{"id":9338,"date":"2017-05-11T20:00:28","date_gmt":"2017-05-11T18:00:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=9338"},"modified":"2017-05-11T20:00:28","modified_gmt":"2017-05-11T18:00:28","slug":"erich-von-stroheim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=9338","title":{"rendered":"Erich Von Stroheim"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"http:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/erich-von-stroheim\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9ternel th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;amour ?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la pi\u00e8ce de Christophe Pellet s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e infinie et r\u00e9barbative des romances th\u00e9\u00e2trales, il semblerait que de ce genre, il remet tout en cause. Tel un Malevitch d&rsquo;art sc\u00e9nique, l&rsquo;auteur contemporain expose, avec sa pi\u00e8ce <em>Erich Von Stronheim,<\/em> l&rsquo;image d&rsquo;un couple qui n&rsquo;est plus. Il peint un \u00ab\u00a0amour blanc sur fond blanc \u00a0\u00bb qui marque non plus la fin du th\u00e9\u00e2tre classique, mais la disparition du couple traditionnel. Ce faisant, il se glisse dans les d\u00e9bats contemporains et semble tout ignorer des conventions d&rsquo;un amour, qui, d\u00e9li\u00e9 de son genre et de ses formalit\u00e9s, ne peut \u00eatre que libre. C&rsquo;est un amour r\u00e9invent\u00e9, \u00e0 son paradigme, actualis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame qu&rsquo;il met alors en sc\u00e8ne, un amour qui n&rsquo;a plus rien des romances ant\u00e9rieures : une trinit\u00e9 \u00e9rotique, les hommes se d\u00e9nudent, la femme reste de noir, toute v\u00eatue, \u00ab\u00a0L&rsquo;Un\u00a0\u00bb est acteur de film pornographique, \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb est PDG d&rsquo;une grande entreprise &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que devient l&rsquo;amour lorsqu&rsquo;il n&rsquo;a plus de cha\u00eenes ? Le trio s&rsquo;exhibe dans son intimit\u00e9 et pour l&rsquo;un, sa nudit\u00e9, dans un d\u00e9cor minimaliste, une pi\u00e8ce, tant\u00f4t un fauteuil, tant\u00f4t une table,\u00a0 une vue nocturne d&rsquo;un quartier d&rsquo;affaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est plus le d\u00e9cors qui fait sens mais son \u00ab\u00a0rideau\u00a0\u00bb, la sc\u00e8ne s&rsquo;ouvre et se referme \u00e0 intervalles fr\u00e9quents sur la photo g\u00e9ante de Montgomery Clift et de Lee Remick dans <em>Le Fleuve sauvage<\/em> d&rsquo;Elia Kazan, le tout, sur un air poignant d\u2019op\u00e9ra. Le spectateur admire longuement la photo du couple beau, jeune, mixte, \u00ab\u00a0parfait\u00a0\u00bb : lui est d&rsquo;\u00e2ge mur et fort, elle fr\u00eale et souriante. L&rsquo;image n&rsquo;a pas besoin de se scinder, que l&rsquo;on comprend d\u00e9j\u00e0 le paradoxe, celui d&rsquo;un couple malheureux dont l&rsquo;homme refoulait son homosexualit\u00e9. L&rsquo;apparente perfection vient donc fermer chaque sc\u00e8ne chaotique de n\u00e9vroses amoureuses, d&rsquo;envie d&rsquo;enfant inassouvie, de peur de vieillesse, d\u2019\u00e9changisme, d&rsquo;\u00e9puisement professionnel et sexuel (\u00e9tant confondus pour l\u2019un), et vient instaurer un malaise saisissant, le constat que ce couple l\u00e0 est un mythe en perdition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les acteurs ne sont que des sujets de cet amour, sans personnification, \u00ab\u00a0Elle\u00bb, \u00ab\u00a0L&rsquo;Un\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0L&rsquo;Autre\u00bb, ils sont tous, ils sont nous. Christophe Pellet interroge notre soci\u00e9t\u00e9 avec la pertinence des avant-gardistes, il r\u00e9v\u00e8le le chemin parcouru. \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb, est forte, dominante, plus \u00e2g\u00e9e, assoiff\u00e9e d&rsquo;amour physique. \u00ab\u00a0L&rsquo;Un\u00a0\u00bb est r\u00e9duit au statut d&rsquo;objet sexuel, exploit\u00e9, d\u00e9pendant