{"id":918,"date":"2016-12-07T20:00:14","date_gmt":"2016-12-07T19:00:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=918"},"modified":"2016-12-07T20:00:14","modified_gmt":"2016-12-07T19:00:14","slug":"ne-andiamo-per-non-darvi-altre-preoccupazioni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=918","title":{"rendered":"Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2016-2017\/spectacles\/ce-ne-andiamo-non-darvi-altre-preoccupazioni\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni<\/em> (<em>Nous partons pour ne plus vous donner de soucis<\/em>) est une cr\u00e9ation de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, avec Anna Amadori, Daria Deflorian, Antonio Tagliarini, Valentino Villa. Elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre La Colline en 2014 et cette ann\u00e9e \u00e0 l\u2019atelier Berthier de l\u2019Od\u00e9on, en langue italienne et sur-titr\u00e9e en fran\u00e7ais. La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite \u00e0 partir d\u2019une image tir\u00e9e du roman grec <em>Le Justicier d\u2019Ath\u00e8nes <\/em>de P\u00e9tros M\u00e0rkaris, dans lequel quatre personnes \u00e2g\u00e9es choisissent de se suicider pour ne plus \u00eatre un poids pour l\u2019Etat. A partir de cette actualit\u00e9 fictive qui toutefois est repr\u00e9sentative de la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine, les quatre com\u00e9diens s\u2019interrogent sur l\u2019importance du choix et sur la difficult\u00e9 de dire non ; il s\u2019agit donc d\u2019une fiction dans le th\u00e9\u00e2tre. La courte dur\u00e9e de la pi\u00e8ce (1h15) peut \u00eatre envisag\u00e9e pour signifier que la vie est courte, mais cela peut aussi bien d\u00e9couler du style des auteurs qui ont cr\u00e9\u00e9 une pi\u00e8ce similaire, <em>Reality <\/em>(dur\u00e9e : 1h).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce ne andiamo &#8230; <\/em>est l\u2019oppos\u00e9e du th\u00e8me abord\u00e9 : alors que les quatre femmes ont agi en mettant fin \u00e0 leur jour, nos quatre com\u00e9diens n\u2019agissent pas. Il n\u2019y a aucune action dans la pi\u00e8ce, la r\u00e9flexion prime, et les mouvements sc\u00e9niques sont limit\u00e9s. Pendant dix ou m\u00eame vingt minutes, des com\u00e9diens restent debout immobiles dans le fond de sc\u00e8ne \u00e0 \u00e9couter l\u2019avis de leur ami, de leur partenaire de jeu. Le public ne sait pas vraiment s\u2019il a affaire au com\u00e9dien qui incarne un r\u00f4le ou au com\u00e9dien qui est lui-m\u00eame puisqu\u2019il s\u2019agit de th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre &#8211; les auteurs ont cr\u00e9\u00e9 une double mise en abyme th\u00e9\u00e2trale. Le rythme est lent mais n\u2019est en rien soporifique, ce qui permet au spectateur de r\u00e9fl\u00e9chir lui-aussi sur les questionnements avanc\u00e9s alternativement par les com\u00e9diens. Toutefois, il semble ne pas y avoir d\u2019espace-temps ; de plus, la sinc\u00e9rit\u00e9 de leur jeu et le d\u00e9cor r\u00e9duit \u00e0 l\u2019essentiel portent la pi\u00e8ce dans une intemporalit\u00e9 qui laisse entendre que la p\u00e9riode de crise, qu\u2019elle soit en Gr\u00e8ce ou ailleurs, est longue et douloureuse. Afin de nous montrer la mort de ces femmes, les auteurs ont eu l\u2019id\u00e9e de la signifier par les costumes : au fur et \u00e0 mesure que la mort envahit la sc\u00e8ne, les com\u00e9diens enfilent des v\u00eatements noirs de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre enti\u00e8rement recouverts. Cela est ni violent, ni repoussant. Le reste des costumes est de couleur neutre et froide (gris et bleu clair), il y a une table et trois chaises (marron), et un n\u00e9on au-dessus de la table. Les autres lumi\u00e8res servent \u00e0 r\u00e9duire l\u2019espace sc\u00e9nique qui est d\u00e9sormais encadr\u00e9 par l\u2019obscurit\u00e9, pour nous dire que la vie tend in\u00e9luctablement vers la mort qui se referme petit \u00e0 petit sur nos existences. Les pointes d\u2019humour sont primordiales du fait qu\u2019elles permettent de ramener la gaiet\u00e9 sur sc\u00e8ne. Par moment, un com\u00e9dien mettait de la musique sur son portable, de m\u00eame qu\u2019il est courant de le faire aujourd\u2019hui entre amis. Ainsi, avec