{"id":873,"date":"2016-11-30T20:00:32","date_gmt":"2016-11-30T19:00:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=873"},"modified":"2016-11-30T20:00:32","modified_gmt":"2016-11-30T19:00:32","slug":"le-cantique-des-cantiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=873","title":{"rendered":"Le cantique des cantiques"},"content":{"rendered":"<p>Danse\/Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | <a href=\"http:\/\/theatre-chaillot.fr\/abou-lagraa-mikael-serre-le-cantique-des-cantiques\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Abou Lagraa (danse et chor\u00e9graphie) et Mika\u00ebl Serre (texte et mise en sc\u00e8ne) proposent une interpr\u00e9tation du po\u00e8me le Cantique des cantiques, appel\u00e9 aussi le chant de Salomon\u00a0; po\u00e8me d&rsquo;amour dot\u00e9 d&rsquo;une puissance mystique, transcendante, par son inscription biblique. Les deux artistes prennent place dans la lign\u00e9e du grand nombre qui s&rsquo;est plong\u00e9 dans ce texte pour en d\u00e9celer voire en emprunter le sel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, c&rsquo;est avant tout la dissonance qui est recherch\u00e9e par les artistes. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une interpr\u00e9tation chor\u00e9graphique plus sexuelle que sensuelle &#8211; et cette sexualit\u00e9 est bestiale, primitive -, qui reste, gr\u00e2ce au texte prononc\u00e9, fid\u00e8le \u00e0 la lettre raffin\u00e9e et symbolique du po\u00e8me originel. Ainsi, \u00e0 la simulation de l&rsquo;acte sexuel &#8211; motif dominant dans la chor\u00e9graphie &#8211; par couple ou de mani\u00e8re individuelle, r\u00e9pondent les lexies qui construisent la m\u00e9taphore fil\u00e9e du corps du \u00ab\u00a0bien aim\u00e9\u00a0\u00bb comme un paradis terrestre dans le Cantique des cantiques, telles \u00ab\u00a0g\u00e2teau\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0raisins\u00a0\u00bb mais surtout, \u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb. Mais quelle est la nature de cet \u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb qui impulse litt\u00e9ralement la danse ? La chor\u00e9graphie, tr\u00e8s influenc\u00e9e par ce qui semble une gestuelle tribale, peut-\u00eatre animiste, d\u00e9montre une \u00e9nergie charnelle \u00e0 couper le souffle, les danseurs semblant \u00e0 la fois mati\u00e8re brute et fluides incontr\u00f4l\u00e9s ou incontr\u00f4lables, tels la s\u00e8ve qui coule en continue sous la terre et dans les arbres. Les costumes sont des tuniques aux couleurs de la terre, marron et vert; des quatre \u00e9l\u00e9ments, c&rsquo;est sans aucun doute la terre qui est dans\u00e9e. La tonalit\u00e9 terrestre ou naturelle est n\u00e9anmoins contrast\u00e9e par ce qui ressemble \u00e0 des rideaux de fer, dans le fond de la sc\u00e8ne, et qui pourrait symboliser la d\u00e9shumanisation port\u00e9e par le progr\u00e8s technique face \u00e0 l\u2019immuable de la nature humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La dissonance semble vouloir se r\u00e9soudre lorsque la voix off pose, apr\u00e8s la sc\u00e8ne crue et violente du viol de la jeune fille par les gardiens de la cit\u00e9, la dichotomie entre Envie et Amour. D\u00e8s lors, le spectacle prend une autre tournure ; ce qui semblait une ode \u00e0 la nature essentiellement animale, violente, de l&rsquo;homme prend la coloration d&rsquo;une interrogatin : dans quelle mesure avons-nous une r\u00e9elle emprise sur notre corps et notre vie? La sexualit\u00e9 pos\u00e9e comme royaut\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9e comme le fruit d&rsquo;une lib\u00e9ration, ne serait-elle pas un autre asservissement, lorsque, pure envie, elle ne retrouve pas l&rsquo;amour, \u00e0 la mani\u00e8re de cette imm\u00e9moriale fianc\u00e9e qui a perdu son bien aim\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, \u00e0 la fin du spectacle, la surprenante projection d&rsquo;articles de la loi et de la constitution europ\u00e9enne, ainsi que le changement brutal de registre musical, apparaissent comme l\u2019inscription brutale de la repr\u00e9sentation dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui et, comme une ultime volont\u00e9 de reconstruire la dissonance ; la dissonance comme matrice de l&rsquo;amour, \u00e9pris de ses sempiternelles contradictions.