{"id":860,"date":"2016-11-10T20:00:53","date_gmt":"2016-11-10T19:00:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=860"},"modified":"2016-11-10T20:00:53","modified_gmt":"2016-11-10T19:00:53","slug":"and-so-you-see","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=860","title":{"rendered":"And so you see&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | <a href=\"http:\/\/www.theatre-bastille.com\/saison-16-17\/les-spectacles\/and-so-you-see\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>And so you see&#8230; Un spectacle anglophone \u00e0 Bastille questionnant les biens mat\u00e9riels dont s&rsquo;entoure l&rsquo;homme \u00e0 travers la danse contemporaine.\u00a0 Les deux personnages pr\u00e9sents sur la sc\u00e8ne sont le danseur contemporain Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza et le projectionniste Lais Foulc.Cette repr\u00e9sentation est pour moi \u00e0 l&rsquo;image des spectacles donnes dans l&rsquo;antiquit\u00e9 par le pouvoir romain afin de se faire aimer du public, ce qui me fait de la peine pour la condition de l&rsquo;humanit\u00e9.<br \/>\nEn effet, le d\u00e9but du spectacle commence par ce que serait la mort de l&rsquo;homme, d\u00e9pourvu de tout, nu, et commence donc avec une impression de path\u00e9tique. Tout en com\u00e9die afin de faire rire le spectateur, la repr\u00e9sentation retrace la vie d&rsquo;un homme androgyne, de l&rsquo;Afrique du Sud, ayant un pouvoir militaire et donc des liaisons avec des figures d&rsquo;hommes politiques blancs, tel que Poutine : une histoire triste, difficile a envier et beaucoup trop facile a juger. On finit enfin par comprendre que toute son enfance \u00e9tait baign\u00e9e dans la violence des guerres.L&rsquo;action se d\u00e9roule dans le noir, avec pour seule lumi\u00e8re un projecteur grossissant le danseur afin qu&rsquo;il soit vu par tous les spectateurs. Cela ajoute\u00a0 un effet de voyeurisme, ou m\u00eame le sujet concerne se compla\u00eet.<br \/>\nL&rsquo;acteur, ayant tout l&rsquo;espace a sa disposition, utilise d\u2019abord le milieu de la sc\u00e8ne qui est noire, donnant l&rsquo;impression qu&rsquo;il l&rsquo;envahit compl\u00e8tement.\u00a0 Puis lorsqu&rsquo;il perd de sa puissance (c&rsquo;est \u00e0 dire plus il retourne en adolescence, avec le sentiment qu&rsquo;il est envahit par son ambition et par les vices du monde) et plus il se restreint a une petite place, au fond de la sc\u00e8ne a gauche.Les spectateurs occupent la m\u00eame place que les \u00e9l\u00e8ves dans un amphith\u00e9\u00e2tre, ils dominent la sc\u00e8ne en nombre et en hauteur. Les m\u00e9dias utilis\u00e9s sont deux projecteurs : un, en grand, qui donne vue sur un tableau blanc et un deuxi\u00e8me, plus petit, qui n&rsquo;est utilise qu&rsquo;une fois c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 la fin pour faire comprendre au spectateur l&rsquo;enfance du personnage en affichant l&rsquo;image d&rsquo;un enfant soldat sur le corps du danseur. C&rsquo;est \u00e0 mon avis le moment de le plus intense de la sc\u00e8ne, ou l&rsquo;on entend pas un bruit, ni de la part de l&rsquo;acteur ni de celle des spectateurs.Le personnage, \u00e9tant danseur, ne prend la parole que pour sortir des sons gutturaux sans sens particulier mais avec la logique de son caract\u00e8re, afin de faire r\u00e9agir le spectateur. Cela fait \u00e9galement office de son sur la sc\u00e8ne car il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autre.