{"id":9288,"date":"2017-04-28T20:00:49","date_gmt":"2017-04-28T18:00:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=9288"},"modified":"2017-04-28T20:00:49","modified_gmt":"2017-04-28T18:00:49","slug":"the-lighthouse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=9288","title":{"rendered":"The lighthouse"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Ath\u00e9n\u00e9e Louis-Jouvet | <a href=\"http:\/\/www.athenee-theatre.com\/saison\/spectacle\/the_lighthouse.htm\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vendredi 28 avril 2017 se joue au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e \u2013 Louis Jouvet <em>The Lighthouse<\/em>, op\u00e9ra de chambre dont la musique et le livret ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par le compositeur \u00e9cossais Peter Maxwell Davies en 1980.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;intrigue, fond\u00e9e sur un fait divers r\u00e9el, se d\u00e9roule un soir de 1900 au large des H\u00e9brides ext\u00e9rieures, au large de l&rsquo;\u00c9cosse\u00a0: il s&rsquo;agit de chercher \u00e0 savoir ce qu&rsquo;il est advenu des trois gardiens du phare, disparus sans emporter leurs affaires et jamais revus depuis. Entre suicide collectif, accident et \u00e9v\u00e9nement surnaturel, les hypoth\u00e8ses ne manquent pas pour tenter d&rsquo;expliquer le myst\u00e8re d&rsquo;une telle \u00e9vaporation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours est-il que le spectacle commence dans un cadre exceptionnel, la salle \u00e0 l&rsquo;italienne de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e, class\u00e9e Monument Historique pour ses boiseries et splendeurs architecturales, aux r\u00e9sonances acoustiques de r\u00eave. Sur la sc\u00e8ne, le d\u00e9cor des sc\u00e9nographes Laure Satg\u00e9 et Valentine de Garidel, baign\u00e9 par les lumi\u00e8res de Jean-Didier Tiberghien, affiche une sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e9gante qui pr\u00e9figure la simplicit\u00e9 resserr\u00e9e de l&rsquo;action\u00a0: autour d&rsquo;un m\u00e2t cens\u00e9 \u00e9voquer la verticalit\u00e9 du phare se dressent les trois personnages de la pi\u00e8ce, autant de gardiens incarn\u00e9s par le t\u00e9nor Christophe Crapez, le baryton Paul-Alexandre Dubois et Nathana\u00ebl Kahn, basse. Ce d\u00e9pouillement annonce en effet la concentration temporelle des \u00e9v\u00e9nements, refl\u00e9t\u00e9e par la dur\u00e9e elle-m\u00eame br\u00e8ve de l&rsquo;op\u00e9ra (une heure dix), autant que le confinement spatial des protagonistes, coinc\u00e9s dans un v\u00e9ritable huis clos infernal qu&rsquo;impose la permanence d&rsquo;une temp\u00eate au-dehors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;abord tr\u00e8s statiques, les interpr\u00e8tes, dirig\u00e9s par le metteur en sc\u00e8ne Alain Pati\u00e8s, investissent rapidement et s&rsquo;approprient au fur et \u00e0 mesure l&rsquo;espace sc\u00e9nique \u00e0 leur disposition, que ce soit horizontalement ou verticalement, gr\u00e2ce notamment \u00e0 un escalier en vis permettant l&rsquo;ascension simultan\u00e9e \u00e0 une rotation autour de l&rsquo;axe par les chanteurs lyriques. C&rsquo;est alors que s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve la musique contemporaine de l&rsquo;ensemble instrumental Ars Nova, men\u00e9 par Philippe Nahon. Vari\u00e9e, elle emprunte aux chants folkloriques celtes, aux morceaux plus lyriques et aux pi\u00e8ces liturgiques. Les inspirations remontent m\u00eame aux \u00e9pisodes v\u00e9t\u00e9ro-testamentaires, entra\u00eenant le\u00e7ons bibliques d\u2019iconoclasme, contre r\u00e9cits empreints de romantisme ou glorifications de l\u2019immoralit\u00e9. Les personnages s\u2019opposent ainsi frontalement, s\u2019\u00e9rigeant chacun comme le porte-parole des principes d\u2019existence desquels se d\u00e9partissent les deux autres. Ce temps de conflit id\u00e9ologique, qui s\u2019accompagne de divergences d\u2019ordre purement empirique, co\u00efncide avec la dynamisation de la sc\u00e8ne, tandis que le d\u00e9nouement cl\u00f4t un apaisement et une inertie retrouv\u00e9s apr\u00e8s les remous de la confrontation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que les interpr\u00e8tes soient \u00e0 l\u2019unisson, sur une harmonie commune, ou au