{"id":900,"date":"2016-12-01T20:00:58","date_gmt":"2016-12-01T19:00:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=900"},"modified":"2016-12-01T20:00:58","modified_gmt":"2016-12-01T19:00:58","slug":"etudes-heretiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=900","title":{"rendered":"\u00c9tudes h\u00e9r\u00e9tiques"},"content":{"rendered":"<p>Danse | M\u00e9nagerie de verre | <a href=\"http:\/\/www.menagerie-de-verre.org\/rub\/spectacles\/spectacle.php?id_spectacle=116\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7 est un objet indescriptible, ce n\u2019est ni vraiment de la danse, ni vraiment du th\u00e9\u00e2tre. Ce sont les fronti\u00e8res entre ces diff\u00e9rents arts qu\u2019Antonija Linvingstone et Nadia Lauro tentent de brouiller, tout en ayant recours \u00e0 la notion de performance. Antonija Livingstone est une artiste d\u2019origine canadienne, chor\u00e9graphe et performeuse ayant travaill\u00e9 avec de nombreux artistes visuels et sonores. Nadia Lauro, quant \u00e0 elle, est sc\u00e9nographe, et con\u00e7oit des espaces interactifs en collaboration avec des artistes performeurs tels qu\u2019Antonija Livingstone. Ces deux artistes semblent \u00eatre \u00e0 la pointe de la modernit\u00e9 artistique, \u00e9voluant entre les diff\u00e9rentes capitales mondiales et collaborant ainsi avec des nombreux artistes. Elles explorent les notions d\u2019\u0153uvre d\u2019art in situ, et de performance, manifestations artistiques marginales bien qu\u2019en vogue \u00e0 notre \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour un public non averti et non initi\u00e9, l\u2019art contemporain peut para\u00eetre tr\u00e8s herm\u00e9tique, voire abscons. Ce type de spectacle n\u00e9cessit\u00e9 une certaine disposition au surgissement de l\u2019\u00e9motion, une porosit\u00e9 \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re cr\u00e9\u00e9e. L\u2019on p\u00e9n\u00e8tre dans Etudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7 d\u00e8s lors que l\u2019ouvreur nous indique l\u2019escalier. La disposition de la M\u00e9nagerie de Verre permet la cr\u00e9ation d\u2019espaces diff\u00e9rents dans lesquels on passe d\u2019un lieu \u00e0 un autre. En haut de l\u2019escalier les spectateurs sont attendus par deux des artistes du spectacle, tout de jeans v\u00eatus, qui distribuent des sacs destin\u00e9s \u00e0 accueillir les chaussures du public. Les artistes font entrer le public par groupe de dix dans une salle recouverte en int\u00e9gralit\u00e9 d\u2019une moquette bleu turquoise, tout en les pr\u00e9venant que\u00a0: \u00ab\u00a0Les portes seront ouvertes dans 45 minutes, mais nous ne pouvons vous garantir que dehors ce sera mieux\u00a0\u00bb, et en arborant un sourire \u00e9nigmatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces effets sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019une attente qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue par le d\u00e9roulement du spectacle. Cette notion m\u00eame de spectacle est remise en question par la repr\u00e9sentation \u00e0 laquelle il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019assister. Les rep\u00e8res traditionnels d\u2019un spectacle que sont l\u2019obscurit\u00e9 pr\u00e9alable, le rideau, l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la sc\u00e8ne, une d\u00e9monstration d\u2019une certaine technique artistique, sont absents. Ce n\u2019est pas la perte de rep\u00e8re qui est \u00e0 regretter, mais l\u2019absence de contenu. La repr\u00e9sentation se d\u00e9roule avec une lenteur extr\u00eame, les artistes d\u00e9ambulent tout en tenant avec pr\u00e9caution des feuilles d\u2019un papier brillant, \u00e0 la fois transparent et r\u00e9fl\u00e9chissant. Pendant une heure cette d\u00e9ambulation ne s\u2019interrompt jamais, seuls quelques petits \u00e9v\u00e9nements viennent rompre la monotonie et l\u2019ennui qui se d\u00e9gagent. Le fond sonore est celui d\u2019un orage, qui monte en intensit\u00e9 \u00e0 mesure que la repr\u00e9sentation se d\u00e9roule. L\u2019un des artistes entreprend parfois de se tra\u00eener au sol, toujours avec une apathie languissante, attrape un des coquillages qui pars\u00e8ment le sol, et rampe avec lui \u00e0 travers l\u2019espace. La pr\u00e9sence de cloches pos\u00e9es au