{"id":864,"date":"2016-11-16T20:00:40","date_gmt":"2016-11-16T19:00:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=864"},"modified":"2016-11-16T20:00:40","modified_gmt":"2016-11-16T19:00:40","slug":"la-cuisine-delvis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=864","title":{"rendered":"La cuisine d&rsquo;Elvis"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"http:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/la-cuisine-delvis\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">La pi\u00e8ce est un huit-clos au sein d&rsquo;une famille d\u00e9chir\u00e9e mais attachante. Il y a Dad qui aurait pu \u00eatre mort mais qui s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 au stade du l\u00e9gume. Pour le r\u00e9veiller Jill cuisine avec obsession tant dis que Mam, aux antipodes, est anorexique. \u00c0 cette famille de cas sociaux se joint Stuart, le nouveau petit ami de Mam qui va finir de faire basculer la famille dans le d\u00e9lire.<\/span><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Tout au long de la pi\u00e8ce transpire l&rsquo;humanit\u00e9 et l&rsquo;humour de la pi\u00e8ce de Lee Hall. V\u00e9ritable pi\u00e8ce sociale, elle nous plonge dans le quotidien de mal-aim\u00e9s de la vie, de marginaux. Les 10 premi\u00e8res minutes sont tr\u00e8s prenantes\u00a0: le jeu de C\u00e9cile Bournay (Jill) est dr\u00f4le est attachant, le spectateur peut repenser \u00e0 son adolescence et s&rsquo;y identifier. On compati. Puis arrive Mam (Marie Payen). On ne sait pas encore que c&rsquo;est une m\u00e8re malheureuse, anorexique, alcoolique cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un semblant de bonheur. On ne le sait pas parce qu&rsquo;elle danse sur du Elvis Presley et fait reculer le temps. On comprend. Alors un jeune homme arrive pour danser avec elle. On ne sait pas encore qu&rsquo;en voulant bien faire, il va devenir le m\u00e9chant de l&rsquo;histoire.<\/span><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">On parvient difficilement \u00e0 comprendre l&rsquo;omnipr\u00e9sence de l&rsquo;ic\u00f4ne Elvis Presley dans la pi\u00e8ce. Pierre Maillet intercale des chansons de l&rsquo;ic\u00f4ne sans qu&rsquo;on comprenne le rapport avec la sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9dente ou suivante. Les com\u00e9diennes nous font difficilement comprendre que leurs personnages n&rsquo;en peuvent plus d&rsquo;Elvis parce que cela rime avec une \u00e9poque r\u00e9volue. Seul Jill serre les dents et continue de faire \u00e9couter ces chansons pour \u00ab\u00a0stimuler\u00a0\u00bb son p\u00e8re. Elvis semble \u00eatre synonyme de souvenir, de pass\u00e9 mais \u00e7a ne transpire presque pas. On ne ressent aucune nostalgie, un peu d&rsquo;agacement parfois mais rien de plus.<\/span><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le jeu de Marie Payen et de Pierre Maillet m&rsquo;ont d&rsquo;abord d\u00e9connect\u00e9 de la dynamique comique de la pi\u00e8ce. Les moments de faiblesse de Mam m&rsquo;ont paru ridicule et les chansons de Dad \u00e9taient sans charisme mais sans humour non plus. Si c&rsquo;\u00e9tait du cynisme, je ne l&rsquo;ai pas ressenti. Soit c&rsquo;\u00e9tait du cynisme, soit les acteurs jouaient mal. Le cynisme est la clef de la pi\u00e8ce, il explique les repas de famille path\u00e9tique, le triangle amoureux m\u00e8re, fille, beau-p\u00e8re, la cuisson de Stanley et la branlette de Dad. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 lui que l&rsquo;on rit. Ce cynisme saillant est interne \u00e0 la pi\u00e8ce de Lee Hall, on le doit rarement \u00e0 la mise en sc\u00e8ne. Quand \u00e0 la sc\u00e9nographie, elle \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9quilibr\u00e9e, tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9e et ainsi sugg\u00e9rait un cadre de vie presque clinique en ad\u00e9quation avec l&rsquo;handicap de Dad. Mais la majorit\u00e9 du temps on ne la remarque que par son utilit\u00e9\u00a0: la cuisine se range parfaitement sous l&rsquo;estrade, la table est adapt\u00e9e au fauteuil roulant&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Plusieurs \u00e9l\u00e9ments ont montr\u00e9 le potentiel de la pi\u00e8ce. Prendre Elvis Presley comme ic\u00f4ne fait l&rsquo;originalit\u00e9 de la pi\u00e8ce, il est rare de voir des figures comme ce chanteur dans des com\u00e9dies sociales. Mais on ne sentait pas cette originalit\u00e9. Les com\u00e9diens sont s\u00fbrement talentueux mais on peine \u00e0 ressentir le cynisme et le path\u00e9tique de leurs personnages. <u>La cuisine d&rsquo;Elvis<\/u> reste une belle d\u00e9couverte, mais qui nous laisse frustr\u00e9s.<\/span><\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Nora Calderon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre cris, espoirs et d\u00e9sespoir, r\u00eave, illusion et r\u00e9alit\u00e9, <em>La cuisine d\u2019Elvis<\/em>, nous (en)chante. Mise en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9 par Pierre Maillet, cette pi\u00e8ce est adapt\u00e9e et traduite de la pi\u00e8ce originale de Lee Hall. Cette cr\u00e9ation collective jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-point nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, par les musiques, le jeu d\u2019acteurs, les jeux temporels, \u00e0 la vie et aux relations interhumaines et leur impact dans notre vie \u00e9motionnelle. <em>Cooking with Elvis <\/em>avait \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Live Th\u00e9\u00e2tre de Newcastle. Lee Hall est notamment