{"id":894,"date":"2016-11-25T20:00:41","date_gmt":"2016-11-25T19:00:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=894"},"modified":"2016-11-25T20:00:41","modified_gmt":"2016-11-25T19:00:41","slug":"le-tapage-nocturne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=894","title":{"rendered":"Le tapage nocturne"},"content":{"rendered":"<p>Lecture | Festival Livres en T\u00eate 2016 | Maison des pratiques artistiques amateurs | <a href=\"http:\/\/festivallivresentete.com\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 25 novembre, dans le cadre du Festival Livres en T\u00eate, premier festival \u00e0 mettre en valeur et \u00e0 encourager la lecture \u00e0 haute voix, \u00e9tait organis\u00e9e la soir\u00e9e Ta\/page nocturne, dans la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Saint Germain. Organis\u00e9e par les Livreurs, et le Service culturel de la Sorbonne, la soir\u00e9e tournait autour de 5 auteurs scrupuleusement choisis\u00a0: Jacques Henric (pour <em>Boxe<\/em>), Le\u00efla Slimani (pour <em>Chanson Douce<\/em>) , Marie N\u2019Diaye (pour <em>La Cheffe, roman d\u2019une cuisini\u00e8re<\/em>), Luc Lang\u00a0 (pour <em>Au commencement du Septi\u00e8me Jour) <\/em>et Eric Faye (pour <em>Eclipse Japonaise).<\/em> Les auteurs, pr\u00e9sents pendant la repr\u00e9sentation, ont donc pu assister \u00e0 la lecture de leur \u0153uvre par une troupe de lecteurs, chacun ayant choisi des extraits \u00e0 faire partager au public.<br \/>\nEn pr\u00e9lude, on nous propose une br\u00e8ve historicit\u00e9 de la litt\u00e9rature, qui conclue par le fait que, m\u00eame si elle peut aujourd\u2019hui sembler perdue au profit d\u2019un certain consum\u00e9risme, la litt\u00e9rature existe toujours, et n\u2019a rien \u00e0 envier aux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0: c\u2019est ce que la s\u00e9lection propos\u00e9e va tendre \u00e0 nous prouver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est \u00e9pur\u00e9e. Seul un piano tr\u00f4ne, sur notre gauche. En effet, les lectures seront entrecoup\u00e9es de morceaux propos\u00e9s par Claire Viain. L\u2019artiste, l\u2019air habit\u00e9, joue debout, dans un rythme entrecoup\u00e9 de dissonances, avec un style rappelant des artistes telles que Bj\u00f6rk. Par ailleurs, quelques chansons seront propos\u00e9es, dans un style grivois. Cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 se pose en contraste avec le rappeur, Virus, qui appara\u00eet de fa\u00e7on moins fr\u00e9quente dans la soir\u00e9e, et qui, sous un son satur\u00e9, am\u00e8ne des textes proposant une r\u00e9flexion sur les in\u00e9galit\u00e9s. Ces interludes musicaux donnent une v\u00e9ritable dynamique \u00e0 la soir\u00e9e, tout en proposant un lien entre chaque extrait choisi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux textes, c\u0153urs du spectacle, ils s\u2019encha\u00eenent, tout au long de la soir\u00e9e, interpr\u00e9t\u00e9s par diff\u00e9rents lecteurs. La sobri\u00e9t\u00e9 de la sc\u00e8ne, le choix d\u2019utiliser une tablette plut\u00f4t que des livres papiers, donnent une impression d\u00e9pouill\u00e9e, qui permet une concentration compl\u00e8te sur les voix, et nous laissent \u00eatre emport\u00e9s pleinement par les mots des auteurs. Ce choix est d\u2019ailleurs assum\u00e9, le jeu des lumi\u00e8res, plongeant dans la p\u00e9nombre toute la sc\u00e8ne except\u00e9 le lecteur, signe bien l\u00e0 cette volont\u00e9 de permettre au public d\u2019\u00eatre totalement immerg\u00e9. Le choix de ne pas faire lire la m\u00eame \u0153uvre au m\u00eame lecteur, donne de nouvelles tonalit\u00e9s aux textes propos\u00e9s. Ainsi le roman de