financi\u00e8rement. \u00ab\u00a0L&rsquo;Autre\u00bb, nu, qui ouvre le bal par un monologue est jeune, innocent, apollinien et amoureux d&rsquo; \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait alors se questionner de la raison d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence omnipr\u00e9sente \u00e0 Erich Von Stronheim, dans le titre, les dialogues et les monologues. Un nom qui revient, telle la photographie et l&rsquo;air tragique d\u2019op\u00e9ra, comme une ritournelle angoissante. Il s&rsquo;av\u00e8re que l&rsquo;aspect r\u00e9f\u00e9rentiel est tr\u00e8s limit\u00e9, la figure du cin\u00e9ma est cit\u00e9e seulement pour ce qu&rsquo;elle incarne du mythe : le mythe du cin\u00e9ma d&rsquo;une part le mythe de l\u2019identit\u00e9 Von Stronheim ayant r\u00e9ussi \u00e0 falsifier la sienne toute sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christophe Pellet interroge donc l\u2019amour, ses mythes, ses faux-semblants, mais au-del\u00e0, la vie. C&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 actuelle qui est mise en sc\u00e8ne, ses drames contemporains dans un monde virtuel, urbain, sans codes, en perte d\u2019identit\u00e9. Au-del\u00e0 de questionner le devenir de l&rsquo;amour en cette sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale nouvelle, il prouve la persistance de l&rsquo;amour dans l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;est la n\u00f4tre au-del\u00e0 des genres, des m\u0153urs, des enfants, du temps &#8230; Il nous interroge : que sommes-nous devenus ? Il pose l&rsquo;amour en constante humaine, l&rsquo;amour sans couple, l&rsquo;amour d\u00e9cha\u00een\u00e9, qui, comme le langage sc\u00e9nique est \u00e0 la fois cru et raffin\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois acteurs sont singuliers, touchants, puissants. Laurent Sauvage, acteur \u00e9rotique blas\u00e9, Thomas Gonzalez, le juv\u00e9nile \u00e9lectron libre, Emmanuelle B\u00e9art, la sensuelle et dure, femme d\u2019autorit\u00e9. Une diversit\u00e9 de jeux et de protagonistes qui amplifie l&rsquo;aspect universel de la pi\u00e8ce, qui a plus de l&rsquo;essai philosophique que du drame anecdotique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Ariapoutry<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un homme nu est assis sur un fauteuil devant deux grands pans de murs qui se rejoignent pour former l&rsquo;image d&rsquo;un couple enlac\u00e9. L&rsquo;homme se l\u00e8ve et nous donne sa vision du couple en citant Schopenhauer. Les murs s&rsquo;ouvrent, l&rsquo;image du couple se s\u00e9pare, on d\u00e9couvre un autre homme torse nu, au milieu d&rsquo;une pi\u00e8ce \u00e9pur\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi commencent les 1h et 35 minutes de la pi\u00e8ce <em>Erich Von Stroheim <\/em>de Christophe Pellet, mis en sc\u00e8ne par Stanislas Nordey. 1h et 35 minutes peuvent para\u00eetre tr\u00e8s longues quand on regarde sa montre toutes les 5 minutes. 1H et 35 minutes \u00e0 observer dubitativement une d\u00e9monstration de masturbation intellectuelle, dans tous les sens du terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 3 personnages d\u00e9clament leurs th\u00e9ories sur l&rsquo;amour, la domination, le sexe, les r\u00f4les que l&rsquo;on joue dans la soci\u00e9t\u00e9 &#8230; Il y a la femme fatale et dominatrice, l&rsquo;acteur porno sur le d\u00e9clin et un homme nu et fragile au milieu de ce couple. Les duos se succ\u00e8dent et font l&rsquo;amour. Enfin non&#8230; on ne fait pas l&rsquo;amour sur sc\u00e8ne mais on en parle. On en parle beaucoup trop. Le texte se veut cru et est d\u00e9clam\u00e9 comme des adages \u00e0 retenir\u00a0: \u00ab\u00a0Le sexe oral c&rsquo;est l&rsquo;amiti\u00e9 avec les b\u00e9n\u00e9fices\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Je te tiens en laisse et tu es mon objet\u00a0\u00bb. Des notes de contre-basse viennent appuyer lourdement chacune de ces <em>punchlines<\/em>, pour mettre en avant ces fausses v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;on