquo;une chor\u00e9graphie en duo d\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce puis l&rsquo;\u00e9volution de chacune des danseuses ind\u00e9pendamment l&rsquo;une de l&rsquo;autre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux danseuses, deux univers, deux prouesses artistiques diff\u00e9rentes que Rachid Ouramdame r\u00e9unit sous le th\u00e8me central du \u00ab\u00a0regard endormi\u00a0\u00bb. Nous comprenons r\u00e9ellement cette expression avec la chor\u00e9graphie de Lora Juodkaite qui parvient \u00e0 tourner sur elle-m\u00eame de mani\u00e8re extr\u00eamement r\u00e9guli\u00e8re et pr\u00e9cise. A mesure de ce mouvement rotatif, ses bras s&rsquo;\u00e9tendent, se r\u00e9tractent, se courbent. Le regard du spectateur est alors compl\u00e8tement perturb\u00e9 par ces mouvements car ils sont presque imperceptibles et n&rsquo;apparaissent franchement qu&rsquo;\u00e0 la toute fin du geste. D&rsquo;un point A qui serait l&rsquo;\u00e9tat statique de la danseuse, l\u2019\u0153il est amen\u00e9 \u00e0 un point B sans avoir conscience du changement d&rsquo;\u00e9tat op\u00e9r\u00e9 pour y arriver. Nous pourrions donner comme image le \u00ab\u00a0flip book\u00a0\u00bb, ce petit livre o\u00f9 l&rsquo;on doit faire d\u00e9filer les pages tr\u00e8s vite afin de voir appara\u00eetre une animation. Chaque page prise individuellement pr\u00e9sente un dessin, il n&rsquo;a aucune valeur en soi mais sit\u00f4t int\u00e9grer dans le reste du livre, il prend tout son sens. L\u2019\u0153il n&rsquo;aurait aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 s&rsquo;attarder sur toutes les pages qui composent le flip book, mais bien au contraire il se doit de le prendre dans son int\u00e9gralit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour s&rsquo;opposer, ou du moins se d\u00e9marquer de cette chor\u00e9graphie cyclique et parfaite dans sa courbe, la danseuse Annie Hanauer nous invite dans un univers beaucoup plus fragment\u00e9, d\u00e9cousu et, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, plus dissonant. Le premier aspect est le choix \u00e9tonnant de la musique pour ses chor\u00e9graphies. Notamment l&rsquo;enregistrement in\u00e9dit de la chanteuse Nina Simone interpr\u00e9tant \u00ab\u00a0Love is the only feeling\u00a0\u00bb. La bande son est un live donn\u00e9 devant un public avec lequel la chanteuse \u00e9change directement. Cet aspect de direct donne la mati\u00e8re chor\u00e9graphique \u00e0 Annie\u00a0: aux soupirs de Nina Simone, elle contracte son pied, hausse son \u00e9paule gauche ou balance fr\u00e9n\u00e9tiquement son bras prolong\u00e9 par une proth\u00e8se. Chaque nuance de note, les rires, les interactions de la chanteuse et du public sont re\u00e7us et assimil\u00e9s par le corps d&rsquo;Annie. Avec elle c&rsquo;est un nouvel exercice pour le regard qui nous est impos\u00e9. Celui de saisir les sentiments qui traversent et agissent sur le corps de mani\u00e8re trop imperceptible pour que l\u2019\u0153il en soit conscient au quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En un mot, nous pouvons r\u00e9sumer cette pi\u00e8ce comme une sensibilisation du regard aux modifications subtiles qui construisent le monde. Ce monde dans lequel nous sommes contraints d&rsquo;\u00e9voluer ensemble tout en nous pr\u00e9servant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, Rachid Ouramdane nous propose une r\u00e9flexion quant \u00e0 la perception que nous avons du monde et des mouvements qui r\u00e9gissent nos relations humaines. Comment \u00e9voluer ensemble au sein d&rsquo;une collectivit\u00e9 sans pour autant omettre son individualit\u00e9\u00a0? La r\u00e9ponse semble commenc\u00e9e avec une prise de conscience d&rsquo;un monde en constante \u00e9volution qui doit \u00eatre appr\u00e9hender avec beaucoup de subtilit\u00e9 et de douceur pour \u00eatre efficace.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Juliette Voltz<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Patrick Imbert<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale | En savoir plus Dans le cadre du Festival d&rsquo;Automne \u00e0 Paris, le chor\u00e9graphe Rachid Ouramdane pr\u00e9sente le spectacle Tordre. Ce spectacle est la performance d&rsquo;un duo form\u00e9 par les danseuses Lora Juodkaite et Annie Hanauer. Ces deux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":854,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,6,32],"tags":[],"class_list":["post-853","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-danse","category-theatre-de-la-cite-internationale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/853","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=853"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/853\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/854"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=853"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=853"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=853"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}