toute ces simplicit\u00e9s dans le d\u00e9cor, dans la mise en sc\u00e8ne et de l\u2019effet th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, les com\u00e9diens se donnent \u00e0 voir comme des personnes ordinaires, tels que nous spectateurs, ils se montrent impuissants face au \u00abnon\u00bb de ses femmes, ce refus qu\u2019ils tentent d\u2019\u00e9claircir non sans difficult\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeu de <em>Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni<\/em> est de sensibiliser le spectateur aux petits riens qui nous rendent heureux, de sorte qu\u2019en approchant de la fin, nous ne regrettions pas de ne pas avoir v\u00e9cu.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cindel Cattin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce \u00ab\u00a0Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni\u00a0\u00bb est pr\u00e9sent\u00e9e aux ateliers Berthiers cet hiver, en m\u00eame temps que la pi\u00e8ce qui la prolongea quelques ann\u00e9es plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Il cielo non \u00e8 un fondale\u00a0\u00bb. Cr\u00e9\u00e9e en 2013 au Teatro Palladium \u00e0 Rome par les deux metteurs-en-sc\u00e8ne\/acteurs Daria Deflorian et Antonio Tagliarini,\u00a0 rejoints sur le plateau par\u00a0 Anna Amadori et Valentino Villa, elle s&rsquo;inspire d&rsquo;une image tir\u00e9e du roman <em>Le Justicier d&rsquo;Ath\u00e8nes<\/em> de P\u00e9tros Markaris. On y voit quatre retrait\u00e9es grecques, condamn\u00e9es par l&rsquo;endettement et lass\u00e9es de leur impuissance. Leur seul moyen d&rsquo;agir est de se donner la mort ensemble, en laissant sur la table, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leurs cartes d&rsquo;identit\u00e9 proprement dispos\u00e9s, une note\u00a0: \u00ab\u00a0nous partons pour ne plus vous donner de soucis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur un plateau nu et froid, \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un lieu hypoth\u00e9qu\u00e9, les objets se font rares. Il n&rsquo;y a que trois chaises, une table et quatre personnages dans le fond noir. Un n\u00e9on \u00e0 la lumi\u00e8re crue \u00e9claire le milieu de la sc\u00e8ne. Les costumes sont les plus neutres possibles avec des distinctions claires\u00a0: jupes pour les femmes, pantalons pour les hommes. Rien ne semble accrocher l&rsquo;esprit du spectateur. On ne regarde \u00a0pas des personnages st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s dans leurs habits, dans leurs gestes, dans leurs discours ou dans les objets qui les entourent. Rien ne d\u00e9finit ces figures. Chacun \u00e0 leur tour, les acteurs s&rsquo;adressent au public\u00a0\u00a0 dans une sorte de monologue anxieux, parfois entrecoup\u00e9s d\u2019interventions de leurs camarades. Une contradiction \u00e9merge\u00a0: bien qu\u2019ils semblent se retrouver sur le m\u00eame plateau, partageant un sentiment d&rsquo;angoisse, unis dans le partage de ce sentiment, chacun semble si seul face \u00e0 des angoisses personnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Non\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 la premi\u00e8re intervention. Non, nous ne dirons pas quelque chose ce soir. Non, nous ne sommes vos d\u00e9biteurs malgr\u00e9 toutes les transactions financi\u00e8res qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le spectacle. Non, nous sommes las de parler et de construire quelque chose sans \u00e9chos. Il ne reste alors que de simples \u00eatres humains venus raconter leurs pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment faire pour ne pas ennuyer le public\u00a0? Pour le maintenir en haleine\u00a0? L&rsquo;intervention doit suffire. La prise de parole seule est en soi un \u00e9v\u00e8nement et c\u2019est peut-\u00eatre cela que nous devons comprendre de la pi\u00e8ce. L\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9ments parasites sur le plateau effraie tout en permettant \u00e0 la parole d\u2019\u00eatre pleinement entendue. Selon une interview donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Od\u00e9on, les deux metteurs en sc\u00e8ne d\u00e9clarent que le travail sur un roman va beaucoup plus loin qu&rsquo;une simple r\u00e9adaptation. Si