n&rsquo;a aucunement envie d&rsquo;entendre. Dans le pire des cas le propos nous ennuie car il n&rsquo;est port\u00e9 par aucun enjeux, dans le meilleur des cas on est un peu mal \u00e0 l&rsquo;aise et on esquisse un sourire. Cette pi\u00e8ce veut parler vrai, elle veut montrer la r\u00e9alit\u00e9, en intellectualisant les probl\u00e9matiques du viagra, du couple, de la p\u00e9dophilie&#8230; Mais c&rsquo;est le l\u2019\u00e9cueil des pi\u00e8ces qui veulent porter un message, soit il est tellement \u00e9vident qu&rsquo;il n&rsquo;a pas d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00eatre port\u00e9 sur sc\u00e8ne, soit il est mal exprim\u00e9 par un texte trop \u00e9crit. Ici les deux cas de figures sont r\u00e9unis et le public est perdu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On comprend vite que les r\u00f4les sont invers\u00e9s, sans subtilit\u00e9. C&rsquo;est la femme, qui m\u00e8ne la danse, et qui minute son temps pour coucher avec ses amants, toujours habill\u00e9e. Emmanuelle B\u00e9art a r\u00e9ussi \u00e0 incarner tout ce que je n&rsquo;aime pas dans le jeu au th\u00e9\u00e2tre\u00a0: une com\u00e9dienne qui se regarde jouer et qui d\u00e9clame son texte \u00e0 qui veut l&rsquo;entendre, avec une intensit\u00e9 toujours d\u00e9montr\u00e9e et jamais int\u00e9rioris\u00e9e. Elle incarne de mani\u00e8re grossi\u00e8re le statut fantasm\u00e9 et exag\u00e9r\u00e9 de la femme moderne qui trouve que \u00ables types sont tous des salopes\u00a0\u00bb mais qui a simplement peur de la solitude. Le seul com\u00e9dien qui fait preuve de justesse est Thomas Gonzalez, m\u00eame si j&rsquo;ai eu du mal \u00e0 saisir l\u2019int\u00e9r\u00eat de sa nudit\u00e9, si ce n&rsquo;est pour grossir encore le trait du propos d\u00e9j\u00e0 gras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je tiens \u00e0 souligner une sc\u00e9nographie minimaliste et \u00e9volutive qui am\u00e8ne un peu de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, avec des projections sur murs, et des grandes portes qui donnent de la hauteur au plateau. Cependant une sc\u00e9nographie r\u00e9ussie ne suffit pas \u00e0 porter un texte, une mise en sc\u00e8ne et des com\u00e9diens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce n&rsquo;a trouv\u00e9 aucun \u00e9cho en moi, et apr\u00e8s avoir plusieurs fois h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 faire comme mes voisins, et quitter la salle au milieu de la pi\u00e8ce, je suis rest\u00e9e assise \u00e0 les regarder avec incompr\u00e9hension pendant 1h et 35 longues minutes, oscillant entre un rejet total du propos, un ennui mortel, et la planification de mon week-end.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Nina Cohen<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Stanislas Nordey l\u2019annonce sans d\u00e9tour\u00a0: <em>Erich von Stroheim<\/em> est une pi\u00e8ce pornographique.\u00a0 Le premier sujet, c\u2019est la femme, comme souvent dans les \u0153uvres de Christophe Pellet. Le second, c\u2019est le sexe et l\u2019amour. Le travail, la conception d\u2019un enfant mais aussi le sens des mots sont \u00e9galement des th\u00e8mes abord\u00e9s. La pi\u00e8ce est en effet un \u00e9change de joutes verbales au sein d\u2019un trouple. Ce dernier est compos\u00e9 d\u2019un couple officiel\u00a0: une femme (Emmanuelle B\u00e9art), d\u00e9tach\u00e9e des deux hommes mais aim\u00e9e d\u2019eux, d\u2019un homme (Victor de Oliveira), acteur de films pour adultes ; et d\u2019un jeune gar\u00e7on (Thomas Gonzalez).