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ali\u00e9nor Bazin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte du Cantique de cantiques, chant po\u00e9tique sous forme d\u2019un dialogue entre un Fianc\u00e9e et la Bien-aim\u00e9e, est incontestablement le livre plus sensuel de la Bible. Le chor\u00e9graphe Abou Lagraa et le metteur en sc\u00e8ne Micka\u00ebl Serre le revisitent d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9concertante le r\u00e9interpr\u00e9tant au prisme des valeurs pr\u00f4n\u00e9es par notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d\u00e9bute avec des corps allong\u00e9s dans la p\u00e9nombre. Ils se mettent peu \u00e0 peu en mouvement sous une lumi\u00e8re tamis\u00e9e. Les gestes se font plus amples, la musique plus intense, des d\u00e9placements soudain surviennent et commence alors une danse amoureuse sous la forme d\u2019une chasse-poursuite sensuelle. La gr\u00e2ce habite les deux amants, la passion aussi, on la lit sur leurs corps mats br\u00fbl\u00e9s par le soleil du Moyen-Orient \u00ab\u00a0Mon bien-aim\u00e9 est \u00e0 moi, et moi \u00e0 lui\u00a0\u00bb Ct 2, 16. Le c\u00e8dre les regarde sans dire mot, \u00e9tendant ses feuillages sous une lumi\u00e8re couleur de brique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis arrivent d\u2019autres figures du bien-aim\u00e9 et de la bien-aim\u00e9e, plus sombres et plus froides. L\u2019atmosph\u00e8re se fait oppressante, la musique lancinante. Le d\u00e9sert n\u2019est plus le d\u00e9cor investi d\u2019une dimension po\u00e9tique, mais devient \u00e9touffant, \u00a0Les d\u00e9placements deviennent plus brusques et saccad\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 une sorte d\u2019ali\u00e9nation collective, chacun entrant dans sa propre folie. La dizaine de danseurs se jette \u00e0 terre, poss\u00e9d\u00e9e par des convulsions et secou\u00e9e de spasmes. La passion initiale s\u2019est en quelques minutes mu\u00e9e en une folie d\u00e9vorante qui nie compl\u00e8tement la libert\u00e9 humaine. Une phrase est martel\u00e9e, \u00ab\u00a0l\u2019amour c\u2019est l\u2019Enfer\u00a0\u00bb. Les danseurs, tant\u00f4t seuls, tant\u00f4t en duos ou en trios, semblent poss\u00e9d\u00e9s. Une grande violence se d\u00e9gage de la sc\u00e8ne, corrobor\u00e9e par la musique assourdissante. Cette violence trouve son point culminant dans une affreuse sc\u00e8ne de viol o\u00f9 une femme, aguicheuse au d\u00e9but, finit par se faire abuser par deux hommes \u00e9clatant de rire tour \u00e0 tour. On fr\u00e9mit. L\u2019homme redevient animal. Il crache sur son semblable, d\u00e9nigrant ainsi l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019autre, d\u2019o\u00f9 la projection finale des principaux articles sur la dignit\u00e9 et la tol\u00e9rance de la Charte des droits fondamentaux de l\u2019Union europ\u00e9enne, sur fond de balade folk\u00a0: \u00ab\u00a0Love is a win\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On appr\u00e9cie la souplesse la fluidit\u00e9 des tenues des danseurs qui font un lointain \u00e9cho aux habits des bergers nomades du d\u00e9sert. La chor\u00e9graphie est contrast\u00e9e et la danse pleine de l\u2019\u00e9nergie insuffl\u00e9e par l\u2019amour charnel. On regrettera toutefois l\u2019impossibilit\u00e9 de plier le texte du Cantique des cantiques aux codes de notre th\u00e9\u00e2tre contemporain. La nudit\u00e9 froide et crue d\u2019une femme, immobile, n\u2019a pas d\u2019int\u00e9r\u00eat visible si ce n\u2019est celui de reprendre des conventions d\u00e9j\u00e0 bien ancr\u00e9es dans les pratiques sc\u00e9niques actuelles. De plus, certains \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9cousus, des changements d\u2019atmosph\u00e8res brusques et non avenus. Si pour Isabelle Calabre, Abou Lagraa a choisi de\u00a0 \u00ab\u00a0tout dire et de tout montrer\u00a0\u00bb \u00a0dans sa chor\u00e9graphie qu\u2019elle consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0un v\u00e9ritable manifeste en faveur de l\u2019amour et de la tol\u00e9rance\u00a0\u00bb, on reste toutefois d\u00e9\u00e7u du passage du texte biblique \u00e0 un texte l\u00e9gislatif\u00a0; il nous semble que toute la dimension spirituelle a compl\u00e8tement disparue pour \u00eatre supplant\u00e9e par les id\u00e9aux issus des Lumi\u00e8res \u2013d\u00e9nonciation de la violence, appel \u00e0 