{"id":857,"date":"2016-11-07T20:00:56","date_gmt":"2016-11-07T19:00:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=857"},"modified":"2016-11-07T20:00:56","modified_gmt":"2016-11-07T19:00:56","slug":"les-damnes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=857","title":{"rendered":"Les damn\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die Fran\u00e7aise | <a href=\"http:\/\/www.comedie-francaise.fr\/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1531&amp;id=516\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Les damn\u00e9s <\/em>une pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par Ivo van Hove d\u2019apr\u00e8s le film de Luchino Visconti, raconte l\u2019histoire de la famille Von Essenbeck sur plusieurs ann\u00e9es \u00e0 partir de 1933. Une riche famille allemande d\u2019industriels de l\u2019acier. La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur le repas d\u2019anniversaire du baron Joachim Von Essenbeck (Didier Sandre) o\u00f9 tous les membres de la famille sont pr\u00e9sents. Konstantin Von Essenbeck (Denis Podalyd\u00e8s), le fils du baron, membre des SA, pr\u00e9vient les convives qu\u2019\u00e0 Berlin le Reichstag est en flamme. Le baron en profite pour annoncer sa volont\u00e9 de se rapprocher du r\u00e9gime nazi. Herbert Thallman (Lo\u00efc Corbery), le mari de la ni\u00e8ce du baron, s\u2019y oppose. Pendant la nuit le baron est assassin\u00e9 et Herbert est accus\u00e9, il est contraint de fuir en laissant sa femme et ses deux filles en Allemagne. Le coupable est en r\u00e9alit\u00e9 Friedrich Bruckmann (Guillaume Gallienne), l\u2019amant de Sophie Von Essenbeck (Elsa Lepoivre). Ensemble ils complotent pour s\u2019emparer des usines, Martin Von Essenbeck (Christophe Montenez), le fils de Sophie, est l\u2019h\u00e9ritier de Joachim. Sous l\u2019influence de sa m\u00e8re il c\u00e8de la direction des usines \u00e0 Friedrich. Lequel en profite pour se rapprocher des SS et produire des armes. Konstantin veut reprendre le contr\u00f4le des aci\u00e9ries au profit des SA. S\u2019\u00e9tablit alors un jeu de trahison qui m\u00e8ne \u00e0 la mort la quasi-totalit\u00e9 de la famille.<\/p>\n<p>Ivo van Hove met pour seul d\u00e9cor un \u00e9cran sur lequel sera projet\u00e9 des images d\u2019archives et des prises des acteurs film\u00e9s en direct pendant la pi\u00e8ce. Il laisse aussi les coulisses ouvertes \u00e0 la vue du spectateur, qui peut voir les acteurs se changer et se remaquiller entre deux sc\u00e8nes. Le spectateur suit, ainsi, l\u2019action principale qui se d\u00e9roule sur la sc\u00e8ne, et celles secondaires qui se passent en coulisse. Pour mettre en exergue certaines actions Von Hove met deux cadreurs en sc\u00e8ne qui filment des d\u00e9tails, comme des dialogues, ou la course effr\u00e9n\u00e9e de Sophie lorsque Martin dispara\u00eet. Ces images fonctionnent comme des loupes. L\u2019utilisation des lumi\u00e8res met le spectateur dans une position ambig\u00fce. La salle n\u2019est pas toujours \u00e9teinte, \u00e0 la mort d\u2019un personnage la salle s\u2019illumine mettant le spectateur \u00e0 nu face aux acteurs mais aussi face aux autres spectateurs. Les cadreurs filment \u00e0 deux reprises le public qui peut se voir \u00e0 l\u2019\u00e9cran cassant ainsi l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale. Les images d\u2019archives projet\u00e9es durant la repr\u00e9sentation replacent historiquement l\u2019action tout en montrant le poids du r\u00e9gime nazi et l\u2019ambiance \u00e9touffante. Le son est un \u00e9l\u00e9ment important, au d\u00e9but un morceau au saxophone jou\u00e9 par G\u00fcnter Von Essenbeck (Cl\u00e9ment Hervieu-L\u00e9ger), le fils de Konstantin, laisse vite la place \u00e0 un morceau de Rammstein, c\u00e9l\u00e8bre groupe de m\u00e9tal allemand. Rammstein donne un cot\u00e9 contemporain \u00e0 la pi\u00e8ce et relie la mont\u00e9e du nazisme avec le paysage politique actuel qui est travers\u00e9 par la mont\u00e9e des extr\u00eames dans le monde. Enfin un sifflet \u00e0 vapeur au-devant de la sc\u00e8ne est actionn\u00e9 \u00e0 la mort d\u2019un personnage, ce son tr\u00e8s fort et surprenant sort le spectateur de ces \u00e9motions pour le confronter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Le