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Erich von Stroheim<\/em>, mis en sc\u00e8ne par Stanislas Nordey, est pr\u00e9sent\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point du 25 avril au 21 mai 2017. Cette \u0153uvre propose une r\u00e9flexion sur la dualit\u00e9 traditionnelle entre corps et esprit, et met l\u2019amour \u00e0 nu, au sens premier du terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Effectivement, Thomas Gonzalez joue nu et Victor de Oliveira torse-nu. Seule Emmanuelle B\u00e9art est habill\u00e9e. V\u00eatue d\u2019une robe noire qui lui tombe sur ses mollets et tranche avec la nudit\u00e9 des hommes, la femme est ici pr\u00e9sent\u00e9e comme une veuve noire, laquelle tue son amant apr\u00e8s avoir consomm\u00e9\u00a0: elle r\u00e9pond ainsi \u00e0 l\u2019homme qui lui demande un baiser apr\u00e8s l\u2019amour \u00ab\u00a0va prendre une douche\u00a0\u00bb. Les mots des acteurs sont souvent servis par leurs d\u00e9placements. Par exemple, quand la femme rappelle \u00e0 son mari que les r\u00e9alisateurs des films dans lesquels il se produit l\u2019enregistrent sous tous les angles, Thomas Gonzalez se tourne, de telle sorte que le spectateur observe un homme nu sous toutes ses coutures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sc\u00e8nes sont entrecoup\u00e9es d\u2019interludes musicaux qui donnent au public l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir aux propos qui viennent d\u2019\u00eatre tenus. En effet, il faut bien cela lorsque l\u2019on entend des phrases comme \u00ab\u00a0je te tiens en laisse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on se suffit bien \u00e0 nous-m\u00eame\u00a0\u00bb. De m\u00eame, une certaine violence physique se donne parfois \u00e0 voir. C\u2019est donc bien l\u2019amour dans toutes ces dimensions qui est pr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu\u2019assez pauvres, les d\u00e9cors servent la pi\u00e8ce \u00e0 merveille. Ils consistent principalement en deux murs qui s\u2019ouvrent sur lesquels apparait un couple h\u00e9t\u00e9rosexuel. Ils incarnent le couple traditionnel\u00a0: situ\u00e9e dans le dos de son mari, la femme le regarde amoureusement tandis que le regard de l\u2019homme se porte sur l\u2019horizon. A la fin de la pi\u00e8ce, les murs sont agenc\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 ce que l\u2019image de la femme recouvre celle de l\u2019homme, ce qui souligne le parti-pris f\u00e9ministe de Christophe Pellet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le spectacle est ponctu\u00e9 de rires l\u00e9gers mais francs, c\u2019est un public d\u00e9contenanc\u00e9 que l\u2019on se retrouve \u00e0 la sortie de la salle. Certains jugent que la nudit\u00e9 n\u2019apporte rien \u00e0 l\u2019\u0153uvre, et nombreux sont ceux qui ont quitt\u00e9 la pi\u00e8ce pendant qu\u2019elle se jouait. N\u00e9anmoins, plusieurs rappels saluent le travail des artistes, et les spectateurs qui ont appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019\u0153uvre et la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 des acteurs n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 t\u00e9moigner de leur admiration. Quel dommage toutefois, que tous ne saisissent pas, le temps d\u2019une pi\u00e8ce, l\u2019opportunit\u00e9 de s\u2019immerger dans le monde des artistes\u00a0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Aurore Denimal<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christophe Pellet avec la mise en sc\u00e8ne de Stanislas Nordey s\u2019emparent du th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point pour proposer <em>Erich Von Stroheim<\/em> au public parisien du 25 avril au 21 mai 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une pi\u00e8ce qui apparait moderne dans sa structure. Christophe Pellet choisit de placer la femme au milieu du couple, l\u2019action est vue \u00e0 travers \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb, incarn\u00e9e par Emmanuelle B\u00e9art. Il choisit de questionner le couple, les couples, car il s\u2019agit d\u2019un couple \u00e0 trois qui fonctionne en alternance: \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb avec l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Un\u00a0\u00bb (Victor de Oliveira) le couple initial, mais qui s\u2019ouvre pour laisser place \u00e0 l\u2019 \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb (Thomas Gonzalez). Un couple \u00e0 trois mais qui fonctionne deux par