<br \/>\nLes spectateurs avaient l&rsquo;air enchante de se moquer ainsi et r\u00e9agissaient au moindre mouvement coups de fouets, crachats, rejets&#8230;Bien qu&rsquo;il m\u2019\u00e9tait difficile de rentrer dans l&rsquo;humour noir illustre par ce spectacle de danse, il est toutefois a mon avis r\u00e9ussi dans la mesure ou il contraint le spectateur a r\u00e9fl\u00e9chir sur des th\u00e8mes aussi bien historiques qu&rsquo;actuels, humains ou politiques.Les costumes de Marianne Fassler\u00a0 sont magnifiques et innovants, esth\u00e9tiques et techniques a la fois, ayant souvent une double utilit\u00e9. Par exemple, le drap de plumes qui recouvre le fauteuil dans lequel on voit au d\u00e9but un cadavre emballe dans du plastique devient une jupe colore, puis des ailes de paon. Des capteurs de mouvements et des mini-micros y sont cousus \u00e9galement afin de suivre le danseur sur l\u2019\u00e9cran projet\u00e9.<\/p>\n<p>A un moment donne, lorsque le danseur imite un personnage tyrannique et puissant, il fait appel aux spectateurs pour venir le laver, ce qui nous oblige a rentrer dans la r\u00e9alit\u00e9 du personnage qui semble pourtant loin par la distance th\u00e9orique de la sc\u00e8ne, le costume et le maquillage surr\u00e9alistes du personnage. Il s\u2019agit d&rsquo;un moment int\u00e9ressant o\u00f9 l&rsquo;acteur prend le pouvoir de modifier les pr\u00e9noms des spectateurs et ou il peut directement rentrer en contact avec eux ; il en invite deux sur la sc\u00e8ne. Le but du spectacle est de faire sourire tout en abordant des questions difficiles et consid\u00e9r\u00e9e comme taboues, surtout dans les soci\u00e9t\u00e9s sud africaines : l\u2019homosexualit\u00e9, les dictatures, la corruption, la place de l&rsquo;homme dominant et de l&rsquo;homme domine.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ad\u00e9la\u00efde d&rsquo;Huart<\/h6>\n<hr \/>\n<p>La chor\u00e9graphe sud-africaine Robyn Orlin d\u00e9peint un \u00e9tat politique du monde. Elle met en sc\u00e8ne cette pi\u00e8ce avec le danseur sud-africain Albert Ibokwe Khoza.<\/p>\n<p>Cette forte dimension politique est d\u00e9ploy\u00e9e gr\u00e2ce au corps du danseur qui cr\u00e9e en somme une autre r\u00e9alit\u00e9. Le corps constitue ainsi le c\u0153ur de la performance, il est au centre de la pi\u00e8ce, c\u2019est le nerf de la guerre. Donc, le corps fait lieu. Il est utilis\u00e9 comme outil de r\u00e9sistance par cette performance.\u00a0 La r\u00e9flexion autour des interactions entre le Tiers-monde et le premier monde est int\u00e9ressant. En effet, le Tiers-monde est une notion relative. Il est diff\u00e9rent selon qu\u2019on se place d\u2019un point de vue \u00e9conomique, d\u00e9mographique, g\u00e9ographique ou politique. On peut alors s\u2019interroger sur l\u2019exactitude de l\u2019emploi du terme Tiers-monde pour l\u2019Afrique du Sud. Cependant, l\u2019Afrique du Sud \u00e9tant un pays \u00e9mergent, il conna\u00eet un d\u00e9veloppement \u00e9conomique mais le progr\u00e8s social stagne \u00e0 cause, notamment de la pens\u00e9e dominante conservatrice. Cette soci\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par la violence de la colonisation. Les esprits et les corps sont empreints de cette violence. Plusieurs th\u00e8mes se recoupent, sont entrelac\u00e9s\u00a0: la m\u00e9moire, l\u2019identit\u00e9 africaine, la race, la classe, le genre. Le corps n\u2019est plus seulement acteur de sa propre r\u00e9sistance, il est aussi t\u00e9moin de son oppression et de son intersectionnalit\u00e9 face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9pressive.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9ritage coloniale est questionn\u00e9 mais \u00e9galement la vision de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale et du contr\u00f4le des corps. Il y a alors une volont\u00e9 forte de renverser la perspective, spectateur-performer. La chor\u00e9graphe et le danseur tendent alors un miroir \u00e0 chaque spectateur, \u00e0 travers cette performance ils interrogent les repr\u00e9sentations des spectateurs form\u00e9es selon leurs propres exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>Une pi\u00e8ce ind\u00e9niablement d\u00e9constructiviste et militante.