{"id":9336,"date":"2017-05-09T20:00:20","date_gmt":"2017-05-09T18:00:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=9336"},"modified":"2017-05-09T20:00:20","modified_gmt":"2017-05-09T18:00:20","slug":"wozzeck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=9336","title":{"rendered":"Wozzeck"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-16-17\/opera\/wozzeck\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Wozzeck, Wozzeck, Wozzeck<\/em>. Mais qu\u2019est-ce que <em>Wozzeck\u00a0<\/em>? D\u2019abord <em>Woyzeck<\/em> de B\u00fcchner en 1914 puis, par la suite, la version d\u2019Alban Berg cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Berlin en 1925 cet op\u00e9ra acquiert rapidement sa r\u00e9putation de monument de la musique du XXe si\u00e8cle. Le rideau s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille. La mise en sc\u00e8ne de Christoph Marthaler et la direction musicale Michael Sch\u00f8nwandt. <em>Wozzeck<\/em> est un drame inspir\u00e9 d\u2019un fait divers tragique survenu \u00e0 Leipzig en 1821 : parce qu\u2019il ne supporte plus de se croire tromp\u00e9, Johan Christian Woyzeck, un ancien barbier devenu soldat, assassine sa ma\u00eetresse en pleine rue. Bien qu\u2019\u00e9tant d\u2019une grande fragilit\u00e9 mentale, il est condamn\u00e9 \u00e0 mort \u00e0 l\u2019issue d\u2019un proc\u00e8s qui va durer trois ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais qu\u2019est-ce donc encore\u00a0? Pourrions-nous dire qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019op\u00e9ra\u00a0? Je ne pense pas. En effet d\u00e8s l\u2019ouverture, l\u2019ambiance est assez sombre, noir et chaotique. Nous ne savons pas o\u00f9 nous sommes, il doit s\u2019agir d\u2019une colonie ou d\u2019un espace de jeux rassemblant toutes les personnes du village. L\u2019impact de Goya se fait ressentir dans cette \u0153uvre, la noirceur des personnages ainsi que de la trame narrative qui est rehauss\u00e9e par une m\u00e9lodie en perp\u00e9tuelle mouvance nous permet de nous inscrire dans la lign\u00e9e des grandes \u0153uvres presque obscures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra n\u2019est pas tellement adapt\u00e9 pour des personnes n\u2019ayant pas l\u2019habitude d\u2019assister \u00e0 ce genre de repr\u00e9sentation, tout au long de la soir\u00e9e j\u2019ai pu voir des spectateurs d\u2019\u00e2ge tr\u00e8s diff\u00e9rents qui quitt\u00e8rent la salle en plein milieu du spectacle. Tr\u00e8s compliqu\u00e9 de prime abord, il appara\u00eet moins complexe au fur et \u00e0 mesure de l\u2019intrigue, la mise en sc\u00e8ne aide beaucoup ainsi que le jeu des artistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, je peux dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un op\u00e9ra int\u00e9ressant dans le sens o\u00f9 il permet de voir ce qu\u2019est vraiment l\u2019impact, l\u2019empreinte des surr\u00e9alistes mais aussi une repr\u00e9sentation fid\u00e8le de l\u2019op\u00e9ra en langue allemande de l\u2019\u00e9poque. Outre la complexit\u00e9 globale de l\u2019histoire et de la repr\u00e9sentation en elle-m\u00eame, <em>Wozzeck<\/em> offre dans tous les cas un contexte qui nous permet de vouloir d\u00e9couvrir, d\u00e9chiffrer les \u00e9v\u00e9nements, l\u2019intrigue tout au long de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Franck Callard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Wozzeck<\/em>, op\u00e9ra en trois actes d\u2019A. Berg pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1925, traite de l\u2019absence de vertu, de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9, de l\u2019obsession et de la vengeance amoureuse. Alors que le h\u00e9ros \u00e9ponyme discute avec Marie, sa femme, il d\u00e9couvre qu\u2019elle porte des bijoux qu\u2019il ne lui a jamais offerts. En effet, la veille, Marie a accept\u00e9 les avances d\u2019un soldat et lui a donc \u00e9t\u00e9 infid\u00e8le. Influenc\u00e9 par les discussions qu\u2019il a avec le capitaine et le m\u00e9decin, Wozzeck, un homme d\u00e9j\u00e0 perturb\u00e9, est d\u00e9sormais convaincu de la tromperie de sa femme. Furieux, il se bat avec le sergent qui a s\u00e9duit Marie puis menace sa femme de la frapper, ce \u00e0 quoi elle r\u00e9pond que m\u00eame son p\u00e8re n\u2019a jamais lev\u00e9 la main sur elle et qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8rerait encore que Wozzeck lui plante un couteau dans le ventre. Celui-ci prend le mot de sa femme au pied de la lettre et cette id\u00e9e murit dans son esprit. Le lendemain, il la poignarde \u00e0 mort. Obs\u00e9d\u00e9 par le sang, il veut se d\u00e9barrasser du couteau avec lequel il a tu\u00e9 Marie, le jette dans un \u00e9tang et, cherchant \u00e0 y laver ses habits, se noie. L\u2019\u0153uvre se cl\u00f4t sur l\u2019enfant du couple, laiss\u00e9 orphelin, \u00e0 qui on apprend la mort de sa m\u00e8re et qui, \u00e0 cette annonce, ne r\u00e9agit pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne C. Marthaler et le directeur musical M. Sch\u00f8nwandt pr\u00e9sentent <em>Wozzeck<\/em> \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille du 24 avril au 15 mai. Ils proposent une repr\u00e9sentation moderne qui permet de faire \u00e9voluer le regard du spectateur sur l\u2019art de l\u2019op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est audacieuse. Alors que diff\u00e9rents espaces d\u00e9filent dans cet op\u00e9ra, C. Marthaler prend le parti de n\u2019en repr\u00e9senter qu\u2019un\u00a0: un caf\u00e9. N\u00e9anmoins, derri\u00e8re des b\u00e2ches transparentes sont plac\u00e9es d\u2019imposantes structures gonflables sur lesquelles s\u2019amusent des enfants. L\u2019originalit\u00e9 de cette mise en sc\u00e8ne se retrouve dans les costumes\u00a0: leur diversit\u00e9 donne l\u2019impression qu\u2019ils n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9cision tranch\u00e9e. On retrouve \u00e0 la fois des habits qui nous sont tr\u00e8s contemporains \u00e0 nous, spectateurs du XXI\u00e8me si\u00e8cle, mais anachroniques par rapport \u00e0 la date de la pi\u00e8ce (la femme en mini-jupe par exemple), et de v\u00e9ritables costumes comme ceux des militaires. La noirceur du th\u00e8me tranche avec les couleurs parfois vives des habits (rose, jaune).