connu par les adaptations sc\u00e9naristiques de films connus tel que <em>Billy Elliot <\/em>et <em>Orgueil et Pr\u00e9jug\u00e9s. <\/em>Pour le metteur en sc\u00e8ne Pierre Maillet, tout tourne autour de ce mythe musical qu\u2019est Elvis, la cuisine et la confrontation de genres th\u00e9\u00e2traux diff\u00e9rents. En effet, entre th\u00e9\u00e2tre bourgeois et com\u00e9die musicale, <em>La cuisine d\u2019Elvis <\/em>explore des univers th\u00e9\u00e2traux diff\u00e9rents. La pi\u00e8ce raconte l\u2019histoire d\u2019une m\u00e8re et d\u2019une fille qui se retrouvent avec l\u2019homme de la famille, le p\u00e8re et mari, handicap\u00e9, \u00ab un l\u00e9gume \u00bb comme s\u2019exclame la m\u00e8re. Or, les deux femmes restent jeunes, et ce handicap nuit leur sant\u00e9 \u00e0 la fois physique et morale. Alors que la m\u00e8re trouve un nouvel amant, celui-ci se retrouve au milieu d\u2019une crise familiale et ne viendra pas adoucir l\u2019atmosph\u00e8re, les discussions entre la m\u00e8re et la fille sont violents, la m\u00e8re se prenant pour une adolescente et la fille essayant d\u2019endosser un r\u00f4le de m\u00e8re ou d\u2019adulte qu\u2019elle n\u2019est pas encore. Comment cette pi\u00e8ce fait surgir la crise tout en essayant d\u2019inviter le spectateur \u00e0 \u00ab essayer \u00bb la vie comme est dit \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au niveau de la mise en sc\u00e8ne, la repr\u00e9sentation est rythm\u00e9e par la musique elle-m\u00eame. C\u2019est l\u2019\u00e9mergence du r\u00eave qui surgit \u00e0 chaque fois. La progression de l\u2019action est chronologique, mais l\u2019irruption de ces moments de chants o\u00f9 le p\u00e8re se prend pour Elvis dans ses r\u00eaves nous invite \u00e0 nous \u00e9vader. Quelque part, le r\u00eave, c\u2019est la pi\u00e8ce elle-m\u00eame, peut-\u00eatre une mise en abyme du th\u00e9\u00e2tre, qui peut \u00eatre \u00e9vasion dans une utopie. Le r\u00eave du p\u00e8re rappelle les r\u00eaves qui dans le temps de l\u2019action et de la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb sont oubli\u00e9s. La crise, les cris \u00e9clatent mais s\u2019apaisent dans le chant du r\u00eave. Mais tout ce r\u00eave est connect\u00e9 au spectateur qui est t\u00e9moin. De fait, surtout la jeune fille, elle nous parle, nous invoque. Le jeu d\u2019acteur nous invite \u00e0 \u00eatre participant, et surtout, le choix d\u2019acteurs qui arrivent au d\u00e9but de la pi\u00e8ce de l\u2019arri\u00e8re de la salle semble une m\u00e9taphore: ce sont nos fant\u00f4mes et nous-m\u00eames, spectateurs et acteurs de la vie qui montons sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au niveau de la sc\u00e9nographie, les d\u00e9cors et costumes nous invitent \u00e0 une sc\u00e8ne qui se veut tr\u00e8s r\u00e9aliste. Mais ces habits t\u00e9moignent des d\u00e9calages. Les costumes, comme dans la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de Jean Vilar semblent avoir sens. C\u2019est notamment pour cela que lorsque certains moments de la crise penchent vers le r\u00e9tablissement de la maladie familiale, la jeune fille s\u2019habille dans des habits qui traduisent une confiance et une joie nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais mis \u00e0 part les costumes, ce qui \u00e9tait int\u00e9ressant c\u2019\u00e9tait la disposition entre deux niveaux dans la sc\u00e8ne. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 on peut r\u00e9fl\u00e9chir plus profond\u00e9ment \u00e0 la place de la cuisine. Pourquoi est-elle en bas? Le salon et la salle \u00e0 manger sont dans le deuxi\u00e8me niveau et la cuisine est tout en bas, au centre de la sc\u00e8ne depuis le d\u00e9but. La cuisine joue un r\u00f4le fondamental. La cuisine symbolise la faim, d\u2019aliments mais aussi la faim et la soif de vie. C\u2019est l\u2019aliment qui vient remplacer le manque. Car la pi\u00e8ce est travers\u00e9e du manque. Peut-\u00eatre est-ce le mot le plus important, le manque. En effet, la m\u00e8re a besoin d\u2019un amant, elle assouvi un d\u00e9sir sexuel avec son nouvel amant, et devient anorexique, ne mange pas, mais reste dans le manque du vrai amour, son mari paralys\u00e9 \u00e0 vie. La fille quant \u00e0 elle manque de vie, manque d\u2019amis, manque d\u2019amour, manque d\u2019un p\u00e8re, or tout ce manque se traduit dans son besoin constant de faire la cuisine et de manger. Et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la musique et Elvis prennent sens aussi, c\u2019est la catharsis, c\u2019est le roi de la musique, c\u2019est l\u2019expiation des souffrances qui peut faire aussi un parall\u00e8le avec la personne m\u00eame qu\u2019\u00e9tait Elvis, qui malgr\u00e9 le fait qu\u2019il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 le roi, il se sentait seul et vide. Ce n\u2019est que vers la fin que les personnages retrouvent un \u00e9quilibre, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce moment que la cuisine est cach\u00e9, elle n\u2019est plus au centre de la sc\u00e8ne. Ce choix sc\u00e9nographique semble nous inviter \u00e0 penser que ce manque peut \u00eatre combl\u00e9 dans un r\u00e9\u00e9quilibre des personnages. Il est d\u2019ailleurs assez \u00e9mouvant de voir la r\u00e9flexion sur la vie que surgit dans les r\u00e9flexions de la jeune fille qui trouve qu\u2019il faut \u00ab essayer \u00bb la vie, que peut-\u00eatre cela est-ce la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en nous divertissant, la pi\u00e8ce est dr\u00f4le, belle