contraire chacun dans son propre registre d\u2019affect, la virtuosit\u00e9 de leur chant transpara\u00eet dans tous les cas, sans doute du fait du remarquable travail effectu\u00e9 par le chef de chant Jean-Yves Aizic, mais surtout par le talent de chaque chanteur, aux identit\u00e9s vocales singuli\u00e8res et bien discernables l\u2019une de l\u2019autre. Les accents majestueux de la musique de Peter Maxwell Davies sont parfaitement rendus dans leur diversit\u00e9 par l\u2019identit\u00e9 sonore des trois hommes, de m\u00eame que les brusques changements de rythme et les ruptures m\u00e9lodiques ponctuant \u00e7\u00e0 et l\u00e0 la partition. C\u2019est par cons\u00e9quent un tr\u00e8s beau spectacle que cette repr\u00e9sentation d\u2019une rencontre de trois \u00eatres humains, que les voix contrast\u00e9es posent d\u2019embl\u00e9e comme trois individualit\u00e9s psychologiques fortement diff\u00e9renci\u00e9es, rencontre de surcro\u00eet servie par la combinaison d\u2019une performance sc\u00e9nique, chant\u00e9e tout autant qu\u2019orchestrale, et en outre capable de susciter \u00e9motion musicale profonde et r\u00e9flexion chez le spectateur sur le rapport \u00e0 autrui.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marianne Bouyssarie<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans quel univers sommes-nous\u00a0? Que se passe-t-il\u00a0? Mais o\u00f9 sont pass\u00e9s les gardiens de phares\u00a0? Suicide\u00a0? Accident\u00a0? L&rsquo;impact du surnaturel sur la vie de chacun\u00a0? Cet op\u00e9ra intitul\u00e9 <em>The Lighthouse<\/em>, en anglais et surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais, est inspir\u00e9 d&rsquo;un fait r\u00e9el. Il ne faut pas oublier la mort du compositeur Peter Maxwell en mars dernier, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 81 ans. Cet op\u00e9ra nous dresse une satire int\u00e9ressante de faits qui sont encore d&rsquo;actualit\u00e9s\u00a0: les dangers de la mondialisation et le remplacement de l&rsquo;homme par la machine. Ainsi, nous avons un rapport entre tradition et modernit\u00e9 vis-\u00e0-vis du contenu de l&rsquo;intrigue et dans le traitement musical de l\u2019\u0153uvre. En effet, \u00e0 travers cet op\u00e9ra nous pouvons voir le m\u00e9lange de diff\u00e9rents types de musiques, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de musique traditionnelle celtique ou de musique contemporaine. Cette \u0153uvre s&rsquo;inscrit dans une lign\u00e9e de l&rsquo; \u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb britannique. L\u2019\u0153uvre s&rsquo;appuie sur les conventions de l&rsquo;op\u00e9ra avec une dramaturgie intense, l&rsquo;ensemble instrumental est de surcro\u00eet int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intrigue. (le cor incarne l&rsquo;enqu\u00eateur dans le prologue), le chant traditionnel nous permet de voir la pr\u00e9sentation des trois gardiens alors que la musique contemporaine tend parfois \u00e0 la figuration. Ainsi, on se trouve dans des univers parall\u00e8les,\u00a0 entre expressionnisme et impressionnisme, onirique et prosa\u00efque, repr\u00e9sentation et faux-semblants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inspiration de cette \u0153uvre me vint \u00e0 la lecture du livre de Craig Mair consacr\u00e9 \u00e0 la famille Stevenson d\u2019Edimbourg. Cette famille compte parmi ses membres, outre le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain Robert Louis Stevenson, plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de gardiens de phare et de dockers. En d\u00e9cembre 1900, le navire ravitailleur \u00ab\u00a0Hesperus\u00a0\u00bb, bas\u00e9 \u00e0 Stromness, dans les Orcades, fit sa tourn\u00e9e de routine au phare des \u00eeles Flannan, dans l\u2019archipel des H\u00e9brides. Le phare \u00e9tait inoccup\u00e9.\u00a0 Les trois lits et la table semblaient avoir \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te, et la lampe, quoique \u00e9teinte, \u00e9tait en parfait \u00e9tat de marche. Les hommes s\u2019\u00e9taient volatilis\u00e9s dans les airs. Il y a eu de nombreuses sp\u00e9culations sur le comment et le pourquoi de la disparition des trois gardiens.