deux. Un couple qui veut se construire un avenir \u00e0 deux, dont l\u2019un des enjeux est un enfant. Mais pour l\u2019instant, ce besoin d\u2019enfant est combl\u00e9 par l\u2019 \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb qui dans sa jeunesse, son insouciance et sa na\u00efvet\u00e9 remplit les crit\u00e8res d\u2019une enfance non termin\u00e9e. L\u2019 \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb bascule entre \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb et l\u2019 \u00ab\u00a0Un\u00a0\u00bb, il est plus jeune, il se laisse prendre par de nouvelles exp\u00e9riences, comme la pornographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce est sans artifice, de par la nudit\u00e9 qui s\u2019impose aux yeux du public. L\u2019 \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb est le seul sur sc\u00e8ne et dans la salle \u00e0 \u00eatre nu. Une nudit\u00e9 qui surprend dans un premier temps, pourquoi lui ? Pourquoi est-il le seul ? Puis elle devient naturelle, les v\u00eatements des autres personnages paraissent m\u00eame superflus. Le th\u00e9\u00e2tre de Christophe Pellet va \u00e0 l\u2019essentiel, de mani\u00e8re crue, sans d\u00e9tour. Des questions, il en pose, que ce soit avec brutalit\u00e9 dans les propos, dans une inqui\u00e9tude quant \u00e0 l\u2019avenir d\u2019un couple qui se d\u00e9fait, ou plus subtilement par des gestes r\u00e9v\u00e9lant une tendresse qu\u2019on avait oubli\u00e9e. Le d\u00e9sir est questionn\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de celui d\u2019 \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb, press\u00e9e et qui l\u2019assouvit gr\u00e2ce \u00e0 son quart d\u2019heure de retard ou celui du couple l\u2019 \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb &#8211; l\u2019 \u00ab\u00a0Un\u00a0\u00bb. Des rapports invers\u00e9s o\u00f9 l\u2019attention est centr\u00e9e sur la femme et ses d\u00e9sirs. Un d\u00e9sir parfois \u00e9go\u00efste, d\u2019autre fois partag\u00e9 mais qui est central comme le rappel le titre de la pi\u00e8ce, <em>Erich Von Stroheim<\/em>. Cin\u00e9aste du d\u00e9sir, il est \u00e9voqu\u00e9 par l\u2019 \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb qui a l\u2019air de le connaitre. Sous ses airs faussement na\u00eff, il semble \u00eatre plus renseign\u00e9 sur le sujet que \u00ab\u00a0Elle\u00a0\u00bb ou l\u2019 \u00ab\u00a0Un\u00a0\u00bb. Une connaissance th\u00e9orique qui surprend le couple initial dont l\u2019avantage est l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une pi\u00e8ce qui peut d\u00e9ranger aux premiers abords, par une nudit\u00e9 inhabituelle mais qui dans ses questionnements d\u00e9passent les banalit\u00e9s du couple, pour en donner une ouverture sur une troisi\u00e8me personne: amant et\/ou enfant ?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pauline Fantou<\/h6>\n<hr \/>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brusquement, la trag\u00e9die fait irruption dans votre lit.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9claration du personnage interpr\u00e9t\u00e9 par Emmanuelle B\u00e9art (en bonne actrice consciente de jouer un r\u00f4le dans une trag\u00e9die auto-proclam\u00e9e) r\u00e9sume, il me semble, le sens de cette pi\u00e8ce de Christophe Pellet, mise en sc\u00e8ne par Stanislas Nordey (non, la pi\u00e8ce n&rsquo;a pas pour sujet Erich von Stroheim, je passe sur ce myst\u00e8re que je n&rsquo;ai toujours pas r\u00e9solu).