l&rsquo;appropriation du texte se fait d&rsquo;abord dans la lecture du r\u00e9cit sur le plateau, les interrogations finalement soulev\u00e9es sont celles de la troupe. Ce sont ces interrogations qui constituent le spectacle. Le spectateur ne peut quitter la salle indiff\u00e9rent. Certes, le discours moralisateur est absent de ce texte, car les grandes r\u00e9flexions se concentrent autour du principe de la dette \u00e9conomique et de quelle mani\u00e8re celle-ci influe directement sur nos vies. Il s\u2019agit plus de faire ressentir une empathie que de v\u00e9ritablement accuser le public. M\u00eame dans ces aspects les plus priv\u00e9s d\u2019une existence, la dette, l\u2019argent modifie notre rapport au monde et aux autres. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire\u00a0?\u00a0\u00bb. Une fois que l\u2019on a tout donn\u00e9\u00a0? Le corps est le seul bien qui nous reste\u2026<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Claire Herbert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ateliers Berthier, 20h, les spectateurs se pr\u00e9cipitent sur leurs places, la sc\u00e8ne pratiquement vide, juste quelques chaises et une table, le spectacle est sur le point de commencer, les lumi\u00e8res de la salle s\u2019\u00e9teignent, avec quelques minutes de retard les quatre acteurs sortent des coulisses pour nous annoncer qu\u2019ils seront incapables de jouer la pi\u00e8ce, qu\u2019ils seront incapables d\u2019interpr\u00e9ter le r\u00f4le de quatre vieilles femmes grecques qui se sont suicid\u00e9es collectivement dans une banlieue ath\u00e9nienne, suite aux p\u00e9nuries qu\u2019elles souffraient. Avec ce d\u00e9doublement narratif commence <em>Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni, <\/em>une pi\u00e8ce de Daria Deflorian et Antonio Tagliarnini inspir\u00e9e par une image du roman <em>Le Justicier d\u2019Ath\u00e8nes <\/em>de P\u00e9tros M\u00e1rkaris, interpr\u00e9t\u00e9e aussi par Deflorian et Tagliarnini accompagn\u00e9s de Valentino Villa et Anna Amadori et mise en sc\u00e8ne de fa\u00e7on collective par l\u2019ensemble de la troupe. Ce fait divers va d\u00e9clencher une s\u00e9rie de r\u00e9flexions chorales sur l\u2019exp\u00e9rience tragique de la vie, le passage \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 et le vide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne se procure de fa\u00e7on remarquable de bien canaliser ces \u00e9l\u00e9ments donnant un rythme sombre, parfois m\u00e9lancolique \u00e0 l\u2019ensemble avec des grandes pauses qui nous installent dans l\u2019instabilit\u00e9 et m\u00eame dans l\u2019angoisse existentielle. De plus, la confusion narrative entre l\u2019histoire des femmes et les r\u00e9flexions personnelles des com\u00e9diens, maitris\u00e9e de forme tr\u00e8s subtile, contribue aussi au renforcement de cette esth\u00e9tique angoissante et \u00e0 la consolidation de certains \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion sur la d\u00e9cadence vitale et des rapports humains dans les soci\u00e9t\u00e9s postmodernes, cet attachement si intense \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et cette volont\u00e9 de jeu non-standardis\u00e9, non-dramatis\u00e9 est le comble d\u2019une production qui nous secoue et qui pr\u00e9tend ne laisser personne indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, l\u2019utilisation de l\u2019espace sc\u00e9nique est peut-\u00eatre la clef de vo\u00fbte du spectacle et ce qui est le plus r\u00e9ussit de toute la pi\u00e8ce, en impr\u00e9gnant la sc\u00e8ne d\u2019une obscurit\u00e9 spectrale qui met en \u00e9vidence ce chemin aseptique vers la mort et vers l\u2019effacement mat\u00e9riel des personnages, ceci li\u00e9 \u00e0 l\u2019absence de d\u00e9cors futiles (il y a juste quelques chaises et une table) et \u00e0 un son qui renforce les \u00e9chos et qui souligne de fa\u00e7on magistrale les silences, nous ins\u00e8re dans un jeu esth\u00e9tique envahi int\u00e9gralement par le vide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazione <\/em>est une pi\u00e8ce qui rejoint de forme magistrale la tradition du th\u00e9\u00e2tre existentiel italien avec Luigi Pirandello comme principal repr\u00e9sentant et nous pousse vers une r\u00e9flexion tr\u00e8s profonde sur nos rapports avec les autres, sur le passage inexorable \u00e0 la vieillesse et \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9, nous faisant nous interroger\u00a0 sur la solidit\u00e9 de nos fondements moraux dans une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9cadence.