\u00a0 Mon op\u00e9ra ne propose pas de solution \u00e0 ce myst\u00e8re, mais montre ce qui peut arriver lorsque trois hommes se trouvent bloqu\u00e9s dans un phare en pleine temp\u00eate, longtemps apr\u00e8s le moment o\u00f9 ils esp\u00e9raient \u00eatre relev\u00e9s, et que la situation devient tendue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019acte unique qui constitue le corps de l\u2019op\u00e9ra s\u2019ouvre sur une sc\u00e8ne d\u2019affrontement lyrique digne de Puccini, Peter Maxwell Davies en fait d\u00e9vier le cours musical et symbolique \u00e0 travers les trois chansons des gardiens disparus, aux contours instables, v\u00e9ritable\u00a0patchwork\u00a0stylistique qui restera l\u2019une des marques du compositeur dans ses op\u00e9ras ult\u00e9rieurs tels\u00a0Mr. Emmet takes a walk\u00a0(2000) et\u00a0Kommilitonen\u00a0!\u00a0(2011). Le finale, apoth\u00e9ose furieuse et apocalyptique, voit l\u2019orchestre prendre de plus en plus de place, telle la peur qui vient \u00e0 bout de la raison des protagonistes.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Franck Calard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un d\u00e9cor original et d\u00e9taill\u00e9 la pi\u00e8ce <em>The Lighthouse<\/em> nous a illumin\u00e9 au sens litt\u00e9ral et figur\u00e9. Un phare, voil\u00e0 ce qu\u2019essaye d\u2019\u00eatre cette pi\u00e8ce, une lumi\u00e8re qui essaye d\u2019\u00e9clairer le chemin des acteurs et des spectateurs. Le plus marquant de ceci fut le fait qu\u2019\u00e9gar\u00e9s, les acteurs \u00e9clairaient avec les lanternes les spectateurs. Le phare lui-m\u00eame nous \u00e9blouissait de temps \u00e0 autre, ce qui d\u2019ailleurs n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement agr\u00e9able pour les yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Com\u00e9die musicale, <em>The Lighthouse <\/em>est enti\u00e8rement en anglais. Nous arrivions \u00e0 suivre l\u2019histoire gr\u00e2ce aux dispositifs de traduction install\u00e9s de part et d\u2019autre de la sc\u00e8ne. A ce titre, j\u2019ai trouv\u00e9 que cela \u00e9tait dommage que ce soit en anglais, l\u2019histoire \u00e9tait largement comprise par les gestes des acteurs, mais parfois on pouvait se perdre en essayant de comprendre les paroles \u00e0 la lecture et perdant alors de vue la sc\u00e8ne en tant que telle. En effet, le th\u00e9\u00e2tre est aussi pour beaucoup le fait de regarder une sc\u00e8ne, alors que souvent nous lisions les paroles. Si \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 un texte r\u00e9cit\u00e9 et un dialogue normal, peut-\u00eatre la compr\u00e9hension aurait \u00e9t\u00e9 plus simple, mais le chant rend souvent la compr\u00e9hension textuelle plus difficile en raison des obligations rythmiques et rimes sonores. Mis \u00e0 part cela, beaucoup des propositions sc\u00e9niques \u00e9taient int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, j\u2019ai commenc\u00e9 par dire que la pi\u00e8ce nous illuminait. Elle illumine les acteurs car ils sont mis sous notre regard, la lumi\u00e8re \u00e9claire leur sc\u00e8ne. Mais paradoxalement, ils se retrouvent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du phare. Ils sont dans la source de lumi\u00e8re, mais ils ne sont pas la lumi\u00e8re. Car le d\u00e9cor le montrait bien, le phare illumine au loin, illumine le dehors, illuminait aussi la salle. Mais cette lumi\u00e8re du phare n\u2019illumine pas l\u2019int\u00e9rieur, et l\u00e0 r\u00e9sidait l\u2019histoire de la pi\u00e8ce. Ce myst\u00e8re que les trois marins ne comprennent pas. O\u00f9 sont pass\u00e9s les trois responsables du phare ? La table \u00e9tait mise, pas de trace, une disparition\u2026 Et c\u2019est l\u00e0 aussi o\u00f9 r\u00e9side le paradoxe, on ne comprend pas toujours, nous spectateurs ce qui s\u2019est produit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne a commenc\u00e9 dans la temp\u00eate, les t\u00e9n\u00e8bres donc, l\u2019hallucination. Le bateau et son audacieux voyage sont la m\u00e9taphore de l\u2019incertitude, de l\u2019incertitude du marin qui ne sait pas o\u00f9 il va, qui attend et regarde au loin voir s\u2019il ne trouve pas enfin la lumi\u00e8re recherche. Mais ce sont aussi les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019homme en g\u00e9n\u00e9ral, de chacun de nous \u00e0 la recherche d\u2019un but, d\u2019une rive sur laquelle reposer. Et la lumi\u00e8re, le