choix d\u2019un sifflet \u00e0 vapeur peut faire penser au milieu industriel des Von Essenbeck et aux camps de concentration qui sont de v\u00e9ritables \u00ab\u00a0usines de mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Les damn\u00e9s, <\/em>est un pi\u00e8ce extraordinaire qui part le jeu fantastique des acteurs transporte le spectateur et le fait frissonner, tout en le ramenant \u00e0 sa condition m\u00eame de spectateur en cassant \u00e0 diverses reprises et par diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Arianna Bocca<\/h6>\n<hr \/>\n<p>\u00ab\u00a0 <em>\u00c0 travers les grandes sc\u00e8nes somptueuses du film, Visconti nous plonge dans les abysses du comportement humain et montre la facilit\u00e9 avec laquelle cette famille, par unique app\u00e2t du gain, pactise avec un r\u00e9gime d&rsquo;extr\u00eame droite. Grandeur et d\u00e9cadence d&rsquo;une famille aussi cupide qu&rsquo;influente et d&rsquo;un syst\u00e8me politique immoral. Ou bien s&rsquo;agit-il avant tout d&rsquo;une histoire qui nous pousse \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au monde dans lequel nous vivons aujourd&rsquo;hui ?<\/em>\u00a0\u00bb Ivo Van Hove.<\/p>\n<p><em>Les Damn\u00e9s<\/em> retrace la d\u00e9cadence d\u2019une riche famille allemande sous le \u00ab\u00a0syst\u00e8me politique immoral\u00a0\u00bb de l\u2019Allemagne nazie. La famille Essenbeck, inspir\u00e9e de l\u2019histoire des Krupp, est propri\u00e9taire de grandes aci\u00e9ries dans la Rurh, cependant elle doit faire face \u00e0 un r\u00e9gime politique qui traque sans merci tous ces opposants et tous ceux qui ne sont pas pr\u00eats \u00e0 collaborer. La terreur\u00a0 r\u00e9pressive se r\u00e9pand sur le territoire allemand et se mat\u00e9rialise avec les SS, les yeux et les oreilles du parti. La famille Essenbeck sera confront\u00e9e au choix ultime : collaborer ou ne pas collaborer. Entre les enjeux \u00e9conomiques des usines Essenbeck, le cri de la raison et celui de la passion, la famille, \u00e0 l\u2019image du pays se divise, se d\u00e9chire, recouvre une trahison par une autre. \u00ab\u00a0Les Damn\u00e9s\u00a0\u00bb raconte l\u2019Allemagne nazie, ils nous font vivre la tension, la terreur, la passion, la folie, le d\u00e9sespoir, la mort et l\u2019amour.<\/p>\n<p>La particularit\u00e9 d\u2019Ivo Van Hove repose sur la technicit\u00e9 avec le dispositif de la vid\u00e9o qui accompagne les acteurs dans leur interpr\u00e9tation, r\u00e9v\u00e9lant un certains nombres de d\u00e9tails qui creuse le jeu des acteurs et renforce la force \u00e9motionnelle de ces derniers. L\u2019\u00e9cran qui fait partie int\u00e9grante de la pi\u00e8ce nous livre tour \u00e0 tour images d\u2019archives, cadrage sur les personnages visibles ou non sur sc\u00e8ne, mais aussi un cadrage sur le public, l\u2019int\u00e9grant ainsi \u00e0 la pi\u00e8ce, comme un personnage t\u00e9moin et consentant de ce qui se d\u00e9roule sur sc\u00e8ne. Le public est d\u2019ailleurs prit comme t\u00e9moin \u00e0 chaque d\u00e9c\u00e8s, partageant ainsi le silence violent des personnages sur sc\u00e8ne, se rendant coupable de ne rien dire. Ivo Van Hove transcende les fronti\u00e8res classiques du th\u00e9\u00e2tre avec merveille en d\u00e9voilant les coulisses, les entrailles du th\u00e9\u00e2tre, sublimant le hall d\u2019entr\u00e9e de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. Il s\u2019\u00e9mancipe du cadre habituel et lib\u00e8re de ce fait le jeu d\u2019acteur qui prend vit par-del\u00e0 le th\u00e9\u00e2tre, s\u2019aventure dans la rue, tout en laissant le spectateur sur son si\u00e8ge, face \u00e0 un \u00e9cran qui lui livre le d\u00e9sespoir d\u2019un personnage plus r\u00e9el que fictif.<\/p>\n<p>La technicit\u00e9 mise \u00e0 part, les textes sont parlants pour tous, modestes et justes. Les images en disant plus que les paroles. Cependant la combinaison de la musique qui habille de drame l\u2019histoire, des images d\u2019archives projet\u00e9es ou sugg\u00e9r\u00e9es par une reconstruction subliminale, d\u2019un jeu d\u2019acteur tr\u00e8s dramatique, pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, notamment lorsqu\u2019il s\u2019agit de retranscrire la violence de la mort par une cam\u00e9ra plac\u00e9e dans les cercueils, th\u00e9\u00e2tralise sans doute un peu trop ces \u00e9v\u00e9nements historiques. Il n\u2019\u00e9tait, me semble-t-il pas n\u00e9cessaire d\u2019offrir un cocktail autant exacerb\u00e9, m\u00eame si le r\u00e9sultat est d\u2019une esth\u00e9tique parfaite. Bravo aux acteurs. Bravo au g\u00e9nie du metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">G\u00fcl Bolat<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Ce soir, je me suis fait fusiller.