Le\u00efla Slimani, dans un premier temps dans une lecture douce mais laissant d\u00e9j\u00e0 planer un certain malaise, devient, lors de la seconde lecture, angoissant et macabre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019objectif de la soir\u00e9e, nous faire comprendre que le roman et la litt\u00e9rature ne sont pas morts, est pleinement atteint. Les diff\u00e9rentes \u00e9motions et r\u00e9flexions propos\u00e9es par les textes, le vaste champ des sujets qu\u2019ils recouvrent nous laissent \u00e0 penser une litt\u00e9rature contemporaine encore bien vivante.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Roxane G\u00e9lineau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019auteur est mort\u00a0\u00bb \u00e9crivait Roland Barthes dans un article en 1968. Avec son Tapage nocturne, le festival Livres en t\u00eate, balaie cette affirmation d\u2019un revers de la main qui d\u00e9signe, d\u2019un m\u00eame mouvement, une salle presque comble. Ce soir, \u00e0 la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs Saint-Germain, le collectif Les Livreurs a prouv\u00e9 \u00e0 quel point la litt\u00e9rature est vivante en nous lisant des textes de cinq auteurs contemporains\u00a0(<em>Eclipses <\/em>japonaises, d\u2019\u00c9ric Faye,\u00a0 <em>Au Commencement du septi\u00e8me jour<\/em> de Luc Lang, <em>La Cheffe, roman d\u2019une cuisini\u00e8re<\/em> de Marie Ndiaye et <em>Chanson douce<\/em> de Le\u00efla Slimani) entrecoup\u00e9s des pauses musicales de la pianiste Alice Behague et du rappeur V\u00eerus. Le tout forme un spectacle sensoriel et \u00e9motionnel faisant appel \u00e0 l\u2019intellect, mais aussi et surtout \u00e0 l\u2019imagination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est minimaliste. Seul un piano \u00e0 queue, \u00e0 gauche, et un micro, au centre, cr\u00e9ent un relief. Pas besoin de plus pour un spectacle qui se situe moins sur sc\u00e8ne que dans nos t\u00eates. La salle est plong\u00e9e dans le noir, la pianiste arrive, le piano se nimbe d\u2019une lumi\u00e8re bleue et soudain la musique envahit l\u2019espace. Pas de musique classique\u00a0: est-il besoin de le souligner\u00a0? L\u2019art est vivant, toujours moderne, toujours audacieux. La musique, tant\u00f4t calme et m\u00e9lodieuse, tant\u00f4t heurt\u00e9e et dissonante, nous fait passer d\u2019une \u00e9motion \u00e0 l\u2019autre, entre s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et angoisse du chaos. Elle revient, entre chaque texte lu, comme un interm\u00e8de qui laisse \u00e0 l\u2019imagination la place de s\u2019\u00e9panouir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une introduction musicale, vient le temps de la lecture et l\u2019enfant qui est nous ressurgit\u00a0: assis dans le noir on \u00e9coute, fascin\u00e9. Les Livreurs viennent, chacun \u00e0 leur tour, lire des extraits des romans, prenant soin de ne dire le titre du roman qu\u2019apr\u00e8s avoir lu le texte, de sorte que l\u2019auditeur-spectateur a une relation directe avec l\u2019\u00e9criture de l\u2019auteur, la voix du lecteur et avec le r\u00e9cit. On essaie de deviner ou on invente la suite du texte et ce qui le pr\u00e9c\u00e8de et tout est permis. Les extraits sont tr\u00e8s bien choisis\u00a0: on en apprend assez pour \u00eatre intrigu\u00e9 mais aucune surprise n\u2019est g\u00e2ch\u00e9e et on d\u00e9couvre le style de l\u2019auteur, rendu d\u2019autant plus remarquable que la lecture expressive est comme un pr\u00e9lude au th\u00e9\u00e2tre. Et le public r\u00e9agit. On rit \u00e0 la lecture d\u2019une conversation \u00e9crite par Luc Lang, on est inquiet pour l\u2019h\u00e9ro\u00efne des <em>Eclipses japonaises<\/em> et le malaise envahit la salle quand on devine la relation malsaine qui se cr\u00e9e entre les personnages de Le\u00efla Slimani.