phare, sont le symbole de ce graal, de cet objectif que tout homme cherche. On cherche la lumi\u00e8re, on cherche aussi le bout du tunnel. Or, l\u00e0 se renverse la pi\u00e8ce. Ils atteignent la lumi\u00e8re, mais cette lumi\u00e8re est obscurit\u00e9, myst\u00e8re, incompr\u00e9hension. Et le chant se justifie pleinement dans ce r\u00e9cit inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019histoire racont\u00e9e, car le chant est presque comme une litanie, un psaume de tout homme \u00e0 la recherche de l\u2019id\u00e9al. De plus, ce qui m\u2019a le plus marqu\u00e9 de la pi\u00e8ce c\u2019est la pr\u00e9sence de v\u00e9ritables instrumentistes. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j\u2019assistais \u00e0 une pi\u00e8ce o\u00f9 des musiciens jouaient en direct depuis la fosse. Je trouve que cela conf\u00e9ra la valeur de pr\u00e9sence. Souvent au th\u00e9\u00e2tre on insiste sur un jeu au pr\u00e9sent. D\u2019une repr\u00e9sentation l\u2019autre l\u2019esprit de la pi\u00e8ce et les \u00e9motions des acteurs peuvent varier. La richesse de l\u2019acteur et son talent, est de savoir aussi utiliser toute son humanit\u00e9 et de rendre pr\u00e9sent son personnage \u00e0 ses propres \u00e9motions. Or, le chant, et la musique en direct \u00e9taient des facteurs de pr\u00e9sence et d\u2019authenticit\u00e9. La musique off peut aussi enrichir une pi\u00e8ce, mais il est ind\u00e9niable que cette authenticit\u00e9 donne une part plus importante de vivant \u00e0 la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas \u00e9tonnant que l\u2019une des sc\u00e8nes raconte l\u2019opposition entre le Dieu auquel le plus jeune des marins croit et l\u2019ath\u00e9isme des deux autres marins plus \u00e2g\u00e9s. Cette focalisation sur un Dieu, une force surnaturelle et puissante m\u00e9taphorise quelque part la qu\u00eate des hommes d\u2019un absolu. Et l\u2019absolu semblerait dans cette pi\u00e8ce n\u2019\u00eatre pas atteignable. C\u2019est comme si les trois marins arrivaient enfin \u00e0 la fin de l\u2019arc-en-ciel et qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019or. Ici ils arrivent au phare, et cela ne les \u00e9claire pas davantage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, cette pi\u00e8ce m\u2019a sembl\u00e9 une perle de r\u00e9flexion. La mise en sc\u00e8ne, la musique et le jeu d\u2019acteurs ont cr\u00e9\u00e9 l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019une v\u00e9ritable r\u00e9flexion. Aussi la qualit\u00e9 artistique et musicienne des acteurs \u00e9tait remarquable et la pi\u00e8ce pouvait \u00eatre v\u00e9cue comme un concert en direct. Je retiens surtout une r\u00e9flexion sur la lumi\u00e8re, ind\u00e9niable fil conducteur de la pi\u00e8ce dont seul le titre en t\u00e9moigne d\u2019embl\u00e9e: <em>The Lighthouse.<\/em><\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sol\u00e8ne Cr\u00e9pin<\/h6>\n<hr \/>\n<blockquote><p>D\u2019abord la pulsation de la couleur inondait le golfe de bleu\u00a0; le c\u0153ur se dilatait avec elle et le corps tout entier avait l\u2019impression de nager, pour \u00eatre, l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, arr\u00eat\u00e9 et glac\u00e9 par la noirceur \u00e9pineuse des vagues contrari\u00e9es.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">&#8211; Virginia Woolf La promenade au phare, extrait du programme<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vendredi dernier je me suis rendue dans ce petit tr\u00e9sor parisien qu\u2019est l\u2019ath\u00e9n\u00e9e th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet, pour assister \u00e0 l\u2019op\u00e9ra anglais <em>The Lighthouse<\/em> du compositeur Peter Maxwell Davies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s intrigu\u00e9e et impatiente d\u2019assister \u00e0 la repr\u00e9sentation\u00a0; sur sc\u00e8ne, des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor rappellent \u00e0 la fois l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un phare (au second plan) et un tribunal (au premier plan). Dans l\u2019orchestre, quelques instruments sont en train d\u2019\u00eatre accord\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois choristes arrivent sur sc\u00e8ne, et la salle est doucement plong\u00e9e dans le noir. Habill\u00e9s par des