<\/p>\n<p>Comment \u00e9crire apr\u00e8s un spectacle comme celui auquel je viens d\u2019assister\u00a0? Il ne s\u2019agit plus d\u2019\u00e9crire mais de trouver seulement les mots. Apr\u00e8s ce couperet, apr\u00e8s ces cercueils \u00e0 la cha\u00eene, apr\u00e8s la mont\u00e9e en puissance de la haine contenue puis formul\u00e9e, il s\u2019agit de revenir \u00e0 la raison.<\/p>\n<p>Surtout, comment ne pas y voir un \u00e9cho \u00e0 la trag\u00e9die de Richard III, dans laquelle le jeune Richard gangr\u00e8ne\u00a0ses pairs ? Les liens du sang ne tiennent plus pour se pr\u00e9server du mal. D\u00e9sormais, c\u2019est le sang que l\u2019on fait couler. Le fruit est d\u00e8s l\u2019origine pourri, que ce soit dans cette trag\u00e9die shakespearienne ou dans cette pi\u00e8ce glaciale qu\u2019est <em>Les<\/em> <em>Damn\u00e9s<\/em>. Thomas Joly et Christophe Montenez n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi proches\u00a0: deux \u00eatres en d\u00e9calage qui se transforment en manipulateurs.<\/p>\n<p>Un spectacle haut en couleurs\u2026funestes.<\/p>\n<p>Du rouge. Du noir. Du blanc. Ce ne sont pas les couleurs des voyelles, mais les couleurs de la manipulation du langage et de l\u2019esprit. <em>Les Damn\u00e9s<\/em>, c\u2019est l\u2019histoire funeste de la mort des esprits, la victoire de la manipulation et de la perversion. Les nus t\u00e9moignent du mal comme la perversion des passions jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os. La f\u00eate est au d\u00e9bordement\u00a0: ces nus s\u2019encha\u00eenent, s\u2019essoufflent, se tuent.<\/p>\n<p>Un nouveau film.<\/p>\n<p>A cause de l\u2019\u00e9cran central et des petits \u00e9crans situ\u00e9s sur chaque balcon, les images se d\u00e9doublent, \u00e0 tel point que l\u2019on a la sensation \u00e9trange de p\u00e9n\u00e9trer l\u2019intimit\u00e9 d\u2018un film se d\u00e9ployant sous nos yeux. Les \u00e9crans, plut\u00f4t que de mettre la distance entre le repr\u00e9sent\u00e9 et nous, resserrent l\u2019espace\u00a0; les visages ne trompent pas, ils sont l\u2019expression des troubles int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs. Les visages se crispent, g\u00e9missent, grimacent. Les corps n\u2019ont plus d\u2019intimit\u00e9. Et nous, nous rentrons en nous-m\u00eames\u00a0: ce spectacle est un voyage int\u00e9rieur dans les coins recul\u00e9s et sombres de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Deux moments ont v\u00e9ritablement retenu mon attention\u00a0: le premier est lorsque Martin (Christophe Montenez) se recouvre des cendres de chaque corps envoy\u00e9 \u00e0 la mort. Renaissance non pas \u00e0 la vie mais au mal et \u00e0 la puissance destructrice. Le second n\u2019est autre que la sc\u00e8ne finale, \u00e9tonnante (au sens fort du terme) et mortif\u00e8re, de la fusillade. Un \u00e9cho aux \u00e9v\u00e9nements contemporains. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019histoire et la connaissance que l\u2019on en a constituent un enjeu fondamental pour \u00e9clairer notre action. Apprendre de son pass\u00e9 c\u2019est ouvrir les yeux sur son pr\u00e9sent et \u00e9viter autant que faire se peut de sombrer dans des id\u00e9ologies assassines.<\/p>\n<p>Je conclurai par l\u2019\u00e9vocation de l\u2019image qui m\u2019a profond\u00e9ment marqu\u00e9e\u00a0: la m\u00e8re est film\u00e9e par la cam\u00e9ra \u00e0 travers un filtre sp\u00e9cifique qui en fait une v\u00e9ritable fantasmagorie, une sorte de revenante. La stature d\u2019Elsa Lepoivre m\u2019a renvoy\u00e9 \u00e0 l\u2019image de Ph\u00e8dre\u00a0; image funeste qui annonce sa mort prochaine.