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La performance de l\u2019orchestre \u00e9merveille et, chose qui peut \u00eatre inhabituelle, prend le pas sur celle des chanteurs. Il faut dire que le parl\u00e9-chant\u00e9 peut \u00eatre moins impressionnant que les op\u00e9ras classiques. Toutefois, les acteurs fournissent \u00e9galement un travail de grande qualit\u00e9, \u00e0 l\u2019instar de Marie dont la voix porte et transporte. Orchestres et chanteurs donnent, d\u2019une m\u00eame voix, \u00a0vie \u00e0 l\u2019\u0153uvre, chaque partie pr\u00eatant une grande attention \u00e0 l\u2019autre. Ainsi, \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 la caisse que porte Wozzeck s\u2019\u00e9crase sur le sol, l\u2019orchestre fait silence. De m\u00eame, lorsqu\u2019une femme en rose p\u00e9n\u00e8tre sur sc\u00e8ne commencent \u00e0 retentir les notes du piano.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le public gratifie le travail des artistes, tant des acteurs que de l\u2019orchestre, de chaleureux applaudissements. Franz, Marie et le chef d\u2019orchestre sont particuli\u00e8rement acclam\u00e9s et leur performance est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par les \u00ab\u00a0bravos\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 cet accueil, un certain scepticisme du public tant vis-\u00e0-vis de l\u2019\u0153uvre en elle-m\u00eame que de sa mise en sc\u00e8ne, toutes deux r\u00e9solument modernes, est palpable \u00e0 la sortie de l\u2019op\u00e9ra. Nous touchons l\u00e0 \u00e0 toute la difficult\u00e9 d\u2019un art\u00a0: se renouveler et convaincre le public qu\u2019au-del\u00e0 des canons et classiques du genre, l\u2019art est toujours pr\u00e9sent.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Aurore Denimal<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Op\u00e9ra Bastille fait figure de fantasme. Comment un b\u00e2timent si moderne, imposant, presque froid, peut-il renfermer de si beaux programmes, une si belle musique. <em>Wozzeck,<\/em> op\u00e9ra d\u2019Alban Berg \u00e9crit en 1925, va \u00eatre jou\u00e9 et du haut du second balcon la vue est vertigineuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La musique de Berg joue du dod\u00e9caphonisme, incarn\u00e9 par Sch\u00f6nberg, et reprend les caract\u00e9ristiques de ce genre particulier tout en dissonances.\u00a0 L\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019offre alors l\u2019orchestre de l\u2019Op\u00e9ra national de Paris magnifie cette musique et se montre \u00e0 la hauteur du d\u00e9fi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car cette musique, si frappante, presque violente entre en \u00e9cho avec le sujet trait\u00e9 \u00e0 savoir une reprise de la pi\u00e8ce de Georg B\u00fcchner, <em>Woyzeck<\/em>, qui relate l\u2019histoire d\u2019un fait divers ayant eu lieu au XIX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: un homme prise de folie tue sa compagne. Ce sujet est l\u2019occasion d\u2019explorer les th\u00e8mes de la folie, de la modernit\u00e9, de la violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On soulignera les performances \u00e9poustouflantes de Woyzeck et Marie \u2013 m\u00eame si celle-ci semble \u00eatre parfois vocalement sur la r\u00e9serve \u2013 qui sont port\u00e9es par les personnages secondaires et offrent un tout harmonieux exposant sans scrupule l\u2019horreur de ce qu\u2019il se pr\u00e9pare. L\u2019alchimie entre les deux protagonistes ne peut \u00eatre mise en doute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La performance des enfants est \u00e9galement \u00e0 souligner, ils interviennent en arri\u00e8re-plan mais sont pr\u00e9sents et on ne peut que saluer leur attitude d\u2019autant qu\u2019ils apportent un \u00e9lan de renouveau \u00e0 cette pi\u00e8ce tout en \u00e9tant int\u00e9gr\u00e9 sobrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christoph Marthaler le metteur en sc\u00e8ne ne livre pas la meilleure adaptation de cet op\u00e9ra, vertigineux, lourd presque malsain, mais la sc\u00e9nographie a le m\u00e9rite d\u2019une unit\u00e9 de lieu qui permet aux diff\u00e9rents personnages d\u2019aller et venir \u00e0 leur guise. Cette grande auberge en bois qui ressemble \u00e0 une tente de festival entour\u00e9e de de b\u00e2ches transparentes en plastique constitue le lieu unique du d\u00e9roulement de l\u2019action, mais de nombreuses tables et chaises sont dispos\u00e9es et une multitude de personnages d\u00e9file au cours du spectacle donnant un rythme particulier presque fr\u00e9n\u00e9tique au drame qui se joue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est le personnage de Wozzeck qui incarne le mieux cette fr\u00e9n\u00e9sie. Port\u00e9 par la musique, il court, range, d\u00e9place les petites chaussures d\u2019enfants, et ce tout au long de