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">France Kanaan<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Pluridisciplinaire, international et nomade, le Festival d\u2019Automne \u00e0 Paris accompagne la chor\u00e9graphe Robyn Orlin sur les planches du Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille jusqu\u2019au 12 Novembre 2016. Dans un esprit d\u2019inlassable d\u00e9couverte et d\u2019ouverture, la 45<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition du festival est l\u2019occasion de se laisser transporter jusqu\u2019en Afrique du Sud qui comm\u00e9more ses vingt ann\u00e9es de d\u00e9mocratie. Agit\u00e9e par l\u2019actualit\u00e9 politique et cristallisant les d\u00e9sordres du monde, la cr\u00e9ation de Robyn Orlin est une arme de m\u00e9moire et de combat o\u00f9 place est faite \u00e0 la diff\u00e9rence de tout un chacun.<\/p>\n<p>And so you see(..) est un jeu de miroir entre le public et le danseur. Une cam\u00e9ra fixe filme le public depuis la sc\u00e8ne, de sorte que celui-ci se voit projet\u00e9 sur un grand \u00e9cran en train de regarder le danseur l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9tach\u00e9 de nous. Chacun trouve ici une place essentielle. La compassion se d\u00e9gage du regard du spectateur et des liens nous rassemblent \u00e0 la douleur d\u2019un homme invoquant la solidarit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>A travers le solo flamboyant du danseur sud-africain Albert Ibokwe Khoza, figure de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, la chor\u00e9graphe nous offre un splendide \u00ab\u00a0requiem pour l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Ce corps tiraill\u00e9 dans son mal-\u00eatre, brise les tabous du ch\u00f4mage, de l\u2019homophobie et du racisme. L\u2019aire de jeu devient le champ des transformations, du questionnement quant \u00e0 l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9 o\u00f9 le performer se livre \u00e0 des chants lyriques poignants, cris de terreur bouleversants de sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons rester indiff\u00e9rents \u00e0 la sc\u00e9nographie qui nous fait entrer dans la danse, ces incontr\u00f4lables mouvements qui purgent l\u2019artiste de ses troubles. C\u2019est non sans \u00e9voquer la bestialit\u00e9 de ce corps \u00e9prit \u00e0 de nombreuses reprises d\u2019une sauvagerie effrayante, que Robyn Orlin brise les repr\u00e9sentations occidentales et africaines.\u00a0 D\u2019un singulier aux multiples visages, le danseur d\u00e9passe l\u2019esprit traditionnel de son pays en osant l\u2019extravagance de la Nubian Queen, orgasme \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d\u2019un homme incompris des siens.<\/p>\n<p>And so you see\u2026our honorable blue sky and ever enduring sun\u2026can only be consumed slice by slice est une \u0153uvre d\u2019art \u00e0 part enti\u00e8re qui fait coexister th\u00e9\u00e2tre et danse sur les planches us\u00e9es par le passage d\u2019une tornade, qui emporte avec elle le c\u0153ur du public.<\/p>\n<p>Incontestablement existentialiste, ce spectacle aux\u00a0 dimensions absurdes o\u00f9 r\u00e8gne le silence du m\u00e9pris et les souffles saccad\u00e9s, tend \u00e0 la renaissance d\u2019une Humanit\u00e9 perdue dans l\u2019ombre des grands meurtriers.\u00a0 Eclaboussures humoristiques nous rappellent la beaut\u00e9 d\u2019un monde habit\u00e9 de fraternit\u00e9 o\u00f9 il est pr\u00e9f\u00e9rable de danser avec les armes que de tuer avec.