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Antonio Rodriquez Cruz<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mercredi 7 d\u00e9cembre se tenait la derni\u00e8re de <em>Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni <\/em>de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini aux ateliers Berthier du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pi\u00e8ce relativement courte (environ 1h), celle-ci est inspir\u00e9e d\u2019un roman de P\u00e9tros M\u00e1rkaris :\u00a0en Gr\u00e8ce, apr\u00e8s que la crise a durement frapp\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 du pays dans son ensemble, quatre femmes dans la soixantaine dont les retraites avaient \u00e9t\u00e9 radicalement r\u00e9duites ont d\u00e9cid\u00e9 de se donner la mort pour ne plus \u00eatre un poids. Les quatre com\u00e9diens nous pr\u00e9sentent une r\u00e9flexion partant et autour de ce fait divers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une heure durant, les spectateurs observent la mise en sc\u00e8ne d\u00e9pouill\u00e9e dans laquelle \u00e9voluent les quatre personnages\u00a0: une table, des chaises et quelques autres objets, le tout sombre, sobre. On d\u00e9couvrira plus tard les pi\u00e8ces de tissu noir, invisibles, cach\u00e9es dans l\u2019ombre des rideaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lumi\u00e8re nue \u2014 un simple n\u00e9on central \u2014 souligne avec force et donne une r\u00e9sonnance particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9motion v\u00e9hicul\u00e9e par les mots\u00a0: rien de trop dans l\u2019environnement, et c\u2019est ce qui permet l\u2019intensit\u00e9 pr\u00e9sente dans la salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix de la musique est \u00e0 noter aussi. Aucun accompagnement musical durant la plus grande partie de la pi\u00e8ce. Et quand il y en a, elle sort du t\u00e9l\u00e9phone portable d\u2019un des com\u00e9diens. On l\u2019\u00e9coute se d\u00e9verser, seule, et avec elle couler le sentiment de solitude et la m\u00e9lancolie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte est, pour l\u2019essentiel, grave mais on n\u2019essaie pas d\u2019imposer des r\u00e9ponses et de mener \u00e0 tout prix le spectateur vers une conclusion bien \u00e9tablie, toute faite, et cela est appr\u00e9ciable\u00a0: c\u2019est ce qui donne aux mots prononc\u00e9s leur force vibrante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le propos pourrait vite s\u2019av\u00e9rer pesant mais il oscille r\u00e9guli\u00e8rement et subtilement vers des moments plus l\u00e9gers et dr\u00f4les dans les interactions avec le public\u00a0: questions rh\u00e9toriques adress\u00e9es \u00e0 la salle ou prise \u00e0 partie du public en tant qu\u2019un unique cinqui\u00e8me personnage muet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne se cl\u00f4t par un dialogue entre les com\u00e9diens, qui, tout en parlant, se recouvrent, eux et tous les objets pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, de tissu noir, m\u00e9taphore de la mort \u2014 et magnifique tableau final \u2014 qui laisse une impression forte au spectateur dans le silence total qui accompagne le d\u00e9clin de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reprise cette ann\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du <em>Festival d\u2019Automne<\/em> apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et celle d\u2019avant au th\u00e9\u00e2tre de La Colline, <em>Ce ne andiamo <\/em>n\u2019est pas de ces pi\u00e8ces qui font jubiler \u00e0 peine le rideau tomb\u00e9 mais installe ind\u00e9niablement chez le spectateur une r\u00e9flexion propice au questionnement. On ressort pensif et fortifi\u00e9 de ce plaidoyer pour la dignit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elodie Ruhier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce tr\u00e8s moderne