sol, au milieu de la salle bleue, intrigue, et en effet ce sont trois des artistes qui s\u2019en saisissent, et, assis en cercle, ils s\u2019attachent \u00e0 les faire sonner en rythme, d\u00e9monstration qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait exempte d\u2019harmonie. Sans aucun indice que la \u00ab\u00a0musique\u00a0\u00bb se termine, les artistes s\u2019interrompent, et deux d\u2019entre eux \u00f4tent leur haut. Et voil\u00e0, la nudit\u00e9 f\u00e9tiche des artistes contemporains qui associent marginalit\u00e9 et sexualit\u00e9 d\u00e9mythifi\u00e9e. L\u2019homme et la femme se mettent \u00e0 mimer des lanc\u00e9s, \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, pendant dix minutes sans interruption.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vanit\u00e9 de ce qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 sous mes yeux pendant une heure a install\u00e9 une inertie et une somnolence qui atteint tous les spectateurs. Mal assis, sans nos chaussures, certains renoncent m\u00eame avant la fin de la repr\u00e9sentation \u00e0 demeurer dans la salle. Guettant la moindre fluctuation dans le d\u00e9roulement de la performance, s\u2019attachant au moindre des mouvements des artistes dans l\u2019espoir d\u2019y voir une forme d\u2019art, ce sont les montres qui deviennent nos ma\u00eetres. Chacun guette son poignet, dans l\u2019attente de la fin des 45 minutes fatidiques. Lorsqu\u2019enfin les portes s\u2019ouvrent, c\u2019est tout un groupe d\u2019artistes, qui s\u2019est content\u00e9 de rester dans le coin de la salle pendant toute la performance, qui sort et descend les escaliers. Ces individus portent des perruques de cheveux gris et longs, ainsi qu\u2019une lampe frontale. De l\u2019ext\u00e9rieur de la salle s\u2019\u00e9l\u00e8ve la rumeur d\u2019une chorale, mais la teneur du chant que l\u2019on entend est impr\u00e9cise. Ce n\u2019est qu\u2019au bout de quelques instants que l\u2019on parvient \u00e0 distinguer les paroles\u00a0: ce sont les notes de ce qui est chant\u00e9. L\u2019absurdit\u00e9 des d\u00e9ambulations, m\u00eal\u00e9e \u00e0 l\u2019orage qui est au climax de sa rage, et aux voix ang\u00e9liques venant de l\u2019ext\u00e9rieur, provoquent un mouvement qui traverse le public. Les spectateurs s\u2019entre-regardent, s\u2019interrogent des yeux, et progressivement tout le monde se l\u00e8ve, m\u00fb par la curiosit\u00e9 de savoir ce qu\u2019il se passe \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la salle. Une fois pass\u00e9 le sas o\u00f9 l\u2019on remet ses chaussures, en bas des escaliers on peut percevoir l\u2019origine des voix. Des hommes et des femmes, qui paraissent \u00eatre des membres du public car ils sont v\u00eatus de mani\u00e8re quotidienne, se partagent des partitions \u00e0 partir desquelles ils chantent. Certains spectateurs s\u2019approchent, d\u2019autres s\u2019en vont. Je d\u00e9cide de m\u2019en aller, fatigu\u00e9e d\u2019avoir d\u00fb maintenir mon attention sur le non-\u00e9v\u00e9nement pendant toute une heure.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Juliette Bonnet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les <em>\u00c9tudes h\u00e9r\u00e9tiques,<\/em> un spectacle chor\u00e9ographique cr\u00e9\u00e9 par Antonija Livingstone et Nadia Lauro et represent\u00e9 \u00e0 la M\u00e9nagerie de verre, r\u00e9pondent \u00e0 l\u2019attente qu\u2019\u00e9voque le titre. D\u2019abord, ils s\u2019agit des <em>\u00e9tudes<\/em> de la tendresse et de la sexualit\u00e9 ainsi que de la nature humaine. Puis, ce sont des recherches <em>h\u00e9r\u00e9tiques<\/em> en tant que transgressant certaines limites auxquelles on s\u2019est accoutum\u00e9. Je parle du r\u00f4le ordinaire du spectateur, qui est de voir et juger, de rester sur sa place \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du spectacle, dans une sorte de s\u00e9curit\u00e9 intangible. Cette intangibilit\u00e9 \u00e9prouve ici une restriction. La pi\u00e8ce se distingue par l\u2019atmosph\u00e8re intime et tout \u00e0 fait bouleversante qu\u2019elle cr\u00e9e entre les spectateurs et les acteurs. Ceci commence avec l\u2019interdiction de garder ses chaussures dans la salle. Un public en chaussettes est tout autre, il prend place sur les escaliers au bout de la salle, qui \u00e9voque d\u2019ailleurs un studio de danse.