la tol\u00e9rance-, certes louable, n\u00e9anmoins d\u00e9pourvus de po\u00e9sie. Le Cantique des cantiques, hymne mystique \u00e0 l\u2019amour charnel, appara\u00eet alors quelque peu d\u00e9natur\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Esther Bry<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le Cantique des cantiques\u00a0\u00bb, un spectacle au confluent du th\u00e9\u00e2tre et de la danse mis en sc\u00e8ne par Mika\u00ebl Serre avec la chor\u00e9graphie d&rsquo;Abou Lagraa, continue la tourn\u00e9e nationale. Apr\u00e8s sa cr\u00e9ation en septembre 2015 \u00e0 la Maison de la Danse \u00e0 Lyon, le chor\u00e9graphe ard\u00e9chois se produit sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le Cantique des cantiques\u00a0\u00bb est bas\u00e9 sur un des textes les plus discut\u00e9s, les plus charnels de la Bible. Ce po\u00e8me a inspir\u00e9 plusieurs peintres et musiciens, tels que Marc Chagall ou Arthur Honegger entre autres, maintenant il rejaillit dans les corps des danseurs qui en solo, en duo ou en d&rsquo;autres constellations interrogent tous les aspects de leur sentiment le plus profond &#8211; de l&rsquo;amour. L&rsquo;amour comme des eaux qui tant\u00f4t couvent et emportent le corps dans son insouciance, et tant\u00f4t sont plus troubles et le descendent au plus profond de son autodestruction. Cet amour nous est racont\u00e9 par la voix de la femme, c&rsquo;est elle qui nous livre ses sentiments, son amertume, sa richesse, sa joie et sa douleur. C&rsquo;est un amour qui est pareillement \u00e0 un pas de la violence, du conflit, de la guerre, un \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me bien pr\u00e9sent dans notre esprit contemporain. Lors d&rsquo;un questionnement philosophique autour de l&rsquo;amour fraternel, maternel ou charnel, le m\u00e9pris, la violence et le combat, la folie et le d\u00e9sir nous d\u00e9couvrons de multiples facettes de ce sentiment. Toutes ces questions fleurissent sur sc\u00e8ne dans une cha\u00eene de transformations qui oscille entre les deux extr\u00eames de l&rsquo;amour : le mal et le bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9lange entre la lumi\u00e8re, la chor\u00e9graphie, le texte, les vid\u00e9os ou encore les images et l&rsquo;accompagnement sonore est intelligemment dos\u00e9 tout au long du spectacle. Si le d\u00e9but du spectacle manque d&rsquo;une certaine mani\u00e8re de point d&rsquo;ancrage, le mouvement semble perdre son sens et son naturel, le corps a du mal \u00e0 retrouver sa pr\u00e9sence et son \u00e9nergie, il y a des moments forts de synergie terrestre et charnelle par la suite, voir de l&rsquo;effet puissant de la r\u00e9sonance dans certains duos. C&rsquo;\u00e9tait le cas d&rsquo;un duo \u00e9lectris\u00e9 quand le courant \u00e9lectrique semblait passer \u00e0 travers les corps des danseurs, la musique et m\u00eames le d\u00e9cor en cr\u00e9ant une unit\u00e9 charg\u00e9e en \u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un compliment bien m\u00e9rit\u00e9 pour la musique du spectacle, qui ponctuait subtilement la musique interne du po\u00e8me. Les costumes des danseurs et des com\u00e9diennes \u00e9taient \u00e9galement tr\u00e8s r\u00e9ussis. De couleur marron-vert fonc\u00e9, ils soulignait le lien \u00e9nerg\u00e9tique entre le corps et le sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au son de \u00ab\u00a0Wild is the wind\u00a0\u00bb nous nous dirigeons vers la conclusion de ce chapitre sur l&rsquo;amour et curieusement c&rsquo;est la th\u00e9matique des r\u00e9fugi\u00e9s qui surgit. D\u00e9j\u00e0 d&rsquo;actualit\u00e9 en septembre 2015, elle nous surprend d&rsquo;un premier abord, mais si on regarde le spectacle dans une perspective plus large, plus humaine qui converge vers la tol\u00e9rance, nous pouvons \u00e9tablir un lien logique dans cette cl\u00f4ture du cantique des cantiques.