et d\u00e9chirante. Elle nous met face \u00e0 nos propres discussions, on peut tr\u00e8s vite se sentir identifi\u00e9s dans les r\u00eaves, dans les manques, dans les disputes, dans les cris, dans les incompr\u00e9hensions et d\u00e9sillusions. C\u2019est que c\u2019est quelque part toutes ces \u00e9motions de la vie qui se jouent sur sc\u00e8ne. L\u2019amour, la jouissance du plaisir sexuel, la tristesse de la perte et de la maladie. Et ceci en plusieurs temporalit\u00e9s qui nous rendent t\u00e9moins de l\u2019\u00e9vasion et acteurs du renouveau. Il y a donc quelque chose de tr\u00e8s brechtien, on n\u2019est pas passifs \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, car on a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de la crise, des probl\u00e8mes, et de certaines solutions possibles. Je pense pour ma part, que la pi\u00e8ce m\u2019invitait \u00e0 une forme de catharsis, mais pas une pure purgation des passions aristot\u00e9liciennes. Il y a quelque chose de d\u00e9chirant, on \u00e9prouve nos peurs et nos tristesses avec les acteurs, mais la fin de la pi\u00e8ce est comme une invitation \u00e0 comprendre que la crise dure le temps d\u2019une vie et que le jeu est de vivre et surmonter les difficult\u00e9s. Les spectateurs \u00e0 la fin d\u2019ailleurs n\u2019avaient pas l\u2019air d\u2019\u00eatre en pleine forme. Quelque chose de triste et d\u00e9chirant s\u2019est produit sur sc\u00e8ne, mais j\u2019ai eu l\u2019impression que c\u2019\u00e9tait la pi\u00e8ce qui continuait \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir en nous tous.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: black;\">Sol\u00e8ne Cr\u00e9pin<\/span><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En arrivant au th\u00e9\u00e2tre du Rond-point, tout d\u2019abord impressionn\u00e9e par ce lieu c\u00e9l\u00e8bre et qui poss\u00e8de un cachet bien \u00e0 lui avec sa moquette et ses grands cercles de couleur. Tout ce que j\u2019aurais pu imaginer aurait \u00e9t\u00e9 loin de la r\u00e9alit\u00e9 : un monstre th\u00e9\u00e2tral qui transporte au fil de la pi\u00e8ce \u00e0 travers tout le panel des \u00e9motions, du rire aux larmes. Cette pi\u00e8ce de Lee Hall \u2013 dramaturge anglais &#8211; cr\u00e9\u00e9e en 1999 est mise en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9e par Pierre Maillet. Comme le sugg\u00e8re le titre, il est question de cuisine et d\u2019Elvis Presley.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On d\u00e9couvre une famille bris\u00e9e compos\u00e9e de trois protagonistes. Le p\u00e8re t\u00e9trapl\u00e9gique a eu un accident quelques ann\u00e9es auparavant est le principal sujet de dispute entre la m\u00e8re et la fille qui essayent tant bien que mal de continuer \u00e0 vivre. La jeune fille, interpr\u00e9t\u00e9e de fa\u00e7on brillante, se r\u00e9fugie dans la cuisine et la confection de bons petits plats pour ne pas toucher le fond\u00a0; tandis que la m\u00e8re se d\u00e9responsabilise, exhibe ses tendances alcooliques et nymphomanes tout en \u00e9tant anorexique, un joyeux m\u00e9lange donc. Un personnage fait son entr\u00e9e, Stuart, un jeune homme qui travailler dans un magasin qui confectionne des g\u00e2teaux\u00a0; il arrive dans cet enfer et se fait balader durant toute la pi\u00e8ce, et est le sujet de nombreuses situations tr\u00e8s absurdes et politiquement incorrectes, pour le plus grand plaisir du spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout ce beau monde ne sait pas se parler. Les discussions se finissent en disputes, en cris, en hurlements; et le plus souvent, un des personnages en vient \u00e0 quitter la sc\u00e8ne tant la violence est pr\u00e9gnante. Ou bien il ne se supporte plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distribution de la parole est impressionnante. Elle fuse, les mots sont crus, prononc\u00e9s sans filtre aussi mordants que des lames de rasoir. On n\u2019aimerait pas \u00eatre \u00e0 la place des personnages lorsqu\u2019il est question d\u2019entendre ses quatre v\u00e9rit\u00e9s. Pourtant, ce n\u2019est pas choquant, c\u2019est simplement la vie qui est montr\u00e9e, une vie de d\u00e9tresse que m\u00e8nent des gens paum\u00e9s et qui cherchent \u00e0 s\u2019en sortir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis il y a Elvis. Tout au long de la pi\u00e8ce, en alternance avec les sc\u00e8nes de l\u2019intrigue, appara\u00eet le King. Le personnage du p\u00e8re \u00e9tait un fan inconditionnel d\u2019Elvis Presley et c\u2019est lui qui reprend les chansons mais aussi certains discours que le King a prononc\u00e9 lui-m\u00eame, on d\u00e9couvre alors une autre facette de cette l\u00e9gende qui avait l\u2019air insupportable et infr\u00e9quentable. Mais cela est vite oubli\u00e9, d\u00e8s que la musique joue ses premi\u00e8res notes\u00a0: on a envie de se lever de son si\u00e8ge pour swinger sur ce rythme endiabl\u00e9 qui rappelle des souvenirs. La musique est omnipr\u00e9sente, m\u00eame quand l\u2019intrigue se d\u00e9roule, la radio est souvent allum\u00e9e et l\u2019on \u00e9coute des titres du King. La pi\u00e8ce est rythm\u00e9e par sa pr\u00e9sence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce en fait ne ressemble \u00e0 aucune autre, elle forme un ensemble h\u00e9t\u00e9roclite o\u00f9 se m\u00eale comique, dramatique et intervalles musicaux. Le plus frappant est que le spectateur rit une bonne partie du spectacle. M\u00eame dans ce contexte dur et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, les dialogues entre les personnages provoquent le rire au regard de leur absurdit\u00e9. Comme exemple, la jeune fille en vient \u00e0 se tailler les veines \u00e0 la fin \u2013 mais rassurons-nous, tout est bien qui finit bien, tout le monde est vivant quand se termine la pi\u00e8ce \u2013 elle ne trouve rien de mieux \u00e0 dire en s\u2019adressant \u00e0 sa m\u00e8re \u00ab\u00a0Je suis d\u00e9sol\u00e9e, m\u00eame cela je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 le faire correctement\u00a0!