<\/p>\n<p>J\u2019ai aim\u00e9 ce spectacle notamment par son ambition mais aussi son humilit\u00e9. En tant que spectatrice, je n\u2019ai pas senti cette volont\u00e9 de m\u2019impressionner. Ce fut un v\u00e9ritable spectacle qui a, selon moi, r\u00e9ussi son pari\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre couve des enjeux politiques et moraux. Cette pi\u00e8ce nous invite \u00e0 une prise de conscience et \u00e0 une d\u00e9nonciation des maux de ce monde, pass\u00e9s et pr\u00e9sents.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">C\u00e9cile Brondex<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Les Damn\u00e9s est une pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale mis en sc\u00e8ne par Ivo van Hove d\u2019apr\u00e8s le film de Luchino Visconti. Il prend place en Allemagne, le 27 F\u00e9vrier 1933, l\u2019intrigue principale tourne autour d\u2019une famille allemande, celle des Von Essenbeck, propri\u00e9taire de grandes aci\u00e9ries. Regroup\u00e9 pour l\u2019anniversaire du Baron Joachim , toute la famille se retrouve sur une sc\u00e8ne am\u00e9nag\u00e9e de fa\u00e7on simple , avec cependant les coiffeuses de loges d\u2019artistes dispos\u00e9 sur le bas cot\u00e9 de la sc\u00e8ne, pr\u00e8s des costumes, comme si les coulisses \u00e9taient ouvertes \u00e0 la vue du public, ce qui offre un aspect d\u2019intimit\u00e9 au public en surplus d\u2019une point de vue que nous offre les deux cam\u00e9ras qui d\u00e9ambulent sur sc\u00e8ne et dont les images sont projet\u00e9s sur un grand \u00e9cran blanc, au fond de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Un incendie du Reishtag \u00e0 Berlin au cours du repas m\u00e8ne Joachim \u00e0 d\u00e9clarer sa volont\u00e9 de rapprocher son entreprise du partis nazi, suit a cette d\u00e9claration une machination \u00e9labor\u00e9e par Friedrich Bruckman et sa maitresse Sophie Von Esserbeck visant \u00e0 s\u2019emparer des usines. Friedrich tue Joachim et fait porter l\u2019accusation sur Herbert, le neveu de Joachim. Martin, le fils de Sophie , h\u00e9rite de l\u2019entreprise et d\u00e9l\u00e8gue ses pouvoirs \u00e0 Friedrich ; un engrenage de complot et de violence prend alors forme menant alors \u00e0 la quasi destruction de la famille.<\/p>\n<p>On assiste ici \u00e0 une mise en sc\u00e8ne v\u00e9ritablement atypique avec des \u00e9l\u00e9ment modernes telles que les cam\u00e9ras \u00e9nonc\u00e9es ci dessus qui permettent un point de vue sur des plans qu\u2019il ne nous aurai pas \u00e9t\u00e9 permis de voir de notre position , a nous, spectateur.<\/p>\n<p>Les cameras suivent parfois les com\u00e9diens au dehors de la sc\u00e8ne, et provoque la fascination du public , comme lorsque Sophie cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment son fils et s\u2019engage alors jusqu\u2019au abord de la com\u00e9die fran\u00e7aise, brisant les limites de la sc\u00e8ne , d\u2019habitude impos\u00e9e au com\u00e9diens. On suit aussi la pi\u00e8ce via les \u00e9crans lorsque les personnages meurt et son emmen\u00e9 jusque dans leurs cercueils, situ\u00e9 en dehors de la sc\u00e8ne, et sont aussi parfois projet\u00e9s des images de nous spectateurs, film\u00e9es par le cam\u00e9ra-man ; nous faisons alors partie int\u00e9grante de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>La sc\u00e9nographie et la mise en sc\u00e8ne sont r\u00e9ellement les points forts de cette pi\u00e8ce, avec les costumes , parfois effectu\u00e9s sur sc\u00e8ne lorsque les com\u00e9diens se changent, quand ils sont aussi parfois cr\u00e9\u00e9s par ceux ci, par exemples lorsque l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre les noces fun\u00e8bre de Sophie et Friedrich et que c\u2019est alors une glaise noire et des plumes qui serviront de robe de marier a Sophie, ou la poudre blanche qui servira pour la sc\u00e8ne finale \u00e0 Martin, ou bien lorsque c\u2019est la nudit\u00e9 qui est expos\u00e9e.<\/p>\n<p>Les techniques m\u00e9diatiques apportent donc une grande ampleur \u00e0 la pi\u00e8ce et ne servent pas qu\u2019a repr\u00e9senter ce qu\u2019il se passe sur sc\u00e8ne, mais l\u2019\u00e9cran diffuse aussi des images qui d\u00e9forment la r\u00e9alit\u00e9 , certaines en n\u00e9gatif par exemples ; d\u2019autre images projet\u00e9s ont aussi pu \u00eatre filmer pr\u00e9alablement comme la c\u00e8ne du meurtre de Friedrich.