l\u2019action. Cependant on peut mettre en lumi\u00e8re un certain paradoxe. Le rythme de l\u2019op\u00e9ra est en lui-m\u00eame assez lent sans doute dans le but de mettre en place une atmosph\u00e8re pesante devant le drame qui se pr\u00e9pare, mais cela est contrebalanc\u00e9 par Wozzeck lui-m\u00eame qui court partout et nulle part sans r\u00e9el but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra insiste sur son \u00e9tat de folie et la fa\u00e7on dont il sombre dans ses hallucinations, notamment dans les sc\u00e8nes avec son Doppelg\u00e4nger \u2013 double -, alors que la pi\u00e8ce insiste plus sur le r\u00f4le des agents ext\u00e9rieurs que sont le m\u00e9decin et le g\u00e9n\u00e9ral. Ce parti pris manque un pan primordial de ce que voulait exprimer B\u00fcchner pour toutefois insister davantage sur d\u2019autres aspects, comme la violence. En t\u00e9moigne la sc\u00e8ne entre Marie et le Tambour-major qui en laissera peu indiff\u00e9rents.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Geoffray<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Op\u00e9ra de Paris a choisi de reprogrammer, pour la troisi\u00e8me fois, le <em>Wozzeck<\/em> d&rsquo;Alban Berg dans la mise en sc\u00e8ne de Christoph Marthaler. Michael Schonwandt assurait la direction musicale tandis que Johannes Martin Kranzle et Gun-Brit Barkmin, tenaient les r\u00f4les principaux de Wozzeck et Marie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les performances musicales et th\u00e9\u00e2trales des chanteurs, rien \u00e0 redire. Les personnages \u00e9taient incarn\u00e9s \u00e0 la perfection, malgr\u00e9 cette barri\u00e8re technique que peut repr\u00e9senter le <em>Sprechgesang<\/em> (parl\u00e9-chant\u00e9). C&rsquo;est sur la mise en sc\u00e8ne que nous nous attarderons, car celle-ci ne semble pas avoir rendu service \u00e0 leur prestation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sentation de la mise en sc\u00e8ne dans le programme de la saison \u00e9tait tr\u00e8s succincte\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Wozzeck\u00a0<\/em>trouve dans la mise en sc\u00e8ne de Christoph Marthaler\u00a0une contemporan\u00e9it\u00e9 violemment accentu\u00e9e par le choix\u00a0d\u2019un d\u00e9cor unique, o\u00f9 les d\u00e9chirements des hommes se noient\u00a0dans une sobri\u00e9t\u00e9 appel\u00e9e des v\u0153ux de Berg \u00bb. En effet, la pi\u00e8ce est une trag\u00e9die sociale inspir\u00e9e d&rsquo;un fait-divers survenu en 1821 \u00e0 Leipzig: un soldat, Johan Christian Woyzeck, ancien barbier, avait assassin\u00e9 en pleine rue sa compagne \u00e0 qui il reprochait de lui \u00eatre infid\u00e8le. Il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort au bout d&rsquo;un proc\u00e8s de trois ans o\u00f9 la d\u00e9fense plaida la fragilit\u00e9 mentale. L&rsquo;histoire a \u00e9t\u00e9 reprise par B\u00fcchner dans son Woyzeck, puis par Berg lui-m\u00eame pour son op\u00e9ra. Peu de changements, si ce n&rsquo;est que Woyzeck apr\u00e8s avoir servi de cobaye au docteur et de subalterne au capitaine de la garnison, finit par se noyer dans un acc\u00e8s de folie. La tonalit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre est ainsi donn\u00e9e et un horizon d&rsquo;attente se dessine d\u00e9j\u00e0 chez le spectateur qui envisage d\u00e9j\u00e0 de violents effets sc\u00e9niques, des images fortes, inoubliables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, \u00e0 plusieurs points de vue, la mise en sc\u00e8ne de Marthaler, certes pleine de bonnes id\u00e9es, n&rsquo;a pas rendu service au texte et a r\u00e9guli\u00e8rement fait retomber la tension dramatique. Tout d\u2019abord, il est \u00e0 noter que celle-ci prend de nombreuses libert\u00e9s vis-\u00e0-vis des didascalies du livret. Cette initiative est tout \u00e0 fait acceptable si elle donne lieu \u00e0 de v\u00e9ritables trouvailles\u00a0; si le metteur en sc\u00e8ne fait ainsi \u00e9merger une signification que le livret, dans son \u00e9tat originel, ne pouvait exploiter. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un d\u00e9cor unique aurait ainsi pu \u00eatre tout \u00e0 fait acceptable, mais le traitement qui en a \u00e9t\u00e9 fait nous est apparu contre-productif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les lieux de l\u2019action (la chambre du Capitaine, la for\u00eat, le logement de Wozzeck, le cabinet du Docteur, la caserne, la taverne, les bois pr\u00e8s d\u2019un \u00e9tang, etc.) ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis par une seule grande structure, dans un unique d\u00e9cor de cantine de caserne. Une immense tente en toile occupait pratiquement toute la sc\u00e8ne avec, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, un parc de jeux pour enfants. C&rsquo;est un pari os\u00e9 lorsqu&rsquo;on sait que Berg a compos\u00e9 pas moins de douze interm\u00e8des afin de maintenir la tension dramatique lors des changements de d\u00e9cor pr\u00e9vus par le livret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;espace sc\u00e9nique ainsi cr\u00e9\u00e9 \u00e9tait \u00e9trangement pourvu de chaleur et d&rsquo;humanit\u00e9. Les lumi\u00e8res color\u00e9es et les r\u00e9guli\u00e8res all\u00e9es-venues d&rsquo;enfants ont modifi\u00e9 la perception g\u00e9n\u00e9rale de la pi\u00e8ce. De plus, plusieurs phrases, par ce d\u00e9cor unique, ne fonctionnaient plus du tout et aucune solution n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e (Marie chante \u00ab\u00a0Il fait si sombre\u00a0\u00bb alors que tout est \u00e9clair\u00e9 comme en plein jour). Il n&rsquo;y a ni chemin forestier, ni \u00e9tang ni eau sombre, alors que la noyade pouvait provoquer quelque chose de fascinant. La disparition, l&rsquo;engloutissement de Wozzeck aurait pu \u00eatre une th\u00e9matique plus exploit\u00e9e. La mise en sc\u00e8ne n&rsquo;a donc pas offert une relecture suffisamment int\u00e9ressante pour justifier les partis pris de Marthaler.