\u00a0\u00bb. Mais le rire n\u2019est jamais fait pour se moquer des personnages, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019\u00eatre touch\u00e9 par leur humanit\u00e9, ils ont des travers, ils ne sont pas parfaits, c\u2019est normal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce ne fait que revendiquer son c\u00f4t\u00e9 d\u00e9cal\u00e9 et hors des normes tout au long de l\u20191h40 que l\u2019on ne voit pas passer. Pour preuve, le d\u00e9cor qui est \u00e0 deux \u00e9tages, une sc\u00e8ne en surplomb figure la pi\u00e8ce \u00e0 vivre qui sert de salon et de salle \u00e0 manger\u00a0; mais aussi, en bas, un plan de travail digne d\u2019une grande cuisine avec un frigo, un four et des plaques chauffantes. Et tenons-nous bien, la pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur la confection d\u2019une tourte qui cuit litt\u00e9ralement sur sc\u00e8ne et que les personnages d\u00e9gustent. Je n\u2019avais personnellement jamais vu \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, une pi\u00e8ce qui parle de cuisine, qui donne envie de cuisiner, une pi\u00e8ce sur Elvis Presley qui donne envie de danser. Une pi\u00e8ce touchante qui met en sc\u00e8ne des \u00eatres mis \u00e0 nu, pouss\u00e9s dans leurs retranchements, qui parviennent tant bien que mal \u00e0 se frayer un chemin \u00e0 travers cette dure r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019est l\u2019existence. On finit n\u00e9anmoins sur une note d\u2019espoir, m\u00e8re et fille sont r\u00e9unies autour de la table et partagent un repas en compagnie du p\u00e8re \u2013 identique \u00e0 lui-m\u00eame \u2013 comme si une nouvelle vie commen\u00e7ait.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: black;\">Charlotte Geoffray<\/span><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lee Hall est un auteur-dramaturge, connu pour avoir sign\u00e9 le sc\u00e9nario de <u>Billy Elliot <\/u>et <u>Le Cheval de guerre<\/u>. Apres avoir adapt\u00e9 des pi\u00e8ces de B\u00fcchner, Goldoni ou Brecht, il \u00e9crit la <u>Cuisine d\u2019Elvis<\/u> en s\u2019inscrivant dans la tradition des cabarets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne, Pierre Maillet est artiste associ\u00e9 \u00e0 la Com\u00e9die de Caen et la Com\u00e9die de Saint Etienne. Il est \u00e9galement membre de la compagnie de th\u00e9\u00e2tre \u00a0bretonne\u00a0: Th\u00e9\u00e2tre des Lucioles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jill, est une adolescente complex\u00e9e, passionn\u00e9e de cuisine. Elle s\u2019occupe de son p\u00e8re, Evis, parapl\u00e9gique depuis un accident de voiture. Sa m\u00e8re, Laetitia sombre dans l\u2019alcool et une crise de la quarantaine. Leur quotidien est chamboul\u00e9 lorsque Laetitia installe un jeune superviseur en p\u00e2tisserie \u00e0 la maison, Steward. La pi\u00e8ce traite de la solitude et de la r\u00e9unification de la famille dans un registre burlesque-dramatique english, tout \u00e7a avec des interm\u00e8des music-hall.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce s\u2019articule en alternant les sc\u00e8nes parl\u00e9es, dans le temps r\u00e9el, et des sc\u00e8nes flashbacks sur la musique ou des anecdotes d\u2019Elvis Presley. Ceci permet de faire des ellipses et de rappeler le pass\u00e9 d\u2019Evis qui \u00e9tait sosie dans des revues. Cependant on est plus dans un effet de mise en sc\u00e8ne que dans une explication du propos de l\u2019intrigue ou un compl\u00e9ment. Les sc\u00e8nes s\u2019enchainent bien mais on a une redondance. Malgr\u00e9 tout elle n\u2019impacte pas la mise en tension entre les personnages jusqu\u2019\u00e0 la tentative de suicide de Jill. On sent venir un drame mais on est surpris lorsque la com\u00e9dienne arrive ensanglant\u00e9e car on n\u2019imaginait cette violence. Pierre Maillet a \u00e9t\u00e9 ing\u00e9nieux en jouant sur les diff\u00e9rents plans du plateau pour d\u00e9tourner la vision du spectateur sur une action pendant qu\u2019une autre se d\u00e9roulait. Ainsi on passe de surprise en surprise avec une acc\u00e9l\u00e9ration vers le milieu de la deuxi\u00e8me partie jusqu\u2019au d\u00e9nouement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a aussi jou\u00e9 sur la mise en abyme, en choisissant un vrai chanteur pour jouer Evis. De plus, il est le seul personnage a rest\u00e9 constamment sur sc\u00e8ne, permettant au spectateur de s\u2019identifier \u00e0 lui. Il est l\u00e0 mais s\u2019en \u00eatre vu par les autres. Il sert aussi aux effets comiques pr\u00e9sents dans la pi\u00e8ce, avec un humour parfois gras. En fait la moquerie et le d\u00e9tournement de situation nous d\u00e9stabilise. On ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de rire et \u00eatre mal-\u00e0-l\u2019aise. Par exemple la sc\u00e8ne o\u00f9 \u00a0Steward masturbe Evis tout en lui demandant de l\u2019excuser de coucher avec sa femme et sa fille. Ce politiquement incorrecte est typique de l\u2019humour \u00ab\u00a0so british\u00a0\u00bb et Pierre Maillet