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pianiste nous offre aussi des chansons, l\u00e9g\u00e8res et impertinentes\u00a0: <em>Les Amis de Monsieur<\/em>, une interpr\u00e9tation d\u2019une chanson d\u2019Harry Fragson et <em>Les Nuits d\u2019une demoiselle<\/em> de Colette Renard et Raymond Legrand. On regrettera peut-\u00eatre un peu plus les deux airs de rap, <em>Impressions de promenade<\/em>, interpr\u00e9tation de Jehan-Rictus et <em>Koendelitschze<\/em> compos\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 par V\u00efrus. Il s\u2019agit, l\u00e0 aussi, de montrer que l\u2019art \u00e9volue dans son temps, que c\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il nait et que c\u2019est cela qu\u2019il enrichit avant tout. Cependant, la musique, plus forte, plus agressive pour l\u2019oreille, et les paroles rapp\u00e9es forment un contraste saisissant \u00a0avec le reste du spectacle et peu agr\u00e9able pour le spectateur. Malgr\u00e9 cette note n\u00e9gative, le spectacle est une belle surprise et le festival Livres en t\u00eate gagne \u00e0 \u00eatre connu\u00a0: il est une preuve vivante que l\u2019art s\u2019adresse \u00e0 tous, tout le temps.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Oc\u00e9ane Le Bourhis<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vendredi soir 25 novembre \u00e0 la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Saint-Germain s\u2019est tenue la cinqui\u00e8me soir\u00e9e du festival Livres en T\u00eate. Ce festival de lecture \u00e0 haute voix dirig\u00e9 par Daniel Mesguich, dont le nom <em>TaPage nocturne<\/em> est un joli clin d\u2019\u0153il, m\u00eale litt\u00e9rature contemporaine et musique dans un spectacle aux rebondissements inattendus. Des extraits des romans <em>\u00c9clipses japonaises<\/em>, d\u2019\u00c9ric Faye, <em>Au commencement du 7<sup>e<\/sup>\u00a0jour<\/em>, de Luc Lang, <em>Boxe<\/em>, de Jacques Henric, <em>La Cheffe<\/em>, de Marie N\u2019Diaye et <em>Chanson douce<\/em>, de Le\u00efla Slimani, sont lus par Les Livreurs, \u00e9tudiants de l\u2019atelier Sorbonne Sonore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un espace qui tient autant de la salle de cin\u00e9ma que du th\u00e9\u00e2tre, le spectateur s\u2019installe dans une alternance pleine de charme de lectures et d\u2019interm\u00e8des musicaux au piano, promen\u00e9 par les lecteurs dans des univers aussi diff\u00e9rents que ceux de la boxe et de la guerre nipo-cor\u00e9enne. Il est brutalement tir\u00e9 de ses r\u00eaveries par l\u2019interm\u00e8de rap de l\u2019artiste V\u00eerus, qui l\u2019emm\u00e8ne sans transition vers une autre face du monde contemporain. Remis de la surprise, on est enchant\u00e9 de l\u2019audace des organisateurs d\u2019un spectacle de nature plut\u00f4t traditionnelle et on accepte ce nouvel alliage sans conditions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 peine retomb\u00e9 dans l\u2019atmosph\u00e8re feutr\u00e9e des lectures entrecoup\u00e9es de piano, le public est cette fois amus\u00e9 par une chanson l\u00e9g\u00e8re par la pianiste, Alice Behague. La seconde partie du spectacle reste tout aussi vari\u00e9e, au fil des interm\u00e8des de bruits chant\u00e9s, toujours par Alice Behague, et par un second rap de V\u00eerus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce spectacle au rythme soutenu ne se suffit pas \u00e0 lui m\u00eame, il est encore enrichi par la pr\u00e9sence des auteurs. L\u2019entracte est l\u2019occasion d\u2019acheter et de