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9o Guillou-K\u00e9r\u00e9dan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Wozzeck de Berg, jou\u00e9 depuis le 24 avril \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille, est une merveille de romantisme noir compos\u00e9e entre 1912 et 1922. Un ancien soldat moqu\u00e9 par tous,\u00a0 tue sa compagne Marie lorsqu\u2019il d\u00e9couvre son infid\u00e9lit\u00e9. Il est condamn\u00e9 \u00e0 mort pour son acte meurtrier. \u00a0Christoph Marthaler signe avec brio la mise en sc\u00e8ne de cet op\u00e9ra en trois actes, le seul achev\u00e9 d\u2019Alban Berg. <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/artistes\/johannes-martin-kranzle\">Johannes Martin Kr\u00e4nzle<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/artistes\/gun-brit-barkmin\">Gun-Brit Barkmin<\/a> en jouant Wozzeck et Marie\u00a0; proposent de v\u00e9ritables incarnations modernes des personnages de Georg B\u00fcchner. Ce sont en effet les \u00e9crits de ce dernier que d\u00e9couvre Berg en 1914 et qu\u2019il d\u00e9cide d\u2019adapter \u00e0 la sc\u00e8ne. La direction musicale de Michael Sch\u00f8nwandt accompagne ce <em>sprechgesang<\/em> en langue allemande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il partage avec un <em>Carmen<\/em> le th\u00e8me de l\u2019amour d\u00e9\u00e7u, le romantisme de Wozzeck n\u2019est pas un romantisme classique. Il annonce plut\u00f4t l\u2019expressionnisme germanique de l\u2019entre-deux guerres. L\u2019auditoire peut ainsi \u00eatre d\u00e9stabilis\u00e9 par ce parl\u00e9-chant\u00e9 sur fond d\u2019atonalit\u00e9s et de dissonances qui brouille les rep\u00e8res auditifs. L\u2019orchestre joue de mani\u00e8re extr\u00eamement \u00e9nergique une musique tr\u00e8s sonore, peut \u00eatre trop forte lorsqu\u2019elle couvre les voix sur sc\u00e8ne.\u00a0 L\u2019\u0153uvre est clivante, l\u2019atmosph\u00e8re pesante, parfois \u00ab\u00a0d\u00e9rangeante\u00a0\u00bb pour certains spectateurs qui pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent quitter la salle. Cette libert\u00e9 prise sur les codes traditionnels de l\u2019op\u00e9ra et de l\u2019harmonie en g\u00e9n\u00e9rale cache pourtant une grande complexit\u00e9 dans les structures qu\u2019Alban Berg a sur rendre ind\u00e9celable au public. L\u2019orchestre et les ch\u0153urs de l\u2019Op\u00e9ra national de Paris restituent eux aussi avec une apparente aisance une atmosph\u00e8re tout \u00e0 la fois tragique et ordinaire en d\u00e9roulant avec lenteur les mouvements musicaux. Un dialogue int\u00e9ressant est bri\u00e8vement propos\u00e9 entre des airs jou\u00e9s sur sc\u00e8ne par un ensemble de musique populaire et les compositions op\u00e9ratiques. Il estompe la fronti\u00e8re entre genres musicaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ressent une certaine g\u00e8ne dans l\u2019absence d\u2019ouverture orchestrale et le final peu explicite. L\u2019entr\u00e9e et la sortie du r\u00e9cit se fait sans transition. Un sentiment de malaise accentu\u00e9 par l\u2019unicit\u00e9 du d\u00e9cor qui se referme comme une prison sur l\u2019auditoire. Evoluant dans une pi\u00e8ce couverte d\u2019un toit\u00a0: \u00e0 mi-chemin entre une cantine, une auberge, une salle de classe, les artistes sont \u00e9pi\u00e9s. Ils sont en effet soumis au regard du spectateur mais aussi \u00e0 celui d\u2019enfants dont la salle de jeux encercle la sc\u00e8ne. De larges baies vitr\u00e9es \u00e9voquent l\u2019aquarium, le vivarium. Des adultes un peu fous exp\u00e9rimentent donc tout le tragique de leur existence sous les yeux rieurs d\u2019enfants farceurs. La fronti\u00e8re s\u00e9parant l\u2019innocence de l\u2019enfant et la culpabilit\u00e9 malsaine et licencieuse de l\u2019adulte semble bien mince\u00a0; symbolis\u00e9e uniquement par une paroi de bois et de plastique. Le jugement de dieu est aussi omnipr\u00e9sent, convoqu\u00e9 par Wozzeck, le docteur, le capitaine, etc. Tous le craignent et les extraits bibliques donnent au tragique une dimension religieuse qui participe au malaise ambiant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anna Viebrock a choisi de proposer des costumes de jeans et de T-shirts. Certains diront que cette banalit\u00e9 dissous la noirceur des caract\u00e8res, pour nous elle renforce l\u2019identification du public \u00e0 ces gens ordinaires. Le mal semble alors si proche de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cent ans apr\u00e8s sa composition, ce qui fut appel\u00e9 \u00ab\u00a0le dernier op\u00e9ra du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0\u00bb garde, gr\u00e2ce \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de Marthaler, une actualit\u00e9 surprenante. Le th\u00e8me du tragique de l\u2019existence est, bien s\u00fbr, universel et intemporel. On note \u00e9galement des allures de \u00ab\u00a0musiques de films\u00a0\u00bb prises par certains des airs du final qui inscrivent l\u2019\u0153uvre dans une fascinante contemporan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anna Hubert<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en 1914 qu\u2019Alban Berg d\u00e9couvre\u00a0<em>Woyzeck\u00a0<\/em>de B\u00fcchner, pi\u00e8ce inspir\u00e9e d\u2019un fait divers allemand.