uniformes de ce qui semble \u00eatre la marine, les trois artistes se succ\u00e8dent \u00e0 la barre pour d\u00e9poser ce qui semble \u00eatre une d\u00e9position, ou plut\u00f4t comme on se rend compte rapidement, des \u00e9l\u00e9ments d\u2019enqu\u00eate pour r\u00e9soudre le myst\u00e8re d\u2019une disparition de trois hommes dans un phare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les propos sont confus, quelque chose \u00e9chappe au spectateur, et il se perd aussi un peu entre le surtitrage et les expressions des artistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019angoisse monte peu \u00e0 peu. Il est question de brouillard, de mer d\u2019huile, de silence assourdissant, et d\u2019un phare isol\u00e9 colonis\u00e9 par les rats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain la sc\u00e8ne bascule. Voil\u00e0 que nos trois chanteurs passent quasiment dans les coulisses et troquent leur uniforme pour de gros pulls de laine et un bonnet. Trois nouveaux personnages \u00e9mergent, et s\u2019installe au milieu des \u00e9l\u00e9ments qui repr\u00e9sentent l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un phare. L\u2019un lit sa bible religieusement, les deux autres jouent, mangent. Une r\u00e9elle tension palpable r\u00e8gne entre eux trois. On s\u2019attend \u00e0 les voir exploser, et r\u00e9aliser l\u2019hypoth\u00e8se mont\u00e9e par les officiers pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019angoisse est de plus en plus perceptible. Sensible au changement d\u2019atmosph\u00e8re, je me surprends \u00e0 frissonner et \u00e0 frotter mes bras pour me r\u00e9chauffer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Petit \u00e0 petit, entre deux prises de bec, soutenu par une musique parfois stridente, l\u2019op\u00e9ra bascule dans une sorte de surnaturel mystique. Les personnages, apr\u00e8s avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des lambeaux sombres de leur pass\u00e9, sont harcel\u00e9s par des hallucinations coriaces. Ils se tordent sur sc\u00e8ne et semblent perdre la raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le calme revient, et c\u2019est le retour du premier groupe de personnages, les officiers, qui entrent dans le phare. Tout \u00e0 coup, les pi\u00e8ces du puzzle se remettent en place. Les \u00e9l\u00e9ments se r\u00e9solvent les uns par rapport aux autres, mais pourtant, un doute plane. Certes les officiers n\u2019ont pas dit toute la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la barre, mais en rentrant dans le phare, il reste des points sombres impossible \u00e0 \u00e9claircir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra, est comme indiqu\u00e9, \u00ab\u00a0une tension entre un monde nouveau et un monde ancien\u00a0\u00bb. A la fin de l\u2019op\u00e9ra, il est expliqu\u00e9 que le phare n\u2019a jamais trouv\u00e9 de rel\u00e8ve\u00a0; personne ne souhaitait se retrouver dans cette pi\u00e8ce apr\u00e8s la disparition. On finit par murer l\u2019\u00e9tage (\u00ab\u00a0et ses fant\u00f4mes avec\u00a0\u00bb) et automatiser la lumi\u00e8re du phare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et en sortant, on a des milliers de questions qui tournent encore dans la t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de la musique, elle participe comme je l\u2019ai dit plus haut, \u00e0 rendre l\u2019ambiance suffisamment oppressante pour coller au texte d\u00e9clam\u00e9. Elle enveloppe litt\u00e9ralement le spectateur parce qu\u2019\u00e0 certains moments un trompettiste joue \u2026 depuis le premier balcon\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 vraiment touch\u00e9 par cet op\u00e9ra et par l\u2019ambiance qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9gager. J\u2019\u00e9tais un peu sceptique quand j\u2019ai compris qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un op\u00e9ra en anglais (qui est pour moi assez inhabituel), mais au contraire, en comprenant quelques brides, \u00e7a permet d\u2019\u00e9viter de passer toute la repr\u00e9sentation \u00e0 faire la navette entre les bandeaux de surtitrage et la sc\u00e8ne, ce qui a tendance \u00e0 d\u00e9naturer l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ambiance, qui tire surtout vers le gothique est exceptionnellement bien rendue aussi par le