\u00a0 Le bleu domine. Antonija Livingstone acceuillit chaque spectateur en lui recommandant un endroit sp\u00e9cifique. Puis, le spectacle commence, mais il vaudrait mieux parler d\u2019un image chor\u00e9ographique que d\u2019un spectacle. Il n\u2019y a pas une genre d\u2019action qui permettrait de concevoir une temporalit\u00e9 lin\u00e9aire, juste des varations dans l\u2019image present\u00e9. Ce manque de temporalit\u00e9 se retrouve dans les mouvements, les couleurs et les mat\u00e9riels dominant sur sc\u00e8ne\u00a0: Les acteurs, habill\u00e9s en costumes de jean se bougent de mani\u00e8re calme\u00a0: Une part porte des grands transparents d\u2019argents, qui refl\u00e8tent soit les acteurs, soit le public. Apr\u00e8s un certain temps, ils d\u00e9posent les transparents sur le sol o\u00f9 il y a d\u00e9j\u00e0 des livres \u00ab\u00a0d\u2019argent\u00a0\u00bb, en ajoutant une page. Ce livre est lu par d\u2019autres acteurs. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan, quelquesuns tressent des paniers, en \u00e9voquant la campagne, la nature ou m\u00eame la Gr\u00e8ce ancienne. Le mirroir, le livre\u00a0: ce sont des symboles des \u00e9tudes, de la tentative de conna\u00eetre soi-m\u00eame. Il s\u2019y ajoutent le son de la mer, puis des sons calmes et claires, mais sans formant une m\u00e9lodie, la pluie, parfois le tonnerre. \u00c1 la droite, plusieurs acteurs rappellant des habitants de la mer observent ce qui se passe. Une actrice semble \u00e9tudier un grand coquillage. La mer aussi, par ses vagues toujours revenantes nous transporte au del\u00e0 de la temporalit\u00e9. En outre, elle est un image de la sexualit\u00e9 et de l\u2019amour\u00a0: C\u2019est Venus qui na\u00eet de la mer, comme la fameuse peinture de Botticelli la repr\u00e9sente. Les acteurs se rencontrent de temps en temps sur sc\u00e8ne, se touchent, et puis ils font passer parfois leurs mouvements tendres au public, en demandant le consentement des spectateurs d\u2019abord. Il en r\u00e9sulte une question int\u00e9ressante\u00a0: O\u00f9 s\u2019arr\u00eate l\u2019art et o\u00f9 commence l\u2019intimit\u00e9\u00a0? Apr\u00e8s un certain temps, plusieurs spectateurs commencent \u00e0 quitter la salle. On entend des chants de dehors. Un acteur invite tous d\u2019aller en dehors et proche de l\u2019entr\u00e9e on retrouve certains acteurs et certains spectateurs, chantant ensemble. L\u2019image dans la salle ne s\u2019arr\u00eate pas. Les mouvements deviennent de plus en plus lents, et la salle se vide. Il n\u2019y a pas d\u2019applaudissements, le spectacle se dissout en chants et conversations amicales. Ainsi, la fin ne permet non plus de r\u00e9tablir la fronti\u00e8re classique entre le spectateur intangible et les acteurs. Les <em>\u00c9tudes h\u00e9r\u00e9tiques<\/em> restent donc jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute une exp\u00e9rience d\u2019un d\u00e9passement des limites.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Doris Bretz<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Si nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;h\u00e9r\u00e9tiques, nous devons les inventer, car l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie est essentielle pour notre sant\u00e9 et notre croissance&#8230; Notre symbole de croyance est l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partant de cette note d&rsquo;intention \u00e9nigmatique, Antonija Livingstone et Nadia Lauro pr\u00e9sent\u00e8rent leur pi\u00e8ce <em>\u00c9tudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7<\/em>\u00a0 au festival d&rsquo;Automne \u00e0 Paris, \u00e0 la M\u00e9nagerie de verre pour une exp\u00e9rience totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pieds nus, le public, guid\u00e9 par une com\u00e9dienne \u00e0 la beaut\u00e9 androgyne, s&rsquo;assoit \u00e0 m\u00eame le sol, contraint de se serrer les uns contre les autres cr\u00e9ant ainsi une intimit\u00e9 presque g\u00eanante. La sc\u00e8ne, d&rsquo;un bleu piscine, nous plonge dans un monde aquatique abscons, o\u00f9 un ch\u0153ur de sir\u00e8nes, aux longs cheveux bleu-vert, observent sto\u00efquement la sc\u00e8ne. Des coquillages \u00e7a et l\u00e0 reposent sur le sol. Des com\u00e9diens, au