<\/p>\n<p>Le ciel bleu coule sur Albert Ibokwe mais ne le consume pas.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elisaveta Loulelis<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Ouvrant le spectacle par le r\u00e9gisseur son et lumi\u00e8re qui lib\u00e8re, sur le <em>Requiem<\/em> de Mozart, un opulent danseur noir africain de sa gangue de cellophane, la metteuse en sc\u00e8ne Robyn Orlin cherche d\u2019embl\u00e9e dans <strong><em>\u00ab\u00a0And so you see&#8230; our honourable blue sky and ever enduring sun&#8230; can only be consumed slice by slice\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/strong> \u00e0 nous confronter \u00e0 nos attentes et st\u00e9r\u00e9otypes \u00e0 propos de la danse, de l\u2019art, mais aussi des questions de nationalit\u00e9, de genre, de politique, et sur la vie en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Ce spectacle de danse en solo, au th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, men\u00e9 par le jeune Sud-Africain Albert Ibokwe Khoza est en effet des plus d\u00e9concertant. Les premi\u00e8res gestuelles sont effectu\u00e9es par le r\u00e9gisseur du son et lumi\u00e8res, Thabo Pule, qui nous accueille sur sc\u00e8ne et y reste, face au public et au danseur, durant toute la repr\u00e9sentation, comme s\u2019il \u00e9tait danseur lui-m\u00eame\u00a0; c\u2019est la dimension toute artistique de son travail d\u2019image et de musique, de bruitage qui est ainsi mise en avant. Il d\u00e9tient la place traditionnelle du protagoniste qui, pour sa part, d\u00e9ambulera \u00e0 partir d\u2019un si\u00e8ge, orient\u00e9 dans le m\u00eame sens que les spectateurs, leur tournant donc le dos, ou comme s\u2019il en faisait lui aussi partie\u00a0; il brise ainsi le quatri\u00e8me mur th\u00e9\u00e2tral. Cette dimension fictive est n\u00e9anmoins report\u00e9e face \u00e0 ces deux corps en pr\u00e9sence gr\u00e2ce \u00e0 la cam\u00e9ra\u00a0 de l\u2019ing\u00e9nieur qui filme en direct la repr\u00e9sentation tout en la projetant en arri\u00e8re-plan. Ce cr\u00e9e alors un jeu de perspectives o\u00f9 le spectateur acquiert une vision selon deux dimensions du danseur durant tout le spectacle, voire par le biais d\u2019une troisi\u00e8me lorsque l\u2019interpr\u00e8te joue avec un miroir pour imposer un nouveau reflet choisi et orient\u00e9 de sa personne ainsi que celui de quelques spectateurs pris \u00e0 parti, si ce n\u2019est encore lorsqu\u2019il invite directement quelques personnes \u00e0 venir jouer avec lui sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Si les cadres formels et traditionnels de la repr\u00e9sentation sont ainsi mis \u00e0 mal, ils sont de loin les seuls. Robin Orlyn nous pr\u00e9sente en effet un \u00ab\u00a0requiem pour l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb qui interroge et interloque sur la v\u00e9ritable nature de l\u2019homme, sur notre \u00e9volution, nos valeurs, ce vers quoi nous tendons. De larve primaire \u00e0 dieu c\u00e9leste furieux et dramatique, le danseur explore par m\u00e9tamorphoses \u00e0 l\u2019aide de fardages, costumes et accessoires du quotidien tous les stades et aspects du genre humain -humain que nous voulons et pr\u00f4nons si \u00e9volu\u00e9. C\u2019est avec l\u2019humour d\u2019une tendre autod\u00e9rision, ainsi que la stimulation de nos cinq sens, que ce stup\u00e9fiant danseur nous confronte \u00e0 nos rep\u00e8res tr\u00e8s occidentaux du noble art que doit \u00eatre la danse, de notre id\u00e9e du Beau, du bien et du mal, du rapport de domination de nos pays du \u00ab\u00a0Nord\u00a0\u00bb sur ceux du \u00ab\u00a0Sud\u00a0\u00bb, etc. Rivalisant