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Iryna Derzhko<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lumineuse id\u00e9e que d\u2019incarner par la danse l\u2019amour exalt\u00e9 dans le <em>Cantique des cantiques<\/em>\u00a0! L\u2019ex\u00e9cution ne me parut malheureusement pas \u00e0 la hauteur de l\u2019intention, pourtant explor\u00e9e par des danseurs et com\u00e9diennes de talent. L\u2019inclassable po\u00e9sie biblique du <em>Cantique des cantiques<\/em> qui chante avec lyrisme et feu les amours d\u2019un couple fut, au th\u00e9\u00e2tre de Chaillot, mis en sc\u00e8ne par Mika\u00ebl Serre de mani\u00e8re tr\u00e8s engag\u00e9e, et \u00e0 l\u2019aune d\u2019une r\u00e9\u00e9criture quelque peu invers\u00e9e afin de faire entrer au forceps le texte dans un hymne \u00e0 la tol\u00e9rance \u00e9thiquement louable mais artistiquement p\u00e9rilleux. Certes, le mysticisme amoureux m\u00e9taphoriquement pr\u00e9sent dans cette ode \u00e0 l\u2019amour fut un temps outranci\u00e8rement soulign\u00e9 par l\u2019herm\u00e9neutique chr\u00e9tienne au d\u00e9triment du charnel, mais ce charnel que l\u2019on retrouve dans les chor\u00e9graphies d\u2019Abou Lagraa est non pas exalt\u00e9 par de d\u00e9licates et suggestives nuances comme la po\u00e9sie du texte l\u2019e\u00fbt exig\u00e9 mais <em>\u00e9tal\u00e9<\/em> cr\u00fbment voire m\u00eame ind\u00e9cemment, enlevant ainsi au d\u00e9sir sa riche et profonde opacit\u00e9, d\u00e9pe\u00e7ant l\u2019amour sous une lumi\u00e8re blafarde, r\u00e9ifiant au son d\u2019une musique parfois brutale et d\u00e9shumanisante des amants qui ne savent plus aimer. Le texte est-il un menu de restaurant dans lequel nous n\u2019\u00e9lisons que les mets qui nous sont familiers et rejetons au composte des obscurantismes p\u00e9rim\u00e9s ceux qui \u00e9pousent plus difficilement une <em>doxa<\/em> socio historiquement ultra d\u00e9termin\u00e9e\u00a0? Il fut regrettable que metteur en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphe n\u2019eussent pris du <em>Cantique des cantiques<\/em> que son \u00e9rotisme en figurant de mani\u00e8re certes remarquablement esth\u00e9tique l\u2019aimantation physique mais en d\u00e9liant cette derni\u00e8re de son suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me, pourtant socle de la belle singularit\u00e9 de ce texte. Olivier Innocenti (\u00e0 la musique) et Fabiana Piccioli (aux lumi\u00e8res) actualis\u00e8rent incontestablement le po\u00e8me h\u00e9bra\u00efque, mais cette modernisation \u00e0 tous crins conserve-t-elle encore sens et valeur\u00a0 si elle devient synonyme de \u00a0m\u00e9canisation mentale et corporelle ent\u00e9rin\u00e9e par la projection cin\u00e9matographique de bombardements et de masses agglutin\u00e9es? S\u2019il ne s\u2019agit d\u2019appliquer \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation th\u00e9\u00e2trale et chor\u00e9graphique qu\u2019une recette pr\u00e9fabriqu\u00e9e de la contemporan\u00e9it\u00e9 consistant \u00e0 mettre en sc\u00e8ne des corps \u00e9ternellement d\u00e9sarticul\u00e9s, gesticulant de mani\u00e8re anarchique et spasmodique, si originalit\u00e9 et iconoclasme se r\u00e9sorbent en consensus artistique fade et invariablement identique, au point o\u00f9 voir cette pi\u00e8ce me donna la d\u00e9sagr\u00e9able sensation que je l\u2019avais vue toute ma vie, le d\u00e9sir d\u2019imposer \u00e0 un chef-d\u2019\u0153uvre po\u00e9tique des probl\u00e9matiques actuelles ne sombre-t-il pas dans une vaticination topique et sans int\u00e9r\u00eat\u00a0? Pourtant, le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation fut de tr\u00e8s bon augure\u00a0: la danse lascive, sensuelle, magnifique et toute en finesse d\u2019un couple ressuscita momentan\u00e9ment l\u2019amour et la projection de paysages en ombres chinoises ou de visages sym\u00e9triques sur un rideau de filaments apporta une aura esth\u00e9tique au texte malheureusement trop peu proclam\u00e9 en voix off et \u00e9cras\u00e9 par une musique omnipr\u00e9sente et parfois agressive, sans grand rapport avec la conception euphorique de la sexualit\u00e9 dans le <em>Cantique des cantiques<\/em>. La projection finale d\u2019articles de la constitution europ\u00e9enne constitua le point d\u2019orgue d\u2019un spiritualisme bureaucratis\u00e9 ou du moins institutionnalis\u00e9, et la repr\u00e9sentation sans ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019un viol sur sc\u00e8ne, l\u2019incision d\u2019une tirade -qui m\u2019est inconnue- sur l\u2019amour en tant qu\u2019ultime enfer, les paroles d\u00e9sarticul\u00e9es\u00a0 et les figures tordues de d\u00e9sespoir devant une haine aspirant la moindre bribe d\u2019un amour fondu en pure possession bestiale, tout cela jura d\u00e9savantageusement avec la tonalit\u00e9 originelle du <em>Cantique des cantiques<\/em>, au point o\u00f9 l\u2019on est en droit de se demander si Mika\u00ebl Serre n\u2019aurait pas d\u00fb rebaptiser \u00ab\u00a0<em>Contre le Cantique des cantiques<\/em>\u00a0\u00bb sa peinture dysphorique mais vraie de notre contemporan\u00e9it\u00e9\u2026<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louise Hersent<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">On jouait en ce d\u00e9but du mois de d\u00e9cembre au Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot une cr\u00e9ation dans\u00e9e au titre \u00e9vocateur\u00a0: le Cantique des cantiques, chor\u00e9graphi\u00e9 par Abou Lagraa et mis en sc\u00e8ne par Mika\u00ebl Serre. Le spectacle traduit en mouvement le texte religieux le plus \u00e9quivoque de la Bible, ce po\u00e8me qui est un ode \u00e0 l&rsquo;amour, et en particulier, l&rsquo;amour charnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne, deux com\u00e9diennes et six danseurs. Le spectacle est d\u00e9coup\u00e9 en sc\u00e8nes, qui racontent chacune une micro-histoire, et s&rsquo;encha\u00eenent par couples, parfois \u00e0 trois, puis ensemble. Le lien est souvent t\u00e9nu entre ces sc\u00e8nes et on sent la volont\u00e9 des cr\u00e9ateurs du spectacle d&rsquo;en dire toujours plus, quitte \u00e0 ce que le fil conducteur ne soit que la grande id\u00e9e de l&rsquo;\u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour repr\u00e9senter l&rsquo;amour de c\u0153ur, ils ont sorti les violoncelles et montr\u00e9 un mouvement fluide, doux, rond, parfois un peu sauvage mais toujours apprivois\u00e9. Beaucoup de miel aussi, pour marquer la symbiose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour\u00a0 repr\u00e9senter l&rsquo;amour de chair, il y avait de la musique \u00e9lectronique et le mouvement \u00e9tait violent, saccad\u00e9. Une femme se mit \u00e0 lancer sa sexualit\u00e9 comme une arme au visage de l&rsquo;autre qui reculait face aux hommes. Elle riait d&rsquo;\u00eatre accompagn\u00e9e de deux hommes, d\u00e9vergond\u00e9e, ivre de plaisir, et cette d\u00e9bauche se retourna finalement contre elle\u00a0: les deux hommes la viol\u00e8rent sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette sc\u00e8ne m&rsquo;interloqua pour son message tr\u00e8s dichotomique, sugg\u00e9rant que le libertinage et le plaisir charnel ne m\u00e8nent qu&rsquo;\u00e0 la violence, et qu&rsquo;en comparaison, le couple est un endroit de calme et de douceur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cr\u00e9ation parlait aussi de la place de l&rsquo;amour dans la soci\u00e9t\u00e9, particuli\u00e8rement sous le prisme de l&rsquo;homosexualit\u00e9. En effet, dans une sc\u00e8ne, un homme tenta d&rsquo;en embrasser un autre, qui le rejeta brutalement, avec des crachats et des coups. Il l&rsquo;humilia, en fit une b\u00eate. Et l&rsquo;enla\u00e7a f\u00e9rocement ensuite.\u00a0 L&rsquo;id\u00e9e pr\u00f4n\u00e9e est que tout homophobe est un homosexuel refoul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est frappante, peut-\u00eatre un trop, \u00e0 mon go\u00fbt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La probl\u00e9matique du spectacle ne semble pas en v\u00e9rit\u00e9 \u00eatre\u00a0: comment danser l&rsquo;amour\u00a0? Mais plut\u00f4t\u00a0: O\u00f9 se trouve la libert\u00e9 dans l&rsquo;amour\u00a0? Ainsi, le spectacle va en s&rsquo;\u00e9largissant\u00a0: il part du doux pour aller vers le brutal, et passe du couple enferm\u00e9 dans son bonheur au viol collectif d&rsquo;une femme et au rejet de l&rsquo;amour diff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus rien sur sc\u00e8ne, dans le noir, il y a une projection d&rsquo;articles du code civil et d&rsquo;autres codes sur la libert\u00e9 d&rsquo;aimer, la libert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame et le respect du prochain. Or je pense que cet acte de d\u00e9nonciation du non &#8211; respect des citoyens dans notre soci\u00e9t\u00e9 est trop explicite, et tombe dans le pathos. Les spectateurs derri\u00e8re moi soufflaient leur d\u00e9sapprobation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est dommage de partir d&rsquo;un texte po\u00e9tique pour aboutir une nouvelle fois sur un pamphlet politique, quand la suggestion nous aurait suffi. Si la cr\u00e9ation ne laisse pas un creux aux consciences individuelles et un espace au d\u00e9bat, alors elle assujettit le public et perd sa qualit\u00e9 de r\u00e9veil des imaginaires.