jeu de sc\u00e8nes des trois chanteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019ai compris, l\u2019op\u00e9ra est issu d\u2019une histoire vraie, et j\u2019ai ador\u00e9 comment le compositeur a expliqu\u00e9 son ressenti des \u00e9v\u00e9nements\u00a0: \u00ab\u00a0Mon op\u00e9ra ne propose pas de solution \u00e0 ce myst\u00e8re, mais montre ce qui peut arriver lorsque trois hommes se trouvent bloqu\u00e9s dans un phare en pleine temp\u00eate, longtemps apr\u00e8s le moment o\u00f9 ils esp\u00e9raient \u00eatre relev\u00e9s, et que la situation devient tendue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Camille Gho<\/h6>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\">Le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e a accueilli dans sa magnifique salle le metteur en sc\u00e8ne Alain Pati\u00e8s et l\u2019ensemble musical Ars Nova pour un op\u00e9ra policier\u00a0: <i>The Lighthouse<\/i>. Accompagn\u00e9es par les musiciens, les voix masculines de Christophe Crapez (t\u00e9nor), Paul-Alexandre Dubois (baryton) et Nathana\u00ebl Kahn (basse) nous entra\u00eene dans l\u2019\u0153uvre de Peter-Maxwell Davies, le compositeur et auteur de <i>The Lighthouse<\/i>.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\">Inspir\u00e9e d\u2019un fait divers r\u00e9el, l\u2019action se d\u00e9roule en d\u00e9cembre 2000 dans l\u2019archipel des H\u00e9brides. Trois gardiens ont myst\u00e9rieusement disparu du phare o\u00f9 ils \u00e9taient suppos\u00e9s loger pour quelques temps. Trois hommes sont envoy\u00e9s sur place pour tenter de comprendre ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9. Au sol g\u00eet une chaise, renvers\u00e9e sur le dos. Une tasse a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e. Un plat a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 sur la table. Devant ces indices peu significatifs, les gardiens charg\u00e9s de l\u2019enqu\u00eate peinent \u00e0 se mettre d\u2019accord et la tension monte peu \u00e0 peu. Dehors, la temp\u00eate se d\u00e9cha\u00eene et le jour d\u00e9cline\u2026 Les trois hommes n\u2019ont d\u2019autre choix que de rester pour la nuit.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\">Commence alors pour eux une nuit particuli\u00e8rement sombre et agit\u00e9e. \u00ab\u00a0Mon op\u00e9ra [\u2026] montre ce qui peut arriver lorsque trois hommes se trouvent bloqu\u00e9s dans un phare en pleine temp\u00eate, longtemps apr\u00e8s le moment o\u00f9 ils esp\u00e9raient \u00eatre relev\u00e9s, et que la situation devient tendue\u00a0\u00bb dit Peter Maxwell Davies. Coinc\u00e9s entre les murs du phare, dans ce cadre intimiste, les personnages se d\u00e9voilent petit \u00e0 petit. Ils r\u00e9v\u00e8lent leur personnalit\u00e9, leurs passions, mais aussi leur pass\u00e9 et les d\u00e9mons qui les habitent. Ils racontent des histoires, chantent, jouent aux cartes, prient, blasph\u00e8ment\u2026 jusqu\u2019\u00e0 se demander si le phare est r\u00e9ellement inhabit\u00e9. Dans la nuit, les fant\u00f4mes semblent s\u2019agiter et leur jouer de mauvais tours. Un \u00e0 un, ils perdent la raison et d\u00e9cident de suivre les appels que leur lancent les morts depuis de le fond de la mer.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\">Mais alors, qui viendra t\u00e9moigner\u00a0? Qui pourra, apr\u00e8s avoir referm\u00e9 derri\u00e8re lui la porte grin\u00e7ante du phare maudit, t\u00e9moigner de ce qu\u2019il s\u2019y passe\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\">Pour cet op\u00e9ra policier, les sc\u00e9nographes Laure Satg\u00e9 et Valentine de Garidel ont cr\u00e9\u00e9 un d\u00e9cor remarquable. La voile accroch\u00e9e au milieu de la sc\u00e8ne au d\u00e9but du spectacle nous plonge imm\u00e9diatement dans l\u2019ambiance. Les couleurs des objets s\u2019accordent parfaitement entre eux et rappellent les tons gris et bleus des v\u00eatements us\u00e9s des marins. Le travail de lumi\u00e8re effectu\u00e9 par Jean-Didier Tiberghien est \u00e9galement magnifique. L\u2019\u00e9clairage \u00e9volue au cours du sc\u00e9nario, au d\u2019autres fois, les plonge dans une ombre t\u00e9n\u00e9breuse. L\u2019esth\u00e9tique sc\u00e9nique est \u00e9galement marqu\u00e9e par la fum\u00e9e qui se d\u00e9ploie dans l\u2019espace au moment o\u00f9 la situation devient vraiment inqui\u00e9tante.