par sa voix de t\u00eate avec l\u2019enregistrement de la soprane du Mozart, dansant langoureusement pour son ami Vladimir \u00ab\u00a0Pouti\u00a0\u00bb, poussant des cris entre bestialit\u00e9 brute et criarde souffrance, le brillant performateur m\u00eale lutte et sensibilisation pour subtilement ouvrir notre regard sur les limites de l\u2019humain et sa d\u00e9shumanisation pas si lointaine. La pi\u00e8ce porte \u00e0 notre questionnement les d\u00e9finitions et d\u00e9limitations, qui se r\u00e9v\u00e8lent finalement abstraites, du genre, de l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral, de ce qui fait la beaut\u00e9 d\u2019un quotidien, mais aussi des diff\u00e9rences de races, de classes, de communaut\u00e9s sociales et culturelles. A chacun d\u00e8s lors de se laisser porter dans ce qui le touche le plus, et d\u2019en ressortir avec un regard frais et actif port\u00e9 sur le monde.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Isaline Mallet<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Robyn Orlin jette un regard per\u00e7ant sur tous les sujets dont elle s\u2019empare. Politique, singuli\u00e8re, sa danse est un manifeste, un pamphlet, un <em>statement<\/em>.<\/p>\n<p>Ce soir, c\u2019est Albert Obokwe Khoza qui est \u00e0 l\u2019honneur. Robyn nous explique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime travailler \u00e0 partir de rien, pour un solo, en face \u00e0 face avec un interpr\u00e8te. Albert appartient \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration tr\u00e8s int\u00e9ressante, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration pour moi. Il vient d\u2019un background tr\u00e8s traditionnel mais il ne l\u2019est pas. Il est instruit, il vient de Soweto, il est acteur, danseur, songoma \u2013 du nom du gu\u00e9risseur traditionnel capable d\u2019invoquer les anc\u00eatres par la danse, les chants et la musique \u2013 chr\u00e9tien et homosexuel. Je veux explorer ce que sont sa r\u00e9alit\u00e9, son futur, ses d\u00e9sirs aujourd\u2019hui.\u00a0\u00bb. Le ton est donn\u00e9.<\/p>\n<p>Albert, momifi\u00e9 dans un cocon de film plastique et de draps blancs, est d\u00e9j\u00e0 sur sc\u00e8ne. Il se d\u00e9gage, peu \u00e0 peu, de son carcan, et, sur fond de Mozart, nous mime col\u00e8re, luxure, gloutonnerie en d\u00e9vorant une pleine corbeille d\u2019oranges. C\u2019est le \u00ab\u00a0requiem pour l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb sur fond de sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux introduit par Robyn Orlin dans la pr\u00e9sentation du spectacle. On nous dit que ce soir, \u00ab\u00a0le tiers monde occupe la sc\u00e8ne\u00a0et le premier monde paie pour participer au spectacle \u2026\u00a0\u00bb\u2026 voire m\u00eame, dans mon cas, pour nettoyer soigneusement le jus des oranges du corps d\u2019Albert, \u00e0 grand renfort de boutades, gant de toilette et <em>pschitt<\/em> d\u2019eau intempestifs\u00a0!<\/p>\n<p>C\u2019est bien la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration sud-africaine qui nous parle ce soir, \u00e0 travers un personnage improbable, \u00ab\u00a0au corps ludique, ironique, tiraill\u00e9 entre p\u00e9ch\u00e9, transformation, d\u00e9clin et \u00e9clat\u00a0\u00bb, et qui d\u00e9nonce le c\u00f4t\u00e9 profond\u00e9ment d\u00e9rangeant de la soci\u00e9t\u00e9. Mimes g\u00eanants ou grotesques, Poutine dansant, fouets traditionnels, maquillage de <em>Nubian queen<\/em>, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de se demander o\u00f9 est l\u2019accus\u00e9, qui sont les jur\u00e9s de ce proc\u00e8s sc\u00e9nique. Albert provoque, nous fait rire, sourire, fr\u00f4le le ridicule voire le d\u00e9plac\u00e9. Peinturlur\u00e9, maquill\u00e9, vision