\u00a0Il travaille alors, en 1925 \u00e0 Berlin, une adaptation du texte\u00a0pour en faire un drame op\u00e9ratique. L\u2019\u0153uvre acquiert rapidement sa r\u00e9putation de monument de la musique\u00a0du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Le spectateur assiste \u00e0 une s\u00e9rie fragment\u00e9e de tableaux pour conter l\u2019histoire de Wozzeck,\u00a0simple soldat ayant pour refuge unique l\u2019amour de sa compagne\u00a0Marie. La fid\u00e9lit\u00e9 de celle-ci est relative, et Wozzeck pr\u00e9sente des syndromes de parano\u00efa. Grad\u00e9s et compagnons d\u2019armes\u00a0n\u2019apaisent rien. Tout l\u2019op\u00e9ra devient un tourbillon pour Wozzeck, l\u2019enfon\u00e7ant de plus en plus dans les hallucinations, la jalousie et ses probl\u00e8mes psychiques. Cette ann\u00e9e, Christoph Marthaler d\u00e9cide de mettre en sc\u00e8ne cette histoire \u00e0 l\u2019op\u00e9ra de Paris, avec dans les r\u00f4les principaux le baryton Johannes Martin Kr\u00e4nzle (Wozzeck) et la soprane Gun-Brit Barkmin (Marie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christoph Marthaler choisi de placer son histoire et ses personnages dans le restaurant dans lequel travaille Wozzeck. En r\u00e9alit\u00e9, ce restaurant se pr\u00e9sente \u00e0 nous comme un huis clos dans lequel nous allons \u00eatre enferm\u00e9 pendant toute la repr\u00e9sentation, partag\u00e9s entre la r\u00e9alit\u00e9, les faits, ce que nous avons sous les yeux, et es crises de parano\u00efa de Wozzeck. Ce choix permet de perdre assez facilement et rapidement le spectateur pour l\u2019emmener dans un chaos des plus total.\u00a0 Pour lier chaque tableau, Marthaler choisi de jouer avec les lumi\u00e8res. En effet, les spots illumine, de la fa\u00e7on qui s\u2019approche le plus du naturelle, uniquement la partie de la sc\u00e8ne qui va \u00eatre utilis\u00e9e dans le tableau qui se d\u00e9roule. Il respecte \u00e9galement le trajet de la lumi\u00e8re du soleil, allant de l\u2019Est \u00e0 l\u2019Ouest. Ce jeu permet une sorte d\u2019unit\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ra, n\u00e9cessaire \u00e0 sa compr\u00e9hension. Car en effet, comme nous le disions, le metteur-en-sc\u00e8ne cherche \u00e0 nous confronter le plus possible face \u00e0 la folie de Wozzeck, ainsi qu\u2019un sentiment de mal-\u00eatre, ce qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 faire. En effet, il cr\u00e9e un monde absurde avec les visions de Wozzeck, qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019univers enfantin autour de lui. Wozzeck travaillant dans un restaurant avec une aire de jeu qui l\u2019entoure, des enfants courent, crient et chantent pendant tout l\u2019op\u00e9ra. Il y a du coup un gouffre entre ce caract\u00e8re enfantin et la musique dissonante de Berg. La mise-en-sc\u00e8ne de Marthaler recr\u00e9e parfaitement la morbidit\u00e9 du personnage de Wozzeck et de son histoire. Une seule chose dans sa mise-en-sc\u00e8ne ne correspond pas \u00e0 l\u2019op\u00e9ra\u00a0: nous sommes dans un huis-clos tout le long, alors que le livret veut que Wozzeck jette le corps de Marie dans un lac, puis s\u2019y noie avec. A priori, cette id\u00e9e est de l\u2019ordre du d\u00e9tail, mais les trois morceaux qui closent l\u2019op\u00e9ra sont sens\u00e9s t\u00e9moigner de ce que voit le spectateur. Marthaler fini donc par une incoh\u00e9rence, qui est dommage et \u00e9trange \u00e9tant donn\u00e9 sa prouesse de mise-en-sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Laurie Laprade<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019Op\u00e9ra Bastille, Christoph Marthaler signe la reprise d\u2019une mise en sc\u00e8ne de <em>Wozzeck<\/em> qu\u2019il avait cr\u00e9\u00e9e en 2008 dans cette m\u00eame salle. Si l\u2019op\u00e9ra d\u2019Alban Berg, compos\u00e9 en 1925, est une \u0153uvre perturbante qui place le spectateur impliqu\u00e9 face \u00e0 son propre doute existentiel, la mise en sc\u00e8ne de Christoph Marthaler ajoute beaucoup \u00e0 la confusion et l\u2019incompr\u00e9hension d\u00e9j\u00e0 si pr\u00e9gnantes dans l\u2019\u0153uvre de Berg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Wozzeck<\/em> est une \u0153uvre d\u00e9chirante qui remue, interroge, impressionne par la puissance de sa mise en question du monde. La trame du livret est simple\u00a0: par jalousie, un soldat tue sa ma\u00eetresse. Mais Berg, lui, questionne dans son op\u00e9ra toutes nos obscurit\u00e9s au travers de celles de Wozzeck, qui critique constamment l\u2019ordre \u00e9tabli, la condition des pauvres, et semble toujours se tenir au bord d\u2019un gouffre abyssal o\u00f9 il chute peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une salle de r\u00e9fectoire datant d\u2019avant la chute du mur, entour\u00e9e de jeux d\u2019enfants\u00a0: voil\u00e0 le d\u00e9cor install\u00e9 sur la sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra Bastille depuis fin avril. Pendant que l\u2019\u0153uvre se d\u00e9roule, des enfants sautent sur des trampolines, font de la balan\u00e7oire, et entrent et sortent en courant de la cantine o\u00f9 les attendent leurs parents. Leurs chaussures trainent abandonn\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans la pi\u00e8ce, et\u00a0 Christoph Marthaler fait de Wozzeck une sorte de serveur qui les d\u00e9place encore et encore tout en essuyant les tables. Une heure et demi n\u2019est pas assez pour parvenir \u00e0 entrer dans cette mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s