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai connu de meilleurs spectacles de la part de Stanislas Nordey. Par exemple <em>Incendies <\/em>de Wajdi Mouawad, ou bien <em>Je suis Fassbinder<\/em>, tous deux mis en sc\u00e8ne au TNS en 2016. La patte de Stanislas Nordey \u2013 reconnaissable entre toutes \u2013 ne se pr\u00eate pas avec un \u00e9gal bonheur \u00e0 tous les types de pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le style de Stanislas Nordey, c&rsquo;est un jeu violent, un peu de provocation, des com\u00e9diens d\u00e9tach\u00e9s de leur existence ou \u00ab\u00a0distanci\u00e9s\u00a0\u00bb, dans la tradition brechtienne, invit\u00e9s \u00e0 hurler leurs r\u00e9pliques, mais d\u00e9vor\u00e9s jusqu&rsquo;aux orteils par la trag\u00e9die qui les anime et les incite \u00e0 se regarder eux-m\u00eame avec cynisme, mais non sans narcissisme (assum\u00e9). Le r\u00e9sultat peut \u00eatre convaincant lorsque ce style est projet\u00e9 sur le texte avec mesure et nuance, lorsque le message port\u00e9 par la pi\u00e8ce est suffisamment puissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;il manque \u00e0 cette repr\u00e9sentation, c&rsquo;est, probablement, en premier lieu, le texte. \u00c0 partir de l\u00e0, le reste risque fort de para\u00eetre superflu, si ce n&rsquo;est franchement irritant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenons-en donc \u00e0 cette \u00ab\u00a0trag\u00e9die du lit\u00a0\u00bb qui fait l&rsquo;objet de la pi\u00e8ce. De lit, pour commencer, il n&rsquo;y en avait pas. Quelques couvertures suffisent \u00e0 l&rsquo;\u00e9voquer (c&rsquo;est sans doute tout ce qui reste du couple, p\u00e2le illusion \u00e0 laquelle les personnages veulent \u00e9chapper mais qui les asservit malgr\u00e9 eux). Le d\u00e9cor est sobre, ing\u00e9nieux\u00a0: deux grandes portes, illustr\u00e9es par la photographie immense d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme l&rsquo;un contre l&rsquo;autre, faisant office de rideau et s&rsquo;ouvrant comme une grande m\u00e2choire pour cr\u00e9er un int\u00e9rieur intime, ou bien \u00e0 demi seulement pour figurer un bureau. La structure en triangle (un mur de fond + deux grands battants) rappelle la structure triangulaire du trio amoureux, form\u00e9 par une femme, son mari (interpr\u00e9t\u00e9 par\u00a0 Victor de Oliveira), puis \u00ab\u00a0l&rsquo;autre\u00a0\u00bb, ind\u00e9pendant et soumis (interpr\u00e9t\u00e9 par Thomas Gonzalez). L&rsquo;int\u00e9rieur de la chambre ressemble \u00e0 un tableau de Magritte\u00a0: un fauteuil sur sc\u00e8ne, trois longues portes dans le mur, closes sur un papier-peint de ciel nuageux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute cette sc\u00e9nographie est intrigante, mais elle ne suffit pas \u00e0 sauver le texte. La trag\u00e9die para\u00eet assez vaine, b\u00e2tie de toute pi\u00e8ce. On a du mal \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 des personnages agressifs, pris au pi\u00e8ge de leurs n\u00e9vroses, pr\u00e9tendant incarner \u00e0 travers leur perversit\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e une v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;amour et de la solitude. George Bataille montre aussi bien ce qui se joue de tragique dans le sexe\u00a0: la continuit\u00e9 (infime, pr\u00e9caire) entre des \u00eatres discontinus (mortels, irr\u00e9conciliables), l&rsquo;\u00e9rotisme \u00e9tant selon lui \u00ab\u00a0l&rsquo;approbation de la vie jusque dans la mort\u00a0\u00bb (je vous renvoie \u00e0 <em>L\u2019\u00c9rotisme<\/em>). Il ne cesse cependant de montrer que ce tragique est indissociable de l&rsquo;extase, du rire et de la f\u00eate. Il manque cette joie aux personnages, apathiques, hurlant sans parvenir \u00e0 corriger cette apathie, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment mous, tenant pour responsable tant\u00f4t la soci\u00e9t\u00e9, tant\u00f4t la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, il faut saluer la performance \u00f4 combien provocatrice et audacieuse de Thomas Gonzales, qui, associant l&rsquo;innocence au vice, joue int\u00e9gralement nu tout au long de la repr\u00e9sentation. Cela cr\u00e9e un bel effet au d\u00e9but, mais perd n\u00e9anmoins en originalit\u00e9 \u00e0 mesure que la pi\u00e8ce avance. Non que son corps soit d\u00e9plaisant (au contraire!) mais h\u00e9las\u00a0! il ne suffit pas d&rsquo;\u00eatre nu pour marquer les esprits, ni d&rsquo;\u00eatre provocateur pour \u00eatre profond.