l\u2019exploite \u00e0 d\u2019autres moments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce parle beaucoup de sexualit\u00e9. Pierre Maillet a donc exploit\u00e9 le nu dans certaines sc\u00e8nes de sexe. Mais j\u2019ai trouv\u00e9 que c\u2019\u00e9tait un peu gratuit et anecdotique. Il n\u2019a pas jou\u00e9 sur la sensualit\u00e9 ou la beaut\u00e9 d\u2019un corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les anecdotes sur Elvis Presley \u00e9taient dr\u00f4les et pertinente avec le titre car elle ne parlait que des moments importants de la vie du King li\u00e9s \u00e0 son alimentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce fait, la mise en sc\u00e8ne est bien r\u00e9alis\u00e9e mais elle ne propose rien d\u2019original ou d\u2019innovant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie est r\u00e9aliste, avec des clins d\u2019\u0153il au monde du cabaret. Elle repr\u00e9sente un living room. Cette partie occupe les deux tiers du plateau et elle est sur\u00e9lev\u00e9e. En avant-sc\u00e8ne on a une cuisine fonctionnelle, ou Jill cuisine. C\u2019est un endroit plus intime. Les monologues int\u00e9rieurs sont dits ici et c\u2019est au m\u00eame endroit que Jill va avoir sa premi\u00e8re fois avec Steward. Les deux plans participent \u00e0 la mise en abyme et \u00e0 une dramatisation de l\u2019action. Il permet aussi de repr\u00e9senter d\u2019autres endroits de la maison comme la salle de bain, en mettant les personnages sous la sc\u00e8ne<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a des clins d\u2019\u0153il \u00e0 la vie pass\u00e9e d\u2019Evis avec des rideaux rouges, des ampoules en fond de sc\u00e8ne, les tenus de cabaret et la coiffure \u00e0 la Elvis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu des com\u00e9diens \u00e9tait correct. On les a choisis car ils correspondaient aux personnages. Mention sp\u00e9ciale cependant \u00e0 la com\u00e9dienne qui jouait Jill, qui \u00e9tait une adulte, mais qui a fait un travail sur son corps et sa voix pour ressembler \u00e0 une adolescente. Elle a r\u00e9ussi \u00e0 ne pas aller dans des clich\u00e9s ou caricatures. La m\u00e8re \u00e9tait un peu en dessous, la com\u00e9dienne a eu des absences ou des oublis dans le texte et c\u2019est tr\u00e8s parasite, car on sort de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, on n\u2019est pas d\u00e9\u00e7u d\u2019avoir vu la pi\u00e8ce mais on ne s\u2019attend pas \u00e0 de l\u2019originalit\u00e9. C\u2019est un bon moment de divertissement. La chose qui aurait pu \u00eatre plus exploit\u00e9e et qui aurait suscit\u00e9 plus d\u2019int\u00e9r\u00eat est la psychologie des personnages et leurs rapports. M\u00eame si c\u2019est \u00e9voqu\u00e9 ou montr\u00e9, c\u2019est aussi bref et insignifiant. On reste quand m\u00eame attach\u00e9 aux personnages et on est sensible \u00e0 la Happy end qui rassemble cette famille, laissant de c\u00f4t\u00e9 Steward qui a permis de r\u00e9unifier la famille.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Said Heniau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Cuisine d&rsquo;Elvis <\/em>est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Lee Hall interpr\u00e9t\u00e9e par Pierre Maillet, C\u00e9cile Bournay, Matthieu Cruciani et Marie Payen. Jou\u00e9e dans une petite salle du Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, cette \u0153uvre est difficile \u00e0 cat\u00e9goriser: selon les mots-m\u00eames du metteur en sc\u00e8ne Pierre Maillet c&rsquo;est une \u00ab\u00a0com\u00e9die dramatique \u00e0 intervalles musicaux&#8230; ou un cabaret tragi-comique\u00a0\u00bb. Que raconte <em>La Cuisine d&rsquo;Elvis\u00a0<\/em>? Un drame familial ou une com\u00e9die sur Elvis Presley, le sexe, la nourriture et le bonheur, au choix. <em>La Cuisine d&rsquo;Elvis, <\/em>c&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme handicap\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;un accident de voiture, de sa fille de quatorze ans qui est folle de cuisine et d&rsquo;une m\u00e8re de 38 ans qui veut profiter pleinement de la vie. Cette famille est \u00e9branl\u00e9e par l&rsquo;arriv\u00e9e de Stuart, le nouveau petit-ami de la m\u00e8re, un superviseur de g\u00e2teaux qui a belle allure (mais son intellect beaucoup moins).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la sc\u00e8ne d&rsquo;exposition, on se rend compte que la pi\u00e8ce est tr\u00e8s visuelle\u00a0: que ce soit avec la nudit\u00e9, les effets de lumi\u00e8re qui agressent les yeux sur un fond de \u00ab\u00a0Jailhouse Rock\u00a0\u00bb, puis, tout au long des r\u00e9pliques, avec l&rsquo;utilisation des diff\u00e9rents types de lumi\u00e8re (la douche utilis\u00e9e comme focus sur Elvis ou comme effet dramatique, de fortes lumi\u00e8res venant de l&rsquo;arri\u00e8re de la sc\u00e8ne qui illuminent le devant).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ton est humoristique\u00a0: l&rsquo;utilisation du comique de caract\u00e8re (le jeune homme beau mais stupide, la jeune fille en plein r\u00e9bellion), les jeux de mots et les comiques de situation foisonnent et nous font (sou)rire (la fille de quatorze ans qui dit \u00e0 sa m\u00e8re, qui est professeur, qu&rsquo;il faut \u00ab\u00a0aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole demain matin\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0; ou bien Stuart r\u00e9alisant qu&rsquo;il a couch\u00e9 avec la femme, la fille et qu&rsquo;il est en train de masturber le mari).