faire d\u00e9dicacer les livres lus, pour le plus grand plaisir des spectateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est frappant\u00a0 de constater, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce festival, combien le lecteur transforme le livre lu et lui imprime sa marque. L\u2019excellente initiative des organisateurs du spectacle consistant \u00e0 faire lire des extraits d\u2019un m\u00eame livre par plusieurs lecteurs l\u2019illustre fort bien. Chaque lecture \u00e9tait si personnelle qu\u2019on peinait presque \u00e0 reconna\u00eetre que deux extraits provenaient du m\u00eame livre et, de fait, si une des lectures ne s\u00e9duisait pas le spectateur, un autre extrait par un nouveau lecteur pouvait le faire revenir sur son impression initiale. L\u2019effet, certainement recherch\u00e9, est double\u00a0: chaque livre pr\u00e9sent\u00e9 avait ainsi plusieurs chances de plaire au public, et la personnalit\u00e9, le talent de chaque lecteur \u00e9taient mis en valeur par la lecture de plusieurs textes. Un spectacle h\u00e9t\u00e9roclite et r\u00e9ussi !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Eug\u00e9nie Loiseau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui a dit que la lecture ne se faisait que dans son coin, et en silence ? Pas le <strong>festival <\/strong><strong>Livres en T\u00eate <\/strong>en tout cas, qui nous proposait le vendredi 25 novembre une soir\u00e9e de cabaret-lecture \u00e0 voix haute intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<strong>TaPage Nocturne<\/strong>\u00a0\u00bb ! Les Livreurs nous donnaient rendez-vous \u00e0 la <strong>Maison des pratiques artistiques amateurs &#8211; Saint Germain<\/strong> (MPAA) pour une soir\u00e9e \u00e0 laquelle \u00e9taient invit\u00e9s non seulement tous les lecteurs, mais aussi les auteurs dont les textes allaient \u00eatre lus ! <strong>Marie Ndiaye<\/strong>, <strong>Luc Lang<\/strong>, <strong>\u00c9ric Faye<\/strong>, <strong>Jacques Henric<\/strong> et <strong>Le\u00efla Slimani<\/strong> \u00e9taient ainsi r\u00e9unis au premier rang de la salle : c&rsquo;est devant eux que se sont succ\u00e9d\u00e9s diff\u00e9rents lecteurs pour lire leurs textes, mais sans oublier d&rsquo;y entrem\u00ealer un peu de musique. Cette soir\u00e9e \u00ab\u00a0TaPage Nocturne\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tait en effet lanc\u00e9e dans un pari audacieux : alterner des lectures \u00e0 voix haute des romans de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire avec des morceaux de piano, des chansons un peu grivoises, et m\u00eame du rap ! J&rsquo;\u00e9tais personnellement tr\u00e8s curieuse, car ce n&rsquo;\u00e9tait pas un pari gagn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une chose est s\u00fbre : toutes les lectures \u00e0 voix haute \u00e9taient excellentes ! C&rsquo;est sans aucun doute un art assez difficile \u00e0 ma\u00eetriser, et les lecteurs pr\u00e9sents (dont <strong>F\u00e9lix Libris<\/strong>) ont vraiment su donner corps aux textes qu&rsquo;ils lisaient<em>. Chanson douce<\/em> Le\u00efla Slimani, Goncourt 2016, a ainsi donn\u00e9 lieu \u00e0 deux lectures terriblement gla\u00e7antes et nerveuses, tandis que les extraits d&rsquo;<em>Au commencement du septi\u00e8me jour <\/em>de Luc Lang capturaient l&rsquo;attention par leur dynamisme et leur humour. C&rsquo;\u00e9tait aussi l&rsquo;occasion de faire de belles d\u00e9couvertes, avec le tr\u00e8s intriguant <em>\u00c9clipses japonaises<\/em> d&rsquo;\u00c9ric Faye, le savoureux <em>Boxe <\/em>Jacques Henric ou le succulent <em>La Cheffe, roman d\u2019une cuisini\u00e8re<\/em> de Marie Ndiaye ! C&rsquo;est vraiment