style vestimentaire des sixties,\u00a0 parcourent l&rsquo;espace sc\u00e9nique d\u00e9roulant minutieusement ce qui pourrait \u00eatre des films plastifi\u00e9s. Passant tr\u00e8s pr\u00e8s des spectateurs, les films renvoient des reflets d\u00e9form\u00e9s voire monstrueux d&rsquo;eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;assembl\u00e9e reste coi face \u00e0 ce spectacle d\u00e9routant. Le malaise est pesant, on peut lire sur des visages de l&rsquo;incompr\u00e9hension, d&rsquo;autres sont impassibles, ou s&rsquo;ennuient. L&rsquo;action est tr\u00e8s lente, si ce n&rsquo;est en suspend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, peu \u00e0 peu, l&#8217;embarras tombe quand, brisant tout \u00e0 fait un quatri\u00e8me mur presque inexistant, les com\u00e9diens proposent des massages du visage au public. La proposition inattendue, intimidante est accept\u00e9e dans un rire g\u00ean\u00e9. Puis, pass\u00e9 la barri\u00e8re de l&rsquo;inconnu, se d\u00e9sinhibant, le mouvement de tendresse, engag\u00e9 de fa\u00e7on incongrue, se propage\u00a0all\u00e9grement: les mass\u00e9s massent leurs voisins \u00e0 leurs tours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout de quarante minutes de performance, les portes de la salle s&rsquo;ouvrent, laissant le choix \u00e0 chacun de partir quand il le souhaite. Quelques impatients saisissent tr\u00e8s vite l&rsquo;occasion, les autres, plus intr\u00e9pides, restent. Puis le ch\u0153ur s&rsquo;en va- les acteurs quittent la sc\u00e8ne avant les spectateurs. Deux com\u00e9diens se d\u00e9nudent, topless, ils accomplissent des mouvements pr\u00e9cis et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans un rythme effr\u00e9n\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 leur \u00e9puisement. Puis des chants retentissent. Exasp\u00e9r\u00e9s de cette attente sans fin ni but, d&rsquo;autres spectateurs s&rsquo;en vont encore, intrigu\u00e9s par ces chants. Ils s&rsquo;en vont voir ce qu&rsquo;il se passe\u00a0: le ch\u0153ur solfie. Habill\u00e9s normalement, les com\u00e9diens, accompagn\u00e9s d&rsquo;amis venus les voir, sont assis en rond et chantent les notes de leur partition. Dans la salle, les com\u00e9diens restant s&rsquo;immobilisent peu \u00e0 peu. Puis, enfin, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux se l\u00e8ve et indique aux derniers spectateurs encore pr\u00e9sents que, tout simplement, le spectacle est termin\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que comprendre de cette exp\u00e9rience\u00a0? Antonija Livingstone et Nadia Lauro voulaient cr\u00e9er une communaut\u00e9, un rassemblement, elles offrirent au public un instant de vie. Ind\u00e9pendamment de leur volont\u00e9, au travers de cette exp\u00e9rience totale, mettant \u00e0 mal leur passivit\u00e9 convenue, les spectateurs se rassembl\u00e8rent. Des individualit\u00e9s se retrouv\u00e8rent unies le temps d&rsquo;une repr\u00e9sentation. Formant ainsi un groupe, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie na\u00eet. Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie\u00a0? L&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie est une id\u00e9e contraire \u00e0 l&rsquo;opinion de la doxa, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie d\u00e9joue l&rsquo;attente, va \u00e0 l&rsquo;encontre de la tradition, de l&rsquo;usage \u00e9tabli. L&rsquo;h\u00e9r\u00e9tique est celui qui est accus\u00e9 par une communaut\u00e9 d&rsquo;agir contre l&rsquo;ordre \u00e9tabli par elle, et il en est exclu. Antonija et Nadia entra\u00een\u00e8rent leur public dans une exp\u00e9rience m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale et humaine, brouillant les pistes et\u00a0 allant au del\u00e0 des m\u0153urs. L&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie venait-elle de la repr\u00e9sentation qui brisait les codes du th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Ou bien venait-elle de ces gens qui quitt\u00e8rent la salle pr\u00e9cipitamment\u00a0 parce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas aim\u00e9s, ou bien pas compris\u00a0? Quelle communaut\u00e9 s&rsquo;est form\u00e9e\u00a0? Les spectateurs qui rest\u00e8rent dans la salle jusqu&rsquo;\u00e0 en \u00eatre chass\u00e9s ? Ceux qui rejoignirent le ch\u0153ur\u00a0? Les com\u00e9diens eux-m\u00eames\u00a0? Plusieurs communaut\u00e9s naquirent, cr\u00e9ant ainsi leurs propres h\u00e9r\u00e9tiques.