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais sous ses allures de com\u00e9die, la pi\u00e8ce devient peu \u00e0 peu un drame\u00a0: on comprend que sous le \u00ab\u00a0je fais attention \u00e0 ma ligne\u00a0\u00bb de la m\u00e8re se cache l&rsquo;anorexie. De m\u00eame, pour appuyer l&rsquo;opposition entre m\u00e8re et fille (un des th\u00e8mes principaux), cette derni\u00e8re est addicte \u00e0 la nourriture, qui devient un refuge. Derri\u00e8re la crise d&rsquo;adolescence de la jeune fille et la volont\u00e9 de plaire de la m\u00e8re se cachent une enfant qui a besoin de rep\u00e8res, de point d&rsquo;ancrage, et une femme qui veut oublier, qui voudrait essayer de vivre normalement, malgr\u00e9 tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rapports entre Stuart, la m\u00e8re et la fille sont violents\u00a0: avec le d\u00e9cha\u00eenement et l&rsquo;intensit\u00e9 des mots, dans leur signification et leur d\u00e9clamation (\u00e0 la limites des hurlements), la pi\u00e8ce est vivante, agressive&#8230; mais surtout <strong>humaine<\/strong>. En effet, m\u00eame si on d\u00e9sapprouve l&rsquo;oubli dans l&rsquo;alcool de la m\u00e8re, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00eatre \u00e9mu par cette dame qui, au milieu de la nuit, pleure et parle \u00e0 son mari incapable de r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0o\u00f9 sont pass\u00e9s tous nos r\u00eaves\u00a0? On voulait \u00eatre heureux, faire les choses bien&#8230; [\u2026] Et il n&rsquo;y a que ce <em>silence\u00a0<\/em>!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le p\u00e8re fan d&rsquo;Elvis arrive \u00e0 lier de fa\u00e7on formelle et significative la pi\u00e8ce. Les interm\u00e8des musicaux, qui servent d&rsquo;interlude ou sont des analogies des propos juste \u00e9nonc\u00e9s, sont jou\u00e9s de mani\u00e8re plus que d\u00e9cente par le nouvel Elvis, malgr\u00e9 un chant imparfait et des mouvements de danse approximatifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, m\u00eame si la fin repose, pour moi, sur un <em>deus ex machina <\/em>un peu am\u00e9ricain, <em>La Cuisine d&rsquo;Elvis <\/em>est une ode \u00e0 l&rsquo;espoir\u00a0: \u00ab\u00a0la vie\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 sa tristesse, sa violence, son incoh\u00e9rence, est peut-\u00eatre simplement ces moments de bonheurs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res (un bon repas, un sourire). On sort de la pi\u00e8ce satisfait et <em>purg\u00e9 de nos passions<\/em>.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Ma\u00ebva Lopez<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s son succ\u00e8s outre-manche, la com\u00e9die d\u00e9cal\u00e9e et curieuse de Lee Hall, arrive sur les planches du Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. L\u2019adroite mise en sc\u00e8ne de Pierre Maillet, qui par un d\u00e9cor minimaliste nous concentre encore plus sur le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce et gr\u00e2ce \u00e0 une subtile traduction de Fr\u00e9d\u00e9rique Revus et Louis-Charles Sirjacq, rendent toute sa finesse au texte et parviennent \u00e0 adapter le fameux \u00ab\u00a0humour anglais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En novembre, nous avons donc eu la chance de passer une agr\u00e9able soir\u00e9e en compagnie de cette famille plut\u00f4t atypique : un p\u00e8re handicap\u00e9, une m\u00e8re irresponsable et anorexique et leur adolescente, qui met toute son c\u0153ur dans les petits plats qu\u2019elle pr\u00e9pare, en esp\u00e9rant qu\u2019ils pourront soigner sa famille. Mais dans ce trio bancal vient se glisser le nouvel amant de la m\u00e8re et avec lui de nouveaux probl\u00e8mes. Le tout sur des musiques du King qui constituent des ellipses musicales et rythment la pi\u00e8ce, interpr\u00e9t\u00e9es par le p\u00e8re qui recouvre subitement l\u2019usage de ses membres, comme anim\u00e9s par sa passion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En deux petites heures, la Cuisine de Rom\u00e9o Elvis malm\u00e8ne tous les codes actuels. Des personnages qui apparaissent peu \u00e0 peu, des acteurs qui se retrouvent souvent peu v\u00eatus et (en) jouent avec le public. Une inversion totale des r\u00f4les sociaux, ici la jeune fille rebelle, au physique arbitrairement vieillissant, chaperonne la m\u00e8re n\u00e9vros\u00e9e et sulfureuse, le tout devant un p\u00e8re infirme toujours pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne, en fauteuil roulant, banane partiellement gomin\u00e9e et lunettes de soleil. Le tout arros\u00e9 d\u2019un soup\u00e7on de mauvais gout &#8211; humour morbide, complexe amoureux, cruaut\u00e9, et jeu d\u2019acteurs tr\u00e8s pouss\u00e9 dans le clich\u00e9- qui donne une dimension \u00e9trangement touchante \u00e0 cette pi\u00e8ce dont on ressort un peu d\u00e9rang\u00e9, sans comprendre tout \u00e0 fait ce \u00ab\u00a0Happy End\u00a0\u00bb, o\u00f9 nos deux h\u00e9ro\u00efnes finissent seules mais enfin heureuses. Est-ce l\u00e0 le fond de l\u2019\u0153uvre ? Que deux femmes et un homme ne peuvent cohabiter, les rivalit\u00e9s f\u00e9minines rendant le sch\u00e9ma impossible, et que les femmes doivent vivre entre elles, elles seront bien mieux ainsi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc dubitatifs qu\u2019on sort de la salle, des souvenirs pleins les yeux, gr\u00e2ce au tr\u00e8s respectables jeux de lumi\u00e8re, musique et des acteurs, et l\u2019eau \u00e0 la bouche \u00e0 cause des vrais plats pr\u00e9par\u00e9s sur sc\u00e8ne qui embaument la salle et rajoutent au r\u00e9alisme de cette histoire de famille \u00e0 la fois banale par le cot\u00e9 r\u00e9p\u00e9titif des clich\u00e9s bross\u00e9s, mais \u00e9galement singuli\u00e8re, berc\u00e9e par Elvis qui revient souvent comme une sorte d\u2019obsession farouche et de renversements de situations inattendus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Savant m\u00e9lange entre com\u00e9die et satyre sociale, La Cuisine D\u2019Elvis, est comme on peut l\u2019imaginer, une peu crue mais plut\u00f4t surprenante, on s\u2019en resservirait presque.