bleue en tenue de gu\u00e9risseur traditionnel, il est le v\u00e9hicule qui pose les questions de Robyn Orlin \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 postapartheid\u00a0: les rapports entre tradition et \u00e9ducation, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes dans un environnement homophobe o\u00f9 l\u2019on pratique encore le viol collectif. Questions qui restent cependant un peu trop flout\u00e9es tout au long de la performance, enchev\u00eatr\u00e9e dans plusieurs \u00e9pisodes sans r\u00e9el message, et reposent trop sur les piliers indicateurs du programme et du contexte.<\/p>\n<p>On ressort \u00e9tourdis, charm\u00e9s, d\u00e9coiff\u00e9s par un danseur incroyablement attachant et profond\u00e9ment \u00e9tonnant. Un peu d\u00e9concert\u00e9s aussi, et confus par moments sur la r\u00e9elle port\u00e9e du spectacle.<\/p>\n<p>La magie du spectacle, de cette \u00ab\u00a0machine d\u2019un soir\u00a0\u00bb est cependant bien l\u00e0. Le message d\u2019espoir est pass\u00e9, \u00e9tourdissant dans ce kal\u00e9idoscope de couleur, de formes et de musique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laurie Mezeret<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Ce jeudi soir au th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, c\u2019est un \u00ab\u00a0requiem pour l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb que la chor\u00e9graphe sud-africaine Robyn Orlin propose au public parisien, qui s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 en nombre pour vivre cette immersion par la danse. Sur sc\u00e8ne, un seul danseur, ou peut-\u00eatre devrions-nous dire acteur, humoriste\u2026 le jeune Albert Ibokwe Khoza est un peu tout cela \u00e0 la fois, et porte sur ses \u00e9paules l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 d\u2019un spectacle \u00e9mouvant, dr\u00f4le et paradoxal.<\/p>\n<p>La danse ici se fait langage d\u2019un pays, l\u2019Afrique du sud, d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui repense les identit\u00e9s\u00a0: le corps exprime toutes ses douleurs, ses \u00e9volutions et ses retours en arri\u00e8re. Dans une mise en sc\u00e8ne des sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux, le danseur se meut sur sc\u00e8ne, tant\u00f4t entrav\u00e9 par un film transparent qui l\u2019enserre et l\u2019emp\u00eache d\u2019avancer, tant\u00f4t m\u00e9ditatif, tant\u00f4t excessif lorsqu\u2019il se livre \u00e0 une orgie d\u2019oranges. Ce corps est beau, inattendu, assume et magnifie sa diff\u00e9rence face aux diktats de la beaut\u00e9 lisse et unique. S\u2019il se fait parfois bestial, poussant des hurlements de b\u00eate en cage, il sait aussi se faire calme, amusant, se maquillant avec soin pour devenir selon ses mots une \u00ab\u00a0<em>Nubian Queen\u00a0<\/em>\u00bb. Il se veut \u00e0 l\u2019image d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sud-africaine qui va de l\u2019avant, tout en combattant encore les monstres tenaces du rejet de la diff\u00e9rence et de la codification des identit\u00e9s. La critique politique n\u2019est jamais loin elle nous plus, et l\u2019on s\u2019amuse de voir appara\u00eetre Poutine \u00e0 l\u2019\u00e9cran, pr\u00eat \u00e0 danser avec Albert Ibokwe Khoza qui rev\u00eat pour l\u2019occasion les habits d\u2019un chef d\u2019Etat africain. Apr\u00e8s une petite pique lanc\u00e9e \u00e0 ces derniers (\u00ab\u00a0<em>non je ne veux pas d\u2019argent pour mon peuple, je le veux pour mon usage personnel\u00a0<\/em>\u00bb), la critique se fait plus virulente envers la Russie, terminant sur une belle sentence faisant r\u00e9f\u00e9rences aux traditions africaines\u00a0: \u00ab\u00a0<em>il vaut mieux danser avec ses armes, que tuer avec<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quilibre entre modernit\u00e9 et tradition se tisse doucement, entre incantations, danses ancestrales (\u00e0 la r\u00e9ussite desquelles les costumes color\u00e9s imagin\u00e9s par la talentueuse Marianne Fassler contribuent grandement) et selfies avec le public.