<\/p>\n<p>La musique et les sons apporte de m\u00eame un r\u00e9elle absorption des spectateurs vers la pi\u00e8ces avec cette sir\u00e8ne de train qui retentit fr\u00e9quemment et permet une segmentation de la pi\u00e8ce , ou les d\u00e9tonations assourdissante de Martin dans la sc\u00e8ne finale lorsque qu\u2019il monte sur une estrade, pointe son arme vers le public et se met \u00e0 tirer, ce qui \u00e0 provoquer pour ma part un choc sur le moment.<\/p>\n<p>Les r\u00e9actions des spectateurs se sont fait sentir pendant la pi\u00e8ce lorsque les premi\u00e8res sc\u00e8nes de nues ont eu lieu et lorsque l\u2019ont f\u00fbt film\u00e9s, et se f\u00fbt un tonnerre d\u2019applaudissement qui retentisse \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce poss\u00e8de une dimension historique bien mise en valeur par la mise en sc\u00e8ne et le jeu r\u00e9ellement incroyables des com\u00e9diens pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Diane Brugi\u00e8re<\/h6>\n<hr \/>\n<p>En cette soir\u00e9e du 7 novembre 2016 se jouait \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise la pi\u00e8ce d&rsquo;Ivo van Hove <em>Les Damn\u00e9s<\/em>, librement adapt\u00e9e du film \u00e9ponyme de Visconti. La distribution \u00e9tait all\u00e9chante ;\u00a0 Denis Podalyd\u00e8s et Guillaume Gallienne faisaient, entre autres, partie du projet. Et quel projet : Ivo van Hove proposait un r\u00e9el \u00ab\u00a0retour au sc\u00e9nario pour le mettre en sc\u00e8ne au th\u00e9atre\u00a0\u00bb. L&rsquo;histoire concerne la famille von Essenbeck, des industriels allemands. R\u00e9unis \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;anniversaire de Joachim, le propri\u00e9taire de l&rsquo;entreprise, ils apprennent l&rsquo;incendie du Reichstag. Joachim, qui avait confi\u00e9 la direction de l&rsquo;aci\u00e9rie \u00e0 son neveu Herbert, d\u00e9cide \u00e0 contrecoeur de nommer \u00e0 sa place son fils Konstantin, membre des SA. Sophie, veuve du fils ain\u00e9 de Joachim, et son amant Friedrich montent dans la nuit un plan pour s&#8217;emparer des usines et tuent Joachim avec le revolver d&rsquo;Herbert, for\u00e7ant ce dernier \u00e0 fuir. L&rsquo;h\u00e9ritier des usines sera le fils de Sophie, Martin, jeune homme mentalement instable. Sous le contr\u00f4le de sa m\u00e8re, il nomme Friedrich directeur des aci\u00e9ries \u00e0 la place de Konstantin. Pris dans ce cercle de violence, la famille continuera \u00e0 s&rsquo;entre-d\u00e9chirer jusqu&rsquo;\u00e0 son an\u00e9antissement complet.<\/p>\n<p>La violence est accentu\u00e9e tout au long du spectacle dans le but de remuer le spectateur. Pour atteindre cet objectif, rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 au hasard : de la lumi\u00e8re toujours forte pour emp\u00eacher le public de se sentir \u00e0 l&rsquo;aise, \u00e0 des stimulations visuelles constantes par le biais d&rsquo;\u00e9crans, en passant par la diffusion de fortes musiques. Certains proc\u00e9d\u00e9s utilis\u00e9s m&rsquo;ont cependant d\u00e9rang\u00e9, comme la pr\u00e9sence de cam\u00e9ramen retransmettant l&rsquo;image des acteurs sur les \u00e9crans, m\u00eame si je dois reconna\u00eetre que cette mise en sc\u00e8ne en fait un usage pertinent : la multiplicit\u00e9 des points de vue permet une grande intimit\u00e9 dans les dialogues. L&rsquo;autre grand d\u00e9faut de la mise en sc\u00e8ne est le port de micros par les com\u00e9diens. Outre le fait que certains \u00e9taient d\u00e9faillants, les micros prennent souvent le pas sur la performance vocale des com\u00e9diens. Je reconnais cependant que les choix du metteur en sc\u00e8ne rendent leur usage obligatoire : une partie importante de la pi\u00e8ce se d\u00e9roulant au d\u00e9but des coulisses des deux c\u00f4t\u00e9s, et de nombreux dialogues n&rsquo;auraient pas pu \u00eatre entendus.<\/p>\n<p>Concernant le jeu propos\u00e9, il est particuli\u00e8rement bon. Christophe Montenez, interpr\u00e9tant Martin, est \u00e9poustouflant dans son r\u00f4le. On lui d\u00e9couvre tour \u00e0 tour une folie meurtri\u00e8re et haineuse envers sa m\u00e8re, mais aussi des instincts p\u00e9dophiles et incestueux frappants tant ils sont jou\u00e9s avec talent. L&rsquo;audience en vient \u00e0 retenir son souffle pendant les deux minutes d&rsquo;\u00e9vocation p\u00e9dophile lancinantes qui semblent en durer dix tant elles sont intens\u00e9ment interpr\u00e9t\u00e9es. Christophe Montenez est la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une distribution excellente.