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Oc\u00e9ane Mena<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, o\u00f9 se joue la pi\u00e8ce, introduit son synopsis de par la phrase \u00ab La vie, c\u2019est un truc bizarre, non1 ? \u00bb.<br \/>\nDe la m\u00eame fa\u00e7on, nous choisissons d\u2019introduire notre chronique par : \u00ab Alala, quelle histoire dis donc ! \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre, commen\u00e7ons par r\u00e9sumer La Cuisine d\u2019Elvis. La pi\u00e8ce nous propulse dans la vie de famille tortur\u00e9e de deux femmes. Jill, quatorze ans, est passionn\u00e9e de cuisine, et au moins autant de nourriture. Sa m\u00e8re, Victoria, trente-huit ans, est anorexique et alcoolique, elle passe ses nuits dans les bars et dans les bras des inconnus qu\u2019elle rencontre. Un soir, c\u2019est Stuart qu\u2019elle ram\u00e8ne \u00e0 la maison, un bel homme un peu gauche qui se targue d\u2019\u00eatre \u00ab superviseur de p\u00e2tisseries \u00bb. Avec son arriv\u00e9e dans l\u2019intimit\u00e9 des deux femmes est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e le drame \u00e0 l\u2019origine de leurs complexes respectifs : l\u2019accident qui a fait du p\u00e8re de la famille un l\u00e9gume en fauteuil. C\u2019est sans cesser d\u2019\u00eatre obs\u00e9d\u00e9 par la pr\u00e9sence silencieuse du paralys\u00e9 que Stuart va s\u2019enfoncer dans la tentation toujours plus vivace de poss\u00e9der Victoria, puis Jill, faisant cro\u00eetre sa culpabilit\u00e9, indissociable de son empathie pour lui. Une empathie telle qu\u2019il finit par l\u2019exprimer en choisissant de le satisfaire sexuellement, comme il l\u2019a fait pour les deux femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 un sc\u00e9nario qui est loin de rebuter le commun des spectateurs, car nous assistons \u00e0 ce que la t\u00e9l\u00e9vision aime appeler une \u00ab com\u00e9die dramatique \u00bb centr\u00e9e sur la famille (dont la mise en sc\u00e8ne n\u2019a rien d\u2019anglais que ce que signale la description de la pi\u00e8ce), et pour donner un moteur \u00e0 l\u2019intrigue : le sexe. Comme c\u2019est original ! Nous commen\u00e7ons par des airs de proc\u00e8s d\u2019un spectacle qui n\u2019a rien de d\u00e9plaisant dans son ex\u00e9cution cependant. Car si le sc\u00e9nario n\u2019est pas r\u00e9volutionnaire, le traitement en est fait avec beaucoup d\u2019accroche pour le spectateur, men\u00e9 par un mouvement r\u00e9gulier et bien dos\u00e9 des personnages, une cadence tenue, ainsi qu\u2019un plateau qui sert correctement la mise en sc\u00e8ne, avec le salon et la salle \u00e0 manger en haut et la cuisine en contrebas, au pied des spectateurs. Une cuisine qui sert de lieu de libert\u00e9 du vice \u00e0 la famille, car elle s\u00e9pare qui s\u2019y trouve de l\u2019espace central situ\u00e9 en surplomb. Ainsi, Jill se r\u00e9fugie dans sa tambouille en exacerbant les \u00e9motions qui la submergent, et Victoria s\u2019y faufile comme une souris pour se servir en junk food soft et alcoolis\u00e9e. Et s\u2019il ne bouge jamais de son fauteuil roulant dans la r\u00e9alit\u00e9 de sa femme et sa fille, c\u2019est aussi l\u2019endroit par lequel passe le p\u00e8re lorsqu\u2019il entonne les tubes d\u2019Elvis, faisant de son r\u00eave \u00e9veill\u00e9 une com\u00e9die musicale enchant\u00e9e, cr\u00e9ant des parenth\u00e8ses qui suspendent la noirceur du drame familial. Ces qualit\u00e9s donnent son \u00e9quilibre \u00e0 la pi\u00e8ce et y insufflent beaucoup de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, ce qui rend le spectacle tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 suivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais un spectateur tant soit peu int\u00e9ress\u00e9 par la pi\u00e8ce, qu\u2019il envisage peut-\u00eatre d\u2019aller voir en courant jusqu\u2019au Rond-Point dans la semaine, peut-il en rester l\u00e0 ? Certainement pas si, comme moi, il a mis\u00e9 sur le descriptif publi\u00e9 en ligne qui situe la pi\u00e8ce dans la lign\u00e9e de Ken Loach et des Monty Pythons2. Ce n\u2019est pas vraisemblablement ce que nous pourrions retrouver dans une pi\u00e8ce qui n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 saluer de tr\u00e8s loin la pesanteur des drames sociaux du r\u00e9alisateur britannique, et \u00e9choue tr\u00e8s s\u00e9rieusement sa tentative de p\u00e9trir la mati\u00e8re des possibles donn\u00e9e par la situation pour produire une substance comique, comme l\u2019ont fait les Pythons. Car si l\u2019\u00e9criture de cette pi\u00e8ce pr\u00e9tend \u00e0 certains effets bien pens\u00e9s dans les registres comique et tragique, elle ne parvient pas \u00e0 se r\u00e9aliser sur la sc\u00e8ne. La prestation n\u2019arrive pas \u00e0 s\u2019\u00e9lever \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 que se serait fix\u00e9e le sc\u00e9nario, ce qui r\u00e9duit bien des effets destin\u00e9s \u00e0 