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><i>Le Lighthouse<\/i> est un op\u00e9ra \u00e9tonnant et amusant. Les trois interpr\u00e8tes sont attachants et ils tiennent l\u2019intrigue jusqu\u2019au bout. L\u2019ensemble musical qui les accompagne est tr\u00e8s pr\u00e9sent, sans toutefois nuire au texte. La sc\u00e9nographie, les costumes et le travail de la lumi\u00e8re sont \u00e9galement une belle r\u00e9ussite et ils nous laissent de belles images en m\u00e9moire.<\/p>\n<h6 class=\"Standard\" style=\"text-align: right;\">Ga\u00eblle Hubert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>The Lighthouse<\/em> est un op\u00e9ra d\u2019une dur\u00e9e d\u2019une heure et environ quinze minutes qui a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre Louis-Jouvet Ath\u00e9n\u00e9e de la p\u00e9riode du 21 au 28 avril 2017. L&rsquo;entr\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre se situe c\u0153ur de la voie pi\u00e9tonne du square de l&rsquo;Op\u00e9ra Louis-Jouvet \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019effervescence proche du quartier de l\u2019op\u00e9ra. Le spectacle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans la salle Louis Jouvet, une salle \u00e0 l&rsquo;italienne \u00e9difi\u00e9e en 1893 qui est l\u2019un des joyaux de l&rsquo;architecture \u00e9clectique de la fin du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. La musique et le livret sont de Peter Maxwell Davies et la direction musicale a \u00e9t\u00e9 faire par Philipe Nahon. Quant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne elle est faite en collaboration entre Alain Pati\u00e8s et l\u2019Ars Nova ensemble instrumental. Il s\u2019agit d\u2019un op\u00e9ra en anglais sous-titr\u00e9e. Trois personnages masculin de marins sont sur sc\u00e8ne, avec trois timbres de voix diff\u00e9rentes\u00a0: t\u00e9nor baryton et basse. L\u2019ensemble instrumental est compos\u00e9 d\u2019instruments \u00e0 vents\u00a0: clarinettes, trompettes etc.., de percussions, et d\u2019instruments \u00e0 cordes\u00a0: violon, violoncelle etc\u2026 La musique varie dans une tension perp\u00e9tuelle entre un\u00a0 \u00ab\u00a0monde ancien et un monde nouveau\u00a0\u00bb avec des passages de musique contemporaines qui s\u2019ench\u00e2ssent avec ceux de musiques celtiques. La variation des r\u00e9pertoires va \u00e9galement dans ce sens puisqu\u2019on retrouve des chants traditionnels d\u2019amours qui se m\u00ealent \u00e0 la complainte des trois marins. L\u2019intrigue raconte comment un navire ravitailleur Hesperus, bas\u00e9 \u00e0 Stromness, fait sa tourn\u00e9e dans les phares des iles de l\u2018archipel des Herbrides. Les trois marins tombent alors sur un phare inoccup\u00e9 avec trois lits abandonn\u00e9s et une table renvers\u00e9e avec h\u00e2te. L\u2019op\u00e9ra sp\u00e9cule sur la disparition des trois gardiens, et dans ce phare isol\u00e9, les trois hommes se retrouvent alors confront\u00e9s \u00e0 leurs d\u00e9mons intimes. L\u2019auteur parle d\u2019une \u00ab\u00a0tentation en chacun de rompre, certes plus ou moins radicalement avec sa propre civilisation\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit alors de voir comment les pulsions humaines \u00ab\u00a0\u00e9clatent dans le fracas des vagues, des vents furieux et d\u2019une nature sauvage\u00a0\u00bb. \u00a0Le myst\u00e8re plane ainsi dans cet univers brumeux jusqu\u2019\u00e0 la fin dont il faut par ailleurs m\u00e9nager les effets.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lydia Issad<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>The Lighthouse<\/em> est un op\u00e9ra dont le livret a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 par l\u2019\u00e9cossais Peter Maxwell Davies en 1980. Son inspiration viendrait de faits divers r\u00e9els, ce que l\u2019on ressent dans cet huis-clos o\u00f9 les interpr\u00e8tes sombrent lentement dans la folie. La mise en sc\u00e8ne contemporaine a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par Alain Pati\u00e8s avec Laura Satg\u00e9 et Valentine de Garidel \u00e0 la sc\u00e9nographie. Philippe Nathon est \u00e0 la direction musicale avec \u00a0l\u2019ensemble instrumental de Ars Nova. La repr\u00e9sentation se d\u00e9roule