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mirabelle Kalfon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mercredi 30 novembre sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre Chaillot, une \u00e9poustouflante repr\u00e9sentation s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e. Autour du texte biblique du Cantique des cantiques, le spectacle m\u00ealait danse, th\u00e9\u00e2tre, musique, cin\u00e9ma et jeux de lumi\u00e8res. Cette \u00ab\u00a0narration po\u00e9tique en mouvement\u00a0\u00bb explorait les nuances et les beaut\u00e9s du Cantique lui-m\u00eame, et lui donnait de nouvelles significations touchant \u00e0 des sujets tr\u00e8s pr\u00e9sents \u00e0 nos esprits aujourd&rsquo;hui. Cette repr\u00e9sentation \u00e9tait le r\u00e9sultat de la collaboration de Mika\u00ebl Serre, metteur en sc\u00e8ne, et d&rsquo;Abou Lagraa, chor\u00e9graphe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Huit danseurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire 4 couples dont un compos\u00e9 de deux femmes, ont pris possession d&rsquo;une sc\u00e8ne double\u00a0: l&rsquo;avant, large espace \u00e9clair\u00e9, et l&rsquo;arri\u00e8re, voil\u00e9 par un rideau de fils tendus entre lesquels ils passaient et repassaient. Ce rideau servait \u00e9galement d&rsquo;\u00e9cran sur lequel des images, puissantes \u00e9vocations \u00e9taient projet\u00e9es. Chaque couple de danseurs d\u00e9multipliait le rapport amoureux, sujet du po\u00e8me du Cantique des cantiques, depuis la tendresse la plus pure jusqu&rsquo;\u00e0 la pire des violences. Les paroles du po\u00e8me murmur\u00e9es par deux danseuses au rythme de la danse s&rsquo;incarnaient dans ces corps en mouvements, acqu\u00e9rant ainsi une vibrante intensit\u00e9. Une ode \u00e0 l&rsquo;amour charnel s&rsquo;en d\u00e9gageait, l&rsquo;homme semble fait pour \u00eatre \u00e0 deux, la beaut\u00e9 de la chor\u00e9graphie nous en persuadait. Ce qui est interdit, habituellement cach\u00e9, Abou Lagraa et ses danseurs nous l&rsquo;a d\u00e9voil\u00e9 avec une audace \u00e0 couper le souffle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Dans cette pi\u00e8ce, je souhaite exalter le trouble qui saisit chacun de nous au contact de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9\u00a0\u00bb, nous dit-il. Un d\u00e9sir exauc\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette repr\u00e9sentation, un chant d&rsquo;amour et de tol\u00e9rance, s&rsquo;est termin\u00e9e sur la projection d&rsquo;articles choisis de la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme. Ceux-ci nous rappelaient que nos lois ont pour fondement le bien et la dignit\u00e9 humaine, rappelant \u00e0 notre esprit que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;amour qui se d\u00e9gageait du spectacle \u00e9tait \u00e9crite noir sur blanc, grav\u00e9e dans nos \u00ab\u00a0tables de lois\u00a0\u00bb actuelles. Une conclusion pleine de confiance en l&rsquo;humanit\u00e9 et la soci\u00e9t\u00e9, apr\u00e8s un regard ac\u00e9r\u00e9 sur les faiblesse et violences humaines. On en sortait \u00e9merveill\u00e9s, et la conscience \u00e9veill\u00e9e.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Eug\u00e9nie Loiseau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La\u00a0proposition peut \u00e9tonner, de prime abord\u00a0: l&rsquo;adaptation d&rsquo;un texte po\u00e9tique en spectacle de danse ne va pas de soi. Pourtant, la danse conf\u00e8re au\u00a0<em>Cantique des Cantiques\u00a0<\/em>une dimension nouvelle et parvient \u00e0 le mettre en r\u00e9sonnance profonde avec l&rsquo;actualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le\u00a0<em>Cantique des Cantiques,\u00a0<\/em>texte po\u00e9tique issu de la Bible, et le spectacle qu&rsquo;il a inspir\u00e9 \u00e0 Abou Lagraa et Mika\u00ebl Serre font preuve de la m\u00eame ambig\u00fcit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique. Ainsi, si la danse et la musique occupent une place pr\u00e9dominante dans l&rsquo;\u0153uvre contemporaine, le texte litt\u00e9raire y est omnipr\u00e9sent, du fait, entre autres, des passages psalmodi\u00e9s par les danseurs. Une longue tirade, absente du texte originel, \u00e9voque la violence de la relation