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Justine Leret<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Erich Von Stroheim<\/em> est une pi\u00e8ce du dramaturge Christophe Pellet, mis en sc\u00e8ne par Stanislas Nordey au th\u00e9\u00e2tre du rond-point. Emmanuelle B\u00e9art, Thomas Gonzalez et Victor de Oliveira, tous excellents, se partagent les r\u00f4les des personnages nomm\u00e9s Elle, l&rsquo;Un, l&rsquo;Autre. Elle c&rsquo;est Emmanuelle B\u00e9art, dont la voix rauque, d\u00e9barrass\u00e9e de sensualit\u00e9 est pleine d&rsquo;autorit\u00e9 et de puissance. L&rsquo;Un c&rsquo;est Victor de Oliveira, v\u00e9ritable homme-objet, qui se prostitue, mais qui entretient avec Elle une certaine relation amoureuse ambigu. Enfin, l&rsquo;Autre est incarn\u00e9 par Laurent Sauvage, nu tout au long de la pi\u00e8ce, qui gravite autour des deux autres personnages exposant sa jeunesse et son animalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne fonctionne bien. Repr\u00e9sentant une photographie d&rsquo;un couple, deux panneaux coulissent en permanence, s&rsquo;ouvrent et se ferment, s\u00e9parant puis rassemblant le couple pour laisser place \u00e0 des situations diff\u00e9rentes. Ces hauts panneaux semblent \u00e9craser les personnages,\u00a0 ce qui accentue le cynisme et la froideur des relations entre les protagonistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La musique d&rsquo;op\u00e9ra (la Callas dans <em>Samson et Dalila<\/em>), ainsi que les airs de violon qui terminent les r\u00e9pliques les plus cinglantes renforcent le tragique de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce pr\u00e9sente un personnage f\u00e9minin diff\u00e9rent de la vision habituelle, Elle est puissante, d\u00e9termin\u00e9e, forte. B\u00e9art, v\u00eatue de noir conduit toute la pi\u00e8ce d&rsquo;une main de ma\u00eetre. Les liens entre les personnages sont flous, ils ne forment pas de couples ni de trio, mais leurs relations incarnent la domination, la violence, qui impr\u00e8gnent la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9sillusion et le tragique des personnages cr\u00e9ent une ambiance de duret\u00e9, et le trio de com\u00e9diens parvient \u00e0 maintenir tout au long de la pi\u00e8ce cette atmosph\u00e8re. Cependant, ces froides relations, \u00e9chouent parfois \u00e0 transmettre au spectateur l&rsquo;intensit\u00e9 et la force qu&rsquo;elles rec\u00e8lent. Du fait de l&rsquo;\u00e9loignement permanent qui se joue entre les com\u00e9diens, le spectateur se retrouve lui aussi un peu mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, sans ressentir les \u00e9motions qui se d\u00e9gagent .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, si la pi\u00e8ce parvient \u00e0 instaurer une atmosph\u00e8re d\u00e9rangeante qui se lie bien avec le cynisme du texte, et si les com\u00e9diens atteignent tous \u00e0 leur mani\u00e8re une certaine m\u00e9lancolie, elle perd parfois en intensit\u00e9 \u00e0 cause de cette recherche de distanciation, d\u2019an\u00e9antissement de tout sentiment.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ana\u00efs Massena<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Eric von Stroheim<\/em> nous d\u00e9sar\u00e7onne comme un coup de tonnerre. D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e du spectateur dans la salle du Rond-Point commence le face \u00e0 face avec l\u2019homme nu, affal\u00e9 sur un fauteuil. Il ne nous regarde pas mais se tortille, gesticule afin de trouver la meilleure des positions. Derri\u00e8re lui, un d\u00e9cor simple, \u00e9tonnant : une photographie d\u2019un homme et d\u2019une femme s\u2019enla\u00e7ant. Stanislas Nordey \u00e9voque par le d\u00e9cor l\u2019un des sujets principaux de la pi\u00e8ce : l\u2019amour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme se l\u00e8ve et la repr\u00e9sentation d\u00e9bute. Dans un univers intimiste, Elle, Lui et l\u2019Autre d\u00e9ambulent et \u00e9changent sans r\u00e9ellement se comprendre. La communication semble impossible entre ces \u00eatres qui pourtant partagent le m\u00eame lit. Les