exprimer le registre \u00e0 des \u00e9tincelles timides. On la re\u00e7oit comme une bonne blague qu\u2019on aurait simplement mal racont\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019efficacit\u00e9 du sc\u00e9nario n\u2019est pas la seule \u00e0 manquer sa cible, car l\u2019actrice de Jill a litt\u00e9ralement de quoi \u00ab d\u00e9ranger \u00bb le d\u00e9roulement de l\u2019histoire tant son interpr\u00e9tation ne tient pas la route. En effet, chacune de ses prises de parole est faite sur le m\u00eame ton de voix, qui plus est dans un cri de plainte : c\u2019est le seul personnage \u00e0 ne pas parler \u00e0 volume normal de toute la pi\u00e8ce, elle gueule. Ajoutez \u00e0 cela des gesticulations des bras et de la t\u00eate dans un sens, puis dans l\u2019autre, \u00e0 chaque fois que Jill doit faire plus que parler (c\u2019est-\u00e0-dire crier), mais se scandaliser. Comme si c\u2019\u00e9taient les seules ressources physiques disponibles pour donner corps \u00e0 une adolescente !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Spectateur bienveillant, tu ne laisses pas de penser que la fin de la pi\u00e8ce permettra de relever, sinon de donner meilleur sens aux d\u00e9fauts qui cabossent son ex\u00e9cution pendant uneheure et demi. Ce pourrait bien \u00eatre le cas, car si la pi\u00e8ce ne parvient pas \u00e0 s\u2019\u00e9lever au niveau qu\u2019elle pr\u00e9tend, c\u2019est parce qu\u2019elle doit \u00eatre \u00e9crite comme telle. En cl\u00f4ture de l\u2019histoire, pour accompagner un happy end sans fulgurance, le monologue de Jill confirme la faiblesse des dialogues en essayant de composer une pens\u00e9e synth\u00e9tique des \u00e9v\u00e9nements, qui ne donne pas plus de mati\u00e8re au spectateur pour fabriquer une pens\u00e9e tant elle est vide d\u2019originalit\u00e9 et de profondeur : \u00ab La vie, c\u2019est un truc bizarre, non ? \u00bb. Cette ultime sentence signe complaisamment une pr\u00e9tention rat\u00e9e \u00e0 la r\u00e9flexion, dans un dernier sursaut destin\u00e9 \u00e0 parler de la pluie et du beau temps, sous couvert de maigres nippes de langage m\u00e9taphysique. Pas un grain de pertinence dans cette simplicit\u00e9 candide : le sens de la pi\u00e8ce, qui pr\u00e9parait sa r\u00e9v\u00e9lation avec impatience, est juste une p\u00e9riphrase de son contenu, et ab\u00eeme fortement les qualit\u00e9s formelles du reste du spectacle en hasardant un discours d\u2019une paresseuse banalit\u00e9. Jill aurait mieux fait de se taire.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Alexandre Michaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La cuisine d\u2019Elvis<\/em>, repr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, cr\u00e9\u00e9e par Lee Hall et mise en sc\u00e8ne par Pierre Maillet, nous raconte l\u2019histoire d\u2019un trio familial, un p\u00e8re parapl\u00e9gique, une m\u00e8re trompeuse et une fille omnibul\u00e9e par la nourriture, qui voit son quotidien chaotique perturb\u00e9 par l\u2019arriv\u00e9 d\u2019un p\u00e2tissier de passage. Ces quatre vies tournent autour de la passion du p\u00e8re de famille, ancien sosie d\u2019Elvis Presley, et qui tentent difficilement de vivre ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce, sans chronologie claire, se passe maximum sur quelques mois, rythm\u00e9e par des chansons du King interpr\u00e9t\u00e9es par le p\u00e8re de famille. Ces chansons prennent place principalement pour souligner l\u2019\u00e9volution des relations entre les personnages et les ellipses temporels, mais il reste tr\u00e8s difficile de comprendre le v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat des chansons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e8gles des trois unit\u00e9s sont ici parfaitement respect\u00e9es, action, temps, lieu, donnant une atmosph\u00e8re de huit-clos cynique \u00e0 la pi\u00e8ce, tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 regarder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors de la pi\u00e8ce sont tr\u00e8s minimalistes, se r\u00e9sumant \u00e0 une cuisini\u00e8re, un canap\u00e9 et une table \u00e0 manger, permettant alors aux com\u00e9diens de se d\u00e9placer dans tout l\u2019espace sans souci. Le reste des d\u00e9cors est laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019imagination des spectateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas une pi\u00e8ce \u00e0 conseiller aux personnes souhaitant d\u00e9couvrir le th\u00e9\u00e2tre, et qui ne comprendraient pas forc\u00e9ment les enjeux et les messages de la pi\u00e8ce. Ce n\u2019est pas non plus une pi\u00e8ce pour les enfants, la pi\u00e8ce pr\u00e9sentant plusieurs sc\u00e8nes avec un acteur \u00e0 la nudit\u00e9 totale et bien visible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela reste une pi\u00e8ce tr\u00e8s agr\u00e9able et aux situations assez dr\u00f4les provoqu\u00e9es par des dialogues acerbes ou des situations absurdes, tr\u00e8s sympathiques et \u00e0 conseiller aux habitu\u00e9s des soir\u00e9es th\u00e9\u00e2tres de tous \u00e2ges, si ce n\u2019est les enfants.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Johanna Simonot<\/h6>\n<pre>Photo : St\u00e9phane Trapier<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus La pi\u00e8ce est un huit-clos au sein d&rsquo;une famille d\u00e9chir\u00e9e mais attachante. Il y a Dad qui aurait pu \u00eatre mort mais qui s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 au stade du l\u00e9gume. 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