s&rsquo;interroge, parfois avec humour, sur les probl\u00e8mes de notre soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e0 travers l&rsquo;histoire de quatre retrait\u00e9es grecques ayant d\u00e9cid\u00e9 de se suicider ensembles car elle ne pouvaient plus payer leur dettes. Elles voulaient cesser d&rsquo;\u00eatre un \u00ab\u00a0poid\u00a0\u00bb pour la soci\u00e9t\u00e9. Cette histoire est celle d&rsquo;un roman, celui de P\u00e9tros Markaris dans <em>Le Justicier d&rsquo;Ath\u00e8nes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce est lin\u00e9aire, les acteurs nous racontent des anecdotes et des r\u00e9flexions personnelles sur la soci\u00e9t\u00e9 et les probl\u00e8mes qu&rsquo;ils ont pu rencontrer. Il n&rsquo;y a pas de bouleversements ou de changements de tons, ce sont les quatre m\u00eame personnages du d\u00e9but \u00e0 la fin parlant tour \u00e0 tour pendant plusieurs minutes. Ils ne s&rsquo;interrompent pas et quand un personnage parlent, les 3 autres sont souvent en retrait et le regardent, sans rien dire. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la fin de la r\u00e9flexion d&rsquo;un premier com\u00e9dien qu&rsquo;un deuxi\u00e8me va \u00e9ventuellement exprimer un avis pour mieux encha\u00eener sur sa tirade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce courte (1h), symbolisant le peu de temps restant aux retrait\u00e9es, met en sc\u00e8ne quatre acteurs habill\u00e9s tr\u00e8s sobrement, pantalons ou jupes noirs et haut sombres, dans un d\u00e9cor tr\u00e8s minimaliste, un simple n\u00e9on \u00e9claire la sc\u00e8ne. Le noir pr\u00e9domine durant toute la dur\u00e9e du spectacle. Au milieu de la pi\u00e8ce, un des com\u00e9diens apporte sur sc\u00e8ne ce qu&rsquo;il y a de d\u00e9crit dans le roman, une table, quatre chaises, une bouteille de vodka, quatre verres ainsi qu&rsquo;un flacon de somnif\u00e8res et les quatre cartes d&rsquo;identit\u00e9s pos\u00e9es en \u00e9vidence sur la table. La pi\u00e8ce se termine lorsque les personnages finissent par se recouvrir enti\u00e8rement de noir ainsi que les objets pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne\u00a0: la table est recouverte d&rsquo;un drap noir, les verres et les chaises \u00e9galement ainsi que les com\u00e9diens\u00a0: cagoules, gants, pulls et chaussures noires. Tout cela fini par se fondre enti\u00e8rement dans le d\u00e9cor pendant que la lumi\u00e8re s&rsquo;\u00e9teint peu \u00e0 peu nous signalant la fin de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu des com\u00e9diens est \u00e0 l&rsquo;image de toute la repr\u00e9sentation, sobre. Il n&rsquo;y a pas de grands gestes ou de cris et ils ne cherchent pas non plus \u00e0 imiter les quatre vieilles dames, seulement parfois ils tentent de se mettre \u00e0 leur place et de se demander ce qu&rsquo;elles pouvaient penser \u00e0 tel ou tel moment. Les com\u00e9diens parlent normalement, marquent parfois des pauses pour appuyer leur propos ou peut \u00eatre nous laisser r\u00e9fl\u00e9chir, mais ils ne dialoguent pas entre eux. Ils se laissent parler et r\u00e9agissent presque uniquement lorsque c&rsquo;est leur tour. Quand ils ne parlent pas, on les oublierait presque, ils sont souvent dans l&rsquo;ombre et \u00e9coutent sans rien dire, \u00e0 l&rsquo;image du spectateur, le com\u00e9dien qui parle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense que le but de cette pi\u00e8ce est avant tout de nous faire r\u00e9fl\u00e9chir et de soulever des probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9s, sans n\u00e9cessairement pr\u00e9tendre pouvoir y r\u00e9pondre, juste en partageant avec nous leur probl\u00e8mes ou pens\u00e9es. Les com\u00e9diens s&rsquo;adressent avant tout aux spectateurs dans cette pi\u00e8ce (qu&rsquo;ils interpellent d&rsquo;ailleurs parfois directement) et ils sont toujours face \u00e0 la sc\u00e8ne lorsqu&rsquo;ils parlent. J&rsquo;ai trouv\u00e9 cette pi\u00e8ce tr\u00e8s bien faite, ni trop courte ni trop longue, et l&rsquo;humour amen\u00e9 sur des sujets m\u00eame aussi graves m&rsquo;a beaucoup plu. Les spectateurs, tout comme moi, ont eu l&rsquo;air d&rsquo;appr\u00e9cier le spectacle puisqu&rsquo;il y a eu plusieurs rappels et quelques personnes debout.