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Amandine Cheval<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9tudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7<\/em> commence singuli\u00e8rement. Le public doit se d\u00e9chausser avant d\u2019entrer dans la salle, guid\u00e9, en petits groupes, par un danseur qui les convie \u00e0 s\u2019assoir \u00e0 m\u00eame le sol recouvert pour l\u2019occasion d\u2019une fine moquette bleu turquoise. Les bruits d\u2019orage, d\u2019eau qui coule, et les artistes d\u00e9j\u00e0 en action, faisant se mouvoir de larges \u00ab\u00a0feuilles\u00a0\u00bb mi-transparentes mi- r\u00e9fl\u00e9chissantes nous plongent dans une atmosph\u00e8re liquide et sombre. La proximit\u00e9 des personnes dans le public vise \u00e0 renforcer cette intimit\u00e9\u00a0troublante : \u00ab\u00a0on va <em>cuddle<\/em> un peu\u00a0\u00bb dit l\u2019une des artistes en faisant se serrer quelques membres du public pour qu\u2019un couple de retardataires puisse prendre place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suite de la pi\u00e8ce se passe tout en lenteur, \u00e0 l\u2019image de <em>l\u2019achitana fulica<\/em> (entendez, un escargot g\u00e9ant, plus grand que la main de l\u2019artiste et pouvant peser jusqu\u2019\u00e0 1,5kg) pos\u00e9 sur ce qu\u2019on aurait nomm\u00e9 l\u2019avant-sc\u00e8ne s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 question d\u2019une sc\u00e8ne \u2013 mais ce n\u2019est pas le cas, nous sommes dans un studio de danse, transform\u00e9 en salle de spectacle pour l\u2019occasion. Les danseurs et danseuses d\u00e9ambulent dans l\u2019espace, lentement, en portant ces feuilles r\u00e9fl\u00e9chissantes\u00a0; l\u2019une d\u2019entre eux fait se d\u00e9placer au sol un coquillage vide\u00a0; une autre propose un massage de l\u2019oreille \u00e0 un membre du public (ce membre \u00e9tant \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9lu\u00a0\u00bb du spectacle, devra continuer \u00e0 transmettre ce geste, massera d\u2019autres inconnus tout au long du spectacle). Dans un coin, un groupe de personnes, coiff\u00e9es de longues perruques bleu d\u00e9lav\u00e9 \u00e9clairent par intermittences, \u00e0 l\u2019aide de lampes frontales, diff\u00e9rents espaces de la sc\u00e8ne. Un certain \u00e9rotisme ressort du spectacle. Les tenues d\u00e9su\u00e8tes des danseurs (ann\u00e9es discos\u00a0: jeans pattes d\u2019eph, jaquette sans manche dans la m\u00eame mati\u00e8re) cachent et exhibent en m\u00eame temps leur corps, nus sous des v\u00eatements ouverts. De la m\u00eame mani\u00e8re, le public, qui se voit dans ces feuilles r\u00e9fl\u00e9chissantes, est un voyeur qui cherche \u00e0 embrasser, par le truchement de la transparence ou gr\u00e2ce \u00e0 un jeu de miroirs qui composent tout un mur de la salle, tout les danseurs pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne. On observe des corps en mouvement, rien de grandiose, seulement une caresse dans l\u2019espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sent la recherche, on observe des id\u00e9es qui tentent de prendre forme et on sent bien que la qualit\u00e9 de mouvement est travaill\u00e9e, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e\u2026 Mais tout cela semble encore de l\u2019ordre de la promesse d\u2019un aboutissement \u00e0 venir. Le spectacle peine de la m\u00eame mani\u00e8re que le public, surpris, interpell\u00e9 parfois, qui h\u00e9site entre se laisser bercer par le geste lent des artistes (leur massage semble d\u00e9border la personne mass\u00e9e pour embrasser la promiscuit\u00e9 du public) et une incompr\u00e9hension quant \u00e0 ce qui advient. Quelque chose se passe, assur\u00e9ment, mais quoi ?! Il est difficile de le dire v\u00e9ritablement. Ce symposium pourrait \u00eatre int\u00e9ressant mais sa volont\u00e9 iconoclaste le transforme en parangon d\u2019une forme d\u2019art qui, \u00e0 trop se questionner en oublie la question. Tout est en germe dans cette pi\u00e8ce, le dispositif, la qualit\u00e9, l\u2019effet recherch\u00e9. On ne sort ni r\u00e9volt\u00e9 ni enthousiaste, ni furieux ni apais\u00e9, mais l\u2019esprit plein de questions, un peu troubl\u00e9, sans pouvoir parler clairement de ce que l\u2019on a vu, ni d\u2019ailleurs, sans savoir pourquoi on est all\u00e9 le voir.