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, cette relecture du film de Visconti parvient \u00e0 transmettre un profond sentiment de d\u00e9rangement. Aux points culminants de la repr\u00e9sentation, lors des rituels de mort, la cam\u00e9ra balaie m\u00eame l&rsquo;assembl\u00e9e estomaqu\u00e9e qui, pour une seconde, se retrouve affich\u00e9e aux \u00e9crans, immobile. N&rsquo;avons nous pas boug\u00e9 parce que c&rsquo;\u00e9tait du th\u00e9\u00e2tre ou bien parce que personne n&rsquo;a boug\u00e9 lors de la mont\u00e9e du nazisme ? C&rsquo;est l&rsquo;une des questions qui se sont bouscul\u00e9es dans la t\u00eate de chacun \u00e0 la sortie du th\u00e9\u00e2tre, alors que d\u00e9filaient encore dans les esprits l&rsquo;image terrible de la haine sans plus aucune limite ayant meurtri, pour quelques heures, les planches de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Quentin Fichot<\/h6>\n<hr \/>\n<p>\u00ab\u00a0[&#8230;] Dans l&rsquo;harmonie cinglante d&rsquo;un quatuor de cuivres, dans la nudit\u00e9 souffrante et dans le sang r\u00e9pandu, ce sont les Enfers que nous voyons.\u00a0\u00bb Ce sont l\u00e0 les mots d&rsquo;Eric Ruf \u00e0 propos de cette pi\u00e8ce envo\u00fbtante et d\u00e9rangeante qu&rsquo;est Les Damn\u00e9s. Le genre de pi\u00e8ce dont on ne peut dire si l&rsquo;on a aim\u00e9 o\u00f9 non, tant elle est sublimement malsaine.<\/p>\n<p>Dans une mise en sc\u00e8ne de Ivo van Hove les com\u00e9diens \u00e9voluent au c\u0153ur de la salle Richelieu sur un plateau orange, puis noir, o\u00f9 ils se retrouvent captur\u00e9s par les \u00e9clairages qui ne cessent de varier, mais \u00e9galement par les deux cam\u00e9ras qui filment la pi\u00e8ce en m\u00eame temps qu&rsquo;elle se d\u00e9roule, cr\u00e9ant une mise en ab\u00eemes perturbante car impossible \u00e0 ignorer, dans des ambiances tr\u00e8s diff\u00e9rentes qui participent souvent \u00e0 l&rsquo;accentuation du malaise collectif qui ne cessera de s&rsquo;amplifier jusqu&rsquo;au dernier instant.<br \/>\nSi le premier quart d&rsquo;heure n&rsquo;a rien d&rsquo;extraordinaire, les choses ne tardent pas \u00e0 tanguer pour basculer dans un cercle psych\u00e9d\u00e9lique o\u00f9 la pudeur et le bon go\u00fbt laissent place \u00e0 l&rsquo;exag\u00e9ration, la g\u00eane, l&#8217;embarras, la stup\u00e9faction et l&rsquo;horreur. Certaines sc\u00e8nes sont difficilement soutenables (essentiellement les sc\u00e8nes sugg\u00e9rant les attouchements p\u00e9dophiles de Martin) et la violence des corps nus sur ce plateau finalement vide peut poser probl\u00e8me. On comprend tout de suite beaucoup mieux pourquoi la pi\u00e8ce est d\u00e9conseill\u00e9e au -18 ans et aux scolaires&#8230;<\/p>\n<p>Et pourtant impossible de l\u00e2cher prise, la salle est suspendue aux l\u00e8vres des com\u00e9diens, \u00e0 la fois fascin\u00e9e et horrifi\u00e9e de ce qui se d\u00e9roule sous nos yeux. De l&rsquo;incendie du Reichtag \u00e0 la seconde guerre mondiale, les images d\u00e9filent, l&rsquo;armement des usines, la destruction par le feu de centaines de livres, les camps de concentration&#8230;<\/p>\n<p>Lorsque la troupe s&rsquo;avance pour saluer, il y a un moment de flottement avant que les premiers applaudissements ne retentissent, comme si chacun reprenait ses esprits et r\u00e9alisait que \u00ab\u00a0\u00e7a y est, c&rsquo;est fini.\u00a0\u00bb On en ressort abasourdis mais inconfortablement fascin\u00e9s.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathilde Flament<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Apr\u00e8s <em>Rocco et ses fr\u00e8res<\/em> en 2008 et<em> Ludwig<\/em> en 2012,\u00a0 Ivo van Hove, actuel directeur artistique du Toneelgroep Amsterdam signe avec <em>Les Damn\u00e9s<\/em> une troisi\u00e8me adaptation th\u00e9\u00e2trale d\u2019un sc\u00e9nario du cin\u00e9aste Luchino Visconti\u00a0; adaptation marquant par ailleurs la premi\u00e8re collaboration entre le metteur en sc\u00e8ne belge et la troupe de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. Ce spectacle, cr\u00e9e pour l\u2019ouverture de la 70\u00e8 \u00e9dition du Festival d\u2019Avignon dans la Cour