monologues s\u2019enchainent et la tension monte au cours de la pi\u00e8ce. Comment ce trio va-t-il finir ? Peuvent-ils r\u00e9ellement continuer \u00e0 vivre ensemble ? Tout semble opposer les personnages : Elle est une femme d\u2019affaire, Lui est un acteur pornographique tandis que l\u2019Autre est un r\u00eaveur, dont l\u2019\u00e2me d\u2019enfant disparait peu \u00e0 peu. Le d\u00e9cor\u00a0 choisi est simple : la photographie s\u2019ouvre et laisse place \u00e0 une pi\u00e8ce vide. Les trois immenses portes rappellent les chemins divers que suivent les personnages. Le d\u00e9cor divise les deux amants photographi\u00e9s puis les r\u00e9unit comme Christophe Pellet s\u2019amuse \u00e0 d\u00e9chirer et assembler ses personnages. Les dialogues sont rythm\u00e9s par des coups de gongs qui r\u00e9sonnent dans la salle. Chaque mot prononc\u00e9 acquiert son importance dans une solennit\u00e9 profonde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 diverses th\u00e9matiques. Le sujet principal semble \u00eatre de prime abord la sexualit\u00e9 et la question du genre. Les protagonistes s\u2019interrogent sur le rapport entre l\u2019amour et la sexualit\u00e9. Comment deux \u00eatres peuvent-ils s\u2019aimer ? Est-il possible d\u2019\u00eatre en couple \u00e0 trois ? Que sont l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et l\u2019homosexualit\u00e9 ? La nudit\u00e9 de l\u2019Autre provoque d\u2019abord l\u2019\u00e9tonnement, la stupeur, la moquerie ou encore le d\u00e9go\u00fbt chez les spectateurs. Certains n\u2019arrivent \u00e0 se d\u00e9barrasser de leur g\u00eane et quittent la salle au cours de la repr\u00e9sentation. Pourtant, au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce, la nudit\u00e9 devient une norme. L\u2019Autre est un \u00eatre en marge qui poss\u00e8de encore une part d\u2019enfance, il ne se cache pas. Au contraire, le v\u00eatement pose probl\u00e8me en imposant des codes et une hi\u00e9rarchie dans la soci\u00e9t\u00e9 qui passe notamment par le travail. Lorsque l\u2019Autre devient acteur dans un film pornographique, il se sent sale et perd son innocence. Les autres sujets portent sur la place de la femme au sein de la modernit\u00e9. Emmanuel B\u00e9art fait de son personnage un \u00eatre capable de prendre des d\u00e9cisions et de ressentir du d\u00e9sir. Toujours press\u00e9e, elle ordonne \u00e0 ses partenaires quoi faire, tout en \u00e9tant assujettie \u00e0 l\u2019Autre et \u00e0 Lui. Les personnages ne peuvent vivre seuls et comptent les uns sur les autres pour \u00e9voluer, tout en sachant que leur triangle amoureux ne les m\u00e8ne nulle part. Le quatri\u00e8me sujet est celui de la procr\u00e9ation. Elle r\u00eave d\u2019avoir un enfant, en ayant cependant peur de l\u2019avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle, Lui et l\u2019Autre, de par leur nom, deviennent des \u00eatres quasiment impersonnels dont on a du mal \u00e0 se rattacher. Ils peuvent \u00eatre associ\u00e9s n\u2019importe quel spectateur et pourtant ils ne repr\u00e9sentent personne \u00e0 la fois. Aucun rapport direct n\u2019est \u00e0 faire entre le nom de la pi\u00e8ce et le r\u00e9alisateur \u00c9ric Von Stroheim, mis \u00e0 part les questionnements autour le sexe et de la soci\u00e9t\u00e9 par le scandale. Tous deux semblent \u00eatre en avance sur le temps. Le spectateur ressort troubl\u00e9 et mitig\u00e9 de la pi\u00e8ce. Un temps de r\u00e9flexion semble n\u00e9cessaire avant de pouvoir dig\u00e9rer et comprendre les enjeux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Fanny Roilette<\/h6>\n<pre>Photo : Jean-Louis Fernandez<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus L&rsquo;\u00e9ternel th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;amour ? Si la pi\u00e8ce de Christophe Pellet s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e infinie et r\u00e9barbative des romances th\u00e9\u00e2trales, il semblerait que de ce genre, il remet tout en cause. 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