amoureuse. La quasi absence de dialogues oraux est compens\u00e9e par des dialogues \u00ab\u00a0dans\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0: les danses de couple, nombreuses et particuli\u00e8rement suggestives, semblent raconter une histoire. Le langage po\u00e9tique se poursuit donc, mais sous une autre forme. Ces danses sont effr\u00e9n\u00e9es, rapides, spasmodiques, elles alternent les courses, les simulacres de lutte, les \u00e9treintes. Les mouvements, complexes, rapides, s&rsquo;encha\u00eenent sans rupture pour \u00e9voquer la torsion des corps, leur r\u00e9union, leur lutte. Les chor\u00e9graphies, intenses, se font parfois tr\u00e8s explicites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La danse semble \u00eatre, ici, un prolongement du sens du texte d&rsquo;origine. La sensualit\u00e9 affich\u00e9e du texte est reprise par les contacts physiques, par l&rsquo;expression tr\u00e8s brute des corps ou par leur nudit\u00e9. Le d\u00e9sir amoureux, surtout, est repris avec une agressivit\u00e9 que l&rsquo;on ne retrouve pas toujours dans le\u00a0<em>Cantique des Cantiques<\/em>. Si le viol de la narratrice-po\u00e8te par l es gardes de la ville (\u00ab\u00a0Ils m\u2019ont trouv\u00e9e, les gardes, eux qui tournent dans la ville\u00a0: ils m\u2019ont frapp\u00e9e, ils m\u2019ont bless\u00e9e, ils ont arrach\u00e9 mon voile, les gardes des remparts\u00a0!\u00a0\u00bb) est repr\u00e9sent\u00e9 dans une apog\u00e9e de violence, la danse illustre des relations de couple (comme Abou Lagraa et Mika\u00ebl Serre\u00a0le pr\u00e9cisent), que le texte n&rsquo;\u00e9voque pas toujours. On assiste ainsi \u00e0 une repr\u00e9sentation de relations fusionnelles, du rejet, de la fuite, de la demande ou encore du combat, avec par exemple la mat\u00e9rialisation lumineuse d&rsquo;un rectangle que l&rsquo;on pourrait assimiler \u00e0 un ring de boxe, et dans lequel deux danseurs se d\u00e9cha\u00eenent, l&rsquo;un contre l&rsquo;autre, et contre leur enfermement. La sc\u00e9nographie, tr\u00e8s simple, laisse le champ libre aux danseurs et au po\u00e8me. Seule une s\u00e9rie de filins, plac\u00e9s en ligne comme un rideau depuis le sol jusqu&rsquo;au plafond, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la sc\u00e8ne, permet aux danseurs des entr\u00e9es et des sorties plus fluides, des jeux suggestifs avec les ouvertures et les fermetures qu&rsquo;ils m\u00e9nagent au travers de ce rideau, ou un jeu sc\u00e9nique isol\u00e9 des spectateurs. La musique, qui a largement recours aux percussions, ajoute \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 dramatique des \u00e9changes physiques. Des images et des vid\u00e9os projet\u00e9es, apparemment, sur le \u00ab\u00a0rideau\u00a0\u00bb, renforcent le myst\u00e8re et l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle semble faire l&rsquo;\u00e9loge de la libert\u00e9. Libert\u00e9 des corps, libert\u00e9 des pratiques, libert\u00e9 des sentiments, tout se laisse aller \u00e0 sa pl\u00e9nitude, et le choix d&rsquo;une pi\u00e8ce dans\u00e9e semble alors tomber sous le sens. L&rsquo;intemporalit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre source et de son enjeu principal, le d\u00e9sir, est soulign\u00e9e par l&rsquo;\u00e9vocation de probl\u00e9matiques et d\u2019enjeux tr\u00e8s actuels, comme l\u2019intol\u00e9rance, l&rsquo;orientation et les pratiques sexuelles ou encore la tenue f\u00e9minine, \u00e9voqu\u00e9e par des images de femme voil\u00e9e ou par le port momentan\u00e9 de cagoules par les danseuses. La conclusion de la pi\u00e8ce confirme cette lecture. La danse, apais\u00e9e, prend place devant la projection d&rsquo;articles de la Convention europ\u00e9enne des droits de l&rsquo;homme\u00a0: l&rsquo;article 9 concernant la libert\u00e9 de religion et de culte, le droit \u00e0 la paix&#8230; De fa\u00e7on \u00e9mouvante, Abou Lagraa et Mika\u00ebl Serre parviennent \u00e0 d\u00e9noncer, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une repr\u00e9sentation du d\u00e9sir sous toutes ses formes, les mouvements d&rsquo;intol\u00e9rance, d\u2019oppression et de violence qui marquent notre \u00e9poque.