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Timoth\u00e9e Gaydon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antonija Livingtone et Nadia Lauro ont pris possession de la M\u00e9nagerie de Verre pour leur nouvelle collaboration, <em>Etudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7.<\/em> Entre performance, arts plastiques et danse contemporaine, les deux femmes invitent avec elles sur sc\u00e8ne Stephen Thompson, Kevin Hawkins, ainsi qu\u2019un groupe hypnotisant d\u2019hommes et femmes sir\u00e8nes, aux perruques indigo et costumes en jean.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La couleur est en effet ce qui frappe en premier le spectateur\u00a0: le bleu de la moquette recouvrant la salle, le bleu des costumes en jean, veston et pantalon \u00e0 m\u00eame la peau nue\u00a0; l\u2019argent\u00e9 des grandes feuilles de plastique agit\u00e9es par les danseurs, qui rappelle les miroirs recouvrant les murs de la salle\u00a0; le dor\u00e9 intriguant des cloches, pos\u00e9es au milieu de la sc\u00e8ne. La sc\u00e8ne en elle-m\u00eame est presque inexistante. Invit\u00e9s \u00e0 se d\u00e9chausser avant le d\u00e9but de la performance, les spectateurs prennent place en tailleurs ou \u00e0 genoux sur les marches \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 de la pi\u00e8ce, tr\u00e8s vite forc\u00e9s de s\u2019asseoir directement par terre par manque de place, transgressant ainsi l\u2019espace sacr\u00e9 de la \u00ab\u00a0sc\u00e8ne\u00a0\u00bb et la distance entre observateurs et acteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rapport \u00e0 l\u2019espace et l\u2019exaltation des sens sont \u00e0 mes yeux les \u00e9l\u00e9ments essentiels de ce que nous offrent Antonija Livingstone et Nadia Lauro. L\u2019absence de chaussures am\u00e8ne rapidement les spectateurs \u00e0 se d\u00e9tendre face \u00e0 la chor\u00e9graphie tr\u00e8s contemplative d\u2019<em>Etudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7<\/em>, qui d\u00e9place les diff\u00e9rents danseurs dans la salle au son d\u2019une pluie qui se fait tour \u00e0 tour douce et battante, orage ou bruine. Ils ne sont que cinq \u00e0 agiter de grandes feuilles plastifi\u00e9es o\u00f9 se cogne la lumi\u00e8re, rappelant le reflet aveuglant du soleil sur l\u2019eau, en se d\u00e9pla\u00e7ant d\u2019une mani\u00e8re qui para\u00eet d\u2019abord chaotique avant de devenir profond\u00e9ment \u00e9vidente. Au fond de la salle, un homme tresse un panier en osier en silence et fixe le public. Du c\u00f4t\u00e9 des spectateurs, une dizaine de personnages oniriques, entre sir\u00e8nes et ch\u0153ur grec, dirige l\u2019attention \u00e0 l\u2019aide de lampes frontales point\u00e9es vers les danseurs ou vers le masseur. En effet, un dernier participant \u00e0 la performance ob\u00e9it aux ordres murmur\u00e9s du ch\u0153ur marin, seule voix du spectacle, et interagit avec les spectateurs en proposant\u2026 des massages de l\u2019oreille. Si la premi\u00e8re personne qu\u2019il manipule semble anxieuse et g\u00ean\u00e9e, l\u2019impression de bien-\u00eatre transmise par ce massage en public multiplie le nombre de volontaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9part de certains spectateurs ne fait que renforcer l\u2019union ressentie entre les membres du public face \u00e0 la beaut\u00e9 de la performance. Les cr\u00e9atrices affirment avoir voulu cr\u00e9er une performance <em>queer <\/em>et <em>wyrd. <\/em>L\u2019\u00e9tranget\u00e9 est bien pr\u00e9sente, par des d\u00e9tails qui renforcent l\u2019impression d\u2019\u00eatre hors des normes : l\u2019esth\u00e9tique \u00e0 la David Bowie d\u2019Antonija Livingstone, l\u2019escargot utilis\u00e9 comme un participant \u00e0 part enti\u00e8re et nomm\u00e9 Winnipeg Monbijou, la symphonie des cloches, la bont\u00e9 envers le public, le ch\u0153ur de sir\u00e8ne qui s\u2019enfuit chanter a cappella au rez-de-chauss\u00e9e \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. L\u00e0 est peut-\u00eatre l\u2019h\u00e9r\u00e9sie de ces <em>Etudes <\/em>: face \u00e0 la brutalit\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur, c\u2019est un refuge, un manifeste pour le retour de la douceur, pour le dialogue entre danseurs et spectateurs, pour la libert\u00e9 du mouvement et du r\u00eave.