une exp\u00e9rience diff\u00e9rente et enthousiasmante d&rsquo;entendre des textes qu&rsquo;on conna\u00eet ou de d\u00e9couvrir des romans qu&rsquo;on n&rsquo;aurait pas forc\u00e9ment eu envie de lire, et d&rsquo;entendre sonner de tr\u00e8s belles phrases ou des r\u00e9pliques d\u00e9capantes. Cela rend la lecture tr\u00e8s vivante, et tant mieux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par contre, je dois malheureusement dire que toute la partie musicale \u00e9tait moins r\u00e9ussie, et cela tient principalement \u00e0 une chose : elle n&rsquo;avait aucun lieu avec les textes lus, et n&rsquo;apportaient strictement. On peut tout \u00e0 fait ne pas aimer le rap (ce qui est mon cas), et l&rsquo;appr\u00e9cier quand elle accompagne un texte qui r\u00e9sonne avec. On peut aussi sourire en \u00e9coutant des chansons grivoises, et appr\u00e9cier quelques notes de piano. Je crois que prise s\u00e9par\u00e9ment, toute la partie musicale \u00e9tait vraiment appr\u00e9ciable. Mais finalement, les interm\u00e8des de rap semblaient trop d\u00e9tach\u00e9s des textes lus, les chansons grivoises surprenaient plus qu&rsquo;elles ne d\u00e9tendaient l&rsquo;ambiance, et les morceaux de piano \u00e9taient certes beaux, mais devenaient de plus en plus quelconques au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;attente d&rsquo;une lecture se faisait forte. C&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pour nous faire faire quelques d\u00e9couvertes, mais \u00e7a n&rsquo;a malheureusement pas march\u00e9. En bref, il aurait mieux valu nous faire entendre une berceuse ou un instrument cor\u00e9en ou japonais par exemple, ce qui aurait \u00e9t\u00e9 bien plus pertinent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, on pouvait signaler que la soir\u00e9e se d\u00e9roulait en deux parties, s\u00e9par\u00e9es par un entracte. On pouvait ainsi en profiter pour \u00e9changer avec les auteurs pr\u00e9sents, se faire d\u00e9dicacer nos livres ou encore, manger et boire un peu \u00e0 une excellente buvette. Cela a rendu la soir\u00e9e tr\u00e8s agr\u00e9able, et on ne voyait pas le temps passer jusqu&rsquo;\u00e0 la fin !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore merci au service culturel de la Sorbonne pour cette tr\u00e8s belle soir\u00e9e, o\u00f9 la lecture haute s&rsquo;est d\u00e9finitivement impos\u00e9e comme une jolie exp\u00e9rience \u00e0 r\u00e9it\u00e9rer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Tiffany Moua<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">On est curieux de ce que va \u00eatre cette soir\u00e9e, dont le nom \u00ab\u00a0Tapage nocturne\u00a0: cabaret litt\u00e9raire\u00a0\u00bb peut vouloir dire beaucoup de choses. Le spectacle fait partie de la programmation du festival \u00ab\u00a0Livres en T\u00eate\u00a0\u00bb, dont le pr\u00e9sident d\u2019honneur est Daniel Mesguich, festival organis\u00e9 en partenariat avec le service culturel de la Sorbonne.<br \/>\nLa liste des auteurs pr\u00e9sents le 25 novembre fait d\u00e9j\u00e0 r\u00eaver\u00a0: Marie Ndiaye, Le\u00efla Slimani, Luc Lang, Jacques Henric et Eric Faye\u00a0, rien que \u00e7a! Des extraits de leurs derniers ouvrages seront lus par les Livreurs, entrecoup\u00e9s par des interventions musicales\u00a0: une pianiste improvise dans le style de Cage, de Satie et un rappeur interpr\u00e8te deux de ses titres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le principe est simple\u00a0: une tablette \u00e9lectronique \u00e0 la main, les Livreurs viennent un par un au centre de la sc\u00e8ne, dans le cercle de lumi\u00e8re et lisent un extrait plus ou moins long. La sc\u00e8ne est