difficile d\u2019acc\u00e8s, qui a d\u00e9courag\u00e9 certains spectateurs avant la fin de la trag\u00e9die. En se concentrant, on parvient \u00e0 saisir des bribes de sens, comme le jeu autour des enfants qui les montre ballot\u00e9s par le d\u00e9sordre de leurs parents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019orchestre rend justice \u00e0 ce chef-d\u2019\u0153uvre musical saisissant par son travail impressionnant de pr\u00e9cision, notamment des vents. Le jeu des interpr\u00e8tes est par ailleurs excellent. Gun-Brit Barkmin livre une puissante interpr\u00e9tation de Marie, toute en d\u00e9chirure, entre fragilit\u00e9 et force. Stephan R\u00fcgamer est un parfait Capitaine Hauptmann, trop englu\u00e9 dans ses certitudes pour voir et comprendre le doute d\u2019un Wozzeck que Johannes Martin Kr\u00e4nzie campe parfois un peu durement, mais avec beaucoup de pr\u00e9sence. Par la place laiss\u00e9e au silence, Christoph Marthaler semble vouloir faire sien un des leitmotivs de Wozzeck tourment\u00e9 par des visions morbides\u00a0: \u00ab\u00a0Still, alles still\u2026 und Tot.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la mise en sc\u00e8ne est souvent opaque, la qualit\u00e9 musicale de cette interpr\u00e9tation vous assure de sortir de l\u2019Op\u00e9ra l\u2019esprit pas tout \u00e0 fait en place, ce que Berg ne renierait pas.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Gabrielle Legourd<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mardi 9 mai 2017 \u00e0 19h30, l\u2019Op\u00e9ra Bastille donnait une repr\u00e9sentation du c\u00e9l\u00e8bre op\u00e9ra avant-gardiste d\u2019Alban Berg\u00a0: <em>Wozzeck. <\/em>La tr\u00e8s grande modernit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne de <em>Wozzeck <\/em>par Christoph Marthaler, metteur en sc\u00e8ne exp\u00e9riment\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre et d\u2019op\u00e9ra, de nationalit\u00e9 suisse, form\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole Lecoq \u00e0 Paris, s\u2019accorde parfaitement avec le d\u00e9cor contemporain, \u00e9pur\u00e9 et high-tech de la salle. La direction musicale est, elle, confi\u00e9e \u00e0 Michael Sch\u00f8nwandt. Dans les r\u00f4les principaux, on retrouve de c\u00e9l\u00e8bres artistes lyriques allemands, mais pas seulement, on note par exemple la pr\u00e9sence du russe Mikhail Timoshenko ou encore du chilien Fernando. <em>Wozzeck<\/em> est un op\u00e9ra d\u2019avant-garde en trois actes, d\u2019une dur\u00e9e d\u2019une heure et demi. Il adapt\u00e9 en livret et mis en musique entre 1920 et 1925 par Alban Berg, compositeur autrichien, d\u2019apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Georg B\u00fcchner, <em>Woyzeck<\/em>, inachev\u00e9e apr\u00e8s la mort de l\u2019auteur allemand la m\u00eame ann\u00e9e<em>. <\/em>L\u2019histoire est inspir\u00e9e d\u2019un fait divers survenu \u00e0 Leipzig\u00a0: Johann Christian Woyzeck, ancien soldat et coiffeur, poignarde sa ma\u00eetresse le 21 juin 1821 et est ex\u00e9cut\u00e9 trois ans plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Christoph Marthaler se veut tr\u00e8s contemporaine et elle colle ainsi, \u00e0 un autre niveau, dans une autre \u00e9poque, \u00e0 la volont\u00e9 de Berg de moderniser la pi\u00e8ce de B\u00fcchner. Elle se scinde en tableaux sc\u00e9niques accompagn\u00e9s par des variations dans les techniques musicales, des variations d\u2019\u00e9clairage et des changements de position ou de mise en pr\u00e9sence des personnages. Ces tableaux se focalisent sur un personnage ou un petit groupe de deux ou trois personnages. Le but est de mettre en avant la psychologie des individus, leurs angoisses, leurs secrets, leurs relations interpersonnelles et de montrer l\u2019impact de l\u2019Histoire sur les destins de ces hommes. Ainsi, d\u00e8s les premiers instants de l\u2019op\u00e9ra, le rythme est assez soutenu, avec un Wozzeck caract\u00e9ris\u00e9 par son empressement. Ce rythme agit\u00e9 va s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer au fur et \u00e0 mesure que Wozzeck perd la raison jusqu\u2019au climax final du meurtre de Marie, suivi de l\u2019arrestation de Wozzeck. La derni\u00e8re note de l\u2019\u0153uvre est endeuill\u00e9e, grin\u00e7ante, d\u00e9rangeante. Le d\u00e9cor ne change jamais et invite le lecteur \u00e0 \u00eatre sensible au moindre changement de disposition dans ce d\u00e9cor fig\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019une grande pi\u00e8ce aux allures de cantine, de bar ou de chapiteau avec des bancs et des tables, des v\u00eatements, des chaussures, des figurants muets, immobiles et les personnages jouant leur r\u00f4le \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Cette mise en sc\u00e8ne est typique du th\u00e9\u00e2tre \u00e9pique brechtien pr\u00f4ne une distanciation. Par ailleurs, l\u2019ext\u00e9rieur enfantin d\u00e9nonce, lui, l\u2019immaturit\u00e9 des hommes, leur aveuglement. Wozzeck pousse d\u2019ailleurs le corps de Marie vers l\u2019ext\u00e9rieur, dans la piscine \u00e0 ballesqui devient un lieu de refoulement, un <em>ob-sc\u00e8ne<\/em>. Les costumes participent \u00e9galement \u00e0 la distanciation. Wozzeck et les autres militaires portent tout d\u2019abord des uniformes classiques, mais par la suite, s\u2019op\u00e8re un glissement vers des costumes contemporains assum\u00e9s. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne tisse un lien entre le message v\u00e9hicul\u00e9 par l\u2019\u0153uvre et notre \u00e9poque m\u00eame. Ces personnages pourraient vivre parmi nous. Tout comme dans le th\u00e9\u00e2tre brechtien, des interm\u00e8des musicaux viennent parfois entrecouper les tableaux, proposant une pause r\u00e9flexive. Les \u00e9clairages sont sobres tout comme le d\u00e9cor, \u00e9pur\u00e9s et les artifices techniques r\u00e9alistes. Wozzeck tue ainsi Marie sur sc\u00e8ne en mimant le geste de lui trancher la gorge. Cet \u00e9v\u00e9nement est pourtant mis \u00e0 distance par la froideur, la rapidit\u00e9 de l\u2019acte, le manque d\u2019\u00e9motion ou d\u2019apitoiement de Wozzeck, tuer est devenu banal. La plupart des gestes des personnages sont r\u00e9alistes, appartenant au quotidien, qui maintiennent les personnages dans leur condition d\u2019hommes. Des sc\u00e8nes path\u00e9tiques ou plus triviales alternent et viennent \u00e9quilibrer l\u2019ensemble. Ainsi, cet op\u00e9ra m\u00e9lange les tons et les registres dans une r\u00e9flexion plus large. Le rapport au r\u00e9el est une question majeure pos\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne de <em>Wozzeck<\/em> avec des effets d\u2019op\u00e9ra dans l\u2019op\u00e9ra, de th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre. Le spectateur lui est toujours mis \u00e0 distance et renvoy\u00e9 \u00e0 son r\u00f4le qui est de r\u00e9fl\u00e9chir et non de ressentir. Tous les sens sont en \u00e9veil. Finalement, Berg redonne une unit\u00e9 et m\u00eame une forme de totalit\u00e9 au travail de B\u00fcchner tout en le revisitant. L\u2019innovation de Berg passe notamment par l\u2019\u00e9criture musicale. Des accords miment musicalement les couples de protagonistes pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne et contribuent \u00e0 installer des atmosph\u00e8res selon les types de relation. Berg utilise la technique moderne de l\u2019atonalit\u00e9 pour v\u00e9hiculer \u00e9motions et pens\u00e9es des personnages, ainsi que la technique vocale popularis\u00e9e par Sch\u00f6nberg du parl\u00e9-chant\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il appara\u00eet que cette repr\u00e9sentation a un but principalement didactique. Le message v\u00e9hicul\u00e9 est profond\u00e9ment antimilitariste et en faveur des pauvres et des exploit\u00e9s qui souffrent le plus du contexte sociohistorique et qui sont soumis aux manipulations des autres classes sociales. <em>Wozzeck<\/em> interroge \u00e9galement l\u2019\u00e9thique scientifique et m\u00e9dicale \u00e0 l\u2019heure d\u2019une radicalisation du positivisme. Bien que tous ces effets m\u2019aient particuli\u00e8rement plu et qu\u2019ils aient fait sens en moi, beaucoup de spectateurs sont repartis de l\u2019op\u00e9ra d\u00e9\u00e7us, d\u00e9sappoint\u00e9s. Il est vrai qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas toujours ais\u00e9 de pr\u00eater attention aux \u00e9v\u00e9nements sur sc\u00e8ne, \u00e0 la musique et \u00e0 la lecture des sous-titres. Mais il me semble que cette difficult\u00e9 doit pouvoir \u00eatre surmont\u00e9e au profit d\u2019une compr\u00e9hension globale de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ma\u00eflys Pelletier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re chose qui frappe le spectateur, quand il assiste \u00e0 <em>Wozzeck<\/em>, mis en sc\u00e8ne par Christoph Mathaler, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019harmonie entre le lieu et l\u2019op\u00e9ra qui s\u2019y produit. L\u2019Op\u00e9ra de Paris est un lieu de style contemporain mais qui semble d\u00e9j\u00e0 vieillir, \u00e9voquant des HLM de l\u2019ex-URSS qui ne peuvent que faire t\u00e2che dans un paysage urbain. Alors, l\u2019orchestre et le public se taisent, le rideau se l\u00e8ve, et l\u2019on d\u00e9couvre le splendide d\u00e9cor imagin\u00e9 par Mathaler. La pi\u00e8ce n\u2019a pas commenc\u00e9 que l\u2019on est impressionn\u00e9. La sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra a \u00e9t\u00e9, pour l\u2019occasion, transform\u00e9e en un v\u00e9ritable bistrot, aux allures de bicoque. On voit, par-dessus le toit et \u00e0 travers les parties transparentes, un immense terrain de jeu, un ch\u00e2teau gonflable, des balan\u00e7oires\u00a0: le th\u00e8me de la f\u00eate foraine populaire, plaisir bon march\u00e9, est omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Respectant l\u2019unit\u00e9 de temps et de lieu \u2013 l\u2019op\u00e9ra repr\u00e9sente une journ\u00e9e et se d\u00e9roule seulement dans le grand bistrot \u2013 le spectateur au-del\u00e0 de l\u2019histoire terrible du malheureux Wozzeck assiste \u00e0 une v\u00e9ritable fresque sociale, que le d\u00e9cor rend tragiquement moderne. La journ\u00e9e, la grande tente est envahie de quelques buveurs esseul\u00e9s et d\u2019une foule d\u2019enfants visiblement livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Le soir venu, il est rempli d\u2019hommes du peuple ivres qui semblent oublier leur mis\u00e8re dans l\u2019alcool et dans le sexe aupr\u00e8s des quelques prostitu\u00e9es. Plus tard, les enfants viendront vider les fonds de ces verres abandonn\u00e9s par leurs a\u00een\u00e9s. Si le vice semble partout dans cet op\u00e9ra il est aussi impr\u00e9gn\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences bibliques. La vertu semble \u00eatre un luxe que les pauvres n\u2019atteignent pas et que les riches m\u00e9prisent. Wozzeck en r\u00eave, et d\u00e9plore son manque de moyens et n\u2019a que faire de Marie une honn\u00eate femme. Marie, m\u00e8re c\u00e9libataire, semble \u00eatre une femme d\u00e9shonor\u00e9e qui p\u00e8che non pas par