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elisa N\u00e8gre<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Cantique des cantique est un spectacle de danse et de th\u00e9\u00e2tre mis en sc\u00e8ne par Mikael Serre et chor\u00e9graphi\u00e9 par Abou Lagraa. Ce spectacle est l\u2019adaptation un mythe biblique qui porte le m\u00eame nom. Le Cantique des cantiques explore d\u2019une fa\u00e7on totalement in\u00e9dite ce texte ancien et il le fait en utilisant le corps. Si le texte peut apparaitre difficile \u00e0 comprendre, la danse aide \u00e0 la compr\u00e9hension du message globale de cette adaptation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e8mes trait\u00e9s tournent autour des \u00e9motions humaines, du d\u00e9sir, du\u00a0 bien et du mal, de \u00a0diff\u00e9rentes formes d\u2019amour, &#8211;\u00a0 un amour viol\u00e9 (le moment avec le plus grand pathos \u00e9tant celui qui met en sc\u00e8ne le viol d\u2019un des personnages f\u00e9minins), un amour diff\u00e9rent,\u00a0 un amour fraternel, un amour sexualis\u00e9, un amour priv\u00e9 \u2026\u2013 et tout ce qui peut menacer et \u00a0corrompre cet univers habit\u00e9 par ces personnages, un univers \u00e0 l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb. Les acteurs\/danseurs se trouvent plong\u00e9s dans ce monde primitif\u00a0 et pur et ils commencent \u00e0 se questionner lorsqu\u2019ils deviennent conscients d\u2019une force ext\u00e9rieure\u00a0 qui n\u2019rien \u00e0 voir avec la puret\u00e9 des leurs sentiments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si les r\u00e9pliques peuvent sembler br\u00e8ves et \u00a0\u00e9nigmatiques,\u00a0 les acteurs\/danseurs, en faisant de la pantomime, savent tr\u00e8s bien jouer avec leurs corps\u00a0: puisqu\u2019il s\u2019agit de reproduire les passions de l\u2019\u00eatre humain, les mouvements sont tribaux, tr\u00e8s sensuels, \u00e9rotiques, par moment pornographiques\u00a0; les corps se touchent, se frottent, simulent des actes sexuelles, semblent parfois pris par des convulsions\u00a0; et La musique, tr\u00e8s rythm\u00e9e et riche en percussion, se marie parfaitement avec cette danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand les personnages masculins courent aupr\u00e8s des personnages f\u00e9minins, les s\u00e9duisent, les utilisent, puis les \u00a0jettent, c\u2019est pour mettre en sc\u00e8ne le rapport entre l\u2019homme et la femme et l\u2019objectification de la figure f\u00e9minine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle s\u2019ach\u00e8ve sur certains articles du droit de l\u2019homme apparaissant sur le fond de la sc\u00e8ne et qui \u00e9voquent la libert\u00e9 de pens\u00e9e et de culte\u00a0; de cette mani\u00e8re le metteur en sc\u00e8ne nous clarifie son interpr\u00e9tation du mythe et la transposition \u00e0 nos jours\u00a0: on vit dans une \u00e9poque &#8211; une \u00e9poque faite d\u2019archa\u00efsmes, de clich\u00e9s, de conservatisme &#8211; o\u00f9 les guerres et les pouvoirs menacent fortement la libert\u00e9 et la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb des hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est un spectacle qui fait r\u00e9fl\u00e9chir sur notre condition en tant qu\u2019\u00eatres humains et je conseille d\u2019aller voir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marco Paciulli<\/h6>\n<pre>Photo : Dan Aucante<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse\/Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | En savoir plus Abou Lagraa (danse et chor\u00e9graphie) et Mika\u00ebl Serre (texte et mise en sc\u00e8ne) proposent une interpr\u00e9tation du po\u00e8me le Cantique des cantiques, appel\u00e9 aussi le chant de Salomon\u00a0; po\u00e8me d&rsquo;amour dot\u00e9 d&rsquo;une puissance mystique, transcendante, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":874,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,6,4,7],"tags":[],"class_list":["post-873","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-danse","category-theatre","category-theatre-national-de-chaillot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/873","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=873"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/873\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/874"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=873"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=873"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=873"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}