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Juliette Salama<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur fond de crise \u00e9conomique grecque, quatre retrait\u00e9es d\u00e9cident de s\u2019\u00f4ter la vie pour ne plus \u00eatre \u00e0 la charge de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0nous partons pour ne plus vous donner de soucis\u00a0\u00bb. C\u2019est cette image puissante que Petros Markaris donne \u00e0 voir dans son roman policier <em>le Justicier d\u2019Ath\u00e8nes<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><em>. <\/em>C\u2019est ce geste inconcevable que les metteurs en sc\u00e8ne Antonio Tagliarini et Daria Deflorian tentent, sans sc\u00e9nariser le texte de Markaris, de porter sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre avec Anna Amadori et Valentino Villa. Antonio Tagliarini et Daria Deflorian sont aussi acteurs, auteurs et performeurs. Ils travaillent ensemble depuis 2008, m\u00ealant arts contemporains et r\u00e9flexions philosophiques, sociologiques et politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur la sc\u00e8ne des Ateliers Berthier, annexe du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, et dans le cadre du Festival d\u2019Automne \u00e0 Paris (7 septembre \u2013 31 d\u00e9cembre 2016), ils pr\u00e9sentent <em>Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni<\/em>, pi\u00e8ce qui connut un grand succ\u00e8s au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis un plateau nu, duquel surgissent seulement trois chaises et la lumi\u00e8re crue d\u2019un long n\u00e9on, les quatre com\u00e9diens interpellent le public. Comment lui faire comprendre ce geste incompr\u00e9hensible que fut celui des quatre retrait\u00e9es suicidaires\u00a0? Comment repr\u00e9senter l\u2019irrepr\u00e9sentable, comment dire l\u2019indicible\u00a0? Tour \u00e0 tour, ils prennent la parole, s\u2019interrogeant sur et se r\u00e9voltant contre une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9b\u00e2cle, s\u2019adressant au public sur le ton de la confidence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une heure de repr\u00e9sentation suffit \u00e0 bouleverser le spectateur\u00a0: ce \u00ab\u00a0temps bref\u00a0\u00bb est, selon Antonio Tagliarini, promesse d\u2019intensit\u00e9, et d\u2019intimit\u00e9. L\u2019\u00e9conomie, de temps, de moyens et de mots, est le pivot de cette \u0153uvre. Le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, que crient les retrait\u00e9es au visage de la soci\u00e9t\u00e9 qui se d\u00e9lite, est le mot-cl\u00e9 de cette \u0153uvre\u00a0: ce \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb qu\u2019il est toujours possible de lancer au pouvoir, selon Daria Deflorian. Cette derni\u00e8re pr\u00e9cise qu\u2019il s\u2019agit, avec humour et d\u00e9licatesse, et gr\u00e2ce au th\u00e9\u00e2tre, de construire quelque chose nouveau contre \u00ab\u00a0la d\u00e9b\u00e2cle \u2013 avant tout morale \u2013 qui nous entoure\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pari tenu pour ces quatre artistes qui rappellent que le th\u00e9\u00e2tre est un lieu inscrit dans la vie civique, qu\u2019il doit faire surgir des questions sur notre propre soci\u00e9t\u00e9 et sur la place que nous y occupons. Si les com\u00e9diens n\u2019offrent aucune solution concr\u00e8te aux probl\u00e8mes qui ont men\u00e9 quatre retrait\u00e9es grecques \u00e0 quitter le monde, ils tissent cependant un lien fort entre ces vieilles dames et nous, amenant \u00e0 une prise de conscience citoyenne et humaine. Mais apr\u00e8s la r\u00e9flexion, doit venir le temps de l\u2019action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> MARKARIS, Petros, <em>Le Justicier d\u2019Ath\u00e8nes, <\/em>Editions du Seuil, coll. Policiers, 2013, trad. Michel Volkovitch<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ambre Franquesa-Tahon<\/h6>\n<pre>Photo : Elisabeth Carecchio<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni (Nous partons pour ne plus vous donner de soucis) est une cr\u00e9ation de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, avec Anna Amadori, Daria Deflorian, Antonio Tagliarini, Valentino Villa. 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