plaisir mais plut\u00f4t par d\u00e9sespoir, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de son Franz qui ne lui porte pas attention. Le couple qu\u2019ils forment est singulier, et certainement la chose la plus belle que l\u2019on verra sur sc\u00e8ne. Elle est la seule \u00e0 jamais l\u2019appeler par son pr\u00e9nom et pourtant ils sont, comme deux amants \u00e9loign\u00e9s qui s\u2019appellent et se cherchant sans cesse, comme si Franz devenait Eurydice et que Marie \u00e9tait son Orph\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais alors pourquoi Mathaler ne parvient-il pas \u00e0 s\u00e9duire\u00a0? La pi\u00e8ce n\u2019\u00e9tait pas facile, on l\u2019admet ais\u00e9ment. Le style allemand du XXe si\u00e8cle et son expressionnisme sont d\u2019un part assez peu repr\u00e9sent\u00e9s \u2013 le spectateur y est donc peu accoutum\u00e9, mais de surcro\u00eet donne un aspect d\u00e9j\u00e0 \u00e9sot\u00e9rique \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Etait-il n\u00e9cessaire de surcharger de symbolisme un op\u00e9ra qui l\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup\u00a0? Car on ne peut que lister les bizarreries de la mise en sc\u00e8ne, qui \u00e9tait pourtant si bien partie\u00a0: quid de ce pianiste qui, assit devant son piano, ne joue jamais et se contente d\u2019allumer et d\u2019\u00e9teindre la lumi\u00e8re de l\u2019instrument. Et de cette sorte de cr\u00e9ature de mousse brune que les enfants tra\u00eenent sans cesse \u00e0 travers la tente. Et de cette bouche de clown, monstrueuse et b\u00e9ante, qui engloutit l\u2019enfant de Wozzeck et Marie. Etait-il n\u00e9cessaire de perdre le spectateur dans une sorte d\u2019intellectualisme que seuls les plus initi\u00e9s comprendront\u00a0? Car c\u2019est ce qu\u2019on en retient, m\u00eame si Wozzeck parle du peuple, il ne parle certainement pas au peuple.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">No\u00e9mie Rickenbach<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Wozzeck<\/em>, op\u00e9ra en trois actes du compositeur autrichien Alban Berg et l\u2019un des repr\u00e9sentants de la musique atonale, a \u00e9t\u00e9 mis en sc\u00e8ne le 9 mai \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille par Christoph Marthaler. Le livret est adapt\u00e9 de l\u2019\u0153uvre incompl\u00e8te <em>Woyzeck<\/em> de Georg B\u00fcchner, est inspir\u00e9 par un fait divers\u00a0: un soldat assassine sa ma\u00eetresse, et il est plus tard prouv\u00e9 psychotique et est ex\u00e9cut\u00e9. Apr\u00e8s avoir retravaill\u00e9 sur l\u2019original, Berg construit trois actes de cinq sc\u00e8nes chacun et enrichit l\u2019intrigue\u00a0: l\u2019ancien soldat Wozzeck sert de cobaye pour les exp\u00e9riences du m\u00e9decin pour gagner sa vie. Par cons\u00e9quent, il devient victime d\u2019hallucinations. Quand il d\u00e9couvre que sa femme Marie lui est infid\u00e8le, il la poignarde et ensuite finit par se noyer, laissant leur fils tout seul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra se d\u00e9roule normalement dans au moins trois sc\u00e8nes\u00a0: la taverne, la chambre de Marie et le bois. Mais dans cette repr\u00e9sentation, Marthaler l\u2019a r\u00e9duit en d\u00e9cor unique. Au centre de la sc\u00e8ne, les adultes vivent leur vie triste et d\u00e9sordonn\u00e9e sous la tente, tandis qu\u2019\u00e0 travers le plastique transparent, on voit les enfants jouant na\u00efvement dans le parc de jeux. L\u2019unit\u00e9 de lieu et la contraste violente entre l\u2019innocence des enfants et la souffrance des adultes accroissent la tension de l\u2019intrigue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019orchestre, sous la baguette de Michael Sch\u00f8nwandt, donne le soutien rythmique et harmonique dans cette musique atonale qui semble chaotique. Il n\u2019est pas facile d\u2019accepter les d\u00e9saccords et l\u2019orchestre qui couvre parfois intentionnellement la voix des chanteurs. Je ne pouvais pas sentir le charme de l\u2019atonalit\u00e9 jusqu\u2019au \u00ab\u00a0si\u00a0\u00bb jou\u00e9 en tutti apr\u00e8s l\u2019assassinat de Marie. A ce moment-l\u00e0, les d\u00e9sharmonies de l\u2019accord, la folie des personnages et le dramatique du sc\u00e9nario atteignent le point culminant. L\u2019atonalit\u00e9 les amplifie et les pousse jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame. Berg a h\u00e9rit\u00e9 la technique du <em>sprechgesang<\/em>, le parl\u00e9-chant\u00e9 de Sch\u00f6nberg. Chanter <em>Wozzeck<\/em>, c\u2019est aussi de le parler. Les paroles sont autant importantes que la musique. Elles rendent tant\u00f4t le langage du quotidien, tant\u00f4t le texte r\u00e9flexif. On peut ainsi comprendre le psychisme de Wozzeck.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l\u2019ensemble de la mise en sc\u00e8ne cr\u00e9e une atmosph\u00e8re horrible. Le parc de jeux sous la lumi\u00e8re p\u00e2le, le silence et l\u2019indiff\u00e9rence de la foule, les actions fous, les accords \u00e9tranges, la lune rouge de sang \u2026 Tous ces \u00e9l\u00e9ments nous donnent l\u2019impression d\u2019entrer dans un monde du d\u00e9sordre et de la folie qui nous fait peur. Cela n\u2019existe peut-\u00eatre pas que dans la sc\u00e8ne. C\u2019est justement notre monde aux yeux des modernistes.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Xirui Zhang<\/h6>\n<pre>Photo : Peter De Bruyne<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus Wozzeck, Wozzeck, Wozzeck. Mais qu\u2019est-ce que Wozzeck\u00a0? 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