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pauline Georget<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Difficile de savoir \u00e0 quoi m\u2019attendre en m\u2019aventurant dans la M\u00e9nagerie de verre, le soir du jeudi 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre, pour la performance \u00ab\u00a0Etudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7\u00a0\u00bb con\u00e7ue et r\u00e9alis\u00e9e par Antonija Livingstone et Nadia Lauro. Les informations et la description de ce spectacle, \u00e9voquant un \u00ab\u00a0habitat queer\u00a0d\u2019intelligence sensorielle\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0soins wyrds\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0temporalit\u00e9 wyrd\u00a0\u00bb, \u00e9taient pour moi d\u2019un herm\u00e9tisme total. C\u2019est donc d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9e mais piqu\u00e9e de curiosit\u00e9 par cette myst\u00e9rieuse inclusion dans le temps et l\u2019espace que je me suis rendue \u00e0 ce spectacle\u00a0; et, de fait, la repr\u00e9sentation en elle-m\u00eame, dans le sillage de ces quelques mots, m\u2019a laiss\u00e9e dans une grande confusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s leur arriv\u00e9e, les spectateurs doivent enlever leurs chaussures\u00a0: le spectacle se d\u00e9roule dans une salle de danse. L\u2019am\u00e9nagement de cet espace est d\u2019embl\u00e9e surprenant. D\u2019\u00e9tranges \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor sont \u00e9parpill\u00e9s sur le sol\u00a0: de larges plaques d\u2019aluminium en forme de vague et, au centre, de petites cloches, autour desquels gravitent lentement les artistes tout en brandissant de grandes feuilles r\u00e9fl\u00e9chissantes. C\u00f4t\u00e9 cour, sept com\u00e9diens arborant de longues perruques vertes et des lampes frontales observent l\u2019espace sc\u00e9nique, imperturbables. Dans le fond de la salle, un jeune homme fabrique un panier en osier. Apr\u00e8s quelques minutes s\u2019ajoutent \u00e0 cet espace \u00e9clectique quelques mollusques vivants, dispos\u00e9s par les artistes sur le sol, sous les yeux hagards des spectateurs. Le pari est r\u00e9ussi\u00a0: le tout cr\u00e9e un tableau vivant tr\u00e8s esth\u00e9tique, et l\u2019apparente h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des objets se fond en une harmonie hypnotique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant le spectacle, c\u2019est un jeu de d\u00e9ambulation qui se d\u00e9roule\u00a0: au son d\u2019une temp\u00eate d\u00e9cha\u00een\u00e9e, les com\u00e9diens n\u2019\u00e9changent pas un mot et \u00e9voluent dans la salle pour entrer ponctuellement en interaction avec le d\u00e9cor. Concr\u00e8tement, il ne se passe rien. Face \u00e0 ce spectacle, je me sens d\u2019abord successivement ennuy\u00e9e, amus\u00e9e et captiv\u00e9e. Les choses se g\u00e2tent lorsque c\u2019est avec le public que les artistes se mettent \u00e0 interagir. Antonija Livingstone s\u2019avance vers ma voisine et prononce cette phrase, la seule du spectacle, qui en deviendra le refrain\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que tu peux me pr\u00eater ton oreille, s\u2019il-te-pla\u00eet\u00a0?\u00a0\u00bb. Tout en jouant sur le double-sens de l\u2019expression, la chor\u00e9graphe exploite son sens litt\u00e9ral : elle invite la spectatrice \u00e0 poser sa t\u00eate sur ses genoux puis commence \u00e0 manipuler son oreille. Puis, encourag\u00e9s par les com\u00e9diens, les spectateurs reproduisent, les uns avec les autres, ces caresses des plus \u00e9tranges. La plupart sont amus\u00e9s voire perplexes et, quoi qu\u2019il en soit, on ne peut qu\u2019\u00eatre d\u00e9concert\u00e9 par une telle initiative. L\u2019ambition de faire de l\u2019espace sc\u00e9nique un espace immersif est alors manifeste, et les notions d\u2019intimit\u00e9 et d\u2019\u00e9change supplantent le quatri\u00e8me mur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Difficile de cat\u00e9goriser \u00ab\u00a0Etudes h\u00e9r\u00e9tiques\u00a0\u00bb. Ce \u00ab\u00a0symposium de f\u00e9ministes dandies\u00a0\u00bb (Antonija Livingstone) s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre, au-del\u00e0 d\u2019un sc\u00e9nario d\u2019habitation de l\u2019espace sc\u00e9nique, une chor\u00e9graphie construite autour de la volont\u00e9 d\u2019immersion du spectateur. En d\u00e9finitive, \u00ab\u00a0Etudes h\u00e9r\u00e9tiques\u00a0\u00bb est bien moins un spectacle qu\u2019une exp\u00e9rience.