d\u2019honneur du Palais des Papes puis repris \u00e0 la salle Richelieu de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise en novembre 2016 nous offre\u00a0 une chronique d\u2019une famille d\u2019industriels plongeant dans la violence et la d\u00e9cadence en\u00a0 pleine p\u00e9riode d\u2019ascension du nazisme au pouvoir. Luttes de pouvoir, d\u00e9bauches, perversions, autant de p\u00e9rip\u00e9ties permettant le surgissement progressif\u00a0 d\u2019une violence inou\u00efe, brutale et orgiaque. C\u2019est donc cette violence avec ses origines, ses modes de propagation et sa r\u00e9sonnance avec l\u2019actualit\u00e9\u00a0 qu\u2019interroge cet huis-clos.<\/p>\n<p>La formidable performance des acteurs, le caract\u00e8re particuli\u00e8rement percutant de certaines s\u00e9quences tant sur le, plan visuel qu\u2019\u00e9motionnel et intellectuel, la sc\u00e9nographie sobre, soign\u00e9e et signifiante, une tension parfaitement maintenue, la gla\u00e7ante r\u00e9sonnance en fin de spectacle \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 sont autant de points participant \u00e0 la production d\u2019une intensit\u00e9 marquant et troublant le spectateur. Toutefois l\u2019utilisation parfois abusive de la vid\u00e9o semble \u00e0 certains \u00e9gards compromettre la tension que cherche \u00e0 produire cette mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>La vid\u00e9o occupe en effet une place primordiale et toutes ses utilisations au sein de ce spectacle ne sont pas superflues\u00a0; certaines proposant m\u00eame au contraire d\u2019int\u00e9ressantes r\u00e9flexions interrogeant le genre du th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame. La fonction informative et r\u00e9f\u00e9rentielle exploit\u00e9e par la diffusion d\u2019images d\u2019archives permettant la contextualisation de l\u2019action est tout \u00e0 fait pertinente et joue sur la fronti\u00e8re entre fiction et th\u00e9\u00e2tre documentaire. Il en est de m\u00eame pour l\u2019id\u00e9e de filmer les acteurs en coulisses.\u00a0 Repr\u00e9senter le hors-sc\u00e8ne en prolongeant l\u2019espace de jeu jusque dans les loges, voire m\u00eame jusque dans la salle et l\u2019\u00e9difice am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9interroger les limites de l\u2019espace sc\u00e9nique. Cette abolition des d\u00e9limitations de la sc\u00e8ne permet une juste repr\u00e9sentation du d\u00e9bordement de la violence, comme si la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale elle-m\u00eame ne pouvait plus contenir cette violence monstrueuse. Saluons \u00e9galement la prouesse technique des cameramen, filmant avec beaut\u00e9 et pr\u00e9cision le jeu des acteurs. Toutefois, malgr\u00e9 cette ma\u00eetrise technique et ces usages int\u00e9ressants de l\u2019image film\u00e9e, l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019\u00e9cran projetant les captations sur le vif\u00a0 des acteurs en train de jouer se\u00a0 fait parfois au d\u00e9triment de la sc\u00e8ne.\u00a0 L\u2019intensit\u00e9 de ce qui passe sur sc\u00e8ne s\u2019en trouve en effet amoindri, les spectateurs \u00e9prouvent de la difficult\u00e9 \u00e0 concentrer leur regard retranchant ainsi de l\u2019intensit\u00e9 \u00e0 une action sc\u00e9nique pourtant si bien jou\u00e9e\u00a0;\u00a0 comme si le th\u00e9\u00e2tre avouait ses propres faiblesse face \u00e0 la vid\u00e9o.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cette surutilisation parfois maladroite de la vid\u00e9o c\u2019est troubl\u00e9 et marqu\u00e9 que le spectateur ressort de cette repr\u00e9sentation.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Rosalie Tourteaux<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre adapt\u00e9 du sc\u00e9nario des <em>Damn\u00e9s<\/em> &#8211; c\u00e9l\u00e8bre film du r\u00e9alisateur Visconti de 1969. La troupe de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise pr\u00e9sente cette pi\u00e8ce \u00e0 la salle Richelieu, cette fois-ci du 24 septembre au 13 janvier inclus.<\/p>\n<p>Mis en sc\u00e8ne par Ivo van Hove, ceci n\u2019est pas une adaptation du film de Luchino Visconti, mais une mise en sc\u00e8ne du <u>sc\u00e9nario<\/u> <em>Damn\u00e9s<\/em> pour le th\u00e9\u00e2tre. La sc\u00e9nographie et lumi\u00e8res par Jan Versweyveld, costumes par An D\u2019Huys, vid\u00e9o &#8211; Tal Yarden, musique originale et concept sonore &#8211; Eric Sleichim etc.