sobre, il n\u2019y a que ce cercle de lumi\u00e8re. Le jeu des Livreurs lui aussi est simple, jamais excessif. Bien install\u00e9 dans l\u2019auditorium Saint-Germain, le public est suspendu aux l\u00e8vres des acteurs, ou des liseurs, comme un enfant \u00e9couterait attentivement le conte racont\u00e9 par son parent. En effet, en quelques minutes, en un court extrait, nous sommes transport\u00e9s dans un autre univers et la sobri\u00e9t\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne r\u00e9pond \u00e0 celle habituelle de la lecture en cela qu\u2019elle laisse l\u2019imagination travailler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les lecteurs sont supers et nous font d\u00e9couvrir des textes merveilleux, dr\u00f4les, \u00e9mouvants, poignants\u00a0: pour un peu on oublierait que ce ne sont que des extraits et on demanderait \u00ab\u00a0Encore\u00a0! Encore un chapitre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme \u00e0 un r\u00e9cital au cours duquel un pianiste aurait m\u00eal\u00e9 diff\u00e9rents styles sans jamais perdre un fil conducteur, le public est transport\u00e9 entre divers sentiments\u00a0: un extrait de la Cheffe, roman d\u2019une cuisini\u00e8re de Marie Ndiaye et il se l\u00e8che les babines, un extrait de Chanson douce de Leila Slimani et il se cramponne aux accoudoirs\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sortant, on aimerait maintenant lire tous ces romans. Bref, la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine va tr\u00e8s bien, pour ceux qui en doutaient\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sarah Muller<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tapage Nocturne\u00a0\u00bb \u00e9tait l\u2019un des rendez-vous propos\u00e9s dans le cadre de la 8<sup>e<\/sup> \u00e9dition du festival \u00ab\u00a0Livres en t\u00eate\u00a0\u00bb, festival de lectures \u00e0 voix haute organis\u00e9 par le Service culturel de l&rsquo;Universit\u00e9 Paris-Sorbonne, qui avait lieu, cette ann\u00e9e, du 21 au 27 novembre.\u00a0 Ainsi, le soir du vendredi 25, \u00e0 partir de 19h30, la Maison des Pratiques Artistiques, Amateurs de Saint-Germain, proposait d\u2019accueillir le public avec un ap\u00e9ritif dinatoire convivial pr\u00e9c\u00e9dant les prestations litt\u00e9raires et artistiques de la soir\u00e9e qui ont d\u00e9but\u00e9 vers 20h30. Le principe du spectacle \u00e9tait de faire d\u00e9couvrir ou red\u00e9couvrir les richesses de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine \u00e0 travers la lecture d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires entrecoup\u00e9e, ou plut\u00f4t accompagn\u00e9e et unifi\u00e9e, par des interm\u00e8des musicaux vari\u00e9s allant du morceau de piano contemporain, \u00e0 la musique de cabaret ou \u00e0 la chanson de rap. Le parti pris est donc que la litt\u00e9rature est enrichie et rendue vivante par la lecture \u00e0 haute voix qui, \u00e0 mon sens, fait du roman une vraie pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0: le lecteur incarne un aspect, un sentiment, un personnage du roman, il vit les dialogues et nous donne \u00e0 voir les images de fa\u00e7on plus percutante, captivante. Tel un musicien, le lecteur donne voix, donne rythme, musicalit\u00e9, accents aux phrases et cherche l\u2019interpr\u00e9tation la plus juste. Ainsi, \u00ab\u00a0Les Livreurs\u00a0\u00bb, lecteurs sonores, se sont succ\u00e9d\u00e9 sur sc\u00e8ne, nous lisant tour \u00e0 tout des passages des romans <em>La Cheffe<\/em> de Marie Ndiaye, <em>Au commencement du septi\u00e8me jour<\/em> de Luc Lang, <em>Eclipses japonaises<\/em> d\u2019Eric Faye, <em>Boxe<\/em> de Jacques Henric, <em>Chanson