<\/p>\n<p>Et ce qui fait la force de \u00ab\u00a0And so you see\u2026\u00a0\u00bb, c\u2019est justement et surtout le dispositif immersif mis en place sur sc\u00e8ne. Si vous \u00eates venus passer une heure confortablement install\u00e9s dans votre fauteuil, attendant qu\u2019un interpr\u00e8te vous divertisse pendant une heure, passez votre chemin. Avec Robin Orlyn, le spectateur fait partie int\u00e9grante du show. Une cam\u00e9ra est install\u00e9e face au public, et filme ce dernier en direct, m\u00ealant son image \u00e0 celle du danseur \u00e0 plusieurs reprises. Alors que ce dernier se maquille, le visage d\u2019un spectateur appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9cran, permettant \u00e0 tous de scruter ses r\u00e9actions, tandis que deux personnes du public sont appel\u00e9es \u00e0 venir laver le corps du danseur apr\u00e8s que celui-ci ait fait couler des oranges sur toute la sc\u00e8ne. Albert Ibokwe Khoza se moque gentiment de notre m\u00e9connaissance de la culture sud-africaine, et nous invite \u00e0 la d\u00e9couvrir avec lui. D\u2019une vraie g\u00eane dans le public, on passe \u00e0 une empathie profonde et \u00e0 une volont\u00e9 de comprendre l\u2019autre. Les applaudissements \u00e0 la fin du spectacle le prouvent\u00a0: l\u2019immersion a fonctionn\u00e9, et l\u2019on ressort de la salle avec l\u2019envie d\u2019en conna\u00eetre plus sur l\u2019Afrique du Sud, dont les stigmates et les douleurs n\u2019ont d\u2019\u00e9gal que la richesse de sa culture.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarah Revelen<\/h6>\n<hr \/>\n<p>La repr\u00e9sentation \u00e0 laquelle j&rsquo;ai assist\u00e9e est celle du jeudi 10 novembre 2016 au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille \u00e0 19h30. <em>And so you see&#8230; our honorable blue sky and ever enduring sun&#8230; can only be consumed slice by slice&#8230; <\/em>est une repr\u00e9sentation chor\u00e9graphique imagin\u00e9e par la chor\u00e9graphe et danseuse sur africaine Robyn Orlin et interpr\u00e9t\u00e9e par le danseur Albert Ibokwe Khoza de m\u00eame origine.<\/p>\n<p><em>And so you see&#8230;<\/em> est une repr\u00e9sentation totalement atypique. La masse inerte sur la sc\u00e8ne qui, de l&rsquo;entr\u00e9e des spectateurs jusqu&rsquo;au d\u00e9but de la repr\u00e9sentation se r\u00e9v\u00e8le contre toute attente \u00eatre le danseur, envelopp\u00e9 de la t\u00eate aux pieds de tissus blancs et de film plastique. A l&rsquo;issue de ce \u00ab\u00a0r\u00e9veil\u00a0\u00bb, se d\u00e9livrant de ces tissus puis plus tard, de mani\u00e8re \u00e9mancipatrice, de son cocon de films, s&rsquo;ensuit une s\u00e9rie de gestes, de danse, de paroles, d&rsquo;interjections ou de manifestations animales propres \u00e0 susciter tant\u00f4t m\u00e9fiance, d\u00e9go\u00fbt, rire et \u00e9motions.