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marina Gesrel<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas de clap de fin ni de clap-clap de fin pour cette performance des chor\u00e9graphes et sc\u00e9nographes Antonja Linvingstone et Nadia Lauro. Install\u00e9e dans un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9, au sol et aux reflets bleus, l\u2019assembl\u00e9e est plong\u00e9e dans un environnement sonore rappelant les bords d\u2019une rivi\u00e8re, peut-\u00eatre les bords du Nil\u00a0: un des performers tresse un panier avec du roseau, et par illusion des vaguelettes lumineuses parcourent les murs blancs de la salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La performance semble ne pas avoir de d\u00e9but, puisque lorsque le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 entrer dans la salle apr\u00e8s avoir enlev\u00e9 ses chaussures, les performers sont d\u00e9j\u00e0 tous en mouvement, plong\u00e9s dans une action qu\u2019ils vont r\u00e9p\u00e9ter, avec tr\u00e8s peu de variations, tout au long du spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne poss\u00e8de pas de fin non plus\u00a0: les spectateurs sont invit\u00e9s \u00e0 sortir de la salle alors que les acteurs sont toujours en mouvement \u2013 l\u2019audience, surprise, n\u2019applaudit pas, ce qui laisse une impression d\u2019in-fini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectateur, plong\u00e9 dans une sorte de voyeurisme forc\u00e9, a donc l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 une tranche de vie, comme si son regard n\u2019avait aucune influence sur les activit\u00e9s prenant place dans la salle, comme si les performers, qu\u2019ils soient regard\u00e9s ou non, que les portes du studio soient ferm\u00e9es ou non, se promenaient dans la pi\u00e8ce, tressaient un panier, rampaient sur le sol, de la m\u00eame fa\u00e7on que quelqu\u2019un vaquerait \u00e0 ses t\u00e2ches quotidiennes dans l\u2019intimit\u00e9 de son foyer. Et pourtant, cette impression de voyeurisme est contrebalanc\u00e9e par le fait que l\u2019audience soit prise \u00e0 partie pendant, et apr\u00e8s le spectacle\u00a0: pendant le spectacle, les performers interagissent avec certains des spectateurs, leur caressant une oreille. A la fin du spectacle, tout le monde est invit\u00e9 \u00e0 se saisir d\u2019une partition de musique et \u00e0 chanter aussi fort que possible, faux ou pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut donc chercher longuement pour trouver une narration \u00e0 cette performance, qui est une performance du \u00ab\u00a0non-\u00e9v\u00e8nementiel\u00a0\u00bb, o\u00f9 il ne se passe rien, c\u2019est-\u00e0-dire que la r\u00e9p\u00e9tition y est constante. Cela encourage le spectateur \u00e0 consid\u00e9rer son propre regard, \u00e0 prendre conscience de la r\u00e9p\u00e9tition de son propre corps, les battements de son c\u0153ur, ses inspirations et expirations, ses coups d\u2019\u0153il vers le t\u00e9l\u00e9phone pour v\u00e9rifier ses notifications. Le spectacle en tant qu\u2019institution sociale est d\u00e9plac\u00e9 de son cadre habituel, les performers jouent sur ses limites physique et psychique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une performance \u00e0 conseiller aux personnes avec une sensibilit\u00e9 postmoderniste ou surr\u00e9aliste, mais pas \u00e0 une personne n\u00e9ophyte de ce genre de repr\u00e9sentation, qui pourrait s\u2019ennuyer facilement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marine Goldsztejn<\/h6>\n<pre>Photo : Benny Nemrofsky Ramsay<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | M\u00e9nagerie de verre | En savoir plus Etudes h\u00e9r\u00e9tiques 1-7 est un objet indescriptible, ce n\u2019est ni vraiment de la danse, ni vraiment du th\u00e9\u00e2tre. 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