douce<\/em> de Le\u00efla Slimani. Les histoires concernaient des personnages modernes, aux quatre coins du monde et vus sous diff\u00e9rents angles, dont la vie quotidienne et les r\u00e9flexions sont tant\u00f4t dr\u00f4les, tant\u00f4t touchantes ou effrayantes : une grande cuisini\u00e8re \u00e0 l\u2019allure masculine, tr\u00e8s rigide, un employ\u00e9 qui r\u00eave d\u2019\u00e9vasion, une japonaise perdue en Cor\u00e9e, le monde de la boxe et ses personnages hauts en couleurs, la vie angoissante d\u2019une famille infiltr\u00e9e par une nourrice envahissante. Les auteurs, install\u00e9s au premier rang pendant les performances, pouvaient juger du travail des lecteurs qui s\u2019\u00e9taient appropri\u00e9 leurs \u0153uvres pour les interpr\u00e9ter le plus justement possible. Ils se sont, par ailleurs, pr\u00eat\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice de d\u00e9dicace pendant l\u2019entracte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation \u00e9tait rythm\u00e9e et \u00e9quilibr\u00e9e\u00a0: la lecture d\u2019un chapitre ou d\u2019un passage \u00e9tait relay\u00e9e par un morceau de piano, puis venait un autre lecteur lisant un passage d\u2019un autre roman. Chaque roman a fait l\u2019objet de deux lectures qui ne se succ\u00e9daient pas et n\u2019\u00e9taient pas lu par le m\u00eame lecteur, ce qui permettait un renouvellement de l\u2019interpr\u00e9tation, un roulement perp\u00e9tuel. L\u2019attention du public \u00e9tait maintenue en haleine par les changements de diction d\u2019un lecteur \u00e0 l\u2019autre et les passages de la voix humaine parl\u00e9e \u00e0 la voix musicale. La repr\u00e9sentation \u00e9tait fragmentaire, comme bris\u00e9e, mais unifi\u00e9e dans l\u2019id\u00e9e de contemporan\u00e9it\u00e9 et d\u2019\u00e9tranget\u00e9, faite de morceaux de litt\u00e9rature reli\u00e9s par la musique qui \u00e9ternisait l\u2019atmosph\u00e8re de la lecture pr\u00e9c\u00e9dente tout en permettant le passage \u00e0 la suivante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les v\u00eatements des artistes \u00e9taient tr\u00e8s sobres comme pour faire parler le contenu des textes et des morceaux de musique plut\u00f4t que le visuel. La sc\u00e8ne \u00e9tait nue, except\u00e9 un piano \u00e0 queue dans l\u2019angle gauche. Les lecteurs arrivaient au fond de la sc\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 droit et marchaient jusqu\u2019au milieu de la sc\u00e8ne en suivant un \u00e9clairage lumineux qui dessinait un chemin jusqu\u2019au micro. La salle \u00e9tait, elle-m\u00eame moderne, faite de fauteuils rouges et faisant face \u00e0 une sc\u00e8ne droite et noire. Cet univers refl\u00e9tait bien l\u2019univers litt\u00e9raire des ouvrages lus, une sorte de nudit\u00e9 de l\u2019homme, une nudit\u00e9 propre \u00e0 la postmodernit\u00e9 artistique. Les lecteurs \u00e9taient pourvus de liseuses ce qui donnait parfois l\u2019impression qu\u2019ils ne lisaient m\u00eame plus mais qu\u2019ils incarnaient l\u2019\u00e9criture et ce qui rappelait encore l\u2019esprit contemporain, moderne et technologique. Il n\u2019y avait jamais plus d\u2019un lecteur sur sc\u00e8ne et lorsque celui-ci arrivait au milieu du plateau, la pianiste \u00e9tait plong\u00e9e dans le noir et dans le silence comme si le son et la lumi\u00e8re allaient de paire et comme pour figurer la solitude de l\u2019individu dans le monde contemporain, mais aussi face au livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019intervention d\u2019un rappeur \u00e0 deux reprises, avant et apr\u00e8s l\u2019entracte, a permis de redonner de l\u2019\u00e9nergie, du souffle, du neuf dans