au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e Louis-Jouvet \u00e0 Paris et met en sc\u00e8ne trois hommes, Christophe Crapez, Paul-Alexandre Dubois et Nathana\u00ebl Kahn qui errent dans un phare et tente d\u2019\u00e9lucider le myst\u00e8re d\u2019un soir de d\u00e9cembre 1900. En effet, les gardiens du phare semblent avoir disparu soudainement, brutalement m\u00eame, laissant leurs affaires au sol et leurs objets personnels. Nos trois protagonistes qui sont des marins vont donc faire des hypoth\u00e8ses\u00a0; suicide, meurtre, accident, acte surnaturel\u00a0? Finalement eux-m\u00eames deviennent victimes de l\u2019isolement, tandis que les spectateurs cherchent \u00e0 r\u00e9soudre l\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra apparait tel une sorte d\u2019ovni, tant la mise en sc\u00e8ne est originale. En effet, le spectateur doit \u00eatre multifonctionnel puisque chacun de ses sens est suscit\u00e9 et secou\u00e9\u00a0; il doit \u00e0 la fois \u00e9couter un op\u00e9ra contemporain et en m\u00eame temps, entrer dans une fiction riche et pleine de rebondissements. Le spectacle d\u00e9bute sur le trio dont chaque membre passe au tribunal, s\u2019adressant \u00e0 un \u00ab\u00a0sire\u00a0\u00bb fictif afin de raconter successivement ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00a0vu dans le phare et ce qui a pu s\u2019y passer.\u00a0 Puis, la suite de l\u2019intrigue se d\u00e9roule majoritairement dans l\u2019\u00e9difice, sous la forme d\u2019une enqu\u00eate men\u00e9e par les protagonistes. Cependant, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette fiction se jouent \u00e9galement des r\u00e9cits internes aux personnages, qui racontent notamment des anecdotes afin de passer le temps. Ainsi, le spectateur se trouve dans un vague narrative sans cesse en mouvance et pleine d\u2019humour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, bien que de nombreux sourires s\u2019esquissent sur les visages des spectateurs, l\u2019effroi et la d\u00e9contenance sont aussi au rendez-vous. L\u2019effroi car les protagonistes se trouvent \u00eatre sur une potentielle sc\u00e8ne de crime, l\u2019ambiance en est donc lourde et inqui\u00e9tante. Et la d\u00e9contenance, car des tensions existent au sein des trois hommes, opposant un grand pieux et un col\u00e9rique \u00e0 tendance psychopathe, le troisi\u00e8me homme \u00e9tant leur m\u00e9diateur. A plusieurs reprises ils en viennent aux mains et la pression monte en m\u00eame temps que la fr\u00e9n\u00e9sie de chacun. Par ailleurs, les historiettes qu\u2019ils content \u00e0 leur tour sur fond de musique folklore, liturgies ou anciens chants d\u2019amour, ont parfois des propos morbides voire incestueux, ce qui d\u00e9stabilise le spectateur qui rit jaune la plupart du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor joue pour beaucoup dans cette ambiance mystique. En effet, le phare est repr\u00e9sent\u00e9 par un escalier en colima\u00e7on et les protagonistes circulent sans cesse dedans, de haut en bas, ce qui pourrait donner le mal de mer \u00e0 un spectateur sensible. De m\u00eame, la lumi\u00e8re du phare tourne et \u00e9blouit d\u2019une lumi\u00e8re blanche le public. D\u2019ailleurs, avant que ne se d\u00e9voile le phare, des toiles de bateau nous sugg\u00e8rent la travers\u00e9e de la mer avec des lumi\u00e8res sombres de temp\u00eate que l\u2019on doit \u00e0 Jean-Didier Tiberghien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra est plus qu\u2019audacieux car port\u00e9 par des voix d\u2019hommes tandis que les musiciens voyagent parmi des genres totalement diff\u00e9rents. Enfin, la musique contemporaine justifie totalement l\u2019ensemble du spectacle \u00e0 la fois \u00e9trange et merveilleux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Betteline Mimran<\/h6>\n<pre>Photo : Ath\u00e9n\u00e9e Louis-Jouvet<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Ath\u00e9n\u00e9e Louis-Jouvet | En savoir plus Le vendredi 28 avril 2017 se joue au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e \u2013 Louis Jouvet The Lighthouse, op\u00e9ra de chambre dont la musique et le livret ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par le compositeur \u00e9cossais Peter Maxwell Davies en 1980. 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