<\/p>\n<p>De quoi s\u2019agit-il ? En1933, la famille von Essenbeck se r\u00e9unit pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019anniversaire du Baron Joachim. Ce dernier d\u00e9clare qu\u2019il rapprochera l\u2019entreprise familiale du parti nazi, avec intention de devenir plus riche. Herbert Thallman, neveu de Joachim et directeur adjoint des usines, d\u00e9missionne au profit de Konstantin von Essenbeck, second fils du Baron.<\/p>\n<p>Sophie von Essenbeck, veuve du fils a\u00een\u00e9 de Joachim, et son amant Friedrich Bruckman, tous deux proches des S.S. montent alors un plan d\u2019usurper les usines : dans la nuit, Friedrich tue le vieux Joachim avec le revolver d\u2019Herbert, le faisant ainsi coupable et le condamnant \u00e0 fuir.<\/p>\n<p>Martin, fils de Sophie, jeune homme sous l\u2019influence de sa m\u00e8re, h\u00e9rite la pr\u00e9sidence de la soci\u00e9t\u00e9 et la donne \u00e0 Friedrich. Vient la nuit des Longs Couteaux (du 29 au 30 juin 1934) au cours de laquelle les assassinats des S.A. par les nazis ont eu lieu. Pris dans cette histoire, et dans une lutte pour le pouvoir entre la violence et la folie, la famille von Essenbeck perdra tout.<\/p>\n<p>On voit les protagonistes dispara\u00eetre les uns apr\u00e8s les autres. Tr\u00e8s peu s\u2019en \u00e9chappe.<\/p>\n<p>Dans ce spectacle, tout est impeccable. Le spectateur, t\u00e9moin de cette violence et d\u00e9sordre, ne peut rester neutre ou indiff\u00e9rent. Les acteurs sont remarquables dans leur repr\u00e9sentation, le texte est fort et la sc\u00e9nographie s\u2019adapte tr\u00e8s bien au lieu.<\/p>\n<p>Dans la salle, en fond de sc\u00e8ne, un \u00e9cran est install\u00e9. C\u2019est sur cet \u00e9cran que les images film\u00e9es en \u00ab\u00a0live\u00a0\u00bb sont projet\u00e9es. Des cam\u00e9ras se trouvent sur sc\u00e8ne, et les cadreurs suivent les acteurs et les filment au plus pr\u00e8s. L\u2019\u00e9cran-vid\u00e9o fonctionne comme une loupe, o\u00f9 des images pr\u00e9-film\u00e9es se m\u00ealent aux images de pr\u00e9sent. Parfois, l\u2019illusion produit une confusion.<\/p>\n<p>Cette sc\u00e9nographie est tr\u00e8s efficace. La musique est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans la pi\u00e8ce et tr\u00e8s riche. On y retrouve des extraits de Stravinski, de Beethoven. Dans certains moments, Eric Sleichim choisit de faire appel au Rammstein (groupe allemand), et il utilise des tonalit\u00e9s dures et agressives.<\/p>\n<p>Ivo van Hove est un metteur en sc\u00e8ne connu pour ses sc\u00e9nographies marquantes et son esth\u00e9tisme pouss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame. Son th\u00e9\u00e2tre est un th\u00e9\u00e2tre choc, avec l\u2019enjeu, dans cette pi\u00e8ce, de montrer les horreurs du nazisme comme m\u00e9taphore de l\u2019extr\u00eame droite en Europe.<\/p>\n<p><em>Les Damn\u00e9s<\/em> n\u2019est pas seulement une image politique, c\u2019est aussi une grande histoire de famille, avec des luttes internes extr\u00eamement violentes. Nous avons re\u00e7u des id\u00e9es tr\u00e8s int\u00e9ressantes et tr\u00e8s justes.<\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce nous montre comment un homme peut se laisser porter par les \u00e9v\u00e9nements et devenir m\u00e9prisable. On voit \u00e9galement comment un jeune homme, manipul\u00e9 et pouss\u00e9, devient un tueur. Ivo Van Hove nous fait le tableau de la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00e9misme et les risques possibles.<\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce ne vous laissera pas indiff\u00e9rents et vous d\u00e9rangera probablement. C\u2019est un spectacle \u00e0 voir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Isadora Vlaovic<\/h6>\n<pre>Photo : Anne-Christine Poujolat<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die Fran\u00e7aise | En savoir plus Les damn\u00e9s une pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par Ivo van Hove d\u2019apr\u00e8s le film de Luchino Visconti, raconte l\u2019histoire de la famille Von Essenbeck sur plusieurs ann\u00e9es \u00e0 partir de 1933. 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