la succession litt\u00e9rature-piano tout en rappelant l\u2019univers urbain moderne, la culture musicale des jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Ses apparitions suscitaient un renforcement des lumi\u00e8res, qui, de blanches et tr\u00e8s sobres avant, se mettaient \u00e0 se colorer et \u00e0 s\u2019intensifier, \u00e0 gagner toute la sc\u00e8ne sur laquelle le chanteur se d\u00e9pla\u00e7ait beaucoup, contrairement aux lecteurs, qui restaient sur place, mimant sobrement les \u00e9motions des personnages. La pianiste faisait elle-m\u00eame des usages tr\u00e8s diversifi\u00e9s et surprenants de son piano chaque fois que venait son tour\u00a0: d\u00e9butant son jeu parfaitement normalement, voire m\u00eame de fa\u00e7on classique au d\u00e9but du spectacle, elle passa ensuite \u00e0 d\u2019autres techniques, pin\u00e7ant ou tapant les cordes directement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du coffre du piano, jouant avec l\u2019avant-bras ou le coude, puis chantant des chansons grivoises typiques des cabarets ou bruitant des sons animaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation m\u2019a laiss\u00e9e l\u2019impression d\u2019un spectacle \u00e0 visage humain, touchant, \u00e9mouvant tout en \u00e9tant pris dans la sobri\u00e9t\u00e9 et dans la pudeur de la modernit\u00e9. Un spectacle violent\u00e9, fragment\u00e9 et fragmentaire, mais unifi\u00e9 dans la voix et le son et dans son discours sur l\u2019homme et sur l\u2019art contemporain. L\u2019\u00e9tat d\u2019esprit \u00e9tait \u00e0 l\u2019ouverture, au partage, aux transferts esth\u00e9tiques et culturels au profit d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, celle de l\u2019image de l\u2019homme moderne, perdu dans un monde absurde. Aller vers ce que l\u2019on ne conna\u00eet pas, s\u2019interroger, se demander quel projet de vie l\u2019individu peut se donner dans le monde actuel qui souffle l\u2019angoisse sur nos t\u00eates. La lecture de <em>Chanson douce<\/em>, nous laisse glac\u00e9s d\u2019effroi lorsque l\u2019on comprend que l\u2019omnipr\u00e9sence de la nourrice a quelque chose de malsain\u00a0: et en m\u00eame temps, comment la femme peut-elle encore travailler de nos jours et s\u2019occuper de ses enfants autant qu\u2019elle le voudrait\u00a0? Entre le rire et l\u2019angoisse, le grotesque et le sublime mais dans une retenue tout \u00e0 fait postmoderne, on d\u00e9couvre des textes qui r\u00e9sonnent en nous comme les cris pouss\u00e9s par la pianiste sur ses airs de musique contemporaine.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ma\u00eflys Pelletier<\/h6>\n<pre>Photo : Les Livreurs<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Lecture | Festival Livres en T\u00eate 2016 | Maison des pratiques artistiques amateurs | En savoir plus Le 25 novembre, dans le cadre du Festival Livres en T\u00eate, premier festival \u00e0 mettre en valeur et \u00e0 encourager la lecture \u00e0 haute voix, \u00e9tait organis\u00e9e la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8546,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,48,68],"tags":[],"class_list":["post-894","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-lecture","category-maison-des-pratiques-artistiques-amateurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/894","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=894"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/894\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=894"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=894"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=894"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}