<\/p>\n<p>On a l&rsquo;impression que sur sc\u00e8ne, tout est permis : engloutir de mani\u00e8re tout \u00e0 fait inhabituelle des oranges, se faire essuyer le corps par deux personnes membres du public apr\u00e8s avoir pris une douche improvis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un vaporisateur ou bien s&rsquo;enduire le corps de liquide bleu&#8230; Le caract\u00e8re sensuel peu aller jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9rotisme explicite, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;interdits. Le rapport au corps est tr\u00e8s pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Bien que le d\u00e9cor ne semble pas extraordinaire, l&rsquo;usage abondant du mur de fond blanc de diverses mani\u00e8res vient apporter couleurs et richesse visuelle : l&rsquo;image du danseur est projet\u00e9e sur le fond, de face ou de profil, en gros plan ou pas ; \u00a0son ombre tant\u00f4t projet\u00e9e est entour\u00e9e de couleurs suivant les jeux de lumi\u00e8re ; parfois est projet\u00e9 une image, une animation, une photo. Le public voit le danseur en double, parfois en triple, se voit voir&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui m&rsquo;a surtout impressionn\u00e9e est le langage tenu par l&rsquo;interpr\u00e8te. Parfois un chant lyrique propre \u00e0 \u00e9mouvoir, parfois des cris bestiaux exprimant le d\u00e9sespoir ou la joie, parfois une parole intelligible en anglais adress\u00e9e au public, parfois des interjections spontan\u00e9es&#8230; Tour \u00e0 tour les spectateurs sont m\u00e9fiants, amus\u00e9s, surpris, apais\u00e9s.<\/p>\n<p>Le monde politique est d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;image de Vladimir Poutine, mais il y a plus que cela : l&rsquo;identit\u00e9 en particulier celle de l&rsquo;Afrique du Sud, l&rsquo;image de soi, sa place dans le monde, sont ici interrog\u00e9s. Qu&rsquo;est-ce \u00eatre \u00ab\u00a0Sud Africain\u00a0\u00bb? Et plus g\u00e9n\u00e9ralement, comment notre nationalit\u00e9 est suppos\u00e9e nous d\u00e9finir? Avec le panel d&rsquo;\u00e9motions suscit\u00e9es, la chor\u00e9graphie est un \u00ab\u00a0requiem pour l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb en reprenant les mots de Robyn Orlin. Tout en s&rsquo;inscrivant dans un contexte culturel africain (chants, danses, costumes..) la repr\u00e9sentation se termine sur le danseur quittant peu \u00e0 peu la sc\u00e8ne, se dirigeant vers l&rsquo;horizon repr\u00e9sent\u00e9 par une photo d&rsquo;un enfant, enfant qui probablement, symbolise les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai personnellement beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 cette repr\u00e9sentation car j&rsquo;y ai trouv\u00e9 quelque chose de vraiment original, ce constitue d&rsquo;ailleurs un paradoxe avec l&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale que l&rsquo;on se fait d&rsquo;une Afrique extr\u00eamement conservatrice ; quelque chose qui fait vivre par les sens, autant par la vue que par l&rsquo;ou\u00efe. Et les \u00e9motions ne manquent pas.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Eveline Su<\/h6>\n<pre>Photo : Johannesburg march<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | En savoir plus And so you see&#8230; Un spectacle anglophone \u00e0 Bastille questionnant les biens mat\u00e9riels dont s&rsquo;entoure l&rsquo;homme \u00e0 travers la danse contemporaine.\u00a0 Les deux personnages pr\u00e9sents sur la sc\u00e8ne sont le danseur contemporain Albert Silindokuhle IBOKWE [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":861,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,6,42],"tags":[],"class_list":["post-860","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-danse","category-theatre-de-la-bastille"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/860","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=860"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/860\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/861"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=860"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=860"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=860"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}